mercredi 8 avril 2015

Le Brésil est-il un pays dangereux ?

12°53.377S 38°41.045W
Itaparica, Bahia

En voilà une question qu'elle est bonne ! Bon d'accord, je reconnais que ce titre est un tantinet racoleur et je m'en excuse. Demander de façon aussi lapidaire si le Brésil est un pays dangereux, c'est implicitement sous entendre qu'il l'est. C'est un procédé qu'on s'attendrait à voir utilisé plutôt dans Valeurs Actuelles ou dans le Nouvel Observateur... Mais bon, une fois n'est pas coutume non ? Surtout que le sujet que je veux aborder aujourd'hui est quand même important, alors si un titre accrocheur peut en faciliter la diffusion ce n'est pas plus mal.

Pacification des favelas à Rio Sept 2012
Si vous posez cette question tout de go à un Brésilien, il vous répondra aussi sec  : Si! O Brasil é um país muito perigoso! Et ce, quelle que soit sa condition sociale. Il faut dire que le Brésil a comme une espèce de penchant pour la violence... Comme la plupart des pays de ce continent d'ailleurs. Cela est dû à des facteurs multiples, comme l'histoire, la géographie, mais aussi à la politique économique et sociale qui tout au long de ces trente dernières années n'a fait que creuser chaque jour un peu plus le fossé entre les riches et les pauvres. Toujours est-il que la plupart des brésiliens sont persuadés de vivre dans un pays où c'est chacun pour sa gueule et où, dès que vous possédez quelque chose, il y aura forcément quelqu'un qui viendra essayer de vous le prendre. Et à mon avis ce n'est pas près de changer... Et ce qui ne changera pas non-plus ce sont les programmes télé de milieu de journée, où pendant deux heures la ménagère est gavée de faits-divers tous plus sanglants les uns que les autres, avec « journalistes » de terrain et caméra à l'épaule.
D'où une espèce de paranoïa ambiante qui a de quoi vous déstabiliser lorsque vous débarquez pour la première fois dans ce pays. Des grilles, des barbelés, des hommes en armes, etc. Mais le pire c'est que tout le monde trouve ça normal ! C'est comme si il était inscrit bien profond dans l'inconscient collectif des brésiliens que la police est corrompue et/ou incompétente, et que donc la sécurité est avant tout une affaire privée qui relève d'une démarche personnelle. Et le corollaire de cette pensée un peu bizarre c'est que, quelque part, si vous vous faites agresser, et bien c'est un peu de votre faute parce que vous n'aurez rien fait pour vous protéger... Ouais je sais, c'est le monde à l'envers mais c'est comme ça.

Si vous voulez en croire la littérature nautique, en clair le guide Imray de Michel Balette qui sert de guide à tous les marins-voyageurs Français, le Brésil est, je cite : It would be a mistake to become obsessed... Ok, en français ça donne ça : « Ce serait une erreur de devenir obsédé par l'insécurité et les risques de violence au Brésil. (…) Au mouillage, en règle générale, vous ne devez pas laisser les petits bateau locaux s'approcher, s'amarrer, ou laisser monter à bord leurs occupants sous quelque prétexte que ce soit. (…) Mais ne jamais oublier qu'au Brésil un bateau est vu comme un signe de richesse et peut provoquer une réaction de convoitise. Un bateau étranger est le plus tentant car il est susceptible de contenir de coûteux équipement électroniques, des effets personnels, des appareils photo, etc. ». (translate by myself)
Bon, là on est dans la bien-pensance la plus totale. Vous êtes ce que vous êtes et eux sont ce qu'ils sont. Il n'y a plus de bien ni de mal, et si vous vous faites agresser c'est parce que c'est dans l'ordre des choses cosmique. Amen. Limite, et je l'ai entendu de mes yeux, c'est normal que l'on vous vole parce que vous êtes de bons et gras occidentaux et que vous provoquez ces pauvres gens en étalant vos richesses. C'est du grand n'importe quoi... He ! Réveillez-vous les gens ! La pauvreté, si elle peut être une explication, ne sera jamais une excuse !

Il n'y a pas de vert
Si vous consultez le site diplomatie.gouv.fr... Et bien franchement c'est flippant. Genre, vous qui entrez ici perdez tout espoir. Vous êtes des cibles ambulantes pour tout ce que le Brésil compte de maniaques, de pickpockets, de pirates informatique, etc. Les déplacements dans les grands centres urbains doivent se faire quasiment en voitures blindées à la nuit tombée, et je ne vous parle même pas des requins qui vous attendent à Recife. Des vrais requins, pas des banquiers.
Cela dit, je reconnais volontiers que le site du ministère des affaires étrangères est un poil alarmiste. Même si sur le font ils n'ont pas vraiment tord, si on les écoutait on resterait chez soi.

Si vous me posez cette même question à moi, le Brésil est-il un pays dangereux, j'aurais envie de vous rétorquer que je suis mal placé pour répondre... Et ensuite que ça dépend où, ça dépend aussi pour qui et par rapport à quoi.
En plus d'un an de présence sur le territoire brésilien, je n'ai (jusqu'à présent) jamais eu d'ennuis. Cependant, il convient quand même de préciser que compte tenu de mon handicap et de mon mode de vie, je suis naturellement moins susceptible de me faire agresser que d'autres. Sans avoir à me forcer, je sors rarement et jamais seul le soir, je privilégie les marinas aux mouillages sauvages, je n'affectionne pas les grands centres urbains, je fuis les lieux touristiques, je parle portugais et je suis un mec (pas maigrichon)... En clair, si vous faites ou si vous êtes tout le contraire de ça, c'est quasiment sûr que vous y aurez droit.
Ensuite, il y a des endroits au Brésil qui sont plus dangereux que d'autres, et généralement cela coïncide avec les lieux où les inégalités sont les plus criantes. Le Nordeste, les grands centres urbains ou touristiques comme Rio, São Paulo, Salvador. L’Amazonie et quasiment toutes les zones frontières sont à éviter aussi à cause des trafics divers et variés. Bref, le Brésil étant hyper grand ça vous laisse quand même pas mal d'endroits où être peinard.
Enfin, pour ce qui est de comparer l'insécurité brésilienne avec celle qui règne en France, franchement j'aurais du mal. A part dans la cours de récré en primaire, de ma vie entière je n'ai jamais eu à me soucier de ma sécurité. Je suis un pur produit de la campagne, et dans mon bled on laissait les portes et les fenêtres ouvertes. Autant dire que pour moi, faire gaffe où l'on met les pieds n'est pas inscrit dans mon comportement. C'est sans doute de la naïveté, ou de l'inconscience, mais depuis que je suis sur la route je n'ai rien changé. J'ai les mêmes fringues, les mêmes habitudes. Je suis resté le même, et ça se passe bien. Par contre, je suis assez lucide pour voir ce qui se passe autour de moi et c'est pour ça que parfois je me dis que le Brésil est un pays de sauvages.
Mais j'imagine que si vous venez d'une banlieue quelconque vous allez probablement trouver le Brésil ni plus ni moins dangereux que par chez vous.

Donc voilà : Le Brésil est-il un pays dangereux ? Indéniablement oui. La preuve avec des chiffres.

56 337 : Le nombre de personnes assassinées au Brésil en 2012, au 3e rang des pays les plus meurtriers du monde après le Honduras et le Salvador.
77% : La hausse du nombre de personnes abattues par la police en janvier 2014 à Rio (criminels, innocents ou suspects).
8 sur 10 : Les Brésiliens qui ont «très peur» d'être assassinés.
385 : Les personnes tuées l'an dernier à São Paulo après avoir résisté à une tentative de vol.
250% : La hausse de la petite criminalité dans certains quartiers de Rio depuis janvier.
118% : La hausse du nombre d'attaques d'autobus dans le but de voler les passagers à Rio en janvier 2014, comparativement à janvier 2013.
(Chiffres Juin 2014. Source LaPresse.ca)

Bon, ce n'est pas parce que ces chiffres foutent les jetons qu'il ne faut pas venir au Brésil pour autant. Comme je vous l'ai dit plus haut, si vous évitez les grands centres urbains, que vous ne sortez pas le soir, tout se passera bien !

PS : Cet article m'a été inspiré par une série d'agressions survenues ily a quelques jours ici, à Itaparica. En trois jours, trois de mes copains ce sont fait voler ou agresser par (a priori) la même bande d'abrutis. Ils sont sous les verrous aujourd'hui. Les abrutis, pas les copains.

Épilogue : Après une enquête approfondie, des recherches minutieuses et des témoignages accablants, les suspects ont été libérés sans qu'aucune charge ne pèse contre eux. Alors, la police est-elle réellement incompétente et/ou corrompue, ou bien est-ce notre statu de gringos qui rend les faits bénins ? Les deux , j'en ai peur. Vivement que je me casse de ce pays... (Voici un article sur un blog local qui relate les faits)

14 commentaires:

gubragh a dit…

avec un peu de manque de bol, par ici ou je traine ma quille ça aurait pu être les copains au trou... Excellent article, monsieur le capitaine.

Reg Desch a dit…

A titre de comparaison, la ville qui fait le plus peur en France, c'est ma ville Marseille : 24 morts en 2012...
Rio de Janeiro en 1993, quand j'y étais c'était 50 morts par jour, actuellement c'es beaucoup plus sécure, c'est seulement 23 morts par jour !!!

Gwendal DENIS a dit…

@Gubragh : C'est un peu ce qui a failli arriver ! Mais heureusement la femme d'un des résidents, qui est procureur à Salvador, était présente. Elle a retourné la situation à l'avantage des victimes.

@Reg : A Marseille ce sont essentiellement des règlements de comptes. A Rio, tu te fais descendre parce que tu ne donne pas ton portefeuille assez vite.

Pierre Vigna a dit…

Le Brésil est un pays dangereux. Je n'y ai passé que quelques jours pour le constater. Etre témoin du braquage de gosses par des flics à 2h du mat, flingues sur la tempe et tout le toutim, ne laisse pas indifférent.
Ceci dit la vie est dangereuse dans tous les pays du monde, l'homme est dangereux, par sa connerie, son besoin de puissance, de domination des autres et des éléments.
A ce sujet dans ta remontée prochaine je te conseille d'éviter, hélas, le Venezuela. Des témoignages concordants laissent à penser qu'il est très risqué d'y faire escale.
Tout ça n'est pas très optimiste. Finalement en pleine mer tu n'as que les vents contraires à t'emmerder, peu de chose finalement...
Allez l'apostrophe habituelle entre marins "bon vent!" prend du sens en ce moment pour toi.

Gwendal DENIS a dit…

@Pierre : Mon passage par le Venezuela est toujours en délibération avec moi-même, mais le camp du NON semble prendre l'avantage...

@PS : Je suis consterné du peu de réactions à un article de fond qui me paraissait important et m'a demandé du temps... C'est à vous dégouter de réfléchir.

Anonyme a dit…

1984, six mois passés à Rio ... Étudiante à la fac en échange type Erasmus, je suis partie avec toutes les recommandations d'usage de mes proches inquiets. Je vivais à Tijuca, un quartier "populaire" à l'époque, loin des belles plages touristiques de Leblón ou d'Ipanema, je roulais dans la vieille WV de ma famille d’accueil sans m'arrêter aux feux rouges la nuit quand je sortais. J'ai vécu le premier carnaval au "sambodrome" sans aucune sensation de danger, j'ai même assisté à mon premier match de foot (Brésil oblige!) entre Flamingo et Fluminence au Maracanã en dansant sur des rythmes de samba à chaque but marqué! Une seule agression au compteur dans le bus presque vide ce jour-là pour me voler ma montre (type imitation rolex à 50 balles de l'époque), unique bijou que je portais. Le plus drôle dans l'histoire c'est que mon sac à dos était rempli des billets du virement que je venais de retirer à la banque!!! Tout ça pour dire que mon insouciance et mon appétit de vie de jeune adulte m'a permis de vivre un moment merveilleux, de ceux classés dans la catégorie "fondateurs". Pourtant, même si je parlais presque couramment, je me faisais tout de suite repérer comme étrangère (peau et cheveux clairs, tâches de rousseurs ...) mais à chaque fois, dès que mon interlocuteur savait que je n'étais pas américaine (sic!) mais française, j'avais droit à "Ah!!!!!!! la révolution française".
J'avais l'envie de retourner en bateau dans le coin, lorsque nous serons, nous aussi, devenus des pros de la circonvolution nautique, mais là, tu me donnes à réfléchir.
Tempus fugit...
Merci, Marjo.

Gwendal DENIS a dit…

@Marjo : J'ai parcouru également le Brésil dans mon jeune temps, en 1988. A cette époque il y régnait une ambiance de farwest mais qui dans mon souvenir ne me paraissait pas aussi oppressante qu'à l'heure actuelle. Si j'osais je dirais qu'à l'époque je m'y suis senti comme bienvenu alors que maintenant c'est plutôt le contraire.
Oui, c'est ça. L'étranger n'est pas le bienvenu au Brésil... Et tout concours à le lui faire comprendre.

Pierre Vigna a dit…

Salut Gwendal,
Tu connais un pays dans le monde où l'étranger est le bienvenu?
Bienvenu quand il apporte ses devises en tant que touriste mais bienvenu tout court sans calcul financier?
Nous sommes dans une période noire, ou à défaut gris foncé, qui établit comme loi universelle qu'ici on est mieux qu'en face et que chez soi l'herbe est plus verte. En conséquence il ferait beau voir que le voisin d'en face ou d'à côté vienne nous la bouffer, l'herbe.
Le sage courbe l'échine, attend des jours meilleurs, des jours où le vent le portera vers des terres clémentes. Ca me fait penser à quelqu'un cette envolée lyrique!
Bon vent à la Boiteuse, son skipper et son matelot la Touline.

Gwendal DENIS a dit…

@Pierre : Une seule réponse à ta question : L'URUGUAY !

Pierre Vigna a dit…

Merde c'est dans le Sud!

Anonyme a dit…

Ah bon!, Moi qui regrettait d'avoir raté mon voyage au Bresil a cause d'une Americaine sans visa, débarquée en Guyane Francaise puis j'ai éte en colombie, Panama, puis encore Cuba, Mexique a la place. J'ai dématté a l'approche des Acoresje, fabrique un mat provisoirement de 10m au lieu de 13 avec les 3 morceaux du mat cassé pour continuer, et ici du moins a Flores l'Etranger et le bienvenu,sans calcul financier, la marina c 10euro, eau elec wifi compris, on me prette la grue fixe...
Gwendal, Le Venezuela, sans y avoir été, mais 3 Mois en Colombie, craint a mon avis plus que le Brésil.
il y a les iles los Roques qui sont sures et sympas qui appartiennent au Venezuela... Mon prochain voyage j'ai prévu de descendre jusqu'en Argentine, et passer par le detroit de Magellan. L'augmentation de violence dont tu parles, en plus du touriste mal aimé, est peut etre une nouvelle tendance?

Gwendal DENIS a dit…

@Anonyme : J'ai pas encore vraiment décidé mais je pense que je vais zappé le Venezuela... De toute façon mon programme est en train de changer alors... On verra après Trinidad et la saison cyclonique.

Anonyme a dit…

Je suis arrivée sur votre blog par hasard parce que je cherche des infos sur le Brésil. Mon mari est tunisien et j'y allait presque chaque année, mais Daech vient de fusiller 38 touristes sur une plage, donc je suis à la recherche de d'autres destinations qui ont un bon niveau de dépaysement. J'étais déjà au courant des dangers que vous racontez sur le Brésil, et je me questionne... Ce pays semble très intéressant. Finalement les pays arabes c'est pas si dangereux que cela en comparaison avec l'Amérique du Sud. En dehors des attentats, la criminalité y est basse. On n'a jamais eu à s'inquiéter pour sortir le soir. Mais apres la tuerie ça craint trop, je ne sais pas si j'y remettrai les pieds avant des années. Si je me promène au Brésil accompagnée d'un arabe avec la peau brune qui peut très bien passer pour un brésilien, croyez-vous que ce sera plus sécuritaire pour moi? Ou ça change rien parce qu'ils s'attaquent entre Brésiliens aussi? Ces jours-ci je pense beaucoup à l'attentat et j'ai jamais cessée aussi de m'informer sur les cartels mexicains après y avoir séjournée dans une famille (Daech sont présents au Mexique, sur la frontière. La mondialisation c'est aussi dans la criminalité). Et je me dis qu'on vit vraiment dans un monde de fous, et que c'est de pire en pire partout. C'est terrible, on s'attache à des endroits et un beau jour on ouvre le journal et on apprend que c'est devenu une zone de guerre et qu'il s'y passe des trucs horribles. Tout les souvenirs de l'endroit prennent un arrière goût bizarre. C'est le risque quand on s'attache trop à des endroits pourris.

Gwendal DENIS a dit…

@Anonyme : Je ne pense pas qu'un physique "arabe" change quoique ce soit. Mais l'insécurité est d'abord une histoire entre brésiliens, et ensuite elle concerne les touristes.