samedi 4 août 2012

Voyage en Nulleparie (4)

07°02.535S 34°51.352W
Marina Jacaré, Brésil

Le jeudi 19 juillet 2012

07H20, la nuit a été excellente. Et quand je dis excellente je veux dire que ce fut de loin la meilleure nuit de toute cette traversée. Jugez plutôt.

Hier au soir, à peine le soleil s’était-il couché derrière l’horizon, que je m’installais sur mes matelas pour m’endormir presque aussitôt dans mon duvet mouillé. Vers 02H30, je me suis réveillé pour constater que : Petit un, j’avais envie de pisser. Petit deux, la mer était calme et le vent modéré. J’envoyais un peu de toile, histoire de faire quelque chose, et hop je me rendormais aussi sec jusqu’à ce matin 06H45. Le panard intégral.

Bon, bien sûr la moyenne de la nuit n’a pas été fantastique (3,55 Nds), mais le cap était parfait. Du coup, forcément, cette avant-dernière journée commence dans la bonne humeur.

07H40, Je pensais à un truc... Je ne crois pas vous en avoir parlé lors de mon séjour au Cap-Vert, mais sachez que mon portugais, même s’il s’est amélioré, laisse toujours à désirer. La faute, j’imagine, en incombe à mon grand âge, mais aussi à mon espagnol que je parle désormais couramment. En effet, le portugais et l’espagnol sont assez proches, et malgré bon nombre de faux-amis j’arrive assez bien à me faire comprendre et à comprendre (dans les grandes lignes) un lusophone. Je n’ai donc pas de raison de faire plus d’efforts pour maîtriser parfaitement le portugais... Il suffit que je lusitanise certains mots, et tout le monde comprend parfaitement ce que je dis. En fait, je parle couramment le Portugnol, si vous préférez.
J’ajouterais que le portugais du Cap-Vert est beaucoup plus hispanisant en termes de sonorité que celui de la métropole, et de même le portugais du Brésil l’est encore plus.

08H05, j’envoie tout ce qui me reste de toile à l’avant. Il s’agit maintenant de lutter contre la montre pour arriver demain avant la nuit. Je verrais ce que cela donne au point de midi, et s’il le faut je relâcherai un ris.

Elle s'en tape des horaires de marées...
10H00, je viens de regarder les horaires de marée pour Cabedelo. La pleine mer est à 17H25, ce qui veut dire qu’avant cette heure j’aurai le courant pour moi, et qu’après cette heure j’aurai à la fois le reflux et le courant contre moi... Et il y a huit milles entre le début du chenal et la marina de Jacaré. Il faut que j’en tienne compte dans mes calculs.

10H40, j’ai relâché le ris n°2, car on ne va pas assez vite (Grrrr !!!). Je sens que les prochaines 24 heures vont être stressantes. Je vais avoir les yeux rivés sur le speedo et sur la montre, car le risque de me présenter à l’entrée du canal à la tombée de la nuit est de plus en plus grand.

Allez, peut-être que les accords de guitare de Steven Rothery vont arriver à me détendre ?

12H00, c’est l’heure de faire le point. Le vent a tourné au Sud-Sud-Est, mais la vitesse reste insuffisante. Je ne peux rien faire de plus qu’attendre que le vent forcisse un peu... Je ne sais pas pourquoi, mais depuis quelques jours déjà je sens que je vais arriver trop tard. D’ici à ce que je sois obligé de tirer des bords toute la nuit de vendredi à samedi, il n’y a pas loin.
Je dis ça mais j’ai comme l’impression que le vent se lève un peu... Allez Eole, mon pote, un dernier coup de pouce s’il te plaît ! Après, promis, je ne te demande plus rien pendant un bout de temps.

12H30, Une nouvelle espèce d’oiseau est apparue aujourd’hui. Blanc, avec la pointe des ailes noires et le bec jaune. Je crois que c’est un fou. Sinon, le petit poisson à la queue jaune est toujours là sur tribord. Ca fait combien de temps qu’il est là lui ? Un peu plus d’une semaine ? Vous vous rendez compte qu’il aura fait près de 800 milles en profitant de l’effet de la carène !

(Bon ben le vent ne se lève pas tout compte fait...)

15H00, j’ai dormi une petite heure. La mer est belle et la navigation agréablement confortable. C’est désespérant.

15H25, Porte containeur sur bâbord. C’est le vingt-et-unième.

18H00, bon ben je crois que pour une arrivée demain vendredi, c’est râpé.
A moins que les vents ne changent radicalement de direction et accélèrent franchement, il va être difficile de faire les 112 milles restant en moins de 24 heures.
Tant pis, ce n’est pas grave. Je sais être zen et accepter les choses comme elles sont. Même si je vous avoue que ça n’a pas été facile. (En fait il s’agit pour moi d’effectuer un exercice intellectuel très compliqué. Mais je vous raconterai ça une autre fois.)

A moins que je ne prenne le risque de franchir la passe de nuit (du moins à la nuit tombante), et de remonter le fleuve en suivant les waypoints que j’ai reporté sur mon lecteur de carte... On verra comment ça se passe cette nuit, et demain je prendrai une décision.

T'es belle !
19H10, je regarde Touline. Je n’en reviens pas combien elle a grandi ces dernières semaines... Pas forcément là, pendant la traversée (j’suis pas con), mais je trouve qu’elle n’a plus rien d’une « gatita ». C’est une vraie lady maintenant, qui pourra s’enorgueillir d’avoir traversé l’Atlantique avec son humain ! Sans déconner, elle est trop belle (quand elle est sage) !

20H10, Allez, on ne se laisse pas abattre et on va déguster une bonne fejoada en regardant le coucher du soleil.
Le vent est maintenant au Sud. Je ne m’étonne plus de rien de toute façon...

20H35, c’est en train de se « nuagifier » derrière moi. Je n’aime pas ça.


Le vendredi 20 juillet 2012

07H30, cette nuit ne fut pas de tout repos. Non, ce ne sont pas ces nuages en provenance du Nord que j’ai aperçu avant de me coucher qui m’ont posé problème, mais un grain en provenance du Sud-Est qui m’est tombé dessus vers 02H00 du matin. Des pluies et des rafales soudaines de vent m’ont maintenu éveillé pendant un moment, le temps de savoir à quelle sauce j’allais être mangé.
Là, il recommence à pleuvoir. J’ai réduit la voilure mais la Boiteuse se heurte encore aux vagues avec violence. De toute évidence, même si je cravachais à plus de cinq nœuds toute la journée, nous sommes bons pour une autre nuit en mer...

08H00, grosse pétole avec de la pluie. C’est à peine croyable comment le temps change vite par ici. Le régulateur est à la ramasse, je dois barrer et je suis trempé jusqu’aux os. Le jour arrive et nous voit avancer à 03 nœuds, alors que j’étais à plus de 5 nœuds il y a à peine une demi-heure. Généralement, des calmes comme ça indiquent un changement du régime des vents en direction et en force... Ou alors la fin du monde.

08H15, tiens, revoilà mon fou à bec jaune. J’ai l’impression que le courant est de plus en plus fort. La mer fait des picots.

08H17, ça-y-est ça se lève. Oh putain c’est du costaud !

C'est par là !
08H45, Celui-là n’est pas encore fini, qu’un autre grain se profile à l’horizon sur tribord avant, avec un bel arc-en-ciel sur sa bordure. Cap sur l’arc-en-ciel !

09H00, j’ai réfléchi sur la façon de procéder à mon atterrissage. Je vais naviguer droit sur Cabedelo, jusqu’à ce que je sois en vue du feu qui balise le récif, la Pedra Seca. Puis, je vais tirer des bords jusqu’à ce qu’il fasse grand jour.
J’ai deux soucis à présent : 1) Les horaires de marée. 2) Ne pas arriver trop tôt non-plus, car il y a trois heure de décalage entre moi et l’heure locale. Et j’aimerais bien trouver du monde pour me filer un coup de main lorsque j’accosterai.

Allez mon Gwen, un dernier effort, et demain on y est.

09H05, j’y pense maintenant, une autre solution serait de faire toute la route à 2,5 nœuds ! Mais c’est relativement illusoire...

10H15, encore un grain. Costaud lui aussi... J’aurais tout eu décidément...

11H00, j’ai profité d’une accalmie entre deux grains pour prendre le deuxième ris. La Boiteuse se sent mieux, et moi aussi. Et puis on s’en fout maintenant de la vitesse.

12H15, au point de midi il restait 53 milles à parcourir. J’ai retiré un seau et demi d’eau à l’avant. La mer est agitée et le vent c’est du F4. J’ai lancé la cuisson des pâtes.
Je pense que nous allons avoir des conditions bien merdiques pour cette arrivée... Plus que jamais je serre les fesses et je m’accroche à quelques images. Comme un sourire d’enfant par exemple, ou un bon cigare dégusté à la terrasse d’un café avec un jus de fruit à la main. Ou tout simplement un « Bienvenu » lancé dans n’importe quelle langue. Il sera sincère je n’en doute pas, et mon merci le sera tout autant.
Pour la première fois depuis mon départ, j’ai allumé la VHF sur le canal 16. Peut-être vais-je arriver à comprendre un bulletin météo ? Ou du moins entendre des voix humaines autres que celles de mes rêves ou la mienne. Hallucination olfactive ?

15H00, j’ai dormi une heure. La mer est toujours aussi mauvaise et j’essuie grains sur grains. J’ai du mal à tenir mon cap au 225°, mon près n’est pas assez serré.
Sous voilure ultra-réduite nous filons parfois à plus de cinq nœuds. La Boiteuse enfourne les vagues comme elle peut. A chaque fois, son étrave monte au ciel avant que de retomber avec fracas dans une grande gerbe d’eau. Mais comme la houle est très courte (on se croirait en Méditerranée), elle retombe parfois, souvent, dans la vague qui suit avec un bruit à vous faire dresser les cheveux sur la tête. Le bateau s’arrête alors d’un seul coup, et tout le gréement se met à trembler sous le choc. C’est flippant.

Le Mer-Veille sonne. Un cargo me passe à moins d’un mille devant l’étrave (n°22).

15H35, en regardant Touline qui dort sur la banquette du cockpit, je repense à sa chute dans l’océan. Finalement c’est une chance que cela soit arrivé pendant la nuit et que j’ai pu la repérer grâce à ses yeux réfléchissants. Car si cela devait arriver maintenant, j’aurais toutes les peines du monde à la distinguer tellement la mer est couverte d’écume. Je viens de faire l’expérience avec une boite de conserve vide que j’ai laissé flotter dans le sillage. Et bien je l’ai quittée des yeux une seconde au bout de dix mètres... Et j’ai été incapable de la retrouver.

16H25, je déteste les paquets de cigarettes souples. C’est chiant au possible. Dès que vous voulez prendre une clope, y’en a deux autres qui tombent par terre.

18H00, au point de fin de journée, il me reste 30 milles à faire. Je devrais approcher la côté un peu au Nord de Cabedelo. J’ai beaucoup perdu en cap, et ai fait du 240° au lieu de faire du 225°. J’ai décidé que dans 15 milles je virerai de bord, soit approximativement vers 22H30. Je veux éviter de me retrouver dans la zone où les fonds remontent de 4000 à 200 mètres, car la mer pourrait grossir et il pourrait y avoir des pêcheurs.
Ensuite, je pourrais peut-être penser à dormir un peu...
Pour demain samedi, la pleine mer est à 05H22 et la basse mer à 11H54 TU. On ne peut pas dire que ça m’arrange, mais bon... Je n’ai pas trop le choix.
Sinon, le temps c’est bien amélioré. Le ciel est bleu avec quelques nuages blancs, et la mer se calme petit à petit (Je n’ose plus rien dire ou souhaiter de peur que ça me retombe sur la gueule. C’est quand même dingue !).

18H50, c’est marrant mais je sens l’excitation de l’arrivée monter en moi. Je souris, enfin je crois (je sens que ma bouche est bizarre). Même si je suis encore loin d’être amarré au ponton, le processus d’arrivée s’engagera dès que j’aurai viré de bord. Ensuite, je sais que les choses vont s’enchainer les unes aux autres... Et à l’issue de tout ça, le bonheur.

19H15, j’envoie toute la voile d’avant. Ça se pétolise.

19H30, je rêve ou bien ? Je jurerais avoir senti comme une odeur de plat cuisiné. Et ça ne vient pas de la Boiteuse.

20H15, j’ai mangé. Je commence à en avoir plein le dos du thon en boîte. Heureusement, Touline en raffole, alors on partage.
Grrr... La mer se lève à nouveau. Ca doit être à cause des fonds qui remontent. Ca tape de plus en plus et la gîte s’accentue. Du près aussi je commence à en avoir plein le dos !

Dernier coucher de soleil en mer. Celui-là je ne pouvais pas vous en dispenser.


Bon allez, Touline est maintenant enfermée à l’intérieur : Plexi fermé, ok. Feux de position allumés, ok. Eau, ok. Jus de fruit, ok. Clopes, ok. Tabac à pipe, ok. Lampe de poche, ok.
C’est bon, on peut attaquer la nuit.

20H30, porte containeur par l’arrière (n°23).

21H15, j’aperçois le halo de la ville de Joao Pessoa.

21H30, cargo par tribord avant (n°24). Le ciel étoilé est splendide.

21H40, ça y est, je vois les lumières de la terre ! Le Brésil est là !


Le samedi 21 juillet 2012

07H30, en fait, rien ne s’est passé comme je l’avais prévu (ça vous étonne ? Pas moi).
D’abord j’ai viré de bord comme prévu à 22H30, mais ce fut pour me rendre compte que je faisais cap au 70°. Impossible pour le régulateur de se rapprocher plus du vent ! Pas grave me suis-je dis. Ca ou peindre la girafe c’est pareil, du moment que je ne vais pas à la côté et que le temps passe.
Puis, vers une heure du matin et après avoir dormi un peu, je constate que nous sommes de nouveau à trente mille de la Pedra Seca. Je revire de bord, et là je me retrouve à faire cap au 250°. Là, c’est le vent qui a carrément viré plein Sud et qui m’empêche de tracer droit sur ma cible. Là encore, je me dis que ce n’est pas grave.
Peu avant 02H00 du matin, je réalise soudain que le feu arrière de la Boiteuse est éteint. Diable, voilà que les batteries sont nazes maintenant ? J’allume donc le moteur pour recharger les batteries et en même temps faire route dans le bons sens.
A 04H40, j’éteins le bourrin. Les batteries sont maintenant un peu plus pleines, je peux donc reprendre ma route à la voile... Je m’endors alors et c’est à 07H20 que je me réveille. Nous sommes à 6 milles des côtes mais encore à 18 milles de la Pedra Seca.
Un thermique souffle du Sud-Ouest, je revire donc de bord, cap au 150°.

07H50, et en plus il pleut !

Joao Pessoa
08H00, je viens de transférer les derniers 20 litres de gasoil qui me restaient. J’ai maintenant devant pour environ 10H30 d’autonomie. La suite, vous la devinez, on va faire le reste de la Transat au moteur ! Parce qu’à un moment il faut savoir dire stop ! Merde !

08H45, je distingue la côté maintenant. La mer est devenue verdâtre.

09H10, putain ! Le vent est pile au 180°. Fait chier !

09H30, a priori je devrais atteindre la Pedra Seca vers 13H30-14H00, peut-être plus tôt, on verra. Ce qu’il y a de bien, c’est que je vais arriver avec la marée montante.

10H55, cargo sur tribord. N°25 !

11H30, on se traine, je relâche le ris n°2.

11H50, j’arrive enfin à avoir un cap correct ! Le vent a tourné un peu à l’Est. Je vois les immeubles de Joao Pessoa.

12H43, Oups ! J’évite de justesse un casier. Fini la navigation allongée ! Maintenant on se lève et on ouvre les yeux. Et on met un teeshirt et un chapeau, parce qu’il fait très beaucoup soleil.

Du vert, enfin...
13H00, avec les jumelles, j’arrive à distinguer des forêts et des champs sur la côté... C’est dingue comme tout est vert !

13H30, j’ouvre le guide du Brésil pour me remettre en mémoire la configuration du chenal et du fleuve. C’est presque inutile, car j’ai si souvent imaginé ce moment que je connais la carte par cœur.
L’eau est franchement vert claire maintenant. Opaline je dirais.

14H00, ça-y-est je vois la Pedra Seca... Et l’embouchure du fleuve Paraíba !

Tout s'inverse
14H10, la première bouée du chenal est en vue. Ne pas oublier que nous sommes dorénavant en zone A et qu’ici le rouge se laisse à tribord et le vert à bâbord. Je vois la rouge, la verte... C’est tudo bom !

14H20, je remballe le foc. Je suis dans le chenal maintenant, et une vedette à moteur sort de l’estuaire alors que j’y entre. C’est marée montante, mais on voit parfaitement la mer se briser sur les récifs, à gauche et à droite du bateau.

14H45, je viens de réaliser... Là, devant moi... Des COCOTIERS !!!


15H00, ça-y-est je suis sur le fleuve. J’ai abattu ma Grand-Voile et avance à 3 nœuds. Je longe le port de commerce et de pêche de Cabedelo.

Ferry
15H40, un ibis me passe juste devant l’étrave. Des pêcheurs sur leurs barques ramassent leurs filets... C’est que du Bonheur avec un B majuscule.

15H45, au détour d’un méandre j’aperçois les mâts des bateaux de la marina. Il est temps d’enfermer Touline.

15H50, j’entends qu’on me hèle. Ce sont les pêcheurs que je viens de croiser qui gueulent parce j’ai embarqué leur filet !
Ben voyons, il ne manquait plus que ça pour que le tableau soit complet ! Cette transat ne pouvait décidément pas se terminer autrement que par un énième emmerdement.
Pendant que l’un d’eux plonge sous la coque pour dégager son filet, je me répands en excuses. L’eau est boueuse, mais le bonhomme semble avoir l’habitude... Des bateaux à moteur luxueux passent à fond la caisse sans se soucier de ceux qui travaillent. Ma contrition doit certainement les étonner et leur faire plaisir quelque part.

16H15, je repars. Alors que j’approche à vitesse réduite du ponton d’accueil, je distingue quelques silhouettes. L’une d’elle crie mon nom, c’est Séverine.

16H40, la Boiteuse est amarrée au ponton, et j’éteins alors le moteur tout en notant l’heure qu’il est. Il est 16H40, et j’ai quitté le Cap-Vert il y a exactement 23 jours et 25 minutes. Sans cette histoire de filet j’aurais pu faire pile vingt-trois jours ! 

Ça y est, je suis arrivé au Brésil...

A bon port...
Vingt-trois jours et vingt-cinq minutes, pour effectuer une traversée de 1848 milles. On n’est pas là dans des records, qu’ils soient de vitesse ou de lenteur, on dira juste qu’on est dans les temps. Quels temps ? Je ne sais pas. Je vous avouerai que deux semaines après mon arrivée, je n’ai toujours pas digéré le truc.... J’ai eu ma part de galère, quelques joies aussi. J’ai fait un truc pas banal j’en conviens, mais en même temps je l’ai fait plus par nécessité que par défi. Il n’y a aucune notion de challenge dans cette histoire, car enfin il fallait bien que je la traverse cette grande mare si je voulais mettre les pieds sur ce continent... Donc, la légitime fierté qui logiquement devait être la mienne, tarde à venir. Je n’ai pas l’impression d’avoir réalisé un exploit, j’ai juste fait un truc qui est cohérent avec ce que je suis en train de faire de ma vie. Avec ce que je suis tout court.

De fait, lorsque je me regarde dans la glace, je ne me rengorge pas. Je me dis juste que tout cela est normal.


Bon, maintenant que j’ai terminé de vous raconter cette histoire, je vais enfin pouvoir passer à autre chose. Ma Boiteuse a besoin de soins, et moi j’ai besoin de réfléchir à la suite de mon voyage. Et puis je vais surtout profiter de mon nouveau cadre de vie... Au bord du fleuve Paraíba, bercé par le rythme des marées. A regarder des couchers de soleil tout en fumant un cigare... Pile comme je l’avais rêvé.

Le cocotier, tout un symbole pour moi
Touline s'éclate. pur une fois qu'elle voit de l'herbe...



Franchement, ça le fait non ?
Oups ! Desculpe !
Manque plus que le cigare.
Bon, traverser l'Atlantique, ça c'est fait...

10 commentaires:

Monique a dit…

En te lisant, j'ai des émotions qui remontent...et maintenant que je sais tout, me voilà encore plus soulagée...et je me dis que ce n'était pas complètement irrationnel de s'inquiéter car finalement, tu t'en es très bien sorti grâce à ton sang froid, ton savoir - faire et à ta nouvelle zenitude... mais il y a quand même des tas de moments où ça aurait pu mal tourner!!!

Le visage lumineux de la dernière video témoigne de ton avancée (et pas seulement maritime!) On en parlera de vive voix !!!

Alexandra et Xavier a dit…

Ca fait plaisir de voir ta joie bien compréhensible à l'arrivée! Comme tu dis la transat, ça c'est fait!
Profite bien de ce beau pays, maintenant j'ai hâte de lire tes premières impressions!
Touline était contente de poser ses pattes sur la terre ferme?
Bises

lucifer ! a dit…

Bon ! "traverser l'Atlantique, ça c'est fait "
et bien fait !
Quoi, maintenant à ton programme d'insatiable ?

Sonia a dit…

Portugnol, nomadie, nulleparie : aurais-tu décidé d'étoffer notre vocabulaire à la faveur de ton imagination ? :)
Je retiens (entre autres) le valeureux petit-poisson-à-queue-jaune qui a su bien profiter de la Boiteuse ! Un vrai petit malin ! (Heureusement qu'il n'était pas gros :p)
Quant à Toi, prends le temps de te poser maintenant... Et de digérer.

'Tsuki a dit…

C'est portignol, qu'on dit... C'est un vrai mot, et il est utilisé depuis des décennies pour décrire la langue de ceux qui savaient l'espagnol avant d'apprendre le portugais... T'en fais, les Brésiliens gèrent parfaitement !

Pour les paquets souples, c'est un coup à prendre ; ça m'étonne que tu n'aies pas fini par y arriver, en 23 jours et 25 minutes... ;D

Bon allez, j'arrête de te charrier.

Merci de m'avoir fait rêver...

Une bise à Touline de la part de mes trois chats (Winter, Autumn et... Puccinelli le galipetteur !!!) Et um abraço pour toi, qui a réussi un bel exploit. Tu n'as peut-être pas envie de te dire que c'est exceptionnel, mais il faut en avoir dans le slibar, pardon sous le drapeau, pour faire un truc pareil... Et une putain de baraka pour retrouver un chat en pleine nuit en plein Océan ! C'est pas un ange gardien, que vous avez, c'est un Archange !!!

Gwendal a dit…

@Monique : Oui, je continu à avancer dans ma tête aussi, et c'est peut-être là le plus important.

@Alexandra et Xavier : Je pense que Touline a été aussi heureuse que moi d'arriver. Elle fait comme moi maintenant, elle explore le Nouveau Monde petit à petit, en prenant son temps.

@Lucifer : Mon programme immédiat ? Passer mon diplôme de Glandeur Senior, option farniente !

@Sonia : Ça va prendre un peu de temps pour digérer je crois... Si il y a quelque chose à digérer !

@Tsuki : Je crois qu'on dit les deux, portignol et portugnol. Tu sais, je n'ai vraiment pas l'impression d'en avoir dans le slibar comme tu dis... J'ai fait ce que j'avais à faire, c'est tout...

cazo a dit…

Allez, tu l'as bien méritée, ta plage avec cocotiers, cocktail de fruits frais et jolies brésiliennes !!

Sur OVNI j'avais pu voir les bulletins de la météo marine brésilienne qui avait balancé des bulletins alertes sur zone... je savais que tu allais être probablement chahuté peu avant ton arrivée... je gardais cette info pour ne pas inquiéter tout le monde, et en particulier qui tu sais !! ;-) !!

Après ces passages mouvementés, on va pouvoir enfin rêvasser à l'ombre de tes récits colorés, pleins de douceur de vivre et de samba... ;-) !!

la Lésion d'Honneur a dit…

Déjà que le Brésil est au programme depuis un moment (pour aller voir les cousin(e)s, avec ton récit, ça devient obligatoire ! Merci et encore Bravo ! J'adore la dernière vidéo !

... a dit…

Le petit village sous les cocotiers a un petit air cubain (un authentique petit village de pêcheurs..), attention à la cachaça....
Laisses toi vivre sans contraintes...

Gwendal a dit…

@Cazo : Tu as bien fait de garder ça pour toi... En attendant les jolies brésiliennes (qui se font attendre hélas), c'est churascos le weekend, et zucos glacés tous les soirs !

@La Lésion : Merci ! L'approche a été idyllique et ces premières visions du Brésil après 23 jours de mer, d'un grand réconfort.

@... : Le village de Jacaré est effectivement un village de pêcheurs typique. Un pur contraste par rapport à la grande ville de Joa Pessoa toute proche. Mais je vous en parlerais plus en détail dans quelques jours.