mercredi 20 mars 2013

Bienvenido en Argentina !

34°26.602S 58°31.795W
Buenos Aires, Argentine

Club de Veleros Barlovento
Comment on fait pour descendre à terre ? Telle a été ma première question lorsque nous sommes arrivé au Club de Veleros Barlovento... En fait, ce n'est pas tant la question qui me taraudait que la réponse que je devinais déjà.
Entendons-nous bien, je ne prétends pas être un exemple en matière d'ouverture d'esprit, loin de là. Je reconnais même qu'il m'arrive d'être assez têtu (parfois), et que je ne suis pas le chantre de la flexibilité (souvent)... Mais, sans pour autant m'être fait des films sur ce qui m'attendait à mon arrivée, j'avais en tête le schéma classique de ce qu'est une marina. Et ce schéma comportait, excusez du peu, la possibilité de descendre de mon bateau pour mettre pied à terre au sens le plus plein du terme.
Et là... Les bateaux sont amarrés sur pendilles. Une à l'arrière et deux à l'avant, attachées à une grosse chaîne sur la rive. Quelque soit la marée, le bateau reste au minimum à quatre mètres de la rive et la seule façon d'en descendre est donc d'utiliser son annexe, ou encore la lancha. Alors, au risque de passer pour un pointilleux, et je m'excuse de le dire, on est quand même plus proche du mouillage que de l'amarrage.

Chanceux !
Aussi, après une journée de nave relativement stressante, c'est avec une certaine mauvaise humeur que, quelques minutes après notre arrivée, je me suis mis à gonfler mon annexe afin d'aller me brancher à l'électricité.
Le souci voyez-vous, c'est que Miss B est plutôt mal en point... Je dirais même qu'elle est proche de la fin, voire même qu'elle est carrément foutue. C'est bien simple, l'air s'en échappe presque aussi vite que le gonfleur peut l'y faire rentrer ! Nous avons beau avoir tenté de la réparer avec Zoë lorsque nous étions à la Paloma, mais désormais avec trois fuites majeures recensées (plus sans doute deux autres secondaires), mon annexe est à bout de souffle.
J'ai juste eu le temps de faire l'aller-retour pour brancher le câble électrique, que Miss B coulait déjà. Résultat, nous avons passé notre première nuit en Argentine, au chaud certes, mais avec une vague impression d'être prisonniers de notre propre bateau... Même Touline regardait avec envie cette berge si proche et pourtant inatteignable.

Pas mal quand même...
Le lendemain matin, mon humeur était toujours aussi massacrante. Le jour était à peine levé que je tournais déjà comme un tigre dans sa cage. Et à peine Zoë debout, je l'ai planté là pour partir à la recherche d'un autre endroit où amarrer La Boiteuse. Je sais, c'est pas bien de planter sa compagne. Mais bon...
J'ai marché pendant des kilomètres et ai visité je ne sais plus combien de marinas. Quatre, cinq... Et à chaque fois l'on m'a fait le même discours : C'est complet. Ou alors qu'il fallait être un « socio » pour avoir une place. Un socio ! Depuis le Brésil je hais ce mot !
Bref, tout ça pour dire que lorsque je suis rentré au bateau pour retrouver Zoë, j'étais tout déconfit. Déconfit certes, mais toujours énervé et toujours déterminé à me barrer de Barlovento le plus vite possible.

L'après-midi, rebelote, je suis repartit à la recherche d'un nouvel havre, mais cette fois-ci dans le sens contraire, en remontant le fleuve. Cette fois-ci Zoë m'accompagnait, n'osant piper mot... Même si elle ne comprenait pas trop pourquoi je me butais comme ça.
Et au bout de la quatrième marina nous avons enfin trouvé notre bonheur ! Certes, l'endroit était plus moche et plus cher, avec pratiquement que des bateaux à moteur inhabités, mais l'on se trouvait juste à côté d'un magasin d'accastillage et d'un supermarché, et en plus avec de vrais pontons flottants !
Aussitôt, nous avons réservé la place (c'était la dernière en plus) pour le mardi suivant, promettant à la gentille dame de l'accueil de déménager après avoir fait nos papiers d'entrée sur le territoire. J'étais content de moi, car désormais tout allait être beaucoup plus pratique.

Un Cardinal future Pape ?
Le dimanche en fin d'après-midi, je me suis installé dans le cockpit pour fumer ma pipe et regarder le soleil se coucher. La lancha faisait la noria pour récupérer les équipages sortis pour la journée. Les pins et les peupliers se balançaient doucement dans le vent. Dans les frondaisons, raisonnaient des chants d'oiseaux. Une oie tortillait du croupion en cancanant entre deux voiliers. Sur la rive, un ragondin vaquait à ses affaires... Tout était calme et paisible. Je crois que c'est à ce moment que j'ai commencé à douter du bien fondé de mon entêtement. J'avais sous les yeux une vision enchanteresse, et dans mon esprit se superposait l'image de cette autre marina vers laquelle je souhaitais aller, et qui ressemblait à un parking... Et les avantages que j'y avais vu quelques heures plus tôt, disparaissaient un à un face à la beauté des lieux.
Le lendemain matin, à l'heure où l'aube pointe le bout de son nez et éclaire d'une lueur diffuse les bateaux encore endormis (quel poète!), j'ai de nouveau apprécié la douceur de cet endroit. Qu'importe qu'il faille être tributaire d'une lancha pour descendre à terre. Qu'importe qu'il me faille sans doute investir dans une nouvelle annexe. Qu'importe qu'il nous faille marcher plus longtemps pour nous ravitailler. Qu'importe que Touline ne puisse pas grimper aux arbres... Tous ces petits désagréments ne valaient pas un pet de lapin face à ce spectacle.

J'en ai alors parlé avec Zoë, histoire de voir si nous étions sur la même longueur d'onde... Et nous l'étions. Pour elle aussi, même si tout n'était pas comme nous le souhaitions, mieux valait rester dans ce magnifique endroit plutôt que de risquer la dépression, seuls au milieu de tout ces yachts à moteur où personne ne vivait.

A Tigre, voici les bus !
Nous étions le lundi matin, et la décision de rester étant prise, nous avons entrepris de faire notre entrée officielle en Argentine. Depuis l'Uruguay déjà, nous entendions dire que les démarches administratives nécessaires à l'entrée sur le territoire Argentin étaient assez compliquées, et surtout empruntes de suspicion. En effet, l'Argentine subit de plein fouet la crise financière internationale (j'y reviendrais très certainement), et tente de résister en favorisant la production nationale, et en fermant ses frontières à certaines importations non essentielles. Conséquence directe, tous les propriétaires de voilier (produit non-essentiel s'il en est) se présentant aux frontières sont d'emblée soupçonnés de vouloir introduire en douce leur embarcation.
Ceci dit, l'Argentine étant un état fédéral, la défiance est assez inégale et l'on peut trouver des districts plus accueillants que d'autres. Manque de bol, Tigre, le port dont nous dépendons, semble détenir la palme de la suspicion.
Un couple averti en valant deux, c'est en étant préparés au pire que nous avons commencé par l'immigration... Et bien croyez-le ou pas, tout c'est très bien passé !

Une fois avoir payé la tasa de reciprocidad pour Zoë (160 USD, valable pour dix ans), nous avons obtenu notre visa en deux coups de cuillère à pot. Puis nous sommes passé dans le bureau d'à côté où les douaniers ont été tellement sympas qu'ils nous ont conduit eux-même en voiture jusqu'à la prefectura pour faire valider notre entrée auprès des autorités maritimes, et nous ont ramené ensuite au centre ville. Non sans nous avoir indiqué un resto sympa au passage !
C'est bien simple, en une heure et demi tout était réglé. Et comme dit un ami à moi : Il n'est pas interdit d'avoir de la chance !

Passerelle spéciale chatte-baladeuse
Nous voici donc officiellement en Argentine, patrie du nouveau pape Francisco et de Maradona (Le lien ? La main de Dieu sans doute !). Pour l'heure, nous courrons les shipchandlers, les voileries et les chantiers afin de comparer les prix avant que de nous lancer dans les travaux de remise en état de La Boiteuse. Touline dispose désormais d'une planche pour aller se dégourdir les pattes sur la terre ferme (après son 29ème bain forcé cela devenait urgent !), et nous nous habituons à dépendre de la lancha. Peu à peu, nous faisons connaissance avec nos voisins résidents, surtout composés d'allemands, et nous essayons de profiter de ce début d'automne un peu frisquet. D'ici le début du mois prochain nous serons prêt à attaquer le gros du boulot. Mais d'ici là... On va essayer de profiter de la vie !

Terminal des bateaux-bus
Myocastor coypus

mercredi 13 mars 2013

De l'Uruguay à l'Argentine

34°26.602S 58°31.795W 
Buenos Aires, Argentine 

Adios Colonia !
Nous sommes donc samedi 09 mars, et il est précisément 11H00 lorsque j'attrape enfin mon cahier à spirale pour commencer à prendre des notes sur cette navigation. Nous sommes partis depuis plus d'une heure maintenant, et je me rends compte que je me laisse un peu aller en ce qui concerne la tenue de mon journal de bord (je sais, je vous ai déjà parlé de mes soucis d'auteur, aussi je n'y reviendrais pas). Pourtant, il y a de quoi prendre des notes puisque La Boiteuse est en route pour une nouvelle étape de son voyage, l'Argentine. Ou plutôt la banlieue ouest de la ville de Buenos Aires, au Club de Veleros Barlovento, dans la ville de Victoria, district de San Fernando (On va dire Buenos Aires, c'est plus simple). 
 Le temps est beau, et nous avançons à quatre nœuds au près serré dans une mer belle, bien que d'une couleur douteuse comme il se doit dans le Rio de la Plata. Ce matin nous sommes partis à deux bateaux, avec nos amis argentins Daniel et Suzana à bord de leur Vulevu. Cela me rassure que de savoir qu'un autochtone ouvre la voie dans cette mer si fantasque et si peu profonde. D'ailleurs peut-on réellement parler de mer ? A Colonia j'ai goûté l'eau, et c'était de l'eau douce. 

Attention au NGV !
Perso, je vous avoue que je suis assez content de quitter l'Uruguay... Non pas que j'ai n'ai pas apprécié mon séjour de deux mois dans ce pays, l'ambiance qui y règne étant assez sympa, mais disons que j'ai hâte de passer à autre chose. La Boiteuse a besoin de se refaire une beauté, et moi de me reposer un peu. Car si l'on y regarde bien, je suis en mode « navigation » depuis bientôt six mois, et je commence un peu à en avoir ma claque. J'ai vraiment envie de me poser pendant un long moment au même endroit et de profiter du temps qui passe sans avoir à me soucier de la météo, ni de la route que j'ai à faire. 

11H30 : Je suis un bourrin me dis-je en regardant l'état de ma Grand-voile. J'ai oublié d'y jeter un œil avant de partir, et résultat ; les sparadraps que j'ai utilisé pour la réparer la dernière fois sont en train de se décoller. Vivement qu'on arrive. J'ai entendu dire qu'il y avait un bonne voilerie à Buenos Aires, et je ne serais pas contre une nouvelle GV bien épaisse et bien lattée. C'est une misère que de la voir ainsi, toute déformée et toute couturée. 

5° sur tribord tu dis ?
12H30 : Nous avons perdu notre petit bateau pilote. Je ne sais pas trop comment il arrive à faire ça, mais le fait est qu'il remonte beaucoup mieux au vent que nous. Enfin si, je sais : sa coque est toute propre et sa GV en bon état. Il n'y a pas de secret... La Boiteuse n'est plus aussi performante. Qu'importe, le Rio est plein de voiliers qui vont dans la même direction et je n'ai qu'à suivre le flot. Cela dit, je me sentirais quand même mieux avec un sondeur qui marche. Selon la carte, nous n'avons actuellement que 1,30 m de flotte sous la quille... 
Pour l'instant nous tenons une bonne moyenne, 3,7 nœuds, mais le cap laisse à désirer. Cependant, je pense toujours, j'espère, arriver à l'embouchure du Rio Lujan pour 18H00 (heure uruguayenne), et le point culminant de la marée. 
Je vois de plus en plus de débris végétaux qui flottent au fil de l'eau. Il ne manquerait plus qu'on se paye un tronc d'arbre ! Malgré mon envie de faire une sieste, je redouble de vigilance, les yeux fixés sur l'étrave. 

15H00 : Allumage de Mercedes. La nave est belle, mais il ne s'agirait pas de rater la marée. Le moteur en appui des deux voiles, nous filons à 5,2 nœuds. C'est pile ce qu'il nous faut pour être à l'heure. 

Buenos Aires
15H40 : On voit bien Buenos Aires maintenant. C'est énorme... Avec tous ces gratte-ciels, Zoë est « enthusiastic » ! Ça doit lui rappeler New York. Moi par contre je le suis un peu moins. Mais bon, je pense qu'il est inutile que je revienne là-dessus, vous connaissez ma position par rapport aux grandes villes. 
En fait, je me rends compte que j'ai du mal à apprécier cette nave. Je suis tendu comme un string, attentif au moindre bruit suspect. J'ai vraiment hâte d'arriver, et surtout d'arriver sans casse. 

 17H30 : Nous sommes au moteur depuis deux heures et demi maintenant. J'ai poussé un peu les chevaux pour pouvoir être dans les temps, mais malgré tout je vois l'horloge du bord égrener les minutes inexorablement. Ça va être juste. 
La carte indique un fond de 1,90 m. J'ai beau savoir que la marée apporte 1,30 m d'eau supplémentaire, je ne me sens pas tranquille. 

Le Vulevu en éclaireur
 17H55 : Surprise ! Vulevu est en vue sur tribord arrière, alors que ce matin il nous semait de belle façon ! Tant mieux, je préfère ça. Je n'ai plus qu'à me laisser guider. Nos deux bateaux se rapprochent, et nous nous insérons dans la circulation. Car on peut bien parler de circulation maintenant : Je ne sais pas combien de voiliers j'ai sous les yeux, mais je crois bien que c'est la première fois que j'en vois autant de ma vie. En plus, il semblerait qu'il y ait une régate... 
Le top en matière d'exotisme, c'est de croiser un type tranquillement assis à l'arrière de son 30 pieds, barre franche dans une main et bol de maté dans l'autre ! Décidément, l'argentine est un pays de voileux ! 

Oups ! Y'a du monde sur l'eau !
19H00 : Nous avons franchis la dernière bouée du chenal et nous commençons à remonter le Rio Lujan. Un a un, les voiliers s'engouffrent dans leur marinas respectives... Derrière les frondaisons je peux apercevoir des bâtiments aussi luxueux que magnifiques... C'est dingue, je crois qu'on pourrait presque parler de yachting-ghetto. Il y a pratiquement une marina tous les cent mètres, et la notre est la cinquième sur la gauche. 

Comment on descend ?
19H30 : La Boiteuse franchit l'entrée de la marina, protégée par deux murs en béton. Nous tournons en rond quelques minutes, l'air un peu perdu. Une lancha s'approche, et son pilote nous indique qu'il n'y a pas de place disponible. 
Merde ! Je ne m'étais pas attendu à ça... J'insiste un peu, précisant que nous avons l'intention de rester un bon moment pour des travaux, et donc que nous avons du pognon à dépenser. Là, comme par miracle, le lanchero nous trouve une place tout au fond. J'arrête le moteur, nous sommes arrivés. L'amarrage est facile, même pas besoin de se servir de nos propres lignes, car tout est sur pendilles, à l'avant comme à l'arrière... Et c'est là que je commence à tiquer. Comment on fait pour descendre à terre ? 
Nous passerons cette première nuit en Argentine, au mouillage, à cinq mètres de la terre ferme... 

 A suivre ! 

Le Rio Lujan et ses marinas...

lundi 4 mars 2013

La bataille

34°28.130S 57°51.216W
Colonia del Sacramento, Uruguay

 Le samedi 02 Mars 2013

Tout est calme
 C'est la fin de l'après-midi et la Boiteuse se dandine au bout de ses amarres. Le vent est à l'ouest depuis ce matin, et la houle courte et nerveuse du Rio de la Plata contourne la pointe de la jetée, épargnant la majorité des voiliers au mouillage. Le contraste est frappant. Au loin, on aperçoit la crête des vagues qui s'envolent, moustaches de crème sur une mer café au lait, alors que l'eau frissonne à peine tout autour du bateau. Malgré le mugissement continu du vent qui frappe le haut de la mâture, malgré le grondement des vagues qui se fracassent de l'autre côté du mur de pierre, La Boiteuse est en sécurité et je peux enfin me décontracter et réfléchir. Enfin. 

C'est que la nuit dernière les choses n'ont pas vraiment été propices à la sérénité... Loin de là. Pour commencer, le vent n'était pas à l'ouest, mais au nord. Ouest, nord, qu'elle différence, hein ? La différence elle est de quatre-vingt dix degrés, pourrais-je vous rétorquer, et c'est très exactement la différence d'angle qu'il y a entre l'enfer et le paradis. 
Lorsque nous sommes allé nous couché hier au soir, après avoir regardé quelques épisodes de la saison deux de The Wire (excellente série au demeurant), le vent soufflait par l'arrière de La Boiteuse, la faisant danser la gigue dans une eau légèrement chaotique, mais sans plus. Mais que ce soit pour Zoë comme pour moi, nous ne sommes pas parvenu à trouver le sommeil tellement le bateau tirait violemment sur ses amarres. Au bouts d'un moment, un choc plus violent que les autres nous a obligé à nous habiller pour vérifier que tout allait bien. Et tout n'allait pas bien.

Le vent soufflait tellement fort qu'il soulevait une mer très courte de plus de cinquante centimètres, qui venait frapper le bateau par le quart arrière, le faisant voltiger en l'air comme un vulgaire bouchon de liège. Parfois même, une résonance particulière faisait que son mouvement s’amplifiait jusqu'à faire bondir La Boiteuse en avant, dangereusement près du quai. Il devait être une heure et demi du matin environ, et nous nous sommes attelé à la tâche pour consolider l'amarrage autant que possible. Le bateau bougeait tellement que l'on tenait à peine debout, comme si nous étions en mer. Je décide de doubler l'une des deux amarres au vent. A peine avais-je terminé de frapper au taquet la nouvelle amarre, que l'ancienne lâche. Ouf ! On n'est pas passé loin. 
 L'idéal dans ces conditions, serait de reprendre par l'arrière bien sûr, mais la tension est telle que la tâche s’avère impossible. Imaginez que je laisse filer la ligne plutôt que de la souquer... C'est un coup à se retrouver plaquer contre le quai, et l'on n'aurait retrouver des petits bouts de Boiteuse au matin. 
A quelques mètres, nos voisins argentins, Suzana et Daniel, sont eux aussi sur le pont car leur petit voilier de 10 m est en danger, autant que le notre. Mais hélas, pour eux comme pour nous, il faut bientôt se rendre compte, qu'à part consolider tout ce qu'on peu nos bateaux sont beaucoup trop près du quai et qu'il est impossible de les en éloigner. 
Il ne reste plus qu'à attendre. Pendant un moment nous nous installons de l'autre côté de la jetée, à l'abri du vent et face à la la mer. J'ai sorti mon anémomètre de poche et de temps en temps je monte sur les pierres pour prendre la mesure de ce que nous vivons. 30 nœuds établis, rafales à 40... C'est du sérieux. 
Huit secondes de vidéo pour que vous vous rendiez compte.



Au loin les éclaires illuminent les nuages et l'on distingue les lumières de Buenos Aires. Nous sirotons un maté en admirant le spectacle. Soudain j'entends un grand Boum ! Ça y est, ce que je craignais vient d'arriver, l'étrave de La Boiteuse vient de frapper violemment le quai en béton. Je me précipite mais cela ne sert à rien de courir car le mal est déjà fait... L'échelle qui nous permet de grimper à bord a perdu un barreau... Cette même échelle, du haut de laquelle je me suis cassé la gueule mardi dernier. Sur le moment j'ai bien cru que je m'étais cassé le bras en heurtant le quai, mais une visite aux urgences de l’hôpital publique de Colonia, où l'on m'a fait une radio, m'a rassuré sur ce point. J'en suis quitte pour une belle estafilade et des contusions diverses. 
Mais pour l'heure, le choc n'a apparemment pas causé d'autres dégâts à La Boiteuse. A la lumière des lampadaires du port je distingue juste une éraflure sur la protection en cuivre du liston. 

Plus de peur que de mal
 La pluie est là maintenant et il est deux heures et demi du matin. Avec Zoë nous nous asseyons dans le carré et nous attendons. Touline vient se loger dans les bras de mon équipière, alors que moi je reste assis, silencieux, tendu comme un arc. Zoë me propose alors de m'occuper l'esprit en jouant aux cartes, mais je refuse. Je suis tétanisé par mon impuissance. Je sens dans tout mon corps les mouvements du bateau, le fracas des vagues sur la coque. J'ai mal au ventre. 
Soudain, La Boiteuse commence à ruer comme un cheval fou qui cherche à se libérer de ses entraves. Boum ! J'ai l'impression que l'on me plante une lame dans l'estomac. Boum ! Toute la coque résonne et les haubans vibrent. Cette fois-ci ça a tapé beaucoup plus fort. Je n'y tiens plus et je sors sous la pluie pour constater les dégâts. La bordure en cuivre du liston est complètement tordue et le bois qu'elle était sensée protéger, éclaté. Le davier lui aussi à morflé, et si il pète, je perds aussi mon étai. 
 C'est alors que j'ai l'idée de disposer des pare-battages à même le quai pour anticiper les prochains coups. Je sais, vous allez me dire que j'aurais pu y penser avant, et Zoë me l'avait suggéré plusieurs heures plus tôt... Mais je n'ai pas compris ce qu'elle m'a dit. Putain de différence de langage !

Une heure plus tard, il pleut toujours. J'ai les yeux qui se ferment et la tête qui dodeline. Cependant, impossible de fermer l’œil car de temps en temps je sens encore l'étrave de La Boiteuse heurter le quai. Même si c'est maintenant moins violent grâce aux pare-battages, je sursaute à chaque fois... Tous les propriétaires de bateaux doivent savoir ce que l'on ressent dans ces cas-là. On a les tripes en vrac. On ne désir qu'une chose : Que ça s'arrête. Oui mais voilà, le vent est sensé tourné dans la nuit, mais putain de merde il prend son temps le salopard. 

Quatre heures et demi du matin, je jette un œil dehors. La pluie a cessée, et le vent a enfin tourné au nord-ouest. Les vagues sont moins fortes et La Boiteuse a cessé de bondir comme un cabri. Je vérifie une dernière fois le pont, les amarres... Mais je me rends bien compte que je ne peux rien faire de plus que ce que j'ai déjà fait. La bataille inégale est terminée, et mon bateau est encore là. Il est temps d'aller dormir. 

Aujourd'hui. 

Le lendemain...
Aujourd'hui nous sommes lundi, et la situation a changée du tout au tout. Le vent en tournant a grossi la marée, et le quai est sous l'eau. La semaine dernière, l'eau est montée jusqu'à la moitié de la hauteur de la jetée... Pour bien faire il faudrait que je gonfle l'annexe, mais je n'ai pas envie. Dans quelques heures les eaux redescendront, et il sera toujours assez tôt pour aller en ville et vous poster cet article. Ou bien j'attendrais demain. 
 Les dégâts de cette nuit de vendredi ne sont pas si graves finalement. Nous nous en sortons avec quelques heures de sommeil en moins, et un item de plus à la liste déjà longue des travaux que je dois effectuer en Argentine. 

La morale de cette histoire c'est que, au cas où vous ne l'auriez pas encore compris, la vie de nomade des mers n'est pas une perpétuelle partie de plaisir. On vit parfois des moments durs, des moments où l'on se pose plein de question... Sur ce qu'on fait ici, sur les choix de vie qui sont le notre. Et parfois on en vient à regretter ces choix. Heureusement, cela ne dure pas longtemps, car dès que le jour se lève de nouveau, cette expérience vient s'ajouter aux autres, et l'on se dit que ça vaut finalement le coup de continuer. Oui, ça vaut le coup.

Là aussi, plus de peur que de mal

Cette nuit-là s"annonçait si bien !

lundi 25 février 2013

De Montevideo à Colonia


34°28.130S 57°51.216W
Colonia del Sacramento, Uruguay

Mosaïque du Rio de la Plata, d'après une carte française
Salut les gens ! Avant que d'attaquer le récit de cette traversée, je voulais tout d'abord m'excuser pour 
vous avoir un peu laisser tomber ces derniers temps. Je sais bien que vous allez me dire le contraire, que vous comprenez, et cetera, mais vous conviendrez avec moi que quatre publications en janvier et sûrement moins pour le mois en cours, c'est  très peu. Ou du moins, que je vous avais habitué à plus de prolixité. Mon souci est que même si vous vous en foutez, moi je le vis assez mal.
Là encore, vous allez me dire que je ne devrais pas, patati-patata... Mais bon, c'est comme ça, ça me prend la tête de ne plus trouver ni le temps, ni l'inspiration pour vous parler. J'ai l'impression de manquer à mon devoir, de vous trahir en quelque sorte. Pire, ça me manque. J'aime trop ça, jouer avec les mots. Et je me refuse à croire que l'écriture est une activité de solitaire...
Il va donc falloir que je trouve un moyen de faire correspondre ma nouvelle vie avec cette liaison que nous entretenons vous et moi depuis bientôt trois ans... Je ne sais absolument pas comment je vais faire, mais je me rends compte que ça urge.

Bon, foin d’atermoiements, voici donc le récit tiré de mes notes, de notre traversée entre Montevideo et Colonia.


 Le mardi 19 février 2013

Bye Bye Montevideo
10H35: Tout doucement, la Boiteuse décolle en marche arrière du ponton du Yacht Club Uruguayo (prononcer Yaté Cloub Ourougouacho). Le temps est gris, limite frisquet, mais c'est le prix à payer pour avoir suffisamment d'eau dans le port pour en sortir. En effet, c'est un des paradoxes qui régissent la navigation dans le Rio de la Plata, les marées n'ont que peu d'importance et ne dépassent que rarement les cinquante centimètres. Ce qui, dans la plupart des marina, est tout juste suffisant pour manœuvrer (voir article précédent). C'est donc le vent qui mène la danse. En faisant court : Pour avoir de l'eau il faut avoir un vent du sud, ce qui implique forcément un vent fort et froid venu de l’Antarctique qui peut vous drosser à la côté en deux coups de cuillères à pot.

Donc, disais-je, il fait moche ce mardi matin, mais la Boiteuse prend quand même la mer pour une nave d'une centaine de milles à destination de Colonia del Sacramento, ultime étape de notre périple en Uruguay. On dit que cette ancienne colonie portugaise est charmante et baigne encore dans son jus. Tant mieux, cela va nous changer de la grande métropole de Montevideo, qui pour ma part commencait à me sortir  par les yeux. Je l'ai déjà écrit il me semble, à l'exception de Barcelone les grandes villes m’insupportent.
En attendant, il pleut...

12H30 : Ça y est, le moteur est à présent coupé et nous progressons à 3,5 nœuds, plein ouest. J'ai décidé de naviguer sous génois seul, car nous aurons logiquement du vent arrière tout du long. Ça roule un peu, mais au moins je peux faire un cap correct... La mer est dégueulasse, d'une turbidité moche, et le ciel lui ressemble. Heureusement le moral est bon, car c'est l'heure de la bouffe ! 
Au menu, un espèce de quiche lorraine façon uruguayenne (avec de la panceta), et une Torta Pascualine, autre spécialité locale (une tourte avec des épinards et des œufs durs). 
Mais avant ça, il me faut passer un petit coup de VHF pour demander l'autorisation de traverser le chenal d'entrée au port commerciale de Montevideo. C'est qu'ils ne rigolent pas avec ça les Ourougouachos !

Mon équipage en pleine action !
15H10 : Chacun notre tour nous faisons un petit sieston, bien au chaud à l'intérieur, pendant que l'autre gère la veille et la conduite du bateau. La tâche n'est pas trop difficile, car même si ça reste une mer de merde, il y a quand même un gros avantage à naviguer sur le Rio de la Plata, c'est qu'on n'y croise pas grand monde. Les bateaux des pêcheurs uruguayens ne sont que de simples barques et ne sortent que le jour, et les cargos et autres tankers préfèrent naviguer dans des rails strictement balisés. On est un peu comme des petits lapins qui, tant qu'ils ne vont pas sur la route, peuvent à peu près faire ce qu'ils veulent. 

18H00 : Il pleut toujours, et le vent nous pousse au grand largue par tribord à parfois plus de six nœuds. J'ai réduis le génois de moitié car ça commence à devenir merdique. Le bon côté de la chose, c'est qu'à cette vitesse on arrivera plus vite... Mais en attendant je me les pèle à l'extérieur pendant que Zoë bouquine à l’intérieur. Heureusement, dans une demi-heure, on change !

19H55 : Le cap et la vitesse sont bons. Très bons même. 4,5 nœuds au 300°, c'est super. Il commence sérieusement à cailler et la pluie qui tombe toujours par intermittence n'arrange pas les choses. En plus, il faut que je vous dise que depuis quelques jours je souffre de multiples rages de dent qui me font endurer le martyr. Comme ça le tableau est complet, et même si le coucher du soleil est plutôt sympa, la nuit s'annonce difficile.


Le mercredi 20 février 2013

03H30 : C'est mon quart. Après un mug de café, j'attaque ma veille de trois heures. Enfin, quand je dis veille, c'est un grand mot car je ne peux m'empêcher de piquer du nez pendant trente à quarante minutes comme lorsque je naviguais seul. Ce qui me fait culpabiliser car je sais que Zoë elle, ne dort pas pendant son quart. 
Grâce au halo que fait le feu arrière, je me rends compte que l'eau a changé de couleur et d'aspect. Plus limoneuse, et en même temps elle a l'air plus épais... En parlant de halo, celui de Buenos Aires à 40 milles, est maintenant bien visible. Il est gigantesque... Quand je pense que près de treize millions de gens habitent dans cette ville ! (Trois millions intra-muros, plus dix millions en comptant les banlieues).
Colonia est à 36 milles. Nous y seront à la mi journée.

06H40 : Le jour va se lever, et alors que je m’apprête à réveiller Zoë, je sens la quille qui rebondit sur le fond ! Putain ! Aussitôt je me précipite pour allumer l'ordinateur, et je constate alors que la carte nous indique que nous naviguons par 2,60 m de fond !
Je vois d'ici les pros se mettre à hurler : Quoi ? Vous êtes de malades de naviguer dans des eaux pareilles !!! C'est que voyez-vous, on ne peut pas trop faire autrement... En dehors des chenaux balisés, les petits lapins que nous sommes n'ont pas d'autre choix que de naviguer dans quatre mètres de flotte en moyenne. Et ça peut même descendre à 2,40 m ! Avec une houle de cinquante centimètres maxi (c'est ce que disent les guides), ça fait un peu juste je vous l'accorde, mais logiquement ça devrait passer. Sauf que là, ça passait visiblement pas !
Donc, j'empanne aussi sec pour me dégager de là. La manœuvre réveille Zoë, qui me tiendra alors compagnie, le temps pour nous de sortir de la zone des trois mètres et d'admirer par la même occasion le lever du soleil.

(Là, je sens que le béotien pointilleux va me faire remarquer que j’eus mieux fait de faire l'inverse : Changer de direction avant que de regarder la carte. Et bien non, monsieur le béotien pointilleux. Pour s'écarter d'un haut-fond, j'aime autant savoir dans quelle direction je dois aller. Et toc !)

07H30 : Re-empannage sur le bon bord. Colonia est droit devant au 290°, à 20 milles. C'est mon tour d'aller faire un somme... 

Cafe con Leche
09H30 : Le soleil est haut à présent, mais peine à réchauffer l'atmosphère tellement il y a de nuages. Comme nous l'avions deviné à la lueur des feux de navigation, l'eau est boueuse. On dirait du cafe con leche. On sent presque qu'elle est plus dense... Pourtant la Boiteuse file ses 4,5 nœuds au grand largue, avec un demi Génois. 
A la VHF j'entends le contrôle de Colonia qui annonce que le port de plaisance est dorénavant fermé pour cause de vent trop fort. C'est la règle en Uruguay :  Au dessus de vingt nœuds de vent, les autorités ferment les ports... Heureusement qu'il ne s'agit que des sorties et pas des entrées sinon nous aurions été dans le caca ! En même temps, je n'ai vraiment pas l'impression qu'il y ait autant de vent... Par précaution je préfère les contacter, et le gars au bout des ondes me répond qu'ils nous attendent pour la mi-journée. En fait j'aperçois déjà à 10 milles, la tour radio qui surplombe la ville. 

11H00 : Il est temps de commencer à ranger le bateau et à se préparer pour l'atterrissage. Même configuration qu'à Montevideo : Deux pointes à l'avant, deux pointes à l'arrière, et quatre défenses sur chaque côté. L'équipage commence à être rodé, et avec Zoë nos efforts s'harmonisent assez bien. Plus que cinq milles et des brouettes, La Boiteuse file à 7 nœuds dans des surfs d'enfer !

Zoë s'en sort bien !
12H15 : J’appelle la prefectura qui nous donne l'autorisation de pénétrer dans le port. Maintenant que je ne l'ai plus dans le dos, le vent est un peu fort à mon goût et je pressens que l'arrivée risque d'être Rock&Roll. J'essaye alors de contacter le lanchero sur un autre canal pour qu'il nous file un coup de main, mais la radio reste muette. A bout de solutions et n'osant pas me risquer à l'intérieur sans aide (la carte indique 1,60 m de fond), je décide alors de prendre une bouée en attendant. A peine avions-nous pris notre bouée que le lanchero se pointe et nous guide alors vers notre place.  Il est 12H45, et nous sommes arrivés.

Quelques minutes plus tard, une annexe se détache d'un ketch au mouillage, le Moana, et accoste La Boiteuse. Il s'agit de Jacques un lecteur assidu qui m'a contacté il y a quelques jours pour se présenter et nous dire qu'il nous attendait. Comment vous dire ? Ça fait tout bizarre de rencontrer quelqu'un qui vous connaît déjà par vos écrits... C'est déstabilisant en même temps que flatteur. On a l'impression d'être quelqu'un d'important et l’ego s'en trouve renforcé. Mais d'un autre coté, je me suis trouvé un peu con devant cette reconnaissance. A croire qu'il me reste encore du boulot en ce qui concerne mon estime personnelle... Cela dit, c'est aussi quelque chose d’extrêmement plaisant que de débarquer dans un lieu inconnu, et d'y trouver un visage amical. On se met à papoter sur nos projets respectifs, on échange des infos importantes devant un café (Il est où le supermarché ? C'est combien le prix de la place ? Comment sont les autorités par ici ? Et cetera...). Bref, ça fait partie des excellents côtés de la vie de vagabonds des mers.

¡ Bienvenido a Colonia !
Le soir nous sommes allés nous promener dans les rues de la vieille ville de Colonia, et effectivement on peut dire que c'est un petit bijou touristique. Le vieux quartier est admirablement restauré, et partout fleurissent des petits restaurants au charme désuet. Hélas, tout y est encore et toujours trop cher... C'est, je crois, le souvenir que j'emporterais de l'Uruguay : Un pays charmant avec une douceur de vivre indéniable, mais où le coup de la vie est équivalent à celui de l'Europe.
Cela raye donc l'Uruguay de ma liste, et il ne me reste plus qu'à poursuivre ma quête... Prochaine étape, l'Argentine !

Me voilà un vrai Uruguayen maintenant !

Même type, en moins glamour
Colonia, la Calle de los suspiros
Droit vers l'ouest (ou presque)
Quand je vous dis que ça ressemble au sud de la France !
Vue du port
Maté fashion ! 

lundi 11 février 2013

Montevideo


34°54.544S 56°07.780W
Montevideo, Uruguay

Comme vous l’avez pu lire à la fin de l’article précédent, le port de Piriápolis étant beaucoup trop cher pour ma bourse, nous ne nous y sommes arrêté que vingt-quatre heures. Finalement, et après réflexions, cette cherté aura eu au moins l’avantage de résoudre mon dilemme car j’hésitais depuis longtemps entre Piriápolis et Tigre, l’Uruguay et l’Argentine, pour sortir le bateau et procéder à différents travaux. Ce sera donc l’Argentine, et tant pis si ma coque commence à ressembler à un élevage conchylicole, elle attendra encore un peu.

Donc nous somme reparti sous les coups de 19H00... Ensuite, je crois bien me rappeler que nous avons de nouveau rencontré un orage dans la nuit, mais figurez-vous que je suis bien incapable de vous dire quand ! Etais-ce avant ou après mon quart ? Ai-je finalement décidé de décaler les quarts pour gérer ces vents tournants ? Grrrr... Voilà ce qui arrive lorsqu’on ne tient plus son journal ! On oubli tout !

Pratique d'avoir une plongeuse
professionnelle sous la main !
Ben oui, je n’ai rien écrit pendant ces vingt heures de nave, et ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais absolument rien. Je sais seulement que nous sommes arrivé à Montevideo vers 12H30 ce 1er février, et que nous sommes retrouvé tanqué dans la vase au beau milieu du chenal d’accès... Car le port de plaisance de Montevideo, pompeusement appelé Yacht Club Uruguayo, n’est en fait qu’une vasière accessible seulement lorsque le vent souffle du sud et le rempli d’eau. Sans ça, même avec 1,50 m de quille vous touchez.
Bref, tout ça pour dire que nous sommes resté trois heures à rôtir au soleil le temps que la marée monte, mais même haute, elle ne s’est pas révélée suffisante pour nous permettre de rejoindre le ponton qui nous tendait les bras à quelques mètres. Il a fallu que le lanchero de service nous tracte avec toute la puissance de son moteur.

Bref, nous y sommes quand même arrivé pour la plus grande joie de Touline (alias fuzz-ball), qui n’avait pas vraiment apprécié de devoir repartir aussi vite de Piriápolis. Nous avons arrimé et rangé La Boiteuse, et nous nous sommes couché assez tôt en prévision de la journée du lendemain qui s’annonçait assez chargée. Jugez plutôt : Je devais régulariser ma situation au regard de l’immigration, et nous devions nous lancer à l’assaut de cette ville d’un million trois cent milles habitants (la moitié de la population du pays !).

Montevideo
Le lendemain nous avons donc pris un bus à destination du centre ville, et là... Comment vous dire ? J’ai adoré ce que j’ai vu. Montevideo est une ville superbe, avec ses avenues bordées de platanes qui ne sont pas sans me rappeler le port d’attache de La Boiteuse, Nice. En fait cette ressemblance s’explique assez facilement si l’on considère que ce sont deux villes qui ont grandit assez vite à partir de la fin du 19ème siècle et pendant le début du 20ème, sous l’influence d’une immigration venue des quatre coins de l’Europe. Architecturalement parlant, on retrouve exactement les mêmes immeubles victoriens, mais aussi pas mal de bâtiments sortis tout droits de cette période bénie que furent les années trente. Les guides touristiques parlent volontiers de l’austère « architecture soviétique », mais pour ma part j’aime autant parler d’architecture « à la Gotham-city ».

Nous avons aimé flâner dans les rues de cette ville, le nez au vent, le regard constamment attiré par un détail ou par un autre... Dans l’après-midi, nous nous sommes arrêté sur une petite place ombragée pour y déguster un chivito, le sandwich local, et si ce n’était ce petit je ne sais quoi de sud-américain, je me serais vraiment cru être dans une ville comme Barcelone ou Madrid.

Syncrétisme oblige, les couleurs de Iemanja
sont celle de la Vierge Marie
Plus tard dans l’après-midi, nous nous sommes rendu compte que ce n’était évidemment pas le cas, puisque nous avons assisté à la fête de la déesse de la mer, Iemanjásur la playa Ramirez. Bon, je sais que vous savez que les bouffées délirantes des croyants ont le don de me mettre hors de moi, il n’est donc pas nécessaire que je m’appesantisse sur ce spectacle aussi haut en couleur que navrant. Je suis reparti de là en me disant que tout cela n’était finalement qu’un immense gâchis, et la vue d’une contre-manifestation « chrétienne », n’a fait que renforcer cette impression.
Si tout de même, un truc rigolo : Cet après-midi là, Iemanja n’était pas de bonne humeur et la mer était démontée, renvoyant systématiquement les embarcations contenant les offrandes dans la gueule des croyants !!

La marina avec vue sur le World Trade Center
Ceci étant, l’escale à Montevideo ne devrait pas tarder à toucher à sa fin. Le temps file, et nous devons reprendre notre route vers l’est et la ville de Colonia del Sacramento, avant de virer vers le sud et Buenos Aires. En plus, à 28 euros par jour, le « port » de Montevideo, commence à me couter un peu cher... Bref, même si Zoë me tanne pour que nous visitions des musées et que nous passions la soirée dans un cabaret où l’on danse le tango (du moment qu’il y a de la bouffe, je veux bien !), moi je commence à regarder mes fichiers météo et à préparer ma prochaine nave. Mais ça, chers lecteurs, nous en reparlerons plus tard !


Place de la Indepedencia

Le bâtiment des Douanes

Le siège du MERCOSUR

Statue de Iemanja

Pas très contente la déesse !

Une barque d'offrandes

Bénédictions

En marge de la fête, quelques mécontants

Et dans le parc juste à côté, une statue de... Confucius !

Palacio Salvo

Le jogging du soir