lundi 22 novembre 2010

Tempête sous un crâne

Bien. Je n’en n’ai pas envie, mais il faut que je vous parle d’un truc... Depuis quelques jours je me traine une de ces déprimes, je ne vous raconte même pas. Enfin si, ne vous inquiétez pas, je vais vous raconter... D’autant qu’aujourd’hui cela va un peu mieux, alors autant en profiter pour mettre par écrit tout ce qui me mine l’esprit. Après je ferais le tri comme d’habitude.

Donc je vous disais que je déprimais. Enfin, moi j’appelle ça de la déprime, mais j’imagine que l’on pourrait très bien appeler ça autrement selon l’angle sous lequel on observerait la chose... Pour faire bref, et aussi clair qu’il m’est possible étant donné l’état d’esprit dans lequel je me trouve, je n’arrête pas de penser que j’ai fais une grosse connerie en achetant ce bateau. Oh pas la connerie du siècle, ni même celle de ma vie, mais une belle connerie quand même.

C’est une pensée qui m’est apparue dès le lendemain de mon retour chez moi... « Chez moi », je ne pensais pas que cette expression revêtait autant d’importance à mes yeux. Cela m’a fait plaisir de retrouver mes pénates, mes objets familiers, mon petit train-train. Cela m’a fait tellement plaisir que j’en suis venu à me dire que j’étais quand même mieux chez moi que sur un bateau... Et de fil en aiguille, d’enchainement de pensées en enchainement de pensées, j’ai commencé à imaginer ce qu’il me faudrait faire pour tout arrêter.

Au début, d’avoir ce genre de pensées en tête m’a catastrophé. Le monde que je m’étais construit petits bouts par petits bouts depuis des mois, tous ces petits pas que j’avais patiemment accomplis, tout cela je ne l’avais fait qu’en pure perte. Je pensais à vous qui me lisez, je pensais à moi... Ce n’étais pas l’argent que j’avais perdu qui me bouleversait, mais mon temps, mes rêves, mes illusions perdues... Pendant deux jours, ça a été l’enfer.

Et puis, peu à peu, j’ai commencé à me dire qu’il fallait que je me change les idées, que j’évite de trop penser. Tout cela n’était que le fruit de mon imagination, un effet secondaire de mon retour... Alors c’est ce que j’ai fait. J’ai arrêté de penser. Je me suis regardé des films, j’ai joué à des jeux sur mon ordinateur... j’ai tout fait pour ne plus rien avoir à faire avec le monde de la voile, avec la mer, avec les voyages.

Et ça a marché. Enfin je crois. Ce matin l’absurdité de ce que j’avais réalisé depuis ces derniers mois, et celle que j’ai l’intention de réaliser dans les mois qui viennent, ne m’a plus parue aussi évidente... Enfin, beaucoup moins.

Pour être tout à fait franc avec vous, ce n’est pas la première fois que je suis assailli pas de telles pensées négatives. D’habitudes elles viennent et disparaissent aussi vite quelles sont venues et mon optimisme béat reprend vite le dessus. Mais là, c’est la première fois qu’elles s’incrustent autant, et qu’elles sont aussi fortes... Jusqu’à me donner des envies de pleurer.

Alors pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça puisqu’à priori cette déprime disparaitra comme ont disparues toutes les autres avant elles ?

Et bien peut-être pour l’aider à passer plus vite ? Non, je rigole... Si je vous en parle, c’est pour que vous sachiez que tout n’est pas rose dans la tête du Gwen. Je ne suis pas constamment sur mon petit nuage à imaginer, à préparer mon départ pour la grande boucle... Il m’arrive de passer par des affres (c’est comme ça qu’on dit ?) pas possibles, des angoisses terribles qui me laissent sur le carreau.
M’enfin, pour me remonter le moral, je me dis que lorsque je serais parti il y a des chances pour que je sois moins perturbé par ces crises de conscience... J’espère en tous cas.

Ah ! Vous vous demandez sans doute ce qu’il en est de mes problèmes de port ? Et bien je n’en sais rien. Comme je vous l’ai dis, j’ai arrêté de penser pendant deux jours ce qui fait que je ne m’en suis pas préoccupé... Et je vais faire en sorte de ne pas y penser non-plus aujourd’hui. On verra ça demain ou même après demain !

Et puis je ne sais pas, mais il y a comme une petite voix qui me murmure dans le fond de mon crâne, que je vais trouver une solution... Je ne sais pas encore laquelle, mais j’ai le sentiment qu’elle se présentera d’elle-même sans que je n’ai à me creuser les méninges... ni même à me faire un sang d’encre !

14 commentaires:

lucifer! a dit…

bien d'accord avec la petite voix du fond du fond de ton crâne !
Tu ne sais pas; elle ,sait .
sois tranquille et tâche d'apprécier un peu de vie pépère en attendant!

cazo a dit…

On appelerait ça "décompensation", ou "retour de manivelle"... Et c'est NORMAL, après tout ce chambardement dans ta vie depuis quelques mois !! Tu angoisses...

Encore une fois, prends le temps de te poser, de digérer, de laisser décanter, tu verras qu'en libérant ton esprit de ce trop plein, les solutions vont faire surface d'elles-mêmes.

En plus, t'es quand même super bien entouré de marins chevronnés qui peuvent te donner plein de bons conseils, et même si c'est encore un langage d'initiés auquel la plupart d'entre nous sont étrangers, c'est génial de lire tous ces commentaires bienveillants d'amarinés.

Paris ne s'est pas fait en un jour.. alors un tour du monde... De toute façon, c'est pas une connerie. Mais il est tout à fait normal que tu marques un peu le pas, que tu te remettes en question sur tes choix, c'est salutaire et souvent plus prometteur de la réussite d'un projet que de foncer tête baissée pour se prendre un mur.

Des choix douloureux,n nous en faisons tous, pour le meilleur comme pour le moins bon... mais une fois qu'on est embarqué, ben... faut tenir le cap du mieux qu'on peut, et surtout, ne pas perdre de temps à regarder derrière, ça ne sert à rien (j'en sais quelque chose... ), sauf éventuellement pour s'enorgueillir du chemin parcouru !!

En plus, si ça se trouve, t'as juste la dépression de l'intersaison (gloomy disease), mais tu l'attribues à d'autres problématiques.

Tiens bon, cap'tain Gwen, c'est juste un coup de tabac, tiens la barre, garde le cap, diminue la voile, et tout ira bien !!

aslan a dit…

Un petit remontant Gwen? Voir en signature. J'espère que tu aime la mayonnaise.

monique a dit…

Je pense aussi comme Cazo que c'est une "décompensation" ...Je connais ces états pour les avoir vécus après des périodes denses, fortes en émotion..envie de se recroqueviller...spleen... plus de désir...juste de cocooning..puis, hop, une étincelle et ça repart !!!

Ensuite, tu te rapproches de plus en plus du départ et donc du lâcher tout..pas simple...

Ajoute les soucis pour le bateau, qui paraissent insurmontables dans l'instant...

Bon, le coup de mou classique!

Mais laisse filer...ne te prends pas la tête...tu as pris le cap et y a qu'à ..dès que tu le sens!!!

aslan a dit…

Ceci dit, ton sentiment doit peut-être t'alerter sur des choix qui seraient, par manque de moyens, trop radicaux, trop risqués. Tu es un homme prudent, il ne faut pas forcer ta nature.

+

Gwendal a dit…

@Lucifer : Oui, je vais goûter un peu de repos, autant physique que moral.

@Cazo : T’inquiète, j’ai la tête dure et cette passagère de peps sera vite surmontée !

@Aslan : Un peu crypto-gay quand même, non ?

@Monique : Bon ben faut que j’aille m’acheter un Mars alors...

@Aslan : Judicieuse cette réflexion matinale... J’en tiendrais compte !

Philutin a dit…

En mer, une fois un vieux loup fumant son tabac gris m'a dit pendant un moment de doute intense qui dure trois secondes...
Quand on a chié dans son ben, c'est trop trad pour serrer les fesses... çà vaut ce que çà vaut mais j'ai jamais oublié.
Ton spleen est sans doute un cap à passer...y'en aura d'autres mais comme dit Aslan, rien au dessus de tes moyens...et tes moyens s'adapateront au marin en devenir que tu es.
J'ai lu les commentaires précedants et ben...y'a du monde qui t'aime sur le ponton, et personne ne rigole de toi, on est même tous un peu fier de toi.
Tiens jette un oeil dans les bons vieux bouquins de Joseph Conrad.
Je t'embrasse

Gwendal a dit…

@Philippe : Comme je l’ai dis, je vais mieux. Mais si cela n’avait pas été le cas, ce que tu me dis là aurait eu le don de me redonner de la confiance. Merci Philippe.

aslan a dit…

On va voir si je connais bien mon Gwendal:

Je ne pense pas que tu flippes pour ce qui pourrais t'arriver en mer, et si ça devait partir en couille je t'imagine faire face stoïquement de ce côté là.

En revanche, et si c'est ce que voulais te dire ton spleen je suis de son avis, il serait surement beaucoup plus difficile d'endurer les suites d'une catastrophe de voyage une fois de retour à terre avec un appart dont tu ne pourrais pas reprendre le contrôle aisément. Un toît à soi, bordel, c'est la base pour qui n'a pas de marge financière.

Si j'étais dans ton cas j'envisagerais donc de procéder par bonds: Ne serait-il pas possible de louer ton appart pendant trois mois d'été? Je ne sais pas s'il est intéressant pour des estivants, mais si c'est le cas ces trois mois te donneraient au bas mot 6 mois d'équivalent de loyer à l'année et te permettraient de naviguer 3 mois d'été et encore au moins 3 mois avant ou après, nettement plus si tu choisis bien tes haltes et ton cap.

Un bon entrainement: la méditerranée ,l'égée l'adriatique et la mer noire ce ne serait pas rien comme terrain de warm-up. C'est aussi un bon moyen de se dépayser progressivement. Reste une solution pour quelques mois complémentaires à trouver pour payer ton ponton les mois restants et un apport financier faible mais fiable à imaginer pour le grand départ mais ça te laisserait un peu de temps.

Dans le pire des cas, si tu ne sortais pas d'un ou deux ans de ce régime avec l'idée qui va bien pour ton tour ça te permettrais d'affirmer ta confiance, de t'habituer à tes nouvelles pénates mobiles et de partir plus serein.

Idée comme ça, qui me ressemble: perso j'aime l'exploration, pas vraiment l'aventure, qui est un aléa de l'exploration.

monique a dit…

Je trouve Aslan bien pertinent..je t'avais conseillé quelque chose comme ça aussi, non ?

On est tous avec toi...ça va le faire ...peut-être pas exactement dans les délais que tu avais programmés, ma chi va piano, va sano et chi va sano, va lontano...

des bises

philutin a dit…

ah oui, Aslan a raison sur toute la ligne.

aslan a dit…

Ohoh, c'est une mutinerie capitaine :D

'Tsuki a dit…

Ca fait bizarre de lire tout ça a posteriori... J'ai l'impression d'arriver comme un cheveux sur la soupe, mais en ce moment, le seul PC allumé à la maison, c'est celui sur lequel je tape mon roman... J'y passe parfois près de 12 heures par jours, et je dois me flanquer des coups de tatane pour aller prendre l'air de temps à autre (bon des fois, prendre l'air, je me dis que c'est dangereux pour la santé, vu la dernière que m'a fait Winter, mais bon)

Mais je ne suis pas venue pour parler de mon cas ; plutôt pour commenter ce que je viens de lire.

Ca ne me surprend pas tellement, en fait, ce coup de dépression. Ca m'étonne même que tu n'en aies pas plus souvent. Le doute, l'impression de faire une connerie, on l'a toujours, quand on se lance dans l'inconnu, sinon on ne serait pas humains, hein... Je n'ose même pas imaginer dans quel état je serai, quand j'aurais enfin envoyé le livre que j'écris à un éditeur, et que je me rongerai les sangs pendant des semaines en imaginant le pire, des réponses négatives juqu'à retrouver mon livre publié sous un autre nom que le mien... Et si ça marcherait pas, et si c'était vraiment trop nul et si...

J'utilise cette comparaison pour te dire qu'un projet, quelque soit nature, il nous flanque toujours un trac de tous les diables. Cette décompensation que tu as subie ne me paraît pas très grave, et d'autant plus que tu as réussi à la gérer. En plus, toi tu vas te lancer dans un projet qui va te demander un tel dépassement de toi, que ce soi au niveau physique, psychologique, culturel...

Serre les dents, serre les poings, accepte d'avoir peur pour l'apprivoiser, qu'elle ne prenne pas le contrôle de ta vie et t'empêche d'aller au bout de ton rêve.

Le plus dur, quand on apprend à marcher debout, c'est bien les premiers pas... On tombe, on se relève, on réessaye... Et puis un jour, on est capable de courir.

Accroche-toi.

J'ai foi en toi.

Gwendal a dit…

@Tsuki : Si j’ai réussi à gérer, comme tu dis, cette décompensation ; C’est grâce à vous. J’ai la chance d’avoir cet espace pour y déverser mes doutes et mes espoirs, et des amis pour m’aider à digérer tout ça.