samedi 11 août 2012

Promenade

07°02.535S 34°51.352W
Marina Jacaré, Brésil

Brésil... Quand je tape ce nom, ça me fait encore tout drôle. C’est comme ci je n’arrivais toujours pas à me rendre compte de l’endroit où je me trouve et de ce que j’ai pu faire pour y arriver. Comme s’il s’agissait d’un produit de mon imagination, d’un rêve. Pourtant il suffit que je mette le nez dehors pour que le rêve prenne forme. Lorsque je m’assois dans mon cockpit le matin pour siroter mon café et que je jette un regard circulaire, tout me parle, me hurle, que je suis au Brésil. 


La matinée s’annonce radieuse après les pluies de la nuit. La marée est descendante, laissant à découvert des pans de vase où grouillent des crabes aux allures d’aliens. Touline observe avec attention ce balai étrange et guette l’occasion d’en choper un pas trop gros, à la carapace encore tendre et à la pince inoffensive pour jouer avec. Je la laisse à sa concentration et referme la barrière du ponton derrière moi. 



Un chemin de terre battue me sépare des maisons qui bordent le fleuve. Les villas de riches aux barbelés agressifs y côtoient les masures de pêcheurs. Le matin tôt c’est le va-et-vient des lanchas, ces pirogues-taxi, qui débarquent écoliers et travailleurs venus des villages de la rive d’en-face. Un cheval broute négligemment l’herbe du talus, je le flatte au passage et continue de longer la rive. Je réveille un chien qui termine sa nuit lové dans le sable d’une petite plage. Des pirogues de pêche sont amarrées, leurs filets recouverts par des branches de cocotiers. Un sentier semble s’écarter du bord du fleuve et s’enfoncer dans les terres. Je m’y engage.


Au loin un vol d’urubus attire mon regard. Je m’approche et découvre un gang au grand complet, occupé à nettoyer une décharge sauvage. Fossoyeurs, recycleurs, ces oiseaux sont aussi beaux en vol qu’ils sont moches sur terre. Ici, à la campagne, c’est le vautour qui fait office de pigeon. Un gros pigeon noir au cou horriblement dénudé.


Je poursuis mon chemin et bifurque vers le village en coupant à travers la prairie. Un couple d’ânes m’observe au passage. Plus loin, quelques vaches accompagnées de leurs veaux se reposent. Elles sont magnifiques ces vaches. Elles ont quelque chose dans le regard qui rappelle l’antique apis égyptienne.
Un jeune garçon perché sur son cheval, un bloc de mousse en guise de selle, survient pour les mener paitre. Dociles, elles se laissent conduire de l’autre côté de la voie de chemin de fer. 


Le train qui dessert les villages du fleuve passe en sifflant à tue-tête proclamant haut et fort sa priorité sur les vaches et sur les voitures. Il passe au ras des pare-chocs dans le fracas de son diesel et l’arrogance de son sifflet. 


Au-delà des rails, après la quatre-voies, c’est la grande banlieue de la ville. J’aperçois les tours qui ont poussées comme des champignons ces dernières années. Un troupeau traverse la route mené par des gardiens à pied... Le contraste est saisissant. 


Je rentre maintenant par la rue du village de Jacaré. Une rue pavée, unique, bordée par les petites maisons basses des pêcheurs. Il y a une église, une école, une épicerie quelques comptoirs où boire un verre de cachaça, mais c’est dans la rue que tout se passe. La rue c’est à la fois l’agora, le terrain de jeu des enfants, le lieu où l’on expose sa nouvelle voiture, où le soir venu on tire quelques chaises pour discuter avec son voisin. C’est à la fois le cœur et l’épine dorsale de la communauté. Et tout au bout de la rue c’est de nouveau le fleuve. Large, puissant, bercé par le rythme des marées. 


Je reprends le chemin de terre et me voilà à la petite barrière verte. Touline est là qui m’attend en jouant avec des feuilles mortes. Il est temps de rentrer, il commence à faire chaud. 

(Faites moi plaisir, cliquez sur les photos pour afficher le diaporama)








16 commentaires:

sonia a dit…

Voila une bien jolie promenade Gwendal, empreinte de calme. (j'ai fait comme tu as demandé, j'ai bien cliqué sur une photo pour avoir un diapo mais... NADA pas de diaporama :) ).... Cela dit, on les voit très bien tes photos alors....

Alexandra et Xavier a dit…

Ce lieu semble tellement paisible...
Peut-on se baigner dans le fleuve?
Bises et à bientôt

Gwendal a dit…

@Sonia : Ben ça alors... Jette ton ordi !

@Alexandra et Xavier : Je pense que oui... Même si pour ma part je trouve l'eau boueuse peu engageante.

EP a dit…

Salut Gwendal,
merci de partager ces moments de découverte avec toi. Un peu de poésie au boulot le samedi matin, ça fait du bien :)
Bise,
Elodie

'Tsuki a dit…

Bon alors je confirme, le diaporama est en mode manuel : quand on clique dessus, il y a une bande en bas indiquant les photo à faire défiler, mais rien ne défile : il faut cliquer sur les photos une par une... Donc un diaporama manuel.

Sinon... Apis est un taureau, pas une vache (Je le précise, parce que si tu laisses ça comme ça, il va s'irriter, et avoir un dieu taureau au cul quand on voyage de part le monde, je ne conseille pas, mouhahaha !).

Tu as raison par contre : les vaches que tu voies là-bas sont d'origine africaine : c'était la variété la mieux adaptée au climat (comme les Texan ont pris des Salers pour leur Ranch).

Merci pour tes photos, ça me rappelle plein de choses enfouies dans ma mémoire depuis 1989.

Monique a dit…

Belle balade, en effet ..et presque une ballade, ce texte lyrique avec de belles photos !

J'ai testé le diaporama et je confirme qu'il est manuel.
Et je te confirme aussi que tu es bien au Brésil..

J'attends maintenant que tu nous prennes la main pour la prochaine visite ! Bises...
.

Gwendal a dit…

@Élodie : De la poésie, c'est un bien grand mot... Mais merci quand même. Heureux d'avoir égayé ton samedi laborieux !

@Tsuki : Pour moi la vache est la plus noble conquête de l'homme, n'en déplaise aux équidés.

@Monique : Allons bon, du lyrisme maintenant ! Et ben, si je me doutais...

La Lésion d'Honneur a dit…

...et en plus c'est bien écrit, ça coule tout seul, comme le fleuve, tranquille, comme la rue... sympa pour une balade du dimanche !

'Tsuki a dit…

>>> C'est bien pour ça que je me sens flattée, quand on me traite de grosse vache, mouhahaha ! Quelle conquête, hein... ;)

... a dit…

Comment prononce t'on..? Djacaré, racaré ou tout simplement jacaré....sais tu ce que cela veut dire en brésilien..?

lucifer ! a dit…

jolie ta promenade; on marche avec toi, tranquillement, on découvre
avec ton regard les rues, les vaches, le train, le fleuve ...
je crois bien que cela s'appelle "les traces du futur "
ce qu'on pourrait vivre si on y était .

Gwendal a dit…

@La Lésion : Merci mon gars, vous êtes bien urbain !
@Tsuki :

@... : On dit Jacaré, presque comme en français, avec un léger roulement du "r" à la fin et en avalant un peu le "é". Et ça veut dire caïman. Mais ça fait belle lurette qu'ils ont disparu du fleuve...

@Lucifer : Rien à voir avec ce que tu me dis, mais j'ai trouvé où est-ce que je vais acheter mon hamac... Enfin, ton hamac !

'Tsuki a dit…

Ben t'as rien trouvé à me répondre, quoi ?!

Rhâ, Gwendal... ^^'

:D

cazo a dit…

Agréable ce petit tour... M'en vais me faire un cocktail de fruits exotiques bien frais à l'ombre des cocotiers, tiens !!... Rhââa... zut, pas l'ombre d'un cocotier dans les parages, et pas de fruits exotiques dans les arbres non plus !!! Bon, tant pis... ce sera rosé frais alors !!! ;-) !!

Gwendal a dit…

@Tsuki : Zut ! Je m'étais dit que j'allais te pondre une répartie digne de toi, et puis j'ai zappé... Désolé !
Bon... Alors, là Tsuki est la seconde plus belle conquête de l'homme après la vache et avant le cheval. Ca va comme ça ? :)

@Cazo : Le petit verre de rosé bien frais sous les pins, c'est pas mal non-plus tu sais ? Profite toi aussi.

lucifer ! a dit…

ahhhh! enfin!
depuis le temps que j'en rêve ...
Je croyais que tu avais oublié !

A toi, plein de bisous !