vendredi 9 novembre 2012

Matariz

23°06.852S 44°15.474W
Matariz, Ilha Grande

Seule au monde...
Deux heures après avoir planté ma pioche devant la Praia do Bananal, j’étais à terre pour explorer les environs, et surtout m’enquérir d’une éventuelle connexion Internet. Je fus déçu sur tous les points.
Certes l’aspect général de l’endroit semblait de loin intéressant, mais il y régnait une ambiance assez bizarre. Comment vous dire ? La plupart des jolies maisons que j’avais vu en arrivant étaient en fait des pousadas, des hôtels, désertes ou fermées en cette saison, et les quelques personnes que j’ai croisé m’ont plutôt regardé comme un intrus. Et lorsque j’ai appris qu’il n’y avait pas de wifi dans le coin, il ne m’en a pas fallut plus pour que je me mette à détester cet endroit.
Je suis donc rentré vite fait sur mon bateau, assez déçu. A tel point que j’ai évité de trop m’étaler, pensant repartir assez vite.

Respect...
Le lendemain, le mardi, j’ai pris mon sac et mon appareil photo, et j’ai entrepris de rejoindre à pied l’anse de Matariz, histoire de voir si je n’y serai pas plus heureux. Comme je vous l’ai dit, Ilha Grande est une île sans route. Tous les déplacements se font avec des petits bateaux-taxis, genre barques de pêche reconverties, et les villages et hameaux ne sont reliés entre eux que par des sentiers pédestres à peine balisés.
Je me suis donc enfoncé dans ce qu’il faut bien appeler, la jungle. Il faisait chaud et humide sous un ciel gris, le sentier qui reliait les deux hameaux à travers la forêt était encore glissant des pluies de la nuit. Je crois que ce qui m’a le plus impressionné, c’est le bruit. J’avais l’impression d’entendre la bande son du film La Forêt d’Emeraude, avec ce concert ininterrompu de cris d’oiseaux invisibles et d’insectes tapageurs. Ca stridulait, ça piaillait, ça sifflait, le tout étant en parfaite adéquation avec ce que mes yeux voyaient : Des écheveaux d’épiphytes qui dégringolaient des branches, des troncs fantastiques, des feuillages aux formes inimaginables… Et ce vert ! Ces verts devrais-je dire. Toute la palette des verts était présente.
Au détour d’un sentier j’ai entraperçu ce qui ressemblait à un gros cochon d’Inde brun foncé. Plus loin, j’ai vu le cadavre d’un tatou. De temps en temps, de gros animaux inconnus s’enfuyaient dans un grands fracas de branches malmenées… J’étais aux anges. Tout mon être respirait le bonheur d’être là, malgré la fatigue, le mal à la cheville et le souffle court à cause des clopes…
J’avais l’impression de revenir aux sources, de plonger de nouveau dans ce qui, tout compte fait, reste mon élément : La forêt. Tout en marchand, je pensais à ces gens qui la craignent, j’en connais, et je me disais que, quoi qu’il puisse arriver, jamais au grand jamais je n’aurais peur des bois. Quelque soient leurs profondeurs ou leurs impénétrabilités, je m’y sens chez moi. Bien plus que sur l’océan.

Praia Matariz
Et puis, après une dernière descente le long d’un sentier abrupt et passé un petit pont vermoulu, je suis arrivé à Matariz. Là, j’ai été conquis. Pour de vrai, je suis tombé sous le charme de ce village, avec ses maisons toutes simples entourées de clôtures pour ne pas laisser les poules s’égayer dans la nature. Ses gens qui vous disent bonjour quand ils vous croisent. Son petit mercadinho où on peut acheter à manger… Et puis j’ai rencontré un type qui m’a dit qu’il connaissait quelqu’un qui avait internet, mais qu’il ne serait là que demain.
Bref, le site idéal. Bien mieux que la crique d’à côté.

A votre avis, que croyez-vous que j’ai fait ? Hein ? Exactement ! Je suis rentré, j’ai déjeuné et fait une sieste, et j’ai déménagé !

Ô joie du nomadisme, qui malgré les servitudes vous permet en quelques heures de changer de voisinage au gré de vos humeurs… Un endroit ne vous plait pas ou ne vous convient plus ? C’est bien simple, vous vous tirez. La flexibilité libérale au service de la glandouille. Vous en aviez rêvé, je l’ai fait !

Ceci est une rue.
Blague à part, j’ai tout gagné au change. Matariz est un village de 300 âmes, mais dont l’habitat est extrêmement dispersé dans la végétation. Ce qui fait que lorsque vous l’abordez, et même lorsque vous en parcourez les premières rues, vous n’avez absolument aucune idée que tant de personnes vivent ici. Pourtant, si l’on regarde bien, tout concourt à vous le suggérer… Il y a un dispensaire, plusieurs buvettes, un mercadinho, un terrain de foot, une école primaire, deux ou trois lieux de culte…
L’activité principale du village, c’est le tourisme. Et pourtant, rien de ce qui rend cette activité parfois pesante, voir horripilante, n’est présent ici. Point de vendeurs de colifichets, paréos, maillots et autres havaianas. Point de ces haut-parleurs tonitruants vomissant de la musique formatée. Point de tout ça, mais juste l’essentiel. Un petit village en harmonie avec son environnement et où, en apparence du moins, il fait bon vivre.

Pousada Recanto dos Lima
J’ai appris que la haute saison ne commencera qu’en décembre et durera jusqu’en mars, mais tout au long de l’année la seule pousada du village, la Pousada Recanto dos Lima (celle où ils ont eu la gentillesse de me laisser utiliser leur clef 3G. Obrigado Diego !), organise des séminaires de plongée pendant les weekends. J’imagine donc que cette tranquillité va se trouver bousculée à partir de samedi.

Voilà pour mon arrivée et mon installation à Matariz. Mais je voulais aussi vous raconter quelque chose. Un matin, c’était hier ou avant-hier, je ne sais plus, alors que je bricolais le hors-bord de Miss B, j’ai eu la surprise de voir Touline sauter dans l’annexe pour venir fourrer son nez là où il n’a rien à y faire, comme d’hab. Et je me suis alors dit qu’il était peut-être temps de tenter une expérience.
J’ai détaché l’amarre, et nous voilà parti à la dérive. Miaou ? Fut son seul commentaire, mais je sentais tout de même que la demoiselle n’était pas tranquille… Nous avons fait ainsi le tour de la Boiteuse, à la rame, et puis nous sommes revenus à notre point de départ.

Miaou ?
L’après midi, alors que je me préparais pour descendre à terre, je vois que Touline est de nouveau prête à tenter l’expérience. Je l’attrape, je démarre le moteur, et nous nous dirigeons vers la plage. La Touline faisait moins la fière. Elle s’est tenue un moment à la proue de l’annexe, mais assez vite elle est venue se pelotonner sur mes genoux.
A peine avais-je tiré l’annexe au sec, que la chatte bondissait et traversait la plage à fond de train, avant que de s’arrêter au pied d’un arbre. Quelques coups de griffes, histoire de vérifier que ce machin en bois est bien ce qu’elle croit qu’il est, et hop ! La voilà qui grimpe et prend de la hauteur pour examiner son nouveau territoire ! Nous sommes restés environ une heure ainsi. Touline grimpant sur tout ce qui possédait un tronc, et moi la surveillant du coin de l’œil.

Je ne bouge plus !
Pour le retour, ça a été un peu plus compliqué, parce que la Miss se voyait bien passer le reste de la journée perchée sur SES arbres (que je baptise d’ailleurs Touliniers à partir de ce jour. Y’a pas de raison !). J’ai dû faire des pieds et des mains pour la récupérer, et même faire preuve de coercition devrais-je dire, car c’est par la peau du cou que j’ai finalement dû la réembarquer.
L’annexe n’était même pas encore à couple de la Boiteuse, que déjà la chatte bondissait pour rejoindre ces pénates, sous les acclamations de quelques marineiros ébahis. C’est sûr qu’ils ne doivent pas voir ça tous les jours par ici…

Voilà, chers lecteurs, ce qu’il en est des ces premiers jours passés dans ce qu’il convient d’appeler un petit paradis. Si ce n’était les lois brésiliennes sur l’immigration, la solitude et le manque de moyens de communication, je crois bien que je serais partant pour y passer un long moment ! Mais bon, le monde étant ce qu’il est…
D’ici le début de la semaine, le Loïck m’aura rejoint et nous verrons alors ce que nous déciderons. 



HEU-REUX !
Un Quero-Quero
Un Urubu
Une Touline sur un Toulinier
Le paradis ?

17 commentaires:

Cécile a dit…

Génial ! Merci Gwendal de me montrer un urubu, j'ai souvent eu ça dans les mots croisés mais je voyais plus ça comme un petit aigle. Et Touline comment fais-tu tu la tiens laisse ou bien elle t'obéis ? J'ai peur que tu la perdes dans cette petite jungle ! Une Grosse bise. Hasta la vista.

Gwendal DENIS a dit…

@Cécile : Non, c'est plutôt un vautour avec un cou très moche !
Touline ? En liberté comme il se doit. Et logiquement elle m'obéit.
(J'ai bien dit logiquement)

Fix a dit…

Heureux, mais fatigué ?!!
En tout cas, bien que libre, vous êtes attachés tous le deux !!
Et sinon la bière est bonne ?

Astrid a dit…

Hello Gwendal ! Quel bonheur de se laisser envoûtée par cette ambiance tropicale :)

Cette forêt, on s'y croirait, on avance à tes côtés et on se réjouit avec toi (merci l'imaginaire :) de ces détails que tu nous fait partager.

La forêt... ton monde ? A quand l'immersion pour 2 semaines dans une de ces belles forêts tropicales, cabane, machette et cie avec récit à l'appui bien entendu ! :p

Je suis fan de l'idée d'un village sans route, et la photo de la rue est magnifique. Merci d'être aller creuser un peu aù-delà de ta première impression... ;)

Une petite échappée belle en direct du boulot, ça fait le plus grand bien ! Merci

Laurent Houssin a dit…

Le vautour a le cou tout déplumé pour éviter que des larves de mouches s'installent dedans lorsqu'il plonge la tronche dans les carcasses...

Profites en !

Laurent Houssin a dit…

Waouh !

Thomas a dit…

Tu as bien fais de déménager, non seulement parce que l'herbe y est plus verte à côté mais aussi parce que telle que tu décris la praia do bananal, tu aurais courus le risque de t'y faire balancer.

Fix a dit…

Tu es au courant ?
Ils ont envoyer toute une armada à tes trousses ! Elle part ce soir à 20h00 heure française. Je serais toi, je planquerai mes miches !!

apicadayproject a dit…

Coucou Captain,
Ca fait plaisir de te lire, et de voir que tout va bien dans ton île paradisiaque :)
Bises
E

Monique a dit…

Oui, un paradis !
Enfin comme dans mon imaginaire !
Tu vois, ça vaut bien un mouillage et pas d'internet , quand même!
Si j'étais marin(e) , c'est dans ce genre de coin que je jetterais l'ancre un très long moment !
( oui je sais, le visa ...!)
Surveille Touline de près quand même , elle pourrait être une proie alléchante pour ces gros oiseaux !!!!

Gwendal DENIS a dit…

@Fix : J'ai arrêté de boire il y a six ans je te rappelle. Mais les jus de fruits sont incomparable !

@Laurent : Encyclopédie-Man !

@Thomas : Je n'y avais pas pensé, mais c'est pas faux.

@Elodie : C'est toujours mieux que les tempêtes à Manhattan !

@Monique : Imaginaire, réel... Va savoir !
Les urubus mangent que des trucs morts. Il n'y a pas de risque.

lucifer ! a dit…

ah ! je me sens Touline sur un toulinier !
enfin, étirer les pattes , éprouver ses muscles en grimpant d'un seul jet tout en haut ...
quel plaisir .
Elle fait preuve d'initiative et de développement mental impressionnants .
et toujours des photos à couper le soufle ...
allez! tu as le ciel et les dieux avec toi .

Gwendal DENIS a dit…

@Lucifer : Euh... Non, je suis tout seul avec mon chat. Y'a personne d'autre avec nous !

lucifer ! a dit…

regarde bien !

Nancy Rémond a dit…

Bel article qui donne envie en effet profites du mouillage !!!!
Touline devient une experte gare à ton poste lol

La Lésion d'Honneur a dit…

Tu as le nom scientifique du Kéru kéru ... ou une autre photo ? Et c'est qui le bateau avec le bout-dehors et le taud au paradis ? Des copains ?
Profites-en bien !
@+

Gwendal DENIS a dit…

@Nancy : Touline aussi n'aime pas trop ça... Enfermée sur le bateau jour et nuit, elle pète un câble, alors que moi je sais encore tenir mes nerfs !

@La Lésion : En fait je me suis planté dans l'écriture du nom, c''est Quero-Quero 'Vanellus chilensis). Et le bateau s'appelle un ESCUNAS, ce sont des bateau de pêche typiques de Bahia, reconvertis en promène-couillons.