vendredi 26 juin 2015

De Jacaré au Brésil à Kourou en Guyane – 1/3

05°08.874N 52°38.822W
Kourou, Guyane Française

Prologue :

Nous sommes le jeudi 04 juin 2015, il est 09H00 et ça y est, c'est le départ. La météo est prise, la Boiteuse est prête, et il ne reste plus qu'à démarrer le moteur pour y aller. Mais avant ça il faut mettre la main sur Touline... Cette satanée chatte était là il y a moins d'une heure, assise sur le ponton en train de me regarder m'affairer. Mais depuis je ne la vois plus... J'appelle, je siffle, je tape dans mes mains, j'agite même un paquet de croquette mais cela ne sert à rien. Pourtant je sais bien qu'elle est là quelque part la garce ! Elle m'observe tapie dans l'ombre ! Elle se dit certainement :  « Tu peux toujours courir mon bonhomme ! »
Le temps passe et la marée basse est à 11H30. J'ai encore un peu de temps devant moi...

10H30 : J'abandonne ! J'en ai plein le cul et il fait trop chaud. Moi je suis là à arpenter les pontons alors que je suis sûr que Madame est en train de roupiller quelque part à l'ombre !
Et puis de toute façon, partir aujourd'hui ou demain cela ne change pas grand chose du point de vue de la météo.

Le vendredi 05 juin 2015 – On y go !

06H45 : Ce matin encore Touline a voulu jouer la fille de l'air ! Elle est allé se planquer sur un bateau, où j'ai dû aller la dénicher au risque de tomber à l'eau. Puis j'ai dû ruser en faisant mine de vouloir jouer avec elle en lui jetant des noix (du Brésil of course !), pour enfin la plaquer au sol dans l'herbe couverte de rosée !
Bon, la bête est incarcérée dans les toilettes et il ne pleut pas donc a priori je vais pouvoir partir.

Adieu Jacaré !
08H00 : La Boiteuse décolle doucement du ponton de Jacaré après que quelques voisins m'aient gentiment largué les amarres. Il y a peu de vent mais nous descendons le fleuve à plus de six nœuds sous un magnifique soleil. Je libère Touline qui se réfugie dans l'équipet tribord. C'est clair, elle tire la tronche.

08H50 : Nous sortons du fleuve. A première vue, dehors c'est également la pétole...

09H00 : Sans être particulièrement inquiet (pour l'instant), je trouve que mon arbre d'hélice fait un drôle de bruit. En tout cas différent d'avant je veux dire... J'ai regardé mais rien de bizarre ne m'a sauté aux yeux.

09H20 : J'arrête le moteur. Cap au 40°, toutes voiles dehors. La Boiteuse glisse doucement dans le silence et nous gratifie d'un splendide 2,5 nœuds !
C'est super-plaisant, mais je vois déjà le premier grain qui se présente à l'Est. Quelque chose me dit qu'il va falloir que je réduise la voilure...
Fier comme un Capitaine !

09H50 : Je viens de me faire une petite suée ! Pour prévenir le grain qui arrive, j'ai décidé d'enrouler le foc et c'est là qu'il s'est bloqué ce con ! Putain, je ne vous dit pas le stress que c'est quand vous devez vous escrimer à défaire un sac de nœuds et qu'une grosse nuée sombre s'approche de vous à la vitesse grand V !!! Mais bon, j'y suis arrivé... Il peut tomber le ciel, je suis prêt.

10H10 : Voilà, c'est passé. Le premier grain de cette navigation ! Il a dû faire un bon 30 nœuds pendant quelques minutes, puis les vannes du ciel se sont ouvertes. Et maintenant c'est de nouveau grand beau et... pétole ! On est tranquille jusqu'au prochain grain que je vois déjà se profiler. Heureusement, le courant est avec nous, et même avec les voiles qui battent nous faisons entre 1,5 et 2 nœuds. Ça c'est cool !

Transport en commun
10H45 : Le stress du départ est en train de retomber peu à peu, et j'ai comme une furieuse envie de dormir. D'abord, virer Touline de la banquette sous le vent. Puis fermer les yeux...

11H15 : Yes ! Voilà un peu de vent ! On accélère à 3,5 nœuds ! Pour fêter ça, je décide de me caler l'estomac avec une poignée de noix de Cajou. J'en ai acheté deux kilos au marché de Joao Pessoa ! (il ne m'en reste plus qu'un pour la nave...)

13H30 : Ah ! J'aborde le rail des cargos. Heureusement que je viens de me réveiller parce que y'a du monde sur l'eau.

15H00 : Pour l'instant je continue à faire route au 40° (plus ou moins) afin de m'écarter de la côte et de ces fichus cargos. C'est un vrai défilé ! Si je veux pouvoir dormir cette nuit il faudrait que je m'éloigne à au moins 10 milles du rail.

15H30 : Au fait, je me rends compte que je ne vous ai pas décrit la navigation à venir ! C'est bête, j'aurais dû commencer par ça...
Alors, nous sommes en route pour une nave de 1500 milles qui devrait nous amener à St-Laurent du Maroni, en Guyane Française. 1500 milles, c'est en gros la distance qui relie le Cap Vert à Jacaré autant dire que je m’apprête à me taper une deuxième transat. Sauf que celle-ci devrait être considérablement plus rapide ! En effet, les vents sont constamment au portant et les courants favorables. Donc a priori cela devrait nous prendre une petite quinzaine de jours... Enfin, j'espère !

Tu fais la gueule ?
15H45 : Pardon, je me suis interrompu car nous avons eu la visite d'une bande de dauphins !
Où en étais-je ? Ah oui, une quinzaine de jours donc, au lieu de vingt-trois. La seconde plus longue nave de mon histoire maritime. Mais, et cela peut vous paraître bizarre, je n'appréhende pas vraiment cet épisode... Sans doute parce que j'y pense depuis plusieurs années maintenant. Cela doit être fait, c'est un peu comme un passage obligé, alors je l'envisage avec fatalisme plutôt que peur, enthousiasme ou je ne sais quels autres sentiments. Je suis clair ou pas ?

16H05 : Et merdouille voilà encore un grain.

16H15 : La Boiteuse file avec un double arc en ciel aux fesses !!! Et les dauphins s'éclatent !

16H40 : Décidément, les grains s’enchaînent les uns après les autres. J'essaye de les éviter autant que possible, mais sur la quantité (j'en vois quatre tout autour de moi), il faut bien que je m'en prenne un de temps en temps. Heureusement, nous sommes à 100° du vent apparent et La Boiteuse encaisse les surventes avec la GV hautes.

Arc dans le Ciel
17H10 : Le soleil a disparu derrière l'horizon, et dans quelques minutes il fera nuit noire. Heureusement la lune ne devrait pas trop tarder... Je profite des derniers grains de lumière pour établir la route à suivre pour la nuit. 130° du vent, cap au Nord. On « avance » à 3,5 nœuds, avec les voiles qui battent que c'en est un crève-cœur.
Franchement, je pensais qu'on irait bien plus vite...

18H00 : Une brise nocturne s'est levée. Voilà qui devrait faire remonter une moyenne qui pour l'instant n'est pas fameuse. 3,6 Nds et 35 milles de parcourus depuis ce matin huit heures. En clair, c'est nul.
Allez, j'ai une saucisse/pâtes sur le feu et des gargouillis dans l'estomac ! Donc, je vous laisse. A demain !

Le samedi 06 juin 2015 – Ça se complique !

05H30 : La nuit a été compliquée... Beaucoup de cargos en première partie, puis un gros grain vers deux heures du matin. Ensuite, après quelques longues minutes de pétole, le vent s'est installé frais au SSE. Et là pour le coût on a tracé ! Le GPS me dit qu'à un moment on a fait un surf à 9,7 nœuds. Je pense que j'ai réussi un cap correct même si les grains m'ont sans doute un peu écarté de la côte (ce qui n'est pas plus mal). On verra ce qu'il en est tout à l'heure.

06H00 : La route est parfaite (Plein Nord), et la moyenne est remontée à 4,1 nœuds. 55 milles sur les dernières douze heures. Ça commence à ressembler à quelque chose cette nave !
Nous venons de doubler Natal à 25 milles au large. Même si la ville n'est pas visible j'agite quand même le bras. Coucou Sandrine !
Pour bien faire, il faudrait que je commence à abattre, mais pour l'instant la mer est un peu trop agitée pour que j'aille faire le clown sur le pont avec le tangon. On verra plus tard.

07H05 : Alors que le troisième grain de la journée se présente, et qu'il pleut des cordes, je vois du coin de l’œil la ligne de traîne se tendre subitement. Ça mord ! Cela ne fait même pas une demi-heure que la ligne est à l'eau et j'ai déjà une touche ! (C'est Caroline du Capsun qui va être verte !) On dirait que c'est un thon...
C'est donc sous la pluie que je me mets à hisser ma prise, et effectivement il s'agit d'un thon rouge de trois kilos. De quoi assurer au moins deux jours de bouffe !
Je vais attendre une accalmie pour m'en occuper, mais je prends quand même le temps de lui découper la queue afin de la donner en pâture à l'équipage. Bon appétit Touline !

Miam !
08H45 : Et voilà ! La pêche a été grossièrement équarrie et j'ai pu en tirer quatre gros filets de chaire bien rouge. Sinon, le petit rayon de soleil qui a accompagnée cette séance plutôt sanglante aura été de courte durée. Les orages s’enchaînent les uns après les autres.

09H10 : Petite pause entre deux grains. Le dernier m'a fait aller jusqu'à 7,5 nœuds de vitesse fond. Ça commence à faire beaucoup... Le prochain grain sera là dans dix ou quinze minutes, alors j'en profite pour manger une banane.

09H25 : Et c'est reparti ! 10,6 nœuds au surf ! Ok, là je commence à me faire peur. Dès que ça se calme, je prends un ris.

Il y a de quoi faire !
11H15 : Pas vraiment d'accalmie pour l'instant. Le vent souffle frais (5-6 Beaufort) J'ai réussi à dormir quelques minutes. Là je viens de prendre le ris dont je vous parlais tout à l'heure. Ça a été mouvementé, mais je connais bien la manœuvre maintenant, alors cela n'a pas duré longtemps. La Boiteuse file ses six nœuds. C'est chaud.

11H45 : Bon ben les enfants, j'ai été bien avisé de le prendre ce ris... car pendant quelques minutes ça a été chaud brûlant. Le genre de moment où vous vous demandez ce que vous foutez là. Le genre de moment où une maison en pierre plantée au milieu des arbres à cent lieues de l'océan vous semble être le havre de paix que vous recherchez tant... Et puis la minute d'après les choses se calment, deviennent gérables. Vous n'êtes plus ce fétu ballotté par les éléments déchaînés. Vous redevenez ce marin en quête d'un future possible, qui remonte vers le nord avec sa maison qui flotte.

12H00 : Comme je m'en doutais, et vous aussi sans doute, on a bien avancé ce matin. 5,6 nœuds sur six heures ! C'est pas mal du tout, mais je trouve que c'est une maigre contrepartie par rapport à l'inconfort et aux risques encourus en navigant avec une GV haute par ce temps. Franchement, avec un ris pris La Boiteuse avance peut-être moins vite, mais elle reste autrement plus maniable.
Sinon dans 25 milles il sera temps d'arrêter de faire du Nord et de prendre un cap au 300° sur un long bord de... Je ne sais pas... 1120 milles jusqu'en Guyane !

12H20 : Ça existe les fous blancs ?

13H50 : Je viens de finir Le formidable événement. Vous saviez que Maurice Leblanc avait écrit de la science-fiction ?



14H50 : Et merde... Voilà le boulon du régulateur qui a pété. Encore !

15H20 : Ouf ! Là les enfants on a eu chaud ! Un boulon pété, ça m'est arrivé lors de ma dernière nave, donc je connais la procédure. Je prépare les pièces et les outils, et je m'équipe de mon gilet afin de pouvoir m'attacher. Alors que je suis à cheval sur le bâti en train de visser l'écrou, la pale immergée est subitement et violemment rabattue sur le côté opposé. J'entends un bruit sec. La deuxième jambe du régulateur d'allure vient de casser net, juste sous mes yeux !

Putain de dieu ! Je suis assis sur un truc qui ne tient que par l'écrou que je suis en train de visser !!!

S'en suit alors un flottement. Je m'emmêle un peu les pinceaux dans les longes de mon gilet de sauvetage et je perds un temps infini à essayer de m'en dépêtrer. Énervé, j'enlève ce foutu gilet qui ne fait que me gêner, et je le balance avec rage dans la descente. Il est temps d'être efficace et d'agir !
Première chose à faire, brancher le pilote électrique. Parce que là, La Boiteuse est en train de partir un peu dans tous les sens. Et avec trois mètres de creux ça peu devenir scabreux.
Deuxième chose à faire, haubaner le régul' sur le portique avant que la dernière jambe ne casse à son tour et que tout le bordel tombe à l'eau.
Enfin, terminer de visser le dernier boulon qui reste.

Voilà, c'est fait. Je vais pouvoir encaisser le prochain grain. J'espère que ça tiendra... parce qu'il y a encore un grain qui arrive. Je suis crevé.

17H15 : Vous pensiez que j'allais pouvoir me reposer ? Et bien non ! Il a fallut que j'aille changer une poulie-guide de la drosse d'enrouleur de foc. Pas aussi scabreux que pour le régulateur, mais ça m'a pris du temps.
Le soleil ne va pas tarder à se coucher. J'espère qu'on en a fini avec la casse pour aujourd'hui, parce que là je crois que j'ai eu ma dose.

17H15 : Bonne nouvelle, on dirait que c'est en train de se calmer. La Boiteuse file toujours pleine balle mais la mer est moins agitée.

18H00 : Point du soir (Bonsoir). Six nœuds de moyenne sur les six dernières heures. Cap au 320° au lieu de 300°... Pour l'instant je vais rester avec seulement la Grand Voile, mais demain il faudra sans doute que je tangonne.
Je suis exténué. Il faudrait que je mange, mais je n'ai vraiment pas faim... J'espère que le thon sera encore bon demain parce que sinon je l'aurais attrapé pour rien.

Le dimanche 07 juin 2015 – Une belle journée

05H15 : Hier au soir je me suis un peu écroulé comme qui dirait. J'ai dormi une heure, puis par acquis de conscience je me suis avalé un bol de nouille. Vers 21H00 c'est une survente qui m'a de nouveau réveillé et la pluie qui m'a maintenu en éveil jusqu'à minuit. La pluie... A 140° du vent il est impossible de s'en protéger. Tout était trempé, j'avais froid... Je me suis finalement résolu à ressortir mon vieux duvet de l'armée, et ça a été un peu mieux. Puis, les cargos m'ont laissé tranquille ce qui fait que j'ai pu dormir quasiment jusqu'au matin.
A vue de nez, la route n'a pas été fameuse. Je vais devoir corriger ça pendant la journée. Dans la nuit j'ai finalement enroulé le foc pour n'avancer que sous GV seule... Je ne pense pas qu'il y ait grande différence.

05H30 : Le soleil se lève sur le premier grain de la journée...

06H00 : C'est cool ! En fait on a fait plus d'Ouest que je ne le pensais. J’abats tout de même de 20°. 62 milles en douze heures, ça fait un peu plus de cinq nœuds. La vitesse moyenne est maintenant de 4,9. Le temps est beau et la mer pas trop formée. Pourvu que ça dure !

08H00 : C'est un vrai plaisir que de naviguer ce matin.On fait nos 5 nœuds tranquillou, plein vent arrière. La Boiteuse roule un peu, mais c'est moins violent que sous des allures moins portantes. Pas un grain à l'horizon... Bref, cette nave « facile » que j'appelais de mes vœux est enfin là ! Si seulement cela pouvait être comme ça pendant les dix jours qui viennent... Et oui, on va en avoir pour dix jours, à ce rythme, pour rejoindre la frontière avec la Guyane ! Plus deux jours pour rallier St Laurent du Maroni. Je m'ennuie déjà rien que d'y penser...
Tien, dans la série cinq fruits et légumes par semaine, je vais me manger une papaye !

10H40 : Je reviens d'une tournée d'inspection sur le pont. Tout à l'air en ordre, à part mon palan pour l'annexe qui s'était décroché, et que j'ai dû récupérer emmêlé dans les haubans. Pour le reste : RAS. Idem pour le régulateur qui travaille au minimum étant donné qu'on est au vent arrière.

11H35 : J'ai faim... Malheureusement, le thon d'hier dégage une odeur pas très catholique et j'ai dû le balancer par dessus bord. Ce sera donc une feijoada en boite.

12H00 : La Boiteuse roule comme une horloge. Pile cinq nœuds sur six heures, et le vent a même adonné un poil afin que nous fassions une route parfaite au 300°. Plus mieux, je vois pas !

14H40 : Cela fait deux jours que nous sommes partis, et je commence déjà à fantasmer sur mon arrivée... C'est prématuré non ? Bon ok, je vais essayer de ne pas trop y penser pour l'instant.

15H15 : Voilà les dauphins !


17H05 : Je viens de terminer « Le brave soldat Chvéïck » de Jaroslav Hašek, et en même temps je me rends compte qu'il fait encore jour... Il est vrai que nous faisons un peu d'Ouest quand même.

18H00 : Le vent a un peu faibli tout au long de l'après midi mais nous avons quand même fait nos 4,7 nœuds de moyenne. L'un dans l'autre on se maintient à un 120 milles par jour, et ça me rend tout content !

18H50 : J'ai dîné de mon sempiternel bol de nouille. Peu après, j'ai éteint les feux de position pendant quelques minutes afin de profiter de la nuit. Les seules lumières sont celles que la nature nous offre. Les étoiles dans le ciel, et la fluorescence du plancton marin... Même durant une nuit sans lune le noir cela n'existe pas et c'est bien.

Le lundi 08 juin 2015 – Sous le soleil à fond la caisse

06H00 : Bonjour ! Alors là, c'est le top ! 5,6 nœuds de moyenne sur la nuit ! 67,6 milles avalé le temps d'un gros dodo, j'adore !
Bon, en fait de gros dodo j'ai plutôt eu du mal à dormir car j'ai peiné à me caler convenablement à cause du roulis. J'ai des courbatures, ce qui est normal, mais je ne suis pas encore assez fatigué pour ne plus m'en rendre compte...

06H25 : A priori nous devrions passer l'équateur mercredi soir. Ensuite il restera encore 800 milles à faire. Nous sommes à 50 milles au large de Fortaleza.

Mais puisque je te dis que j'ai vu des poissons !
06H45 : Non Touline ! Elle a les deux pattes avant posées sur le passavant et une troisième en suspension, prête à rejoindre les deux premières. Son moignon de queue remue rageusement. Je sais bien ce qu'il se passe dans sa tête de chat ; tous les matins c'est le même cinéma. Elle veut vérifier si quelques poissons-volants un peu idiots ne se seraient pas suicidés en s'échouant sur le pont. Mais non, pas ce matin ! (J'ai déjà vérifié)
Je joins le geste à la parole en la repoussant du plat de la main et en répétant, non Touline ! Sa queue ridicule se tortille de frustration. Elle fait mine de vouloir rentrer à l'intérieur, puis d'un bond d'un seul elle franchi le passavant opposé ! Putain de dieu ! Je bondis à mon tour et nous voilà en train de nous courir après tout du long du pont ! Elle fait son tour, avec moi gueulant derrière elle, et bien sûr revient bredouille. Pourquoi tu ne m'écoutes pas ?!? Je t'ai dit que j'avais vérifié !!! Après on s'étonne que des chats tombent à l'eau...

08H50 : Putain qu'est-ce que je me fais chier... C'est comme pour les courbatures, je ne suis pas encore suffisamment fatigué pour le temps passe de façon indolore.

09H15 : Depuis un moment je me demande ce que cela rapporterait de lâcher un ris. J'irais plus vite, sans doute, mais j'y perdrais très certainement en confort... Cruel dilemme ! Bon, le mieux c'est encore d'essayer, non ?

09H25 : Voilà, c'est fait. A priori j'ai gagné un nœud (plus ou moins). Pour le confort, on verra à la mi-journée.

12H00 : 130 milles de parcourus en 24 heures ! 5,8 nœuds de moyenne sur les six dernières heures ! Merci qui ? Merci le courant !
Bon, c'est pas tout ça, qu'est-ce que je mange à midi moi ? Une boite de thon à la tomate avec des pâtes, et une crème au chocolat en dessert, ça va le faire hein ?

14H00 : Tout compte fait La Boiteuse roule autant avec la GV haute. Par contre, on a gagné 0,7 nœuds. Cela n'a l'air de rien, mais sur les distances qui nous concernent cela représente un jour et demi... Et ça, ce n'est pas rien.

15H35 : Il y a un grain sur tribord. Le premier que je vois depuis trente-six heures. Ca me fait penser qu'on ne devrait pas tarder à entrer dans le Pot au Noir...

17H35 : Le soleil se couche 15 minutes plus tard qu'hier. Go West ! (J'ai les Pet Shop Boys dans la tête maintenant. C'est malin !)

18H00 : Point du soir bonsoir ! On frôle les six nœuds de moyenne pour cet après-midi (5,96). Je suis ravi ! En même temps, vu l'état de la mer on doit bien avoir deux nœuds de courant positif. N'empêche, I am content. Sinon... Ben sinon, bonne nuit !

Go West !

Le mardi 09 juin 2015 – Ça se corse

05H15 : Je n'ai pas encore les chiffres officiels, mais je crois que cette nuit on a dû battre un record. Sinon, RAS. Le ciel s’éclaircit, dévoilant quelques cumulus assez bas sur l'eau... Dont un qui nous arrive juste derrière.

06H00 : 76 milles de parcourus en 12H00 ! Je crois bien que La Boiteuse n'est jamais allé aussi vite de toute sa carrière ! (avec moi à son bord en tous cas). 6,33 nœuds de moyenne. Que dire ? Rien, sinon qu'on devrait franchir l'équateur plus tôt que prévu. Les gros nuages sont passés à côté.

08H10 : Je viens de faire le tour du pont où j'ai ramassé trois tous petits poissons-volants. C'est le petit-dèj' à la Toul' !
D'après la carte météo (caduque mais toujours informative), nous devrions déjà être sous l'influence de la ZIC (Zone Intercontinentale de Convergence. Le Pot au Noir si vous préférez), avec des vents plutôt d'Est et faiblissants. Pour l'instant ce n'est pas trop le cas, même si ce matin j'ai du lofer de 10°.

09H44 : Je viens de terminer Les arcanes du chaos de Maxime Chattam. T'en veux de la conspiration ?

10H45 : De grosses nuées approchent par l'arrière. Je crois bien qu'il serait raisonnable de prendre un ris...

Cumulus
10H55 : Voilà qui est fait. Je ne sais pas encore si mon intuition a été la bonne. On verra dans quelques minutes. En attendant, j'ai un superbe exemple de cumulus sur tribord arrière. Très pédagogique comme photo non ?

11H15 : Mouais bof... J'ai peut-être été un peu trop prudent sur ce coup-là. Juste une survente légère et quelques degrés de moins sur le thermomètre. Je vais quand même le garder ce ris... On ne sait jamais.

12H00 : Tout roule. 146 milles sur les dernières vingt-quatre heures ! Je suis très fier de mon bateau ! La mer est F3, le ciel s'éclaircit. Tout baigne.
Au repas je me prépare du riz avec des boulettes.

14H45 : Je viens de faire un rêve bizarre... A une escale, je me retrouve dans une maison inconnue où j'y retrouve ma famille. Mes parents, ma sœur et toute une flopée de cousins que je ne reconnaissais pas mais qui étaient hyper-sympas avec moi. Ils m'admiraient et me félicitaient tous pour mon choix de vie... Tous sauf mon père, ma mère et ma sœur. Tout le monde insistaient pour que je reste, mais moi je ne pensais qu'à une chose : rejoindre mon bateau parce que j'avais peur qu'il soit mal mouillé... Vraiment zarbi comme rêve.

Là il fait moins le fier...
15H00 : Pour le coup, le fait d'avoir voulu garder ce ris va sans doute se révéler être une excellente décision. Un grain va nous tomber sur le coin de la gueule dans quelques minutes, et il m'a l'air sérieux.

15H15 : Allez, cette fois on y a droit ! 8 nœuds de vitesse fond. Putain, ça dépote !

15H40 : Voilà, c'est fini. Une belle accélération au départ, puis des trombes d'eau. Derrière il reste un ciel bouillasseux. En tous cas, garder ce ris n°1 pris était définitivement une bonne idée.

16H15 : C'est bien ce que je pensais... Il ne s'agissait pas d'un simple grain, mais d'un front froid. Les nuages s'étirent jusqu'à l'horizon sans une lueur de bleu. Le vent ne semble pas avoir changé pourtant... Sud-Est F4. La Boiteuse fait ces cinq nœuds dans des creux de deux mètres. Il fait frais, j'ai dû mettre ma polaire.



17H45 : Le soleil doit être en train de se coucher... Enfin je crois, parce que les nuages sont trop épais pour que je distingue quelque chose. J'ai l'impression que c'est parti pour durer. La seule chose que je souhaite, c'est qu'il ne pleuve pas... trop ! La mer s'est creusé, trois mètres avec une houle courte qui déferle. F5-6 je dirais.

17H56 : Putain de dieu ! Une vague vient de déferler pile sur l'arrière du bateau, noyant le cockpit sous des litres d'eau salée ! Mon duvet, humide de l'averse de tout à l'heure, y était en train de sécher... Qui c'est qui va dormir dans des draps mouillés ce soir, hein ?

18H05 : Bon sinon, à part ça, 5,75 nœuds de moyenne depuis midi. Normal, le ris que j'ai pris réduit un peu la vitesse. Mais vu la météo, c'est préférable.

19H15 : J'étais allongé sur le dos au fond du cockpit, à regarder la pale de mon régulateur s'agiter dans le vent, quand j'ai réalisé que quelque chose clochait. Le mât du régulateur bougeait un peu trop à mon goût. Normal, le boulon de la dernière jambe était de nouveau cassé ! Grumf !
J'ai réparé, mais j'espère que ça tiendra cette fois car il ne me reste plus qu'un seul boulon avec le bon diamètre. Commence à me gonfler grave ce régulateur...
 
Chaud !

 
Quoi ?

 
Noir et Blanc

13 commentaires:

Monique a dit…

Fait du bien de te sentir vivre, vibrer...ça faisait longtemps !

Impatiente de lire la suite d'autant que je sais que tu es arrivé et que je ne m'inquiète plus !!!!

Greg a dit…

Joli. Et courageux. Perso le roulis me rends totalement cinglé.

Sandrine Chamussy a dit…

Merciiiii pour lecoucou, je t'ai guetté mais sans jumelles pas vu passer ;)
Pendant la transat le skipper avais réussit à pecher une dorade corifene (je croix ouen tout cas le nom y ressemble) et cette dernière s' est barrée quand il ramenait la ligne. C'était à se tordre de rire.

hedilya a dit…

Veinard, je suis allée 2 fois en Guyane mais jamais au moment d'un décollage d'Ariane ... et là y a un lancement programmé le mercredi 8 juillet 2015 (18:42 heure locale). Vois la pour moi... ;-)

aglae75 a dit…

Vivement la suite. Bises

... a dit…

de l'action, du suspens, une petite bête d'amour, que demande le peuple..Reposes toi bien...

Julien Chanu a dit…

Salut Gwendal,j'adore! C'est du complet: vidéos et récits... On est à bord,avec toi. Merci !

Anonyme a dit…

Bonjour Gwendal,

Il n'est pas interdit... de faire une belle nav' !

Je reviens d'une semaine de nav' en Bretagne, quel plaisir de prolonger la vie sur l'eau en te lisant. Côté lecture : "la cerise" d'Alphonse Boudard.

Merci pour les news et les vidéo.

Pleins de caresses à Touline.
Je te souhaite un bon stock de vis pour ton régulateur ;)

A + pour la suite.

David de Nantes

Gérard Maillot a dit…

Salut, Gwen,
content de te savoir arrivé à bon port, après quelques péripéties. Pour ta vibration, commence par vérifier les silent-bloc du moteur, sinon le presse étoupe, mais s'il avait pris du jeu, tu aurrais eu une entrée d'eau.
Bon courage pour la recherche et la maintenance en tous cas. Au fait, avec ton fauve, tu n'as jamais envisagé de placer un filet au niveau des filières ?
Profite bien de ton escale guyannaise.
Amicalement,
Gérard.

Gwendal DENIS a dit…

@Monique : Moi j'espère que tu t'inquiéteras toujours ma Momo !

@Greg : J'ai un gros doute sur le courageux... Mais merci quand même !

@Sandrine : Même avec les jumelle tu ne risquais pas de me voir, j'étais sous la ligne de l'horizon. On dit dorade Coryphène !

@Hedilya : Je pense que je serais encore là pour la voir. Je te garde une place ?

@Aglaé : Ca vient !

@... : Plus d'une semaine depuis l'arrivée, mais je n'ai pas encore l'impression de me reposer.

@Julien : Y'a pas de quoi !

@David : Globalement ce ne fut pas vraiment une belle nave... Mais une des pire !

@Gérard : J'ai un plongeur qui va jeter un œil cet après midi à l'hélice. Si ce n'est pas ça, il va falloir que je réaligne l'arbre.

kotatuero a dit…

"Même durant une nuit sans lune le noir cela n'existe pas et c'est bien"

... j'adore...

Alexandra a dit…

Voilà bien longtemps que je n'étais plus venue visiter le blog, et je retrouve ces belles aventures avec plaisir 😊
Je suis ravie de voir que Touline se porte toujours bien, elle a l'air en pleine forme

Gwendal DENIS a dit…

@Alexandra : Merci der ta visite !