vendredi 13 juin 2014

Routine

22°45.745S 43°06.203W
Ilha de Paquetá

Le samedi 7 juin 2014

Le temps passe très vite au mouillage de l'île de Paquetá. C'est comme si le fait d'être à l'écart du monde le rendait plus fluide. Comme si d'avoir une vie désormais routinière faisait accélérer la vie qui m'entoure et que moi j'évoluais en son sein à une vitesse différente...
La routine, loin d'être une plaie comme certains s'ingénient à vous le seriner, aide à plier le temps. Elle le fige en certains points, toujours les mêmes. Puis, comme par un tour de magie quantique, ces points se rejoignent, se confondent, comme il en serait d'une feuille de papier qu'on aurait pliée... J'évolue alors dans un trou de ver. Je suis devenu un voyageur temporel. Je suis Valérian. Où es-tu Laureline ?

Bien. Laissons papillonner pendant encore quelques secondes cet instant philosophiquo-poétique, et venons-en maintenant à ce qui m'amène.

Mouillage de Paquetà

Le cockpit de La Boiteuse est désormais beau même s'il n'est pas encore tout à fait propre. Les caillebotis en teck ont été lavés, brossés, puis nourris avec une huile légèrement teintée d'un pigment acajou. L'ensemble a belle allure, et cela sent bon. Un drapeau français tout neuf, déniché dans une boutique spécialisée du centre de Rio, flotte paresseusement à la poupe de mon navire.
N'ayant plus qu'un seul panneau solaire qui fonctionne sur les deux, j'ai installé le survivant en haut du portique en virant, du coup l'éolienne qui ne servait à rien. Le voilà bien plus efficace puisqu'il n'est plus susceptible d'être situé du mauvais côté du bateau par rapport au soleil qui est quand même assez bas puisque nous sommes en hiver. Bon an mal an, cet unique panneau de 80 watts me suffit pour l'instant, mais je reconnais que c'est surtout parce que je suis frugal dans ma consommation d'électricité.
Franchement, lorsque je reviens de mes balades au village, et que je regarde mon bateau immobile sur ces eaux calmes, je me dis qu'il est splendide... Ce qui ne va pas forcément arranger mes affaires comme vous l'allez voir.

Un soir...

Nous sommes le 07 juin, soit cinq jours avant le début de la coupe du monde de football et huit jours avant l'expiration de mon visa touristique. Croyez-le ou non, la chose m'a préoccupé et me préoccupe encore. Je parle du visa, pas du football, bien sûr.
La preuve, j'ai passé quelques heures cette semaine à tenter d'obtenir une prolongation dudit visa auprès des autorités concernées... En pure perte, car lorsque vous vous présentez au bureau de l'immigration une affiche format A3 vous rappelle au cas ou vous l'auriez oublié, que pour des raisons de réciprocité les ressortissants européens ne peuvent obtenir de prolongation. C'est comme ça, vous avez quatre-vingt-dix jours, point barre. Après, les gens concernés doivent se barrer du Brésil, et attendre trois mois avant que de pouvoir y remettre les pieds. Dura lex sed lex, je le savais, mais j'ai quand même essayé en faisant montre de la plus parfaite ingénuité.

Un matin...

A partir de là, deux solutions s'offrent à moi. La première est de faire comme en 2012, c'est à dire d'effectuer ma sortie officielle du pays, passer dans la clandestinité et continuer mon bonhomme de chemin en serrant les fesses. La seconde est de ne rien faire et de continuer mon bonhomme de chemin en serrant les fesses...
J'ai opté pour cette deuxième solution car, à mon sens et après moult réflexions, elle présente moins de risque pour moi et pour mon bateau. En effet, si vous vous faites attraper en train de croiser dans les eaux brésiliennes sans visa, suivant l'humeur du fonctionnaire cela peut vous valoir de gros ennuis. Cela peut même aller jusqu'à la saisie du bateau...
Alors que s'ils vous attrapent, ou que vous vous présentez à la douane en ayant juste dépassé la durée de validité de votre séjour, vous écoperez d'une amende de 8,25 $R ( 2,73 Euros) par jour de dépassement. Cette amende n’excédant pas dans tous les cas 800 $R (soit 265 Euros).
Dans ma grande sagesse, je me suis dit qu'il valait mieux opter pour la solution prévue par le législateur brésilien plutôt que de risquer de tout perdre... L'avenir me dira si j'ai eu raison de croire ça, ou pas. En plus je crois, mais ça reste à confirmer, que cette amende est assortie d'une interdiction de séjour de cinq ans sur le territoire brésilien. Mais bon, je crois que vous avez compris depuis un moment déjà que je n'ai pas l'intention de m'installer ici... Alors, comme dirait je ne sais plus qui : Je m'en bats les côtelettes avec un os de mammouth trempé dans la moutarde.

Un autre matin...

Voilà-voilà... Que puis-je vous raconter d'autre ? Je n'ai pas toujours pas pu remplacer la batterie de mon appareil photo, aussi les images qui illustrent cet article sont de Christophe. Je transmettrais les compliments car je sais qu'il y en aura !

Grande aigrette sur soleil levant

Le vendredi 13 juin 2014

Depuis que j'ai écrit ce texte, sept jours ce sont passés. Sept jours pendant lesquels l'île a été coupée du monde ! J'ai cru mourir !

7 commentaires:

Le mousse d'exocet a dit…

Bravo pour le photographe
Mais quand mets tu les voiles
Comment se comporte Touline au mouillage?

Sonia a dit…

Bon, ben serre les fesses alors... Mais file vite (car c'est quand même un peu tendre le baton pour se faire battre non ??? )! Tu ne nous dis pas si tu es tjrs au mouillage avec l'Envol ? Bises et k resses à la Toul'

Alex a dit…

Bonjour Gwendal,

Je suis votre blog depuis quelques temps et je suis heureuse de lire un nouveau post de votre part et donc d'avoir des nouvelles !!
J'ai commencé à suivre le blog grâce à Touline car j'ai exactement la même à la maison, mais en plus grosse car ce n'est ni une grande navigatrice ni une grande aventurière.....elle navigue plutôt entre gamelle et canapé...;o). Mais je l'adore ma Fripoune !!! Alors je suis impatiente de suivre les nouvelles péripéties de la Miss !! A t'elle eu droit à un nouveau bain forcé???
A bientôt
Alexandra

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Voilà Fripoune en pleine action...de sieste hivernale camouflée sous la couette !!!

Gwendal DENIS a dit…

@La mousse : Je ne sais pas encore quand est-ce que je mets les voiles... Mais cela ne va pas tarder. Touline ? Elle va bien, mais elle est comme moi, elle n'aime pas trop les mouillages et en plus elle ne peut pas descendre à terre elle !

@Sonia : Ben je tends pas le bâton moi ! C'est ma faute si ils ont un pays aussi grand les brésiliens ?

@Alexandra : Bienvenue à bord Alexandra ! Et Fripoune aussi ! Dans le prochain article il y aura des photos du monstre, promis !

Fred Belley a dit…

Salut Gwendal un petit coucou du Québec.

Je lis ton blog depuis peu et je le trouve très intéressant. J'attends toujours avec impatience la suite de ton aventure. C'est Touline qui m'a attiré au début après avoir découvert les vidéos de Loick le voilier reporter. Depuis j'ai lu ton périple depuis le début. Je suis fasciné par les voyages et la voile.

lucifer ! a dit…

as-tu remarqué que ton aventure de vendredi est peu prolixe en détails.
et surtout , ne meurs pas comme ça!
Prépare-nous, prépare -toi!
ps:les soirs et les matins sont sublimes et ta description de la routine aussi.

Gwendal DENIS a dit…

@Fred : Bienvenu à bord Fred !

@Lucifer : Je meurs si je veux d'abord !