Bon allez, on se casse.
Franchement j’aime bien Lanzarote, mais cette marina qui m’accueille n’est vraiment pas faite pour moi. 22, 50 €/jour c’est déjà pas la joie de les sortir, mais si en plus il faut se coltiner des règlements à la cons du genre « ne pas étendre son linge sur les filières des bateaux », ou bien avoir de préférence choisi Allemand en deuxième langue plutôt que l’Espagnol, je préfère aller voir ailleurs si c’est pas mieux.
Et le ailleurs sera Gran Tarajal sur l'ile de Fuerteventura. Là-bas, je connais, je sais que si tu y parles Français, Anglais ou Allemand, les gens te regardent sans te répondre avec une impression de regret dans le regard. Là-bas, je sais qu’avec la facture d’une journée à Rubicon, je vais pouvoir rester quatre jours. Et puis en plus j’y connais du monde que j’ai envie de revoir. Donc, comme je le disais au début : On se casse.
J’y serais ce soir au bout d’une petite nave sympa qui me prendra la journée. Au programme, rase cailloux et testage de nouvelles lignes de traine pour la pêche. Il va faire grand beau et je pense que le couple de polonais qui m’accompagne (oui, encore des bateau-stoppeurs) va apprécier de faire un peu de « plaisance » après leur traversé depuis Agadir qui ne fut pas une partie de plaisir.
La deuxième nuit fut très différente de la première. La température était nettement plus agréable, et la mer exempte de toutes lumières. Pas un bateau à l’horizon, seulement la lune qui souriait et la phosphorescence du plancton… A ce propos, vous ai-je dit que la lune sous ces latitudes sourit quant elle est en croissant ? Non ? Et bien je vous le dis. C’est encore un moyen s’il en était besoin de vous sentir ailleurs…
A quatre heures du matin, ce vendredi 27 janvier 2012, je rallume le moteur pour compenser une pétole. Puis je m’assoupi un peu, et à 05H45 exactement je me réveille en sursaut : Quelque chose cloche.
Je regarde mon pilote, mon cap, ma voile d‘avant, tout semble aller normalement mais quelque chose cloche toujours… Et soudain je réalise que le moteur est éteint !
Je bondis sur mes pieds, mets au point mort et me précipite vers le tableau pour redémarrer. Mercedes repart comme en quatorze, mais dès que j’enclenche la marche avant, pouf, plus rien… Merde ! C’est quoi encore que ce bordel ! Je réveille tout le monde et leur annonce la nouvelle. Pendant que Jeff et Jonas se lève sans trop comprendre ce qu’il se passe, je plonge dans la couchette arrière complètement encombrée par un bric-à-brac incroyable pour accéder à l’inverseur et le démonter. Je check l’ensemble, tout à l’air de bien fonctionner… Mais qu’est-ce qui se passe encore ?
Et là j’ai une intuition, je soulève la trappe d’accès à l’arbre d’hélice pour constater qu’il ne tourne pas. C’est bon, j’ai compris, on vient de se prendre quelque chose dans l’hélice.
Ne surtout pas réfléchir !
Il était six heures du matin, il faisait nuit, je ne pouvais rien faire pour le moment. Tout le monde est retourné se coucher et j’ai repris mon quart sans même la moindre envie de fermer l’œil. Pendant un moment je suis resté à cogiter sur la probabilité que sur les milliers de kilomètres carrés que représente la portion d’océan entre le Maroc et les Canaries, pourquoi a-t-il fallut que ce soit moi qui me prenne quelque chose. Hein ? Pourquoi moi ? Et pourquoi à ce moment-là ? C’est effrayant quand on y pense.
Puis, le soleil c’est levé, mais une épaisse couverture nuageuse persistait sur l’est et j’ai dû attendre qu’il soit suffisamment haut et clair avant de me lancer dans une autre de mes grandes premières sur ce voyage : La plongée sous la coque en plein océan atlantique.
Je vous avoue que je n’en menais pas large car j’ai une sainte horreur de ne pas voir le fond lorsque je nage… C’est comme ça. Trop de films avec des monstres des profondeurs sans doute.
Mais bon, j’avais à côté de moi deux passagers et il convenait de faire bonne figure devant eux. Je me suis déshabillé, j’ai chaussé mon masque et mes palmes, me suis ceinturé avec un bout que j’ai confié à Jeff, et sans trop réfléchir à ce que je faisais (ne surtout pas réfléchir !) j’ai sauté dans l’eau.
La première surprise ça a été la température de l’eau. Je m’attendais à un truc plutôt vivifiant, à Agadir elle était de 14°, mais en fait elle n’était pas si froide. 17° je dirais. Et la deuxième surprise c’est quand j’ai plongé ma tête sous l’eau et que j’ai aperçu cette grosse corde enroulée autour de mon hélice… Ouf ! C’était donc bien ça !
Gagné !
Il me fallut tout de même une demi heure de travail acharné pour arrivé à dégagé l’hélice. Armé de mon couteau à pain (ben oui, c’est encore ce qui coupe le mieux), j’enchainais les plongées en apnée, tout en essayant de me maintenir au niveau du bateau qui dérivait. Concentré par mon travail, je ne voyais ni ne sentais les coquillages qui me déchiraient la peau… Lorsqu’enfin j’arrivais à ôter le dernier brin de polypropylène, je pus alors rejoindre à la nage l’échelle de secoure qui pendait à l’arrière de la Boiteuse…
Je ne vous dis pas dans quel état de fatigue j’étais. Mes jambes me portaient à peine, mon souffle manquait et j’eu du mal à sourire pour la photo finale. N’empêche que je l’ai eut cette sal… saleté !
Ensuite, même pas encore rhabillé, je relançais de nouveau le moteur qui démarra au quart de tour. Brave Mercedes…
Pendant que la Boiteuse reprenait sa route, et après avoir vérifié que tout allait bien par ailleurs, je m’excusais auprès de mes passagers et j’allais piquer un petit roupillon réparateur. Avec, bien entendu, mon petit réconfort perso perché sur ma poitrine.
Dors mon Papa... Tu l'as mérité !
Depuis l’aube les côtes de Lanzarote étaient en vue, et nous nous en approchâmes tout au long du jour pour finalement doubler la pointe Papagayo vers 18H30. Une demi-heure plus tard nous étions amarrés au ponton d’accueil et reçu par deux marineros. Le soleil se couchait dans notre dos, pile poil au niveau du timing.
Les formalités prirent un peu de temps car je n’arrivais pas à remettre la main sur mon certificat d’assurance… Il faut vous dire tout de même qu’aux Canaries ils se foutent royalement d’où vous venez, si vous avez la peste, si vous transportez ou pas des immigrés clandestins, de la cocaïne ou des chattes orientales non déclarées. Ce qui leur importe le plus, c’est que vous soyez assurés !
Le temps que je fouille un peu, Jeff, Jonas et Touline se précipitèrent sur le ponton pour se dégourdir les jambes. Tous les trois couraient dans tous les sens sous les yeux ébahis des clients du restaurant qui surplombait le quai.
Lanzarote
Une fois mon certificat retrouvé, bien rangé où j’avais oublié qu’il était bien sûr, nous pûmes alors rejoindre notre place. La Boiteuse à peine amarrée, j’eu la surprise (enfin la demie surprise) de voir débarquer Norbert, de Takarii.
Norbert, c’est bien simple je le connais depuis bientôt deux ans. En effet, lorsque j’en étais à imaginer ce que serait ma nouvelle vie, j’avais prospecté pas mal de blog pour me faire une idée de ce qui m’attendais. Et parmi les tous premiers blogs figurait celui de Norbert qui avec son premier Takari avait traversé l’Atlantique en solitaire.
Deux ans plus tard, nous nous rencontrions enfin. Cool comme histoire non ?
La capitainerie de Marina Rubicon
Et j’en ai encore une autre à vous raconter (quoique si vous lisez attentivement les commentaires vous ne serez pas étonnés), devinez qui s’est pointé le lendemain matin au pied de la passerelle ? Denis Vleurinck et sa femme Michelle de l’agence Plaisir d’O, ceux-là même qui, il y a presque un an et demi, me vendirent la Boiteuse…
Et dans la même veine, Franck un ami skipper rencontré à Agadir venait prendre un verre le soir même dans le cockpit. Comme quoi je vous le dis souvent, mais le monde est décidément fait de drôle de coïncidences.
Le soir de notre arrivée, Jeff et Jonas dormirent encore à bord, et ce n’est que le lendemain, profitant de la voiture de Denis et Michelle, qu’ils reprirent leurs chemins. Pour eux, il s’agissait de leur première croisière en mer, et j’espère qu’ils en garderont un bon souvenir, même si la Boiteuse les a quelque peu malmené dirons-nous.
Mais cette traversée fut aussi pour moi l’occasion de grandes premières. Première fois avec deux personnes à bord. Première rupture de drisse de GV et première navigation au spi. Première plongée sous la coque en plein océan… Bref, moi non plus je ne suis pas prêt de l’oublier cette traversée.
On parle de moi ?
Sans oublier bien sûr Touline… Alors là, je tiens à informer son fan-club que cette chatte s’est comportée de façon admirable pendant toute la traversée. Sage comme une image, pas malade un seul instant, elle supportait sans broncher son harnais et la laisse lorsqu’elle partait en exploration dans le cockpit. Il fallait la voir se pencher pour voir l’eau qui défilait sous la coque ! Même pas peur la Touline !
Elle a même attendu d’être sur la capote d’un bateau à moteur voisin, pour faire son premier caca depuis trois jours ! Si c’est pas de la tenue ça !
Non, sans blague, elle a été super cette chatte. Et à peine arrivée elle a déjà conquis les habitants du ponton par son sans-gène et sa propension à grimper sur les bateaux et sur les gens sans invitation.
Bon, ben je crois que j’en ai terminé avec le récit de cette aventure. J’espère que ça vous a plu. Nous allons rester à Marina Rubicon jusqu’à jeudi matin, puis nous prendrons la route vers Gran Tarajal pour aller saluer quelques amis. Ensuite, ce sera Las Palmas…
Ah oui, j’allais oublier. En arrivant au port j’ai vérifié sur la carte et lorsque j’ai plongé sous la coque, il y avait quelque chose comme 1100 m de fond… Brrrrr !!!!!!
Contre toute attente, la douane marocaine fut relativement gentille avec nous. A peine avons-nous eu droit à quelques questions pièges et à une fouille visuelle du bateau. Entendez par là que le douanier ouvre grand ses yeux au milieu du bateau, demande si l’on n’a rien à déclarer, fait un tour sur lui-même et repart. La seule chose qui semblait le faire tiquer, c’est que je disposais d’une carte des côtes marocaines allant presque jusqu’à Dakhla… C’est-à-dire aux limites d’une zone qui est officiellement déclarée pacifiée, mais toujours sous gouvernorat militaire, et où la tension avec les indépendantistes sahraouis existe encore belle et bien… Mais bon, nous n’avions aucune intention de nous rendre à Dakhla, ayant pour ma part par-dessus la tête du Maroc.
13H45, nous larguons les amarres et c’est parti ! Le temps est un peu gris à cause d’une dépression stagnant juste au dessus de la baie d’Agadir, mais les prévisions nous disent qu’elle devrait s’estomper et disparaitre dans le courant de la nuit. Touline est enfermée dans sa cage, Jeff et Jonas sont fin prêts, la Boiteuse arbore son grand pavillon spéciale départs et arrivées. Je sonne de la corne comme à mon habitude pour saluer le port et les gens qui m’ont accueilli, mais le port est quasiment vide et la seule personne à assister à notre départ est un policier, qui nous salue de la main tout en nous souhaitant bon voyage.
Prétentieux !
Nous passons les feux de la jeter et mettons cap au 220°. Au loin, je distingue la voile de Gitana XV, et je me dis que ce serait vraiment du bol si nous pouvions nous croiser un peu de façon à ce que je puisse pendre des photos… Et effectivement, celui-ci ne tarde pas à faire route droit sur nous, voiles ferlées et suivi de près par son zodiac d’assistance. Je fais marcher la boite à image, nous saluons du geste et de la voix, mais ces messieurs semblent en conciliabule quant à la séance du jour et nous ignorent complètement !
Sympa… Les « pros » ne saluent pas les vulgaires vagabonds des mers, il y a des valeurs qui se perdent moi je vous le dis !
Devant nous, la dépression génère quelques grains. Le vent qui nous fait face augmente en intensité, et la GV (Grand Voile) faseye d’une façon qui ne me plaît guère en faisant un bruit que je ne lui connaissais pas. Peut de temps après, j’entends comme un « chlang », suivit d’un froissement encore plus fort. Je lève les yeux et je vois que le coulisseau en acier qui retient la bordure est complètement sorti de son logement.
Ça n'a pas l'air d'aller vous deux ?
Aïe, ça commence bien me dis-je.
Je bondis sur le pont et entreprends alors d’affaler ma voile, de la sortir complètement de la bôme pour enfin la réenfiler dans le bordel et de la re-hisser en prenant un ris pas la même occasion. Ouais, tout ça en même temps.
Pendant que je m’affaire, la pluie commence à devenir horizontale et au bout d’un quart d’heure, c’est complètement trempé que je réintègre le cockpit où m’attendent mes deux passagers. Je les rassure, tout va bien, je maîtrise… Mais je n’ai plus un poil de sec.
18H40, la nuit est tombée et nous papotons tous les trois à l’abri de la capote quand soudain retenti un gros « chtong » suivit de près par un barouf énorme, comme si un géant s’emparait de ma GV et la froissait entre ses mains. Là, c’est clair que c’est plus grave qu’un coulisseau sorti de son logement…
Je braque le faisceau de ma lampe frontale sur ma GV, et je la vois à moitié affalée. Je cherche la drisse… et ne la trouve pas ! Merde, la drisse de GV vient de casser.
Pas le temps de réfléchir, sans un mot pour mes deux passagers, je bondis sur le pont pour ferler ma voile avant que le vent n’en fasse de la charpie. Pendant que je m’affaire, Jeff et Jonas se demandent bien se qui se passe et ce n’est que mon travail accompli que je peux leur expliquer qu‘on est un poil dans la merde…
Touline par contre, ça va !
Les faits sont les suivants : On n’a plus de Grand Voile, juste un petit Foc de 24 m² à l’avant et pas assez de gasoil pour faire la traversée uniquement au moteur. Alors soit on fait demi-tour et dans six heures on est rentré à Agadir avec tous les ennuis que cela suppose avec l’émigration. Soit on continu mais ça va être un poil plus long. Sachant que si on plante le moteur et le foc par la suite on se retrouvera vraiment dans la merde…
Mes deux comparses sont partants. Jeff est enthousiaste et Jonas un peu moins… Mais suit tout de même le mouvement. Moi je m’accorde quelques minutes de réflexion supplémentaires, puis jugeant finalement que même si on cumule les emmerdements on ne sera jamais en danger de mort ni jamais très loin des côtes et toujours à portée des secoures, je décide de continuer.
Et c’est donc au moteur que nous passons notre première nuit en mer. Jonas et Jeff ne sont pas très vaillants car le mal de mer les barbouille un peu, mais ils prennent cependant leurs quarts respectifs. Jonas de 21H00 à 00H00. Jeff de 00H00 à 03H00, et moi à partit de 03H00 jusque vers le milieu de matinée.
Le jeudi 26 janvier à 10H00, je coupe le moteur et nous n’avançons plus qu’avec mon misérable petit Foc et un petit F2 du Nord. La Boiteuse se traine entre trois et quatre nœuds, ce qui est indigne d’elle étant donné les conditions idéales de navigation que nous avions,
Ce fut alors une journée que je qualifierais de… A la fois tranquille et mouvementée. Tranquille parce qu’il faisait beau et que le temps s’écoulait de façon agréable. Mouvementée car avec la houle du nord et le peu de vitesse que nous avions, la Boiteuse roulait du cul comme une prostituée. Mais bon, le moral était bon, et mes deux passagers ont même retrouvé un semblant d’appétit vers midi.
Nous eûmes même droit à la visite d’une bande de dauphins, des blancs-bleus. Jeff et Jonas étaient aux anges devant ce spectacle qui était une première pour eux…
D’ailleurs voici une petite vidéo de ce moment toujours aussi magique pour moi…
Sur les coups de 13H00, je décidais qu’il était temps de faire un essai avec mon spi… depuis le temps que ça me démangeait ! Le vent était parfait, à vue de pif moins de dix nœuds au grand largue (trois-quart arrière si vous préférez), et la mer pas trop houleuse… J’en informe les deux autres et je commence à installer mon bazar. Je cafouille un peu au début, mais les gestes que j’ai répété dans le port d’Agadir me reviennent vite en mémoire. Quelques minutes plus tard tout est prêt, il n’y a plus qu’à déployer l’engin… Et tadaaaaaa !
C'est bôôô....
Aussitôt la Boiteuse tirée pas ces 65 m² de toiles, se met à sauter par-dessus les vagues. Je regarde le GPS et celui-ci, après quelques réglages de la sensibilité du pilote, commence à grimper… 6,5... 7,8... 8,5 nœuds ! Putain ça dépote !
La Boiteuse file comme une bienheureuse mais moi je vous avoue que j’étais un peu à cran… C’est que mine de rien j’ai quelques mauvais souvenirs avec des spis, et je sais que ces voiles-là ça peut vous foutre un bateau au tapis en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.
Du coin de l’œil je surveillais la mer, et au loin j’aperçois des frisotis qui ne m’inspirent pas vraiment confiance… Bon les copains, c’est bien joli tout ça, mais je crois qu’on va remballer !
Et c’est ce que nous avons fait. Cependant je garde une excellente impression de cette première fois, et il me tarde de pouvoir envoyer de nouveau cette magnifique voile…
Mais ? Tu fais quoi là ?
Deux autres petites anecdotes méritent d’être citées car elles ont agréablement colorées cette journée. La première c’est quand Jef m’a demandé candidement comment il pouvait faire pour se laver…
Je ne sais pas trop la tête que j’ai dû faire en l’entendant, mais je peux vous jurer que j’étais sur le cul. Se laver ? Mais pourquoi faire ? Ca peut pas attendre deux jours qu’on arrive ?
Et ben non, ça ne pouvais pas attendre… Et le Jeff est allé se débarbouiller sur le pont avec sa bouteille d’eau douce et son savon. Au début, un peu énervé par l’incongruité de sa demande, je vous avoue qu’à la fin, de le voir en caleçon en train de se passer le savon sous les bras, j’étais mort de rire !
La seconde bonne partie de rigolade c’est quand j’ai piqué un bout de son sandwich à Jonas… What is it ? Lui demandais-je tout en enfournant goulument ledit bout. Et c’est là qu’il me répond « Cheese-banana » ! Gloups ! J’ai avalé, mais je peux vous dire que les finlandais ont vraiment des goûts bizarres !
Bon sinon, rien d’autre à dire sur cette journée… Si, tout de même, après avoir observé le haut de mon mat à la jumelle, j’ai pu voir que c’était le manillon de la manille de ma drisse qui avait cédé, et que la manille elle-même était restée coincée dans le réa. En clair, ça allait être beaucoup plus simple pour la récupérer.
N’empêche, je suis resté un long moment à la regarder cette foutue manille… On aurait dit qu’elle me narguait, là haut, tout en haut du mat… Je la voyais distinctement qui dépassait et qui semblait me dire que je n’aurais pas les c… le cran d’aller la chercher. Et elle avait raison la bougresse ! Ça allait devoir attendre que nous soyons tranquillement dans un port, et qu’on me prête le matériel adéquat pour que je puisse la récupérer.
Bon, après quatorze appels téléphoniques, trois mails et presque une semaine de foutue en l’air, le virement que j’attendais a enfin été fait. Ce qui ne m’empêche pas, je vous l’avoue, de l’avoir toujours aussi mauvaise… J’en ai particulièrement contre ces foutues plateformes téléphoniques qui prennent bien soin de ne pas vous soumettre plusieurs fois le même interlocuteur dans la même journée, ce qui vous oblige à répéter encore et encore la même histoire. De même, si je pouvais avoir entre les mains le type avec deux de tension qui m’a répondu lorsqu’enfin on m’eut passé mon agence… Grrrrrr !!!
Je n’oublie pas non plus que tout cela ne serait pas arrivé si la marina avait disposé d’un terminal CB. Agadir se targue de vouloir devenir le Saint Tropez de la côte atlantique marocaine, qu’elle commence d’abord par entrer au vingt et unième siècle, après il serra toujours temps de se la péter…
Mais bon, c’est presque fini, dans quelques heures la Boiteuse et son équipage aura appareillé, laissant derrière elle les mauvais souvenirs. Un équipage qui s’est enrichi d’un membre supplémentaire depuis hier en la personne de Jonas, un jeune finlandais de vingt ans. Celui-ci s’était tout d’abord présenté juste après un couple de polonais que j’avais réussi à « placer » sur un bateau voisin en partance lui aussi pour les Canaries la semaine prochaine. Sur le moment j’avais dis non, pensant qu’à deux (plus Touline) cela allait être assez… Et puis lorsqu’il est repassé hier, j’ai craqué. Si on était deux on pouvait très bien être trois… Non ?
Donc depuis hier Jonas a rejoint la Boiteuse et nous partons donc tous les trois en tout début d’après midi. Enfin, si la douane ne nous fait pas des misères bien sûr… Ce qui est presque couru d’avance étant donné mon profil et celui de mes passagers. D’ailleurs, on peut même dire que les misères ont commencé, puisque hier au soir, il était 23h30, le gardien accompagné par un type que je ne connaissais pas dans un uniforme vaguement officiel, à toqué sur le pont de la Boiteuse. Nous venions de nous coucher et j’ai dû me rhabiller pour m’entendre dire que Jonas ne pouvait pas dormir à bord puisque il avait omit de se présenter à la police pendant la journée…
Là, j’ai faillis m’énerver.
Il faut vous dire, qu’ici au Maroc, sous prétexte de lutte contre le trafic de drogue et l’émigration, prétexte on ne peut plus fallacieux tellement la police et la douane sont corrompues, le plaisancier est comme dans une prison. Vous vous demandiez peut-être pourquoi en cinq mois je n’ai pas été fichu de prendre la Boiteuse pour aller me promener par une belle journée ensoleillée ? Et bien tout simplement parce que je n’en n’avais pas le droit. Enfin, pas exactement, mais les tracasseries administratives sont telles qu’elles dissuadent toute velléité de promenade. Le moindre visiteur, marocain ou étranger, est soigneusement contrôlé, et si celui-ci se présente en dehors des heures ouvrables vous pouvez compter sur quelques employés zélés pour jouer les informateurs auprès des autorités…
Résultat, à minuit Jonas a été obligé de prendre son duvet pour aller dormir sur la plage. Sous la pluie. Putain, j’avais honte vous ne pouvez pas savoir...
Le Maroc n’est déjà pas en odeur de sainteté auprès des marins pour des raisons de géographie et d’infrastructures. Mais à mon avis, vous pouvez rajouter la corruption, le flicage, l’incompétence généralisée et la vénalité ambiante, comme repoussoir. Alors voici un conseil, qui n’engage que moi : Amis voyageurs, passez au large ! Je suis sûr que vous arriverez à trouver un bon couscous à déguster dans un resto aux Canaries !
La suite en quelques brefs messages :
10H30 : C’est bon, le port et payé et les passeports sont partis à la douane.