lundi 29 juin 2015

De Jacaré au Brésil à Kourou en Guyane – 2/3

Le mercredi 10 juin 2015 – Rencontre à l’équateur

Temps de merde...
06H10 : Ça a été un temps de merde toute la nuit. Vent, pluie, vagues et froids, surtout vers la fin. Peu après le couvre-feu un de ces oiseaux mystérieux, de ceux qui viennent se percher la nuit sur les voiliers (60 cm d'envergure, marron-gris, tache blanche sur le front), est venu squatter le panneau solaire suspendu à tribord. Pour lui aussi la nuit a dû être longue !
Ce matin le soleil peine à percer les nuages et d'après ce que je peux en voir ce n'est pas fini. Sinon, route bonne, vitesse 4,5 nœuds... Normal, la mer est comme qui dirait agitée. Le régulateur a tenu le coup.

07H00 : Nous naviguons dans un banc de sargasses. Le vent vire à l'est, je lofe et je sors la moitié du foc. Malgré ça, on ne fait que quatre nœuds... Je vais essayer d’échapper au gros grain qui se présente, mais c'est pas gagné.

07H14 : Je crois que c'est ce que je déteste le plus en mer : La pétole dans une mer formée.

08H20 : Un habile changement de cap m'a permis d'éviter le grain, qui nous passe sur l'arrière sans pluie et sans accélération. Bravo Capitaine !

08H30 : Yes ! Un couple de paille-en-queue survole La Boiteuse ! J'adore ces oiseaux !

09H00 : 2,8 nœuds... C'est le courant qui nous fait avancer ! Malheureusement, je peux difficilement augmenter la vitesse en lâchant de la toile, puisque j'ai un grain très large qui se présente. Et celui-là je ne vais pas pouvoir l'éviter...

09H25 : Pffff... Tu parles Charles ! De la roupie de sansonnet ce grain ! Même pas 4,5 nœuds au surf ! C'est nul ! Si je veux avancer dans ce Pot-au-Noir je vais probablement devoir lofer un max afin de sortir le foc, et tirer plein nord. Oui, je crois que je vais faire ça.

12H20 : J'ai pris du retard à cause d'un grain, encore, que j'ai dû laisser passer. Petite moyenne : 4 nœuds depuis ce matin. On avance, c'est déjà ça. Tous les chiffres du clavier de mon PC, et certaines autres lettres, ne marchent plus. J'espère que ça ne veut pas dire que je vais devoir rajouter un ordinateur à la liste déjà longue des choses à acheter prochainement...

15H05 : Un gros grain vient de passer, laissant derrière lui une peu de vent et une mer chaotique. Je vois quelques poissons-volants qui s'envolent et quelques paille-en-queue qui plongent.
C'est bizarre la nature tout de même. Des poissons se prennent pour des oiseaux et des oiseaux aspirent à nager sous l'eau... Je ne sais pas vous, mais moi ça m'interpelle quelque part.

Yes ! (à cent mètre près on y est)
15H52 : Et voilà, La Boiteuse et son équipage viennent de traverser pour la deuxième fois l'équateur !
Je ne me souviens pas si il faut faire une fête pour une deuxième fois... Oui ? Non ? Bon tant pis, je préparerais quelque chose pour la troisième fois !
Donc oui, l'équateur franchi il reste encore 800 milles à faire. C'est à dire qu'on devrait arriver mercredi prochain, dans une semaine donc... Là tout de suite, ça donne moins envie de faire la fête !

16H45 : Encore un grain qui arrive... Depuis ce matin j'ai perdu le compte. En fait, depuis ce midi le vent a plus ou moins viré Est, ce qui me permet de faire de la bonne route avec les deux voiles. Lorsqu'un grain se présente, je remballe le foc et je présente mes fesses à l'orage... En règle générale, la survente me déporte vers l'Ouest. Et lorsque qu'elle est passé je remonte à 110° du vent apparent pour faire du Nord. On avance un peu (beaucoup) en zigzag, mais l'un dans l'autre on va dans la bonne direction. Comme dans la vie en fait.

17H45 : Cargo droit devant. C'est le premier depuis trois jours. Il a surgit d'un grain noir comme la nuit à trois milles de moi ! Heureusement, le Mer-Veille est toujours aussi efficace.

17H55 : Trop cool ! Alors que le porte-conteneurs passait près de moi, j'entends sa sirène qui résonne trois fois. Qu'est-ce qu'il se passe ? Je ne suis pas sur sa route pourtant ! Aussitôt je comprends et j'allume la VHF pour entendre une voix qui m'appelle : Sailing vessel... on my portside...
Oui ! C'est moi ! Salut copain ! What's up ? Rien, le type au bout des ondes avec son charmant accent asiatique veut juste savoir si tout va bien à bord et si je n'ai besoin de rien. Au début, je suis un peu scié par tant de considération de la part de ce monstre à moteur pour ma petite embarcation à voile, puis on se met à papoter. Tout va bien chez vous aussi ? Ouais, pas facile cette mer... Et vous allez où ? Etc... J'en profite pour lui demander des infos sur la météo, et il me répond que ce que je traverse devrait se finir demain. Chouette ! Trop cool ! Merci à toi Ô marin asiatique de quart sur ta grosse machine, et bon vent à toi !

18H00 : 4 nœuds encore, de moyenne pour cet après-midi. Demain ça ira mieux il a dit le monsieur.

18H00 : Nom de dieu de bordel de merde ! Salope de chatte ! Elle vient de bondir comme une folle pour faire le tour du pont à la recherche de poissons-volants ! Je lui ai couru après, mais la garce était surexcitée. Elle a même sauté sur la bôme alors que La Boiteuse roule comme une barrique ! Putain, la trouille... Du coup, une fessée et au lit !

Le jeudi 11 juin 2015 – Des espoirs

05H30 : Dès que la nuit c'est installée, le vent s'est installé lui aussi. Nous avons dû faire de la route. Peut-être un peu trop d'ouest sans doute... On verra tout à l'heure. Je n'ai pas compté le nombre de fois où j'ai dû remballer toute ma literie pour me mettre sous l'abri dérisoire de la capote. Quatre, cinq, six fois, la pluie m'a réveillé, et m'a obligé à me rendormir dans un duvet toujours un peu plus mouillé.
Mais ce matin c'est relativement dégagé. Le soleil va apparaître, et le panneau solaire va pouvoir tenter de rattraper sa diète d'hier (Seulement huit ampères chargés). Le cockpit est parsemé de grosses tâches de merde d'oiseau... Il y en a qui ont pris leurs aises cette nuit.

06H05 : C'est pas trop mal. 53 milles en douze heures, à 4,4 nœuds au 296°. Ça aurait pu être pire. A moi maintenant de rattraper ça en optimisant la vitesse et le cap.

Miam !
06H30 : Inspection du pont et du gréement, RAS. J'ai trouvé un poisson-volant d'une vingtaine de centimètre. Touline se régale !

07H00 : On a une putain de houle croisée bien vicieuse...

08H00 : 750 milles de parcourus en six jours... En théorie on a fait la moitié du parcours. Dans ma tête je prévois d'arriver dans la journée de mercredi prochain (le 17/06). Mais cela va dépendre aussi des horaires de marées. Il y a trente milles à faire le long du Maroni avant de pouvoir rejoindre St Laurent, et il faudra que cela se fasse de jour et par marée montante. Bon, de toute façon on n'y est pas encore. Je m'en préoccuperais le moment venu.

09H30 : L'océan s'est peu à peu organisé sous une petite brise du ENE. La Boiteuse avance au presque travers avec le foc quasi déployé. J'essaye de maintenir les cinq nœuds de rigueur, mais j'ai du mal... En attendant, le bateau n'a jamais été aussi confortable ! Quelques traînées nuageuses mais rien de menaçant, il fait un très beau temps. Le monsieur du cargo avait raison !

11H10 : Pffff... Le vent baisse et on se traîne un peu. En plus, avec la chaleur des grains sont en train de se former à l'horizon.

12H00 : Que vous dire ? On avance en louvoyant entre les trajectoires supposées des cumulus. 4,5 nœuds de moyenne sur six heures.

15H10 : Après avoir passé la journée à éviter les orages avec succès, celui qui arrive va avoir sa revanche. J'ai remballé le foc et je fais dos à la bête. Il m'a l'air costaud...

Un grain parmi beaucoup
15H45 : D'abord le vent, fort, très fort (30 nœuds). Cela dure cinq à dix minutes. Puis vient ka pluie, forte, très forte. Des trombes d'eau aplatissent la mer, qui quelques minutes plus tôt, se soulevait sous l'action du vent. Puis enfin tout s'arrête. On est dans un moment de rien où pas un souffle d'air ne vient organiser une mer chaotique. Les nuages s'étirent puis dévoilent de plus en plus de bleu. Et la brise revient. Voilà, c'est fini, il est temps de remettre le bateau sur sa route.

16H00 : Mouais... Sur ce coup-là le ciel bleu, je ne l'aurais pas vu longtemps ! C'est couvert de chez couvert jusqu’à l'horizon.

16H20 : Un cargo m'arrive par l'arrière. J'allume ma radio au cas où le marin de quart aurait envie de faire causette.

18H00 : Petite moyenne cet après-midi. Seulement 4,4 nœuds. J'espère que la brise se lèvera avec la nuit. Ce qui m'ennuie c'est que nous n'avons pas eu beaucoup de soleil pour charger les batteries. Là encore, j'espère que demain il fera beau. Ce n'est que ça la vie finalement, une succession d'espoirs.

Le vendredi 12 juin 2015 - Routine

Au large de l'Amazone
06H00 : Bonjours ! Petite nuit question route, 3,9 nœuds de moyenne, mais grosse nuit question sommeil. Je n'ai été réveillé qu'une fois vers 00H30 par un grain que j'ai encaissé avec la méthode décrite hier, sinon rien. La Boiteuse a progressé de presque cinquante milles au 312°...
Ah ouais, pour info on attaque l’embouchure de l'Amazone. A 250 milles au large, normalement ses effets ne devraient pas se faire sentir. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je crois qu'il est bon de rappeler quelques repères géographiques de temps en temps...
L'Amazone les mecs ! Oh ! Vous vous rendez compte ???

07H55 : Alors qu'un gros-gros nuage s'approche de La Boiteuse par le travers, une troupe nombreuse de dauphins vient caracoler autour de nous. J'ai un œil sur le nuage et l'autre sur nos visiteurs. Ah au fait, il est huit heures et ça fait une semaine qu'on est en mer.

08H30 : Je viens de finir Raz de marée de Clive Cussler. Un bon pavé bien divertissant.

09H35 : C'est une matinée gris-bleue. L'océan lui, est d'inox. On avance à 4 nœuds, autant dire qu'un se traîne. Non ! Ne disons pas ça!En d'autres temps et d'autres lieux, 4 nœuds m'auraient ravi !
J'ai relevé la ligne de traîne. Il y a beaucoup trop de sargasse et la ligne se prend dedans toutes les cinq minutes.

12H00 : La pire moyenne journalière depuis le départ... 97 milles exactement. C'est agréable d'accord, mais c'est aussi un peu désespérant. Peut-être que le gros front nuageux qui arrive va nous pousser un peu ?

12H25 : J'ai juste le temps d'avaler un peu de cette délicieuse conserve de poisson au curry que m'ont offert Bertie et Teresa (un couple charmant de sud-africains rencontré à Jacaré), avant que le grain n'arrive. Je me suis régalé, même si j'ai dû l'avaler un peu vite à mon goût.

12H40 : Le voilà le bougre !

Après il faut sécher...
13H30 : Le grain en lui-même n'avait rien d'extraordinaire, sauf qu'il a été long à traverser. Ce qui est bien c'est qu'il laisse derrière lui une bonne petite brise qui nous fait avancer à 6 nœuds par le travers.

14H00 : Ça y est, la lune de miel avec le vent est terminée... On a de nouveau l'impression d'avancer au ralenti sur un vieux chemin de terre plein d'ornières et de nids de poule.

16H10 : Parlons un peu de la Guyane. Vous l'avez peut-être senti, si je m'y arrête c'est un peu par obligation. J'y vais surtout pour remettre les compteurs à zéro pour mon passeport, et peut-être aussi essayer de changer de banque. A part ça... Comme je l'ai écrit un jour, la Guyane c'est un peu tout pourri.
Mais au delà de ça, je crois aussi que j'appréhende de me retrouver en « France »... Ou du moins dans une de ces parties extérieures de la France, délaissées et peu glorieuses. La vie y est chère. Les gens, dit-on, pas très aimables. Le bassin de navigation pourrave... M'enfin, on verra bien.
Et puis il n'y a pas de marina en Guyane ! C'est quand même dingue ça ! Alors que dans le pays d'à côté, le Suriname dont le PNB ne dépasse pas les dépenses de fonctionnement de la ville de Paris, ils en ont deux de marinas !

18H00 : 4,19 nœuds de moyenne. J'enrage ! Non, je suis résigné plutôt. Ce sont les aléas de la mer... Une bonne chose est que le soleil se couche de plus en plus tard au fur et à mesure que nous allons vers l'ouest. J'apprécie beaucoup qu'il ne fasse plus nuit à partir de cinq heures du soir. Là, le soleil n'est pas visible à cause d'un énorme grain qui vient de nous passer sur l'arrière. Mais je sais qu'il est encore là...
Pour l'heure, je me pose la question de savoir quelle configuration de voiles et quel cap je vais adopter pour la nuit. J'arrive à faire, péniblement, route avec mon foc en grand et ma GV, mais j'ai un peu peur de me faire surprendre dans mon sommeil par un grain. Ok, je vais réduire un peu l'avant et abattre de quelques degrés. Tant pis si je perds en vitesse et en cap, mais ce sera plus prudent.

Le samedi 13 juin 2015 – Routine, encore

La Boiteuse dans ses œuvres
06H30 : Ce fut une nuit pas mal compliquée... D'abord, en première partie, j'ai eu du mal à trouver le sommeil car j'ai eu des crampes dans les jambes. Et puis vers 23H00 les grains ont commencés... Et pas des petits. Le plus violent ça a été vers trois heures du matin. Équivalent à la raclée que j'ai prise il y a quelques mois en face de Vitoria. Et depuis, ça n'arrête pas de piauler sévère. Tout est trempé. Le pire c'est que les orages s’enchaînent avec seulement quelques minutes de répit. Quelques minutes pendant lesquelles il n'y a pas un souffle d'air et que la mer est chaotique... Et puis bam, ça recommence ! Du coup j'ai raté le point de six heures.

06H45 : Fffiou... On vient encore de s'en prendre un, je ne vous raconte pas. Le pire c'est depuis cette nuit ces grains ne se déroulent pas en deux temps, comme je vous l'ai décrit, mais que le vent et la pluie arrivent en même temps. C'est flippant. Je commence à en avoir ma claque de ce putain de Pot au Noir.

07H10 : Ça-y-est, j'ai fait le point. Comme je m'en doutais, les grains nous ont poussé vers le nord. Dans un certain sens, ce n'est pas plus mal puisque cela nous fera sortir plus tôt du Pot au Noir. J'ai calculé qu'il nous reste environ 150 milles avant d'en voir le bout, et de rencontrer les alizées du nord-est. Soit normalement dimanche soir, au plus tard lundi matin. Allez mon Gwen, accroche-toi, c'est bientôt fini.

10H30 : J'ai dormi une heure... Ça fait du bien. C'est un pâle rayon de soleil qui m'a réveillé... mais il a disparu à peine avais-je commencé à m'en réjouir.

11H35 : Depuis ce matin nous ne rencontrons pas de grain, mais une longue et interminable série de nuages gris. Les houles croisées nous font une mer de merde... On doit faire du quatre nœuds je pense. J'ai comme un léger mal de mer en plus.

12H00 : J'avais raison, 4 nœuds depuis ce matin. Au 315°. Difficile d'aller plus vite sans relâcher le ris de la Grand-Voile. Mais ça, je ne veux pas m'y risquer. Même si je n'en vois pas arriver, là tout de suite, on risque de se prendre un grain sur la tronche.

13H50 : On est dans une zone un peu bizarre... Le vent a baissé, et pourtant la houle a grossi. Les deux houles qui se croisent je veux dire. Celle qui vient de l'Est et celle qui vient du Sud-est. Par moment on a des creux de quatre mètres facile, mais il ne semble y avoir aucun ordre à tout ça. La Boiteuse est secouée dans tous les sens.

C'est ça le Pot au Noir
14H50 : La mer s'est un peu calmée et j'ai réussi à augmenter un peu la vitesse (un petit peu !). Quand je regarde le GPS, je me dis qu'on doit avoir un courant contraire... Sinon, la bonne nouvelle est (j'ose à peine l'écrire), qu'il fait un temps splendide ! Pas un cumulus à l'horizon et plein de cirrus dans le ciel. Serait-ce la fin du Pot au Noir ?

16H55 : L'après-midi touche à sa fin et je crois pouvoir dire que ça s'est bien passé. Bau temps, pas de grain... Seule la vitesse laisse à désirer, mais vu les jours précédents c'est un peu le cadet de me soucis. On arrivera jeudi au lieu de mercredi, et alors ?

18H00 : Et bien voilà, 3,9 nœuds sur six heures, ce n'est pas très glorieux. Il reste 500 milles à faire. J'observe d'énormes cumulus (mais vraiment énormes) qui m'arrivent par le travers. Je sens que la nuit va être compliquée... Non, le Pot-au-Noir n'est pas mort, il bouge encore !

18H50 : Je suis inquiet, je trouve mon feu arrière un peu faiblard... Pourtant la charge des batteries me semble correcte. Demain, si je peux, je vais faire tourner le moteur.

18H55 : J'étais trop inquiet. Du coup, j'ai démarré Mercedes qui est partie eu quart de tour. Les batteries chargent, par contre le feu arrière est toujours faiblard. Ce n'est donc pas un problème de batterie, mais de lampe. Ça me rassure quelque part.

20H35 : Voilà, j'ai réglé le problème. J'ai « emprunté » une des leds de la cuisine pour l'installer sur le feu arrière et tout est rentré dans l'ordre. Dodo maintenant.

Le dimanche 14 juin 2015 - Merdier

Matin
06H00 : Piètre nuit. Seulement 45 milles de parcourus avec une dérive vers le nord... Ce qui n'était qu'un soupçon hier m’apparaît aujourd'hui comme une évidence : On est dans une veine de courant contraire.
Pourquoi je dis ça ? Parce que, étant donné les conditions de vent et de vagues on devrait faire des surfs à plus de 6,5 nœuds, alors que atteignons péniblement les cinq. Donc, la mission du jour c'est d'abattre et de se rapprocher de la côte afin de retrouver le courant favorable. Et accessoirement sortir enfin de ce fucking de Pot au Noir.

08H10 : Je viens de finir Objectif Paris, de Robert Ludlum. Le polar américain où les français sont les méchants.

09H35 : Nous naviguons sur une mer improbable où les vagues semblent provenir de trois directions différentes. Ça chahute pas mal, mais on avance quand même. Parfois La Boiteuse part au surf et lorsqu'elle s'arrête le GPS indique 1,5 Nds... C'est du costaud le courant qu'on a dans le nez. Si il n'y avait pas ce vent soutenu et cette houle, on reculerait.

Pas sûr qu'elle arrive à me pardonner !
12H00 : La situation est celle-ci. Depuis ce matin nous avançons à 3,8 nœuds au 312°au grand largue, et pour bien faire il nous faudrait faire un 290°... Mais je ne peux pas parce que je suis déjà à la limite du déventement du foc, et que c'est lui qui nous fait avancer. Nous ne sommes plus qu'à une cinquantaine de milles de la fin supposée du Pot au Noir.
Pour l'instant je décide de rester comme ça en espérant sortir bientôt de ce putain de courant contraire qui soulève en ce moment des vagues de quatre mètres qui déferlent pas l'arrière et par tribord. Quand ce n'est pas les deux en même temps... Je préfère ne pas faire de prognostique d'arrivée pour l'instant, car tout va dépendre du temps qu'on va mettre pour sortir de ce merdier. La bonne nouvelle toutefois, c'est que pour l'instant on a beau temps ! Mais comme j'ai décidé d'être pessimiste aujourd'hui, j'ajouterais que ça m'étonnerais que ça dure...

13H15 : D'un point de vue géographique je crois que je me trouve exactement à la convergence entre deux systèmes. Pile à l'endroit où la grosse houle de l’hémisphère nord rencontre celle venue de l’hémisphère sud. Cela expliquerait tout ce gymkhana, les courants dans tous les sens, etc... Mais putain j'ai hâte que ça s'arrête ! Demain, si tout va bien.

Vers l'Ouest
16H10 : Quand je pense que je considérais cette nave comme facile ! C'était bien méconnaître mon sujet ! Une belle leçon d'humilité dans ta face Gwendal !...

18H00 : Il reste 430 milles à faire, et je doute qu'on y parvienne avant jeudi matin... Quoique, si on met un coup de cravache demain quand on sera sorti du merdier, pourquoi pas ?

18H20 : Euh... Je ne voudrais pas vous donner de faux espoirs, mais j'ai l'impression qu'on est en train d’accélérer. 

Ombre chinoise

Après dix jours de mer...

12 commentaires:

hedilya a dit…

J'adore les gens qui utilise l'expression "roupie de sansonnet"...

Monique a dit…


Rien qu'à te lire, j'ai le mal de mer !!!
Vivement le troisième épisode que ça se calme !!!

Denis Berger a dit…

Oui comme Monique et merci pour ces récits

PS:
1°) truc, tu peux brancher un clavier externe sur le port usb pour ton pc portable une 12zaine d€uros, ça peut dépanner un moment en attendant de voir.

2°) truc, ça se change assez facilement un clavier de pc portable, quelques vis à tourner, donnes moi le modèle je te trouve la documentation, par contre ça coûte plus cher entre 30 et 60 z€uros

Greg a dit…

Courageux. Je confirme.

Jingle Catamaran a dit…

Une VHF en veille ne consomme quasi rien, elle et un feu de route serait les dernière choses que je laisserais allumés ;)

Bonne continuation et si ca continue, on va se (re)-croiser aux Antilles ...

Gérard Maillot a dit…

Merci pour le récit, on a vraiment l'impression d'y être.... sans les inconvnients :-). J'epère que ton escale sera reposante.
Bon, comme tout tes lecteurs, j'attends le troisième épisode avec impatience.
Amicalement,
Gérard.

Bateau Loïck a dit…

Encore ce régul ! Demande quelques pièces en titane à Kourou, j voit que ça !....
Et pas trop de soucis d'électricité avec le pilote ? Il n'y pas l'air d'avoir trop de soleil sur cette route.

Thomas a dit…

J'ai été émus par l'échange radio entre le monstre de fer et la coquille de noix, j'ai ri avec les oiseaux qui ont pris leurs aises sur ton cockpit, et j'ai philosophé sur la vie faite de zig-zags et d'espoirs, merci Gwendal !

...toussaint a dit…

Beau parcours
Merci
Toussaint

Anonyme a dit…

Comme beaucoup, j'aimerais vraiment lire le troisième épisode!
Bon vent, bonne route.

JVE

Gwendal DENIS a dit…

@Hedilya :

@Monique : Ah bah, t'as pas de chance, c'est de pire en pire !

@Denis : J'ai été plus radical : J'ai racheter un nouvel ordinateur !

@Greg : Bon, on va dire que tu as raison alors :)

@Jingle Catamaran : En fait, si je la coupe c'est plus par souci de ne pas être dérangé plutôt que pour une question d'énergie.

@Gérard : Pour l'instant l'escale est plutôt technique. Pour le repos, on verra plus tard.

@Bateau Loïck : Je vais aller piquer des pièces sur le chantier d'Ariane ! Pour l'électricité aucun souci, je gère de mieux en mieux !

@Thomas : Moi c'est ton commentaire qui m'émeut. Merci à toi !

@Toussaint : On fait ce qu'on peut :)

@JVE : Elle arrive !

kotatuero a dit…

pas de la roupie de sansonnet ce capitaine ;-)