jeudi 22 mai 2014

Si tu vas à Rio....

22°56.010S 43°06.375W
Clube Naval Charitas, Niterói

Voilà un peu plus de dix jours que La Boiteuse est accrochée tout au bout d'un des pontons délabrés du Clube Naval Charitas, à Niterói. Dix jours sans réels événements qui soient dignes d'être racontés, je le crains... Pour tout vous dire, je ne me plais pas là où je suis.
Le Clube Naval Charitas est assez particulier dans le sens où la politique tarifaire est l'inverse de celle pratiquée dans la plupart des structures que j'ai pu connaître. Les trois premiers jours sont assez raisonnables (56 $R), puis les tarifs augmentent par tranches successives jusqu'à devenir insupportables : 183 $R au delà de deux mois. En résumé, plus longtemps vous restez, plus cher vous payez. Officiellement c'est pour : « Encouraging the turnover of visiting boats ».
Tu parles ! En réalité on retrouve concrètement ce qui m’insupporte dans le milieu nautique brésilien, à savoir cette mentalité de socios de merde. Tout est bon pour conserver l'entre-soi et exclure le voyageur. Je trouve ça choquant, d'autant plus quand c'est moi le voyageur.
En plus, lorsque je vois l'état lamentable des pontons et des bateaux qui portent l'estampille CNC, je me dis qu'ils se foutent réellement du monde. Je n'ai jamais vu de bateaux dans un état aussi pourri depuis que je suis dans ce pays. Par contre, le Clube lui même, ses restaurants, ses aires de jeux pour les enfants, sa piscine, etc, sont nickels... Bref, c'est un Clube qui n'a plus rien de Naval, une espèce de Rotary où se rencontre une élite pour pratiquer l'entre-gens et la cooptation.

Les pontons sont au trois-quart remplis mais ils ont quand même été fichu de m'attribuer la place la plus pourrie qu'il soit, soumise aux vagues levées par les ferrys qui font la navette entre Niterói et Rio. Résultat, un soir, le bout-dehors a touché le quai et c'est tordu... J'ai donc dû m’adresser à un artisan du coin qui m'en a refait un avec un système de fixation légèrement différent.

Rio depuis la ville de Niteroi
J'ai bien tenté ma chance dans la marina d'à côté, celle de Jurujuba, que le guide du Brésil (le Vallette) annonçait comme moins cher. Mais surprise, celle-ci est maintenant interdite aux visiteurs... Je ne sais pas si vous allez me trouver excessif (ça peut m'arriver), mais j'en ai un peu marre d'être reçu comme une merde.
Ah ouais, en plus je me suis fait interdire de pêcher au filet pour Touline ! Soit disant que des socios se seraient plains parce que les quelques méduses que je ramène parfois et qui finissent sur le ponton, ça fait désordre. Quand tu vois la gueule des pontons... Bref, j'ai ravalé ma colère sur le moment parce que l'on m'a aussi fait la réflexion que les animaux étaient interdits, mais depuis je ne me gène pas pour distiller quelques répliques venimeuses laissant entendre que le monde des bateaux de voyage est un tout petit monde et qu'avec moi leur réputation allait en prendre un sacré coup. Non mais c'est vrai quoi ! Qu'ils me fassent chier, à la rigueur, je veux bien. Mais qu'on s'en prenne à Touline et là je montre les crocs !

Bref, vous l'aurez compris, j'ai hâte de me casser d'ici, et a priori ce serait pour la fin de la semaine.

L'envol au mouillage
Mais tout n'a pas été tout gris pendant cette escale puisque j'y ai fait une heureuse rencontre en la personne de Christophe. Christophe est un malade mental. Euh pardon, je veux dire un sportif. Il voyage solo sur L'Envol, un Django 7.70. Bref, un sportif sur un bateau de sport, on est dans la normalité. Nous avons passé d'interminables heures à discuter dans une ambiance de franche camaraderie. On s'est filé des coups de mains et des infos utiles. Bref, C'est une rencontre qui restera dans les anales en ce qui me concerne et je vais garder un œil sur ce petit bateau histoire de ne pas le louper au cas où nos routes se croisent de nouveau dans le Pacifique.

La preuve en image
Et Rio allez-vous me demander. Ben j'y suis allé... Une fois. La preuve, j'ai fait une photo d'un bus pour que vous ne me preniez pas pour un mytho. Et je compte bien y retourner avant la fin de la semaine puisque je suis obligé de me signaler à la Capitainerie du Port avant de repartir. Et comme pour la première fois cela ne me prendra tout au plus une heure... Un peu plus si l'on tient compte du trajet en ferry. Alors je sais, vous allez me dire que je ne suis décidément qu'un indécrottable je-sais-pas-quoi. Un fieffé cabochard têtu comme une mule. Mais les grandes villes, franchement, ça ne m'inspire pas vraiment. Et celle-ci ne m'a pas plus inspiré que beaucoup d'autres. Même pas suffisamment pour monter sur le Pain de Sucre ou aller arpenter les plages de Copacabana ou d'Ipanéma... Car le maître mot dans tout ça c'est justement le verbe arpenter.
Mais bon, je ne vais pas revenir là-dessus, on en a déjà suffisamment discuté.

Des fourmis !
Ah ouais, faut que je vous raconte un truc. Lorsque j'étais dans le ferry pour la grande ville, il était 08H30 quelque chose comme ça, j'étais noyé dans la foule des gens qui partent au boulot. Cela m'a fait une drôle d'impression de voir tous ces hommes en costard cravate et ces femmes en tailleurs. A un moment, alors que la foule piétinait pour sortir du ferry, j'ai regardé mes pieds et j'ai constaté que j'étais le seul en tong. Tout le monde portait des chaussures de ville ! Cirées, avec glands ou sans glands. Escarpin avec ou sans talons. Même pas une seule paire de tennis à l'horizon, que des trucs en cuir !
Je me suis senti bizarre, un peu comme décalé par rapport à ce monde industrieux et pressé. Car aussitôt descendus du ferry fallait les voir cavaler toutes ces petites fourmis ! Tandis que moi je cheminais tranquillement le nez en l'air...

Que puis-je vous raconter d'autre ? Cette semaine j'ai passé quelques heures à trouver et à réparer une fuite sur la vache à eau. La rustine que j'ai posé a l'air de tenir... j'ai également acheté un produit pour récurer les caillebotis en teck, mais je n'ai pas encore eu le courage de m'y atteler. Un jour ou l'autre l'envie me viendra, et j'aurais le produit sous la main, c'est déjà ça.

Voilà-voilà... Je vous laisse pour aujourd'hui. On se retrouve dans pas longtemps dans un autre lieu que j'espère plus accueillant !

La baie de Sao Francisco avec Rio au loin
La même vue de plus haut
Christophe a une manière très particulière de descendre à terre...
Un soir...


13 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour Gwendal,

Encore un billet qui nous fait rêver...
de ne pas mettre les pieds dans une marina brésilienne (ne cherche pas, il n'y a de contre-petterie).
Lors de tes rencontres avec d'autres bateaux-voyageurs, partagent-ils ton point de vue sur les ports locaux ?

Tiens bon face à tout cet océan de bêtise, des vents favorables te feront quitter cet environnement de socios-pathes et tiques !

David de Nantes

JR a dit…

j'espère que cet argent déversé dans les marinas brésiliennes ne va pas te manquer ds le pacifique;o))
bon vent pour bahia
JR

Bateau Loïck a dit…

J'm en doutais... Ça vaut pas de cramer du fric et des jours de visa. Tire toi à Buzios ça devrais être plus sympa. Bonne nav. bises

Monique a dit…

Je ne comprendrais jamais comment tu peux encore râler dans des paysages aussi paradisiaques !!!!!!

Bon vent pour la suite et cesse donc de te plaindre !! Tu pourrais être en costard et en chaussures à glands et courir au boulot ...!!!!

Heureusement que je t'aime sinon je t'engueulerais, tiens !!!

Gwendal DENIS a dit…

@David : Si, il s'agit en fait d'un sentiment relativement général. Avec cependant de belles exceptions comme Rio Grande do Sul ou Jacaré.

@JR : Ah ça... C'est sûr que les un an et demi passé en Amérique du Sud m'auront couté cher !

@Loïck : Moi j'veux bien, mais c'est le vent qui veut pas. C'est pétole depuis deux semaines !

@Monique : Comme quoi ma chère Momo que j'aime aussi, ce n'est pas parce que les paysages sont beaux que les gens le sont aussi !

hedilya a dit…

En fait, la petite fourmi parisienne que je suis ne t'octroie péremptoirement pas le droit ni de tenir pareil discours ni de geindre ; bordel, chacun de nous aimerais n’avoir qu’à assumer ses choix en tongs en attendant le vent.

Dans une ville où le climat à l’air particulièrement tendu depuis quelques temps, à trois semaines du mondial de foot fric, me semble qu’il y a matière pour un contestataire auto-proclamé à d'autres discours que le prix des marinas ! Fais-nous au moins une revue de la presse locale.

... et je ne suis pas que de mauvaise humeur.

Gwendal DENIS a dit…

@Hedilya : Mais si t'es de mauvaise humeur, ça se voit :)
Je sais bien qu'en ce moment Rio craint du boudin (30 bus cramés la semaine dernière), mais paradoxalement cela ne m’intéresse pas plus que ça. Après avoir passé tout ce temps au Brésil j'estime (à tord je le sais) en avoir fait le tour et je n'ai qu'une hâte, passer à autre chose.
Donc, jusqu'à la fin il y a des chances que je reste en mode bougon. A moins que...

JINGLE a dit…

Je suis solidaire avec toi, Gwendal, reste en mode bougon et casse toi dès que possible. C'est effectivement énervant d'être pris pour un gogo dans les marinas...

Quant à ton sentiment d'être en dehors des clous quand tu es en tong avec le nez en l'air quand tout le monde court a coté de toi et bien, j'ai le même et j'en suis satisfait ;)

Gwendal DENIS a dit…

@Jingle : Merci pour la solidarité !!!

... a dit…

Ne pas oublier que les européens sont souvent pris pour des portefeuilles ambulants, c'est souvent le cas, mais quand ca l'est de la part des autorités c'est pire...Quand on est un riche bresilien ca ne doit pas elever d'etat d'âme car cela permet de ne pas melanger les classes sociales, genre les monegasques et les villes des alentours. Le pognon pue c'est bien connu...Un côté positif (peut être), ce sont des experiences que tu engranges pour la decouverte d'autres pays, plus tard, tout n'est pas negatif le tout est de ne pas regretter ses erreurs, et dieu sait si perso j'en ai commises,penses au verre à moitié plein....

Anonyme a dit…

Bonjour Gwendal,

Petite pensée d'encouragement extraite des 4 vents de l'aventure de M. Bardiaux (T2 chap XIX):

Connaissant déjà le sud du Brésil,
je ne me faisais guère d'illusions sur sa partie équatoriale. A Rio, cinq plus tôt, on m'avait dit :
"C'est dans le nord que vous découvrirez le vrai visage du Brésil".

Tu vérifies et tu nous tiens informé.

David de Nantes

Olivier Denis a dit…

Bonjour à toi Gwendal, Oh ben dit donc T'es pas en veine en ce moment. J'ai hâte de te retrouver dans un meilleur entourage car ta bonne humeur et ton trait de plume correspondant me manque Heureusement qu'il y a par ci par là des rencontres sympathiques pour ce rappeler qu'il y a des gens intéressants à connaitre.
allez bon vent à vous trois vers plus de nord.

renepaulhenry a dit…

"rencontre qui restera dans les anales" Euh, je crains de comprendre...