vendredi 2 novembre 2012

Anseada dos Anjos

22°58.450S 42°01.078W
Cabo Frio, Anseada dos Anjos

Ça commence toujours de la même façon, avec la sensation désagréable d’un poil de moustache félin contre ma bouche, accompagné par un ronronnement trompeur. Genre, suggestion d’un réveil en douceur alors qu’il s’agit en fait d’une exhortation. Si je tarde trop à me lever, je vais avoir droit à des roucoulements impérieux et à quelques morsures.
Je jette un regard à ma montre, il est cinq et demie du matin. Encore une fois Touline est aussi précise que ma Swatch.

Dans l’ordre, j’allume le gaz sous la bouilloire, croquettes et eau fraiche pour la chatte, et j’ouvre les panneaux. Un coup d’œil à l’extérieur me dit que le vent souffle Sud-Sud-Est puisque je peux voir le bateau bleu. Si ça avait été du Nord-Est, ce serait le bateau jaune que je pourrais apercevoir de la descente…
La bouilloire siffle. Je jette une grosse cuillère de café soluble dans ma moque, plus une grosse lichette de lait concentré, et je m’installe sur la banquette du cockpit pour savourer ma première cigarette.
Pendant que mes yeux se promènent sur la baie, et que la lumière se lève sur les bateaux à l’ancre, mes pensées s’ordonnent au fur et à mesure. Lentement, mais surement, le programme de la journée se met en place.

Le Saint Tropez !
Il va falloir que je descende à terre de bonne heure ce matin. Avant dix heures je veux dire. Je dois trouver une nouvelle bouteille de gaz, acheter quelques produits frais… Et peut-être de la glace pour les garder un peu plus longtemps. Sans frigo, cela devient compliqué de conserver certaines denrées.
Ensuite j’irai passer un moment au Saint-Tropez… C’est ce bar-restaurant où depuis deux jours je me connecte à Internet. Sur l’enseigne, un Astérix et un Obélix rigolards attirent le chaland en même temps qu’ils le renseignent sur le proprio des lieux. Un français bien sûr.

Euh..
Mais avant ça il faut que je regonfle mon annexe et que je refasse le plein d’essence. Miss B me rappelle la 4L de mes parents… Lorsque j’étais petit nous habitions loin du village et cette 4L était le lien indispensable pour aller faire les courses, ou nous amener à l’école. Sans elle, nous étions coincés à la maison, ou alors nous étions quittes pour une bonne demi-heure de marche. Et bien avec Miss B c’est pareil. Sans elle, je suis coincé sur la Boiteuse, ou alors quitte pour une bonne demi-heure de nage dans une eau à 19°C. Et 19°C, quoiqu’en disent les Bretons, c’est froid.
La 4L de mes parents avait des trous dans le plancher et l’on pouvait apercevoir l’asphalte lorsqu’elle roulait. Miss B elle, a des fuites d’air et prend l’eau. Lorsque je me rends à terre, il faut que je sois en maillot et que je transporte de quoi me changer en arrivant. Je mets tout dans un sac étanche, appareil photo, ordinateur, short et teeshirt, sandales, portefeuille, etc, et je dois m’habiller sur la plage. Une plage de sable blanc, tellement fin qu’il s’insinue partout, jusque dans les moindres replis de mon corps, jusqu’entre les touches de mon ordinateur et dans l’objectif de mon appareil photo. J’ai beau faire attention, mais ce sable est une vraie calamité. Je suis sûr que de l’autre côté de votre écran vous vous dites que je me fous de la gueule du monde, et que nombre de personnes paieraient, et payent, cher pour pouvoir planter leurs orteils dans du sable d’une blancheur immaculée… Et bien, qu’elles payent le prix qu’elles veulent, je le leur laisse volontiers. Moi ce que je vois, c’est qu’au bout de deux jours j’en ai jusque dans mon lit. Et ce n’est pas ce qu’il y a de plus agréable.

Bien en évidence, c'est encore le mieux.
Pour me rendre à terre, je dois slalomer entre les bateaux au mouillage. Des bateaux tellement serrés les uns contre les autres que parfois mon annexe a juste la place pour se faufiler. De temps en temps un museau de tortue émerge juste devant moi, et je dois faire un brusque écart pour l’éviter. Les fous se délectent des premiers rayons du soleil perchés sur l’étrave des barquasses multicolores.
Lorsque je débarque j’essaye de laisser Miss B garée sur la plage là où il y a le plus de monde… Je me dis que comme ça, avec tous ces témoins forcément probes, quelqu’un aura peut-être plus de scrupule avant de me la voler.

J’entends le son strident du sifflet qui sonne l’appel du matin sur la base de la Marinha do Brasil toute proche. En fait je suis juste en face de l’Instituto de Estudos do Mar… Une école apparemment. Espérons tout de même que telle la lettre volée d’Edgar Poe, ils ne viendront pas chercher le clandestin qui se trouve juste sous leur nez !

Du monde au balcon
Ce matin je vais télécharger les derniers fichiers météo. Logiquement le coup de Sud devrait prendre fin ce soir et le vent s’installer de nouveau à l’Est ou au Nord-Est, et le mouillage ici, à Anseada dos Anjos, va devenir beaucoup moins confortable… Je vais pouvoir reprendre ma route vers Ilha Grande qui se trouve à une journée et demie de navigation.

Ca-y-est, il fait grand jour maintenant et je n’entends plus le teuf-teuf-teuf des barques de pêches. Bientôt ce seront les bateaux de tourisme qui se mettront en mouvement… Et moi aussi. Mais pour l’heure, je dois m’occuper de Miss B.

Quelques minutes plus tard, en débarquant, j’ai eu la surprise de rencontrer un animal étrangement familier. Venu du Grand Sud, Monsieur Pingouin se sent bien à Cabo Frio. C’est Touline qui va être verte de jalousie lorsque je vais lui montrer ces photos !

Monsieur Pingouin


9 commentaires:

Sonia a dit…

Sympas les photos (mais gaffe au sable qui s'infiltre partout)... J'aime la brochette de fous et le ti pingouin. Bizzz

Gwendal DENIS a dit…

@Sonia : J'en ai jusque dans mon lit !

apicadayproject a dit…

Hello Msieur Gwendal...
tu me fais penser à la princesse au petit pois :) le bon côté du sable dans le lit: ça te fait un gommage de la peau pendant ton sommeil^^
bon ok j'avoie, ce n'est pas très confortable ;)
Bises
E

Monique a dit…

J'aime bien les pingouins mais j'aimerais voir une tortue ...

A part ça, ce sont les poils qui retiennent le sable. Tu sais ce qui te reste à faire si tu ne veux pas être em...sablé !!!

Gwendal DENIS a dit…

@Elodie : Tu trouves que j'ai besoin d'un gommage ? :)

@Monique : Je vois des dizaines de tortues tous les jours, mais hélas elle pointent juste la tête avant de replonger... Sont trop rapides !
Et non, je ne me raserais pas les jambes, NA !

la Lésion d'Honneur a dit…

... Et le "pingouin" (j'aurais plutôt dit "manchot" mais bon !)il est aussi dans la séduction ? C'est pas le même bikini que les donzelles en tous cas ! En attendant protège tes appareils du sable, ça serait ballot de ne plus pouvoir faire de photos...

lucifer ! a dit…

A mon avis, le sable fin dans les draps, ça doit être si banal pour tous les gens du lieu qu'ils n'en parlent même plus.
STP, tu pourrais pas m'en envoyer une 'tite pincée ... et tout le décor qui va avec ? ?
déjà merci!

Thomas a dit…

Il a l'air sympa, ce pingouin, pas farouche du tout, et sa présence loin du froid tout à fait naturelle, le chien derrière ne le remarque même pas. En fait c'est normal, les tropiques c'est la banlieue du bout du monde, ça a quelque chose de vertigineux. Au bord de la plage tu regardes vers l'horizon et tu sais qu'au delà c'est la dernière limite, le feu du soleil côtoie le froid de la glace, le ciel étoilé est différend, tu dois pleinement réaliser que t'es sur une sphère perdue ds l'espace ... Mais le pingouin il s'en fout, trop occupé à cabotiner devant l'objectif.

Gwendal DENIS a dit…

@La Lésion : T'imagine la soirée diapo que je vais faire si un jour je rentre ?

@Lucifer : Je peux te mettre ça dans une petite bouteille et te l'envoyer si tu veux ?

@Thomas : Cabotin, ça c'est sûr !