vendredi 28 juin 2013

Rendez-vous avec une grue

34°26.602S 58°31.795W
Buenos Aires, Argentine

Nous sommes le mardi 25 juin, et aujourd'hui est un grand jour, car La Boiteuse a rendez-vous avec une grue. En effet, c'est aujourd'hui que je dois sortir le bateau de l'eau pour lui refaire son antifouling. Vous allez me dire que cela n'a rien d'exceptionnel dans la vie d'un bateau et qu'il est normal et sain que celui-ci prenne l'air de temps en temps... Certes. Mais il n'en reste pas moins que voir celui-ci s'élever hors de son élément est quelque chose que tout propriétaire appréhende. Un bateau, aussi robuste soit-il, devient une petite chose fragile dès qu'il ne repose plus sur l'eau, et un choc même bénin peut avoir des conséquences dramatiques.

Tatillons mais adorables
Hier, je suis passé voir les Douanes pour obtenir l'autorisation de sortir La Boiteuse. C'est obligatoire ici en Argentine. Toute mise au sec est limitée dans le temps et doit être signalée et dûment justifiée, factures à l'appui. Les Douanes se réservent même le droit de venir sur le chantier pour prendre le bateau en photo et juger par elles même de la réalité des travaux. De même, avant la remise à l'eau je vais devoir repasser les voir pour qu'ils viennent vérifier de visu que les travaux que j'ai engagé ont bien été effectués... Malgré la gentillesse des fonctionnaires (ben oui, avec moi ils sont adorables. Tatillons, mais adorables), j'ai quand même l'impression qu'ils sont un brin paranos dans le coin.

I beleive I can fly !
Bref, il est 09H45 et je démarre Mercedes pour me rendre sous la grue. Aussitôt, Touline se précipite à la proue pour prendre la tangente. Hélas pour elle, j'ai déjà viré la passerelle et la rive se trouve à quatre mètres. Pas grave, elle saute quand même ! Et... réussi presque son coup en atterrissant à moitié sur la rive, les pattes arrières dans la flotte. Bon, là je suis en train de barrer mon bateau et je n'ai pas le temps de m'occuper d'elle. On verra plus tard.
Cinq minutes plus tard je m'amarre au quai sous la grue, et je fonce chercher Touline pour montrer à cette stupide chatte où se trouve sa maison. Elle est interloquée. Elle regarde tous ces gens qu'elle ne connaît pas s’affairer autour de La Boiteuse et son étonnement ira grandissant au fur et à mesure que le bateau prend de l'altitude.

Mais ! Qu'est-ce qu'ils font à ma maison ces cons ?
  Car ça y est, La Boiteuse commence à voler, et tout doucement la coque se dévoile. A premier regard, je trouve qu'elle n'est pas en aussi mauvais état que je le pensais... Mais c'est très relatif car j'aperçois quand même quelques balanes de belle taille, et des pans entiers de la coques sont recouverts de coquillages morts. Les quelques mois que nous venons de passer dans l'eau douce et boueuse du Rio de la Plata ont eut raison de toute vie aliène... Il ne reste plus que des coquilles vides qui devraient partir assez facilement.

En voiture Simone !
La grue pivote et dépose La Boiteuse sur le chariot. Les ouvriers la cale, et c'est parti pour une cinquantaine de mètres de balade en tracteur ! Après un créneau effectué de main de maître, on dispose les poteaux (une douzaine) et voilà La Boiteuse garée à côté de ses copine pour les jours à venir.
Pendant toute l'opération, j'ai eu comme un léger nœud à l'estomac... Très léger, car il faut bien le reconnaître ces gens-là savent ce qu'ils font. La façon dont ils gèrent les choses, et même si les moyens utilisés peuvent paraître rudimentaires à l'occidental que je suis, a franchement de quoi rassurer le plus anxieux des Capitaines.

Euh... Tu crois que je peux ?
Il est presque midi maintenant, et tout le monde est reparti me laissant seul en tête à tête avec mon bateau. Mais avant de m'attaquer au vif du sujet, j'ai tout de même un problème à régler... Touline est là, assise au pied de la quille et je vois bien qu'elle se demande bien comment elle va pouvoir faire pour grimper là-haut. Moi aussi d'ailleurs.
Mais cette chatte a décidément de la ressource. J'en étais à me dire que j'allais devoir lui apprendre à grimper à l'échelle, lorsque je la vois soudain grimper d'un bond sur le toit de la remise située juste à l'arrière du bateau ! Oh qu'elle est futée la bestiole ! Le toit est exactement à l'horizontale par rapport à la poupe, et je n'ai eu qu'à relier les deux avec un des poteaux pour fabriquer une passerelle. Et hop ! Après une petite hésitation voilà Touline qui empreinte ce pont improvisé pour rejoindre ces pénates !

Il était temps je crois !
Bon, où en étais-je moi ? Ah oui, comme je vous le disais, je me retrouve face à face avec mon bateau. Je suis là, le couteau à gratter à la main, ne sachant pas trop par quel bout commencer... La tâche m’apparaît titanesque !
Je gratte de ci delà, un peu au hasard, cherchant à deviner l'épaisseur de ce que j'ai à enlever. Les coquillages s'enlèvent assez facilement, et ça et là quelques plaques d'une vieille couche d'antifouling se décollent presque toutes seules... Par contre à d'autre endroits c'est plus dur et je dois carrément y aller à grand coups de ciseau.
Il faut quand même que je vous dise que je ne sais pas trop ce que je fais. C'est la première fois de ma vie que je fais ce genre de truc, et même si j'en ai pas mal discuté en amont avec Hughes et Laurent, je me sens un peu seul sur ce coup-là. Alors pour me donner une contenance face aux autres ouvriers qui me regardent (oui, je les vois du coin de l’œil qui m'observent !), je fais semblant d'ausculter ma coque tel l'expert moyen.

Une forme de vie extraterrestre !
Bon, le précédent antifouling date de trois ans. Et à force de l'avoir gratté je vois bien qu'il n'en reste plus grand chose. J'aperçois même le gelcoat par endroit... Ok, je sens bien que pour quelques-uns d'entre vous, je parle chinois. Alors sachez jeunes padawans que l'antifouling est le nom que l'on donne à la peinture qui recouvre la coque des bateaux. Il s'agit d'une peinture sobrement appelée « écocide », c'est à dire, pour faire simple, d'une peinture empoisonnée destinée à empêcher toute forme de vie aquatique de se fixer sur la coque. Et le gelcoat, c'est la résine qui recouvre le polyester de la coque.
Bien, ceci étant précisé, vous voilà aussi avancé que moi avec ma spatule. Faire illusion en jouant les experts, ça va bien un moment, mais tôt ou tard il faut bien se mettre au boulot. Je commence donc à gratter le safran. Puis comme j'ai bien vite mal au bras, je m'attaque à la quille pour ensuite préférer la ligne de flottaison où le boulot me semble plus facile. Je papillonne autour de mon bateau, changeant d'endroit et de position chaque fois que celle-ci devient trop inconfortable. Mais j'ai beau me démener, lorsqu'à 17H00 les ouvriers commencent à quitter le chantier, je n'ai pas vraiment avancé. Tout au plus ai-je réussi à décaper un tout petit mètre carré ! Et encore, quand je dis « décaper », j'exagère. A peine ai-je réussi à enlever la couche supérieur de l'antifouling. Et encore pas toujours complètement.
Le couteau à mastiquer que j'utilise n'est vraiment pas l'outil idéal, et lorsque Laurent passe me voir le soir il me conseille carrément d'utiliser un large ciseau à bois bien affûté.

Tout de suite ça va beaucoup mieux !
Et effectivement, lorsque le lendemain je reprends le travail après être passé à la quincaillerie et m'être procuré ledit outil je me rends compte que le travail avance un peu plus vite. Juste un tout petit peu plus vite... A tel point qu'à midi il me faut bien me rendre compte que je n'y arriverais jamais sans aide. Ce boulot réclame les grands moyens, aussi me suis-je mis en quête de les trouver.
Je suis donc allé trouvé Charly, le patron du chantier et dix minutes plus tard un de ses ouvriers s'attaquait à la tâche armé de sa meuleuse. En deux heures de temps, le gamin en avait fait dix fois plus et dix fois mieux que moi avec mon ciseau à la con.
Bon d'accord, ça va me coûter 3000 Pesos ( environ 427 Euros), mais au moins je vais pouvoir partir sur des bases saines et une coque impeccable !

Logiquement, le travail de décapage devrait être terminé aujourd'hui. Ce weekend je vais donc pouvoir passer une première couche de peinture dite « primaire », et ensuite viendront plusieurs couche d'antifouling. Selon mes prévisions, tout devrait être terminé dans le courant de la semaine qui vient. Et ensuite... Et bien ensuite on s'en va !


Hughes et Laurent, mes conseillers es-carénage !

Le premier qui me dit que La Boiteuse n'a pas une belle ligne est un crétin.
L'hélice est impeccable grâce à Zoë

Un nouveau cadre de vie pour quelques jours
Trop la classe Touline !

Ça avance !

12 commentaires:

Guerdy a dit…

Moi je me suis fabriqué des cratoires
avec des lames en acier trempé provenant de vieilles scies que j'ai boulonné en bout d'une tige de fer rond de 18 mm de diamètre légèrement coudée c'est très efficace, facile à affûter, pas fatigant et cela n'attaque pas le gelcoat
Dommage que je ne puisse te les prêter

Guerdy

Gwendal DENIS a dit…

@Guerdy : Ça aurait été utile en effet :) Cela-dit, la meuleuse c'est pas mal non plus ! Surtout que là il a fallut tout enlever pour repartir sur des bases saines.

laurent a dit…

Tiens, ça me rappelle quelque chose... Il faut dire que tu as réussi à tuer les bestioles d'eau de mer avec ton eau douce... Bon, le résultat est pas génial, c'est un cimetière marin ton truc ;o)

Un peu d'antifouling type http://www.coppercoat.fr/performance.htm ?

Bon courage Cap'tain !

Gwendal DENIS a dit…

@Laurent : Houla ! C'est de l'antifouling de compèt ton truc !
Ils n'ont pas ça ici... J'ai opté pour du Hempel Olympic que je vais doper :) Je vous expliquerais tout ça dans le prochain article.

Anonyme a dit…

Et bien une astuce pour faire partir les coquillages... si il y a une arrivée d'eau dans les parages, arroser au préalable. Bon courage, S&R

Voilier Loïck a dit…

Antifouling, je connaissais, même que c'est dans le Larousse en ligne. Mais quand j'ai proposé "padawans" le même Larousse m'a proposé un opportun "pédalâmes" qui montrait bien que lui aussi manquait complètement de culture intergalactique. Heureusement Wikipédia était là pour m'apprendre que padawan vient du sanscrit ! "Marcher dans les traces de... "
Incroyable le nombre de dicos qu'il faut quand on voyage... ;-)

Gwendal DENIS a dit…

@S&R : Après six mois passés dans l'eau douce du Rio de la Plata, je crois que le rinçage a été efficace ! Tous les coquillages étaient morts depuis longtemps.

@Loïck : La culture galactique c'est essentiel. Quoi qu'on fasse. ;)

... a dit…

Hummmmm ca sent bon le depart tous ces préparatifs....:!)

Gwendal DENIS a dit…

@... : Yep ! Y'en n'a plus pour longtemps.

Marie a dit…

Alors Cap'tain, tu en es où du peinturage? Ca avance comme tu veux? Bon courage! Bises

Gwendal DENIS a dit…

@Marie : Demain c'est le grand jour. Tout est prêt, y'a plus qu'à.

la Lésion d'Honneur a dit…

J'imagine que ça doit aller mieux de redormir en étant un peu bercé par le clapotis... Parce que dormir perché sur des pieux c'est moins bien que dedans !