jeudi 18 novembre 2010

Dernière étape

43°41'52.63"N 7°18'31.78"E
Villefranche sur Mer, la Darse

Petit matin
Trois heures et demi du matin, je me réveille... Dernier jour, dernière étape, l’événement a son importance et c’est peut-être pour ça que je me tape cette petite insomnie matinale... A moins que ce ne soit à cause de ce rêve bizarre qui me vit renouer avec cet amour qui me hante depuis plus de vingt ans ? Je ne sais pas, mais le fait est que j’ai eu beau tourner et virer sur ma couchette, impossible de retrouver le sommeil.
Je me suis donc levé et me suis attelé au récit de l’étape précédente... Ceci fait, un coup d’œil rapide sur la carte pour noter les points stratégiques de la navigation du jour (on appelle ça des Waypoints), et me voilà prêt à larguer les amarres.
Ceci-dit, ce ne fut pas trop compliqué puisque je suis chez moi... Cette côte, même sans l’avoir jamais parcourue par mer, je la connais par cœur.

06H55, tout est paré. Largué devant, largué derrière. Le vent m’est favorable et déporte doucement le bateau du quai. Le jour pointe à peine et il fait froid... 4°C ce matin sur le pont !
Dans la baie tout est calme et je profite au maximum de ce moment magique que j’adore entre tous, celui ou la lumière éclaire peu à peu le monde.
A peine sorti je hisse toute la toile. La Grand-voile en entier et le Génois déroulé au 3/4 (ça va Tsuki ? Tu suis ?).
Cap à l’Est, 6,5 nœuds, vent de travers... Idéal. Pour moi, c’est vraiment mon moment préféré... Le jour qui se lève, le bateau qui file bon train, un paysage magnifique, franchement que demander de plus ?

Le Cap du Dramont
Le massif de l’Estérel défile sous mes yeux avec ses couleurs d’ocres sombre qu’accentue la lumière rasante. Tout simplement splendide.
Je double le cap du Dramont, et devant moi j’aperçois les sommets enneigés des Alpes... La baie de Cannes est là, j’aperçois l’île de st-Honorat, au loin le cap d’Antibes...
Cette vision me rappelle un épisode important de ma vie, celui qui me vit quitter mon exile jurassien pour revenir sur la Côte d’Azur. C’est en voyant ce paysage que je me suis dis que quoiqu’on puisse dire par ailleurs de cette région, elle était vraiment magnifique.
Et puis, plus simplement, je trouve que cette image explique bien pourquoi le département s’appelle les Alpes-Maritimes !

L'ïle de St-Honorat sur fond alpin...
08H45, le rêve se ternit un peu car le vent tombe soudainement. Plus rien. Je reste encalminer dans la pétole. Je démarre donc le moteur, et je poursuis ma route. Je double le cap d’Antibes et débouche alors dans la Baie des Anges.
Vous voulez que je vous dise, j’ai l’impression que c’est la première fois que je la vois ainsi. Il m’est souvent arrivé, lorsque je revenais de Corse par le NGV, de voir Nice depuis la mer, mais jamais sous cet angle. Et puis jamais à bord de mon propre bateau bien sûr, et ça croyez-moi, ça fait toute la différence.
Pendant un moment je caresse le projet de longer au plus près la Promenade des Anglais, histoire de frimer un peu... Mais bon, à quoi cela me servirait-il ? Qui me verra d’ailleurs ? Personne ne sait que je suis là... Et puis je suis un peu short-pétrole alors, droit sur le cap de Nice où j’ai un truc important à faire.

Nice !
Il y a quelques temps nous avions plus ou moins convenu, mon copain Arnaud et moi, que lorsque je ramènerais la Boiteuse je passerais sous ses fenêtres pour lui faire coucou. Soucieux de faire bonne figure, j’éteins alors le moteur et sort la toile pour me montrer sous mon meilleur jour. Je tire péniblement des bords au grand largue (vent 3/4 arrière) à 2,5 nœuds et rase la côte rocheuse pile à l’aplomb de son immeuble. Hélas, lorsque je l’appelle sur son portable je tombe sur la messagerie... Il dormait le bougre !
Tant pis pour lui.



Arnaud ! T'es là ?
Allez, c’est pas grave. Cap sur ce qui est probablement la plus belle rade d’Europe, celle de Villefranche. Je reconnais au passage les endroits où je faisais de la plongée sous-marine, et je file en direction du port de la Darse. Mon Dieu qu’il est petit ce port !
Je passe un coup de VHF pour contacter le port et leur demander où je vais bien pouvoir me caser... Ils tardent à me donner une réponse, et pour cause, le petit port est plein comme un œuf.
Enfin, ils me trouvent une place, coincé entre deux yachts gigantesques. Là je flippe un peu car mes défenses (les bouées pour protéger les bords du bateau) sont trop basses par rapport au franc-bord de ces monstres. Aïe ! Mes haubans ! Ouf, pas de casse... Putain que je n’aime pas ça ! Et vous les crétins qui me regardent avec vos yeux de merlans fris, vous ne pourriez pas me filer un coup de main non ? Grr... Bande de touristes à la con !

Bon, j’en rajoute un peu, mais même si ça a été un peu scabreux comme arrivée, je suis quand même parvenu à m’amarrer correctement.

Villefranche sur Mer
Direction la Capitainerie. Inscription pour une semaine... à 14, 50 € par jour. Après on verra pour aller se mettre au mouillage.
Je me renseigne sur les services qu’offre le port, déniche un nom et un numéro de téléphone pour un électricien (je vous expliquerais), prévois de réserver la grue pour sortir le bateau de l’eau en février... Bref, je pose les bases d’une entente durable et profitable.
C’est que maintenant que la Boiteuse est à son port d’attache, il va falloir que je m’atèle à la partie suivante du plan... Et là, il y a du boulot !
Je range le bateau, récupère les reste de nourriture qui trainaient dans le fond du frigo et je fais ma valise. Un dernier coup d’œil pour tout vérifier, et je ferme tout. L’arrêt de bus est à perpète, tout en haut d’une côte longue et escarpée... Heureusement, une bonne âme m’a prise à bord de sa voiture pour m’aider à grimper jusqu’en haut.

Repartir...
 Et vers 18H00, j’étais chez moi. La boite aux lettres débordait, il faisait froid et humide dans ma maison. Dur le retour...
J’ai mangé, tenté de regarder un peu la télé... Puis, n’y tenant plus je suis allé me coucher vers onze heures. Fatigué le Gwen !

Et voilà ! Ainsi se termine ce premier périple dans les eaux méditerranéennes. La suite ? Et bien la suite, euh... On va attendre lundi avant que de commencer à organiser la suite si vous voulez bien. Pour l’instant je suis encore sur l’eau dans ma tête, et mon pied me fait un mal de chien. Il m’a foutu la paix (plus ou moins) pendant trois semaines, et là on dirait qu’il veut me faire payer quelque chose. Faut que je récupère aussi...

Ah tien... J’ai perdu trois kilos !

7 commentaires:

Anonyme a dit…

bon retour.....

monique a dit…

Et voilà un pied qui ne supporte plus la terre ferme, à l'image de celui qui est au bout du pied!

Allez, repose toi un peu et refais des listes ! la télé, tu peux oublier, mais skype peut-être ce soir vers 19H ???
bises

Gwendal a dit…

@Anonyme : Merci... ( ?)

@Monique : Pas de souci, ce soir 19H00, je serais là.

'Tsuki a dit…

Alors c'est pas pour me moquer, ou quoi, mais là, j'ai tout compris :D

Je pense que les derniers billets étaient trop axés technique maritime pour que j'y comprenne goutte, en fait... Les lexiques, j'ai beau m'y plonger, ça m'aide pas du tout à visualiser ce qui se passe quand tu racontes certaines choses, et je me dis qu'avec ton talent pour l'écriture, tu devrais arriver à trouver un juste milieu descriptif pour ne pas perdre tes lecteurs les moins assidus...

Sinon, ravie d'avoir de tes nouvelles, et de te savoir rendu chez toi sain et sauf. Dis donc, 14,5 euros par jour, c'est carrément pas donné ! Ça te fait quasiment un second loyer... O_o Comment tu vas faire ? Tu vas lâcher ton habitation actuelle ? Il y a des ports moins chers ?

Pout ton pied, à mon avis, c'est normal. Il est marin, que veux-tu... :D

Gwendal a dit…

@Tsuki : Tu as eu raison de me rappeler que l’immense majorité de mes lecteurs n’entravent rien au vocabulaire maritime (Moi-même je n’en n’ai que très peu finalement), et j’ai conscience d’en avoir un peu abusé ces derniers temps. Je vais faire attention dorénavant et continuer plutôt sur un mode didactique, car mon but n’est pas de vous faire peur, mais bien au contraire de vous faire partager mon amour de la mer et du voyage. Donc à partir de maintenant, c’est promis, je vais faire un effort.

Sinon, c’est vrai que ça va me couter bonbon si je reste trop longtemps au port. Aussi j’envisage d’aller mouiller dans la rade, où c’est gratuit. Par contre cela me pose d’autres problèmes d’ordre pratique. Mais bon, je vous en parlerais en détail plus tard.

edou a dit…

Voila que le capitaine, lassé de jouir au port de ses navigations passées et futures, envisage d'aller mouiller dans un rade et cela gratuitement !
Tu vois Tsuki, moi aussi j'ai tout compris !!!

Euh... Au fait Gwen, t'as une annexe ? Je te vois mal faire comme Bernard Moitessier : aller à terre juché sur une chambre à air de tracteur ! Quelle allure ça jetterait à Villefranche !!!

Gwendal a dit…

@Edou : Oui, j’ai une annexe avec un moteur hors-bord 3.3 Mariner. Après, où la remiser lorsque je suis à terre reste un autre problème...