vendredi 11 avril 2014

De Florianopolis à Caixa d'Aço

27°07.669S 48°31.684W
Caixa d'Aço

Jeudi 10 avril 2014

Até logo !
07H45 : Pas un pet de vent, peu ou pas de courant, les conditions sont idéales pour enfin partir du Iate Clube de Florianopolis.
Mercedes tousse un peu au démarrage, mais c'est juste pour se faire désirer. Elle ne tarde pas à ronronner comme une chatte, et je peux m'atteler sereinement à la manœuvre de départ. Carlos l'argentin et Eduardo le brésilien sont là pour me décrocher les amarres à l'avant. Une petite marche arrière et je décroche moi-même celles qui me retiennent au duc-d’Albe. Voilà, c'est fait.
Je balance une série de pouet-pouet avec la corne de brume pour dire au revoir à tout le monde, et nous voilà partis.

Euh...
08H00 : Comme si le stress du départ ne suffisait pas, il me faut enquiller avec une première mondiale : Je dois passer sous les deux ponts qui relient l'île de Santa Catarina au continent. J'ai beau savoir que le plus bas des deux fait 17 mètres et que le mât de La Boiteuse doit culminer à 11,5 mètres, je ne suis pas tranquille.
C'est assez bizarre comme expérience... Votre cerveau logique vous dit que tout va bien aller mais vos yeux et le jeu des perspectives vous disent que vous allez lamentablement percuter le tablier du pont ! Moment d'angoisse, gros nœud à l'estomac.... et ça passe ! Ouf !

Argh !!!!!!!
T'es sûr qu'il y a cinq mètres entre les deux ?
08H30 : Je hisse la GV au cas ou, même si pour l'heure elle ne me sert à rien. Je sens qu'on est parti pour huit ou neuf heures de moteur... Car en effet cette nave sera courte. Le but du jeu est de me rendre dans la baie de Porto Belo, au lieu-dit Caixa d'Aço, et d'y mouiller pour quelques jours, le temps de laisser passer le coup de vent qui s'annonce pour la fin de semaine. Et puis, mardi ou mercredi, je devrais pouvoir reprendre ma route vers le Nord.

Ouf !
09H00 : Le stress du départ retombe. Je suis rincé ! Un petit maté ne pourra que me faire du bien... Allez hop ! Je mets la bouilloire au feu.

Je serais resté 21 jours à Florianopolis... C'est trop, c'est beaucoup trop. Mon capital visa est maintenant sérieusement entamé, et c'est pour ça que je me suis décidé à partir. Sinon, je me connais, j'aurais pu glander dans cette marina pendant encore pas mal de temps. Surtout que dès la deuxième semaine je me suis vu appliquer les tarifs d'hiver (50 $R/jour), alors que la saison basse ne commençait qu'en Mai (Obrigado Felipe!). Ajouter à cela un wifi du feu de dieu et il ne m'en faut pas plus pour me retenir !
Bref, cette petite nave, outre de me faire avancer de 40 milles, a également pour but de me mettre dans des conditions moins « confortables »... Plus propices à avancer dirons-nous.

Putain, il faut que je fasse gaffe. C'est plein de barcasses de pêche, et le terrain est miné par les filets.

09H15 : Touline fait la gueule. Normal puisque je l'ai arraché à ses chasses et à ses explorations. Mais bon, je vais me rattraper car figurez-vous que je me suis offert pour mon anniversaire un épervier. Ces derniers jours je me suis entraîné, et même si le geste reste encore à améliorer, les résultats ont commencés à arriver. Poisson frais à tous les repas pour la Toul' !
(Euh... J'ai besoin de préciser que je ne parle pas de l'oiseau ?)

Rabattage du poisson
09H50 : Je regarde les barques de pêche, posées sur l'eau calme dans la lumière. A leur bord, les travailleurs de la mer remontent leurs filets sous l’œil vigilent des Frégates qui tournoient au dessus d'eux. Un geste de la main, un sourire, alors que j'évite soigneusement leurs bouées. Ils savent très bien que ce n'est pas tant par respect leur travail que je fais des tours et des détours, que par peur de me retrouver empêtré dans leurs filets. Le geste, le sourire, ne sont en fait que l'expression hypocrite d'un statu-quo... En vrai, on se considère mutuellement comme des emmerdeurs finis. Oui mais voilà, nous partageons le même terrain de jeu et il faut bien cohabiter avec ses voisins. Et si un jour notre Maîtresse commune décide de se mettre en colère nous serons bien contents de nous entraider.

Ouais c'est ça, bonjour à toi aussi.
10H05 : Merde ! J'ai faim ! Et comme un con j'ai complètement oublié de m'acheter de quoi grignoter pendant cette nave. J'ai également « oublié » de signaler mon départ à la Marinha do Brasil... J'essaye pourtant de respecter les règles, je vous jure que j'essaye... Mais parfois quand elles sont trop débiles j'ai vraiment du mal !

10H15 : On s'emmerde un peu là... J'ai fouillé les fonds et je suis tombé sur un paquet de Sablés Bretons pur beurre ! Malheureusement, ils sont périmés depuis novembre 2011... Autant vous dire qu'ils sont allé nourrir les poissons et pas le Capitaine. Ils ont de la chance les poissons.

11H05 : Ça y est, nous quittons l'abri de l’île de Santa Catarina et nous attaquons la pleine mer. Plus qu'une petite vingtaine de milles à faire.

On passe entre les deux ou bien ?
12H20 : J'ai déjeuné d'une boite de sardines à l'huile avec quelques tranches de pain de mie beurrées. Puis j'ai somnolé... Pas longtemps parce qu'en ce moment dès que je fermes les yeux j'ai l'image de Zoë qui s'imprime dans ma tête. Il faut vraiment que je rencontre quelqu'un d'autre, parce que là ça commence à devenir lourd.

13H15 : J'ai regardé mon livre de bord, pas celui-là mais celui où je note ma route et ma position, et j'ai constaté qu'il ne comportait qu'une ligne. - « 07H30 : Allumage moteur ».
C'est pas bien Monsieur le Capitaine !

13H35 : Plus que 6,5 milles... On devrait arriver sur le coup de 15H00. C'est parfait ! J'aurais même le temps d'aller faire un petit tour à terre avant que la nuit ne tombe.

Sympa le pied-à-terre !
14H40 : Je double la Punta de Porto Belo, on est presque arrivé maintenant. L'ancre est à poste et la GV abattue. Tout est prêt.
J'aperçois des baraques de malades nichées dans les arbres... Il y en a des vraiment magnifiques.

15H00 pile : Je rentre dans la petite baie de Caixa d'Aço. Maintenant il n'y a plus qu'à trouver un petit coin sympa. Le petit village de pêcheur est bien là sur tribord, et j'aperçois quelques barques de pêche accrochées à leur bouées, comme sur la photo satellite. Tout au fond, trois voiliers sont au mouillage. C'est un peu encombré, mais je devrais pouvoir planter ma pioche sans trop de risques.
Après un coup d'essai qui me verra flirter d'un peu trop près avec un voilier argentin, j'arrive enfin à trouver ma place.

Tranquille...
15H30 : Arrêt du moteur, on est arrivé ! La Boiteuse vient de planter sa pioche pour la dixième fois de sa carrière ! Et oui, j'ai tout compté sur mes doigts, ce n'est que le dixième mouillage en trois ans ! Mais vous savez combien j'adooooooore ça...

Le coin semble assez bien protégé comme le laissait supposer la carte. Touline comprend qu'on est arrêté et elle fait le tour du bateau en miaulant : « Miaou ? Comment qu'on fait pour descendre ? ». Dépitée, elle va se percher à la proue et regarde la forêt avec envie.
Le pire, ça a été quand j'ai mis, comble de l'injustice, Miss B à l'eau et que je suis parti... J'ai eu l'impression qu'elle allait me le faire payer cher !

Mais euh... ???
Un petit crochet pour saluer mes nouveaux voisins argentins et glaner quelques infos utiles, et zou je m'en vais explorer le village ! Deux petites superettes, quelques boutiques vendant du poisson frais... et rien d'autre. Le pied pour qui veut s'isoler du monde.
Sauf que j'aurais aimé trouver ne serait-ce qu'un café où pouvoir brancher mon ordinateur et me connecter à internet.... Mais non, il n'y a rien. Le seul « bar » du coin est le bar flottant qui n'ouvre que pendant les week-ends. Bon, il y a déjà un signal wifi qui émane de lui... je me dis que c'est déjà ça.

Caixa d'Aço
Alors que je reviens vers La Boiteuse après avoir acheté quelques nourritures pour le repas du soir, un poisson sabre d'une trentaine de centimètres saute carrément dans l'annexe sous les yeux éberlués de Touline qui n'en revenait pas d'une telle aubaine. Tien ma fille, tu vois que c'est pas si mal finalement le mouillage !

N'empêche, ce matin j'ai dû faire tourner le moteur pendant une heure rien que pour pouvoir écrire ce texte... et ça, ça me fait chier !

La Boiteuse au mouillage de Caixa d'Aço

Je sais ma Touline, moi aussi ça ne me plait qu'à moitié.

13 commentaires:

Anonyme a dit…

Touline, quand vous pensez à laisser le bateau me le faire savoir.
On pourrait faire un double

Gata Sueto
www.gatasueto.com

Astrd a dit…

Ok, maintenant je te comprends pour les mouillages, c'est relou parfois (souvent) quand on connaît le confort du dock ;)

Merci d'avoir précisé pour l'épervier ! ><

Monique a dit…

Mais c'est très meugnon cette petite île et je trouve que la Boiteuse est tout à fait raccord avec le paysage!

Bon je sens aussi que tu ne vas pas traîner !!!!

Exocet a dit…

As tu baissé la tête en passant sous le pont?
Bonne escale, le cadre est beau.
Le mousse d 'exocet

Gwendal DENIS a dit…

@Gata Sueto : C'est sûr qu'à deux on s'ennuie moins !

@Astrid : Ah ! Enfin quelqu'un qui me comprend !

@Monique : Non en effet. Mais c'était un peu le but...

@La Mousse : J'ai rentré la tête dans les épaules, c'est vrai !

aglae75 a dit…

Le mouillage c'est sûr, c'est autre chose, encore que t'as du bol d'avoir le wifi sur l'eau. Et tes batteries avec la nav au moteur elles n'était pas chargées pleine balle? j'en revient pas sinon que 10 fois on t'as balancé ta pioche en 3 ans, t'es allergique toi ;)
Besitos
Nat

Ad Dresseur a dit…

super coin pour un mouillage!
sinon, j'me disais qu'si tu voulais voir le pacifique avant ta r'traite,
faudrait voir à turbiner un peu plus niveau foc parcequ'à cette vitesse là t'es pas prêt d'les passer les écluses du canal (de panama)

Gwendal DENIS a dit…

@Aglaé : Bien sûr elles étaient chargées, mais je les aurais vidées en un rien de temps si j'avais branché l'ordinateur directement sur le circuit 12 V.
Allergique, oui je crois que c'est le mot !

@Ad Dresseur : J'ai dit que j'y serais pour les fêtes de fin d'années, et pour l'instant je suis dans les temps. :)

... a dit…

Beaucoup de suspens...Reste à decouvrir les environs....

Gwendal DENIS a dit…

@... : J"ai connu pire en matière de suspens :)

... a dit…

Alors le bar...? c'est un beau bar..? (j'ai pas pu m'en empêcher...)

Anonyme a dit…

Bonsoir Gwendal,
Avec un peu de retard, je te souhaite un joyeux anniversaire iodé. P....., 3 ans ! Que de milles parcourus et de rencontres vécues. Grand merci de nous en faire profiter !
Mieux vaut une Boiteuse-bien calée sur sa gîte-qui navigue qu'un reste à quai. Je constate qu'en 3 ans, elle a mûrie ; passant du vert teuton au "rouge Gwendal". Si j'en juge les photos, le capitaine a bonne mine lui aussi.
Je constate que tu as mis du nord dans ton cap et ta pioche à l'eau!
Ceci dit l'endroit à l'air d'être plutôt reposant. As-tu rencontré des autochtones ou des "tourdumondites" ?
Quelle est la prochaine étape ?
A plaisir de te lire.
David de Nantes

Johnny Zeisner a dit…

Bonjour Gwendal. Je viens de verifier si t'avais été a Florianopolis. Et oui.
je viens de passer sous les ponts mais dans l'autre sens. celui en Acier a 4 grues a tour pour restauration maintenant. Et merci grace a toi je connais le prix (50 reais) ...en Aout c'est l'hiver. En arrivant ce samedi on n'a pu me dire le prix a part qu'il y a 2 jours de courtoisie.
Et c'est rigolo, a porto Bello j'ai mouillé exactement au meme endroit que toi.
Un endroit ou t'as pas été, c'est sur le fleuve itajai. on s'est incrusté a 2 chantiers pendant 8 jours et au final,c'était top. je me suis fais des copains et acheté 220m de bout de 12mm pour la pathagonie defiant toute concurence, fais tourner une bague de safran a 5 euro.
Bref. voila le Bresil arrive a la fin puisque mon visa se termine le 1er septembre.
Et merci, car c'est en cherchant des navigateurs ayant été au Brésil que j'ai connu ton blog.