lundi 18 juillet 2011

D’Essaouira à la Sociedad

29°13.699N 13°30.178W
La Sociedad

La Boiteuse
Et bien nous y sommes… Enfin, la Boiteuse est arrivée là où elle devait arriver la semaine dernière… L’île de Graciosa aux Canaries ! Yes !
Bon ok, j’aurais fais un petit détour entre temps par le Maroc, mais on y est quand même et c’est bien là l’essentiel. Cela dit, je ne regrette rien car cette escale marocaine imprévue fut pleine de belles rencontres.

Je n’ai pas grand-chose à vous dire sur cette navigation de deux jours et deux nuits (42 heures exactement)… Oui je sais c’est con. Après le compte rendu de la première partie, quasiment heure par heure, vous seriez en droit d’attendre la même chose pour la seconde partie. Et bien non.
Est-ce que c’est parce que pour cette fois je n’étais pas seul, ou bien parce que tout c’est bien passé ? Je ne sais pas. Toujours est-il que je n’ai pris aucune note et quasiment pas de photos. Cela dit, comme je vous aime bien, je vais tenter de vous faire un bref résumé de cette traversée.

Départ vers midi ce vendredi 15 juillet. Manuel et moi on s’est préparé à prendre une claque dès la sortie, car à Essaouira le vent est toujours bien méchant. Et c’est le cas, du F6-7 nous accueille à peine avions-nous passé l’île de Mogador.
Cap plein Ouest par vent et houle de travers… La mise en jambe est plutôt sportive, mais sans commune mesure avec ce que j’ai connu la semaine précédente… Ce qui n’est pas le cas du pauvre Manuel qui commence à se sentir mal.
Je suis sorti en premier et Momo n’a pas tardé à suivre. Très vite je me rends compte que le plan initial qui était de naviguer à vue l’un de l’autre va être un peu difficile à réaliser car… Je vais bien trop vite pour lui !
Pour passer le temps et lui donner l’occasion de me rattraper je suis obligé de tirer des bords dans une mer formée et pas mal déferlante.
Pendant que Manuel se vide les tripes et les boyaux, je fais mon possible pour freiner la Boiteuse. Deux ris dans la GV et le Foc de la taille d’un string. Mais malgré ça, je continue à prendre de l’avance sur ce pauvre Momo qui peine avec ses huit tonnes et ses 9,50 m.

Tant pis, je ne peux faire mieux que ça. Quand la nuit tombe, j’aperçois une dernière fois les feux du Momo, et nous nous retrouvons seuls. La nuit se passe comme si j’étais seul à bord… Je dors par brève périodes de 20 mn, me relevant régulièrement pour faire un tour d’horizon et toutes les deux heures je fais un point.
Nous faisons du 6,5 nœuds de moyenne toute la nuit, sous une pleine lune complètement occultée par les nuages.

Momo en pleine action !
Le lendemain, vers midi Manuel se sent un peu mieux. 139 milles de parcourus en vingt-quatre heures. Pas mal.
Nous essayons de déjeuner d’une salade de pâtes préparée la veille, mais comme à son habitude sous cette allure la Boiteuse se dandine tellement que l’opération est plutôt malaisée.
La mer est maintenant relativement praticable. Du F4 avec une houle pas trop grosse, c’est assez plaisant en fait… On trace notre petit bout de chemin, tranquillos-Carlos.

En fin de journée je dois bien me rendre à l’évidence, on est bon pour un atterrissage de nuit… Fin de nuit pour être précis. Comme Manuel va beaucoup mieux, on décide de faire un vrai partage de la nuit. Il prend le premier quart de 22h00 à 02H00, et moi je prends la suite pour l’arrivée. Quasiment quatre heures de sommeil d’affilé… Le pied.

A deux heures je prends mon quart. On est à 20 milles de l’arrivée, et il ne s’agit pas de s’endormir car juste sur notre route se trouve un gros caillou nommé El Roque del Este. Non signalé par une lumière quelconque, bien évidemment.
03H00, Terre en vue ! J’aperçois les lumières d’une ville, et tout de suite après je distingue dans le contre-nuit (ça se dit ?) la silhouette du Roque del Este. Ok, je sais parfaitement où nous sommes, l’île devant c’est Lanzarote et la ville c’est Orzola.
Il suffit juste de contourner la Punta Fariones et on pénètre dans le chenal qui sépare Lanzarote de Graciosa… Petites lumières au fond là-bas… Une rouge et une verte, le port de la Sociedad.

La Sociedad
Pendant que la Boiteuse longe les falaises impressionnantes de la côte nord de Lanzarote, je réveille Manuel pour que nous préparions l’atterrissage.
Défenses de chaque côté, et amarres à tous les coins du bateau. C’est que là on ne sait pas trop où on met les pieds… Y aura-t-il de la place ? C’est bien là la question.

Nous entrons dans le port, il est 05H30. Je distingue un ponton flottant dans le noir… Avec une belle et grosse place quasiment tout au bout, près d’un grand catamaran. Ok, celle-là elle est pour nous.
J’essaye de me glisser en marche arrière comme je fais d’habitude, mais le vent m’est contraire et je loupe la manœuvre. Je n’insiste pas, on va y aller le pif en premier. Vroum-vroum, et voilà notre Boiteuse qui se pose comme une fleur le long du catway. Manuel saute sur le ponton, amarre notre monture. Deux pointes à l’avant, une à l’arrière. Gardes montante et descendante. Ok, on est bon, il est 06H05.

De l’autre côté du port, sur le quai des ferrys, des bruits de musique nous parviennent. Apparemment on fait encore la fête à cette heure matinale… Pendant que Manuel retourne compléter sa nuit, je décide d’aller faire quelques pas dans le village. J’y croise toute une flopée de gens ayant tous deux point communs : Ils sont jeunes et bourrés.
Je me souviens maintenant, Graciosa est connue pour servir de rendez-vous à la jeunesse canarienne qui vient par car-ferries entiers de Lanzarote ou d’autre îles pour faire le plein d’alcool et d’autres substances le temps du weekend.
Dans les rues recouvertes de sable, je croise des couples qui se bécotent. D’autres titubent ou dorment adossés aux murs blancs des maisons. Partout des cadavres de bouteilles… Le spectacle ne serait pas particulièrement réjouissant si je ne croisais pas de temps de véritables bombasses qui me saluent d’un holà enjoué.
Je repère les points stratégiques : Le distributeur de cash, l’épicerie, la poste, le bureau du port…

Tranquille...
07H00, les équipes de maintenance du village se mettent en branle et ratissent le sable pour faire disparaitre les reliefs de la fête de la nuit. Les jeunes remontent dans les ferrys en chantant. Les mêmes ferries reviendront une heure plus tard avec les premiers visiteurs diurnes. Tout est alors nickel pour les accueillir.

Même si je peine un peu à marcher dans le sable, je fais quelques pas en dehors du village. Il fait gris, le vent charrie une vague bruine qui humidifie l’atmosphère. Tout est comme le laissait entendre les photos et les textes que j’avais étudiés sur cet endroit. De maigres buissons épineux, du sable et des roches volcaniques, pas un arbre… C’est le désert.

J’adore.

Avant de clore ce chapitre, je voulais saluer deux couples que j’ai eu le bonheur de croiser.
Tout d’abords, Bénédicte et Gérôme. J’ai fais leur connaissance dans la médina d’Essaouira, et ils m’ont fait le plaisir de venir me visiter sur la Boiteuse. Le nouveau bonnet rouge que je porte dorénavant en permanence est une de leurs gentilles attentions… Merci à vous !

Le Gwen en plein désert...
Ensuite je voulais faire un petit coucou à Anne-Marie et Patrick, qui doivent se trouver maintenant à Agadir avec leur magnifique ketch, le Skøiern. J’espère vous revoir bientôt sur la route des alizés, car je sais que j’ai encore plein de choses à apprendre de vous !

Allez, c’est pas tout, mais il faut que je trouve un moyen de vous envoyer cet article maintenant… Et croyez-moi, c’est pas gagné !


PS: Je viens de passer régulariser ma situation auprès des autorités du port, et l’on m’a dit très gentiment de dégager…
Je vais donc essayer de trouver une solution de remplacement, voire repartir vers une autre île, un autre port… Je ne sais pas encore. Je vous tiens au courant.

N'a t-elle pas fière allure ?






3 commentaires:

cazo a dit…

Le cliché qui manquait... La Boîteuse en action... Superbe !!!

Bon, maintenant il faudrait :
- Une vidéo
- Photos et vidéo de La Boîteuse en action avec un peu plus de voilure un peu plus décente que ce petit string à la tête et ce foulard aux fesses !!

;-) !!

J'espère que tu vas vite vous trouver un port ou un mouillage hospitalier et une connection pour nous assurer le séjour virtuel d'île en île dans les Canarias !!!

Anonyme a dit…

Bonjour Gwen,
Superbe image de la boiteuse !!!
Ce serait dommage de quitter Lanzarote sans visiter l'ile car c'est la plus atypique des Canaries.
Si besoin d'une aide spécifique ou d'un renseignement, ma fille s'y trouve depuis 7 ans et pourrait agir.
Bonne route
Denis

Gwendal a dit…

@Cazo : C’est sûr que sous cette voilure elle fait un peu ridicule ma Boiteuse. Mais ça laisse imaginer le vent qu’il faisait… Et les pointes de vitesse qui vont avec ! 13,4 nœuds, record encore battu d’un dixième de nœud !

@Denis : Hélas je vais passer devant Lanzarote et me poser sur l’île suivante… Mais bon, je suis aux Canaries au moins jusqu’en septembre et les choses ont le temps d’évoluer d’ici là. Merci pour la proposition !