dimanche 19 juin 2011

Tout ça pour ça…

36°35.746N 04°30.803W
Benalmádena

J’ai toujours cru que je n’étais pas un manuel, et dans une certaine mesure je le crois encore.

Je me souviens que lorsque j’étais jeune, quatorze-quinze ans, dans ces eaux là, mes notes en classes pâtissaient de mon adolescence perturbée par les hormones. Ma mère se figurant que je n’étais pas fait pour les études, se mit en tête de me faire apprendre un métier. Tout naturellement, elle s’est tournée vers mon père et lui a demandé de m’enseigner les bases de son métier, l’ébénisterie. Je passais donc quelques jours de vacances dans son atelier, et lui comme moi nous rendîmes assez vite compte que je n’étais pas doué… Mais alors pas du tout. La seule chose que j’arrivais à faire à peu près bien, c’était les teintes et les vernis. Je ne le savais pas encore, mais cela me servit bien plus tard…

Ça ne se voit pas mais elle tourne !
Bref, globalement l’expérience fut un échec et je me souviens très bien m’entendre dire par mon père : « Toi, tu n’es pas un manuel ». Et lorsqu’il me disait ça, il y avait dans son ton une espèce de mépris, comme si le fait de ne pas savoir se servir de ses mains était de la dernière vulgarité.

Le seul problème c’est que j’étais également un élève très moyen, et que cela ne me classait pas dans la catégorie des intellectuels pour autant. Je n’étais donc, ni un manuel, ni un intellectuel, et pendant longtemps j’ai bien cru que je n’étais rien…

Cependant, en grandissant je me suis rendu compte que sans vraiment être un bricoleur, j’arrivais toujours (souvent en tous cas), à trouver une solution simple à un problème complexe, et notamment en détournant les objets de leur fonction première. Au lycée on m’appelait MacGyver !

Bien des années plus tard, cette débrouillardise se retrouve de nouveau mis à contribution, mais dans un contexte plus sérieux puisqu’il s’agit de s’occuper de la Boiteuse. Et je m’aperçois que je n’ai rien perdu de mes petits talents d’ado !
Entre hier et aujourd’hui j’ai installé moi-même de mes blanches mains, le nouveau sondeur et l’éolienne. Et comme à chaque fois que j’arrive à réaliser un montage ou à réparer quelque chose, j’en suis toujours un peu étonné. Et fier aussi.
Même si, il faut bien le reconnaitre, je manque tout de même des connaissances de base et ça me fait perdre un temps fou.

Vert, tout est clair !
Ah oui, il faut peut être que je vous raconte pourquoi j’ai maintenant une éolienne qui trône sur le portique arrière… Lorsque je suis allé chez Leroy-Merlin (prononcez Léroille-Merline !), on m’a expliqué qu’un groupe électrogène produisait certes du 12 ou du 220 volts pour pas cher, mais que celui-ci avait un faible ampérage. En conséquence, pour charger une de mes batteries il aurait fallu au moins douze heures, si ce n‘est plus.

J’étais vert… Je venais de me taper deux heures de trajets en bus et à pied pour arriver dans ce foutu magasin et je devais repartir les mains vides. A tout hasard j’ai jeté un œil au rayon des énergies alternatives, et là je tombe sur une promotion : Une éolienne AIREASY 8000 pour 550 €.

J’ai longuement hésité. J’ai tourné, viré pendant une heure, lisant et relisant la description de la bête, tout en ne m’éloignant pas trop d’elle parce que c’était la dernière… Et puis je me suis lancé. Ok, c’est cher, mais avec ça au moins je suis tranquille, je ne risque pas de tomber en rade parce que mon pilote aura séché mes batteries.

L'essentiel c'est que ça tienne
Une fois rentré au bateau, et après avoir tâtonné pendant un bout de temps, je me suis lancé dans l’installation des deux appareils… Et le lendemain c’était fait !
Bon, le montage n’a rien de vraiment orthodoxe, il est à ma sauce dirons-nous, mais je vous garanti que c’est du solide, et surtout ça fonctionne. Je sais maintenant combien j’ai d’eau sous ma quille et mon éolienne tourne comme une folle sur son mât.

Donc, plus rien ne me retenait désormais à Benalmádena. Sauf peut-être l’avitaillement, que je me proposais de faire aujourd’hui pour larguer les amarres demain… Mais ça c’était sans compter le Sieur Eole qui, pendant que je résolvais mes petits problèmes techniques, n’a rien trouvé de mieux que de m’organiser une petite surprise digne de lui.
A partir de mercredi après-midi il va se mettre à souffler pas mal au large du Maroc. Ça va grossir, grossir, jusqu’à ce que vers jeudi soir on obtienne le gros machin moche que vous pouvez voir sur la carte. (Cliquez pour agrandir)

D'accord...
Quand je me suis aperçu de ce que me préparait le Seigneur des Vents, j’ai dans un premier temps râlé… Puis j’ai essayé de biaisé, en imaginant tous les scénarios possibles pour pouvoir passer à travers ce truc-là… En vain, bien sûr.
Mais ce matin, il m’a bien fallu me résigné. Quand Môssieur décide de piquer sa crise, les humbles mortels n’ont qu’à rester au port et… attendre.

Alors c’est-ce qu’on va faire, attendre. Combien de temps je ne sais pas, mais comme c’est parti j’en ai au moins pour une semaine.
Heureusement le prix de la place est raisonnable et le voisinage agréable. Tien d’ailleurs, cela fera l’objet d’un article que j’ai commencé à écrire, sur les retraités et la mer. Maintenant que j’ai le temps, je vais pouvoir le terminer.

Maintenant que j’y pense, vous croyez que ça l’aura vexé l’autre, que je décide d’installer une éolienne ? Ça devrait lui faire plaisir pourtant…

13 commentaires:

Monique a dit…

Comme je connais Eole ( et son coquin de Mistral qui siffle dans la Vallée du Rhône) je pense plutôt que c'est le groupe électrogène qui l'aurait vexé!

Trouve le moyen de dépenser ta belle énergie dans cette semaine de quai forcée...
Va donc rencontrer les autochtones aussi!!

Gwendal a dit…

@Monique : J’ai encore retourné le problème dans tous les sens aux vues de la météo de midi… et j’ai même envisagé de rallier Mohammedia au Maroc. Je pourrais, mais hélas, 48 heures de nave je veux bien, mais pas en étant constament à moins de quinze milles de côtes. La spécialité marocaine (en plus de la pastilla) ce sont les filets dérivants…
Eole insiste VRAIMENT pour que je reste ici.

Bourreau fais ton office a dit…

Moi non plus je ne pense pas que ce soit ton éolienne qui ait vexé le dieu, au contraire, il a dû se dire "chouette, une copine !", et il a gonflé le torse pour impressionner la petite.

Peut être que ta semaine supplémentaire en méditerranée apportera un évènement qui te sera d'une aide cruciale ... lequel ? je ne sais pas encore, mais je te fais confiance pour nous le rapporter !

cazo a dit…

Soyons pragmatico-philosophe...

Objectif : prendre les alizés pour traverser l'atlantique.

Quand ?
Au mieux, plutôt décembre et jusqu'à mars (nda : il paraît, moi j'y connais rien...)

Temps pour relier les Canaries, point de départ possible pour la transatlantique, 6 à 10 jours, soyons large...

Comptons 10 jours pour la récupération physique, et psychique, les soins à la Boîteuse et l'avitaillement.

Donc, allez, un petit mois...Sommes en juin...
D'ici décembre reste 5 mois...
Quatre mois de marge...

C'est quoi ta contrariété ???

Juste pour faire dans le mauvais esprit... très bien l'éolienne !! et en cas de pétole ???...

Je taquine... c'est juste que je t'envie d'avoir la volonté et l'aptitude à réaliser ce que beaucoup, et moi en particulier, ne parviendront à réaliser que dans leur rêve.

Merci de nous donner l'impression de concrétiser partiellement nos rêves !!

;-) !

Gwendal a dit…

@Bourreau : Peut-être en effet… mais ne sombrons pas dans les superstitions moyenâgeuses mon cher Bourreau !
Mais je vais quand même garder les deux yeux grands ouverts au cas ou…

@Cazo : Déjà, quand tu commences avec « pragmatico », moi je décroche !
Plus sérieusement, tu résumes assez bien le truc. Ma contrariété ? Je crois que ce je désire encore plus que glander au port, c’est avancer. Je veux engranger les milles et voir autant de choses qu’il m’est possible.

La Lésion d'Honneur a dit…

Y'a pas qu'au large du Maroc que ça souffle... à l'intérieur aussi on dirait... !
Bravo encore une fois ! même si d'après Brassens "Eole ne se prend jamais trop au sérieux !"...

Philippe a dit…

t'as mis un régulateur ?

Gwendal a dit…

@La Lésion : Justement, c'est bien pour ça que j'avais envie d'y aller ! Pour voir ça de près et vous le raconter !

@Philippe : Évidemment un régulateur eut été l'idéal. Solide, gratuit à l'usage... Mais hélas le moins cher sur le marché c'est presque 2000 euros, sans parler de l’installation.
Un jour peut-être...

aslan a dit…

Salut Gwen,

Dans le genre équipement, moins essentiel que l'éolienne et le sondeur, certes, mais confort, j'ai vu des antennes wifi omnidirectionnelles de marine à très fort gain (27db je crois)pour un poil moins de 100€.

Au fait tu es tout à fait radiogénique, des fois que ça se dise.

++

Gwendal a dit…

@Aslan : Merci mais vois-tu, même à ce prix là c'est dorénavant du luxe ces gadgets.
Plus tard peut-être, lorsque je serais devenu un écrivain-reporter grassement payé je pourrais m'équiper avec le satellite et tout le tintouin pour rester "connected" partout dans le monde...
On peut rêver !

Monique a dit…

Ton éolienne,elle n'est pas déjà équipée d'un régulateur pour les vents trop forts ?
Pourquoi cette question, Philippe ?

Gwendal a dit…

@Monique-Philippe : Autant pour moi ! J’ai confondu avec un régulateur d’allure.
Oui il y a un régulateur de tension intégré, c’est le petit boitier que j’ai mis en illustration. Il permet de stopper la charge de la batterie lorsque celle-ci est pleine ou que l’engin tourne trop vite.

lucifer ! a dit…

moi, pas compétence technique du tout ;
mais te souhaite bon vent quand même !
ehhh! si tu nous racontais tes menus ! !