mardi 5 octobre 2010

Dernière semaine


Alors, où en étions nous ? Ah oui, je vous avais laissé alors que je venais de me vautrer lamentablement sur un ponton de la Trinité... Très bien, donc reprenons, si vous le voulez bien, le fil de cette histoire.

Le lundi 20septembre 2010
47°32'35.03"N 2°53'42.89"W
De la Trinité sur Mer au Croesti

Le lundi matin je me réveille un peu tard, genre 07h30, et la première chose que je rencontre c’est le regard de Pauline qui s’enquière de mon état.
Tout va bien lui dis-je. Le poulet est passé et mon mal de tête a disparu. Je devine sur son visage le soulagement que lui procure cette nouvelle. C’est que pour son dernier encadrement de la saison elle n’aura pas été gâtée la petite !
Nous décidons alors de nous conformé à peu près aux prescriptions de la Faculté, à savoir de glander le matin et de ne filer vers le Croesti qu’en fin de journée. C’est cool, de toute façon la pétole est là et nous encalmine, alors autant profiter du soleil.

A midi, une jolie surprise nous attend. Nous avions décidé d’acheter du poisson frai au marché couvert pour le repas du soir et Jean-Louis en a profité pour prendre deux douzaines d’huitres qu’il nous propose pour l’apéro de midi...
Les filles ne goûtant guère le fait de manger des bestioles vivantes et à l’aspect glaireux, ce sont donc les garçons qui se sont fait plaisir.
Imaginez un peu le tableau : Quatre types, assis sur le pont d’un bateau et qui dégustent des huitres accompagnées de tartines de beurre demi-sel et qui balance les coquilles par-dessus bord. Le pied !
Moi qui avais pour habitude de déguster ces mollusques uniquement dans l’atmosphère guindé des repas de famille, le côté « plein air » a été une révélation. On ne devrait les manger que comme ça les huitres ! En crachant les éclats et en balançant les coquilles par-dessus son épaule !

Sur les coups de 14h00 nous larguons les amarres et nous prenons tranquillement la direction du Croesti. Le temps est magnifique, la baie est remplie de voiliers en tous genres. Du petit day-boat aux 60 pieds de course... Des voiles partout. Nous sommes bien au paradis du voileux.
La Trinité comme je vous l’ai dit est une véritable usine en matière de plaisance, mais une usine chicos quand-même. On est dans l’aristocratie plaisancière si je puis m’exprimer ainsi. Genre petits polos siglés et pompes à glands.
On y peut voir également pas mal de teams de course, avec des monstres improbables tels que Gitana 13, Idec ou Sodébo... Bref, ça sent le fric à plein nez.

Au Croesti aussi ça pue le fric, mais pas le même. La marina a été construite de toute pièce pour y accueillir la classe juste en dessous, celle des nouveaux riches et des retraités... Les gens se la pètent avec autant d’ostentation mais sans pour autant arriver vraiment à imité les aristos de la Trinité. Je vous avoue que ce genre de truc m’indispose sévère, et je me prends à regretter le petit port de l’Île d’Yeu ou c’était plutôt des bateaux-manouches qui nous entouraient...

Bref, nous arrivons au Croesti en fin de journée, accueillit par deux vieux qui regarde passer les bateaux. Petite ballade collective jusqu’à la chapelle qui surveille elle aussi l’entrée du port... et couché de soleil pour tout le monde !
Là, j’ai eu une petite pensée pour Tsuki et je me suis ingénié à prendre les plus beaux clichés qui soient pour rendre hommage à son talent. Ok, je n’ai pas l’impression d’y être arrivé, mais c’est l’intention qui compte n’est-ce pas ?

Le mardi 21 septembre 2010

Le jour n’est pas levé et alors que j’ouvre un œil j’aperçois la tête de Pierre qui m’observe depuis le pont. On va se promener ? Qu’il me dit
Grrr... Un petit café d’abords si tu veux bien... Sinon, ça va pas le faire. Je me fais chauffer de l’eau et m’installe dans le cockpit pour mon petit rituel matinal. Sitôt avalé ma tasse, voilà le Pierrot qui réitère sa demande... Alors ? On y va ? Il faut que je te montre un truc.

Zen, mon Gwen... Reste zen. Non Pierre lui dis-je, laisse moi le temps de prendre une deuxième tasse s’il te plaît.

Bref, j’ai juste eu le temps de l’avaler celle-là que nous voilà parti. Sur ce coup, j’ai décidé de jouer la prudence, et j’ai donc pensé à prendre ma lampe frontale et ma canne... Une gamelle par semaine, cela suffit bien. Et donc nous voilà, marchant vers la petite pointe de terre qui se situe juste derrière l’église que nous avions vue la veille.
En fait il s’agit d’un tumulus avec des tombes à l’intérieur. Des tombes celtes qui se visitent, mais vous imaginez bien qu’à cinq heures du matin... Bref, nous en fumes quitte pour une balade dans un labyrinthe de sentier étroitement enserrés par les ajoncs.
De retour au bateau, nous nous préparons pour le départ et cette fois-ci pour une nave de trois jours en direction de l’archipel des Glénan.

Une bien belle journée ma foi. Nous nous glissons au sortir de la Baie de Quiberon entre l’île de Houat et les cailloux. De jour l’endroit me semble bien moins dangereux que la fois précédente où nous avions dû nous faufiler alors qu’il faisait noir comme dans le cul d’un... Il faisait noir quoi.
Puis nous avons longé la côte sud de Belle-Ile, admiré ses falaises, et vers 15h00, le vent nous laissant lâchement tomber (oui, j’insiste, lâchement), nous avons été obligé de continuer au moteur... Et ce jusqu’à ce que nous arrivions à l’archipel des Glénans le lendemain matin.
En fin de journée petite pause détente dans la crique de Ster Traz (47°22'16.72"N 3°14'48.18"W). Baignade pour les moins frileux d’entre nous (C’est des malades !) et pour bibi, petites balade en annexe jusqu’à la plage. J’en profite pour essayer d’immortaliser une famille de goélands marins... Mais bon, je ne dois pas être très doué avec les animaux !

Pendant la nuit, à cause du moteur et de la pétole, mon quart n’a pas été des plus passionnants. J’ai fait un peu de reconnaissance de la côte entre Groix et Lorient... Tien, celui-là avec ses feux à occultation (4 éclats en série puis 6 secondes de noir) ça doit être... Ouais, on va dire que c’est Lomener... Allez roule ma poule c’est tout droit !

Le mercredi 22 septembre 2010
47°43'27.38"N 3°59'40.15"W
Archipel des Glénan

Nous sommes arrivés à l’archipel des Glénans sur les coups de huit heures du matin. La mer est d’une platitude qui confine à la morosité, et la brume qui s’est levé accentue encore plus cet aspect fantomatique que peu revêtir, parfois, la Bretagne. L’atmosphère est douce, les sons se propagent de façon bizarre... C’est beau.
Bon ok, ce n’est pas exactement comme ça que j’avais envie de les voir ces îles, mais ce n’est pas si mal après tout. Parce que je ne sais pas si vous le saviez, mais les Glénan sont considérées comme une anomalie climatologique. Genre les Lavezzi en Atlantique, avec des eaux couleur lagon et tout et tout... Mais pour l’heure, nous avons droit à la version automnale de la chose, qui ne manque pas de charme cependant comme je vous l’ai déjà dit.

Une vedette de la gendarmerie Maritime vient mouiller près de nous et débarque quelques plongeurs. Le coin est un spot reconnu pour ceux qui aiment à jouer les otaries. Des petits bateaux de pêche tournent en rond et pêche la coquille St-Jaques... Le coin est calme, reposant. Avec le Pierre nous débarquons pour nous balader sur l’île de Penfret. Quelques bâtisses semblent abandonnées, c’est la fin de l’été et les Glénans abandonnent les Glénan. (Les Glénans avec un s, c’est école qui m’accueille depuis dix ans et tire son nom de l’archipel du même nom sans le s. Vous suivez ?)
J’ai un peu de mal à imaginer que ces îles reçoivent chaque année des milliers de jeunes ados pour des stages de voiles légères... Tant de monde, de cris, d’hormones en ébullition, cela doit gâcher quelque peu le spectacle de ces iles magnifiques, et je dois dire que je suis ravi de les visiter alors qu’elles sont quasiment désertes.
Tien, une anecdote pour mes potes gauchistes. Dans l’archipel il est une île qui appartient à la famille Bolloré, je crois que c’est le Loc’h, et qui permettait à l’école de voile de jouir des lieux sans entrave. Et bien, il y a quelques années, lorsque la mère Bolloré a appris que les stages de voile allaient devenir mixte, elle a interdit purement et simplement l’usage de son île ! De l’eau a passé sous les ponts depuis, et la vieille à cassé sa pipe, mais l’interdiction, elle, demeure...
Vous avez dit réactionnaire ?

Dans l’après midi, nous nous entrainons à piloter entre les cailloux en nous servant uniquement d’alignements... Un exercice pas évident au départ, mais très utile lorsque le paysage change d’heure en heure à cause de la marée et que le compas se révèle alors totalement inutile. En fin de journée nous mouillons entre Saint Nicolas et Bananec pour une nuit calme et reposante. Bien nous en a pris de profiter un peu car la journée du lendemain fut, comment dire, musclée ? Oui c’est ça, va dire musclée.

Le jeudi 23 septembre 2010
47°52'26.01"N 3°54'45.43"W
Concarneau

Temps couvert, limite merdique. Le vent s’est levé et nous accompagne alors que nous prenons la direction du port d’attache de Sereine.
Aujourd’hui, au programme nous avons tout ce que nous n’avons pu faire pendant quinze jours faute de vent ou parce que c’était chiant. C'est-à-dire des exercices, des exercices, et des exercices. Prise de coffre à la ralingue, mise à la cape, homme à la mer... Bref, aujourd’hui on bosse.
Et ça tombe bien parce que pour cette journée nous avons eu un VRAI temps breton. Donc on sort la tenue haute-mer et on prend une mine de circonstance : Mine renfrognée pour ne pas donner prise au vent, et mains dans les poches dès qu’on n’a pas quelque chose à faire (voir photo).

Franchement, je vais vous dire, j’ai bien aimé cette journée. La pluie à l’horizontale, la mer grise et les rafales de vent, après quasiment deux semaines de beau temps, ça fait du bien. Oh mais juste une journée hein ! Faut pas abuser des bonnes choses non plus.

En fin d’après midi des voiles gigantesques se profilent à l’horizon... D’immenses 60 pieds aux noms archiconnus (comme c’est des noms de marques, je n’en dirais rien, manquerait plus que ça !) filent à pleine vitesse, majestueux, et s’enfournent dans le chenal de Port-la-Forêt. La route du Rhum est à la fin octobre et mine de rien des stars nous passent sous le nez : Armel le Cléac’h, Kito de Pavant, Michel Desjoyeaux, Jean-Pierre Dick, Vincent Riou... La crème de la crème est là, à seulement quelques encablures. Un autre monde que le mien mais qui pourtant fait rêver...

Le soir nous posons Sereine derrière la ville close, là où elle attendra quelques jours avant d’être sortie de l’eau pour son lifting bisannuel. Mais avant ça, Sereine aura droit à une ultime expérience, un truc que votre serviteur avait expressément demandé à faire : On va l’échouer...


6 commentaires:

monique a dit…

Je suis surprise que cet "échouage" annoncé ne suscite pas de commentaires..sont tous sur le JVVD ou bien ?

Encore un beau récit et des photos superbes! merci.
(fais moi signe)

Gwendal a dit…

@Monique : Oui, moi aussi je suis surpris (limite inquiet)... Eh-Oh les gens ! Vous n’allez pas déjà vous lasser alors que je ne suis même pas encore parti hein ?
Mais non, j’rigole... Je n’ai pas besoin à ce point de reconnaissance.
Bon, pour info visite de l’expert le 19 octobre... y peut pas plus tôt... Grrrr !

Bourreau fais ton office a dit…

C'est p't'être la concentration de rupins au mètres carré, les Christ aux lichens, les cimetières, les mamies milliardaire réactionnaires, et le temps breton qui ont refroidis les commentateurs ?

Restaient pourtant les Glénan, les goélands et ton enthousiasme insubmersible !

Gwendal a dit…

@Bourreau : Mouais... Des fois le nombre de commentaires baisse sans trop que je devine pourquoi... Mais bon, pas grave puisque vous vous rattrapez après !

Anonyme a dit…

Voilà, quand l'idéologie rend aveugle, sourd et populiste au possible.
Concernant La Trinité, oui, Le Pen est né là bas, comme d'autres. Je crois même que Kersauzon piquait le voilier de la famille Le Pen pour y tirer des bords quand il était ado... Souchon y habite en partie, Plisson le grand photographe maritime aussi, etc, etc, etc...
Le port s'appelle LE CROUESTY, pas crouesti .
L'ile de Bolloré, qu'il possède depuis des lustres comme d'autres sont propriétaires de leurs bateaux, a été ouvert aux Glénans, en effet, et ne l'est plus car elle est transformée en réserve naturelle et est en passe de devenir la première ile écolo avec un projet innovant. Par ailleurs, tu n'es pas du coin, moi si : les Glénans ont la "chance" de disposer d'un archipel presque entièrement pour eux, c'est déjà une chance unique.
Tu as dit lors d'un article précédent que tu t'interesserais un petit peu aux autochtones, et tu tombes dans le travers inverse : l'interpretation basique sans meme avoir cherché les réponses.
C'est dommage, tu vaux plus.
Je mets cela sur le sale coup à la tete par la fidèle Sereine, toujours amarrée à son ponton à CCN en ce moment.
Quant à Pauline, que je connais, c'est une fille dont la réputation n'est plus à faire, c'est une chance que de l'avoir rencontré !

Gwendal DENIS a dit…

@OOL : (Je suppose que c'est toi ? Signe en fin de commentaire si tu ne veux pas t'enregistrer)
Réserve naturelle et projet innovant dans la même phrase, tu ne te mouche pas du coude à ce que je vois. Vive le greenwashing !