lundi 19 novembre 2012

Quelque part entre le Paradis et l'Enfer


23°06.817S 44°15.480W
Matariz, Ilha Grande

Praïa Matariz
Je suis sûr que vous vous demandez pourquoi je ne suis pas en mer à l'heure actuelle. Remarquez je dis ça, mais s'il faut vous vous êtes habitués à mes reports divers et variés, tant il est vrai que depuis le début de se voyage je n'ai pas souvent respecté ma parole en ce domaine. Mais en même temps, c'est quand même le privilège du Capitaine que de surseoir s'il le désire.

Bon, commençons par le commencement. Vous vous souvenez que vendredi je devais me rendre à Angra pour faire deux choses : passer à la radio, et appeler mon père pour son anniversaire. L’émission Allô la Planète c'est super-bien passé, mais par contre je n'ai pas pu joindre le paternel. Et ça, franchement, ça m'a fait chier. Lorsque je suis parti, je m'étais promis deux choses. Envoyer à mon père une carte postale de tous les pays que je traverserais, et lui téléphoner le jour de son anniversaire. Ce n'est pas grand-chose j'en conviens, raison de plus pour que je m'y tienne.

En revenant d'Angra je ne me sentais vraiment pas bien par rapport à ça... Et il ne m'en a pas fallu beaucoup plus pour que l'idée de reporter mon départ s'insinue en moi. En arrivant à Matariz ma décision était prise. J'allais au moins attendre jusqu'au mardi suivant.

Angra dos Reis
À cela s'ajoute le fait que j'attendais avec anxiété de savoir si l'équipage de la Boiteuse allait s'agrandir ou pas... Et là, je me dis que vous avez besoin d'une explication.
Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais il y a deux mois à Jacaré j'ai eu la chance de croiser un ange en la personne d'une femme prénommée Zoé. Pendant les quelques jours où nous nous sommes côtoyés, nous avons échangé des regards, des sourires, quelques confidences, des non-dits aussi... Beaucoup de non-dits. Et lorsqu'elle est partie pour les Caraïbes, j'ai ressenti un grand vide. J'avais l'impression d'être passé à côté d'une belle histoire, et je maudissais ma timidité maladive qui m'avait empêché d'être plus entreprenant. J'étais triste, et je l'ai été encore plus lorsque j'ai appris par la suite que tout ce que j'avais ressenti, tout ce qui m'avait fait battre le coeur, et bien elle l'avait ressenti aussi ! Nous nous étions manqué quelque part... Nous sommes restés en contact via les réseaux sociaux, ruminant notre déception, notre frustration. Nous promettant que lorsque je remonterai vers les Caraïbes l'année prochaine, nous ne laisserions pas passer notre chance...
Et puis la vie nous a filé un coup de pouce. Un de ces merveilleux aléas qui font que l'on pourrait soudain croire à la divine providence. Zoé va venir me rejoindre, et nous allons faire un bout de chemin ensemble.

Retour de la pêche
Du coup, vous imaginez bien que la donne ayant changée, je n'ai qu'une hâte, c'est d'arriver le plus vite possible à Buenos Aires pour retrouver mon équipière. Mais hélas les aléas s'ils peuvent être heureux, savent aussi être malheureux.
Samedi, alors que je discutais sur FB avec la Colombie (Salut les Pirates des Lagons !) mon ordinateur c’est soudain éteint en faisant un grand « clac ! ». Depuis, il semble mort... Je dois donc me rendre à la ville pour voir si je peux le faire réparer. Ou du moins récupérer les données qu'il contient. Hughes m'en a prêté un de rechange, mais je préférerais tout de même avoir le mien...

Et ce dimanche, alors que je faisais tourner le moteur pour recharger mes batteries, je me suis rendu compte que du gasoil fuyait au niveau du joint de culasse de mon moteur. En une heure, j'ai perdu au moins dix litres de carburant, directement dans les fonds du bateau avant que de finir dans la baie... Là pour le coup, j'ai pris une grande tape derrière les oreilles. J'étais catastrophé et mon moral est descendu en flêche. J'ai même commencé à vous écrire un texte assassin sur les hauts et les bas de la vie. Comme quoi cette salope était mal fichue, qu'elle s'ingéniait à faire en sorte que les amoureux en chient des ronds de serviette avant que de se retrouver... Bref, j'étais à la limite de devenir croyant et de me croire maudit.

Quelques tours de clef n'y suffiront pas hélas...
Et puis le moral est remonté. Vaille que vaille, au fil des heures j'ai commencé à voir les choses en gris clair, puis finalement en un rose à peu près fluo.
Je me suis dit : mon petit père, ce n'est pas ces contretemps à la con qui vont t’empêcher de retrouver ton amoureuse. Alors, tu prends les choses une par une et tu te démerdes pour les résoudre.
J'ai d'abord pris contact avec un ami qui m'a un peu rassuré en me disant qu'après avoir changé le joint, il était presque normal que je doive resserrer les culasses après quelques heures d'utilisation. Dans la foulée, j'ai trouvé un mécanicien ici à Matariz, qui m'a fait la gentillesse de venir à bord (oui, un dimanche et gratuitement en plus !), pour resserrer ce qu'il y avait à resserrer... Mais hélas, ça fuit toujours un peu. Il me reste encore la solution d'aller faire un tour en mer pour faire chauffer le moteur et dilater le joint, ou encore d'utiliser une colle pour colmater la fuite. Et si rien ne marche, il va falloir que je fasse refabriquer un autre joint. Bref, j'ai du boulot. Ça peut prendre un peu de temps, mais je suis certain d'en venir à bout. Il le faut.
Ce que c'est que la motivation tout de même...

Voilà, vous savez tout. Ce lundi je vais prendre le bateau-bus pour Angra, et tenter de trouver un réparateur informatique et de la colle pour mon joint. Cela ne devrait pas être trop compliqué, je pense... J'en profiterai également pour publier cet article, et tenter une nouvelle fois d'appeler mon père.

Et puis ensuite on attendra la bonne fenêtre météo pour continuer notre route vers le Sud. Vers Buenos Aires. Vers Zoé...

Scène de vie à Angra
Le jacqua, fruit du Jacquier
Le Cidade de Sao Paulo. Un monstre...

20 commentaires:

Sophie L a dit…

Ah mais je suis trop contente pour toi Gwendal! Pas pour les emmerdes, hein, mais ça n'est "que" de du bassement matériel, et puis ça va se résoudre, comme tu dis, une emmerde après l'autre, ça va se faire. Mais pour le si joli espoir qui t'attend là-bas! J'adore les belles histoires. Courage pour la résolution des emmerdes, et je te souhaite beaucoup de bonheur! Un jour après l'autre, aussi.

(Idiote que je suis, quand j'ai lu que l'équipage allait s'agrandir, j'ai cru que Touline avait fauté! ;) ).

Cécile a dit…

Des bonnes et des moins bonnes nouvelles, c'est la vie qui avance… Et puis ton bateau s'appelle la Boîteuse non ? Alors un peu de patience et tu verras ce ne sera que meilleur. Une grosse bise !![jecroiselesdoigtsetpleindetruccommeça…] Dieu n'existe pas mais l'amour oui.

Gwendal DENIS a dit…

@Sophie : Touline a été stérilisée aux Canaries ! (Mais pas moi)

@Cécile : Je ne te le fais pas dire...

apicadayproject a dit…

Reste zen, Captain!
Tout vient à point à qui sait attendre...
Patience, optimisme, et sourire. Ok?
Bises

Norbert a dit…

Bon allez, encore peut etre une derniere chance pour finir tes miles :

tu fermes la vannes de gasoil, tu degraisses à l alcool a bruler plusieurs foi les zones qui fuient avec a chaque fois des chiffons propres, et tu fais un petit paté de joint epoxy vendu en baton a pas tres cher, et avec un poil de cul, tu arrives sans trop de fuites en Argentine.

Courage

SONIA a dit…

Tu sais au moins que 2012 finira bien et 2013 commencera sous les meilleurs auspices....

Gwendal DENIS a dit…

@Elodie : MAIS JE SUIS ZEN !!! La preuve, je m'énerve à peine...

@Norbert : Après ma virée en ville, on se dirige de plus en plus vers un changement complet du joint... Reste à organiser le truc, car ma qualité de clandestin de facilite pas les choses.

@Sonia : J'évite de faire des voeux en général, mais celui-là je veux bien le faire. :)

Thrse a dit…

Ben voilà!!! Tu as attisé ma curiosité! Et donc j'ai accouru! BOn, j'ai pas lu Tous les articles en retard que j'ai, mais j'ai lu le principal : le dernier! Ton amoureuse!!! Quel pied d'entendre ça!
Je te souhaite le plus grand bonheur du monde dans ta nouvelle traversée!!!
Gros bisous mon marin préféré! Passe une bonne soirée!

Monique a dit…

Pour moi toutes ces nouvelles ne sont pas vraiment ... surprenantes !

Suis heureuse pour toi, tu le sais et l'amour est un moteur qui se fout pas mal des joints de culasse...
(sans arrières pensées!!!)

Tout ce qui t'arrive te faisait avancer jusque là ..maintenant , tu vas galoper !!!!! <3


Gwendal DENIS a dit…

@Thérèse : Gros bisou ! (Mais je t'aime toujours tu sais ?)

@Monique : J'y vais ma Momo... Plus que quelques milliers de kilomètres et j'y suis !

Nancy Rémond a dit…

bon vent marin que tes amours soient tendes elles guideront tes vents !


Gwendal DENIS a dit…

@Nancy : Merci Nancy !

Jean Jaccques GINOUVES a dit…

Salut Gwen,
Moi c'est Jean Jacques,
Je me régale à lire ton périple.
Ça me rappelle mes lectures de Bernard MOITESSIER : "Le Vagabond des mers du Sud".
Prends bien soin de toi et de Touline.

Gwendal DENIS a dit…

@Jean-Jacques : Wahou... Merci pour le compliment, mais je ne le mérite vraiment pas. Bienvenu à bord !

touline a dit…

Zoé, bienvenue à bord ! Je serai ta copine ,
Le Gwen, je le connais mieux que personne .Sous ses dehors un peu rudes ,abrupts parfois,c'est un bois précieux,une pierre fine ,un coeur tendre ...
Quel beau voyage nous allons faire !

Anonyme a dit…

Ah je comprends mieux ce qui te fait renoncer à la patagonie maintenant ! ;) Si j'y parviens je lui dirait salut de ta part. Ou alors on se retrouvera aux Caraibes, on ne sait jamais où le voyage nous mène !
Eh au fait, je suis bien content pour toi :)

Jeff

Gwendal DENIS a dit…

@Touline : Vous vous connaissez déjà je te signale... Il me souvient bien que vous vous appréciiez si je ne m'abuse. :)

@Jeff : J'avais renoncé à la Patagonie avant de la rencontrer... Mais j'irais un jour, avec un autre bateau et une équipière qui aime le froid !
Bon vent à toi.

Anonyme a dit…

alors l'a je suis trop contente va si a fond mon gwen profite de tous les instant précieux de ne plus être seul jte fais des tonnes de bisoux du fond
du coeur!!!!!signé ta petite sorcière

Gwendal DENIS a dit…

@Corinne la petite sorcière : Merci ma belle, j'en ai bien l'intention !

cazo a dit…

Toi super content, moi encore plus content !!
@ Touline : Arrête de fayoter, il reste plus de dorade !!