jeudi 15 août 2013

Une si belle journée

34°57.786S 55°16.183W
Piriápolis, Uruguay


La journée était belle. Les 1030 Hectopascals du baromètre coïncidaient avec un temps magnifiquement ensoleillé quoiqu'un peu venteux. La température ressentie était de 6°C... C'était vraiment une belle journée d'hiver comme celles qui nous font apprécier de rester au chaud, mais également d'arpenter la rambla de los Ingleses, le bonnet soigneusement calé sur les oreilles. Car oui, la promenade du bord de mer de Piriápolis s'appelle la promenade des Anglais. Je sais, c'est drôle.

La rambla de los Ingleses
Une belle journée vous disais-je. Idéale pour ce petit tour en ville qui devait m'emmener au distributeur automatique ainsi qu'à la laverie afin de récupérer du linge.
Je marchais le long du bord de mer, m'attardant ça et là le temps de photographier un oiseau, profitant pleinement du temps qui passe lentement et de cet ambiance si particulière qu'ont les stations balnéaires en hiver. Désertes, tranquilles, silencieuses, presque fantomatiques.
Chemin faisant mon esprit vagabondait, et je me disais combien cette escale était douce. Je réfléchissais à mes prochains mois de navigation, et je me disais que sitôt arrivé à Trinidad ou Tobago, il se pourrait bien que je zappe l'arc caribéen et file directement sur le Panama... Bref, je pensais.

L'Aigrette neigeuse (Egretta thula)
Au moment de retirer mon argent pour la semaine, mon regard c'est machinalement porté sur ma CB, et l'urgence de son renouvellement m'a alors sauté aux yeux. Diable ! Expire en septembre 2013 ! Il est grand temps !
Il est grand temps, je sais... La carte est disponible à mon ancienne agence bancaire mais il me faut maintenant lui faire traverser l'Atlantique et arriver jusqu'ici... Le temps de m'organiser, c'est une affaire de deux semaines, peut-être trois. Bizarrement (!), cette idée de prolonger mon séjour ici afin de régler cette affaire ne me choque pas... Je dirais même qu'au fur et à mesure que mes pas me ramènent vers le port, cette idée devient séduisante.

En arrivant au bateau, ma décision est prise : Je vais attendre ici en Uruguay que ma nouvelle carte bleue arrive. L'endroit me plaît, je m'y sens bien. Tout va donc bien dans le meilleur des mondes.

Mouettes de Patagonie (Larus maculipennis)
Je me suis ensuite rendu chez mes copains, Franz et Hanna, histoire de papoter. Qui plus est, le sourire de la petite Milena est pour moi un ravissement et de voir cette petite fille faire ses premiers pas à bord du bateau familial est un enchantement. A mon retour sur mon ponton, un homme m'attend. C'est le propriétaire de la place que j'occupe qui désire la retrouver... Soit ! La journée est si belle ! Réglons ça maintenant !
Ensemble nous allons aux bureau, et un employé ne tarde pas à m'indiquer où me mettre afin que le monsieur puisse récupérer son bien. Là encore, nous papotons lui et moi dans la plus agréable concorde. Il m'aide même à me défaire de mes amarres pour ensuite courir jusqu'à ma nouvelle place afin de me les saisir de nouveau. L'entraide maritime dans ce qu'elle à de plus commun, mais aussi de plus sympathique.

Madame otarie à crinière
La Boiteuse glisse doucement pour s'accoter à une goélette française en acier de 20 m. J'arrête le moteur, et me dirige vers l'avant pour lancer mes amarres... Et c'est là que je mets le pied sur le tube en inox qui me sert de bout-dehors. Tube que j'avais démonté afin d'en changer le boulon de fixation... Ma cheville se tord et j'entends en même temps que je sens distinctement un crac de mauvaise augure.
La douleur me submerge l'instant d'après. Je m'écroule, pendant que heureusement le monsieur venu m'aider se saisi de la proue du bateau pour l'empêcher de percuter le quai. J'ai la nausée tellement j'ai mal... Mais j'arrive quand même à lui jeter mes deux pointes avant et à confectionner un point d’embelle pour m'amarrer à mon gigantesque voisin. La Boiteuse est sauve, mais moi je déguste grave.

Quelques heures plus tard m'auto-diagnostique une entorse. Et pas une légère. Du genre sérieux. Ma cheville a triplée de volume et la douleur m'empêche de poser le pied par terre. C'est que je m'y connais en entorse mine de rien... Je supporte les conséquences de l'une d'entre elles depuis plus de vingt ans. Mon souci, c'est qu'il s'agit de mon pied gauche. C'est à dire mon pied valide. Celui qui m'aide à marcher et à soulager ma cheville droite abîmée depuis tant d'années.
En clair, je ne peux plus marcher. Sinon à me tenir à tout ce qui peut supporter mon poids dans le bateau et à grimper les cinq marches de la descente sur les genoux.

Bon, il faut que je m'organise un peu là... Mais je vais quand même attendre demain, histoire de voir comment ça évolue.

Le lendemain...

Et bien voilà !
Ma nuit a été plutôt compliquée. Malgré la dose d'aspirine que je me suis administré j'ai eu du mal à dormir, ma cheville ne supportant même pas le poids de la couette. Quant au lever... Je vous laisse imaginer le calvaire que c'est d'avoir vos deux pieds qui refuse de vous porter. C'est l'enfer !
Cela dit, les choses ne sont pas aussi graves qu'elles semblent l'être. Je reviens de l’hôpital, et mon auto-diagnostique c'est trouvé confirmé par les radios : Entorse sévère.
Au programme c'est donc des anti-inflammatoires et du repos. Beaucoup de repos... C'est à dire que je ne suis pas sensé poser le pied par terre pendant au moins quinze jours, voire plus. Et ça, je sais déjà que cela me sera impossible. J'ai encore de quoi manger, et n'ai donc pas besoin de me déplacer. Mais d'ici deux ou trois jours cela risque de devenir problématique...

Finalement, moi qui me cherchais des raisons de continuer à profiter de cette escale uruguayenne, je me rends compte que la vie décide pour moi. Je vais rester ici bien tranquillement, profiter de ce repos forcé et attendre bien sagement que ma nouvelle CB arrive et que ma cheville se remette.
D'ailleurs, cela n'est pas si dur à concevoir, car malgré le vent qui fait vibrer les haubans, le soleil inonde généreusement le carré de la Boiteuse.
C'est encore une très belle journée qui s'annonce.

13 commentaires:

Anonyme a dit…

Aïe aïe aïe !!!!
Une si belle journée qui finie ainsi...oups !
En tout cas je peu juste te souhaiter un très bon rétablissement et bon courage.
Lucas.

Gwendal DENIS a dit…

@Lucas : Merci Lucas ! Ça va déjà un peu mieux, car les anti-inflammatoires commencent à faire effet.

Sonia a dit…

Et merde !!!!!!!!!!!!
Euh....... Tes voisins, ils ne peuvent pas aller faire tes courses, au moins ça, pour te soulager ?

Thomas a dit…

Rien qu'au titre j'ai sentis qu'il y aurai un problème, j'ai eu tort, il y en a eu deux ...

J'espère que tes voisins sauront être à la hauteur de leur goélette en acier de 20 m pour t'éviter de poser le pied un maximum en t'aidant un peu pour le ravitaillement. Même si boiter des deux pieds peut avoir son avantage.

Que ta carte arrive vite et que ta douleur parte encore plus vite ! Bises.

Gwendal DENIS a dit…

@Sonia : Pour l'instant je n'ai pas eu à les solliciter... On verra.

@Thomas : Non, les voisins dont je parle sont le couple d'allemand et leur petite fille que j'ai connu à Buenos Aires. La goélette est déserte jusqu'à la belle saison où elle rejoindra l’Antarctique. Et pour ce qui est de boiter des deux pieds, hélas cela n'équilibre en rien ma démarche !

Pierre Vigna a dit…

Hello Gwendal

Bad news! Je sais de quoi tu parles je sors de 4 semaines avec une entorse et un festival à assurer.
Je pense que cela va te pousser à une organisation d'enfer! En tout cas ne bouge pas trop, si possible, cela rallongerait le temps de guérison mais je crois que tu sais très bien ce dont je cause.
Bon courage, tous mes voeux et à bientôt sur des eaux plus chaudes.
Pierre

guerdy a dit…

Bonjour la "Chtoumoune" j'ai passé par là, et en plus j'étais au mouillage.
Pour les courses ça allait, mais la caisse du bord frisait le zéro des cartes et confier ma CB à quelqu'un pour aller au D. A. B. à ma place était plus délicat.
Soignes-toi bien fais pas d'imprudences et ne sollicites pas ta
cheville trop tôt. Guerdy

Gwendal DENIS a dit…

@Pierre : Moi qui suis déjà pas mal doué pour optimiser mes déplacements afin d'en faire le moins possible, je vais devenir un vrai pro en la matière !

@Guerdy : Je vais devoir me débrouiller autrement... Heureusement que les taxis ne sont pas trop chers par ici !

la Lésion d'Honneur a dit…

Rien que de te lire, j'en ai mal au pied ! Et j'admire la philosophie ambiante ! Chapeau bas ! Bon courage et dis toi que c'est le pied d'avoir un temps pareil non ? ;-))

Eric et Sandrine a dit…

Voilà une mésaventure qui par certain coté t'arrange. Bon un petit conseil: ne te fais pas mal chaque fois que tu es indécis sinon tu vas finir en morceaux!!! Je plaisante, mais fait attention à toi. Je te souhaite un prompt rétablissement.

... a dit…

Como te vas...?
Je t'immagines piaffant d'impatience....Molo-molo....
Bon retablissement....

JINGLE a dit…

Salut Gwendal,
on te souhaite un prompt rétablissement !

Un élément à avoir dans sa trousse à pharmago du bord: de la codéine type Efferalgant Codeiné (sur ordonnance en France). Lors d'un pépin comme celui, tu en avale un et tu arrive à dormir et/ou à te déplacer jusqu’à l'hosto sans trop jongler.

A plus,
Eric et Sandrine sur JINGLE

Gwendal DENIS a dit…

@La Lésion : J'essaye de garder le moral, mais c'est une tâche à plein temps !

@Eric et Sandrine : C'est vrai que quelque part cela m'arrange. Si j'étais un peu plus clair dans ma tête, je n'aurais pas besoin d'actes manqués de ce genre là !

@... : Piaffer sur mes deux chevilles malades ? J'évite !

@Jingle : J'avais ce genre de chose. Mais après plus de deux ans et demi de voyage, cela fait longtemps que mes réserves sont épuisées !