34°57.786S
55°16.183W
Piriápolis,
Uruguay
La journée était
belle. Les 1030 Hectopascals du baromètre coïncidaient avec un
temps magnifiquement ensoleillé quoiqu'un peu venteux. La
température ressentie était de 6°C... C'était vraiment une belle
journée d'hiver comme celles qui nous font apprécier de rester au
chaud, mais également d'arpenter la rambla de los Ingleses, le
bonnet soigneusement calé sur les oreilles. Car oui, la promenade du
bord de mer de Piriápolis s'appelle la promenade des Anglais. Je
sais, c'est drôle.
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| La rambla de los Ingleses |
Une belle journée
vous disais-je. Idéale pour ce petit tour en ville qui devait
m'emmener au distributeur automatique ainsi qu'à la laverie afin de
récupérer du linge.
Je marchais le
long du bord de mer, m'attardant ça et là le temps de photographier
un oiseau, profitant pleinement du temps qui passe lentement et de
cet ambiance si particulière qu'ont les stations balnéaires en
hiver. Désertes, tranquilles, silencieuses, presque fantomatiques.
Chemin faisant mon
esprit vagabondait, et je me disais combien cette escale était douce.
Je réfléchissais à mes prochains mois de navigation, et je me
disais que sitôt arrivé à Trinidad ou Tobago, il se pourrait bien
que je zappe l'arc caribéen et file directement sur le Panama...
Bref, je pensais.
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| L'Aigrette neigeuse (Egretta thula) |
Au moment de
retirer mon argent pour la semaine, mon regard c'est machinalement
porté sur ma CB, et l'urgence de son renouvellement m'a alors sauté
aux yeux. Diable ! Expire en septembre 2013 ! Il est grand
temps !
Il est grand
temps, je sais... La carte est disponible à mon ancienne agence
bancaire mais il me faut maintenant lui faire traverser l'Atlantique
et arriver jusqu'ici... Le temps de m'organiser, c'est une affaire de
deux semaines, peut-être trois. Bizarrement (!), cette idée de
prolonger mon séjour ici afin de régler cette affaire ne me choque
pas... Je dirais même qu'au fur et à mesure que mes pas me ramènent
vers le port, cette idée devient séduisante.
En arrivant au
bateau, ma décision est prise : Je vais attendre ici en Uruguay
que ma nouvelle carte bleue arrive. L'endroit me plaît, je m'y sens
bien. Tout va donc bien dans le meilleur des mondes.
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| Mouettes de Patagonie (Larus maculipennis) |
Je me suis ensuite
rendu chez mes copains, Franz et Hanna, histoire de papoter. Qui plus
est, le sourire de la petite Milena est pour moi un ravissement et de
voir cette petite fille faire ses premiers pas à bord du bateau
familial est un enchantement. A mon retour sur mon ponton, un homme
m'attend. C'est le propriétaire de la place que j'occupe qui désire
la retrouver... Soit ! La journée est si belle ! Réglons
ça maintenant !
Ensemble nous
allons aux bureau, et un employé ne tarde pas à m'indiquer où me
mettre afin que le monsieur puisse récupérer son bien. Là encore,
nous papotons lui et moi dans la plus agréable concorde. Il m'aide
même à me défaire de mes amarres pour ensuite courir jusqu'à ma
nouvelle place afin de me les saisir de nouveau. L'entraide maritime
dans ce qu'elle à de plus commun, mais aussi de plus sympathique.
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| Madame otarie à crinière |
La Boiteuse glisse
doucement pour s'accoter à une goélette française en acier de 20
m. J'arrête le moteur, et me dirige vers l'avant pour lancer mes
amarres... Et c'est là que je mets le pied sur le tube en inox qui
me sert de bout-dehors. Tube que j'avais démonté afin d'en changer
le boulon de fixation... Ma cheville se tord et j'entends en même
temps que je sens distinctement un crac de mauvaise augure.
La douleur me
submerge l'instant d'après. Je m'écroule, pendant que heureusement
le monsieur venu m'aider se saisi de la proue du bateau pour
l'empêcher de percuter le quai. J'ai la nausée tellement j'ai
mal... Mais j'arrive quand même à lui jeter mes deux pointes avant
et à confectionner un point d’embelle pour m'amarrer à mon
gigantesque voisin. La Boiteuse est sauve, mais moi je déguste
grave.
Quelques heures
plus tard m'auto-diagnostique une entorse. Et pas une légère. Du
genre sérieux. Ma cheville a triplée de volume et la douleur
m'empêche de poser le pied par terre. C'est que je m'y connais en
entorse mine de rien... Je supporte les conséquences de l'une
d'entre elles depuis plus de vingt ans. Mon souci, c'est qu'il s'agit
de mon pied gauche. C'est à dire mon pied valide. Celui qui m'aide à
marcher et à soulager ma cheville droite abîmée depuis tant
d'années.
En clair, je ne
peux plus marcher. Sinon à me tenir à tout ce qui peut supporter
mon poids dans le bateau et à grimper les cinq marches de la
descente sur les genoux.
Bon, il faut que
je m'organise un peu là... Mais je vais quand même attendre demain,
histoire de voir comment ça évolue.
Le lendemain...
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| Et bien voilà ! |
Ma nuit a été
plutôt compliquée. Malgré la dose d'aspirine que je me suis
administré j'ai eu du mal à dormir, ma cheville ne supportant même
pas le poids de la couette. Quant au lever... Je vous laisse imaginer
le calvaire que c'est d'avoir vos deux pieds qui refuse de vous
porter. C'est l'enfer !
Cela dit, les
choses ne sont pas aussi graves qu'elles semblent l'être. Je reviens
de l’hôpital, et mon auto-diagnostique c'est trouvé confirmé par
les radios : Entorse sévère.
Au programme c'est
donc des anti-inflammatoires et du repos. Beaucoup de repos... C'est
à dire que je ne suis pas sensé poser le pied par terre pendant au
moins quinze jours, voire plus. Et ça, je sais déjà que cela me
sera impossible. J'ai encore de quoi manger, et n'ai donc pas besoin
de me déplacer. Mais d'ici deux ou trois jours cela risque de
devenir problématique...
Finalement, moi
qui me cherchais des raisons de continuer à profiter de cette escale
uruguayenne, je me rends compte que la vie décide pour moi. Je vais
rester ici bien tranquillement, profiter de ce repos forcé et
attendre bien sagement que ma nouvelle CB arrive et que ma cheville
se remette.
D'ailleurs, cela
n'est pas si dur à concevoir, car malgré le vent qui fait vibrer
les haubans, le soleil inonde généreusement le carré de la
Boiteuse.
C'est encore une
très belle journée qui s'annonce.