mardi 2 décembre 2014

Glouglous et Perplexitude

12°53.377S 38°41.045W
Itaparica, Bahia

Je suis perplexe... Vraiment perplexe.

Figurez-vous que ce mardi je m'étais préparé à partir d'Itaparica après cinq semaines de séjour. Mais quand je dis préparé, je veux dire que La Boiteuse était quasiment en ordre de marche ! Tout le monde était prévenu, l'annexe rangée sur le pont. Tout le bordel remisé dans la cabine avant, et le régulateur d'allure en place. La GV prête avec un ris, Etc... Je n'avais plus qu'à attendre la marée pour larguer les amarres ! Et puis la non-envie de partir est arrivée. Un truc balaise qui fait que je suis encore là.

Bye Julien !
Ça a commencé par un doute quant aux prévisions météo qui la veille m'offraient encore une fenêtre impeccable pour rallier Jacaré en cinq jours de navigation. Aux dernières nouvelles, et aux alentours de vendredi, le vent venait carrément debout pendant plus de vingt-quatre heures, m'obligeant à tirer des bords de près serré. Bref, j'avais besoin de cinq jours de vent favorable, et en moins de temps qu'il me faut pour l'écrire je me retrouvais avec trois.
Mais c'est pas grave me disais-je (tout en démontant le taud de soleil). Au pire ça va juste rallonger la nave de quelques heures, voire une journée. Mais tout en pensant ça, je sentais déjà mes tripes qui me disaient : Ouais mais bon, est-ce que finalement tu ne ferais pas mieux de remettre ?
Parce que je ne sais pas vous, mais moi mes tripes elles me causent. Elles se liquéfient lorsque je suis stressé, et elles me glougloutent des choses. 
 
Son Brin de Folie part pour Cap Town
Puis ça a été la chaleur... Parce que sous les tropiques dès huit heures du matin le soleil cogne, et cogne fort. Le genre de chaleur qui fait que vous n'avez plus qu'une envie c'est de rester immobile tel le gecko moyen. Avouez que devoir attendre jusqu'à midi pour avoir la marée descendante sous un cagnard de dingue peut émousser la plus grande des motivation, non ?
Bref, au bout d'un temps qui m'a semblé interminable et après un ultime examen des prévisions météo, ainsi qu'une énième confrontation avec mon moi profond, j'ai décidé que ce ne serait pas pour aujourd'hui.

Toilette d'avant -départ
Ensuite est venue la culpabilité bien sûr. Je me suis demandé si j'avais encore les tripes (encore elles) pour cette vie-la. Je me suis dit que j'avais perdu la gnaque, que ce que mes tripes (toujours elles) me racontaient était l'expression physique d'une dépression profonde. Que sans le savoir peut-être que j'en avais marre de cette vie d'errance... Ou plus simplement, peut-être que je m'écoutais un peu trop et que si je me faisais un petit peu plus violence j'arriverais à ma bouger le cul.
C'est dingue ce qui a pu me passer par la tête !
Et puis c'est passé. Je me suis fait cuire du riz et une boite de fejoada, et j'ai fait une grande sieste. Et à mon réveil toute forme de culpabilité avait disparue. Si je ne le sens pas, je ne le fais pas. C'est aussi simple que ça. Et ce n'est pas quelques scrupules à la con qui vont m'empêcher de suivre mon instinct. S'il s'agit d'instinct bien sûr...

Bon, maintenant il ne me reste plus qu'à attendre la prochaine fenêtre... C'est quand déjà la saison favorable ? En avril vous dites ?

PS : Ah au fait ! Z'avez vu ce qu'un gentil propriétaire de catamaran m'a offert pour me remercier d'avoir plongé pour lui décrocher son ancre ? Un authentique Leatherman ! Depuis le temps que je rêvais d'en avoir un !

Wahou....

13 commentaires:

Michel Rans a dit…

Joli outil de pro....
Y'as raison, si tu le sens pas ne le fait pas, faut pas se forcer surtout avec un temps de cocotte minute....

jpgnice a dit…

Qu'est-ce que tu peux être matérialiste ! ;-)

Astrd a dit…

Au diable le jus de tripes, en effet il faut être prêt pour naviguer. Et pour que la motivation revienne, le coup d'pied au derrière est une bonne solution mais pas toujours facile à s'auto-donner ! Par contre, l'argument de la chaleur, niet ! Tu la voulais, tu l'as ! :p

Gwendal DENIS a dit…

@Michel : Pourquoi se faire du mal en effet...

@JpgNice : Ouais, t'as vus ?

@Astrid ! Mais j'ai pas dit que cela ne me plaisait pas de me prendre pour un gecko !

Pierre Vigna a dit…

Première règle de l'épicurisme: y a pas d'mal à se faire du bien!
Ceci étant ça nous fait moins à lire... On attendra!
Pierre

tailana a dit…

la vache tu as du bol. Il y a un mois je plonge à 4 reprises en apnée sur 15m pour décoincer l'ancre d'un wauquiez moderne aux canaries et rien. A peine merci. et le mieux c'est que je croise les proprios au port 24h plus tard et bien même pas un bonjour! y a pas à dire sont plus sympas au brésil qu'aux canaries!! Dommage car j'étais resté sur une toute autre expérience aux Baléares ou j'avais été invité à manger avec cadeau d'une bonne bouteille de vin en prime alors que c'était même pas un bateau de proprio mais un bateau de loc!!

Gwendal DENIS a dit…

@Pierre : Je ne ne suis pas très productif question article en ce moment. Désolé !

@Tailana : Ce n'est pas tout le temps comme ça. La plupart du temps j'ai droit à un merci avec le pouce levé, mais qui vient du marinhero qui pilote le yacht. Pour le riche propriétaire blanc, je n'existe même pas...

Michel Rans a dit…

là encore le monde est multipolaire, les riches, les moyens et les pauvres...Dommage qu'il faisait froid en Uruguay....

Gwendal DENIS a dit…

@Michel : Plus je reste au Brésil et plus je regrette l'Uruguay...

Anonyme a dit…

Bonjour Gwendal,

et ce n'est pas aujourd'hui que vous partirez, avec ce "temps de chien"!
Lilia da Frusseda

Michel Rans a dit…

à Cuba il y a un plat appelé "l'uruguayo" : escalope de veau, jambon, fromage avec des chips de bananes grillées...Miam

Gwendal DENIS a dit…

@Lilia : Un peu de pluie rafraichit l'atmosphère ! Du moment que ça ne dure que quelques minutes :)

@Michel : Ah bon ? C'est vrai qu'en Uruguay on mange pas mal de "milanesas", de carne o de pollo. Mais le veau c'est plutôt rare.

Voilier Loïck a dit…

Avril ?Si t'es encore là on se rejoint... On sait jamais maintenant que tu commences à travailler