jeudi 20 juin 2013

Touline a disparue !

34°26.602S 58°31.795W
Buenos Aires, Argentine

Vous faites ce que vous voulez, moi je surveille les outils !
Nous étions le jeudi et La Boiteuse prenait le soleil depuis quatre jours, amarrée au quai flottant du chantier du Club de Veleros de Barlovento. Il me faut vous dire que malgré l'ambiance un peu agitée de l'endroit, j'appréciais vraiment de ne plus me trouver à l'ombre des grands arbres qui bordent la partie nord de la marina... En plein été je ne doute pas qu'il serait agréable d'être sous leur protection, mais en cette période de l'année cela signifie presque dix degrés de différence ! (Nous sommes dans l’hémisphère Sud, je vous le rappelle).
Bref, de mon côté j'avais coupé le chauffage et enlevé une couche de polaire alors que Touline fourrait son nez partout comme à son habitude. Non pas qu'elle ne connaissait pas cette partie de la marina, mais le fait que sa maison ait changée de place lui offrait une nouvelle perspective sur son environnement. Elle était partout à la fois : S'essayant à la chasse à la tourterelle, squattant les caisses à outils des ouvriers, et bien sûr explorant les bateaux alentours...

Mais ce jeudi, en fin d'après midi les travaux sur les winchs du mât étaient sur le point de se terminer et il me fallait rejoindre ma place habituelle. Aussitôt le moteur démarré, Touline qui prenait le soleil sur la capote du cockpit, débarque d'un bond. Je me dis que ce n'est pas bien grave, que je viendrais la chercher plus tard... Et c'est ce que j'ai fais. Car il faut quand même que je vous dise : Touline a beau être assez futée en général, il lui arrive aussi d'être particulièrement stupide. Bien sûr, il y a ces trente-trois bains forcés qui démontre un trouble locomoteur certain (ou tout simplement une trop grande confiance en elle), mais aussi une certaine... (comment appeler ça ?) Une courte vue ?
Laissez-moi vous raconter une anecdote. Lorsque nous sommes arrivés à Jacaré, je suis resté stationné pendant deux jours sur le ponton d'accueil avant de rejoindre ma place. Et bien une fois que cela a été fait, j'ai retrouvé ma Touline complètement déboussolée, assise au bout du ponton, se demandant où avait bien pu passer sa maison... Alors que la Boiteuse était à moins de dix mètres et qu'elle venait juste de passer devant ! Tout ça pour dire que chaque fois que je change de place j'ai pris pour habitude d'aller la chercher pour lui montrer où exactement ce trouve le bateau.
Et c'est donc ce que j'ai fait ce jeudi là. J'ai chopé Touline, l'ai embarqué dans l'annexe et je l'ai ramenée à bord.
Dix minutes plus tard elle sautait à terre pour partir en balade, comme à son habitude.

Touline en chasse
Le lendemain, Touline n'était pas réapparue mais je ne m'en m'inquiétais pas plus que ça. Je suis un Papa compréhensif, et je me doutais bien que la chatte avait encore plein de découvertes super fascinantes à faire et qu'elle n'allait pas quitter comme ça ce territoire nouvellement acquis.
Et puis ce n'était pas la première fois que Touline découchait...
Le samedi matin, toujours pas de Touline. Là, j'ai commencé à m'inquiéter pour de bon. Vingt-quatre heures d'absence c'est assez courant, trente-six heures c'est arrivé une fois, mais au bout de quarante je considère que la coupe est pleine. Je suis donc parti à sa recherche, non sans avoir auparavant posté sur ma page facebook une petite bluette pour informer mes amis et tous les fans de Touline. Aussitôt, je reçois un soutien ahurissant qui m'aide à calmer mon angoisse grandissante.
J'ai arpenté en long et en large la marina, questionnant les ouvriers, les lancheros, les propriétaires de voiliers... Et je recueille ainsi le témoignage de deux personnes qui me disent l'avoir vu dans la journée de vendredi. Une fois en train de faire la sieste sous la quille d'un bateau au carénage, et une seconde fois près du ponton des annexes... Je suis soulagé.

Le dimanche, je repars à sa recherche. Le chantier est désert et silencieux, et j'en profite pour gueuler son nom et tendre l'oreille à l’affût d'un miaulement... Hélas, seul le chant des oiseaux me répond. Je tape régulièrement dans mes mains, ce qui est habituellement notre signal pour dire : Rapplique dare-dare ! Mais là encore sans résultat. Seules quelques têtes se retournent au son du claquement de mes mains, et les gens me jettent des regards en biais.
J'explore tous les recoins du chantier, et plus particulièrement l'arrière des ateliers où réside un gang de chats errants. Je sais que Touline n'aime pas particulièrement ses congénères, mais on ne sait jamais. Peut-être aura-t-elle réussi à se faire des copains félins ? Personnellement j'en doute, mais je suis prêt à tout envisager. Cette bande de chats, ils sont cinq ou six, sont issus de la même famille et sont soit roux, soit noirs. A chaque fois que j’aperçois une silhouette sombre filer entre les arbres, mon cœur fait un bond dans ma poitrine. Suivit presque aussitôt par un profond soupir lorsque je réalise qu'il ne s'agit pas d'elle. Je me surprends même à les interroger à voix haute : Vous n'avez pas vu une chatte avec un collier rouge ? Mais ces va-nu-pieds détalent sans daigner me répondre.

Au fil du temps qui passe j'ai continué à arpenter la marina trois à quatre fois par jour. A chaque fois que je croisais quelqu'un, l'on m'interrogeait du regard. Alors ? La gata ? Je répondais que je ne l'avais toujours pas retrouvée, mais j'imagine que les gens savaient déjà la réponse rien qu'en regardant ma tête.
J'attendais avec espoir le lundi et la réouverture du chantier. Je me disais que peut-être, elle avait été enfermée dans un bateau, et que lorsque les ouvriers allaient revenir ils allaient la délivrer. Mais non, aucun d'entre eux n'est venu m'annoncer la bonne nouvelle. J'errais comme une âme en peine, complètement démoralisé. Le spectre de ma dépression resurgit à un point tel que le soir, alors que j'allais faire des courses pour remplir le frigo, j'ai même été à deux doigts de m'acheter de quoi picoler. Mais heureusement je me suis repris à temps, et je n'en n'ai rien fait.

Desaparecida
Le mardi, cinquième jour de sa disparition, je commençais doucement à me faire une raison... Je me posais la question : A partir de quand dois-je la considérer comme perdue et continuer ma route ? C'était horrible de devoir penser comme ça... Mais j'avais déjà reporté d'une semaine le carénage de La Boiteuse à cause de sa disparition, et le mois de juillet approchait à grand pas. Bientôt il allait me falloir partir, avec ou sans elle.
Mais avant de prendre cette terrible décision, je voulais être sûr d'avoir tout tenté. Et c'est pourquoi, le mercredi matin je suis allé faire photocopier une vingtaine d'affiches. Je les ai disposé un peu partout à l'intérieur de la marina, ainsi que sur la route qui y conduit. J'en ai même mis sur la berge du fleuve, de l'autre côté de la haie, où je savais que Touline aimait bien aller embêter les promeneurs avec leurs chiens.

Il était presque midi ce mercredi lorsque je revenais au bateau, en me disant que cette fois-ci j'avais fait le maximum. J'étais en train d'amarrer mon annexe lorsque soudain j'entends un cri bizarre. On aurait dit une mouette. Je lève les yeux au ciel mais une partie de mon cerveau sait déjà que ce n'est pas possible. Il n'y a pas de mouettes ici. J'entends autre cri, plus guttural celui-là, couvert par le bruit du moteur de la lancha qui s'approche... Et soudain qu'est-ce que je vois ? TOULINE !!!
Elle était là, miaulant comme une folle, coincée sous le bras du lanchero qui pilotait sa barque d'une main. Oh putain ! Mon cœur semble vouloir exploser dans ma poitrine et les larmes me montent aux yeux ! Elle est là !
Le lanchero la dépose à bord, et la voilà qui arpente le pont de la Boiteuse en tout sens sans cesser de gueuler comme un putois. Mahou ! Mahou! Mahou !

Le Delirio
Quelques secondes plus tard, je vois arriver Daniel et Diego, les deux ouvriers qui avaient travailler sur La Boiteuse, et ceux-ci me racontent ce qu'il s'est passé. Quelques minutes après que j'eu coller une affiche sur le débarcadère du chantier, le lanchero arrive pour y déposer un socio. Ce lanchero ne travaillait pas cette semaine, et ignorait donc que je cherchais Touline depuis des jours. Il voit l'affiche, la lit et reprend sa tournée... Lorsqu'il entend un miaulement provenir d'un bateau, le Delirio. Aussitôt il fait le rapprochement, et quelques minutes plus tard la chatte surgit de sa prison flottante où elle venait de passer cinq jours ! Il semblerait, d'après ce que j'ai compris, que le vendredi après midi elle se soit glissée dans le bateau alors qu'un employé le nettoyait, et qu'elle se soit laissée enfermée à son départ. Le truc con, comme je me doutais depuis le début.

Touline est donc rentrée, un peu peu amaigrie (mais pas tant que ça), et déshydratée. Mais elle va bien. Cette nuit nous avons dormis ensemble, et ce matin elle est allé faire un tour... Pas trop loin ! Dès que j'ai tapé dans mes mains elle a bondit de la haie pour rentrer en courant et sauter sur la passerelle. Je crois que je ne vais plus la lâcher des yeux jusqu'à ce que nous soyons repartis !
Là, elle est perchée sur mon épaule, comme elle le faisait quand elle était petite.
Aujourd'hui, il va falloir que je m'enquière auprès du propriétaire du Delirio pour savoir si elle n'aura pas fait trop de dégâts... J'imagine que cela ne doit pas sentir la rose à l’intérieur !

Voilà, vous savez tout. Il ne me reste plus qu'à vous remercier toutes et tous pour votre soutien moral pendant cette épreuve. Une des plus dure qu'il m'est été donné de traverser depuis très longtemps. Je ne sais pas trop ce que je serais devenu si je ne l'avais pas retrouvé... Je sais bien que cela peut avoir un côté pathétique d'être autant attaché à un animal, mais il faut comprendre qu'actuellement Touline est ma seule compagnie... Enfin, je crois que vous comprenez ce que je veux dire. Si je l'avais perdu, cela aurait fait beaucoup en peu de temps.

Allez, je vous laisse. Et encore merci pour tous vos messages et le réconfort qu'ils m'ont apportés !

De retour sur La Boiteuse !
Le Capitaine et son équipage, au complet !

21 commentaires:

Laurent a dit…

Ouf !

Marie a dit…

J adore la photo de l'équipage au complet ! J'y vois de la joie et de l'amour dans cette photo. A elle seule, c'est la plus belle conclusion que tu pouvais donner à ce post :-)

Cécile a dit…

Ouf ! Allez hauts les cœurs !

Monique a dit…

Les émotions du voyage ne sont pas forcément celles qu'on avait imaginées !

Allez ! Repos !!!!

Stéphanie a dit…

Pas besoin de vous connaître tous les deux pour avoir compati à cette situation poignante en pensant bcp à l'un et l'autre et vos états d'esprit respectifs pendant ces 5 jours.
L'épisode de la disparition en mer était oppressant à lire, celui-ci était tout simplement un mauvais film avec un scénario non réaliste ou chacun espérait un happy end. C'est chose faite et on est soulagé! la reconnaissance des chats est énorme après de telles situations et les photos montrent ce lien très fort qui vous lie. Continuer à nous faire rêver ensemble!!!!

Aurore a dit…

Bonjour Gwendal !
merci pour cet article, quand on est groupie, on aime les détails, vous l'avez compris !
C'est bien la première fois de ma vie que je suis groupie, d'ailleurs, mais d'une minette, pour ceux qui me connaissent, c'est normal.
J'ai attendu d'avoir achevé une page de 20 ans de vie à Paris pour - enfin - avoir un chat. Et même deux, maintenant.
Mais les débuts n'ont pas été drôles et on s'étonne de tout ce qu'on attache aux petites pattes de ces charmantes boules de poils !
Alors le bateau, l'homme et la minette... pfuiii.... ça doit être relié au cordon (ombilical) là dedans !!
Zou, belle histoire, racontée comme j'aime, sans chichi, beaucoup d'amour, des photos craquantes et une fin heureuse...!
Belle continuation à vous et le bonjour d'ici, Bebop et Lula s'associant.

Thrse a dit…

Très heureuse pour vous deux! Franchement! Ton bonheur fait plaisir à voir Gwen!!! Et je crois que la bougresse aura compris la leçon, enfin je l'espère! Je crois que maintenant elle sera beaucoup plus attentive à la position du bateau aussi...
Gros bisous mon chéri et gros câlin à cette chère Touline!

Anonyme a dit…

Chouette chouette chouette !

Sonia a dit…

Ouf ouf ouf....
Tu sais, je me la suis posée la question du " à quel moment Gwendal va décider de partir " ... Mais je me disais que tu avais prolongé ton visa donc....
Bref, voila une histoire qui fini bien.
Mais ne sois pas un papa trop laxiste. Surveille la boule de poil pour q'elle n'aille pas encore à Pétaouchnock ok ? C'est la deuxième fois qu'elle disparait et que tu te tournes les sangs.... Et nous, on se fait du mourron pour toi !

Caresses à la Toul' et bises à toi

gubragh a dit…

Content de vous voir ensemble, tous les deux. J'ai eu des chiens, j'ai eu des chats, ils se sont sauvés et sont revenus (il y a une dizaine d'années je perdais "le chat de ma vie", Ginette, sosie parfaite de Touline et le même tempérament "explorateur" - l'attachement à un animal, l’inquiétude, la peur, le désespoir et ensuite la joie, tinkett, je sais ce que c'est).

Anonyme a dit…

ouuufffffffff, j'en ai choper les mains moitent, les pieds poitent et enfin la délivrance !
Je suis voileux et j'imagine bien que Touline a une très grande importance pour toi. Très heureux de la savoir de retour !
Et perso, je ne trouve pas ça pathétique pour un sous !
Lucas.

Gwendal DENIS a dit…

@Laurent : Comme tu dis !

@Marie : Sauf qu'à force j'ai mal au dos quand je suis devant l'ordinateur ! Elle est trop lourde maintenant !

@Cécile : Ça va mieux maintenant :)

@Monique : Pas si différentes de celles de tout le monde j'imagine.

@Stéphanie : Merci beaucoup. Je ne sais pas si elle est reconnaissante, mais en tous cas moi je le suis.

@Aurore :

@Thérèse : La connaissant, je ne suis pas sûr que cela lui serve de leçon ! Elle est comme son maitre !

@Anonyme 1 : Hibou hibou hibou ! :)

@Sonia : Cela fait trop longtemps qu'on est ici, elle commence à prendre un peu trop ses aises. Je vais la garder (vraiment) à l'oeil jusqu'à ce qu'on parte.

@Gubragh : Vous allez prendre un chat sur le bateau ?

@Lucas : Un marin et son chat, c'est vrai que c'est une relation particulière...

Sophie L a dit…

Oui, je pense qu'on comprend très bien ce que tu veux dire. Je suis très très soulagée de ce happy end, pour elle et pour toi, parce que sinon comme tu dis ça aurait fait beaucoup.
Quant au fait qu'elle en tire la leçon, hmmm... Au bout de 30 et quelques bains forcés, elle n'a pas l'air d'être devenue beaucoup moins intrépide, donc je doute qu'elle s'assagisse si facilement! ;)
Bonne fin de séjour en Argentine alors (fin de séjour qu'il faut te souhaiter la plus courte possible, si je comprends bien?).

... a dit…

Tu m'as fait peur....


"Et puis ce n'était pas la première fois que Touline découchait... " j'ai aimé cette phrase, les angoisses d'un père...
Bonne continuation...

Gwendal DENIS a dit…

@Sophie : Oui, dès que la coque est propre, on se casse.

@... : J'ai beau lutter, mais il m'arrive quand même de faire de l’anthropomorphisme !

... a dit…

Ne lutte pas...c'est de l'amour et de la gentillesse en puissance ces petites bêtes....

Anonyme a dit…

Salut à tous les 2
Quelle angoisse à lire et à imaginer..!Heureusement tout est bien qui finit bien.Je pense à l'angoisse que je ressentirais si je perdais mon "gros père dodu"
Quelle coquine cette Touline!!La curiosité des chats est légendaire et leur besoin d'explorer sans limite.
Bonne fin de séjour en Argentine et bon pied bon oeil du côté de la chatoune intrépide.

la Lésion d'Honneur a dit…

Chat alors ! Quelle emmerdeuse ... oupsss... je voulais dire : quelle curieuse ! Et vivent les avis de recherche !

Gwendal DENIS a dit…

@... : Certes, mais cela heurte mon esprit cartésien. C'est pour ça que je dis que je lutte.

@Anonyme 2 : Je vais être franc, je crois que j'aurais eu plus de facilité à accepter sa mort, plutôt qu'elle me quitte.

@La Lésion : Oui, emmerdeuse tu peux le dire. mais en même temps... :)

Chris et JR a dit…

Le méga coup de flipp' ! Cinq jours super longs...

Je voulais te demander, je crois que tu avais mis à une époque un truc qui traine dans l'eau pour qu'elle puisse remonter en cas de chute... Qu'est-ce que c'était et d'après toi, est-ce que ça a fonctionné/aurait pu fonctionner ? Merci ! :)

Gwendal DENIS a dit…

@Chris et JR : Cela ne fonctionne qu'au mouillage ou en marina. Il s'agit de filets accrochés au maître-bau et qui traînent dans l'eau. Des morceaux de trampoline de catamaran pour être précis. Et oui ça marche bien. Je ne l'ai jamais vu, mais je sais qu'elle s'en est servi au moins deux fois.
Par contre en nave... Il n'y pas vraiment de solution.