dimanche 31 octobre 2010

C'est parti !

Le samedi 30 octobre 20210
43°16'2.88"N 6°35'5.44"E
Les Marines de Cogolin

Hier, j’ai fais tout comme j’avais dit que je ferais… En mieux puisqu’en plus j’ai réussi à passer chez un coiffeur pour me faire une vraie coupe de marin au long cours sur le départ. C’est-à-dire suffisamment court pour être tranquille pour les six mois à venir !

Comme prévu, la météo nous a empêchée de sortir. Du force 7 avec rafales à 8, de la pluie… Pas un temps à mettre un bateau dehors donc, d’autant plus avec deux enfants de huit et onze ans.
Pour être franc je vous dirais que, même si j’avais été seul je me serais abstenu de prendre la mer. Courageux le Gwen, mais pas téméraire.

Nous avons néanmoins passé un magnifique après-midi, avec pour le Gwen une pleine ration de câlins, version XXL, propres à le rendre le plus heureux du monde entier !

En fin de journée le temps c’est encore gâté, le vent a forcit, obligeant le bateau à tirer sur ses amarres que j’avais heureusement doublées, pour finalement se calmer vers dix heures du soir. Pendant ce temps-là, et alors que la pluie tambourinait sur le roof et que le vent faisait hurler les haubans, j’étais assis à ma table à carte et je potassais ma navigation du lendemain.

L’heure était venue pour moi de faire des choix… Des choix qui n’ont pas été simples, tant les prévisions météos étaient pessimistes.

En fait, les données du problème sont les suivantes.
Il faut impérativement que je sois à Marseille le 2 novembre au soir. Ce qui me laisse trois jours pour faire à peu-près 100 milles. Rien d’infesable loin de là, sauf que j’aurais apprécié de les faire à la cool pour une première vraie navigation…

Mais bon, Eole et son pote Neptune en ont décidé autrement et c’est donc sous la pluie avec un vent d’Est de force 4 à 5 (20 à 38 Km/h) et des creux d’un mètres que je vais effectuer ma première liaison.
Bon, je ne vais pas vous refaire ici tout le cheminement de ma réflexion, mais sachez qu’au final j’ai décidé que ma première étape m’amènerait ce soir au Lavandou. 25 milles ce n’est pas énorme, mais c’est suffisant pour une mise en jambe.
D’autant que je n’ai pas encore une idée précise des performances de la Boiteuse, alors autant prévoir large. Voilà.

Alors puisque je sais que certains d’entre vous vont se faire du souci (suivez mon regard !), on va se la jouer sécu et on va faire ça dans les règles. A partir d’aujourd’hui je pense que je n’aurais plus de connexion internet avant… au moins trois jours. Donc, lorsque j’arriverais à bon port, chaque soir, j’enverrais un SMS à Momo, et elle n’aura plus qu’à se précipiter sur les commentaires de cet article pour vous indiquer où je me trouve. Voilà, comme ça vous serez au courant.

Mais attention, on ne fait ça que pour cette première nave, hein ? Parce qu’après faudra bien me faire un peu confiance et me laisser aller où je veux comme je veux. C’est quand même le but de tout ce projet, vous vous rappelez ?

Bon allez, là il est 05h30 (GMT+1), et j’ai deux trois choses à faire pour mettre le bateau en ordre de marche. Alors je vous dis à bientôt et on se retrouve à Marseille. Ciao !

samedi 30 octobre 2010

relâche et bricolage

Le jeudi 28/10/10
Marines de Cogolin
43°16'2.88"N 6°35'5.44"E

Journée en demi-teinte que ce jeudi de mobilisation...
Le matin j’ai surtout écrit, afin que vous puissiez avoir un peu de lecture (Oui je sais, j’suis trop sympa comme type), et puis je me suis préparé pour une deuxième sortie.

Bon ok, la météo n’était pas très réjouissante, mais j’ai quand même appareillé… Quand je dis peu réjouissante, j’entends pas là qu’il n’y avait pas un pet de vent. Mais alors rien ! J’ai quand même navigué pendant quelques heures au moteur, histoire de me faire la main… Mais franchement je me suis fait chier. Parti sur les coups de onze heures, j’ai fait demi-tour vers quatre heures au niveau de la plage de Pampelonne tellement je m’emmerdais.
En plus, chose bizarre, j’ai même eu un léger mal de mer alors que la mer était exampte de houle… Allez comprendre.

Retour au ponton donc, et contrairement à hier je n’ai pas grand-chose à vous raconter sur cet épisode. Pourquoi ? Et bien tout simplement parce que tout c’est im-pé-cable-ment passé ! Et sans l’aide de personne notez-le.

Cela-dit, cette petite sortie m’a permis de finaliser une réflexion que j’avais entamée lors de mon séjour en Bretagne. A savoir que naviguer pour naviguer ce n’était pas franchement mon truc.
Je ne me souviens plus si je vous ai déjà parlé de ça ou pas… Non, je ne crois pas.
En fait, je me suis rendu compte que je n’étais pas un plaisancier… Dans le sens où prendre un bateau pour aller se balader la journée, et bien ça me gonfle.
Pour moi, un bateau c’est d’abord et avant tout un véhicule. Et un véhicule qui est fait pour aller d’un point A à un point B, et non pas d’un point A à un point A… J’suis clair ? Non pas vraiment.

Comment vous dire… Faire des ronds dans l’eau, ça m’agace. Pour moi un bateau c’est fait pour se déplacer et découvrir des endroits où je n’ai jamais mis les pieds. Pour moi un bateau c’est fait pour voyager et pas pour se promener. D’ailleurs, rien que le mot « plaisance » m’énerve. Ca fait dilettante comme mot, je trouve. Ca fait pas sérieux.
Moi ce que j’aspire à être c’est un voyageur. Un mec qui part à la découverte du monde en utilisant un bateau parce que le monde est constitué de 70% de flotte et que c’est plus pratique comme ça…

Oh, je ne dis pas que je ne ressens pas de plaisir lorsque je ne navigue pour la journée, non. Ce que je dis c’est que ce plaisir est bridé. Insatisfaisant. J’ai l’impression d’être un chien attaché à un piquet et qui fait sa petite promenade dans le périmètre que lui autorise la longueur de sa chaîne…

Il me tarde de briser cette chaîne.

Ah oui, sinon, alors que je rangeais le pont, un voisin allemand que j’avais jusque là seulement salué de la tête, est venu me voir pour discuter. Nous avons papoté de voile bien sûr, et des qualités de mon bateau… L’un dans l’autre je me suis retrouvé invité pour l’apéro, puis pour le diner. Résultat, j’ai rencontré de charmantes personnes et j’ai économisé un repas ! Que du bon donc.

Nous devons nous revoir demain pour que je récupère un programme de cartographie… Mais chut, ça reste entre nous hein ?

Je me disais aussi que depuis deux jours que je suis là, la vie de ponton c’était pas trop ça… Car comme je vous l’ai dit, les Marines de Cogolin en cette saison sont vides de chez vide, et seuls quelques vacanciers étrangers persistes encore à braver la baisse des températures.
Mais bon, même si la vie de manouche des mers va être dorénavant la mienne, avec cette solidarité propre aux marins, j’ai encore quelques relents de mysantropie qui trainent par ci par là. Donc, y aller mollo dans les relations de ponton, pour commencer en tous cas, me convient tout à fait.


Le vendredi 29 octobre 2010
Marines de Cogolin
43°16'2.88"N 6°35'5.44"E

Je ne suis pas sorti aujourd’hui. Ca a été une journée à terre
Mais que peut donc faire un marin lorsqu’il reste à terre ? Vous demandez-vous.
Et bien il se repose dans un premier temps. Il fait la grasse mat’ jusqu’à six heures du mat’ et il glande (un peu).
Et puis il va faire des courses aussi, parce qu’il lui manque toujours quelque chose. Il fait la provision de clopes pour son voyage de dans deux jours et il en profite pour retirer des sous à la banque.
Ensuite, il bricole. Il range. Parce qu’il y toujours quelque chose à bricoler ou à ranger sur un bateau. Et puis quand c’est fini il fait une sieste et il recommence à bricoler et à ranger. Et l’un dans l’autre il s’aperçois qu’il est déjà six heures et la journée est presque finie…

Plus sérieusement, j’ai surtout fait une chose qui me tenait à cœur, c’est-à-dire changer ma voile d’avant. J’ai viré le foc et y ai mis le génois à la place. Avec une surface de voile presque multipliée par deux, je gage que l’impudent qui a eut le culot de me gratter hier avec sa barcasse sur un bord de près, n’aura plus qu’à bien se tenir ! Non mais !
Et puis j’ai aussi démonté et graissé les winchs, j’ai sorti le radeau de survie qui trainait au fin-fond d’un coffre pour l’arrimé sur le pont… Bref, je me suis bien occupé.

Ziggy, mon voisin allemand est passé m’installer le logiciel de nave… Vous verriez un peu le bestiaux ! Avec ça j’ai les cartes marines du monde entier ! C’est génial !
Il ne me reste plus qu’à le coupler avec un GPS portable et me voilà avec une console de navigation aussi efficace que celle que je comptais m’acheter… Ce qui fait quand même au bas mot 1000 à 1500 euros d’économisé. Pas mal la solidarité entre marin hein ?

Bon, je vais arrêter là pour ce matin parce que j’ai pas mal de choses à faire aujourd’hui aussi. Figurez-vous que je reçois de la visite !
Yes ! Il y a l’amie Thérèse qui vient déjeuner avec toute sa petite famille !
Donc, ce matin c’est courses, rangement (encore !) et cuisine… Et puis, si le temps le permet, mais c’est pas gagné, on verra si l’on peut aller faire un petit tour..
Je dis que ce n’est pas gagné car en ce moment les côtes de Provence sont sous le coup d’un avis de grand frais avec des vents d’Est pouvant aller de force 6 à 7 avec de la pluie...
Pas franchement idéal pour une balade d‘agrément…

Par contre, cela laisse présager une météo plutôt pourrie pour demain lorsque je partirais pour Marseille… Il va falloir que je je réflechisse sérieusement à mes options et que je prenne les bonnes décisions.

Mais bon, on en reparlera demain matin.

jeudi 28 octobre 2010

Et une vidéo, une !

Et hop ! Parce que je vous aime bien et que j'ai réussi à choper une connexion, je vous poste cette petite perle.

Premières fois

Le mercredi 27/10/10
Marines de Cogolin
 43°16'2.88"N 6°35'5.44"E

Le matin, j’ai tout d’abord, et comme il était prévu, terminé de regarder dans les fonds. J’y ai trouvé tout un lot de bâches et tauds en tous genres, et puis la garde-robe du bateau, c’est-à-dire les voiles.
Des voiles, c’est bien simple j’en ai quatre. Seulement quatre devrais-je dire…
Une Grand Voile (GV) de 19,58 m² (notez que ce n’est pas 20 m²...), un génois de 38 m², un foc n°1 de 24 m² et un « blister » de 65 m².
Bon pour le blister je vous avoue ne pas trop savoir ce que c’est… J’imagine que c’est comme un spi asymétrique, mais franchement je n’en suis pas sûr. On verra bien lorsqu’il s’agira de l’envoyer.

Malgré la rosée qui persistait sur le pont, je me suis attaqué à l’extérieur… J’ai commencé par virer le taud qui couvrait la plus grande partie de la plage avant, pour la bonne raison que j’en avais marre de me prendre les pieds dans les garcettes de fixation. Déjà que la plupart du temps je ne suis pas très solide sur mes petons, il ne faudrait pas qu’en plus la partie la plus dangereuse du pont soit parsemée de chausse-trapes, hein ?
Et puis je me suis exercé à hisser la GV. Une fois, juste pour voir. Ce n’est pas très compliqué, le tout étant de faire gaffe à ce que le câble de la drisse ne fasse pas de pâté dans le cabestan et c’est cool.
Hissage ok, affalage ok, je devrais pouvoir m’en sortir.

Déjà dix heures du matin, il me faut donc aller acheter deux trois bricoles… J’enfourche mon vélo et direction le Uship local. Là, je fais l’achat d’une bouée fer à cheval, de trois feux à main, et d’un compas de relèvement, et me voilà à peut près en règle pour la navigation côtière.

Il ne me reste plus qu’à partir faire un essai en mer…

Mais avant ça, un petit sandwich pour se donner de l’énergie, et une Danette au chocolat noir pour se donner du courage. Car croyez-le ou pas, je n’en menais pas large. Pendant que je m’appliquais à passer les amarres en double, et que je me repassais mentalement la procédure d’appareillage, je sentais comme une boule à l’estomac. Et plus je me rapprochais du moment fatidique, plus la boule devenait grosse…
Car il faut que je vous dise que les manœuvres de port et moi, ça fait deux. Je n’ai jamais été un as, et je le sais. Et le fait de le savoir augmentait d’autant mon appréhension…

Mais bon, à un moment il faut savoir se jeter à l’eau. 13h30, j’allume le moteur, j’enclenche la marche avant et prends appuis sur mes pointes arrières. Tout va bien.
Je fonce à l’avant pour défaire la pendille. Ok. Bon, il n’y a plus qu’à… Les 37 pieds du Tom Kyle me paraissent soudain infiniment longs. Il va falloir que je vire sec si je ne veux pas me taper un des bateau d’en face…
Allez go… J’accélère légèrement et je largue les pointes. Je ramène la première en quatrième vitesse, la seconde suit dans la foulée, quand soudain un bruit attire mon attention vers l’avant du bateau.

Nom de dieu ! Là, à cinq mètres de mon étrave une des barges technique du port me passe devant à tout vitesse ! Oh putain… Les cons !
Ouf, ça passe… Mais moi je n’ai plus un poil de sec. Allez on continu. Je vire pour m’extraire de la place, le bateau suit impeccablement… Ca y est, je suis sorti !

Je peux recommencer à respirer.

Pendant toute la sortie du port, je n’ai de cesse de m’engueuler mentalement. Mais quel con, mais quel con ! Mais bon, je me pardonne finalement en me disant que voilà bien une connerie que je ne suis pas près de refaire…

Je passe la jetée du port et me voilà en eau libre. Enfin, pas si libre que ça car je distingue quelques casiers juste devant moi. Je laisse passer, avant de me positionner face au vent pour hisser la GV. Impeccable. Celle-ci monte au mât sans encombre.
Tout s’étant bien passé, je déploies alors le foc… Et coupe le moteur.
Et bien ça y est les enfants, on y est ! La Boiteuse, enfin le Tom Kyle, vogue de ses propres voiles. Et c’est qui qui tient la barre ? C’est Bibi !
La tension du départ a maintenant tout à fait disparue. Je me détends et branche le pilote automatique. Cap au 90 sous vent de travers tribord.

C’est le pied. Pendant toute la remontée du golf je vais m’amuser, oui m’amuser, à tester tout un tas de réglage pour optimiser l’allure. Je borde ici, je choque là… Un petit virement de bord juste pour voir ce que ça donne… Nickel. Si vous saviez toutes les fois où je me suis imaginé ces manœuvres en solo, me demandant comment je devais faire pour enchaîner les mouvements sans briser l’erre du bateau ! Et bien il semblerait que d’avoir visualiser tant de fois ces choses m’ait grandement aidé. Tout ce passe à merveille.

Au fur et à mesure que je m’extrais du golf de Saint-Tropez, le vent qui n’arrêtait pas de tourner jusqu’alors s’établi et se renforce. Un petit 15 nœuds à vue de pif.
Oui, je dis à vue de pif car je n’ai pas d’anémomètre, ni de loch d’ailleurs.
Ce qui fait que je n’ai aucune idée de ma vitesse, et ça franchement c’est rageant.
Mais bon, pas grave, on va faire ça à l’ancienne. Alors que je double la cardinale sud de la Sèche à l’huile, je fais un point avec mon compas de relèvement. Je note l’heure (15h05), et je continue au même cap pendant quarante minute avant que de refaire un autre point. Petite manip Qui Va Bien et toc ! Vitesse calculée 5,5 nœuds… C’est tout ?

J’aurais parié pour un peu plus… Mais bon, 5,5 c’est déjà pas mal…. M’est avis que si j’avais le génois à la place du foc… Mais non, ce ne serait pas raisonnable de se lancer dans un changement de voile sur enrouleur pour une première sortie. Et puis on est pas aux pièces hein ?
De toute façon il est l’heure de penser à rentrer si je veux arriver avant le coucher du soleil… J’ai pas envie mais il le faut bien… Tiens, c’est bien Saint-Raphaël qu’on voit là-bas ? Et si…
Non Gwen, sois raisonnable. Tiens t’en au programme et tout ira bien…
Avec regret je vire de bord et prend un cap au 260 pour rentrer.

Le retour se passa sans encombres. Limite je me suis fait chier… Alors pour m’occuper les mains et la tête j’ai pris la barre. D’autant que le vent ayant tourné un poil, nous nous sommes retrouvé à tenir un près serré. En plus, je sais que mon pilote est plutôt sous-dimensionné par rapport à la jauge du Konsul, aussi je préfère éviter de lui faire faire trop d’efforts. Et puis un près serré ça se barre au quart de poil, donc il vaut mieux que ce soit ma petite mimine qui fasse le boulot.

17h25, la jetée des Marines de Cogolin est en vue. Il me faut donc commencer à préparer le bateau pour son atterrissage… Là encore, la procédure est repassée dans ma tête avant que d’être mise en application.
On amène le foc, ok.
Allumage moteur, ok.
On affale la GV, ok.
Mise en place des parrebattages, ok.

Je passe l’entrée du port, tout est ok. Qu’est-ce qui manque ? Merde, les haussières !
Je m’active à les sortir du coffre et à les fixer aux taquets… Re-merde, ma barre ! Ouf, j’espère que personne ne m’a vu, mais il s’en est fallu de peu pour que je me paye un yacht…
La tension monte. Bordel à queue, que je n’aime pas les ports… Mon estomac recommence à se mettre en boule. C’est que cette fois-ci la manœuvre va être un peu plus difficile qu’au départ, car pour me remettre à ma place il faut que je le fasse en marche arrière…
J’avise le ponton P. Ok, reste calme mon Gwen… Je me positionne et entreprend de remonter le couloir… Elle où ma place déjà ? Merde, je l’ai loupée ! D’où je suis elle m’apparait minuscule…
Tout à ma déception je donne un coup de barre intempestif et la voilà qui m’échappe violemment des mains en se mettant à contre. Les voileux comprendons, cela arrive et c’est pour ça que la marche arrière est quelque chose de compliqué avec un voilier.
Sauf que cette erreur de barre m’emmène tout droit vers des étraves pointues !

Je m’emmêle un peu les pinceaux en remettant la marche avant à toute blinde… pour m’apercevoir que juste devant moi, un bateau se présente pour se mettre au même ponton que moi !
Mais c’est pas vrai ! Je les cumule ! Marche arrière toute !
C’est alors qu’un des types sur le bateau me lance « C’est un embouteillage ! ».
Je ne sais pas, mais le ton de sa remarque eut le don de me faire lâcher un peu de pression… Tout de suite nous nous organisons. Ils vont se mettre à quai, et ensuite viendront me filer un coup de main. Cool !

Du coup la manœuvre c’est passé comme à la parade. Le fait d’avoir décompressé pendant que j’attendais et de savoir que deux types étaient là pour parer au pire, j’ai fais ça comme un pro.
Bon, alors que j’arrondissais mon virage j’ai bien entendu une remarque goguenarde du genre : « C’est qu’il est concentré ! On voit bien qu’il ne veut pas le casser son nouveau bateau ! » Remarque à laquelle j’ai répondus pas un « ta gueule !», avant que d’éclater de rire. Tout allait bien et comme je vous l’ai dis je me suis posé comme une fleur sans même toucher les bords.

Donc, sur ce coup-là, merci les gars !

Une fois m’être amarré, je me suis assis sur le bord du ponton pour fumer une clope et réfléchir un peu à tout ce que je venais d’accomplir pour la première fois.
Première sortie en mer en solitaire, ça veut dire plein de premières fois en fait. Premier virement de bord… Première navigation… Premier appontage… Premier pipi par dessus la filière !
J’ai, je crois, pris la pleine mesure de ce moment. J’en ai goûté jusqu’au plus infime détail, savouré chaque minute. J’étais fier de moi. Fier comme je ne l’avais pas été depuis un temps infini… Et croyez-moi si je vous dis que ça fait du bien.

Il a fallut que je me fasse violence pour me lever et me lancer dans le rangement du bateau. Mais bon, j’ai appris à ne rien laisser trainer après une sortie en mer, et quelque soit mon état de fatigue il me faut donc me mettre à la tâche.
La nuit commençait à tomber alors que je terminais mon ouvrage.

Ensuite je me suis retiré dans mes quartiers. J’ai fais un peu de rangement et me suis préparé une bonne platrée de carbonara. C’est que les émotions, ça creuse !

Un peu de lecture avant que de me coucher, et puis alors que je reposais sur le dos à attendre que le sommeil me gagne, j’ai ressenti dans mon corp toute la fatigue de cette journée inoubliable. J’avais mal, mais de ces douleurs qui font du bien. J’étais heureux.

Premiers émois

Le mardi  26 octobre 2010
43°16'2.88"N 6°35'5.44"E
Les Marines de Cogolin

Le soleil resplendi au milieu d’un ciel bleu azur lorsque je pose le pied sur le ponton.
Il est onze heure du matin, et je viens de me taper pour la dernière fois le trajet de Nice à Cogolin.
La Boiteuse qui s’appelle encore le Tom Kyle est là, au bout du ponton, à la place P43. Lorsque j’avance vers lui, ma valise à roulette fait un bruit d’enfer en trébuchant sur chacune des lattes. L’arrivée n’est pas des plus discrète… Mais apparemment le boucan ne dérange personne pour la simple et bonne raison qu’il n’y a… personne.
La première chose que je remarque par rapport à la semaine dernière, c’est que le drapeau allemand a disparu de sa hampe. Aussitôt je note mentalement qu’il va falloir que je me procure un drapeau national… Qui sera le premier article d’une longue liste j’en ai peur.
Mais bon, l’heure n’est plus à la crainte de ne pas boucler le budget. C’est Noël aujourd’hui, et j’ouvre mon cadeau !

Car c’est un peu ce qui s’est passé pendant les deux heures qui ont suivies. J’ai tout ouvert, tout fouillé. J’étais comme un gamin… Je regardais partout où il m’était possible de regarder. Et pour tout vous dire, à chaque fois que je découvrais quelque chose auquel je ne m’attendais pas, je poussais des cris de joie !

Le plus émouvant fut de découvrir que Barbara et Joerg m’avaient laissé des petits mots… Oui, des petits mots partout ! Ça allait du rappel de la procédure de démarrage moteur, en passant par le petit mot d’encouragement ci-dessus… Des petites étiquettes, en français s’il vous plaît, pour m’indiquer où se trouvait telle ou telle chose… Un vrai jeu de piste plein d’attention qui me toucha énormément. Merci à vous Barbara et Joerg, cela m’a grandement facilité les choses, en plus du plaisir que j’en ai eu à découvrir un à un tous ces indices.

Vers 13H00, j’ai fais une pause. Après avoir remis le frigo en marche je me suis dit que ce serait bien de le remplir, et je suis donc allé faire un tour d’exploration à la recherche de commerces, en passant par la capitainerie.
Et là, j’ai pu constater que les Marines de Cogolin, passé le mois de septembre, c’est aussi désert que… C’est désert. Tristement désert. Y’a pas un chat, tout est fermé à part quelques restos hors de prix… Bref, j’ai du me taper trois heures de marches pour aller au supermarché et en revenir avec seulement de quoi tenir pendant trois jours.
Et c’est là que j’ai compris tout l’intérêt du vélo !
Car oui, parmi toutes les affaires que m’ont laissées les anciens propriétaires, il y a un vélo pliable dont je ne saisissais pas bien l’usage que je pouvais en faire. Et bien non, il est utile ce vélo !
En tous cas il le sera aujourd’hui quand j’irais acheter les quelques petites choses qui me manquent encore.

Car, comme je m’y attendais, même si j’ai pratiquement tout ce qu’il me faut, il me manque deux trois trucs rigoureusement indispensables pour effectuer ma première sortie en mer… D’un point de vue réglementaire j’entend.
Mais bon, ne faisons pas la fine bouche, tout est pratiquement paré, et le reste n’est que détails…

En fin d’après midi j’ai fais une petite sieste. Puis, après avoir un peu récupéré de ma longue marche, j’ai continué à explorer… A prendre mes marques.
Vers huit heures je me suis tapé une boite de cassoulet, et après avoir tenté vainement de télécharger un film (j’ai la connexion wifi mais celle-ci est merdique et saute tout le temps), et bien je suis allé me coucher.

Cela faisait un bout de temps que je ne m’étais pas couché aussi tôt. A un point que j’ai même crains un temps de ne pas trouver le sommeil… Un bien non. Après avoir écouté un temps les bruits du bateau, je me suis endormis comme un bébé.
Et j’ai dormi comme un gros bébé. Huit heures.

Au matin, petit café qui va bien et clope sur le pont. Le pied !

Alors, le programme de la journée est celui-ci : Hier j’ai pratiquement exploré et recensé tout l’intérieur du bateau. Cela va du nombre de petites cuillères aux modes d’emplois de la cuisinière (en allemand !) en passant par les cartes marines. Et donc aujourd’hui, je termine de fouiller dans les fonds et je m’attaque au pont supérieur. Tout ce qui est matelotage, c’est-à-dire recensement de ce qui permet au bateau d’avancer… Voiles, cordages divers, branchement du pilote automatique, essai moteur. Bref, aujourd’hui c’est technique pure.

Et puis, si je le sens (et à mon avis je vais le sentir), cet après-midi on va aller faire un petit tour dans le Golf de St-Tropez, histoire de vivre un peu notre histoire d’amour en tête à tête.

Je sens que ça va être bien…

samedi 23 octobre 2010

Je fais des listes

Voilà quatre jours que j’ai franchi le pas. Bon d’accord, techniquement cela fait un peu moins de quatre jours... Mais vous n’allez pas commencer à me brouter de bon matin en chipotant sur les heures parce que sinon...
Bon, où en étais-je ?
Ah oui, à peu près quatre jours donc... Et je vous avouerais que depuis cette fameuse journée qui me vit acheter la Boiteuse, j’ai subi une espèce de contrecoup, tant au moral qu’au physique.

Je ne saurais trop vous dire ce qu’il s’est passé, mais j’ai été pris d’une torpeur morale... Ouais, torpeur morale, on va appeler ça comme ça. Une envie de rien. Surtout pas de réfléchir. Une atonie générale qui m’a vu annuler tous mes rendez-vous, et reporter tout ce que j’avais à faire...

Sans doute fallait-il que je digère un peu tout ça... Que je réalise pleinement les choses.
Et pour le coup, je les ai réalisées, les choses, et je les ai même prises en pleine poire, façon direct du gauche.

Mais bon, aujourd’hui cela va mieux. Mon cerveau c’est remis à fonctionner normalement et j’ai recommencé à tirer des plans, à m’organiser, à essayer d’envisager le maximum de choses, tout en sachant pertinemment qu’elles ne se déroulent jamais comme je le prévois. Bref, il fallait que j’encaisse, et maintenant que c’est fait je peux remonter sur le ring pour le round suivant.

Et le round suivant se sera donc la semaine prochaine. Souvenez-vous, j’avais prévu de prendre livraison de mon bateau le 28 ou le 29 prochain... Le souci c’est que je me suis rendu compte que le 29 se sera peut-être un peu juste pour faire vraiment connaissance avec la bête... Seulement deux jours pour inventorier l’ensemble du navire, faire le tri, avitailler, prendre en main tout ça, je trouve que c’est un peu court. Pire, cela ne serait pas très prudent de prendre la mer pour deux jours de nave après une si courte période d’adaptation.
Et le 28, rebelote, énième mouvement social, donc cela veut dire pas de train...
Donc, je vais devoir un peu précipiter les choses et me rendre à bord le 27. Et le 27 c’est mercredi prochain ! Dans quatre jours ! Autant dire demain.

Alors j’ai commencé à faire une liste de tout ce que je vais devoir emporter... Fringues, couchage, matos de nave, ordi portable, bouquins, etc.
J’adore faire des listes. Pour moi cela veut dire que je me projette de nouveau dans le futur, et ça c’est bon signe. Enfin, je crois...
Les listes c’est comme... arriver à ordonner les choses de façon à les rendre compréhensibles, harmonieuses, moins effrayantes. Voilà, c’est ça. Faire des listes ça me rassure.
Ben oui j’ai la trouille. Je n’y peux rien c’est comme ça. Mais bon, ce n’est pas une trouille paralysante, tout au plus ralentissante. Quelque chose d’indéfinissable qui m’accompagne, qui reste là, sans vraiment me faire chier la vie. Mais bon, suffisante tout de même pour que je me mette à faire des listes !
Mais je me dis aussi que ce n’est pas plus mal d’avoir un peu la pétoche. Cela va m’empêcher de faire des conneries. Je me connais, lorsque je me sens trop à l’aise j’ai tendance à foncer sans trop regarder où je mets les pieds. Ainsi, cette appréhension aura-t-elle au moins le mérite de me faire réfléchir un peu avant de me lancer dans quelque chose d’hasardeux.
 
Bon, vous l’avez compris, je n’avais pas grand-chose de neuf à vous raconter, si ce n’est peut-être l’envie de coucher sur le papier mes angoisses personnelles. Cela fait, je me sens mieux, et c’est bien ça qui compte.

Allez, bon weekend à tous, et on se retrouve dans quatre jours. Je vous raconterais ce que ça fait d’emménager dans SON bateau et d’y dormir pour la première fois...

mercredi 20 octobre 2010

La Boiteuse existe, et elle est à moi

Saint-Raphaël, 19h20, ce mardi 19 octobre 2010, le prochain train est dans trois heures. Du coup je me dis qu’il ne serait pas inutile de commencer le récit de cette journée… Non-pas que je risque de l’oublier, j’en doute fortement même, mais à cette heure je n‘ai qu’une envie : Que ça sorte.

Alors faisons sortir.

Comme selon mon habitude c’est vers quelque chose comme quatre heures du mat que je me suis réveillé… Heureusement pour moi, l’hôtel où je suis descendu justifie ses étoiles (trois) et le prix de sa nuitée (chère) par une petite attention qui n’est pas pour me déplaire, une bouilloire avec du café soluble.
J’ai donc pu effectuer mon rituel matinal sans trop de perturbation, tout en répondant aux commentaires et en surfant sur le net grâce au wifi. En clair, j’étais comme à la maison.

La différence avec mes habitudes pourries, c’est que dès que le restaurant a ouvert, je me suis fendu d’un solide petit déjeuner avec triples tartines beurrées et quadruples petits pains au chocolat. Je me suis dis que puisque le petit dèj’ était compris dans le prix… Autant ne pas gâcher. Et puis, je ne sais pas pourquoi, je me suis dis aussi que cette journée allait sans doute être difficile, alors autant prendre des forces.

Vers dix heures Denis le vendeur de chez Plaisir d'O  (voilà ça c'est fait) est passé me prendre et nous sommes allés rejoindre les propriétaires sur le ponton. Le Tom Kyle était là, avec toujours sa couleur qui, je le pense, me fera reconnaitre partout dans le monde. Couleur qui, soit dit en passant, me semblait ce matin-là beaucoup moins… Beaucoup plus… Bref, vous m’avez compris.

On ne traine pas car il s’agit de ne pas louper le rendez-vous avec le grutier. L’expert nous rejoins, et Jörg, c’est le nom du proprio, se met alors à l’appareillage. Nous essayons d’aider, mais nous nous rendons vite compte qu’il ne vaut mieux pas s’y risquer. Le bonhomme connait son affaire et entend la mener à bien comme ça lui chante, et pas autrement.
Moi, je ne pipe mot, me contentant d’écarquiller les yeux et d’essayer de noter dans ma tête tout ce qu’il me dit. De temps en temps j’ai bien une question, mais la barrière de la langue complique grandement les choses. On essaye de se débrouiller dans un mélange rigolo de français, d’anglais et d’allemand, et au final, en tous cas j’espère, nous arrivons plus ou moins à nous comprendre.

Au chantier nous n’avons pas longtemps à attendre que déjà la grue se place au dessus du bateau. Un employé glisse deux sangles énormes sous la carène, et tout doucement voilà notre bateau qui s’envole.
L’instant est important. Qui sait ce qui peut bien se cacher sous la surface de l’eau ? Non mais c’est vrai quoi, il m’est arrivé de voir des coques tout juste bonne à gratter le dos d’une baleine…

Mais non, la peinture noire de l’antifooling est quasiment exempte d’algues ou de bébêtes. C’est tout juste si en y passant le doigt j’arrive à récolter une pellicule grasse et verdâtre (tien, là aussi ?). Par contre du côté de l’hélice c’est une autre histoire… La pauvre est entièrement recouverte de coquillages en tout genre ! 

Je demande alors de quand date son dernier lifting du bas… et Jörg me répond six mois. Waouh ! C’est qu’elles sont envahissantes les bébêtes !
Mais bon, rien de grave et en quelques coups de lames de canif la jolie couleur bronze doré de l’hélice réapparait. Ce qui me donne à penser que c’est quelque chose qui faudra que je surveille de près…

L’expert tourne autour de la quille. Il l’ausculte, tapote du manche de son couteau, gratouille par ci par là. Tout à l’air en bon état. Seules quelques petites bulles d’osmose de ci de là semblent le chagriner, et du coup moi aussi. Mais il paraît que c’est normal étant donné l’âge de la vieille dame. Il ajoute même qu’on aurait pu s’attendre à pire…

Au bout d’une demi-heure, il déclare être satisfait, mais qu’il doit s’absenter pour le déjeuner… Qu’à cela ne tienne, on remet le bateau à l’eau et Jörg et moi partons tous les deux pour un essai en mer.

Le temps est splendide, idéal pour une petite virée. Eine schöne Brise souffle de l’ouest et nous porte au milieu du golf de Saint-Tropez, au grand largue. Le bateau glisse dans le clapot en laissant derrière lui un sillage qui me réjouit le cœur. Je ne sais pas comment vous dire, mais on aurait dit que le bateau était content de naviguer, et que dans sa joie il laissait derrière lui une trainée de sourires…
Je prends la barre. Elle est ferme dans ma main. Je m’essaye à quelques mouvements intempestifs comme je sais avoir de temps en temps, et malgré sa fermeté, le bateau réagit au quart de tour. Ok, je vois le genre. Dure à énerver, mais une fois que c’est fait, madame a des allures de jeunes pouliche…

Ce comportement réactif, voire ardent, j’eu l’occasion de le vérifier lorsque nous fîmes un bord de près. (T’as vu Momo ! J’ai mis du passé simple !). Là, le Konsul semblait prendre son pied, sa finesse le faisant remonter au vent comme un voilier de course.
Jörg qui tenait la barre sur le premier bord souriait comme un gamin, et moi je crois bien que je devais avoir une de ces bananes !
Et c’est là, en regardant Jörg que j’ai compris combien cela allait douloureux pour lui de se séparer de son bateau… C’est qu’il l’aimait son Tom Kyle… Cela m’avait échappé jusqu’à présent, mais cette vente si elle devait finalement se faire serait pour lui un véritable crève cœur. Plus tard il m’avoua même que cette petite virée fut probablement la plus sympa qu’il eut fait de toute la saison.

Pendant cette petite promenade qui dura en tout et pour tout deux heures, j’ai eu l’occasion d’observer le bateau sous toutes ses allures. L’impression qu’il me laissa fut celle d’un canote honnête, sécurisant et facile à manœuvrer. Mais également, bien planqué derrière ses abords rassurants, une légère impression de… Comment dire… On sent le feu couver sous la braise, vous voyez ce que je veux dire ? Du genre, ne te fies pas trop à ma bonne mine et à mon apparente nonchalance mon bonhomme, tu risques d’avoir des surprises. Et lorsque nous remontions au près pour rejoindre les Marines de Cogolin, j’ai bien senti ce qu’il voulait me dire… Il me disait : Non seulement je suis solide, mais en plus je sais aller vite.

Lorsque nous sommes revenus au ponton, Denis nous attendait. Il n’a même pas eut besoin de nous demander comment cela s’était passé tellement nous le portions, Jörg et moi, sur notre visage. La seule chose qu’il a dit c’est : Je vous l’avais dit !
Et c’est vrai qu’il me l’avait dit… Mais c’est une chose de l’entendre et une autre de le sentir.
Le plus drôle c’est que nous avions prévu de casser une graine tout en navigant, mais nous avons tellement pris de plaisir que nous en avons oublié notre faim !

Puis l’expert reprit sa visite. Il explora le bateau dans tous ses recoins, souleva les fonds, pris tout un tas de photos, posa mille questions. Vers la fin j’avoue que j’en avais un peu marre, je l’ai laissé terminer son truc tout seul, préférant m’envoyer une tasse de café et une part de gâteau avec Jörg et sa femme. Nous papotions. Enfin, nous avons essayé… Tien, à ce propos, essayez de faire comprendre à un allemand pourquoi leur bateau va s’appeler la Boiteuse... Vous verrez que ce n’est pas évident, parce qu’en allemand le mot n’existe pas en tant que nom, mais seulement en tant que verbe (Hinken). Bref, ça n’a pas de sens.
Il m’a fallut beaucoup de patience, et un peu de comédie, pour leur faire comprendre combien ce nom avait un sens, en tous cas pour moi.

Bref, l’après midi tirait vers sa fin lorsque l’expert déclara avoir fini... On y était, l’heure de la décision était imminente.
Nous nous sommes isolés quelques minutes et je lui ai donc demandé ce qu’il en pensait. Pour lui, le Tom Kyle ne semblait pas avoir de défauts majeurs. Quelques petits points à surveiller, comme l’osmose par exemple, des joints de hublots vieillissants qu’il serait judicieux de remplacer, mais dans l’ensemble le bateau représentait selon lui « une base solide » correspondant tout à fait à mon programme. Toujours selon lui, en rajoutant 10 000 € d’équipement j’aurais alors un bateau parfait pour faire un tour du monde...

Là, j’ai tiqué.

C’est que je ne les ai pas ces 10 000 euros... Enfin si, mais si je les mets dans le bateau, il ne me restera plus grand-chose à bouffer si je veux terminer mon tour du monde...
Pendant quelques courtes minutes mon cerveau est en ébullition. Ça carbure sec au niveau des méninges et j’essaye de faire le compte de ce qu’il me faut effectivement comme matos supplémentaire pour équiper la Boiteuse... Un jeu de voile supplémentaire... Un GPS traceur et ses cartes marines, un chauffage, un pilote automatique de remplacement, une ancre et sa chaîne, une BLU, des drisses, des haussières, des écoutes, une éolienne, des panneaux photovoltaïques, une batterie supplémentaire, une étaie largable, un radeau de sauvetage révisé... Plus tout ce à quoi je ne pense pas encore... Les centaines, les milliers d’euros s’ajoutent les uns aux autres dans ma tête et pendant un moment j’en ai presque le vertige.

C’est la panique. Pendant quelques instants la vision du gouffre que tout cela représente me terrifie. Et le plus flippant dans tout ça, c’est qu’au fond de moi ma décision était déjà prise ! Oui, j’allais l’acheter ce bateau ! Oui, j’allais effectivement partir pour faire le tour du monde ! Oui, mais... Putain ça allait être duraille.

Soudain la tempête qui faisait rage dans mon crâne s’est tout à coup apaisée, et la parfaite évidence de ce que j’allais faire c’est imposée à moi. Je vais y arriver bordel de merde ! Je ne sais pas encore comment, mais je vais y arriver... En grattant des sous par ci par là, en essayant de trouver de bonnes occasions, en comptant sur la solidarité des gens de mer... Oui, je vais y arriver.

Je me suis dirigé vers Denis et Jörg qui attendaient à quelques pas de là, et j’ai dis ok.

Quelques minutes plus tard nous nous sommes retrouvés tous les trois dans le bureau de Denis pour la signature de l’acte de vente. Jörg était aussi ému que moi, et je lisais dans ces yeux toute la détresse qu’il pouvait ressentir à l’idée de se séparer de son Tom Kyle... Il m’a demandé s’il m’était possible de le tenir au courant de mes pérégrinations. Non pas pour me suivre moi je pense, mais plutôt pour garder un œil sur son cher bateau et voyager encore un peu avec lui par la pensée.
Je lui ai donné toutes mes coordonnées, ainsi bien sûr celle de ce blog. Il m’a promis de le suivre régulièrement même si pour cela il devra travailler son français...
De mon côté, dans mon anglais maladroit, j’ai essayé de lui faire comprendre que j’allais en prendre soin de son bateau... Que j’allais faire de mon mieux en tous cas.

Au moment de nous séparer nous nous sommes chaleureusement serrés la main, l’accolade étant même à deux doigts de se produire tellement nous partagions une émotion commune. Jörg était visiblement bouleversé, et moi j’avais les larmes aux yeux.
Un grand moment d’émotion.

Bon, après j’ai sauté dans un bus pour essayer de rentrer chez moi... Et comme je suis sympa je vous épargnerais le récit de la galère que cela a été. Mais bon, sachez que j’y suis arrivé vers une heure du matin, crevé, enrhumé, mais heureux.
Et c’est donc après une courte nuit que je me suis attablé pour terminer ce texte.

Voilà, vous savez tout. Il ne me reste plus qu’à dire deux mots sur ce qu’il va se passer maintenant. Aujourd’hui je vais passer voir mon banquier pour qu’il soulage mon compte d’une très grande partie de ce qu’il y a dessus, puis j’irais faire quelques photos pour l’acte de francisation et le changement de nom du bateau. Le Tom Kyle deviendra donc d’ici quelques semaines la Boiteuse, inscrite aux affaires maritimes de Nice.
Jörg et sa femme vont terminer de déménager leurs affaires et repartirons vers l’Allemagne dans quelques jours. Le 28 ou le 29 de ce mois je prendrais pour la dernière fois le train et le bus pour me rendre à Cogolin, où je m’installerais définitivement à bord de MON bateau.
Pendant un ou deux jours je vais devoir faire l’inventaire de tout ce qu’ils m’auront laissé... Et j’imagine qu’il y aura du boulot car le bateau est plein d’un tas d’outils et de matériels divers qui, j’en suis sûr, ne repartiront pas avec ses anciens propriétaires.
Un inventaire détaillé donc, et puis aussi une prise de contact avec mon nouveau chez moi. Un essai en solo dans le golf de Saint-Tropez pour tester le pilote, tranquille Emile. Le plein d’eau et de carburant, de nourriture aussi. Et puis après avoir fait tout ça, je prendrais la direction de Marseille pour assister à mon stage de survie en mer, pour deux jours de navigation, là encore on y va tranquille, avec une étape du côté de Toulon ou Saint-Mandrier.

La vie peut être vachement belle, moi je vous l’dis.

lundi 18 octobre 2010

C’est demain...

Bon. Comme prévu c’est le bordel dans les transports et c’est tant mieux j'ai envie de dire. 
Mais le Gwen il faut quand même qu’il aille à Cogolin dans le Var pour acheter la Boiteuse... Donc, et bien on s’arrange et on anticipe.

Seulement deux trains circulent aujourd’hui et probablement aucun demain, donc je vais en choper un cet après-midi. Puis ce sera l’autocar jusqu’à Cogolin, la nuit d’hôtel est déjà réservée... Bref, en trois coups de fils j’ai tout organisé, tout vérifié, ça devrait donc être bon.

Il n’y a plus qu’à comme dit l’autre.

J’ai juste le temps de préparer mes affaires, de manger un morceau et j’y vais...

Hein ? Pardon ? Comment ça j’ai pas l’air heureux ?

Mais si je le suis, parfaitement... C’est juste que j’angoisse un max depuis hier, je ne vous raconte pas !
Je stresse, c’est comme ça et je n’y peux rien. J’ai beau me faire les gros yeux et me balancer à moi-même des discours rassurants, j’ai toujours cette boule à l’estomac lorsque je pense à ce que je vais faire demain. C’est que ce n’est pas rien tout de même !

Alors rassurez-vous, j’ai bien réfléchis, il ne s’agit pas de remettre en question mon projet. Non, je suis toujours aussi déterminé à partir, ça il n’y a pas de souci là-dessus. C’est juste que je stresse comme pourrait le faire n’importe quel quidam sur le point de faire quelque chose qui, il le sait, bouleversera toute sa vie... Un acte conscient et dispendieux qui va le projeter du confort rassurant mais insatisfaisant qui est le sien, vers un inconnu probablement aléatoire et dangereux mais tellement plein de sens.

Quoi de plus normal en somme ?

jeudi 14 octobre 2010

Grèves

C’est marrant comme la vie peut être drôle parfois... Enfin, quand je dis drôle, je veux dire bizarre, biscornue, surprenante... Genre vous êtes peinard, les choses s’annoncent bien, vous vous dites chouette, la vie est belle, et puis non... Il y a un truc qui débaroule et qui vient chambouler cette belle harmonie qui s’annonçait.

Ouais, c’est ça, ça s’appelle un contretemps. Et puis vous devez commencer à en avoir l’habitude puisque je les collectionne depuis le début de cette histoire. Ceci dit, qui dit collection, dit forcément une certaine connaissance du sujet... Voire une habitude. Et qui dit habitude, dit maitrise, et qui dit maitrise dit forcément philosophie. Donc les contretemps je commence à les philosopher grave.

Voici ce qui se passe.
Hier, super nouvelle. En taillant le bout de gras avec mon broker, histoire de finaliser l’expertise de la Boiteuse, j’apprends avec joie que les propriétaires sont déjà en train de débarrasser le bateau, et que dès le compromis signé, le virement fait, je pourrais commencer à naviguer dessus avec des papiers provisoires... Ce qui veut dire concrètement que dès la fin de la semaine prochaine, logiquement et si j’ai bien tout compris ce que m’a dit le monsieur, j’embarque et je ramène la Boiteuse à son port d’attache, Villefranche-sur-Mer.

Vous imaginez l’impatience qui s’est alors saisit de moi. Quand j’ai eu raccroché le téléphone, j’ai gueulé « YES » dans mon salon, que même je suis sûr que les voisins l’on entendu.

Bref, c’est donc l’esprit en joie que j’ai attaqué cette journée. Je suis allé à ma leçon de navigation pour le permis hauturier, et puis j’ai fait un peu de shopping chez les bouquinistes du vieux Nice... J’y ai dégoté trois livres incontournables. Deux de Moitessier, La longue route et Un vagabond des mers du sud, et Kurun autour du monde de Le Toumelin. Des classiques de chez classiques qui feront bien dans ma bibliothèque de bord.

Et puis, la nouvelle est tombée en fin d’après midi : Retraites : nouvelle journée d'action mardi 19 octobre...

Et merde... Ça veut dire que pour me rendre à Cogolin, ça va être la galère comme disent les journaleux.

Alors ne vous méprenez pas. Je suis entièrement d’accord avec cette grève, vous le savez. Je l’appelle de mes vœux depuis suffisamment longtemps pour ne pas me réjouir de voir enfin la population se soulever en masse et dire non à ce pignouf de Sarkozy.
Mais pourquoi ce jour là ? Hein ? C’est exprès pour paver ma route de caillasses bien tranchantes histoire que j’apprécie encore plus la moquette du carré de la Boiteuse ? Hein, c’est ça ?

Bon, philosophons ai-je dis. Nom de dieu de merde j’y arriverais. Même si je dois y aller en stop, je serais à 11h00 à Cogolin, point barre. (Peut-être qu’en partant la veille ?)

Mais je garde à l’esprit l’information la plus importante, je pourrais aller à mon stage de survie en bateau... Ça mes poteaux, ça va être le pied !
Je m’y vois déjà : Partir deux jours avant, tranquillou Marylou. Trouver un petit mouillage sympa dans les environs des îles d’Hyères... Et puis pour le retour, flâner le long des côtes varoises... Ça va être bien. Oh oui, ça va être bien...

mardi 12 octobre 2010

Calendrier

Bien, aujourd’hui nous somme mardi, et j’ai le clavier qui me démange. Il me démange ce bougre de clavier, mais le souci c’est que je n’ai malheureusement pas grand-chose à vous raconter... C’est con hein ?

Enfin si, peut-être serait-il utile que je vous résume un peu le calendrier à venir... Hein ? Ça vous dit ? Ça aura le mérite d’informer le lecteur qui débarquerait ici par hasard, et me permettra également de combler cette journée.

Alors allons-y. La semaine prochaine, le 19, aura lieu l’expertise technique du bateau, ainsi qu’une petite sortie en mer si le temps le permet. A l’issue des deux, et bien je prendrais la décision finale, celle qui me fera le propriétaire, ou pas, d’un bateau de trente-sept pieds.

Mais avant ça, sachez que dès demain j’entame les cours pour le permis hauturier... Pour l’instant j’ai programmé deux cours par semaine pour une durée de deux semaines (oui je sais, ça fait quatre), et je verrais à l’usage s’il y a lieu d’en rajouter ou pas.

L’étape suivante sera mon stage de survie, les 3 et 4 novembre à Marseille... Pour tout vous dire, j’espère que je pourrais m’y rendre en bateau. Ouais, je me suis dit que ça le ferait grave de poser mon canote devant le bâtiment où se déroule le stage et d’y retourner dormir le soir venu... Ça aurait une putain de classe non ? Mais la classe n’est pas tout, cela aurait en outre l’avantage d’être mon premier voyage en solo (court et plutôt simple), et puis ça me ferait économiser une nuitée à l’hôtel ce qui n’est pas rien au regard de mes finance à venir...
Enfin bref, je verrais bien. L’obtention des papiers peut prendre un certain temps, et puis je ne sais toujours pas combien de temps les anciens proprios vont mettre à décarrer pour me laisser le champ libre... Donc, pour réaliser ce petit caprice je vais avoir besoin, une fois n’est pas coutume, d’un peu de bol.

Ensuite, et bien la phase formation sera terminée. Je n’aurais plus qu’à comme dirait l’autre. Et le « plus qu’à » consistera à passer le plus de temps possible sur l’eau jusqu’à ce que toutes mes démarches administratives soient terminées, et que je me sente prêt à sauter le pas.

Je vous le rappelle la « dead line » c’est le mardi 15 mars... Après cette date, je suis bon pour poireauter tout l’été, le temps que le régime d’alizé revienne. Donc il faut absolument que je sois parti avant cette date. Ce qui peut très bien être le 31 janvier ou le 15 février, ce sera selon la façon dont j’appréhende le truc, et puis, bien sûr, de la météo.

Ce weekend je me suis penché sur les cartes et les « pilot charts » pour commencer à mettre sur pied un petit programme de navigation... Pardon ? C’est quoi un « pilot chart », me demande la jolie brune au premier rang...

Et bien c’est ça, à gauche.
En clair, il s’agit d’une carte mensuelle qui vous indique avec ces mini-roses des vents quels seront ceux que vous risquez de rencontrer. Je parle des vents bien sûr.
Sur l’exemple ci-contre, il s’agit des îles du Cap Vert au mois de mars... On peut y voir qu’en cette période lorsque je suis au nord des îles, j’ai 62% de chance de rencontrer des vents qui seront orientés comme venant du Nord ou du Nord-Ouest. Et ce sont des vents qui font en moyenne 20 nœuds. Le chiffre un au centre du cercle indiquant quant à lui le pourcentage de chance que j’ai de ne pas avoir de vent du tout.
Je pense que vous avez compris, avec ce genre de carte on peut alors prévoir sa navigation tout au long de l’année, tout en n’oubliant pas que ce ne sont là que des statistiques. C'est-à-dire que le bon Eole y met parfois son grain de sel et que vous pouvez tout à fait tomber complètement en dehors des prévisions.
Donc je vous disais que j’avais planché ce weekend sur la première partie de ma circumnavigation, et j’ai plus ou moins mis sur le papier le programme suivant.

Première étape, Barcelone en longeant les côtes Françaises. Je m’étais promis d’y retourner un jour pour y séjourner plus longtemps, donc j’y vais.
Puis ce sera les Baléares. Au printemps, je gage que cela sera super d’y passer quelques jours et de commencer à prendre le soleil.
Ensuite, direction le détroit de Gibraltar avec une escale à Tanger. Puis, tout dépendra du temps que j’ai devant moi. J’aimerais assez faire un petit crochet vers la côte sud du Portugal, la région du Faro, mais si je ne peux pas je continuerais à longer un temps le Maroc pour rallier ensuite Madère.
De là, un saut de puce jusqu’aux Canaries. Bon, tout le monde dit que c’est magnifique comme iles, mais bon, moi d’après ce que j’en ai vu ce sont surtout des tas de caillasses posés sur l’eau... Donc, on ne s’attarde pas et on file encore plus au sud pour rallier le Cap Vert.

Là, on fait une pause technique... Mais alors une vraie pause car il s’agit d’attaquer la traversée de l’Atlantique dans de bonnes conditions. On répare ce qu’il y a à réparer, on fait le plein de fruits aux couleurs bizarres et on se prépare psychologiquement à passer entre vingt jours et un mois en mer. Direction Cayenne, terre amazonienne française.
J’y suis allé en 1988 (faudra que je vous raconte un jour) et je rêve de refaire ce voyage. Donc la Guyane, puis le Brésil, et on attaque la descente vers le sud.
Belém, via le delta de l’Amazone... le passage de l’équateur qui me verra sacrifier la seule bouteille d’alcool qu’il y aura sur le bateau. Fortaleza, Rio de Janeiro...
Au fur et à mesure que le printemps et l’été s’installe dans l’hémisphère sud je longerais les côtes. L’Uruguay, l’Argentine... Pour me retrouver finalement pour Noël en Patagonie.
Là, re-pause technique et préparation pour le passage du Horn et la remontée des canaux de Patagonie.

Après, je ne sais pas encore. On verra. Je pense que je remontrais les côtes Chiliennes jusqu’aux Pérou pour faire un tour aux Galápagos, ou bien tracerais-je directement vers un autre de mes passages obligé : Les Marquises. Mais bon, on devrait être aux alentours de mars 2012, donc je pense que je peux me permettre d’être encore un peu flou dans mon programme.

Voilà, vous savez tout. Ce programme n’a rien de définitif et est susceptible à tout moment d’être modifié par les organisateurs comme disent les tour-operators, mais voilà en gros ce qui est prévu jusqu’à l’horizon 2012.
Oui je sais, j’ai du pain sur la planche. Mais, chose bizarre me concernant et sachant que j’ai une fâcheuse tendance à douter de tout, et bien je n’ai (pour l’instant) aucune appréhension concernant ce voyage. Je vais même vous dire un secret, je suis persuadé que je vais y arriver... Oh je ne dis pas que je ne vais pas galérer pour le faire, mas je sais au fond de moi que dans un an je serais aux portes du Canal Beagle.

Tiens, à ce propos et puisque je vous tiens, j’ai un petit service à vous demander, à vous mes lecteurs. Maintenant que vous connaissez la première partie de mon itinéraire (non contractuel, hein ?), il y a un truc que vous pourriez faire pour me filer un coup de main, c’est de fouiller dans vos répertoires et de me trouver des contacts dans tous ces pays.
Je crois que ce serait sympa que je puisse au fur et à mesure de mes pérégrinations rencontrer des gens qui vous connaissent et qui on envie de me connaitre... Bref, l’intérêt du chemin ce sont les gens que l’on y croise, et de savoir que quelqu’un que je ne connais pas m’attend quelque-part au détour d’une escale... Et bien je trouve ça intéressant, voire même rassurant.

Voilà. Cet hiver sera assez chargé puisque j’aurais à préparer le bateau et le bonhomme, et à peaufiner tels ou tels points de détails, mais ma proposition d’accueillir ceux qui le veulent pour une petite balade tient toujours. Il faudra que j’arrive à caser tout ça avant et après les fêtes, car j’aimerais assez aller trainer mes pénates du côté de la Sicile.
Je me suis dit que mouiller au pied du Stromboli pour Noël et passer le nouvel-an à Djerba en Tunisie serait une excellente façon d’aborder cette année charnière... Qu’en pensez-vous ?

Allez, je vous laisse pour aujourd’hui. Pace, salute è liberta !

vendredi 8 octobre 2010

Leçon de manoeuvre


Mesdames et Messieurs bonjour et bienvenu. Aujourd’hui je me propose de vous proposer la démonstration du hissage de la Grand Voile.
Alors avant toute chose vous laissez tomber le bonnet avé la virgule dessus, passeque c’est le genre de truc qui risque de finir à la baille, et croyez-moi vous aurez autre chose à faire qu’à tenter de le récupérer.
 
 
Ensuite vous demandez gentiment au barreur de se positionner face au vent... Pendant qu’il effectue la manœuvre vous vous préparer à déployer vos muscle avec style, passequ’en plus y’a du monde qui vous regarde et un type qui vous prend en photo.

  
Une fois le nez du bateau face au vent, la voile ne portant plus elle devient alors plus facile à hisser. Vous prenez alors la position adéquate, les jambes écartées, les pieds bien en appui et le dos droit. Et vous hissez.

   
Vous hissez...









Vous hissez encore...













Vous hissez toujours et vous faites vite passque y’a la terre qui se rapproche...

 








Vous hissez. Notez avec quelle élégance la drisse se retrouve au pied du hisseur.


  






Vous hissez...













Heu... Ouais d’accord... Pauline j’ai un souci là... J’suis à bloc !










Ah ouais, le palan fin ! Heu... Alors ouais ok, on fait comme ça, on relâche le bidule de façon à laisser de la marge pour le truc, on fixe au taquet et on tire sur le machin...
 

 
Comme vous pouvez le constatez mes amis, je suis en train de vous faire la démonstration pédagogique de ce qu’il ne faut pas faire. Oui je sais, en plus je le fais bien...


 
Bon, maintenant y’a plus qu’à ranger... Comment ça la terre était pas loin ? Mais non, y’avait encore de la marge !

jeudi 7 octobre 2010

Echouage et remballage


Le vendredi 24 septembre 2010
47°52'26.01"N 3°54'45.43"W
Concarneau

Comment ? Oui j’ai bien dit échouer... Mais non, pas de cette façon-là, après on aurait eut des ennuis avec l’assurance, et tout et tout... Non, je veux parler d’un échouage dans les règles de l’art, comme j’en avais vu dans les livres avec le bateau posé dans le fond du port, le mât attaché au quai avec une cravate. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est une vieille image que je trainais au fond de ma tête depuis pas mal de temps, et j’avais envie de la voir se matérialiser...

Et c’est donc ce que nous avons fait ce vendredi matin, histoire de finir en beauté le stage. La première chose à savoir pour bien échouer son bateau, c’est d’abord l’heure à laquelle... Il va s’échouer ! J’entends par là l’horaire exact de la marée descendante, la vitesse à laquelle elle descend et la hauteur d’eau disponible sous la quille. Et pour faire ça, il n’y a pas trente-six moyens pour le savoir, il faut faire un joli graphique qui ressemble un peu à ça.


Pas de bol pour les marmottes, si nous voulions positionner Sereine de façon à ce qu’elle ait 50 cm de flotte sous la quille, et bien il fallait se mettre contre le quai sur les coups de six heures du matin. Donc levage dès potron-minet, et c’est nuitamment que nous avons posé la bête. Ensuite, nous avons essayé de faire contre poids pour la faire pencher un peu... Du côté du quai bien sûr. Et donc, voilà toute l’équipe qui commence à sortir tout ce qui est lourd et à le poser à tribord. Les ancres et leurs chaines, les voiles, la survie... Bref au bout d’un moment le pont ressemble à un bordel sans nom.
La mer descend, descend, descend encore et soudain alors que nous sommes là, aux aguets, le bateau de bouge plus... C’est là que le moment délicat commence, car il ne faut surtout pas qu’il dérape et se vautre de tout son poids contre le quai !
Pauline, pour qui c’est également une première, a le sourire mais elle n’en mène pas large pour autant. C’est que mine de rien ça ferait plutôt tâche sur son cv de bousiller le fleuron de la flotte des Glénans !
Mais c’est bon. On est un poil trop penché, mais la quille ne dérape pas. Le jour s’installe, l’eau peu à peu se retire, et apparait alors la partie immergée de la coque qui, surprise, est rouge. Je décide alors de descendre dans le port et de prendre quelques photos.

Et là, comment vous dire, je suis resté complètement en admiration devant le spectacle. Je trouvais déjà la silhouette de Sereine à mon goût, mais franchement de la voir toute entière, ça m’a coupé le souffle. Putain qu’elle était belle !
Non mais regardez-moi un peu cette ligne ! Vous ne trouvez pas qu’elle est sexy ? Il y a dans sa forme quelque chose de... féminin. Des courbes sensuelles, une harmonie dans l’ensemble, la quille longue étant le parfait prolongement du reste... Un peu comme une jolie fille au minois sympathique et au buste généreux qui, soulevant ses jupes, nous dévoile alors des jambes de folie.
Bref, Sereine est une vraie pinup.
Je suis resté un moment à la regarder sous toutes les coutures, et en l’observant je crois même avoir compris quelques petites choses sur son comportement à la mer... Je ne prétends pas être devenu du jour au lendemain un expert en mécanique des fluides, mais en regardant la forme de sa coque, je crois qu’une partie de mon cerveau, peut-être celle située dans mes fesses, a fait d’elle-même le rapprochement avec sa façon de glisser sur les vagues, d’appréhender la houle... Bref, je crois que j’ai compris pourquoi j’avais eu tellement confiance en ce bateau. Avec une ligne pareille, on ne va peut-être pas vite, mais on va loin et en sécurité.

Autre chose qui m’a paru évident, c’est que la belle a bien besoin d’un ravalement de façade ! Z’avez vu un peu l’élevage de moule qu’elle trimbale sur son arbre d’hélice ? Une vraie pouponnière !
Ce qui me rappelle qu’il faudra que je pense à faire prendre l’air à la Boiteuse au moins une fois par an, pour bien lui gratter les dessous...

Pendant que Sereine repose sur son lit de sable, il est temps pour nous de commencer à ranger nos affaires et d’entamer la corvée de nettoyage. Bon, je vous ferais grâce de la description de ces moments chiants à souhait. C’est tellement chiant que même à le raconter, c’est encore chiant, donc on passe à la suite.

Et bien la suite, c’est tout simplement la fin du stage. Pierre est rentré chez lui, puis Jean-Louis a rejoint son hôtel à Rosporden. On a dit au revoir à Pauline et nous nous sommes retrouvés à trois pour le reste de l’après-midi et la soirée.
Je me suis accordé une petite balade en solo dans la ville close où j’ai essayé de tenter le noir et blanc... Et le soir, Pascal, Danielle et moi nous sommes retrouvés pour un dernier resto. Nous avons dormi sur le bateau puis, le lendemain Danielle m’a accompagné jusqu’à l’aéroport de Lorient et quelques heures plus tard je regagnais mes pénates fatigué et heureux.

Bon, maintenant que je vous ai fait le récit de cette quinzaine, quels sont les enseignements que j’en retire ?
Et bien je voulais naviguer en Atlantique pour me familiariser avec le phénomène de la marée, et le moins que l’on puisse dire c’est que j’ai été servi. Ça monte, ca descend, et le tout réglé comme du papier à musique. Donc à partir de là, et pour peu que l’on ne soit pas allergique aux maths, il ne s’agit plus que de s’appliquer et être méticuleux dans ses calculs. Je pense avoir bien assimilé le truc, et je peux donc me présenter la tête pas trop basse pour l’examen du permis hauturier.
Ensuite, je voulais rencontrer des conditions un peu plus viriles que celles de la Méditerranée, et manque de bol j’ai eu beau temps pendant tout le voyage. Donc il me faudra sans doute affronter une vraie tempête avant que de m’estimer servi de ce côté-là... Mais quelque chose me dit que je n’ai pas besoin d’aller à l’autre bout du pays pour m’aguerrir, et que mes navigations de cet hiver avec la Boiteuse me suffiront amplement.
Ah oui, il y a un truc que j’ai découvert avec intérêt également c’est la houle... Je parle de la vraie houle, celle qui fait 5 m de haut et qui s’étale sur des centaines de mètres. Et bien j’aime bien. Ouais, je trouve ça marrant en fait. C’est même confortable quelque part quand on connaît celle qu’offre l’océan méditerranéen.

Et puis je crois que pendant ce stage j’ai pris un peu plus confiance en moi... Je veux dire par là que si demain, non pardon, lorsque demain je ramènerais la Boiteuse à son port d’attache, je me sens de le faire seul. Avant, il n’y à pas si longtemps, je n’aurais pas pu l’imaginer alors que maintenant je me vois très bien le faire et je n’en ressens aucune appréhension.

Voilà chers lecteurs, je crois que j’ai fini. J’espère que cela vous a plu, et il me reste à remercier tout l’équipage, en commençant par Pauline pour sa patience et son sourire. Danielle pour son tempérament, Jean-Louis pour sa gentillesse, Pascale pour ses conseils, et enfin Pierre pour sa bonne humeur. A tous, que les vents vous soient favorables !