mercredi 29 septembre 2010

Tête de bois


Le vendredi et le samedi 17 et 18 septembre 2010
47°35'22.86"N 3° 1'32.71"W
De Port Joinville à la Trinité sur mer

Le lendemain matin nous nous réveillons donc au port de Port-Joinville sur l’île d’Yeu...
Atterrir sur une île est quelque chose de particulier. Ça a un côté, comment dirais-je, aventureux... L’ambiance y est particulière. Cela n’est pas réellement explicable, c’est dans l’air, dans l’attitude des habitants. Dans notre tête aussi : On regarde une carte et on se dit qu’on est là, un peu à part du monde. J’aime bien.

En plus, c’est sympa l’île d’Yeu. Très sympa même. C’est plein de petites maisons assez basses aux tuiles romaines. On sent que nous ne sommes plus en Bretagne... Il y a comme un air de sud qui nous entoure et la température est douce. Je profite pleinement de ma petite ballade matinale et comme d’habitude je goute chaque instant du lever du soleil. Sur le bord de mer de charmantes petites maisons de villégiatures se cachent derrière des haies... On y devine des jardins luxuriants pleins de plantes volubiles. Des vérandas accueillantes...

La veille au soir, alors que nous dînions, nous avons reçu la visite d’amis de Pauline qui nous ont gracieusement invités à venir assister à un spectacle pas banale... Il s’agit d’une démonstration d’utilisation des moyens de survie mis à la disposition du marin hauturier version marine marchande. A savoir l’ouverture d’un canot de sauvetage, ainsi que l’utilisation de la « combinaison sèche ».
Rendez-vous est pris et nous voilà donc sur le bord d’un ponton sur les coups de huit heures du mat. Comme vous pouvez le voir sur les photos, la joyeuse bande à l’air de bien s’amuser et tout ce passe sans souci. Je me doute bien, et eux aussi sans doute, qu’en situation réelle les choses ne doivent pas se passer aussi bien.
Du coup, j’ai décidé que pour parfaire ma formation je suivrais moi-même avant de partir une de ces formations à la sécurité... (Stage ISAF les 3 et 4 novembre 2010 à Marseille.)

Le reste de la matinée, Pauline nous a proposé de nous initier au maniement du sextant. Pour tout vous dire j’étais comme un gamin alors qu’elle nous faisait manipuler l’étrange instrument... Depuis que je suis môme, s’il est un objet qui symbolise à la fois le marin, le découvreur, l’aventurier et quelque part aussi le magicien, c’est bien un sextant...
C’est mystérieux pour qui ne le connait pas. On se dit que c’est pas pour nous un engin pareil. Et pourtant...
Au bout de quelques minutes les mystères s’éclaircissent mais restent pourtant teintés de respect. Le type qui a inventé ce truc-là, je peux vous dire qu’il en avait dans la caboche ! Avec un sextant, c’est bien simple on peu tout faire ! Il faut juste un peu de patience, de rigueur... Et aussi un gout prononcé pour la géométrie.
Bref, on essaye de définir les trucs de base, la collimation, les droites de hauteur, les arcs capables... C’est facile en fait ! Il suffit juste d’oser franchir le seuil du respect qu’inspire l’outil et on découvre alors toutes ses possibilités et sa relative facilité d’utilisation.

La matinée étant assez avancée nous reportons à plus tard l’exercice ultime, à savoir le calcul de la méridienne. C'est-à-dire la mesure de la hauteur du soleil à son zénith (midi en temps universel) afin de déterminer la longitude et la latitude. Manque de bol, jusqu’à la fin du voyage nous eûmes tout un tas d’empêchements (temps couvert ou autre chose à faire) et finalement je n’ai jamais eu l’occasion de faire ce fameux calcul... Tant pis, j’apprendrais tout seul. Note pour plus tard : S’acheter un sextant.

Nous quittons Port-Joinville en début d’après-midi, sans vraiment de destination précise. Juste un axe nord-ouest en fonction de ce qu’Eole voudra bien nous accorder. Car en Bretagne rien ne change vraiment et le vent continue de nous souffler dans le nez.
Vous connaissez maintenant le truc, vent dans nez, allure de près. Gîte et tutti quanti. C’est du sportif dirons-nous, sauf qu’à la longue le sportif ça lasse...

Vers 17h00, décision est prise de continuer pendant la nuit vers la baie de Quiberon. Ok, pas de problème, le Gwen est prêt. De toute façon ça ne peut pas être pire que la dernière fois, hein ?
Sauf que contrairement aux fois précédente je m’octroie un quart plus cool. Deux en fait, mais mieux répartis sur la nuit : 21h00-00h00 et 04h30-07h30.
Bref, j’ai droit à la fois à un coucher de soleil et à un lever !
La nuit se passe bien, la lune est haute et éclaire la mer comme en plein jour (enfin presque !). le ciel sans nuage nous dévoile la voie lactée dans sa merveillitude... C’est le pied.

Vers 06h00 du mat, nous abordons alors une phase, comment dire, délicate en terme de navigation. Vous vous souvenez que je vous avais parlé d’un endroit où il ne ferait pas forcément bon de naviguer de nuit ? Entre Belle-Île, Houat et Hoedic ? Et bien nous y étions.
Des cailloux partout, des feux à la pelle... Nous tirons des bords courts entre des écueils invisibles et d’autres que l’on devine aux liserés blancs que laisse la houle en les frappant. C’est casse-gueule au possible, mais je m’éclate !

Petite nave tranquille par la suite dans la baie magnifique de Quiberon, et c’est vers 14h30 que nous arrivons enfin à la Trinité sur mer.

Là, j’en prends plein la gueule. Putain le peuple ! Des bateaux à perte de vue ! Une vraie usine pour plaisanciers du dimanche ! En plus, comme nous sommes le weekend et qu’il fait beau, ils sont tous de sortie ces cons !
Moi, je vous le dis tout net, déjà de mettre les pieds dans la patrie à Le Pen ne m’enchantait pas plus que ça... Mais devant la démesure du port, l’anonymat obligatoire auquel une telle organisation vous confine forcément, j’ai ressenti comme un malaise.
C’est trop grand, y’a trop de monde... J’aime pas.

Cela-dit, pour la défense de la Trinité, il faut quand même que je vous avoue y avoir vécu un moment rare... J’explique.
En fin d’après midi nous avons effectué un petit bilan de mi-stage. Après avoir discuté entre nous de ce qui allait, de ce qui n’allait pas, si nos objectifs étaient tenus ou pas... Nous avons convenu que les seuls trucs qui pouvaient clocher étaient de l’ordre de la vie en communauté... Ben oui, pas facile de vivre à six dans cette boite de conserve si belle soit-elle à l’extérieur ! Nous remettons donc les pendules à l’heure et pour renforcer un peu notre cohésion je propose que nous allions tous au restaurant le soir même...
Nous cherchons donc une crêperie sympa (et moi mes bottes !) et nous nous retrouvons donc tous attablé devant nos galettes respectives... Je choisi la complète à l’andouille, avec œuf ET fromage, et pour finir je commande la spécialité du chef, la fameuse crêpe avec du caramel au beurre salé dessus...

Et là... Et là... Oh putain... Dès que j’ai eu mis la fourchette dans ma bouche je n’ai pas pu m’empêcher d’exprimer mon contentement : « Foutre-cul ! » me suis-je exclamé.
C’était divin. Réellement divin... C’est bien simple, ce soir là j’ai vu Dieu.
De ma vie entière je crois bien n’avoir jamais mangé quelque chose d’aussi bon. C’était... C’était... Oh bordel, que c’était bon !

En plus, devant mon ravissement le patron a eu la gentillesse de me donner la recette. Alors je vous la communique à mon tour.
- 300g de sucre.
- 300g de beurre (demi-sel of course).
-25cl de crème fraiche entière.

Vous faites fondre le sucre dans une casserole, vous incorporez le beurre une fois que la couleur vous plait et vous rajouter la crème fraiche... Point barre. A garder au chaud pour servir liquide.

Et puis pendant que j’y suis autant vous donner l’adresse si un jour vous allez par là, il s’agit de la Crêperie du Bourg, 16 rue des Frères Kermorvant 56470 La Trinité sur mer.
Voilà, ça, c’est fait.

Le dimanche 19 septembre
47°35'22.86"N 3° 1'32.71"W
La Trinité sur mer.

Le lendemain matin, aux aurores, je découvre avec étonnement que Pierre était debout avant moi... Insomnie me dit-il. Je prends mon café et pour passer le temps nous décidons de partir nous balader. Nous marchons, nous marchons, pour finalement aboutir au bout d’une presqu’île où est planté une magnifique petite maison en pierre. L’endroit est superbe et je m’éclate comme une bête en tentant de rendre le cliché parfait. Le soleil se lève. Les premiers pêcheurs à pied commencent à gratter la vase découverte par la marée basse... C’est tout simplement beau.

Le programme du jour, faire une petite liaison jusqu’au Croesti afin que Danielle puisse se faire enlever ses points de sutures et que nous puissions faire quelques courses... La baie est splendide et propice aux exercices en tous genres, alors autant y aller tranquillou, comme un dimanche.
Vers dix heures, à 09h50 exactement, et alors que je m’apprêtais à aller remplir nos bouteilles d’eau, ne voilà-t-y pas que je saute allègrement sur le ponton rendu bien glissant par la rosée matinale... Je glisse, tombe sur les fesses et bascule en arrière. Ma tête heurte alors la coque en bois de Sereine avec fracas. Aïe.
J’ai l’impression que ma tête vient d’exploser. Tout devient flou. J’ai envie de vomir. J’ai mal. Je me saisi le crâne et reste prostré. Je suis assis, je ne bouge plus. Tout n’est que douleur.
Au bout d’un temps que je ne saurais déterminer je retire ma main et constate qu’elle est pleine de sang. Ma nausée redouble.
Pascal se précipite et me force m’allonger. Il me tient la nuque droite, m’ordonne de ne plus bouger, de lui parler... Je ne sais plus trop où j’habite... Du coin de l’œil je vois Pierre appeler les secours. Je suis allonger sur le ponton, je tremble, j’ai froid. J’ai la gerbe.
On m’apporte un duvet pour me réchauffer. On me met un pansement compressif autour du crâne... Ça va mieux.
Les pompiers arrivent. Deux femmes et un homme. Ce dernier c’est trompé de ponton et il a oublié la civière le con ! Mais je ne vais pas en avoir besoin. Une jolie pompière me demande comment je m’appelle, c’est bon ça je sais... Mon adresse... Ca aussi... Il y a juste mon numéro de sécurité sociale dont j’ai un peu de mal à me souvenir... Putain, ça commence comment déjà... ?

Un type arrive avec une tête de pas-fini. Il tient une croix en bois dans ses mains et nous propose ses services, au cas où... Ne vous inquiétez pas qu’il dit, je suis là !
Mais putain, faites-le dégager ce con ! La situation vire au grotesque. Je retrouve le sourire et me propose de lui botter le cul moi-même si personne ne veut se dévouer.

Quelques minutes plus tard j’arrive à me lever. Prends ma canne et marche jusqu’au camion des pimpons. Pauline m’accompagne. Direction les urgences de l’hôpital de Vannes à 37 km de là...

Quatre heures plus tard je ressors des urgences avec un léger mal de tronche, cinq points de suture et une petite liste des symptômes à surveiller en cas de traumatisme crânien. Pauline l’affiche carrément dans le bateau et demande à tout le monde de garder un œil sur moi.

Du coup, je me retrouve sous surveillance pendant 48 heures avec interdiction de prendre la mer ! Mais bon, ce n’est pas trop grave pour le voyage en lui-même, puisque de toute façon il y a pétole et que l’on se serait fait chier alors...

Le soir, nous dînons d’un poulet aux champignons... Le poulet traine dans la glacière depuis quatre jours et dégage une odeur pas catholique... Le goût est lui aussi pas très catholique... Je me couche avec une envie de gerber qui m’inquiète un peu (et les autres aussi) : C’est le poulet ou c’est un symptôme d’hémorragie crânienne ?

Le lendemain matin je me réveille comme une fleur après avoir dormi neuf heures d’affilé. Tout va bien, le Gwen est solide et son crâne encore plus !



14 commentaires:

edou a dit…

Alors ? Elles sont-y pas jolies les morbihannaises dans ces moments là ?

Ah, ah, ah ! Super la photo de mongolito sous le point G ! (je ne me moque pas du fait de son état mais ton récit m'a tordu de rire !)

Il faut arrêter de dire que La Trinité est la patrie de Le Pen, je crois qu'il n'y a jamais mis les pieds. De plus, les trinitains n'aiment pas qu'on leur rappelle sans cesse ça.
La Trinité, c'est aussi la ville du chantier Constantini où a été construit Pen Duick II, vainqueur de la deuxième transat qui valut la notoriété d'Eric Tabarly. Aujourd'hui encore, bon nombre de bêtes de course sont basées à La Trinité et les grands coureurs océaniques s'entraînent régulièrement dans le Golfe. L'hydroptère y fait régulièrement des passages.
Le seul bémol serait plutôt dû au fait que la famille Duchaussoy y séjourne aussi pendant les vacances d'été pour que leurs gosses fassent de la Caravelle !

'Tsuki a dit…

Eh bé... Rien de tel qu'un pompier pour vous revigorer un grand blessé... Trop rigolo l'anecdote à la croix... Le pauvre, j'espère que tu ne lui as pas trop fait mal... quel voyage, dis-donc... J'ai bien noté l'adresse de la crêperie ; je dois monter à la Trinité pour visiter quelques mégalithes (j'attends d'avoir des sous pour l'essence et que mon chaton ait un peu grandi, histoire qu'il puisse passer 48 heures seul à la maison), et je crois bien que j'irai manger là. Tu vas rire, mais depuis que je suis ici, la plupart des crêperies que j'ai testé, je les ai trouvée minable... C'est chaud de trouver un bon rapport qualité prix dans la galette bretonne...

Merci pour ce partage, en tous les cas : c'est grandiose de voyager avec toi.

Gwendal a dit…

@Edou : J’en ai vu quelques-uns de ces bateaux de course... J’en parlerais dans le prochain article.

@Tsuki : Tu verras tu ne le regretteras pas. Pas cher et délicieux !

philippe a dit…

tu vois c'est dangereux les crêpes...

monique a dit…

Manger du poulet avarié après un trauma crânien, c'est pas conseillé non plus, même si c'est pas écrit sur le papier !!

Tête de breton !

Gwendal a dit…

@Philippe : Ouais... Et encore je n’y avais pas rajouté du cidre ou du gwin ru par-dessus !

@Monique : Tu auras noté « ne fait que pleurer sans raison et refuse son biberon, ou vomit en jet »... Je crois qu’ils ont surtout surveillé ces symptômes là !

cazo a dit…

Non mais ça va pas la tête, manger du poulet de glacière ??

Ah ben... suis-je bête, ceci explique cela...

Remarque, c'est un peu retrouver les plaisirs gastro-nomiques des explorateurs... A quand la fricassée de charançons aux algues ??

Récit toujours aussi prenant... Un régal !!

Bourreau fais ton office a dit…

Comment ? tu as dormi NEUF heures, toi ? le choc a dû être vraiment rude ...

Belles photos, surtout celle de l'horizon marin sur coucher de soleil. Le sextant est un bel instrument, mais je crois que je ne m'en servirai jamais : allergique à la géométrie.

Gwendal a dit…

@Cazo : C’est pour ça que je veux un VRAI frigo sur mon bateau. La bouffe c’est sacré et il ne faut pas la perdre.

@Bourreau : Oui m’sieur, neuf heures ! Même les bêtes ont besoin de repos de temps en temps, surtout après un coup sur la tête !
Merci pour le compliment, je fais de mon mieux.

cazo a dit…

Oh putaingue, je viens de regarder la photo du moinazillon !!

Ceci dit, mécréant, tu devrais te méfier : c'est peut-être sa présence, ses prières, sa foi et sa croix qui t'ont sauvé...

Sûr même...

Si ! Si !...

Sa présence a provoqué un surcroît de secrétion d'adrénaline ça a dû booster l'ensemble des fonctions vitales et te permettre de vite te remettre sur pied... pour aller lui botter son saint séant !!

;-) !

Gwendal a dit…

@Cazo : Hihihi !!! Non, il est reparti sain et sauf. Mais le fait de l'apercevoir a plus ou moins booster mon humeur et a très certainement contribué à me remettre sur pied !

poussinette a dit…

je viens de lire le suite de ton aventure sur la séreine.
je ne m'attendais pas à ce qui t'est arrivé ...
j'espère que ça va mieux aujourd'hui ...que de péripéties au cours de ces 15jours ...
punaise heureusement que celui de barcelone était moins mouvementé ...
bisous matelot <3

Gwendal a dit…

@Poussinette : Plus mouvementé peut-être, mais certainement moins agréable puisque tu n’étais pas là...

poussinette a dit…

c'est gentil!!!