lundi 28 septembre 2015

Du Suriname à Trinidad – 1/2

10°40.788N 61°37.257W
Chaguaramas, Trinidad

Le jeudi 17 septembre 2015 – Adieu le Suriname


06H40 : Le soleil se lève. J'ai environ quatre heures avant la renverse. Quatre heures pour terminer de préparer La Boiteuse, c'est plus qu'il n'en faut. Aujourd'hui, et après une des escales les plus courtes de l'histoire de ce voyage (vingt-quatre jours), je quitte le Suriname pour l'île de Trinidad. 570 milles au portant avec un maximum de 20 nœuds de vent. Logiquement nous devrions arriver dans la nuit de mardi à mercredi prochain.
Nous partons à trois bateaux : La Boiteuse, La Bella Flora et Pelagos. Ces deux derniers vont faire escale à Tobago avant de venir me rejoindre à Trinidad le mois prochain. Ce qui signifie que nous devrions naviguer plus ou moins de concert pendant la journée, mais ensuite nos bateaux respectifs se sépareront pour aller chacun de leur côté.

07H20 : Quand je suis arrivé à Domburg, et étant donné la configuration des lieux, j'ai tout de suite pensé à mon départ... Non c'est vrai, j'vous jure ! Depuis un paquet de temps je rêve de faire un départ à la voile, et c'est ce que j'ai décidé de faire ici. Mais comme je ne suis pas complètement taré, je vérifie quand même que Mercedes fonctionne. Ok, c'est bon, ça démarre au quart de tour.

08H15 : Bon ben... Je suis prêt. Y'a plus qu'à attendre que le courant du fleuve s'inverse et me mette face au vent, afin que je puisse hisser la Grand-Voile. Ça souffle joliment. Je sens que je vais me régaler à descendre ce fleuve !

Je la tiens !
08H35 : Encore quelques minutes à poireauter. Je vais me faire un café tien... Ça va me détendre. Touline elle, se détend à sa façon en jouant avec l'écoute de foc.

09H00 : Allez, c'est l'heure... Je hisse le la GV et je largue la bouée. Le bateau commence à dériver lentement puis vire en prenant le vent. Un petit tour pour saluer les copains, quelques coups de corne de brume, et nous voilà partis.

09H30 : Nous descendons le fleuve tranquillement. Vraiment tranquillement. Deux nœuds au loch. Le vent est tombé.
Apparemment l'enrouleur de voile d'avant fait encore des siennes... Je ne comprends vraiment pas ce qui peut clocher.


11H00 : Pétole. C'est le courant qui nous fait avancer à trois nœuds.

11H40 : La Bella Flora et Pelagos me rattrapent et me doublent juste avant de passer le grand pont. Oh les tricheurs ! Ils sont au moteur eux !

12H00 : Après le virage où gît l'épave du Goslar, je me retrouve face au vent. Il est peut-être temps d'allumer le moteur.
Oups ! On a un problème les enfants... Voilà que le préchauffage ne fonctionne plus ! Putain, ça marchait comme sur des roulettes tout-à-l'heure !

12H10 : Bon ça y est, Mercedes a enfin démarré. Mais il a fallu que je tire pas mal sur les batteries pour y arriver. Il se passe quoi là ?

13H00 : On ne va pas tarder à avoir un autre souci. C'est toujours la pétole, et c'est l'heure de la marée montante... Bientôt je vais reculer !
En plus il fait une chaleur à crever.

14H00 : On sort du fleuve, et le vent est là. Je continue encore au moteur le temps de parer tous les dangers. Le chenal est étroit et les fonds très hauts de chaque côté, alors autant rester dans les clous.

14H20 : Arrêt du moteur. Cap au 300° à 5 nœuds au près. Ce n'est pas exactement ce qui était prévu, mais je dois bien faire avec.

15H00 : Le près serré c'est chiant, moi je vous le dis. Mais je n'ai pas le choix.

16H10 : Ça-y-est, je peux enfin abattre de 20°. On est toujours à 50° du vent apparent avec un peu trop de toile. La Boiteuse gîte un peu... Les fonds commencent à descendre ; 5 mètres maintenant.

16H50 : La Boiteuse est sur les rails. Cap au 320°, au bon plein, toutes voiles dehors. La route est libre, je peux relaxer. Enfin.
Mine de rien cette journée aura été plus éprouvante que je ne l'avais présupposé. La tension, le fait de rester debout la plupart du temps en plein cagnard, tout ça m'a pas mal fatigué.
Même si le ciel est parfaitement bleu, la mer elle est moche. Les vagues sont courtes et frappent la coque par le travers et c'est désagréable. Normalement cela devrait adonner pendant la nuit... Je dis bien « normalement », parce que le NNE qu'on a en ce moment n'était pas prévu au programme lui !

18H00 : J'abats encore de 20°, et ça devient un poil plus confortable. Un poil. A 85° u vent on fait des pointes à 5,5 nœuds.

19H00 : Le soleil se couche sur une mer toujours laiteuse. Demain, lorsqu'il fera jour de nouveau, l'eau aura retrouvé ce bleu profond. La terre à disparue derrière moi, et les voiles des copains devant moi. On est seul, Touline et moi.

19H20 : J'ai mangé. Je vais essayer de dormir maintenant. Et vu ma fatigue je ne pense pas que cela devrait représenter quelque problème. Cependant je dois encore faire gaffe à nos amis les pêcheurs... Car nous sommes encore sur le plateau continental.

Le vendredi 18 septembre 2015 – Poissons volants et hot-dog

06H15 : La journée commence mal ! D'abord il a eu Touline qui qui n'a pas arrêté de miauler pour je ne sais quoi, jusqu'à ce que je découvre que ce qui la rendait folle, c'était un poisson volant échoué sur la moustiquaire du hublot resté ouvert. Pendant que l'eau du café chauffait, j'ai dû démonter le bordel pour que la belle puisse dévorer la bête. L'eau boue. Je me verse une tasse tout en gardant un œil sur Touline qui est maintenant dans le cockpit à fouiner histoire de voir si elle ne pourrait pas mettre la dent sur un autre poisson. Et bateau roule, je perd l'équilibre avec la tasse dans la main qui menace de se renverser sur l'ordinateur... Torsion des reins, flexion des genoux, et me voilà qui tombe sur mon cul dans la travée et la tasse qui vole. Et tout son contenu se renverse devinez où ? Sur mon bas ventre !
Je hurle. J'ai le pubis et la bite cramé au premier degré, du café partout dans le bateau et la chatte qui me regarde l'air de dire : Tu as dit quelque chose ?

Bref, avec tout ça j'ai raté mon point de six heures.

07H00 : 76 milles en 13 heures, ça fait 5,4 nœuds de moyenne. C'est pas mal du tout dis-donc ! Je vais abattre de quelques degrés histoire de corriger un peu le cap et de rendre la nave un peu plus confortable. Parce qu'avec cette houle de travers... Quelqu'un pourrait se blesser !
Tapouille sur bâbord.

07H40 : Des bancs de poissons volants s'égaillent au passage de La Boiteuse. Après avoir inspecté le pont, j'ai trouvé deux autres poissons échoués. Touline les a mangé, mais plus par gourmandise que par faim je pense.

09H30 : Cap au 320° à 140° du vent. Il faudrait que j'abatte de 10° pour bien faire, mais dans ce cas le foc va commencer à se déventer et je devrais installer le tangon... Et j'ai pas envie. Donc je reste comme ça. Normalement le vent devrait remonter un peu à l'Est et ça devrait corriger mon erreur.
Il fait beau, quelques nuages cotonneux par-ci par-là... Par contre la mer est toujours un peu chaotique.

11H40 : Le vent se calme un peu, mais pas la mer. Pas encore du moins. Pour passer le temps, je lis un peu, je somnole et je pense à ma future escale. A tout ce que j'ai à faire, et comment je vais pouvoir le faire sans que cela ne devienne une corvée. Dans ma tête je prévois de rester trois mois à Chaguaramas. Trois mois, je pense que ça sera suffisant pour tout faire... Et suffisant également pour choisir où je vais aller ensuite.
Vers le Nord et les Antilles ou bien vers l'Ouest et la Colombie ?
Même si la deuxième option a, à ce jour, ma préférence, je me dois tout de même d'envisager sérieusement la première.

12H10 : J'ai déjeuné d'excellentes nouilles chinoises. Sinon, c'est toujours pareil. On fait un 320° au lieu d'un 310°, mai c'est pas si grave. Le vent a encore faibli et la mer prend tout son temps pour faire pareil. RAS à l'horizon, je vais piquer un petit somme.

C'est l'heure de la sieste
15H20 : J'ai dormi quasiment deux heures d'affilé ! Même si ce n'est pas top pour la vigilance, faut croire que j'en avais besoin... On se traîne à trois-quatre nœuds, et je me dis que ça valait bien la peine de partir sur les chapeaux de roue pour ensuite perdre tout le temps qu'on a gagné. Pfff... J'vous jure, la voile c'est frustrant parfois.
Je ne demande pas la lune pourtant. 4,5 nœuds dans une mer maniable, c'est tout ce que je demande !

18H00 : Nous sommes à 100 milles au large du Guyana, pays dont l'humanité toute entière ne sait rien il convient de le préciser. A ce train-là on devrait arriver dans quatre jours, et ça me convient très bien. Nous sommes sur des fonds de plus de 1000 mètres, cela veut dire également que je vais pouvoir dormir !
Vous ai-je dit où j'allais ? Oui, à Chaguaramas près de Port of Spain sur l'île de Trinidad, d'accord. Mais ce que vous ne savez pas c'est que j'ai l'intention de mouiller au Trinidad & Tobago Sailing Association (TTSA) à quelques milles des chantiers les plus courus. Un endroit a priori beaucoup plus bucolique que là où tout le monde va, et surtout pas cher ! 100 USD/mois ! Là-bas, je vais retrouver Patrick (vous vous souvenez du Capsun ?), mais aussi Nadine et Louis rencontrés il y a six mois à Salvador, Alain, Thomas... Bon allez, bonne nuit les gents, j'ai sommeil.

Le samedi 19 septembre 2015 – Chien de garde et hirondelle

06H10 : C'est le mer-veille qui m'a réveillé. Cargo sur bâbord avant ! Plus des lumières bizarres juste à côté, genre gyrophare orange. Le timing est parfait puisque j'ai eu la paix toute la nuit. 52 milles et 4,4 nœuds de moyenne sur les douze dernières heures.

06H25 : Le cargo s'éloigne, mais on dirait que le gyro orange se rapproche de ma route. J'abats un peu pour l'éviter.

06H45 : Il fait jour maintenant et je peux voir ce bateau bizarre qui après s'être approché semble naviguer parallèle à moi et à la même vitesse. Coque verte, avec les structures jaune, et toujours ces faux oranges, genre DDE. Ah ça y est, il fait demi-tour et semble rejoindre l'autre cargo... Si j'étais parano je dirais qu'il s'agissait d'un chien de garde. Mais qui était-il et qu'était-il chargé de protéger... Mystère.

Dès que ça mord, je t'appelle
07H45 : Je mets un ligne à l'eau. Touline se propose de la surveiller. J'accepte de bon cœur.

09H05 : J'ai retardé autant que possible, mais là je suis bien obligé de tangonner le foc à contre. 10° de différence avec la bonne route c'est une chose, mais 30° en est une autre. Mais avant ça je vais me manger une part de chadek. Vous ne connaissez pas le chadek ? En gros, c'est comme un gros, très gros pamplemousse, sans l'acidité et qui s'épluche et se mange comme une clémentine. C'est délicieux !

09H25 : Voilà qui est fait. Cap au 300°, voiles en ciseau et foc tangonné. Première conséquence, je perd un nœud.

10H30 : Au début, je croyais que j'avais mal réglé mes voiles, mais non. Le vent est en train de se casser la gueule. Fait suer, on fait du trois nœuds maintenant... Et en plus le bateau roule comme une barrique saoule. Au moins on va dans la bonne direction.

12H00 : La journée se déroule tranquillement sous un ciel parfait. Si on pouvais aller plus vite ce serait là aussi parfait.

16H00 : De dieu ! J'ai dormi tout ce temps ???? J'ai la tête dans le cul... Bon, laissez-moi le temps de prendre un café et je reviens vers vous.

Ok, c'est pas vraiment la joie puisque nous avons fait à peine 12 milles en quatre heures. Si j'avais su, j'aurais sorti le spi... Mais là, il fait trop chaud et j'ai pô envie.

17H10 : Je savais bien que le perfectionnisme ne me réussissait pas. Je viens de passer une heure à installer le spi. D'abord, je me suis emmêlé les pinceaux avec la chaussette du spi. Ensuite, je l'ai monté du mauvais côté et il m'a fallu tout recommencer. Le tout sous un soleil implacable et sur un pont brûlant. Et tout ça pour quoi ? Pour rien ! Nib, peau de balle ! Pire, je vais moins vite qu'il y a une heure... J'ai des ampoules plein les mains, et j'en ai plein le cul. Plein les bottes aussi.

17H45 : Ça-y-est, j'ai enfin trouvé le bon réglage. Sauf que ce n'est pas le bon cap... Tant pis. Il fait une chaleur... Qu'est-ce que je ne ne donnerais pas pour une bonne lampée d'eau fraîche !
Allez mon Gwen, courage ! Dans pas longtemps tu auras un nouveau frigo !

18H00 : Point du soir (qui n'est pas encore réellement le soir puisque mon horloge est toujours réglée sur le fuseau horaire de Salvador de Bahia et que ça commence à se voir vu que le soleil n'est pas encore couché), 22 milles en six heures. C'est nul, mais ça aurait pu être pire. Le cap n'est pas trop mauvais non-plus, 305°. Je vais essayer de garder le spi pendant la nuit. Quand je pense à ce que la météo prévoyait... 15 nœuds de vent, mon cul oui !

18H35 : N'empêche, je suis content d'arriver enfin dans les Caraïbes. Nouveau pays, nouvelles rencontres... Tout cela est enthousiasment. J'ai également l'impression de tourner une page, de franchir une étape. Vers quoi, je n'en sais absolument rien... Et quelque part ça me chagrine un peu. Je dois profiter de cette nouvelles escale pour faire le point sur moi-même et tirer des plans pour le futur.

18H45 : Putain ! Touline vient de chopper une hirondelle en plein vol ! Elle a sauté d'un bord à l'autre du cockpit pour se retrouver accrochée à la filière du haut, la tête du zozio dans la gueule, et à deux doigts de tomber à l'eau !
Bon, je lui ai fait relâcher de force sa proie et la pauvre bête s'est envolé sans demander son reste. Je lui souhaite bien du courage parce qu'on doit se trouver genre à 100 milles des côtes...

Toi...
19H00 : L'oiseau est revenu et je viens de faire une photo improbable qui sera probablement ratée puisqu'il n'y a pas assez de lumière. L'oiseau sur la filière et la chatte sur la banquette et 70 cm entre les deux ! Ça a duré quelques minutes jusqu'à ce que Touline craque et saute pour l'attraper. Heureusement, j'avais prévu le coup et lui tenais la laisse courte.
Bon allez, je vais manger un bout et enfermer Touline. Comme ça tout le monde passera une bonne nuit, la chatte, l'oiseau et le Capitaine !

Le dimanche 20 Septembre 2015 - Anniversaire

06H11 : Pendant la nuit j'ai pas mal galéré avec le spi... Je ne sais pas si vous vous rendez compte, mais maintenir un spinnaker asymétrique en ciseau par vent arrière avec un régulateur d'allure qui a un battement de plus ou moins 20°, c'est pas de la tarte !
Vers minuit, n'en pouvant plus de démêler des cocotiers toutes les dix minutes, j'ai rangé le bordel et tangonné le foc. Toujours en ciseau, toujours à 180° du vent. Résultat, 46 milles en douze heures. C'est pas fameux, mais c'est tout de même mieux que si c'était pire. Il reste 270 milles à faire.
Le zozio a passé la nuit sur la filière, et vient de s'envoler vers le soleil levant (La terre c'est de l'autre côté pauvre tâche !).

06H40 : Je dirais que c'est râpé pour arriver mardi avant la nuit... A moins qu'on mette un petit coup de boost à quatre nœuds, et à la rigueur on pourrait être au TTSA pour 21H00... Mais bon, il est trop tôt pour faire des prévisions d'atterrissage. Attendons demain d'accord ?

07H35 : F2 grand max. Trois nœuds et des brouettes. Remarquez, ce n'est pas si désagréable de se retrouver au milieu de nulle part... Tout en sachant qu'on va quelque part. Car finalement, c'est bien ça le plus important. Oui je sais, ce que je dis frise l'hérésie pour la plupart d'entre vous. Mais le fait est que je commence sérieusement à remettre en question la fameuse maxime si chère à tous les voyageurs contemporains et qui dit en substance : L'important n'est pas la destination mais le chemin parcouru. A mon avis, on aurait tort de prendre cette phrase un peu trop au pied de la lettre. Car soyons logiques ; sans but à atteindre il n'y a pas de chemin, que des errements.

09H50 : Aaaah ! Le vent se renforce ! C'est chouette ! On commence à surfer à quatre nœuds !

12H00 : Il reste 234 milles encore à faire. Logiquement, la côte de Trinidad devrait être en vue mardi aux aurores, et ça devrait être un joli spectacle.

13H00 : Je ne comprends pas... Normalement, vu l'état de la mer et le vent qu'il y a on devrait aller bien plus vite que ça. Serait-ce une veine de courant contraire ? Ou bien c'est ma coque qui doit être vraiment très sale... On n'arrive à peine à faire du 3,5 nœuds toutes voiles dehors, en plein vent arrière et avec un bon F3 des familles. Il y a quelque chose qui cloche, c'est sûr et ça me turlupine.

13H50 : Ça-y-est, j'ai trouvé la solution pour avancer plus vite et dans la bonne direction. GV et foc tangonné du même côté à 140° du vent ! Ce n'est pas très orthodoxe j'en conviens, mais cela fonctionne. Maintenant je peux dormir un peu...

15H20 : Je n'ai pas réussi à dormir. La mer est bizarre et c'est ça qui m'empêche de me relaxer. Courte, hachée, avec quelques déferlantes que la force du vent ne justifie pas... Bref, je suis nerveux. Pourtant on avance à une allure correcte et dans la bonne direction. Je me dis que je dormirais mieux ce soir.
Ah tien des sargasses ! Il y avait longtemps ! Brrr... J'ai un frisson quand je repense à l'épisode de l'île flottante... Putain d'algues de merde !

16H40 : Je réfléchissais et je me disais qu'aujourd'hui nous étions le 20 septembre et que j'avais un anniversaire à fêter. Neuf ans ans d'abstinence. Enfin, abstinence est peut être un bien grand mot qu'il convient de ne pas prendre au sens strict du terme. Depuis quelques temps, un an à peu près, je « goutte ». Je trempe mes lèvres dans le verre de mon voisin (avec sa permission) afin d'avoir une opinion et de pouvoir la partager. Une petite gorgée et puis c'est tout ! Et pas tous les jours non plus...
Ainsi je peux vous dire que la meilleure cachaça (qui se boit pure, pas avec des glaçons comme dans ces horribles caïpirinhas) est la Mata Verde. Que le rhum n'est bon qu'après avoir passé huit ans en fût de chêne. Que les meilleurs vins sud-américains sont les chiliens. Que la bière surinamaise c'est de la merde et que la Djeune Gueule guyanaise est une réussite (l'ambrée, pas la blonde). Bref, je renoue petit à petit avec les bons côtés des spiritueux : Gastronomie et convivialité. L'ivresse et l'abus restent pour moi un interdit autant moral que médical, et je prends bien garde de ne pas y succomber.

18H00 : 3,9 nœuds de moyenne sur les dernières six heures. On va dire que je suis content puisque c'est pile poil dans la bonne direction. Pour info, nous sommes au large du delta de l'Orénoque. C'est à dire à la frontière entre le Guyana et le Venezuela.
L'Orénoque... Ça ne vous fait pas kiffer ça ?

18H50 : Et zut... On a de la visite. Deux hirondelles cette fois ont jeté leur dévolu sur La Boiteuse et ont jugé que ce serait leur dortoir pour la nuit. Touline est folle ! Je crois que je vais devoir l'enfermer plus tôt que prévu.

19H00 : Hihihi... Il y a maintenant une espèce de sterne qui cherche elle aussi une place pour la nuit. C'est l'affluence ce soir !
Note pour plus tard : Penser à passer un coup d'éponge sur le panneau solaire qui sera probablement plein de merde demain matin.

20H00 : Comme les soirs précédents le vent vire doucement au Sud-Sud-Est. Nous revoilà avec les voiles en ciseaux.

Fin de la première partie. La suite bientôt !
On va où maintenant ?

9 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour Gwendal,

Touline scrute l'horizon et se demande vers quelle destination aller ?
Dans ce cas, Moitessier laissait faire les "divinités"...
En attendant le choix de ta longue route, je te souhaite bon vent, une bonne escale, du courage pour l'entretien de La Boiteuse et un bon anniversaire.

A bientôt.

David de Nantes

Pierre Truchi a dit…

Salut Gwen, la suite de ta navigation est attendue avec impatience ! Pour info (tu dois déjà le savoir) en cas de brûlure superficielle, tu la calme si tu peux rester 5 minutes sous l'eau froide d'un robinet... (d'accord, c'est pas évident pour le capitaine d'un navire transportant des animaux ;). J'espère que tes bijoux de famille sont bien rétablis.Bravo pour ta vidéo...@ +

hedilya a dit…

Dans un sens plus vertical, la réflexion anniversaire de 07H35 de me rappelle le "jusqu’ici tout va bien. Mais l'important n’est pas la chute, c’est l’atterrissage"... et que le spi c'est dans la même toile que le parachute.
Zibous blues.

Gwendal DENIS a dit…

@David : Y'a pas de divinités sur La Boiteuse, je les ai mangé ! :)

@Pierre : Ça a fait mal au début, mais ça s'est vite calmé; Je n'ai même pas eu besoin de mettre de la biafine.

@Hedilya : C'est un peu ça en effet... Comme toujours tu as mis le doigt dessus. Bisou !

Laurent a dit…

Une belle navigation ! Mais ça fait tout bizarre que tu utilises le Spi...

Anonyme a dit…

On attend la suite avec impatience.

Popeye

Johnny Zeisner a dit…

Tiens c'est vrai ca; Le Guyana, personne n'y va, personne ne connais personne qui sait quelque chose...petite recherche sur le net. et y pas grand chose non plus mais j'ai trouvé ceci pour 2015 http://www.liberation.fr/monde/2015/09/28/le-venezuela-et-le-guyana-au-bord-du-conflit-arme_1392288

Julien Chanu a dit…

Salut Gwendal,

si tu avais le choix entre griller ton ordinateur portable et ne plus nous donner de nouvelles ou te cramer un machin qui ne te sert pas à grand chose...
Et bah t'as fais le bon choix !!!

Excuses d'être très famillier mais moi je te connais, un peu, depuis plusieurs années maintenant. C'est vrai que tu ne me connais pas mais je n'écris pas :)

Continue de me faire envie ! Ce sont les traversées et les spécificitées de la vie à bord de voiliers qui m'intéressent le plus. Je sens que je vais, encore, me régaler avec tes prochains textes, photos et vidéos.

Kenavo !

Julien, Nantais.

Gwendal DENIS a dit…

@Laurent : Ben pourquoi ? T'en a pas un sur ton canote ?

@Popeye : C'est dans la boite, tu n'as plus qu'à te servir !

@Johnny : J'ai vu ça, le Venez réclame carrément plus de la moitié du territoire du Guyana.

@Julien : C'est vrai qu'à choisir entre les bougies et mon ordi... :)