lundi 25 avril 2011

Impressions de Barcelone

41°22.817N 02°11.121E
Barcelone

Ma maison et sa vue...
La première chose qui m’a frappé en arrivant à Barcelone, et après une petite semaine en immersion catalane à Sant Feliu, c’est le nombre incroyable de langues que j’ai pu entendre autour de moi. J’entends de tout : De catalan bien sûr, du castillan, de l’anglais, de l’allemand, de l’italien, du français… Beaucoup de français. Trop même. C’est à croire que Barcelone est envahie par les hordes franques…
Pour preuve cette flopé de familles françaises en goguette que je croise régulièrement depuis mon arrivée. Des touristes dans le plein sens du terme, c’est-à-dire qu’il font un tour, et puis s’en vont. « Oh chéri, regarde comme c’est joli ! », dit la dame. « Tu sais, on a les mêmes à Poitiers » lui répond son époux. Et d’ajouter à l’adresse du grand benêt qui les accompagne « Tu pourrais nous attendre au moins ! ».
Urban way of life
Ou encore ces hordes agglutinées d’adolescents français qui arpentent les rues braillant comme des gorets, accompagnées par leurs professeurs blasés et résignés… Ils me font honte, aussi lorsque l’un ou l’une d’entre eux manque de me bousculer dans la cohue des ramblas, je m’exprime en espagnol pour bien marquer ma différence avec leur stupide exubérance. Ce sont les vacances de Pâques, la saison des grandes migrations scolaires… A la même période, ce sont les mêmes hordes d’adolescents ibériques qui arpentent les boulevards de Nice.
Chassé-croisé d’échange culturel où la culture n’est que l’alibi d’une exploration autrement plus intéressante de l’autre sexe. De la ville visitée ils ne retiendront rien, seul restera le souvenir d’un échange humide de salive et de caresses furtives volées dans un coin sombre.

Mon quartier !
Vous l’avez compris j’ai tendance à fuir mes compatriotes. Pourquoi, je ne sais pas. Mais c’est comme ça. Ils me gonflent. Mais j’ai beau faire, j’ai beau m’enfoncer au plus loin dans les ruelles sombres de la Ciutat Vella ou de la Barceloneta, il faut toujours que je tombe sur un ou une française… Et pourtant j’essaye de me balader tôt le matin pour éviter la foule, mais il semblerait que tous mes compatriotes aient la même idée en même temps que moi. Il faut dire aussi que tôt le matin ici, c’est neuf heures… Avant, la ville dort encore.

Si j’arrive à faire abstraction de cette pollution touristique (et c’est pas facile croyez-moi), et pour peu que j’ouvre bien les yeux et les oreilles, il m’arrive de saisir à la volée des petites scènes de la vie barcelonaise de tous les jours. Des petites pépites qui font que cette ville est vraiment particulière.

Rien ne change...
Ça peut être une odeur d’égout qui plane dans certaines parties de la vieille ville et qui me rappelle un autre grande ville sur un autre continent. Belém pour ne pas la nommer. Les sirènes des ambulances qui oscillent entre le pimpon européen et le hurlement américain. Ces immeubles qui bordent les rues étroites des vieux quartiers. Le linge aux fenêtres. Les vieux qui discutent sur le pas des portes assis sur des chaises branlantes. Les taxis bicolores, noirs et jaunes qui sillonnent la ville en tous sens. Les pharmacies qui arborent une croix de Malte rouge. Les petites mains, ces vendeurs de tickets de loterie au coin des rues. Ces livreurs, ces gardiens de parking, ces portiers… Tous ces petits métiers qui ont disparu de notre horizon français au nom de fric roi. Ici, apparemment, ils en vivent encore. Quand je pense que certains hurlent à la « modernisation » du pays…

... à part les slogans.
Moi je ne voudrais pas qu’il se modernise ce pays, je le trouve très bien comme ça. C’est bien simple il est comme la France il y a 30 ans. Attention, je ne veux pas dire que l’Espagne est un pays arriéré, non. Ce que je veux dire c’est qu’elle n’est pas encore totalement bouffée par le libéralisme. Elle est encore un peu préservée. Et c’est particulièrement patent en Catalogne. Ici on sait encore ce que c’est qu’un Service Public, avec de belles majuscules révérencieuses devant les mots. La question que l’on peut se poser c’est : Pour combien de temps encore ?
Car les loups sont aux portes de la ville, et le peuple commence à s’en rendre compte. Augmentation des taxes (pas des impôts hein ? Faut pas confondre !), réduction des dépenses publiques… Enfin, vous connaissez la chanson.

By night
C’est marrant, mais en règle générale je n’aime pas les grandes villes. Je dis bien en règle générale car Barcelone est pour l’instant la seule exception à cette règle que je connaisse. Moi ce que j’aime ce sont les petits villages, les petites villes, comme celles de mon enfance… Les grands entassements humains m’inquiètent, même si je connais et j’apprécie la sécurité que l’on y ressent à être un anonyme au milieu de la foule. Mais Barcelone est vraiment différente.

Barcelone est ce qu’on pourrait appeler une ville ouverte. Une mégalopole ouverte même, tant cette ville de plus d’un million et demi d’habitants est cosmopolite. Car, en plus des touristes, d’innombrables nationalités vivent et travaillent à Barcelone. C’est une gigantesque auberge espagnole comme dirait l’autre. Aussi, lorsque vous croisez quelqu’un, il y a une chance sur deux pour qu’il ne soit pas barcelonais…

Plaça Georges Orwell
Mais il n’empêche que barcelonaise ou pas, les femmes y sont belles… Seigneur qu’elles sont belles !
Elles sont, comment vous dire, naturelles. Oui c’est ça naturelles.
Par exemple, sur la Côte d’Azur, le prototype de la jeune fille c’est la cagole. Tout dans le paraître et rien dans la tronche, avec une mèche aplatie sur le front et vêtement aux fausses marques ostensibles. A Barcelone les jeunes filles, et les jeunes femmes, sont vêtue avec recherche mais dans un mélange de grunge-baba-écolo modernisé, si vous voyez ce que je veux dire. Saroual aux couleurs bigarrées, piercings, peu de maquillage, des bijoux ethniques, des blouses chamarrées avec des décolletés sages mais sexy... La barcelonaise fend la foule sur son vélo, sûre d’elle.
La femme plus mûre garde ce caractère naturel tout en y mêlant une touche supplémentaire de sophistication, mais à peine. Je crois qu’on peut dire qu’en règle générale les femmes de Barcelone sont cool.
En fait, et ça doit être une horreur pour tous les libéraux, cette ville est une ville de bobos !

Puisque je vous le dis !
Il y a un truc qui me fait marrer, c’est que la Boiteuse et moi on doit figurer en arrière plan de pas mal de photos de vacances. Je les vois ces touristes se photographier les uns les autres avec le port et la ville en fond, et moi qui égoutte mes pâtes ou qui étend mon linge. C’est qu’ici, sur les pontons il y a de la vie. Des gens y habitent à l’année, quittant le port au petit matin pour se rendre à leur travail en habit de ville et revenant le soir pour réintégrer ce qui doit être somme toute le logement le moins cher de la ville compte tenu du quartier. La plupart me saluent de la tête en passant devant la Boiteuse, mais aucun n’a jugé bon pour l’instant d’entamer la conversation.
A part Nico, architecte argentin, dont j’ai fait la connaissance, et qui vit depuis dix ans à Barcelone et depuis trois mois sur un Dufour.

Cafe con leche
Je commence à avoir mes petites habitudes. Le matin j’écris, puis sur les coups de neuf heures je me rends dans la vieille ville, au Venus pour consulter Internet. Je sirote mon cafe con leche en répondant à vos commentaires. Je m’y suis fait à ce truc le cafe con leche… D’ordinaire je n’aime le café que pur et fort, mais au bout de quelques-uns j’ai l’impression d’avoir les yeux qui tremblent et les mains exorbitées. Donc le cafe con leche c’est bien puisque c’est surtout du lait tiède légèrement parfumé au café.

Puis, je vais me balader. Si j’en ai besoin je fais quelques courses au mercat de la Barceloneta, mais la plupart du temps j’arpente les rues à la recherche de quelque chose d’insolite. Je regarde les gens… Parfois j’ai l’impression d’être un ethnologue. Ou bien je rentre au bateau pour bricoler ou bouquiner. Une petite sieste après déjeuner, puis j’écris de nouveau. Vers 18H00 je me rends au Fastnet, un pub juste en face de la marina. La connexion est moins bonne, mais j’aime bien le sourire de la serveuse. Hélas, très vite la foule envahi mon espace et je dois alors me réfugier sur la Boiteuse. Là, j’écris encore… Puis je dîne, je lis ou je regarde alors un film et je vais ensuite me coucher. Il est rarement plus de 22H00.
C’est un rythme différent auquel j’étais habitué… Un rythme qui me laisse énormément de temps pour penser.

Derrière les portes cochères...
Et penser c’est comme l’alcool, ça peut être bien, mais ça peut aussi être mauvais quand on en abuse. Parfois il m’arrive d’avoir des coups de blues… Des souvenirs de mon passé qui me remontent à la gueule et qui, oserais-je le dire, me font pour la première fois depuis des années me sentir seul.
Je ne m’attendais pas à ça. Je veux dire que lorsque j’imaginais ma vie future sur la Boiteuse, je ne pensais pas que gérer ma solitude allait être un problème. Après tout, cela faisait vingt ans que je vivais seul et je m’en accommodais aisément. Mais là c’est différent.
Et cette différence, je crois que c’est parce que pour la première fois depuis longtemps, j’ai quelque chose de valable dans ma foutue vie à partager avec quelqu’un. Oh bien sûr il y a vous mes lecteurs (et heureusement que vous êtes là d’ailleurs !), mais vous ne suffisez pas… Vous ne suffisez plus. Et ça, c’est vraiment quelque chose de nouveau pour moi.
Mais bon, ça reste pour l’instant supportable.

Un cul-de-sac
Il a fallut que je marche jusqu’au Port Olympico pour trouver un magasin dédié au nautisme. J’en ai repéré les horaires d’ouvertures et je m’y rendrais de nouveau dès demain pour y acheter quelques menues choses dont j’ai besoin. Il me faut des cartes par exemple, car ma mésaventure avec Maxsea à mon arrivée m’a un peu échaudé quant au tout électronique. De même j’ai besoin du plan des ports d’ici à Gibraltar…
Car cela fait cinq jours que je suis ici, et même si j’adore vraiment cette ville j’ai de nouveau des fourmis dans les jambes. Hier, j’ai commencé à réfléchir sur le programme de navigation de ces prochaines semaines, et de m’être plongé dans les cartes a eut l’effet de réveiller en moi l’envie de découvrir d’autres lieux. Oh, je n’ai pas fini de voir tout ce qu’il y a à voir à Barcelone, pour ça il faudrait sans doute des années, mais je sens qu’il est bientôt temps pour moi de bouger.
Ben oui...
Donc, je laisse passer les fêtes de Pâques, et dès mardi je commence à m’occuper de la suite du voyage…
Je viens de calculer que depuis mon départ de Saint Laurent du Var j’avais parcouru 371.25 milles nautiques… Et que pour rejoindre Faro au Portugal il allait me falloir en parcourir presque 800 autres. Et que si je continu à flâner de cette façon il me faudra deux mois pour y arriver. Et pourquoi pas d’ailleurs ? J’ai tout mon temps désormais.

Bon, nous sommes aujourd’hui le lundi de Pâques, et ici point de lapin ni de cloches. Les catalans s’offrent uniquement des roses le samedi qui précède, des roses avec des épis de blé… Ils n’ont pas cédés au marchants du temple, ceux qui inventent des traditions pour pouvoir faire leur beurre !
Sinon, pratiquement tout est fermé et j’ai dû galérer pour trouver un café-internet pour vous poster cet article. En plus le temps est à l’orage… Donc, si vous le voulez bien on va s’arrêter là pour aujourd’hui.
Mais oui, rassurez-vous, je reviendrais bien vite pour vous raconter la suite !

Adios !

Mon prochain bateau
Et 15% déjà l'année dernière...
L'appel du large

Un ponton pour balcon

14 commentaires:

cothraige a dit…

Très bien ton carnet de voyage avec un oeil sur le bateau et l'autre sur l'extérieur! Un fidèle lecteur.

Thrse a dit…

Bon, et bien je vais recommencer! Je ne sais pour quelle raison, mon premier com n'est pas passé!

Donc je te souhaitais un bon gibraltar!

J'espère que ton blues va vite passer!

Je t'embrasse fort même si j'ai déjà eu le plaisir de le faire en direct!

Gwendal a dit…

@Cothraige : J’essaye d’avoir les yeux ouverts… Mais c’est gentil, merci.

@Thérèse : Minute Papillon, regarde la carte ! Je n’y suis pas encore ! (En même temps, te dire à toi « regarde la carte », il y a de quoi se marrer…)

Monique a dit…

J'aime bien l'idée que la solitude, c'est quand on n'a personne avec qui partager les petits bonheurs de la vie..mais je ne suis pas de ton avis quand tu dis qu'avant , tu n'avais rien à partager !!!
Hé! Ho !! remember..

Bon, tu sais qu'on est là, pas très loin et qu'on a l'oreille attentive à ton chemin...même si, je comprends aussi..ça ne suffit pas !

Je t'ai fait une prédiction...remember !!

Allez, je t'embrasse, mon frère...

aslan a dit…

Salut Gwen, ça faisait longtemps, désolé, mais je suis bien sûr ton Odysée, en pointillé parfois mais toujours et pour longtemps encore.

J'ai l'impression que tu fais l'expérience d'un déracinement assez radical et je crois qu'il te faudra un peu de temps pour le digérer. Mer ou Terre, loin de ses bases on redécouvre notre fragilité et notre identité sous un nouveau jour. Excitant mais aussi un poil effrayant. Rien qui ne dure ou ne soit problématique sauf si tu te fais sur le cap Horn un syndrôme du touriste japonais à Paris. Le salut est dans la maitrise de ton destrier, serre-bien les baumes, les trucs et les machins qu'il faut. Et fait nous un beau journal aussi.

J'ai bien envie d'envoyer un EMR sur tes traces pour voir. Je te fais un topo sur la crique.

+

Monique a dit…

Salut, Aslan...!!!
Tu nous a manqué !!!
Rendez vous sur la Crique !

Gwendal a dit…

@Monique : Mouais… Je sais que tu m’as prédit que je trouverais l’âme sœur pendant mon voyage… L’ennui c’est que je n’en suis qu’au début et déjà son manque se fait sentir. Mais bon, je ne désespère pas.
Une remarque cependant, certe j’avais des choses à partager auparavant, et je le faisais avec vous. Mais là, c’est autre chose. C’est une vie, et pas seulement des idées ou des connivences amicales… C’est plus profond.

@Aslan : Salut à toi Ô Aslan ! Content de voir que tu ne m’as pas oublié !
Le déracinement, ou c’est ça en quelque sorte. Avec son cortège de plaisirs et de peurs mêlés. Je suis intrigué par le bonhomme qui va en ressortir de tout ça…

Lucifer ! a dit…

quelquefois c'est rigolo de regarder le monde à l'envers !
" l'âme-soeur" est déjà à ta recherche ... Il suffit de se laisser trouver , de te laisser trouver .

Thrse a dit…

T'as vraiment le mot pour rire toi! Une carte! Pfff!!!! J'ai ma gourde, c'est suffisant!

Bisous!

Gwendal a dit…

@Lucifer : D’accord, mais qu’elle se magne un peu le cul…

@Thérèse : Pourtant une carte, si tu regarde bien c’est une œuvre d’art…

aslan a dit…

T'as raison pour le chocolat, beurk !

Anonyme a dit…

lorsque la pointe de faro sera en vue, des contacts intéressants peuvent etre donnés.... on trouvera peut etre un autre moyen que par le blog.... en attendant encore bon aproveixo....
um abraço DP

Thrse a dit…

Voui, j'aime bien regardé la carte, mais j'aime mieux tout de même arriver au bon endroit en des temps je dirai... corrects?

Gros bisous et profite bien!

Gwendal a dit…

@DP : J’ai pris bonne note du numéro, et je ne manquerai pas de l’utiliser au moment opportun… C’est comme ça qu’on dit hein ?)

@Thérèse : T’es irrécupérable…