mercredi 30 avril 2014

A brazilian nightmare

23°13.730S 44°41.745W
Paraty, Brésil

Vous l'avez sans doute remarqué, mais à la fin de l'article précédent, je vous disais qu'il y aurait une suite au prochain épisode... Cela laissait supposer donc, que cette nave n'était pas terminée et qu'il allait se passer encore plein de chose avant que je puisse dire : Ok, je suis arrivé. Et des choses, il s'en est passé en effet. Beaucoup.

Il était 14H30 ce samedi 26 avril et j'étais donc à la barre de La Boiteuse, lorsque juste avant d'arriver à hauteur de la Marina do Engenho j'avise un compatriote, le Quinoa. Je ralenti, j'arrête même le bateau pour que nous puissions échanger quelques mots brièvement avec le Capitaine. J'apprends qu'il est de Toulon, on est donc presque voisins.
Je lui dis que je vais me mettre à quai, mais qu'on aura très certainement l'occasion de papoter plus longuement, et je reprends ma route. Arrivé à hauteur du premier ponton, je saisi ma radio et j'appelle sur le canal 68 comme il est précisé dans le Brazil Cruising Guide.
On me répond presque immédiatement, et lorsque je demande qu'on m'aide à accoster, parce que je suis solitário. On me dit alors que la marina est pleine. Qu'il n'y a plus de place...

Là, je suis un peu sonné par ce cas de figure que n'avais absolument pas envisagé. On est presque en hiver et les grandes vacances sont terminée, je pensais réellement que La Boiteuse allait pouvoir trouver facilement une place. Bon... Je remercie quand même, et après avoir réfléchis quelques secondes je décide alors de me rendre à la marina Porto Imperial, tout au bout de la baie, où je sais trouver Izabel Pimentel. Lors de notre rencontre à Rio Grande, nous avions vaguement évoqué l'idée qu'elle pourrait glisser un mot à l'oreille de la direction pour qu'ils me fassent une ristourne...

Quelques minutes plus tard je pénètre dans le canal d'entrée et je vois alors un zodiac qui fonce sur moi. J'affiche mon plus beau sourire, et je demande « você tem uma vagua para um barco de 36 pés ? ».
Le type me dit que oui, et m'ordonne de m'amarrer à un ponton à carburant. Je m'exécute gentiment, d'autant que la manœuvre est simple et qu'il n'y a pas un pet de vent.
La Boiteuse n'est même pas encore complètement arrêtée que Touline a déjà bondit sur le ponton branlant et fonce ventre à terre en se faufilant entre les jambes du pompiste. Et que ça miaule, et que ça sautille dans tous les sens... La pauvre, après deux semaines de mouillage et trois jours et demi de mer, elle revit !

Je la laisse explorer son nouveau territoire, et je me dirige vers la administração pour enregistrer La Boiteuse. La jeune fille derrière son bureau est très mignonne mais semble surprise par ce français qui débarque en souhaitant séjourner quelques jours. Moi, je prends mon air de navigateur fatigué mais charmeur (que voulez-vous, les français ont une réputation à soutenir), et je commence à sortir les papiers pour les formalités... Je n'ai même pas fini de déballer mes affaires qu'elle me demande la taille du bateau : 36 pieds je dis. Elle sort la machine, pianote, et m'annonce comme de rien : Ça fait 576 $R la nuit (190 Euros!).
Là, j'ai faillis tomber de ma chaise. Pour de vrai.
Je n'ai pas de machine à calculer, mais je sais que ça représente presque six fois ce que je payais à Florianopolis, alors que je trouvais déjà exorbitant !
La seule chose que j'ai trouvé à répondre c'est até logo ! Et je me casse du bureau.

Cheros le paradis !
Je vais pour repartir vers mon bateau, mais presque aussitôt je fais demi-tour et je demande à la jeune fille si Izabel est dans les parages... Elle me dit que oui et me montre son bateau (J'étais passé devant sans le voir en fait). Aussitôt je me dirige vers lui, et après avoir marché avec précaution sur un cat-way dans un état déplorable je toque à la coque. Le bateau est ouvert, mais point d'Izabel. J'attends un peu (Vingt secondes), puis je me dis que toute star qu'elle est, je doute qu'elle puisse diviser le prix de ma facture par dix. Alors je décide repartir. Repartir oui, mais avant ça il faut que je remette la main sur Touline...

Et me voilà donc à essayer d'attraper cette pauvre Touline en usant de ruses de sioux sous les regards moqueur des employés de la marina Porto Imperial. Non seulement je suis en colère, mais en plus je passe pour un con...
Finalement j'arrive à plaquer la chatte au sol, je l'embarque de force, et je l'enferme dans les toilettes.

Et nous voilà repartis.

Chaussure de montagne obligatoires !
A ce moment là, il devait être dans les trois heures de l'après-midi. J'étais passablement énervé et n'avais plus qu'une idée en tête, m'accrocher à un quai et n'en plus bouger ne serait-ce que pour quelques heures. Cette fois-ci je prends la direction de la marina Farol do Paraty, qui jouxte la première que j'ai vu (celle où il n'y a plus de place). Même chose, quelques minutes après un appel radio (je deviens bon en portugais à la VHF) un zodiac se dirige vers moi. Le gars m'aborde et commence à m'expliquer que les tarifs sont de 12 $R le pied pour vingt-quatre heures (432 $R, ça fait 140 Euros) mais que je peux avoir une place sans l'électricité si je veux pour 324 $R (105 Euros !)...
Après les 190 Euros de tout à l'heure, je considère qu'il y a un net progrès même si le tarif reste indécent. Je dis donc banco et suis le type qui me dirige vers un quai où je me glisse entre deux yachts à moteur avec l'aide de pas moins de quatre marineros. Y'en a même un qui me souhaite gentiment la bienvenue, ce qui est chose plutôt rare au Brésil !

Même histoire que tout à l'heure : J'arrête le moteur et je libère la chatte qui saute sur le quai et recommence à courir partout en miaulant. Pendant qu'elle se dégourdi les pattes, je prends mes papiers et je vais vers les bureaux... Et que croyez-vous qu'il arriva ? Hein ?
La fille derrière son bureau, moins jolie mais tout aussi jeune, m'annonce en voyant la couleur de mon livret (les bateaux français ont un livret orange) que je ne peux pas rester parce que cette marina n'accepte que les bateaux battant pavillon brésilien !
Là, je commence vraiment à m’énerver. Je hausse le ton en criant au scandale. Qu'en plus d'être des voleurs c'étaient tous des snobs, etc. Le visage de la pauvrette se décomposait au fur et à mesure que le mien devenait rouge !
Bon, à un moment j'ai bien vu que j'abusais peut-être un peu. Je me suis excusé en lui disant que ce n'était pas sa faute, mais que quand même... Merde quoi !


Paraty
Bref je ressors du bureau moins de cinq minutes après y être entré et je me mets en quête de Touline pour la deuxième fois. Là, la bestiole m'a vu venir ! Quel bordel pour l'attraper ! J'ai dû grimper à un arbre pour la chopper, non sans attraper au passage quelques griffures sanglantes.

Puis rebelote, je rembarque le chat, je l'enferme, et je redémarre et je repars. J'étais comme qui dirait dans un état obsessionnel. Je voulais absolument une place et je n'arrêterais pas d'en chercher une quelque en soit le coût et le temps que ça allait me prendre... Pour ceux qui s'en souviennent, j'étais un peu comme lorsque je suis arrivé à Buenos Aires.

Je n’eus que quelques centaines de mètres à faire pour me présenter devant la marina suivante, la marina Pier 188. Là encore, palabres à la radio, hors-bord, bouée à prendre à l'arrière et amarrage au quai. Cette fois-ci dans les bureaux j'ai affaire avec un homme. Sympathique, agréable et souriant. Bref, il m'annonce que c'est 360 $R la nuit mais comme je lui dis qu'à ce prix je ne vais pouvoir rester qu'une journée ou deux, parce qu'on n'est pas des riches, nous les vrais velejador, patati-patata, il me propose alors de me faire la place à 288 $R... Je remercie parce que je suis poli, mais ça fait tout de même 92 Euros, et à ce prix là je peux m'acheter à bouffer pour deux semaines.

Marina de Engenho
Cette fois-ci, j'avais pris mes précautions et n'avais pas libéré Touline dès en arrivant. J'attendais d'être absolument sûr que j'allais rester là, ne serait-ce que pour une nuit. A peine avais-je ouvert la porte du chiotte que la bête s'enfuit à toutes pattes et je ne la revis qu'en début de soirée.

Que vous dire de la marina Pier 188 ? Elle est en travaux, ce qui fait que c'est un peu le bordel. Les sanitaires sont en piteux états avec des fils électriques dénudés qui pendent de partout... J'ai du faire gaffe en prenant ma douche (enfin!). Sinon y'a un petit café sympa où j'ai pu me connecter à internet via un hotspot de merde qui empêchent l'accès à certains sites. Ainsi, je peux aller sur mon site porno préféré, mais je ne peux pas accéder à mon compte mail, ni à Facebook. Allez comprendre... Moi, j'y ai renoncé.
Touline elle, s'est vite adapté à son nouvel environnement. D'autant qu'elle a vite compris que l'espèce de petite hirondelle que l'on voit le soir aime à nicher dans les replis des voiles... Elle m'en a ramené quatre en une nuit ! Un vrai carnage !


Le lendemain matin je décide de retourner à pied à la Marina do Engenho, celle qui m'avait dit qu'ils étaient pleins, pour voir si par hasard je n'aurais pas la possibilité de gratter une place. Demander une place par radio c'est une chose, la demander face à face en parlant directement avec le responsable en est une autre. En plus, mon regard de cocker a du mal à passer par les ondes.
Et j'ai bien fait. Après m'avoir dit que la seule place disponible était réservée, le responsable Luiz, m'en a quand même proposé une tout au bout du quai... Pour la modique somme de 180 $R (58 Euros, prix d'ami parait-il) par jour sans wifi. Deux heures plus tard j'étais amarré au quai !
Nan ! C'est hors de question que je m'approche plus près !
Bien sûr avant ça il a bien fallut récupérer Touline... Qui là encore m'a vu venir. J'ai dû la poursuivre de bateaux en bateaux pour enfin la récupérer sous un dinghy. Autant vous dire qu'en arrivant à Engenho, elle a disparue et ne l'ai revu que le lendemain matin ! Et encore, c'est parce qu'elle m'a vu avec mon épervier et qu'elle devait avoir faim...

Voilà-voilà... C'est sympa le Brésil hein ? (*) Et encore je ne vous parle pas des 80 $R que le chauffeur de taxi m'a demandé pour m'emmener à Paraty, ni même les 150 $R que m'ont coûté trois jours de bouffe... On n'est pas à ça près ! Ah oui ! J'oubliais de vous dire que toutes ces sommes sont bien évidement à payer en liquide. Tant qu'à faire son beurre sur le dos des gens autant ne pas payer d’impôts. Ça serait con...
La Boiteuse
Je ne vous parlerais pas de Paraty non-plus. J'y suis resté une heure, et ça m'a gonflé. J'ai énormément de respect pour les pavés du XVIIIème, mais pas lorsque la rue ressemble plus à une rivière à gué où l'on doit marcher en sautant d'une pierre à l'autre. Comment voulez-vous apprécier l'architecture coloniale si vous avez constamment les yeux par terre, hein ? Mes chevilles ont morflé, je ne vous raconte pas...

Donc, vous l'aurez compris, je ne vais pas m'attarder. Je compte même repartir dès demain pour Rio et mettre cette escale de merde derrière moi le plus vite possible. Et tant pis si je dois y aller au moteur !


(*) : Je ne parle bien sûr que de cette région qui se fout un peu du monde, vous l'aurez compris. Si je généralise à l'ensemble du pays c'est pas pure mauvaise foi. Et parce qu'ils m'ont gonflé.

Et en prime, voici le 39 ème bain de la Miss Touline !

17 commentaires:

aglae75 a dit…

Ouf, en effet quelle aventure pour trouver une place, et le regard de cocker ça marche mieux avec les femmes ou les hommes. ;) Et l'autre bateau de Toulon il a trouvé un place?

Pierre Vigna a dit…

J'ai souvenir d'un Brésil populaire, souriant et accueillant un max... C'était le Brésil terrien, il semblerait que le Brésil marin soit tout le contraire!
Courage, encore quelques milles et tout ça ne sera plus qu'un mauvais souvenir.
Pierre

Gwendal DENIS a dit…

@Aglaé : J'essaye d'avoir à faire aux hommes en règle générale. Parce qu'ici les femmes sont seulement secrétaires sans pouvoir de décision...

@Pierre : Je ne saurais te dire. Mais j'ai connu le Brésil en 1988 et c''est vrai qu'il a bien changé... Quelques milles dis-tu ? 3250 à la louche !

Bateau Loïck a dit…

Kkkkkkkkkk! Excuse moi mais j'ai bien rigolé de tes déboirs, tu l'as d'ailleurs écrit pour ça gros malin ! Il faut regarder les choses en face, notre planete est polluée et parfois dans des lieux magnifiques : parfois c'est la saleté, parfois c'est le tourisme de masse mais elle peut aussi l'être par des choses moins visible comme la radioactivité ou l'argent. Tu devrais faire un stop a Matariz ou ailleurs à ilha Grande. J'ai peur qu'a Rio tu retrouves les mêmes marinas avec les mêmes bateaux. On est pas bien dans un petit mouillage hein?

Gwendal DENIS a dit…

@Bateau Loïck : Pour sûr, j'ai conscience de ce que ça peut avoir de rigolo... Enfin je crois. Mais tu peux me croire si je te dis que ça m'a pas fait rire du tout ! Et je n'en rigole pas encore.
Pour Matariz, j'y réfléchis... Mais je vais me faire chier !

Le mousse d'exocet a dit…

Tu vas finir par aimer les mouillages! Même si les marinas ne sont pas aux normes pour les prix ils sont au top. Quel abus

lucifer ! a dit…

quand Touline racontera sa vie de matelote ...ça fera un tabac !
en tous cas, elle ne paraît pas avoir apprécié le 39ème outre mesure.mais le type qui lui sert de patron paraît hautement satisfait de l'avoir récupérée cette fois encore .

JINGLE a dit…

Les "marinas pas chères" commencent à se faire sérieusement rares un peu partout ... Même à Cuba ils commencent à augmenter les tarots. On a boycotté la dernière fois en allant expliquer à la capitainerie pourquoi nous restions au mouillage.
Ici aux Cayman, idem, la moins chère est à 1,60$ le pieds par jour, donc ... mouillage et puis c'est fou ce que l'on peut faire avec une antenne wi-fi ;)

Gwendal DENIS a dit…

@Le mousse d'Exocet : Il y a de moins en moins de risque que j'y prenne goût tu sais...

@Lucifer : Elle est, comme la plupart du temps, remontée et rentrée toute seule au bateau. Ce qu'elle fait dans ces cas-là, c'est qu'elle me saute sur les genoux et attend que je la sèche avec une serviette.

@Jingle : J'ai investi dans une super-antenne mais pas encore pour avoir du 220 V 24H/24H !

... a dit…

bon je vais passer pour un beotien ce que je suis et revendique car j'aime la mer mais au bord de l'eau, donc une question : le mouillage c'est bien le stationnement au large apres avoir jeté l'ancre..? Quel est l'interet de mettre son bateau le long d'un ponton où on est obligé de payer des frais de sejour..? Ne peut on mouiller au large dans un endroit où y a moins de monde..?
Si c'est un probleme d'electricité dans le bateau il existe des lampes rechargeables pour la lumière (je dis bien des lampes pas des piles..)..
Je vois déjà la rigolade que je vais dechainer mais perso je prefere errer dans les lieux calmes surtout quand il y a de beaux paysages..J'aime pas les lieux friqués...

... a dit…

je me branche sur le temoignage de "JINGLE", oui je crois aussi qu'il doit y avoir des marinas tres cheres à Cuba, je n'en connais qu'une seule pour y avoir joué au bowling (le seul de toute l'île) c'est la marina Hemingway au nord de La Havane avec pleins d'habitations, des commerces erc tout ca pour les riches americains qui parquent leurs bateaux devant les maisons, je ne connais pas les prix de cette marina mais vu les yachts....

Gwendal DENIS a dit…

... : Non, ça n'a rien de rigolo comme question rassure toi. Bien sûr qu'il est toujours possible de trouver des petites baies sympas, loin de tout et en plus qui sont gratuite ! Seulement moi, je m'y emmerde comme un rat mort.
Tien, voici une réponse plus complète à ta question : http://laboiteuse.blogspot.com.br/2012/10/jaime-pas-les-mouillages.html

... a dit…

je viens de lire et je t'ai compris...
D'autant qu'apres une navigation harassante quoi de plus naturel qu'un peu de confort..
Et comme souvent malheureusement le confort se paie...
aller d'un point A à un point B (nous avons cela en commun) c'est ce qui fait que je n'aime pas me baigner en mer d'autant que le point B c'est encore le point A...

Exocet a dit…

J'ai bien apprécié des derniers textes Gwendal, je partage bien des idées avec toi, c'est le monde qui marche sur la tête.

Toutes les sociétés veulent des résultats net a deux chiffres pour les actionnaires. ca pourri tout.
Moi je suis parti pour fuir cette société dirigé par le fric, et mois je m'en rapproche mieux je me porte.
A bientôt l'ami.
Yves d'Exocet.

Olivier Denis a dit…

Serai-ce l'effet coupe du monde qui fait grimper les prix comme cela ou bien le fait qu'il y ai de plus en plus de bateaux voyageurs, dans un cas comme dans l'autre la surpopulation apporte la cupidité plutôt que le partage. J'aimais déjà pas le Brésil au vu de ces écarts entre riches et pauvres, je n'ai qu'un mot Au suivant...
allez bise à Touline elle est vraiment jolie m^me aprés le bain. Hi Hi !!!

chris et JR a dit…

Bah mince... nous qui nous plaignions actuellement des prix pratiqués dans les marinas de Nassau... De 1,50 à 7$ le pied par jour ! Sont fous, sans eau et sans électricité hein ! Paraty, c'est une station balnéaire ou bien ? La bise à la Touline ! ;)

Gwendal DENIS a dit…

@Yves : J'essaye de faire pareil, mais malheureusement jusqu'à présent cette chienlit semble se répandre plus vite que je ne me déplace !

@Olivier : Non, c'est très local comme pratique. Les marinas s’adressent à une élite friquée et font en sorte d'en exclure les voyageurs avec des prix prohibitifs. Toujours ce comportement de "socios" dont j'ai déjà parlé...

@Chris et JR : Paraty, c'est le Saint Tropez Brésilien en quelque sorte...

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