mercredi 30 avril 2014

A brazilian nightmare

23°13.730S 44°41.745W
Paraty, Brésil

Vous l'avez sans doute remarqué, mais à la fin de l'article précédent, je vous disais qu'il y aurait une suite au prochain épisode... Cela laissait supposer donc, que cette nave n'était pas terminée et qu'il allait se passer encore plein de chose avant que je puisse dire : Ok, je suis arrivé. Et des choses, il s'en est passé en effet. Beaucoup.

Il était 14H30 ce samedi 26 avril et j'étais donc à la barre de La Boiteuse, lorsque juste avant d'arriver à hauteur de la Marina do Engenho j'avise un compatriote, le Quinoa. Je ralenti, j'arrête même le bateau pour que nous puissions échanger quelques mots brièvement avec le Capitaine. J'apprends qu'il est de Toulon, on est donc presque voisins.
Je lui dis que je vais me mettre à quai, mais qu'on aura très certainement l'occasion de papoter plus longuement, et je reprends ma route. Arrivé à hauteur du premier ponton, je saisi ma radio et j'appelle sur le canal 68 comme il est précisé dans le Brazil Cruising Guide.
On me répond presque immédiatement, et lorsque je demande qu'on m'aide à accoster, parce que je suis solitário. On me dit alors que la marina est pleine. Qu'il n'y a plus de place...

Là, je suis un peu sonné par ce cas de figure que n'avais absolument pas envisagé. On est presque en hiver et les grandes vacances sont terminée, je pensais réellement que La Boiteuse allait pouvoir trouver facilement une place. Bon... Je remercie quand même, et après avoir réfléchis quelques secondes je décide alors de me rendre à la marina Porto Imperial, tout au bout de la baie, où je sais trouver Izabel Pimentel. Lors de notre rencontre à Rio Grande, nous avions vaguement évoqué l'idée qu'elle pourrait glisser un mot à l'oreille de la direction pour qu'ils me fassent une ristourne...

Quelques minutes plus tard je pénètre dans le canal d'entrée et je vois alors un zodiac qui fonce sur moi. J'affiche mon plus beau sourire, et je demande « você tem uma vagua para um barco de 36 pés ? ».
Le type me dit que oui, et m'ordonne de m'amarrer à un ponton à carburant. Je m'exécute gentiment, d'autant que la manœuvre est simple et qu'il n'y a pas un pet de vent.
La Boiteuse n'est même pas encore complètement arrêtée que Touline a déjà bondit sur le ponton branlant et fonce ventre à terre en se faufilant entre les jambes du pompiste. Et que ça miaule, et que ça sautille dans tous les sens... La pauvre, après deux semaines de mouillage et trois jours et demi de mer, elle revit !

Je la laisse explorer son nouveau territoire, et je me dirige vers la administração pour enregistrer La Boiteuse. La jeune fille derrière son bureau est très mignonne mais semble surprise par ce français qui débarque en souhaitant séjourner quelques jours. Moi, je prends mon air de navigateur fatigué mais charmeur (que voulez-vous, les français ont une réputation à soutenir), et je commence à sortir les papiers pour les formalités... Je n'ai même pas fini de déballer mes affaires qu'elle me demande la taille du bateau : 36 pieds je dis. Elle sort la machine, pianote, et m'annonce comme de rien : Ça fait 576 $R la nuit (190 Euros!).
Là, j'ai faillis tomber de ma chaise. Pour de vrai.
Je n'ai pas de machine à calculer, mais je sais que ça représente presque six fois ce que je payais à Florianopolis, alors que je trouvais déjà exorbitant !
La seule chose que j'ai trouvé à répondre c'est até logo ! Et je me casse du bureau.

Cheros le paradis !
Je vais pour repartir vers mon bateau, mais presque aussitôt je fais demi-tour et je demande à la jeune fille si Izabel est dans les parages... Elle me dit que oui et me montre son bateau (J'étais passé devant sans le voir en fait). Aussitôt je me dirige vers lui, et après avoir marché avec précaution sur un cat-way dans un état déplorable je toque à la coque. Le bateau est ouvert, mais point d'Izabel. J'attends un peu (Vingt secondes), puis je me dis que toute star qu'elle est, je doute qu'elle puisse diviser le prix de ma facture par dix. Alors je décide repartir. Repartir oui, mais avant ça il faut que je remette la main sur Touline...

Et me voilà donc à essayer d'attraper cette pauvre Touline en usant de ruses de sioux sous les regards moqueur des employés de la marina Porto Imperial. Non seulement je suis en colère, mais en plus je passe pour un con...
Finalement j'arrive à plaquer la chatte au sol, je l'embarque de force, et je l'enferme dans les toilettes.

Et nous voilà repartis.

Chaussure de montagne obligatoires !
A ce moment là, il devait être dans les trois heures de l'après-midi. J'étais passablement énervé et n'avais plus qu'une idée en tête, m'accrocher à un quai et n'en plus bouger ne serait-ce que pour quelques heures. Cette fois-ci je prends la direction de la marina Farol do Paraty, qui jouxte la première que j'ai vu (celle où il n'y a plus de place). Même chose, quelques minutes après un appel radio (je deviens bon en portugais à la VHF) un zodiac se dirige vers moi. Le gars m'aborde et commence à m'expliquer que les tarifs sont de 12 $R le pied pour vingt-quatre heures (432 $R, ça fait 140 Euros) mais que je peux avoir une place sans l'électricité si je veux pour 324 $R (105 Euros !)...
Après les 190 Euros de tout à l'heure, je considère qu'il y a un net progrès même si le tarif reste indécent. Je dis donc banco et suis le type qui me dirige vers un quai où je me glisse entre deux yachts à moteur avec l'aide de pas moins de quatre marineros. Y'en a même un qui me souhaite gentiment la bienvenue, ce qui est chose plutôt rare au Brésil !

Même histoire que tout à l'heure : J'arrête le moteur et je libère la chatte qui saute sur le quai et recommence à courir partout en miaulant. Pendant qu'elle se dégourdi les pattes, je prends mes papiers et je vais vers les bureaux... Et que croyez-vous qu'il arriva ? Hein ?
La fille derrière son bureau, moins jolie mais tout aussi jeune, m'annonce en voyant la couleur de mon livret (les bateaux français ont un livret orange) que je ne peux pas rester parce que cette marina n'accepte que les bateaux battant pavillon brésilien !
Là, je commence vraiment à m’énerver. Je hausse le ton en criant au scandale. Qu'en plus d'être des voleurs c'étaient tous des snobs, etc. Le visage de la pauvrette se décomposait au fur et à mesure que le mien devenait rouge !
Bon, à un moment j'ai bien vu que j'abusais peut-être un peu. Je me suis excusé en lui disant que ce n'était pas sa faute, mais que quand même... Merde quoi !


Paraty
Bref je ressors du bureau moins de cinq minutes après y être entré et je me mets en quête de Touline pour la deuxième fois. Là, la bestiole m'a vu venir ! Quel bordel pour l'attraper ! J'ai dû grimper à un arbre pour la chopper, non sans attraper au passage quelques griffures sanglantes.

Puis rebelote, je rembarque le chat, je l'enferme, et je redémarre et je repars. J'étais comme qui dirait dans un état obsessionnel. Je voulais absolument une place et je n'arrêterais pas d'en chercher une quelque en soit le coût et le temps que ça allait me prendre... Pour ceux qui s'en souviennent, j'étais un peu comme lorsque je suis arrivé à Buenos Aires.

Je n’eus que quelques centaines de mètres à faire pour me présenter devant la marina suivante, la marina Pier 188. Là encore, palabres à la radio, hors-bord, bouée à prendre à l'arrière et amarrage au quai. Cette fois-ci dans les bureaux j'ai affaire avec un homme. Sympathique, agréable et souriant. Bref, il m'annonce que c'est 360 $R la nuit mais comme je lui dis qu'à ce prix je ne vais pouvoir rester qu'une journée ou deux, parce qu'on n'est pas des riches, nous les vrais velejador, patati-patata, il me propose alors de me faire la place à 288 $R... Je remercie parce que je suis poli, mais ça fait tout de même 92 Euros, et à ce prix là je peux m'acheter à bouffer pour deux semaines.

Marina de Engenho
Cette fois-ci, j'avais pris mes précautions et n'avais pas libéré Touline dès en arrivant. J'attendais d'être absolument sûr que j'allais rester là, ne serait-ce que pour une nuit. A peine avais-je ouvert la porte du chiotte que la bête s'enfuit à toutes pattes et je ne la revis qu'en début de soirée.

Que vous dire de la marina Pier 188 ? Elle est en travaux, ce qui fait que c'est un peu le bordel. Les sanitaires sont en piteux états avec des fils électriques dénudés qui pendent de partout... J'ai du faire gaffe en prenant ma douche (enfin!). Sinon y'a un petit café sympa où j'ai pu me connecter à internet via un hotspot de merde qui empêchent l'accès à certains sites. Ainsi, je peux aller sur mon site porno préféré, mais je ne peux pas accéder à mon compte mail, ni à Facebook. Allez comprendre... Moi, j'y ai renoncé.
Touline elle, s'est vite adapté à son nouvel environnement. D'autant qu'elle a vite compris que l'espèce de petite hirondelle que l'on voit le soir aime à nicher dans les replis des voiles... Elle m'en a ramené quatre en une nuit ! Un vrai carnage !


Le lendemain matin je décide de retourner à pied à la Marina do Engenho, celle qui m'avait dit qu'ils étaient pleins, pour voir si par hasard je n'aurais pas la possibilité de gratter une place. Demander une place par radio c'est une chose, la demander face à face en parlant directement avec le responsable en est une autre. En plus, mon regard de cocker a du mal à passer par les ondes.
Et j'ai bien fait. Après m'avoir dit que la seule place disponible était réservée, le responsable Luiz, m'en a quand même proposé une tout au bout du quai... Pour la modique somme de 180 $R (58 Euros, prix d'ami parait-il) par jour sans wifi. Deux heures plus tard j'étais amarré au quai !
Nan ! C'est hors de question que je m'approche plus près !
Bien sûr avant ça il a bien fallut récupérer Touline... Qui là encore m'a vu venir. J'ai dû la poursuivre de bateaux en bateaux pour enfin la récupérer sous un dinghy. Autant vous dire qu'en arrivant à Engenho, elle a disparue et ne l'ai revu que le lendemain matin ! Et encore, c'est parce qu'elle m'a vu avec mon épervier et qu'elle devait avoir faim...

Voilà-voilà... C'est sympa le Brésil hein ? (*) Et encore je ne vous parle pas des 80 $R que le chauffeur de taxi m'a demandé pour m'emmener à Paraty, ni même les 150 $R que m'ont coûté trois jours de bouffe... On n'est pas à ça près ! Ah oui ! J'oubliais de vous dire que toutes ces sommes sont bien évidement à payer en liquide. Tant qu'à faire son beurre sur le dos des gens autant ne pas payer d’impôts. Ça serait con...
La Boiteuse
Je ne vous parlerais pas de Paraty non-plus. J'y suis resté une heure, et ça m'a gonflé. J'ai énormément de respect pour les pavés du XVIIIème, mais pas lorsque la rue ressemble plus à une rivière à gué où l'on doit marcher en sautant d'une pierre à l'autre. Comment voulez-vous apprécier l'architecture coloniale si vous avez constamment les yeux par terre, hein ? Mes chevilles ont morflé, je ne vous raconte pas...

Donc, vous l'aurez compris, je ne vais pas m'attarder. Je compte même repartir dès demain pour Rio et mettre cette escale de merde derrière moi le plus vite possible. Et tant pis si je dois y aller au moteur !


(*) : Je ne parle bien sûr que de cette région qui se fout un peu du monde, vous l'aurez compris. Si je généralise à l'ensemble du pays c'est pas pure mauvaise foi. Et parce qu'ils m'ont gonflé.

Et en prime, voici le 39 ème bain de la Miss Touline !

lundi 28 avril 2014

De Caixa d'Aço à Paraty

23°13.730S 44°41.745W
Paraty, Brésil

Le mercredi 23 avril 2014 – Électronique et mal de mer

C'est vrai ? On y va ?
05H05 : Je suis debout depuis une demi-heure. Le café, les cafés, sont bus et j'écoute la pluie qui martèle le pont de La Boiteuse. Pfff... Il pleut depuis hier au soir et d'après les prévisions ça devrait durer jusqu'à demain soir. Fait chier !
Franchement, je ne sais pas quoi faire. Je pourrais encore surseoir et ne partir que demain si je voulais... Enfin, d'après les gribs c'est jouable. Mais les gribs à quatre jours par ici c'est un peu comme le loto.
Je vais attendre que le jour se lève pour y voir plus clair, au sens propre comme au figuré.

05H30 : Mine de rien, je commence à ranger l'intérieur de mon bateau. Le ciré trône sur la banquette comme s'il était déjà le personnage principal de cette journée.

05H40 : C'est drôle, figurez-vous que je ne sais pas encore où je vais aller. J'hésite entre m'arrêter à São Sebastião, aller visiter Paraty, aller planter ma pioche à Matariz ou carrément, pourquoi pas, tirer directement sur Rio de Janeiro. Cette dernière option est vachement tentante compte tenu de la fenêtre météo et du timing...
On verra bien. Tout va dépendre de comment se passent les premières 48 heures de nave. C'est quasiment la même route de toute façon.

06H05 : Allumage du moteur. Je crois bien que ma décision est prise !

06H35 : Miss B a réintégré sa place sur le pont et la pale du régulateur est en place. Nous sommes quasiment prêts. Touline qui sent bien que quelque chose se passe est tapie entre le guindeau et l'enrouleur.. Je vais la laisser là encore quelques minutes le temps que la batterie de d'ordi soit pleine. Parce que m'est avis qu'avec le vent et la couverture nuageuse qu'on va avoir, ce ne sont ni les panneaux solaires ni le moteur qui vont servir... Il a cessé de pleuvoir, c'est déjà ça.

07H00 : Je lève l'ancre Petit moment de cafouillage lorsque je me rends compte que l'ancre est prise dans un câble plein d’huîtres. Pas de problème, j'ai de gros bras et un bon couteau alors je gère.
Un petit tour dans le fonde de la baie pour saluer José et Graciella et hop, nous voilà partis ! Cap au 40° à 5,5 nœuds. Je garde encore le moteur pour les batteries.

Ben alors ?
07H55 : Arrêt moteur. Cap au 50°. Génois entièrement déroulé et tangonné. GV à deux ris en papillon. 3,2 nœuds... Hein ? C'est quoi cette vitesse à la con ?

08H00 : Ben merde alors ! Il est où ce foutu vent ?
Je regarde un peu mieux mes fichiers, et je m'aperçois alors que c'est normal... Les 15 à 20 nœuds annoncés sont un peu plus au large. Donc on va attendre... En se faisant ballotter par une méchante houle de travers. Burpl ! Allez Gwendal, serre les dents et prends ton cachet. Dès qu'on aura quitté l'abri de la côte, ça devrait aller mieux.

08H20 : Il fait gris mais la pluie ne menace pas. Au loin j'aperçois les grattes-ciel de Camboriú. Une frégate passe au dessus de moi... Ah ! On accélère on dirait.
Touline est un peu malade et moi je ne pète pas la forme non-plus. Je trouve qu'elle s'est empâtée la Touline... Non ? Vous ne trouvez pas ? Alors que moi je suis en train de retrouver peu à peu une ligne de jeune homme.

09H00 : Bon ben on y est. Vitesse : 6noeuds à 140° du vent apparent. Tribord amure. Une houle de deux mètres par le travers. Voilà qui est conforme à ce qui était prévu. Mais ça secoue pas mal...

09H10 : Je suis obligé de réduire le génois quasiment de ¾. Malgré ça on continue à bien avancer ! 5,5 nœuds.

Ben quoi ? T'es pas jouasse ?
13H00 : Putain j'ai les boules là... Ça va faire deux heures que j'essaye de réparer le GPS principal. La faute à cette salope de chatte à la con qui n'a rien trouvé de mieux que de jouer avec la connectique de l’antenne ! Normalement c'est un branchement que je sais faire, mais c'est un travail qui demande du doigté et de la minutie. Mais avec cette mer qui grossi de plus en plus, La Boiteuse est bringuebalée dans tous les sens et je n'arrête pas de perdre des pièces ! Grrrr !!!!!!

14H00 : PUTAIN DE DIEU ! J'y suis arrivé !

14H15 : Bon, avec tout ça j'ai oublié de faire le point à midi... Et de manger aussi. Pendant que je bossais, les lunettes sur le pif et en essayant de ne pas vomir, La Boiteuse à continué son bonhomme de chemin. C'est pas exactement le cap pour Rio, mais c'est pas grave.
La mer a bien forci avec des creux de trois mètres maintenant et un vent... Je dirais un bon F6. Vitesse entre 5,5 et 6 nœuds. Il pleuviote.

17H30 : Cette journée chaotique touche à sa fin et pour la clore en beauté nous avons la fugace visite d'une bande de dauphins. (Non, y'a pas de photo parce qu’il faisait trop sombre, et puis ils ne sont pas restés longtemps et en plus j'suis malade je vous rappelle)
La nuit va tomber et c'est maintenant que Touline sort de sa torpeur et commence à faire des conneries ! Elle a faim je crois... Et moi aussi d'ailleurs ce qui est beaucoup plus normal. C'est que je suis à jeun depuis hier au soir mine de rien.

Ça a l'air de se calmer un peu... Les vagues me semblent moins hautes. Nous, on file toujours à presque six nœuds.

Zou !

18H00 : Point du soir. Pour l’instant on fait cap au 40°, ce qui ne m'arrange pas vraiment. En plus, le vent est en train de virer sud-est... On verra comment se passe la nuit, et demain il faudra que je considère mes options. São Sebastião, Ilha Grande ou Rio ?
Le bon côté de la chose c'est que je reçois la houle un peu moins par le travers... Enjoy !

Le jeudi 24 avril 2014 - Burpl !

05H40 : J'ai relativement bien dormi, compte tenu de la fatigue de ce premier jour et du roulis violent occasionné par cette fichue houle. En plus, je n'ai pas été dérangé par d'autres bateaux. Pas un chat sur l'eau. Pas une seule lumière à l'horizon pendant toute la nuit !
Vers minuit j'ai dû un peu corriger mon cap, mais je crois qu'on n'a pas vraiment dû rester sur la route quand même... M'enfin, on verra tout à l'heure, car pour l'instant je bois mon café.

06H00 : C'est bien ce que je pensais, même si j'ai avancé à 5,5 nœuds de moyenne pendant douze heures, ce n'est absolument pas dans la bonne direction. J'ai fait route à 25°, alors qu'il aurait fallu que je fasse du 50°... Ce qui va m'obliger à faire du près dans cette mer de merde.
Bon, j'attends qu'il fasse complètement jour avant que de régler mes voiles.

06H20 : C'est fait. Le tangage à remplacé le roulis, et même si le cap s'améliore, ce n'est pas le cas de mon mal de mer...

un peu de soleil
07H55 : La couverture nuageuse s'effiloche un peu, et quelques timides rayons de soleil viennent frapper les panneaux solaires. Tant mieux, on va pouvoir engranger quelques ampères.
Sinon, on commence à descendre sous la barre des quatre nœuds, et là ça me plaît moins... J'envoie un peu de toile à l'avant.

10H25 : Je me boirais bien un maté... Mais j'en ai plus. Je pensais en acheter au Brésil mais celui qu'ils font est vraiment trop fin. On avale tout le mélange avec la pipette et c'est dégueu.

12H00 : On avance bien maintenant, sous un ciel de plus en plus bleu. Cap au 60°, droit sur Rio. Si tout va bien on y est dans deux jours...
Je suis toujours malade et ça commence à me faire chier. Il faudrait que je mange quelque chose, mais rien que le fait d'y penser... Burpl ! Allez mon Gwen, courage !

Bocadillo
12H20 : Je me suis avalé deux bocadillos, mais je ne vous promets pas qu'ils vont rester là où ils sont...

15H10 : J'ai dit qu'on y serait dans deux jours c'est ça ? Je sens qu'ils vont être longs ces deux jours... Surtout que que si je dis ça, c'est en supputant qu'on continuera à rouler à 5 nœuds de moyenne, directos sans faire de détours. Mais bon, pourquoi pas ? Comme le dit mon ami Hughes, il n'est pas interdit d'avoir de la chance !

16H55 : Il pleut des rayons de soleil... C'est beau.

Il pleut des rayons de soleil...

18H00 : Point du soir, bonsoir. Il reste 220 milles avant l'arrivée. Si on accélère pas un peu on risque de se pointer dans la baie de Guanabara en pleine nuit de samedi à dimanche... Demain logiquement devrait être une belle journée ensoleillée. J'espère que ce sera le cas... Et que mon mal de mer aura disparu !

18H55 : Alors que je m'allonge pour la nuit dans le fond du cockpit, j'aperçois les étoiles au dessus de ma tête... Cool !

Le vendredi 25 avril 2014 – Ça cogite sec !

05H40 : Deux événements « marquants » ont égayé la nuit. D'abord vers minuit le Mer-Veille a fait bip, et j'ai dû me faufiler entre deux gros pétroliers au mouillage au large de Santos. Then vers 04H30 j'ai dû démarrer Mercedes parce que La Boiteuse faisait de gros splashs avec ses fesses, ce qui veut dire en langage de boiteux qu'il n'y a plus assez de vent pour elle.
Ors donc, après deux jours de merde nous sommes au moteur dans une pétole noire (il fait encore nuit)... Les joies de la navigation !

06H15 : Bon... Dans l'ordre, voici les options qui se présentent à moi. São Sebastião est à 47 milles au nord, Ilha Grande à 120 milles au nord-est, et Rio à 170 milles plus ou moins dans la même direction. La pétole que nous subissons (oui Touline, je te mets dans le lot) était prévue semble t-il. Ce qui me laisse espérer que la reprise qui est également prévue pour la mi-journée aura bien lieu... (suis-je clair ? Faut m'excuser il est tôt !)
Donc exit l'option São Sebastião, on continue au nord-est. Reste à faire le choix entre Ilha Grande et Rivière de Janvier.
Ilha Grande à 120 milles, on y est demain dans la journée. Rio, c'est déjà plus compliqué mais disons qu'on peut y être dimanche. Alors que faire ? Franchement j'en sais rien... Il faut que je cogite encore un peu, ou plutôt que j'attende. Car tous comptes faits, c'est quand même le vent qui va décider. S'il revient.

06H30 : Il faut quand même que je vous explique pourquoi je me prends la tête comme ça. D'un côté j'aimerais bien l'arrêter de nouveau à lha Grande. Revoir Matariz, Angra et découvrir Paraty... Mais je me connais, Si je refait un tour dans ce que Bardiaux appelait naïvement la Polynésie Brésilienne, je risque d'y rester scotché pendant des semaines. Sans parler que vu les prix des marinas ce sera très certainement au mouillage...

Alors que si je vais directement à Rio, je me tanque à la Marina da Gloria ou à Charitas. 220 volts, wifi et tout le toutim, et j'ai un peu de temps pour découvrir la ville. Car il ne faut pas oublier que mon visa expire début juin... Donc filer directos sur Rio c'est jouer la carte du raisonnable.
La question c'est, est-ce que je vais avoir assez de vent favorable pour m'y emmener ?

07H15 : Tien, j'aperçois la côte à 11H00. Je pense que c'est l'île de São Sebastião. Je continue cap au 60°, et advienne que pourra.

07H30 : Alors que j'essaye de tirer le portait d'un fou un peu curieux, j'aperçois du coin de l’œil un aileron. Une bande de dauphins croise le sillage de La Boiteuse sans même une pause pour jouer avec son étrave. Ils ont rencard je suppose...

08H15 : Toujours pas de vent à l'horizon. Rien que cette grosse houle venue du sud. On dirait les plis d'un vieux couvre lit. Ou plutôt la peau plissée d'un gros animal qui respire... Un très gros animal.

09H35 : Je viens de finir « La Consolante » d'Anna Gavalda. Comme d'hab avec cet auteur j'ai eu les larmes aux yeux ! C'est mon côté girly que voulez-vous...
Grand ciel bleu au dessus de ma tête. Je peux enfin retirer la polaire et le pantalon de ciré.

Vu !
10H40 : Toujours pas de vent. Je lis, et à chaque fin de chapitre je lève les yeux pour scruter l'horizon à la recherche des ces frisottis qui annoncent le vent. Mais rien... Juste un tanker qui passe, et la côté qui se rapproche.
Je vais quand même essayer un truc...

11H25 : J'ai couper le moteur et j'ai essayé différentes configurations de voilure. Mais ça marche pas. Je vous jure que de voir ce génois qui fait flap-flap ça a de quoi vous fendre le cœur. Donc moteur, again. Heureusement que j'ai fait le plein à Florianopolis !

12H20 : Je ne suis toujours pas au mieux de ma forme, mais ça va quand même beaucoup mieux. La preuve, je viens de faire mon premier VRAI repas. Saucisse-pâtes-pain-yaourt.
Le point de midi ne dit rien de plus que vous ne savez déjà. A savoir qu'on avance. Le vent devrait se lever vers 15H00 locale. Mouais, moi j'attends de le voir pour le croire.

13H45 : Voilà un peu de vent ! J'arrête aussitôt Mercedes et déploie le génois en grand. On frôle les trois nœuds, mais je suis quand même content après ces presque dix heures de moteur. Un bon point pour la météo !

Ça cogite !
16H00 : Le vent baisse... A la louche et sans vouloir tirer des plans sur la comète, si on continue comme ça à trois et des poussière de nœuds, j'arriverais demain midi à Ilha Grande. Si je décide de continuer vers Rio, ce sera plutôt dimanche matin... Par contre, si on accélère un peu, disons à quatre nœuds, ça me fait arriver en pleine nuit dans un endroit que je ne connais pas. Et ça, je n'en ai pas vraiment envie.
Bon, ça sert à rien que je me prenne la tête. Je verrais bien demain au levé du soleil où on en est.

16H10 : En même temps, arriver demain matin ça me plairait bien... D'autant que d'après le guide que j'ai il y aurait bien une marina pas trop cher. La marina Eugenho, celle du célèbre navigateur brésilien Amyr Klink (je fais celui qui connaît mais en fait je ne sais rien de lui !).

Comme vous le voyez, c'est pas si évident comme choix... Bon, en même temps vous pouvez toucher du doigt les arcanes qui mènent à la prise de décision du marin solitaire. C'est éducatif non ? Oui, je sais. En plus du côté girly j'ai aussi un côté prof.

Cela dit, j'avoue que je ne suis pas très fan de ces longues réflexions qui sont les miennes. Le côté « je ne peux pas vraiment faire de plans, alors j'improvise et je m'adapte » du navigateur, et même si je suis pas mauvais à ce jeu-là, c'est pas trop ma tasse te thé. Je sais bien tout ce que cela peut avoir de romantique, que c'est le prix que l'on paye pour la liberté, l'aventure, tout ça. Mais moi, en fin de compte, ça m'gonfle.

17H15 : Le soleil est de plus en plus bas sur l'horizon, et sur bâbord j'aperçois l'île de São Sebastião sur toute sa longueur.Vous savez, à chaque fois je me fais avoir par les échelles. Je veux dire que la réalité est toujours plus grande que l'image que je m'en fais d'après la carte. En vrai cette île est énorme alors que sur la carte...

Euh... On passe pas dessous j'espère !

18H00 : Allez, c'est décidé ! Cap au 25°. Direction Paraty ! C'est à 72 milles, on y sera demain avant la nuit. Touline ! Demain on va à terre, t'es contente ?
(miaou!)

18H54 : Fiou... Je viens de me prendre la suée de la journée car ma dernière bouteille de gaz française est tombée en panne. J'ai donc dû vider entièrement la soute arrière pour récupérer la bouteille de treize kilos achetée lors de mon passage à Matariz il y a plus d'un an. Au dernier moment, impossible de remettre la main sur le régulateur ! Grrr !!! Mais bon, tout va bien maintenant. Je vais pouvoir manger mes nouilles chaudes.

20H05 : Alors là les amis... Je viens de vivre un moment magique. Un vrai.
J'étais couché lorsque je les ai entendu souffler. Deux dauphins jouaient dans les vagues chargée de plancton luminescent. Je suis allé à l'avant pour les regarder aller et venir devant l'étrave... Wahou. On aurait dit des torpilles lumineuses aux trajectoires tour à tour fulgurantes ou bien sinueuses comme des feux de Bengale. C'était magnifique.

Le samedi 26 avril 2014 – Paraty

05H30 : Je n'ai pas beaucoup dormi c'te nuit. D'abord parce que le spectacle lumineux des dauphins m'a tenu éveillé pendant un moment. Les deux du début sont allé chercher des potes et ils ont fait la bamboula pendant plus d'une heure et demi. A chaque fois que je me couchais pensant qu'ils étaient partis, deux minutes plus tard je les entendais de nouveau souffler et jacasser à travers la coque. Alors qu'est-ce que vous voulez, je me relevais pour les regarder ! Z'étaient tellement beaux !

Puis j'ai passé un bon moment à essayer de régler correctement mes voiles afin de faire une route pas trop dégueue. Croyez(moi quand je vous dis que lorsque vous avancez à deux nœuds avec un vent qui n'arrête pas de sauter, ça n'a rien d'évident. J'ai finalement opté pour une configuration en ciseau, avec le régulateur réglé à 180° du vent apparent. Malgré tout, j'ai quand même pas mal dérivé... Surtout que par deux fois on a rencontré une forte veine de courant. C'est très bizarre... La nuit et par pétole, alors que tout est silence, on a l'impression.d'entendre couler une rivière.

Enfin, il y a eu les bateaux. Beaucoup de bateaux, dont un paquebot illuminé comme un sapin de Noël qui faisait route vers Rio à vitesse réduite (afin d'y arriver pour le matin). J'ai mis un bon moment avant de m'endormir sachant que tout danger était écarté.
Bref, pas beaucoup de dodo vous disais-je. Et à part ça, on en est où ? Ben je ne sais pas trop... On attend 06H00 du mat et je vous dis ça, ok ?

06H00 : Bon ben évidement ce n'est pas fameux. 33 milles de parcourus en douze heures, reste 43 à faire. A la vitesse actuelle nous n'y serons pas avant la nuit, c'est certain. Il va donc falloir que l'on fasse un peu de moteur... Oui mais quand ? Là est la question. Et bien la réponse c'est maintenant, parce que j'en ai plein le cul et que je suis pressé d'arriver.

Sympa
06H20 : J'aperçois Ilha Grande et la passe ouest qui mène à Paraty. Faut dire que les montagnes sont vachement hautes, c'est pour ça que je peux les voir à cette distance. Le soleil se lève. On y est dans huit heures mas o menos.

07H30 : Je viens de rajouter 20 litres de gas-oil dans le réservoir principal. Avec ça, je suis parré jusqu'à l'arrivée et bien plus.

08H15 : Il semblerait qu'il y ait un peu de vent du nord-ouest... Je mets le moteur au point mort, et je déroule un peu le génois pour voir ce que ça donne. C'est insuffisant. Mais par contre avec les voiles plus le moteur je grimpe à six nœuds. Cool.
Je ne vous dis pas la bonne douche chaude que je vais me prendre en arrivant ! Parce que mine de rien ça fait... Houla ! Je dois sentir le fennec !

Punta Juatinga
08H30 : La punta Juatinga est à 16 milles. Puis il y aura encore 15 milles à faire dans un paysage que je sais déjà être magnifique.

08H45 : Par acquis de conscience, et puisque il y a un peu de vent, j'ai quand même regardé sur l'ordinateur la route et la distance pour aller jusqu'à Rio... 85 milles.
Mais non. J'y suis presque, et maintenant que mon esprit c'est fait à l'idée que ce soir je vais pouvoir me mater un bon film, il est hors de question de changer de plan !
Et puis j'ai dis à Touline qu'elle allait pouvoir gambader alors... Vous voulez que je passe pour quoi ?

10H45 : Je m'étais dit que laisser filer la ligne de traîne pouvait, le cas échéant, fournir mon repas du soir... Bonne pioche ! Voilà une belle thonine de presque un kilo ! Touline est subjuguée.

Le repas du soir
11H05 : Et voilà la deuxième ! C'est bon, je peux retirer la ligne on a ce qu'il nous faut.

11H20 : Punta Juatinga passée !

11H35 : Ça y est nous sommes maintenant à l'abri du vent, des vagues, de tout. Y'a pas à dire, la baie d'Ilha Grande, ça a de la gueule.

12H05 : En faisant le point de midi, je me suis rendu compte que nous venions de repasser sous les tropiques ! Yes ! Welcome home mon Gwen !

13H25 : La Boiteuse se faufile entre les îles plus ou moins désertes qui fleurissent un peu partout. Hélas, j'aperçois au loin une des deux centrales nucléaires du Brésil. Qui se trouve toutes les deux Angra d'ailleurs...
Je vois aussi beaucoup d'embarcation de tourisme, les fameuses escunas,avec leurs hordes de baigneurs en gilet de sauvetage (pour le niveau supérieur, c'est la frite).

Ilha Jesèplucouà

13H30 : Dernier changement de cap ! Je contourne une dernière île avec un charmant petit village de pécheurs, et Paraty apparaît enfin tout au fond de sa baie encaissée.

14H25 : 500 mètres... Je vous laisse, il faut que je me concentre pour l'arrivée.

La suite au prochain épisode !

On arrive !

samedi 19 avril 2014

On ne bouge pas

27°07.669S 48°31.684W
Caixa d'Aço

Avant la pluie, le beau temps
Déjà hier au soir j'avais quelques doutes... La faute à José qui m'a demandé si j'allais avoir de la pluie pendant ma navigation à venir. Je lui ai répondu que je n'en savais rien... Parce que je ne sais pas pour les autres, mais lorsque je prends la météo pour naviguer je ne regarde jamais s'il est prévu qu'il pleuve ou pas. La force et le sens du vent, oui. La direction et la hauteur des vagues, également... Mais la pluie, jamais. Et lorsque hier au soir j'ai regardé, j'ai vu qu'il était prévu (60% de probabilité) des précipitations pour samedi et dimanche.

Le soir dans mon lit j'ai tourné et retourné ça dans ma tête, et j'étais à deux doigts de surseoir... Mais ce matin au réveil j'avais retrouvé mon enthousiasme ! Qu'importe qu'il mouille ! Je ne suis pas en sucre après tout ! Et puis, qui sait quand est-ce que je pourrais de nouveau profiter d'un vent du sud ? Donc, let's go !
Et puis, mon café du matin étant bu, j'ai regardé les dernières mises à jour... Surprise, la dépression que je comptais utiliser c'était réduite comme peau de chagrin ! Au lieu d'arriver vers 15H00 elle n'allait se pointer que vers 21H00, et au lieu de durer jusqu'à lundi matin elle allait s'écrouler dans la nuit qui précède ! La pluie elle par contre allait bel et bien être présente tout le week-end.

Sympa
En résumé, j'ai pas de vent et il va pleuvoir. Vous auriez fait quoi à ma place ? Sachant que si j'ai choisi cette vie, c'est quand même pour éviter de me faire chier...
Donc j'ai officiellement annulé le branle-bas. D'autant que la prochaine perturbation venant du sud « devrait » pointer le bout de son nez dès mardi et « devrait » durer jusqu'à la fin de la semaine. Sans pluie en plus !

Voilà-voilà... Tout ça me fait m’interroger sur l'utilité d'écrire un article pour vous dire que je m'en vais, si c'est pour le démentir quelques heures plus tard... Mais en même temps je me dis que si vous voulez toucher du doigts ce qu'est la vie d'un velejador, avec ses hauts et ses bas, je me dois de tout vous raconter.
La bonne nouvelle du jour est qu'avec la pluie les casses-pieds vont peut-être être moins présents ! Du coup, les nymphettes qui bronzent sur les plages avant des yachts aussi... On ne peut décidément pas tout avoir.

Moteur allumé, Touline va se réfugier le plus loin possible... Entre le guindeau et l'enrouleur !

On bouge

27°07.669S 48°31.684W
Caixa d'Aço

Caixa d'Aço sous la pluie
08H20 : Je viens de me connecter sur internet pour prendre la météo des prochains jours. Après deux jours de pluies diluviennes, aujourd'hui il fait grand soleil et j'ai pu utiliser mon ordinateur sans être obligé de faire tourner mon moteur ! Trop fort le Gwen !
Tien pendant que j'y suis, je vous donne une petite astuce. Si vous retirez la batterie et que vous branchez votre ordinateur directement sur l'alimentation 12V, vous ne consommerez que 1,5 Ah. Ce qui sera largement étalé par les panneaux solaires !

Bref, je disais quoi ? Ah oui, la météo... La fenêtre que j'escomptais pour demain sera bien là. Un poil en retard et un poil plus courte que prévue, mais elle sera là. Et donc, comme je n'ai pas particulièrement envie de passer un autre weekend à Caixa d'Aço, un weekend de Pâques qui plus est, je vais dégager d'ici demain samedi en milieu de journée. Deux jours et demi plus tard et 250 milles plus loin, je devrais me retrouver sur l'île de São Sebastião... Plus précisément dans la marina d'Ilhabela qui a la particularité d'offrir quatre jours de courtoisie à ses visiteurs !

C'est mieux quand il fait beau !
Quatre jours gratos, vous pensez bien que je ne vais pas me faire prier... D'autant que derrière cette petite dépression dont je vais profiter demain, en arrive une autre qui devrait m'emmener cette fois-ci jusqu'à la la Baie d'Ilha Grande. Donc le plan c'est : Deux-trois jours de nave, deux-trois jours de marina gratuite, et enfin une dernière journée de nave pour rejoindre Paraty où normalement je devrais retrouver Izabel Pimentel. Puis j'irais faire un petit tour à Matariz pour saluer Diego, et ensuite on prendra la direction d'une escale qui j'en suis sûr vous fera plaisir : Rio de Janeiro !

10H50 : Zut, zut et re-zut ! V'là les casses-pieds ! J'avais oublié que nous étions le vendredi Saint et que c'est férié au Brésil !
T'en veux des sirènes ?
Bon, j'ai toutefois une petite consolation puisque je viens de mater une bien jolie blonde en train de se faire bronzer le derme sur la plage avant du yacht. Tien, pour info l'état de Santa Catarina où je me trouve compte près de 40% d'habitants d'origine allemande... Ce qui explique la blondeur relativement courante des gens du coin. Par contre, comme de par hasard, l'équipage est toujours beaucoup plus foncé de peau et de cheveux... Je sais bien que je l'ai déjà dit, mais je vais quand même me répéter : La prétendue mixité réussie du Brésil ce n'est que de la foutaise.
Le Brésil est le type même de pays émergeant où le développement économique fulgurant ne fait que creuser encore plus les inégalités sociales et perdurer le modèle de société issu du colonialisme. (Ça se voit que j'ai écouté Lordon sur France Inter ?)

Crunch !
16H20 : Voilà... La journée tire sur sa fin, tranquillement. Bon, j'ai bien dû rabrouer un jet-ski un peu trop... Chiant ! No senhor, La Boiteuse n'est pas une bouée, et en faire inlassablement le tour n'est pas une option ! 

Le soleil est déjà pas mal bas, et il me reste juste le temps d'aller à la pêche pour Touline avant la nuit... Alors je vous laisse ! On se retrouve bientôt après cette petite nave !

Je n'ai pas vu la Police, mais j'ai vu des Pirates !

mercredi 16 avril 2014

Caixa d'Aço

27°07.669S 48°31.684W
Caixa d'Aço

La Boiteuse
Il est 18H54 un mardi soir dans la petite lanchonete d'Araçà, le petit village qui jouxte la Caixa d'Aço. A une table quatre types font une partie de dominos, les autres regardent et commentent. La salle est presque vide mais cependant bruyante car le brésilien parle fort. A la télé passe une de ces sempiternelles novelas. Moi je squatte une table près d'une prise électrique et tout en sirotant un jus de maracuja je profite du spectacle. Elle me commence à me plaire cette escale... Elle me plaît d'autant plus que le week-end est passé, et le lieu est enfin redevenu un havre de paix.

Samedi matin, je me suis rendu à Porto Belo pour y retirer de l'argent et faire quelques courses. Bon, Porto Belo il n'y a rien à en dire de particulier. C'est une station balnéaire assez récente et sans charme. Le seul intérêt que j'y ai vu c'est qu'il y a une banque, un grand supermarché et une petite panaderia sympa où j'ai pu me connecter et recharger la batterie de mon PC.

Monte moi dessus pendant que tu y es !
A mon retour vers 13H00, j'ai eu la désagréable surprise de trouver La Boiteuse cernée de toute part par des sauvages bruyants et sans gêne. Une espèce appartenant à la caste des nouveaux riches, où l'apparence semble être la seule chose qui compte. C'est à celui qui aura le plus grand et le plus beau yacht à moteur. C'est à celui qui fera le plus de bruit avec sa sono embarquée digne d'une fête de village. C'est à celui qui fera le plus de vagues avec ses 300 chevaux. C'est à celui qui ira le plus vite en passant le plus près possible des voiliers au mouillage avec sa moto des mers. C'est à celui qui sera le plus con en fait...
A un moment, une vedette de 70 pieds est arrivée avec à la barre (c'est en fait un volant sur ces engins) un sexagénaire ventripotent en slip de bain noir et casquette de Capitaine à galon dorés. Si je ne l'avais pas trouvé si ridicule, j'aurais poussé un gueulante car cet abruti n'a rien trouvé de mieux que de se foutre à moins de dix mètres de mon bateau...

Il a enlevé sa casquette mais c'est lui !
J'ai passé mon après midi dans le cockpit, une peu comme si j'étais au zoo. Je regardais tous ces gens en me disant que j'avais bien de la chance de ne pas être riche... Ou du moins que j'avais bien de la chance de ne pas être con.
Le lendemain matin, sitôt le jour levé, j'ai relevé mon ancre et je me suis éloigné le plus possible du fond de la baie et du bar flottant Balanco do mar, qui est en fait le point de ralliement de tous ces nuisibles. J'y suis peut-être un poil moins à l'abri, mais au moins personne ne risque de venir me percuter parce que son ancre a été mal posée, et je peux faire ma sieste sans avoir de la country brésilienne dans les oreilles.
En dehors de ce désagrément de fin de semaine, le lieu est quand même assez sympa je dois bien l'avouer... Tellement sympa que j'ai décidé de laisser passe la fenêtre que je comptais emprunter à l'origine. Bon d'accord, j'avoue que c'est plus par flemme que par réelle nécessité météorologique. J'aurais pu me faire violence et accepter de me taper un jour ou deux avec le vent dans le nez pour rejoindre Paraty et ces eaux enchanteresses... Oui mais voilà, dans la vie on ne fait pas toujours ce que peut, et de temps en temps il faut savoir faire ce qu'on veut.

Balanco do Mar. Tout ça pour ça...
D'autant que j'ai fait la connaissance d'Eric, le tenancier de la gargote flottante, et celui-ci m'a promis de me laisser libre accès à l'électricité de ladite (c'était dimanche et j'attends toujours!). De plus, j'aime assez l'ambiance du coin... Je veux dire en dehors des connards de fin de semaine bien sûr !
Ce n'est pas aussi tranquille que Matariz, mais c'est tranquille quand même... Le matin vers sept heures je saute dans Miss B et je vais jeter mon filet autour des cailloux polis par la marée pour ramener quelques fritures frétillantes pour la Touline. Puis, je fais le tour des copains, Eric bien sûr, mais aussi José et Graciela, deux argentins en goguette. Ce week-end il y avait même un couple de retraités français résidents depuis quinze ans au Brésil !

Le bateau pirate et ses baigneurs. 20 mn chrono et ils repartent !
Quand j'en ai besoin je vais au petit mercadinho pour me réapprovisionner. Et si j'ai du fric à aller chercher ou des trucs à faire que je ne peux pas faire à Araçà, je prends le bus et je vais à porto Belo.
Et puis, comme mes heures de « loisir informatique » sont relativement comptées, je m'occupe autrement. Je lis. Je bricole. Grâce au conseils de José, j'ai refais le branchement et j'ai reconfiguré le régulateur de tension de mes panneaux solaires. Depuis ils chargent mieux et plus ! Je me suis fabriqué une nouvelle amarres élastique pour Miss B. J'ai réparé l’étouffoir de Mercedes... Qu'est-ce que j'ai fait encore ? J'ai lavé le pont de La Boiteuse. J'ai installé une antenne wifi fixe. J'ai débouché l'évacuation de la baille à mouillage... Bref, je m'occupe de mon bateau et j'en profite pour faire tout ce que je n'ai « pas le temps » de faire lorsque je suis à quai, distrait que je suis par l'internet et les vidéos.
Attention, je ne dis pas que j'ai viré ma cuti et que je vais me mettre à aimer les mouillages... Je dis juste que c'est différent et que pour l'instant je m'en accommode. .

Araçà
Pour l'instant j'ai prévu de rester dans le coin jusqu'à samedi... On devrait avoir deux ou trois jours de vent du sud, quelque chose d'assez costaud qui sera peut-être suffisant pour me faire parcourir les 250 milles jusqu'à l’île de São Sebastião. Enfin, on verra comment cela se présente le moment venu.
Pour l'instant je profite du lieu !



Le soir...
T'es sûr qu'on peut pas aller à terre ?
C'est mieux quand y'a personne

vendredi 11 avril 2014

De Florianopolis à Caixa d'Aço

27°07.669S 48°31.684W
Caixa d'Aço

Jeudi 10 avril 2014

Até logo !
07H45 : Pas un pet de vent, peu ou pas de courant, les conditions sont idéales pour enfin partir du Iate Clube de Florianopolis.
Mercedes tousse un peu au démarrage, mais c'est juste pour se faire désirer. Elle ne tarde pas à ronronner comme une chatte, et je peux m'atteler sereinement à la manœuvre de départ. Carlos l'argentin et Eduardo le brésilien sont là pour me décrocher les amarres à l'avant. Une petite marche arrière et je décroche moi-même celles qui me retiennent au duc-d’Albe. Voilà, c'est fait.
Je balance une série de pouet-pouet avec la corne de brume pour dire au revoir à tout le monde, et nous voilà partis.

Euh...
08H00 : Comme si le stress du départ ne suffisait pas, il me faut enquiller avec une première mondiale : Je dois passer sous les deux ponts qui relient l'île de Santa Catarina au continent. J'ai beau savoir que le plus bas des deux fait 17 mètres et que le mât de La Boiteuse doit culminer à 11,5 mètres, je ne suis pas tranquille.
C'est assez bizarre comme expérience... Votre cerveau logique vous dit que tout va bien aller mais vos yeux et le jeu des perspectives vous disent que vous allez lamentablement percuter le tablier du pont ! Moment d'angoisse, gros nœud à l'estomac.... et ça passe ! Ouf !

Argh !!!!!!!
T'es sûr qu'il y a cinq mètres entre les deux ?
08H30 : Je hisse la GV au cas ou, même si pour l'heure elle ne me sert à rien. Je sens qu'on est parti pour huit ou neuf heures de moteur... Car en effet cette nave sera courte. Le but du jeu est de me rendre dans la baie de Porto Belo, au lieu-dit Caixa d'Aço, et d'y mouiller pour quelques jours, le temps de laisser passer le coup de vent qui s'annonce pour la fin de semaine. Et puis, mardi ou mercredi, je devrais pouvoir reprendre ma route vers le Nord.

Ouf !
09H00 : Le stress du départ retombe. Je suis rincé ! Un petit maté ne pourra que me faire du bien... Allez hop ! Je mets la bouilloire au feu.

Je serais resté 21 jours à Florianopolis... C'est trop, c'est beaucoup trop. Mon capital visa est maintenant sérieusement entamé, et c'est pour ça que je me suis décidé à partir. Sinon, je me connais, j'aurais pu glander dans cette marina pendant encore pas mal de temps. Surtout que dès la deuxième semaine je me suis vu appliquer les tarifs d'hiver (50 $R/jour), alors que la saison basse ne commençait qu'en Mai (Obrigado Felipe!). Ajouter à cela un wifi du feu de dieu et il ne m'en faut pas plus pour me retenir !
Bref, cette petite nave, outre de me faire avancer de 40 milles, a également pour but de me mettre dans des conditions moins « confortables »... Plus propices à avancer dirons-nous.

Putain, il faut que je fasse gaffe. C'est plein de barcasses de pêche, et le terrain est miné par les filets.

09H15 : Touline fait la gueule. Normal puisque je l'ai arraché à ses chasses et à ses explorations. Mais bon, je vais me rattraper car figurez-vous que je me suis offert pour mon anniversaire un épervier. Ces derniers jours je me suis entraîné, et même si le geste reste encore à améliorer, les résultats ont commencés à arriver. Poisson frais à tous les repas pour la Toul' !
(Euh... J'ai besoin de préciser que je ne parle pas de l'oiseau ?)

Rabattage du poisson
09H50 : Je regarde les barques de pêche, posées sur l'eau calme dans la lumière. A leur bord, les travailleurs de la mer remontent leurs filets sous l’œil vigilent des Frégates qui tournoient au dessus d'eux. Un geste de la main, un sourire, alors que j'évite soigneusement leurs bouées. Ils savent très bien que ce n'est pas tant par respect leur travail que je fais des tours et des détours, que par peur de me retrouver empêtré dans leurs filets. Le geste, le sourire, ne sont en fait que l'expression hypocrite d'un statu-quo... En vrai, on se considère mutuellement comme des emmerdeurs finis. Oui mais voilà, nous partageons le même terrain de jeu et il faut bien cohabiter avec ses voisins. Et si un jour notre Maîtresse commune décide de se mettre en colère nous serons bien contents de nous entraider.

Ouais c'est ça, bonjour à toi aussi.
10H05 : Merde ! J'ai faim ! Et comme un con j'ai complètement oublié de m'acheter de quoi grignoter pendant cette nave. J'ai également « oublié » de signaler mon départ à la Marinha do Brasil... J'essaye pourtant de respecter les règles, je vous jure que j'essaye... Mais parfois quand elles sont trop débiles j'ai vraiment du mal !

10H15 : On s'emmerde un peu là... J'ai fouillé les fonds et je suis tombé sur un paquet de Sablés Bretons pur beurre ! Malheureusement, ils sont périmés depuis novembre 2011... Autant vous dire qu'ils sont allé nourrir les poissons et pas le Capitaine. Ils ont de la chance les poissons.

11H05 : Ça y est, nous quittons l'abri de l’île de Santa Catarina et nous attaquons la pleine mer. Plus qu'une petite vingtaine de milles à faire.

On passe entre les deux ou bien ?
12H20 : J'ai déjeuné d'une boite de sardines à l'huile avec quelques tranches de pain de mie beurrées. Puis j'ai somnolé... Pas longtemps parce qu'en ce moment dès que je fermes les yeux j'ai l'image de Zoë qui s'imprime dans ma tête. Il faut vraiment que je rencontre quelqu'un d'autre, parce que là ça commence à devenir lourd.

13H15 : J'ai regardé mon livre de bord, pas celui-là mais celui où je note ma route et ma position, et j'ai constaté qu'il ne comportait qu'une ligne. - « 07H30 : Allumage moteur ».
C'est pas bien Monsieur le Capitaine !

13H35 : Plus que 6,5 milles... On devrait arriver sur le coup de 15H00. C'est parfait ! J'aurais même le temps d'aller faire un petit tour à terre avant que la nuit ne tombe.

Sympa le pied-à-terre !
14H40 : Je double la Punta de Porto Belo, on est presque arrivé maintenant. L'ancre est à poste et la GV abattue. Tout est prêt.
J'aperçois des baraques de malades nichées dans les arbres... Il y en a des vraiment magnifiques.

15H00 pile : Je rentre dans la petite baie de Caixa d'Aço. Maintenant il n'y a plus qu'à trouver un petit coin sympa. Le petit village de pêcheur est bien là sur tribord, et j'aperçois quelques barques de pêche accrochées à leur bouées, comme sur la photo satellite. Tout au fond, trois voiliers sont au mouillage. C'est un peu encombré, mais je devrais pouvoir planter ma pioche sans trop de risques.
Après un coup d'essai qui me verra flirter d'un peu trop près avec un voilier argentin, j'arrive enfin à trouver ma place.

Tranquille...
15H30 : Arrêt du moteur, on est arrivé ! La Boiteuse vient de planter sa pioche pour la dixième fois de sa carrière ! Et oui, j'ai tout compté sur mes doigts, ce n'est que le dixième mouillage en trois ans ! Mais vous savez combien j'adooooooore ça...

Le coin semble assez bien protégé comme le laissait supposer la carte. Touline comprend qu'on est arrêté et elle fait le tour du bateau en miaulant : « Miaou ? Comment qu'on fait pour descendre ? ». Dépitée, elle va se percher à la proue et regarde la forêt avec envie.
Le pire, ça a été quand j'ai mis, comble de l'injustice, Miss B à l'eau et que je suis parti... J'ai eu l'impression qu'elle allait me le faire payer cher !

Mais euh... ???
Un petit crochet pour saluer mes nouveaux voisins argentins et glaner quelques infos utiles, et zou je m'en vais explorer le village ! Deux petites superettes, quelques boutiques vendant du poisson frais... et rien d'autre. Le pied pour qui veut s'isoler du monde.
Sauf que j'aurais aimé trouver ne serait-ce qu'un café où pouvoir brancher mon ordinateur et me connecter à internet.... Mais non, il n'y a rien. Le seul « bar » du coin est le bar flottant qui n'ouvre que pendant les week-ends. Bon, il y a déjà un signal wifi qui émane de lui... je me dis que c'est déjà ça.

Caixa d'Aço
Alors que je reviens vers La Boiteuse après avoir acheté quelques nourritures pour le repas du soir, un poisson sabre d'une trentaine de centimètres saute carrément dans l'annexe sous les yeux éberlués de Touline qui n'en revenait pas d'une telle aubaine. Tien ma fille, tu vois que c'est pas si mal finalement le mouillage !

N'empêche, ce matin j'ai dû faire tourner le moteur pendant une heure rien que pour pouvoir écrire ce texte... et ça, ça me fait chier !

La Boiteuse au mouillage de Caixa d'Aço

Je sais ma Touline, moi aussi ça ne me plait qu'à moitié.