vendredi 18 janvier 2013

Breakfast in America


34°39.215S 54°08.581W
La Paloma, Uruguay.

Il est tout juste cinq heures du matin, et Touline est au pied de la couchette, roucoulant impatiemment. Oui, Touline ne miaule pas, elle roucoule, c’est comme ça. Cela fait quelques minutes que je gigote sous ma couette, et la chatte entend bien que certaines traditions continuent à être respectées. Peu importe si son maître s’est couché tard, peu importe s’il ne fait plus de sieste, mais cinq du mat’ c’est cinq du mat’, et c’est l’heure pour lui de se lever.
J’essaye de m’extirper de la couchette sans déranger Zoë qui dort encore. Mon regard s’attarde sur un sein nu... Pendant quelques secondes je suis tenté d’y poser mes lèvres, mais l’envie d’une cigarette et de ma première tasse de café est plus forte. En plus, j’ai envie de pisser.

La vie à deux demande certains aménagements. J’en conviens et vous aussi probablement. Mais ces quelques minutes juste avant le lever du soleil, elles sont à moi, rien qu’à moi. Je les savoure avec gourmandise, comme un enfant sa tétine. C’est l’heure où mes pensées s’organisent, en même temps que j’évacue les dernières brumes de sommeil.
Puis, une fois que j’ai fini ma deuxième tasse de café, je peux m’asseoir à la table du carré, et tenter d’écrire en écoutant le podcast de la matinale de France Inter enregistré la veille.
Il est bizarre ce carré... Y’a rien qui dépasse. Tout est tellement bien rangé, que finalement je ne retrouve plus rien. Elle est où ma pipe ? Ah, la voilà !

Pas facile d’écrire ces temps-ci... Non pas que je n’ai rien à dire, mais c’est plutôt le ton et l’autocensure qui posent problème. C’est que mes diatribes et mes délires ne m’impliquent plus moi seul désormais. Je dois faire un peu attention à ce que je raconte. Oui, je crois qu’on peut dire qu’en matière « littéraire », je ne suis plus aussi libre qu’avant. Mais en même temps ce n’est pas si grave... Je m’en tape un peu et je suis sûr que vous aussi.

Sept heures, le soleil est haut maintenant et commence à réchauffer le béton du ponton. C’est l’heure de la vaisselle. C’est fou comme je peux faire comme vaisselle... Et le plus drôle, dans le sens de bizarre, c’est que j’y prends un grand plaisir ! En plus, ma mère avait raison, c’est quand même plus facile si on la fait tous les jours... Y’en a moins et on a moins à gratter. 

Huit heures, j’en profite pour aller faire un tour du côté des toilettes et pour m’arrêter auprès du bureau du port pour capter le wifi. Je réponds à vos commentaires, et je prends les dernières nouvelles de France. Tien, il y a de plus en plus de cons on dirait.

A mon retour je peux attaquer la préparation du petit déjeuner. Là, franchement, on touche au surréalisme. Moi qui n’ai jamais pu rien avaler le matin, me voilà en train de faire griller des toasts pendant que du vrai café coule dans la cafetière !
Pendant que le pain rissole dans la poêle, je dispose la table avec un semblant de sens artistique. Les toasts, le beurre demi-sel, la confiture de Butià, le Dulce de leche, le nectar de poire, la bouteille de lait, les yaourts, les fruits, le fromage et, hérésie suprême, le beurre de cacahuète. Sans oublier le bouquet de fleurs qui va bien, bien entendu.
Tien, et si je faisais une omelette ce matin ? Non, ça ira bien comme ça... L’omelette ce sera pour demain. J’y mettrais des morceaux de jambon et du fromage. Et peut-être que je préparerais aussi quelques concombres avec une sauce à la crème...

Neuf heures du matin, tout est prêt et le bateau embaume le café français. C’est l’heure de réveiller la Dame. C’est qu’on a pas mal de choses à faire aujourd’hui mine de rien. J’aimerais bien passer par le centre culturel et voir si je trouve quelqu’un pour m’expliquer un peu mieux cette histoire d’eucalyptus et d’industrie papetière... C’est pas très clair tout ça. Et puis on va devoir passer par le supermarché, car le frigo se vide et on va manquer de tomates. J’ai envie de préparer quelques haricots verts pour le dîner de ce soir.

Encore une belle journée qui commence, voilà ce que je me dis alors que cette fois-ci je pose mes lèvres sur son sein. Zoë remue un peu, dévoilant ce qui reste de sa poitrine. Elle me sourit, marmonne un maladroit bonjour en français et m’embrasse... Finalement, le petit déjeuner attendra bien un peu.

11 commentaires:

Thrse a dit…

C'est trop mimi!!!!! Ben c'est bien la peine de préparer un p'tit dèj si c'est pour le laisser refroidir!!! Hi, hi!
Très heureuse que tu prennes du poil de la bête!!! Et puis je décèle une once de romantisme.... Trop mignon!
Et bien j'espère que tout se passera bien une fois que vous serez en mer!!!
Gros bisous à vous trois! Tu as vu à quel point ta famille s'agrandit? Tu es parti seul, et maintenant vous êtes trois!
Bonne journée à vous re-bises!

Monique a dit…

Un doux réveil...romantique à souhait ! Je te reconnais bien dans ce récit!

cazo a dit…

Effectivement, je ne pensais pas si bien "dire" ce matin ;) !! Je vous souhaite de très belles et bonnes journées... et les nuits aussi !! ;)

Ad Dresseur a dit…

Ah bravo!!!
ça roucoule grave sur ce rafiot !
D'abord le chat et maintenant le capitaine !!
le pilote (automatique) j'imagine que c'est pour bientôt !!
laissons les gondoles à Venise !!!!
cap sur le Horn , histoire de faire un peu baisser le thermomètre ???

Simbad a dit…

Héhé ne la gâte pas tout de suite et tous les jours, tu ne vas pas tenir la distance.
Au fait un dialogue d'Audiard :
"Chaque année il y a de plus en plus de cons, mais j'ai l'impression que les cons de l'année prochaine sont déjà là".
PS: Je vois que t'as pensé aux fleurs. Merci qui? Merci Simbase :)

Gwendal DENIS a dit…

@Thérèse : Accorde moi une certaine licence littéraire, car en fait il n'est pas question de laisser refroidir le café !

@Monique : On ne se refait pas, que veux-tu...

@Cazo : Hihihi... Je te l'avais dit !

@Ad Dresseur : Bien au contraire, j'ai hâte de remonter vers le nord car ici il fait un peu trop froid à mon goût. Ce qui ne va pas arranger les choses tu en conviendras.

@Simbad : Je me suis dit ça aussi... Mais je crois que c'est trop tard !

Bateau Loïck a dit…

Les fleurs sur la table du petit dèj !!!... J'aurais juré que c'était pourtant la place de la clef anglaise.
Il faut que tu nous fasses des photos du bateau avant/après !
Quelle belle table, ça fait envie.
Bon ap.

Gwendal DENIS a dit…

@Bateau Loïck : :) Pas besoin de photos ! La prochaine fois que l'on se voit vous pourrez venir boire un café à bord sans soucis ! Et avec un peu de bol, Zoë aura fait des pan-cakes !

lucifer ! a dit…

Mmmmm ! la jolie table !
Attention aux kilos !

et puis, tiens,pour toi, ce petit texte .
"A la maison, un ange, clope au bec, faisait la vaisselle. Mon père tenait trois verres dans sa main et me disait à chaque fois : il ne faut surtout pas serrer, sinon ça éclate ....
Faire la vaisselle est une activité métaphysique qui redonne à un morceau de matière un peu de l'éclat du premier matin du monde ...
La vaisselle renaît deux fois par jour .Son mouvement est celui des marées.une pulsation de l'énigmatique banalité des jours .
J'aime faire la vaisselle "à l'ancienne" ,à la main. ...

Extrait de "L'homme-joie "de Christian Bobin .






















































































































































Gwendal DENIS a dit…

@Lucifer : Tu tenais absolument à laisser un blanc pour qu'on réfléchisse à tout ça ? :)
Sérieusement, je ne risque pas de grossir, crois-moi ! Bien au contraire, je fonds à vue d'oeil !

sophie a dit…

C'est un vrai plaisir de te lire!
On vous souhaite beaucoup de milles de bonheur, vers les antilles peut-être?!