mardi 30 décembre 2014

De Itaparica à.... Itaparica !

12°53.377S 38°41.045W
Itaparica, Bahia

Samedi 27 décembre 2014

07H10 : Et bien ça y est, nous y sommes ! Après deux mois d'escale à Itaparica, La Boiteuse est enfin prête à reprendre la route. Je n'ai plus qu'à débrancher l'électricité, récupérer Touline qui vadrouille je ne sais où, payer la marina, et on y va !

Vous savez quoi ? Et bien je suis chaud de chez chaud ! Je suis content de mettre enfin les voiles après tout ce temps passé ici. Non-pas que je regrette mon séjour à Itaparica, pas du tout même, mais je suis content, après deux départs reportés, d'avoir enfin une fenêtre météo acceptable pour me permettre de faire ces dernier 500 milles problématiques.
La première fois que j'ai dû repousser mon départ, je vous l'ai raconté dans Glouglous et perplexitude. Mais il y en a eu une seconde pas plus tard qu'hier ! Figurez-vous que la veille du jour prévu, le jeudi donc, alors que je commençais à m'endormir pour ma sieste, l'esprit plus ou moins occupé par mes préparatifs, j'entends qu'on tape sur la coque du bateau. Dans ces cas là, tout dépend de mon degré d'endormissement, mais la plupart du temps je commence à faire la sourde oreille. J'espère au fond de moi qu'il ne s'agit que d'un rêve, et en même temps une autre partie de mon cerveau commence à maudire l'importun.
Un deuxième toc-toc se fait entendre, accompagné cette fois-ci d'un cordial « Ohé de la Boiteuse ! ». Là, il n'y a plus de doute, l'importun me parle dans la langue de Molière et en ce moment il n'y en a pas bézef dans le coin, donc faut que je me lève, ne serait-ce que pour l'envoyer bouler.
Je sors dans le cockpit, la tête dans le cul et les yeux en trou de pine, et je tombe sur le grand sourire d'un type que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam. Je ne suis pas encore vraiment réveillé, mais je comprends quand même qu'il s'appelle Pascal, qu'il est en bateau, qu'il vient d'arriver et qu'il était pressé de me rencontrer parce qu'il est un fidèle lecteur depuis deux ans. Ah ben merde alors... Du coup, et bien je me suis réveillé complètement, et j'ai passé l'après midi sur son Lagoon 380, Fidelio, en sa compagnie et celle de ses équipiers.
Donc, afin de profiter de cette nouvelle et agréable compagnie, j'ai décidé de surseoir à mon départ pour vingt-quatre heures. Parce que si c'est toujours plaisant de sociabiliser, des fenêtres météo comme celle-ci ne courent pas les rues... Et donc nous voilà aujourd'hui sur les starting-blocks.

08H35 : Mercedes démarre au quart de tour. Harry, un voisin allemand, me largue les amarres de proue pendant que je laisse couler la pendille. La marina est bondée, et je craignais un peu de me prendre la quille dans toutes ces pendilles et ces chaînes d'ancre, mais tout se passe bien. Je fais un petit tour parmi les bateaux au mouillage pour saluer Fidelio, et Oceanis. Tout le monde est sur le pont, appareil photo ou téléphone à la main. Le départ de La Boiteuse est immortalisé !

Au revoir La Boiteuse !
09H25 : Nous avons contourné la pointe de l'île sans encombre et nous voilà vent debout, au moteur. La GV avec deux riz et un peu de foc pour gagné un peu en vitesse. Le courant de la marée descendante nous pousse vers la sortie. Tout va bien.
Franchement, je suis content de savoir que ma prochaine escale sera Jacaré. Deux ans et demi après mon arrivée sur ce continent, je vais revoir ma première impression brésilienne... Je pense que nous devrions arriver le premier janvier au matin.

11H15 : Me voilà au milieu des cargos à tirer des bords au moteur... Incroyable. Plus de face comme vent c'est pas possible (un F3 bien tassé). Heureusement, ça veut dire que je vais être pratiquement au travers une fois que je serais sorti des cette baie. Mais pour l'instant c'est assez technique comme nave. En plus, des grains de pluie s’abattent sur La Boiteuse par intermittence...

A droite ou à gauche ?
12H45 : Nous nous sommes faufilé entre la cardinale nord qui marque le Banco de Santo Atônio et la pointe du même nom. Plus que cinq ou six milles avant de pouvoir abattre et de couper le moteur. Pour l'instant c'est un peu Rock & Roll, car le banc de sable nous fabrique une houle haute et courte que La Boiteuse se prend en pleine poire. Le bateau tangue violemment.

13H15 : Merde. Après avoir baissé en régime, Mercedes vient de s'éteindre.

13H30 : Bon ben les enfants, j'ai bien réfléchis. Le mieux est encore de rentrer. Mon premier élan a été de continuer sur ma lancée. Je me doutais que la panne était probablement due à de la merde dans le circuit de gasoil, ou quelque chose comme ça. Et je me disais que d'ici cinq jours que j'arrive à Jacaré, j'aurais largement le temps de régler le problème...
Et puis je me suis demandé, et si c'est pas ça ? Et si c'est plus grave et que tu ne peux pas réparer ? Le prochain abri est à 400 milles, alors que tu n'es qu'à vingt milles de ton point de départ...

Salvador
Car même si a priori je pense que je saurais me débrouiller sans moteur, c'est quand même mieux quand y'en a un. Non ? Je veux dire par là que ok, Mercedes me lâche, alors je fais avec les moyens du bord (Comme à Pinheira). Mais là c'est un peu différent, car je pars pour cinq jours. Et en cinq jours il peut s'en passer des trucs ! Si les voiles me lâchent elles aussi, alors je fais comment sans moteur et sans voile ? Bref, continuer, aurait été se mettre sciemment dans le caca.

14H30 : Le vent est en train de baisser, alors que La Boiteuse pénètre de nouveau dans la Bahia de Todos os Santos. Au vent arrière, les voiles en ciseau, foc tangonné... Nonobstant le souci qui est le mien, je dirais que cette navigation devient plaisante ! La Boiteuse file à 4,5 Nœuds sans rouler ni tanguer. C'est un vrai plaisir.

Mariposa !
15H00 : Le vent est complètement tombé maintenant... Moins de 2,5 nœuds avec le cul qui tape. Ça veut dire que c'est le courant qui nous pousse. Le soleil se couche dans trois heures, et à cette vitesse je doute d'arriver avant la nuit. J'espère seulement être assez manœuvrant. Trop de vent, c'est la galère, pas assez c'est la garantie d'aller s'échouer quelque part. Ou pire, de percuter un autre bateau (rappelez-vous, on ne connaît pas les assurances à bord de La Boiteuse).

17H00 : Ah ? Aurais-je un peu de bol aujourd'hui ? On dirait bien que le vent se lève de nouveau. J'aperçois le clocher de l'église. On y est presque !
Bon, j'avoue que j'évite de réfléchir à ce que je vais bien pouvoir faire une fois arrivé. Mouiller à l'arrache avec le vent dans le nez et le courant dans le dos ? Appeler un bateau pour qu'on me remorque ? Je vais préparer mon ancre, mettre tous les pare battages en place et une ou deux amarres, mais ensuite ce sera totale-impro.

Course contre la montre
17H15 : Allez, plus qu'un bord à tirer pour passer entre ce danger isolé et cette cardinale de merde, et je déboule au milieu des voiliers au mouillage. Avec les fêtes, c'est blindé de chez blindé...

18H00 : Oh le bol ! J'aperçois Pascal avec son annexe et son moteur de 10Cv qui se dirige vers moi à fond les manettes !

La suite vous la devinez. Pascal a amarré son annexe sur le flan de La Boiteuse et m'a toué (c'est comme ça qu'on dit) jusqu'à la marina, où il m'a déposé comme une fleur à couple du Regolarita de Harry... Un coup d’œil sur l'horizon, le soleil vient de disparaître et la pénombre s'installe. Je suis arrivé juste à temps et tout est bien qui finit bien !

Bon, maintenant il va falloir que je m’attelle à nettoyer et à purger le circuit de carburant... Mais ce sera pour demain, ou après demain. Pour l'heure je suis naze. J'ai des courbatures partout et ma cheville me fait souffrir. Dure la reprise, moi je vous le dis !

A bon port !
Tu me réveilles quand on est arrivé, ok ?


mardi 23 décembre 2014

La balade du jour

12°53.377S 38°41.045W

Itaparica, Bahia

Nouveau taud. Merci Julien !
J'ai bien conscience de vous avoir un peu négligé ces dernières semaines et je m'en excuse. Si-si, ne dites pas le contraire, c'est la vérité. A peine deux articles par mois ces deux derniers mois, c'est la moitié du rythme auquel vous êtes habitués... Mais bon, que voulez-vous, la torpeur twopicale, le confort électrique et wifiesque (?), la déprime de fin d'année, tout ça, font que j'en perds un peu la motivation nécessaire à vous tenir au courant de mes faits et gestes. Surtout que franchement, il n'y a pas grand chose à raconter (A part le nouveau taud de La Boiteuse, z'avez vu comme les couleurs sont raccords ?).

Mais pas grand chose à raconter, ne veut pas forcément dire pas grand chose à montrer. Aussi j'ai décidé de terminer cette année (oui, ce sera je pense mon dernier article pour 2014) avec quelques vues commentées de mon environnement direct.

Alors on va commencer par une vue générale de la Marina d'Itaparica. Elle n'est pas très grande comme vous pouvez le voir, et est surtout dédiée aux bolides dispendieux. La Boiteuse se sent un peu seule il faut bien l'avouer...

Marina Itaparica
Ensuite, il m'a été demandé par une lectrice assidue comment les décorations de Noël pouvaient s'inscrire, parfois de façon incongrue, dans un paysage tropical. Et bien voilà qui est fait ! Avec un sapin en cul de bouteille en plastique recyclé, et des bonhommes de neige en fond de verre en plastique recyclés eux aussi !

Pour info, les photos ci-dessous ont été prise vers 08H00 du matin, et il faisait déjà quelque chose comme 30°C

Plug anal version brésilienne
Corvée d'eau à la Fonte da Bica, sous les flamboyants
Ensuite je vous emmène vers la pointe nord de l’île, en direction du marché pour aller remplir le frigo. La marée est basse et le ciel aussi bleu que la piste cyclable. Comme toujours en bord de mer, c'est le cocotier qui se dévoue pour proposer une ombre plutôt inefficace. Pour info, le top en matière d'ombrage ça reste le manguier de l'autre côté de la rue, avec son feuillage hyper dense et hyper sombre.


Coco !
Nous voilà au mercado. Toujours du bleu et du blanc. Au menu aujourd'hui, darne de daurade coryphène avec du riz. Faut pas que j'oublie le beurre et le pain...

Mercado municipal
Comme je suis sympa, j'ai décidé de pousser jusqu'à la pointe et le fort de São Lourenço (Construit en 1647 par les Hollandais). Il est tôt, mais comme la plage n'est accessible qu'à marée basse, c'est elle qui commande les heures de bronzette. 
 
Forte de São Lourenço
En passant je vous ai fait une petite photo du clocheton local.
 
Très colonial comme style

Et celle d'une fresque à vocation géographique.

La Baie De Tous Les Seins ! (oui je sais, elle me plait celle-la)

Et voilà, la petite promenade est terminée. J'espère que ça vous aura plu ! On va quand même terminer avec ce qui fait le must du coin, vu son orientation, je veux parler du coucher de soleil. Tous les soirs c'est la même chose, mais croyez-moi, on ne s'en lasse pas !

Il n'y a pas que les chats...
A l'année prochaine !
Ouais c'est ça, à l'année prochaine...

mardi 2 décembre 2014

Glouglous et Perplexitude

12°53.377S 38°41.045W
Itaparica, Bahia

Je suis perplexe... Vraiment perplexe.

Figurez-vous que ce mardi je m'étais préparé à partir d'Itaparica après cinq semaines de séjour. Mais quand je dis préparé, je veux dire que La Boiteuse était quasiment en ordre de marche ! Tout le monde était prévenu, l'annexe rangée sur le pont. Tout le bordel remisé dans la cabine avant, et le régulateur d'allure en place. La GV prête avec un ris, Etc... Je n'avais plus qu'à attendre la marée pour larguer les amarres ! Et puis la non-envie de partir est arrivée. Un truc balaise qui fait que je suis encore là.

Bye Julien !
Ça a commencé par un doute quant aux prévisions météo qui la veille m'offraient encore une fenêtre impeccable pour rallier Jacaré en cinq jours de navigation. Aux dernières nouvelles, et aux alentours de vendredi, le vent venait carrément debout pendant plus de vingt-quatre heures, m'obligeant à tirer des bords de près serré. Bref, j'avais besoin de cinq jours de vent favorable, et en moins de temps qu'il me faut pour l'écrire je me retrouvais avec trois.
Mais c'est pas grave me disais-je (tout en démontant le taud de soleil). Au pire ça va juste rallonger la nave de quelques heures, voire une journée. Mais tout en pensant ça, je sentais déjà mes tripes qui me disaient : Ouais mais bon, est-ce que finalement tu ne ferais pas mieux de remettre ?
Parce que je ne sais pas vous, mais moi mes tripes elles me causent. Elles se liquéfient lorsque je suis stressé, et elles me glougloutent des choses. 
 
Son Brin de Folie part pour Cap Town
Puis ça a été la chaleur... Parce que sous les tropiques dès huit heures du matin le soleil cogne, et cogne fort. Le genre de chaleur qui fait que vous n'avez plus qu'une envie c'est de rester immobile tel le gecko moyen. Avouez que devoir attendre jusqu'à midi pour avoir la marée descendante sous un cagnard de dingue peut émousser la plus grande des motivation, non ?
Bref, au bout d'un temps qui m'a semblé interminable et après un ultime examen des prévisions météo, ainsi qu'une énième confrontation avec mon moi profond, j'ai décidé que ce ne serait pas pour aujourd'hui.

Toilette d'avant -départ
Ensuite est venue la culpabilité bien sûr. Je me suis demandé si j'avais encore les tripes (encore elles) pour cette vie-la. Je me suis dit que j'avais perdu la gnaque, que ce que mes tripes (toujours elles) me racontaient était l'expression physique d'une dépression profonde. Que sans le savoir peut-être que j'en avais marre de cette vie d'errance... Ou plus simplement, peut-être que je m'écoutais un peu trop et que si je me faisais un petit peu plus violence j'arriverais à ma bouger le cul.
C'est dingue ce qui a pu me passer par la tête !
Et puis c'est passé. Je me suis fait cuire du riz et une boite de fejoada, et j'ai fait une grande sieste. Et à mon réveil toute forme de culpabilité avait disparue. Si je ne le sens pas, je ne le fais pas. C'est aussi simple que ça. Et ce n'est pas quelques scrupules à la con qui vont m'empêcher de suivre mon instinct. S'il s'agit d'instinct bien sûr...

Bon, maintenant il ne me reste plus qu'à attendre la prochaine fenêtre... C'est quand déjà la saison favorable ? En avril vous dites ?

PS : Ah au fait ! Z'avez vu ce qu'un gentil propriétaire de catamaran m'a offert pour me remercier d'avoir plongé pour lui décrocher son ancre ? Un authentique Leatherman ! Depuis le temps que je rêvais d'en avoir un !

Wahou....

lundi 24 novembre 2014

L'argent

12°53.377S 38°41.045W
Itaparica, Bahia

32° à l'ombre...
S'il est un sujet que je répugne à aborder, c'est bien celui de l'argent. L'argent qui corrompt tout, qui sali tout, mais qui en même temps, horrible paradoxe, me permet jusqu'à présent de parcourir le monde sans trop me soucier de l'aspect improductif de mon voyage.
En bon Français et pur rejeton des idéaux de la Révolution, j'ai toujours considéré que de parler d'argent avait quelque chose de profondément indécent. Je ne marchande jamais car je trouve ça vulgaire, et lorsque au détour d'une escale un malpoli me pose de but en blanc la question sur mes moyens de subsistance je ne peux m'empêcher d'être agacé. Est-ce que je me permet de demander comment untel a pu se payer son bateau ? Non. Est-ce que je m'inquiète de savoir quel métier un autre exerce ou exerçait ? Jamais. Est-ce que cela a une importance par rapport à la conversation que nous sommes en train d'avoir et à la façon dont je vais appréhender la relation avec l'autre ? En aucun cas.
Et si je ne pose pas ces questions qui pour moi sont indiscrètes, ce n'est pas parce que je m'en fout, ni même par pudeur, mais parce que je considère que cela n'a que très peu d'importance sur le fait que nous soyons là, deux personnes en train d'échanger leur expérience de vie.

Cela dit, si je réagis ainsi c'est essentiellement pour des raisons culturelles et morales. J'en ai conscience. Depuis que je voyage, je suis confronté aux différences culturelles et c'est tant mieux. C'est le sel du voyage et probablement sont principal intérêt. Par contre, et c'est là que les choses se compliquent, je me suis rendu compte que la morale a tendance à fluctuer elle aussi (Même si ce n'est pas avec la même amplitude heureusement). Or, la morale ce n'est ni plus ni moins que le filtre avec lequel vous faites la différence entre le bien et le mal. Alors, autant il peut être facile de s'adapter à d'autres cultures, autant lorsqu'il s'agit d'une chose aussi fondamentalement personnelle que la notion de bien et de mal, cela devient beaucoup plus difficile. Voire même carrément impossible dans les cas les plus extrêmes.
Par exemple pour moi, faire étalage de son pognon, s'enquérir des moyens des gens pour les situer sur une échelle sociale prédéfinie, corrompre des gens parce qu'il se trouve qu'on en a le pouvoir, pigeonner un touriste étranger qui ne parle pas la langue, j'en passe et des meilleurs, tout ça c'est mal. Alors que dans certains pays, certains milieux, ces pratiques peuvent être couramment acceptées comme étant la norme... Voire même, dans les milieux les plus pourris, ce qui est mal c'est de ne justement pas se livrer à ces vilenies !

Police Environnementale... Une bonne idée.
Mais bon, là n'est pas le sujet du jour. Enfin si, peut-être un peu. Disons que si je viens d'écrire toutes ces lignes c'est un peu pour vous expliquer que mon rapport à l'argent est plutôt conflictuel et qu'en parler n'est pas quelque chose de facile. Mais je vais quand même essayer !

Alors pourquoi est-ce que je vous parle d'argent si je n'aime pas ça ? Et bien parce que depuis quelques mois déjà je me préoccupe de voir mon compte en banque baisser. Oh rassurez-vous, je ne suis pas encore à la rue ! N'allez pas vous précipiter sur mon compte Paypal pour vous fendre d'une obole parce que vous craignez que votre serviteur n'ait plus de quoi se payer son kilo de langouste ! (La semaine dernière je m'en suis offert pour la première fois de ma vie : 10 € le kilo ici à Salvador) Mais le grand garçon que je suis, sans pour autant en être à remettre en question ce voyage, ni même mon mode de vie, est bien obligé de constater que s'il ne fait rien dans les prochain mois il risque de se retrouver sans argent en plein milieu du Pacifique. Zone qui en plus d'être chère n'est pas vraiment propice aux occasions de faire du pognon.

L'Atrevida, un terrain de jeu de 80 pieds pour Touline !
Et c'est là que se pose la grande question. Qu'est-ce qu'un type comme moi peut bien faire pour engranger du pognon ?
Au début, je vous confesse que je caressais l'espoir de vivre de mes écrits. Mais avec le temps, je suis bien obligé de constater qu'à part déblatérer sur ce blog de temps en temps, je n'ai pour l'instant pas les épaules pour devenir un « vrai » écrivain. Ni le goût pour l'effort qu'implique cet exercice, ce qui explique pourquoi mon roman est au point mort depuis deux ans. Quant à monétiser ce blog comme il m'a été suggéré de le faire encore récemment, c'est tout à fait hors de question rapport à ce que j'ai écrit plus haut, ainsi qu'au fait que je méprise profondément les gens qui font de l'argent avec du rêve. Le rêve, si tant est que ma vie en est un, cela se partage. Ce n'est pas une marchandise. Je sais que j'ai pas mal de défaut, mais je ne suis pas un escroc.

Hors donc, puisque a priori je ne vais pas pouvoir être payé à rien foutre, il va bien falloir que je me salisse un peu les mains. Et c'est là que ça se complique... Car en dehors du fait que j'ai un peu (beaucoup) perdu l'habitude de travailler, se pose la question angoissante : Quoi faire ? Et ce n'est pas comme si je devais choisir entre une multitude de possibilités, car à quarante-sept ans, et étant donné mon parcours professionnel, mes choix sont très limités...
Je vous fais grâce des interminables réflexions qui m'ont amené à une telle conclusion, mais en clair je ne vois que deux possibilités d'emploi en ce qui me concerne. Soit je renoue avec mes anciens amours et dans ce cas je peux donner des cours à une jeunesse en voyage comme je l'avais fait à Agadir il y a deux ans. Soit j'arrive à me faire embaucher dans une marina comme employé (voire même gérant pourquoi pas) multilingue et pas trop dépassé par les choses de la mer.

Navichatrice Solitaire
Et c'est là que les choses se compliquent encore plus ! Car si l'on réfléchis en terme de bassin d'emploi (T'as vu Dominique je sais encore utiliser les termes ad-hoc !), la première possibilité (donner des cours) devrait logiquement m'emmener vers une zone où l'on parle français et où les bateaux de voyages sont nombreux : La Martinique par exemple. Alors que pour la seconde possibilité je pense que je rencontrerais plus d'opportunités vers l'Amérique Centrale...
Donc, une fois arrivé à Trinidad et après avoir réalisé les travaux nécessaires à La Boiteuse, il va me falloir prendre une décision. Soit je me dirige vers l'arc Antillais (sachant que je dois tenir compte de la période cyclonique), sois je file comme prévu depuis un an, vers le Venezuela, la Colombie et Panama.

Voilà donc où j'en suis de mes réflexions. Et ça mouline depuis des semaines dans mon cerveau, croyez-moi.
Alors bien sûr, si je vous ai raconté tout ça c'est à la fois pour le mettre noir sur blanc afin de m'éclaircir les idées, mais également pour vous mettre à contribution ! Allez-y, balancez-moi vos idées, vos suggestions et vos conseils ! Vu l'état de confusion dans lequel je me trouve, je suis preneur de tout et n'importe quoi.

Sinon à part ça tout va bien. Touline et moi nous profitons du confort que nous procure la marina d'Itaparica. Elle en jouant la star des pontons, et moi... Ben moi je peux enfin regarder un film sur un grand écran, et je peux utiliser toute l'électricité que je veux sans me préoccuper de l'état de mes batteries. Pour l'instant, je peux encore me le permettre, mais je sais que dans un certain temps je ne le pourrais peut-être plus... Alors j'en profite !

On me voit bien là ?

mardi 11 novembre 2014

Glandouille active

12°53.377S 38°41.045W
Itaparica, Bahia

Après plus de quinze jours sans vous donner de nouvelles, je suis sûr, en tous cas je l'espère très fort, que certains d'entre vous se demande ce qu'il m'arrive.
Peut-être votre serviteur a-t-il rencontré une jolie bahianaise et qu'il court le guilledou ? Ou peut-être que les douanes brésiliennes lui sont tombé dessus et qu'il se retrouve empêtré dans les ennuis jusqu'au cou ? Ou encore peut-être qu'il se retrouve si bien dans sa marina avec son électricité et son eau (de source) à volonté qu'il a sombré dans une douce torpeur faite de rien-foutre et de longues siestes ?
Alors, à votre avis ? Laquelle de ses propositions est la bonne ? Bon ok, je reconnais que la question est facile. Vous devez commencer à me connaître alors vous vous doutez bien que c'est la troisième proposition qui prévaut.

La Boiteuse
Cela dit, des jolies bahianaises, il y en a beaucoup par ici. J'ai même l'impression que l'état de Bahia, et plus particulièrement la région de Salvador, recèle une population non négligeable de morenas fines comme des lianes avec des jambes d'une longueur hypnotique. Et, oh joie, elles ne semblent pas toutes mineures ! Mais hélas le gringo solitaire n'intéresse que très peu ces demoiselles, et ma timidité maladive me cantonne à la simple observation.
Pour ce qui est des autorités, elles sont pour l'instant invisibles et c'est tant mieux. Les seules embarcations que j'ai eu à croiser sont celles de quelques richards venu de Salvador pour passer le weekend à Itaparica, et aussi heureusement quelques voyageurs au long cours avec parfois des embarcations improbables.
Oui, c'est pour toi que je dis ça Willem ! Ton The Way to Brisbane en ferro-ciment ne paye pas de mine c'est vrai, mais tu t'en fous et tu as bien raison. So long mon pote, et bonne nave jusqu'à Cap Town !

Carénage
Donc reste la troisième option : La glandouille. Mais je dois quand même préciser qu'il s'agit d'une glandouille active. Ou d'une activité mesurée, genre pas plus d'une heure par jour et encore pas tous les jours, si vous voyez ce que je veux dire. Parce qu'il y a des jours ou il fait trop chaud, et d'autres ou il pleut (et des fois ce sont les mêmes). J'ai fait un peu de couture, une lessive, quelques plongées en apnée pour nettoyer la coque de La Boiteuse (dans une eau à 26°C, la corvée devient même une activité plaisante), beaucoup de papotages de ponton dans les quatre langues qui sont à ma disposition, des coups de main aux copains, et pas mal de jus de fruit éclusés au bar du coin. Le tout entrecoupé de longues séances de séries télé et de longues siestes. Voilà, c'est ça que j'appelle la glandouille active.

Mais cette vie idyllique (en tous cas pour moi) va devoir prendre fin dans pas longtemps car j'envisage de reprendre la mer au début de la semaine prochaine. Cinq jours de navigation pour rejoindre Jacaré... Dernier run avant ma sortie définitive du Brésil !

Zozio inconnu au bataillon
 
Glandouille non-active

lundi 27 octobre 2014

De Santo André à Itaparica

12°53.377S 38°41.045W

Itaparica, Bahia


Le mercredi 22 octobre 2014 – Coup de vent

13H00 : Je suis assis dans le cockpit de La Boiteuse et je ronge mon frein en attendant la marée... A priori le bateau est prêt depuis un moment déjà, mais pour m'éviter les déboires de mon arrivée je dois attendre l'étale de marée haute afin de quitter le rio en toute sécurité. Comme d'habitude avant un départ j'ai l'estomac noué, mais j'ai quand même réussi à avaler un petit sandwich, et je sirote un café en observant la rive. Encore deux heures à attendre...

Le vent est au sud comme prévu, avec son cortège de nuages bas, gris et lourds. Quelques gouttes de pluie tombent de temps en temps.


13H15 : Tien, c'est bizarre... La Boiteuse vient de se mettre en travers du courant ce qui indique que la renverse commence avec une heure et demi d'avance. Je regarde le plan incliné à côté du restaurant, et je vois que l'eau a commencé à le recouvrir... Ça ne montera pas plus haut, alors on y va !

Je hisse les 25m de chaîne à la force de mes petits bras musclés et vroum on est parti ! Je m'applique à suivre les instructions que les pêcheurs m'ont données en piquant droit sur le récif. Puis, à seulement quelques mètres je vire afin de le longer au plus près. J'ai les yeux rivés sur le sondeur : 4m, 3,60m... 5m ! C'est bon on est passé ! Ouf ! Je peux recommencer à respirer !

14H00 : Cap au 90°, plein est, afin de déborder les récifs qui minent l'endroit jusqu'à trois milles des côtes. La mer est calme et le vent du sud-sud-ouest plutôt faiblard. Je hisse la grand voile avec un ris, déroule le foc en grand et j'arrête le moteur.


14H15 : Heu... Ça se lève sérieux là...


14H45 : Petite demi-heure légèrement flippante. Le vent a déboulé comme un malade, et je me suis fait cueillir avec un peu trop de toile. J'ai dû prendre le deuxième ris en urgence avec des rafales à 25 nœuds et une mer qui soudainement est devenue blanche. Je suis trempé et le bateau gîte terriblement. Vivement que je m'écarte pour pouvoir abattre un peu... Mais pour l'instant j'ai encore des récifs à parer, alors il faut que je serre les dents.

15H25 : Ça a l'air de se calmer un peu. J'ai pu abattre et nous voilà cap au 45°, 5,5 nœuds de vitesse avec deux ris dans la GV et même pas ¼ de foc. La pluie est de la partie. Une espèce de crachin breton mais néanmoins persistant.


16H00 : J'ai un putain de mal de mer...
Sale gueule

20H25 : Ça va un peu mieux. Je suis resté couché au fond du cockpit à attendre que ça passe. Le vent qui s'était un peu calmé a redoublé dans les minutes qui ont suivi et il s'est mis à tomber des seaux d'eau. Tout est trempé... Désolé si je ne suis pas très bavard, mais le fait d'écrire me file la nausée. D'ailleurs, tant qu'à faire vous m'excuserez aussi pour le petit nombre de photos qui va illustrer cet article. Pendant toute la traversée je n'ai eu ni le cœur ni l'estomac à ça.

C'est quoi cette lumière droit devant ? Fait chier, on dirait qu'il n'y a pas que moi qui sois assez taré pour sortir un jour pareil ! La mer est grosse maintenant et j'entends les vagues qui déferlent à grand fracas dans le noir. Mais qu'est-ce qui m'a pris de partir aujourd'hui bordel !


Le jeudi 23 octobre 2014 – Je récupère

06H30 : La nuit a été très difficile. Une fois passé la lumière que j'avais repéré, c'était un pêcheur en train de remonter ses filets, je me suis recouché et j'ai essayé de dormir. Toute la nuit ça a été mal de mer, pluie, vagues de cinq mètres et vent à décorner les bœufs. La totale quoi. Et maintenant c'est pire puisque c'est mal de mer, pluie, vagues de trois mètres et pas de vent ! La Boiteuse n'avance plus et se fait ballotter dans tous les sens et mon estomac aussi.

Tout à l'heure, en montant sur le pont pour démêler la contre écoute, j'ai trouvé un petit poisson volant. C'est le premier depuis... deux ans au moins ! Touline s'est jetée dessus comme la vérole sur le bas clergé. Moi je n'ai rien avalé depuis hier midi.

Allez, je crois que je vais allumer Mercedes...

Séchage
10H25 : Nous sommes toujours au moteur sous un soleil plus que bienvenu. Mes affaires sèchent sur les bancs et moi j'essaye de ne pas bouger en fixant la ligne d'horizon afin de me débarrasser de ce mal de mer qui persiste. Pas un chat sur l'eau. La mer se calme peu à peu.

Étant donné que cette navigation est tout sauf plaisante, j'ai pensé un moment l'écourter et faire escale à Camamu. Il faut que vous sachiez que selon les guides nautiques il y a deux incontournables au Brésil : Ilha Grande (ça c'est fait) et Camamu. Dans le genre dédales de petites îles tranquilles dans une baie paradisiaque Camamu est un spot quasi obligatoire pour les voiliers de voyage. Hélas, étant donné notre timing je ne pourrais y arriver qu'au milieu de la nuit. Et m'aventurer de nuit dans ce labyrinthe d’îlots et de bras de rivière à la profondeur douteuse ne serait pas raisonnable. En plus je ne connais pas les horaires de marée. Donc, on va continuer jusqu'à Itaparica. On devrait y être demain à la mi-journée, surtout si on doit continuer au moteur...


La nouvelle barre et l'ancienne
11H15 : Je regarde ma nouvelle barre, et je trouve qu'elle est belle. Car oui, pendant que j'étais à Santo André j'ai fait la connaissance d'un menuisier, Jarbas, et l'idée m'est venue de lui confier la fabrication d'une barre pour remplacer l'ancienne qui commençait à se fendre par le milieu. Et franchement le résultat est au delà de mes espérances. Elle est en lambi un bois local dur, dense et naturellement hydrofuge. Franchement, j'ai eu une bonne idée de la faire fabriquer...

13H30 : Bravo Gwendal ! J'ai réussi enfin à avaler quelque chose. Je me suis fait quelques tartines de pain beurrées avec un café. Le petit-dèj de la mi-journée ! J'espère que je vais pouvoir le garder... remarquez je dis ça, mais même si je suis malade à en crever, je ne vomis jamais. Il faut dire que j'ai souvent l'estomac vide quand ça m'arrive.

15H00 : Vous voulez que je vous dise pourquoi je suis content d'aller à Itaparica ? Et bien parce que là-bas j'ai de grandes chances de pouvoir m'amarrer dans une vraie marina et rencontrer mes congénères voyageurs. Ça me manque la vie de ponton si vous saviez... Parce que mine de rien cela fait presque cinq mois que La Boiteuse est en autonomie complète, et moi aussi par conséquent. Sans parler de Touline. Et ce n'est pas parce que j'ai arrêté de vous dire combien je hais les mouillages, que j'ai finalement appris à les apprécier avec le temps ! Loin s'en faut !

15H40 : Il s'est passé un truc bizarre ce matin, mais j'étais encore un peu trop patraque pour vous en parler. Alors que j'étais endormi au fond de mon cockpit, Touline m'a sauté dessus à pattes jointes pour ensuite, immédiatement, rejoindre sa place habituelle sous la capote. Je me suis bien sûr réveillé en sursaut, puis presque automatiquement je me suis levé pour faire un tour d'horizon. Rien, pas un péquin comme depuis ce matin. Je regarde la chatte et je lui demande ce qui lui a pris. Elle n'a apparemment ni faim ni soif, pas plus qu'envie de jouer puisqu'elle a rejoint sa place et semble vouloir se rendormir...

Tu sais que tu es casse-couil... Mon regard tombe alors sur le compas, et je constate qu'on a dévié de 30° par rapport au cap. Et un autre coup d’œil me permet de voir que le pilote automatique est arrêté !

Je remet en route, avec le bon cap, puis je m’interroge. Croyez-vous qu'elle m'a réveillé parce qu'elle a sentie qu'on déviait de notre route ? C'est vrai que le balancement du bateau a changé puisqu'on a changé d'angle par rapport à la houle, et comme je dormais profondément je ne m'en suis pas rendu compte... Mais quand même, j'ai un peu de peine à y croire. Je savais déjà pouvoir compter sur Touline pour me prévenir de l'approche d'un bateau, d'une bande de dauphins, ou lorsqu'un poisson a mordu à la ligne de traîne. Mais là quand même... Je suis perplexe.

Jarbas le menuisier

16H15 : Bon, j'aimerais bien que la brise revienne siouplait ! Parce que sinon je vais devoir refaire le plein de gas-oil ! Nous en sommes à presque dix heures de moteur maintenant.


17H45 : La nuit tombe. J'ai rajouté deux fois 10 litres de GO dans le réservoir principal.

18H00 : Je décide, après moult essais et tergiversations, de continuer au moteur. Tant pis pour le carburant, mais j'ai vraiment envie d'arriver demain avant la nuit. Donc, j'ai pas le choix je dois maintenir une vitesse d'au moins 4,5 nœuds. Heureusement, Mercedes tourne comme une horloge.

Le vendredi 24 octobre 2014 - Bahia de Todos os Santos

04H50 : Très belle nuit si on la compare à la précédente. Le vent, il y en a un tout petit peu, a tourné au sud-ouest et j'ai dû tirer deux bords afin de garder les voiles en appui du moteur. On devrait arriver vers 14H00, c'est cool !

05H00 : Je pense qu'en arrivant je vais d'abord mouiller à l'extérieur de la marina. Puis dans un second temps j'irais tâter le terrain afin de voir : Petit un, le prix. Petit deux, dans quelle mesure ils sont prêt à accueillir un clandestin dans mon genre.

Donc ma Touline, je ne te promets rien si ce n'est de faire mon possible pour que tu puisses te dégourdir les pattes ! Et si vraiment ce n'est pas possible, il ne faudra pas m'en vouloir d'accord ?


06H00 : Point du matin. Il reste trente milles avant d'entrer dans la baie de Todos os Santos. Le vent est au sud-ouest et fait cravacher La Boiteuse. J'ai presque envie d'arrêter le moteur... Allez, encore deux petites heures et ensuite on voit.

06H20 : Terre en vue ! J’aperçois les buildings de Salvador.


06H30 : Mercedes fonctionne parfaitement depuis vingt-quatre heures. Brave fille !


07H15 : La ville de Salvador est bien visible maintenant. J'aperçois toute une série de hauts immeubles perchés sur une colline toute en longueur. Dans mon souvenir je ne crois pas qu'il y en avait autant... Car je suis déjà venu à Salvador, c'était il y a 26 ans. Il faudra que je vous raconte cette histoire un jour. A moins que cela ait déjà été fait... Je ne sais plus. Vous me direz.

Bref, Salvador de loin, c'est grand.


07H40 : C'est rigolo, mais je n'ai plus besoin de regarder la carte sur mon ordinateur pour savoir combien de milles il me reste à faire. En effet, comme j'avance plein nord il me suffit de voir défiler les chiffres de la latitude sur le GPS. 13°16', pour aller à 12°55' ça fait 21 milles (Un mille marin = Une minute d'angle sur un méridien, tout le monde sait ça !)

07H55 : Merde, j'ai cassé le tuyau de ma pipe. Heureusement j'en ai une ou deux en back-up. Même si la plus potable est rafistolée avec des bouts de scotch, elle fera l'affaire.


08H15 : J'ai rajouté 20 litres de gazoualle. Avec ça je suis tranquille jusqu'à ce soir, au cas où. Pendant que je faisais ça, j'ai pu assister à l'envol de toute une troupe de poissons volants.


09H00 : C'est incroyable comment les dernières heures peuvent être les plus longues. J'observe la côte qui se fait de plus en plus précise, et je me perds dans mes rêveries. Et puis je regarde ma montre pour me rendre compte qu'il n'est que cinq minutes de plus que la dernière fois ou je l'ai regardée...

Au fait. Loin de moi l'idée de vous inquiéter, je le dis juste pour ceux qui voudraient un jour naviguer dans ces eaux, mais selon radio-ponton, toutes nationalités confondues, Salvador est de loin la ville la plus dangereuse au Brésil pour les voyageurs en bateau. Je ne vous dis pas la réputation de merde. Tous ceux que j'ai croisé m'ont raconté des tas d'histoires, vols de toutes sortes, avec ou sans agression, avec ou sans arme, avec ou sans blessure, avec ou sans mort... Bref, c'est pour ça que je préfère me rendre sur l'île en face, Itaparica, car je compte bien ne pas vérifier si cette appréciation est vraie.

Rien que de savoir que je vais peut-être devoir fermer le bateau quand je m'en vais, ça me gonfle... D'ailleurs, où est-ce que j'ai rangé les clefs ? La dernière fois que je m'en suis servi c'était il y a trois ans à Agadir... Et encore c'est parce que je partais quatre jours et qu'Alex et Xavier gardaient Touline !

Salvador do Bahia

Onze heures pile : Je double la cardinal est qui marque l'entrée de la baie de Tous les Seins. Sur ma droite se déroule Salvador, gigantesque tas de briques et de ciment. Sur ma gauche l'île d'Itaparica, avec ses airs de petite côte d'Azur... Il ne reste qu'une douzaine de milles et on y est !


11H15 : La couleur de l'eau a changée. En quelques milles nous sommes passé d'un bleu profond et sombre à un bleu ciel et laiteux. C'est parce qu'en quelques milles nous sommes passé de 1600 m de fond à 25 m ! D’ailleurs cette remontée subite soulève une houle cassante et désagréable. Heureusement, on l'a dans le cul. La baie de Salvador do Bahia est splendide.

12H40 : Je vois toute une bande de petits dauphins qui chassent. Ils m'ont l'air bien plus intéressés par le filet que vient de poser un pêcheur que par la quille de La Boiteuse.


13H00 : J'aperçois la marina et les bateaux mouillés à l'extérieur. J'essaye de faire le lien entre ce que je vois et les différents plans et cartes dont je dispose. C'est pas évident. C'est plein de marques, de cardinales, de piliers plus ou moins significatifs... Tout en surveillant le sondeur, je m'approche et un type m’interpelle sur le ponton flottant en me proposant de prendre mes amarres. Pourquoi pas ? Sauf que je n'ai rien préparé puisque je pensais mouiller à l'extérieur !

Je fais un tour d'honneur, histoire de sortir les aussières et de les installer à l'avant et à l'arrière, puis je me représente pour aborder. Le type me fait alors de grands gestes pour me dire que j'ai oublié de mettre les pare-battages ! Con de moi ! Ça fait cinq mois que je n'y touche plus à ces trucs-là ! Je refais un tour, et enfin je me pose comme une fleur le long du ponton.

C'est pas trop tôt !
Quelques minutes plus tard le marinheiro me dirige vers les bureaux pour rencontrer le responsable, et je commence à lui faire mon show. Je suis fatigué, ça fait cinq mois que mon bateau n'a pas connu les services d'une vraie marina, mais j'ai quelques soucis avec mes papiers... Bref, je lui fais mon numéro de Caliméro tout en jouant carte sur table. Le gérant a l'air compréhensif. Et il me répond qu'il n'y a pas de problème du moment que j'ai les papiers d'entrée dans le pays. Parfait !


C'est le lendemain que les choses se sont gâtées. D'abord Touline est tombé à l'eau pour la quarante-et-unième fois. Un petit bain matinal comme pour renouer avec les bonnes habitudes ou bien faire son intéressante auprès des voisins qui se sont bien sûr tous entichés de cette pauvre petite gatinha  ! Cabotine va ! T'es bien comme ton père !

Ensuite, le gérant de la marina ne sachant pas vraiment comment gérer ma situation m'a un peu fait flipper pendant quelques heures. Mais au final nous sommes tombé sur un accord. Il ne me balancera pas et me laissera utiliser la marina, et si une autorité quelconque vient à débarquer il dira que je suis arrivé la veille. Mais j'ai bien conscience que le coin n'est pas très sain pour moi... Les autorités bahianaises sont probablement les plus chiantes du Brésil car elles ont compris les premières qu'il y a pas mal de fric à se faire en saisissant les bateaux étrangers en délicatesse avec l'immigration. C'est même carrément un bizness par ici avec son lot de corruption. Donc, on ne va pas s'attarder même si le lieu est relativement tentant.

Alors oui, je sais que je dis toujours ça et qu'au final j'ai tendance à m'incruster à chaque fois dans le paysage, mais là la situation est différente. C'est de mon bateau qu'il s'agit. De ma maison, de ma vie. Et je n'ai franchement pas envie de jouer avec.


Ben quoi ?
Allez, pour finir je vous dirais qu'après un weekend passé ici mes vœux ont été comblés ! J'ai retrouvé toute une bande de marins voyageurs plus ou moins en escale prolongée, dont quelques français et des argentins que j'avais croisé auparavant. Depuis mon arrivé ce ne sont que discussions animées dans les cockpits, échanges et partages... Je suis ravi !
Quant à Touline, je lui pardonne la frayeur qu'elle m'a faite de disparaître pendant vingt-quatre heures, tant elle semble heureuse de pouvoir de nouveau batifoler sur les pontons et de s'inviter sans permission dans les voiliers voisins ! Elle aussi semble ravie !

Enfin libre de faire des conneries !
petit matin à Itaparica
La Boiteuse se repose, et moi aussi

jeudi 16 octobre 2014

Santo André

16°15.083S 39°00.885W
Santo André, Bahia

Au loin, la barrière de récif
La semaine dernière, lorsque j'ai pris la décision de ne pas partir, j'ai ressenti comme d'habitude un mélange de soulagement et de culpabilité. Soulagement parce que la perspective de deux jours de navigation après un tel coup de vent ne me disait vraiment rien en terme d'effort à fournir, mais aussi de culpabilité car je ne suis qu'un con à l'éducation judéo-chrétienne très marquée. Ben oui, je suis comme ça moi ; je peux être à la fois heureux de m'accorder quelques jours de plus à profiter de la vie, mais en même temps me sentir coupable parce que justement je me l'accorde...
Alors je sais, vous allez me dire que je suis un grand couillon et qu'après toutes ces années de voyage je puisse encore me trimbaler avec ces carcans culturels à la con relève de la pathologie... Peut-être. La vérité c'est que je travaille assidûment à m'en débarrasser, croyez moi, mais que pour l'instant je n'y arrive pas ! Je suppose qu'il va me falloir encore quelques années avant d'arriver à m'affranchir de tout ça... Si j'y arrive un jour.

Mais bon, je digresse. Ce que je voulais vous dire c'est qu'une semaine après cette décision et les sentiments paradoxaux qu'elle a suscité, je n'ai pas eu à regretter mon choix. Bien au contraire. C'est bien simple, de toutes les escales que j'ai pu faire au Brésil, celle-ci figurera sans doute dans les trois meilleures de ma liste (Après Jacaré, qui restera je crois le top du top-de-chez-top, et Ilha Grande). Il ne s'agit que d'une appréciation personnelle bien sûr, et j'ai bien conscience que mes besoins et mes goûts particuliers ne sont pas ceux des autres. Cela dit, si comme moi vous appréciez la tranquillité et la glandouille, et que vous n'avez rien à foutre des grandes villes, des musées et des sites touristiques, viendez à Santo André ! En plus, question sécurité, vous ne risquez rien. Ici tout le monde se connaît, et une fois que vous avez papoté avec une ou deux personnes, tout le village saura qui vous êtes et vous foutra la paix.
Bon d'accord, l'entrée est un peu scabreuse et les voiliers avec un faible tirant d'eau seront plus à l'aise pour découvrir ce petit paradis. De même par fort vent de sud le mouillage peut devenir inconfortable. Mais franchement si il y a parmi vous des velejadores qui projettent une descente des côtes brésiliennes, c'est un spot qu'il serait dommage de manquer.

Santa Cruz Cabralia
Ici pas de ponts, des bacs
J'ai eu la chance, alors que je me rendais à la ville d'à-côté, Santa Cruz Cabralia, d'être pris en stop par Alain, retraité suisse vivant à Santo André depuis quatorze années. Grâce à lui, j'ai pu être présenté à quelques habitants et ainsi découvrir d'autres facettes du village qui jusqu'alors m'avaient échappé. J'ai appris également que Santo André avait été pendant la coupe du monde de futbol, la résidence de l'équipe d’Allemagne. Ce qui explique les drapeaux teutons qui subsistent encore un peu partout. J'ai également pu assister à une discussion politique homérique entre deux clients dans un bar, et je peux vous dire que le second tour des élections présidentielles, qui aura lieu ce dimanche, suscite de vifs débats. A Santo André, presque tout le monde vote PT (Partido dos Trabalhadores), mais Dilma Rousseff, l'actuelle présidente en passe d'être réélue, est jugée un peu trop « molle » dans sa lutte contre la corruption (voire même corrompue elle-même). Partout j'ai entendu la même chose, ils veulent que Lula revienne et fasse le ménage.

Il n'y a pas vraiment de circulation !

Un jour sur deux, je m'accorde le plaisir de ne pas cuisiner, et je me rends dans une petite gargote très sympa pour y déguster un prato feito fait maison. La vieille Maria me prépare au choix, du bœuf, du poulet ou du poisson, accompagné du trio traditionnel riz-feijon-farofa. Le tout pour 13$R (4 Euros). Vu que le mouillage ne me coûte rien, ce serait vraiment bête de s'en priver. En plus sa petite-fille est charmante, ce qui ne gâte rien.
Et puisque je suis coincé, j'en ai aussi profité pour prendre contact avec le menuisier du coin et lui demander de me fabriquer une nouvelle barre franche, l'ancienne commençant à se fendre par le milieu. Je devrais la récupérer en début de semaine prochaine...

Des envies de pied-à-terre ?

Bref, l'endroit me sied. C'est dans un endroit comme celui-ci que j'aimerais un jour poser mon sac... Je me suis même surpris plusieurs fois à regarder une maison à vendre ou à louer, et à m'imaginer ce que je pourrais en faire ! J'imaginais un jardin potager par-ci, un poulailler par-là. Quelques sièges en rotin sous un auvent avec un éclairage sympa pour les chaudes soirées d'été. Une grande table avec des bancs... Mais bon, j'évite pour l'instant de me laisser aller à de telles pensées. Je n'ai définitivement pas envie de m'installer au Brésil, aussi je garde ce genre de rêverie pour plus tard. La Colombie peut-être ?

Bien, je vais vous laisser là-dessus. Je voulais juste vous dire que je suis bien et aussi faire un peu de pub pour Santo André. Je le répète, c'est un endroit qu'il serait dommage de manquer et qui vaut tous les pains de sucre du monde !

 
Un pote brésilien
 
La Boiteuse au mouillage
Mon bureau