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vendredi 24 mai 2013

Touline superstar !

34°26.602S 58°31.795W
Buenos Aires, Argentine

En tant que blogueur, il est évident que tapis tout au fond de moi réside un écrivain en devenir qui ne rêve que de célébrité, de jeunes groupies peu farouches, et d'un paquet de pognon. C'est comme ça, je suis comme tout le monde, j'ai besoin de reconnaissance.
Bon, pour être franc mon roman en est toujours au stade d'ébauche. Les jeunes groupies peu farouches sont peut-être passées à bord, mais je devais dormir parce que je n'en n'ai aucun souvenir. Et je n'ai jamais rien gagné avec mes écrits. Par contre, et même si ça me gêne un peu d'écrire ça, je commence à avoir ma petite réputation... Je passe de temps en temps à la radio dans l'émission Allo la Planète, Anne Bergogne et Hughes Bigo m'ont cité respectivement sur les sites du Figaro et de Voiles et Voiliers... Bref, mon estime de moi-même, ou mon narcissisme comme vous voulez, a de quoi être satisfait !

Sauf que, et c'est là que je commence à rigoler jaune, la plupart du temps toutes ces gentillesses ne me sont pas accordées eu égard à mes qualités littéraires ni à ma vision idéaliste du monde, mais bel et bien grâce à une boule de poil ramassée un beau jour sur les quais d'Agadir ! Et oui, je suis persuadé d'être plus connu maintenant comme le Papa de Touline que comme un individu à part entière !
Non, n'y voyez là aucune espèce d'aigreur. Juste un poil d'ironie. Car comment ne pas trouver ironique le fait que mon premier interview dans un journal (un vrai journal papier, un truc qui se feuillette avec les doigts !) ne traite pas de ma petite personne (tant pis pour mon égocentrisme), mais de Touline !
En effet, il y a quelques semaines, j'ai eu le plaisir d'être interviewé par Eric Fournet et le magazine Chats & Chatons (n°4, juin 2013, disponible chez votre marchand de journaux préféré). Deux doubles pages rien que pour nous, avec pleins de photos et de choses gentilles !

En voici la transcription, pour ceux qui ne pourraient pas le trouver en kiosque.

1/ En quelques mots, vous pouvez-nous expliquer la genèse de cet incroyable voyage à bord de La Boiteuse ? 

La genèse... On pourrait remonter loin, jusqu'à mon enfance je pense. Qui n'a pas rêvé un jour de parcourir le monde en lisant Jules Verne, Jack London ou Henry de Monfreid ? Tout le monde l'a fait... Mais hélas, la vie fait que bien peu franchissent le pas et le font vraiment. Lorsqu'en mars 2010 j'ai eu l'opportunité de changer de vie, j'ai bien réfléchi à tout ça et je me suis dit que je préférais tenter l'aventure plutôt que de vivre avec des regrets. Alors j'ai franchis le pas ; Six mois plus tard j'achetais La Boiteuse, et six mois encore plus tard je prenais la mer au départ de Nice. Cela fait maintenant deux ans que j'ai quitté la France et un an et demi que je navigue avec ma chatte Touline.

 2/ Embarquer un chat avec vous, c’était prévu d’avance ou cela s’est-il produit de façon fortuite ? 

Deux ans avant mon départ, j'ai perdu ma chatte Gaëlle. Elle avait 19 ans, et autant dire que j'ai passé pratiquement toute ma vie d'adulte avec elle. Lorsque je suis parti, je n'avais pas encore eu le cœur de lui trouver une remplaçante... Et j'avais lu quelque part que la présence d'un animal à bord compliquait sérieusement le passage des frontières. Donc non, quand je suis parti, il n'était pas question pour moi d'avoir un chat à bord. Et puis lorsque je suis arrivé au Maroc, j'ai craqué. Il y avait des chats partout ! J'ai alors demandé à une amie de m'aider, et deux jours plus tard elle me ramenait cette petite boule de poil couverte de puces et de teigne !

3/ Qu’apporte la présence d’un chat sur un navire ?

Pas mal de soucis ! Mais aussi, heureusement, de grandes joies. Une présence réconfortante, une certaine forme de chaleur. C'est aussi un excellent passeport pour faire des rencontres. Mais ça je crois que c'est plus dû à la personnalité de Touline. C'est une chatte très sociable qui apprécie les humains plus que ses propres congénères. Mais surtout, et je crois que c'est le propre de tous les propriétaires de chats, on a l'impression de compter pour quelqu'un sans pour autant que cela vire à l'adoration inconditionnelle. C'est sans doute parce que les chats avec leur comportement relativement indépendant, nous ressemble plus. Et puis, c'est important, grâce à elle je n'ai pas un seul cafard à bord ! Elle est plus efficace que le plus puissant des insecticides !

4/ Ces animaux ont beau avoir été depuis toujours des compagnons des navigateurs, tous les chats peuvent-ils s’habituer à la vie à bord ?

Non pas tous. D'après mon expérience, seuls les chats qui ont été habitués très jeunes à vivre sur un bateau ont la gentillesse de vouloir y rester. Le souci est que lorsqu'ils sont jeunes et contrains de rester dans un espace restreint, ils font également pas mal de dégâts... C'est pas très grand finalement un bateau de 11 mètres. Je m'arrange toujours pour qu'elle puisse descendre à terre se défouler, grimper aux arbres, chasser... Du coup, lorsque nous sommes en escale elle ne rentre au bateau que pour manger et dormir. Une vraie adolescente !



5/ Touline a-t-elle eu parfois le mal de mer ? 

Je crois que le mal de mer est quelque chose qui frappe tous les animaux, pourvu qu'ils aient des yeux et des oreilles... Et Touline n'échappe pas à la règle. Généralement nous sommes patraques elle et moi, les premières vingt-quatre heures en mer. Et puis c'est comme tout, ça passe. Chez elle ça se traduit surtout par une sorte d'apathie et par un refus de s'alimenter (comme les humains finalement).

 6/ Quelles précautions prenez-vous pour qu’elle ne vous cause pas de problème dans la navigation et lors des manœuvres de bord ? 

 Il n'y a rien de plus excitant pour un chat qu'une écoute qui file ! Aussi, lorsque j'ai besoin de me concentrer pleinement sur une manœuvre, je l'enferme à l'intérieur du bateau. La nuit également. Du coup, c'est moi qui me retrouve enfermé à l'extérieur, ce qui devient un peu compliqué lorsqu'il fait froid ou lorsqu'il pleut ! Sinon, je l'ai habitué à porter un harnais pendant les navigations, avec un boute de quatre mètres. Cela lui permet de se balader dans le cockpit et de pouvoir rentrer se mettre à l'abri dans la cabine.

7/ « Un chat à la mer ! », cela vous est arrivé ? Grosse frayeur ? Comment avez-vous réussi à la récupérer ? 

Très grosse frayeur ! Ça c'est passé au milieu de l'Atlantique, très tôt le matin alors qu'il faisait encore nuit. Elle est tombée à l'eau en voulant grimper sur le panneau solaire... Lorsque je me suis aperçu de sa disparition, j'ai fais demi-tour mais c'était sans grand espoir de la retrouver. Au bout d'une vingtaine de minutes j'ai enfin pu la repérer grâce à ses yeux qui brillaient dans le noir ! Si c'était arrivé pendant la journée, je ne l'aurais jamais retrouvé. Nous avons eu énormément de chance... (Pour lire l'article en entier, cliquez ICI )



 8/ Côté nourriture, comment la nourrissez-vous ? Au fait, il y a une litière embarquée ? 

Sa nourriture de base ce sont les croquettes, parce que c'est léger, que ça se conserve et que ça ne tient pas beaucoup de place. Mais lorsque nous sommes en escale, je lui donne aussi du poisson que je pêche exprès pour elle avec une nasse. Il faut bien sûr qu'il soit vivant, sinon c'est pas marrant. Bien sûr, elle a sa litière et s'en sert tout le temps même en navigation (ce qui est rigolo à voir lorsque le bateau roule!).

 9/ Vous avez deux/trois anecdotes surprenantes à son propos lors de votre voyage ? 

Touline est un peu cleptomane et elle a une une passion pour le plastique. Elle me ramène souvent des morceaux de tuyau, des bouts d'éponges, des rouleaux de fil... Elle débarque dans le carré en roucoulant, toute fière d'elle, et les dépose à mes pieds. Et il faut que je la félicite bien sûr ! Une fois elle m'a ramené un ourson en peluche, et une autre fois un câble de chargeur de téléphone... J'ai dû aller frapper à tous les bateaux au port pour en retrouver les propriétaires, et m'excuser ! Sinon, Touline est une super ambassadrice. Lorsque je débarque dans une nouvelle marina, elle saute immédiatement sur les bateaux voisins pour en explorer les moindre recoins. Extérieur et intérieur ! La plupart des gens sont tellement sidérés qu'ils la laisse faire. Pour rigoler, je leur dis qu'en fait ma chatte travaille pour la douane ! Il n'empêche, c'est idéal pour briser la glace et se faire des amis. Dernièrement, elle est entré dans un bateau ou dormait un bébé... Et elle s'est allongé auprès de lui en ronronnant. Les parents étaient stupéfiés ! Mais sauter ainsi de bateau en bateau ne se fait pas sans risque. On en est à 32 bains forcés depuis sa naissance ! Heureusement pour elle, elle nage très bien et j'ai disposé des filets le long de la coque pour lui permettre de remonter à bord.

10/ Ce voyage serait-il le même sans sa présence ? 

 Clairement, non. Je me suis souvent posé la question, et si jamais elle venait à me quitter, je sais que je ne tarderai pas à lui trouver une remplaçante. Cela ne diminue en rien mon amour pour elle de dire ça, mais je sais que je ne pourrais pas vivre sans chat à mes côtés. C'est définitivement le compagnon idéal pour un marin.

11/ Quelles sont pour vous les prochaines étapes ? 

Pour l'instant nous sommes à Buenos Aires, en Argentine, et dans un mois nous remonterons vers le Brésil. Puis ce sera les Caraïbes, où nous resterons le temps qu'il faudra... avant de passer le canal de Panama et attaquer l'océan Pacifique. Je n'ai pas de plan précis, ce sont les rencontres et les conditions météo qui guident ma route.

Un grand merci à Eric Fournet pour son attention.

mardi 14 février 2012

Interview d'un voyageur

28°07.565N 15°25.565W
Las Palmas

Le titre du présent article peut paraitre un peu présomptueux j’en conviens, surtout quand vous apprendrez que le voyageur en question, c’est ma pomme. Mais bon, j’ai trouvé que les questions qui m’étaient posées, ainsi que les réponses que j’y ai apportées, pouvaient vous intéresser…
Surtout pour les derniers arrivants qui auraient quelques lacunes sur la Boiteuse et son capitaine !

Il s’agit d’un questionnaire qui m’a été gentiment proposé par Cubazic, le tenancier du blog du même nom dans le cadre d’un forum littéraire qu’il anime, Grain de sel.


Bonjour Gwendal, Merci de nous avoir rejoint, peux tu te présenter en quelques lignes aux membres du forum GDS… ?

Je m’appelle Gwendal DENIS, j’aurais 45 ans au mois d’avril. Célibataire, sans enfants. Après une vie un peu compliquée, j’ai eu la chance de pouvoir à un moment donné, faire le choix de changer radicalement ma façon de vivre et d’essayer de réaliser mes rêves.
Alors il y a maintenant presque un an et demi, j’ai acheté un bateau et j’ai entrepris de faire le tour du monde… Et pour que la rupture soit complète, j’ai vendu il y a quelques semaines ma maison de Nice.
Nous allons donc essayer de faire connaissance en 10 Questions (8 imposées et deux que tu pourras te poser à toi-même…) grâce à une « interview voyageurs » au cours de laquelle tu auras droit à un joker, tu inaugures ce genre de présentation sur ce forum, peux tu nous parler de ton voyage…

Il s’agit de faire le tour du monde en solitaire, sans avoir à passer par les péages. Je m’explique : La plupart des tourdumondistes à la voile effectuent la grande boucle en restant autant que faire se peut dans la zone équatoriale où les vents sont favorables et les températures clémentes. Le problème, c’est qu’il faut pour cela emprunter les deux canaux de Panama et de Suez ... Qui sont en fait, selon ma conception personnelle, ni plus ni moins que des péages, et quelque part une forme institutionnelle de racket. D’un point de vue moral il m’a semblé intéressant de ne pas participer à ce racket, même si cela implique de devoir naviguer comme nos ancêtres et de passer par les deux caps mythiques du Horn et de Bonne Espérance.

Bon, ça c’est le plan original. Puis, je me suis rendu compte que ce projet ne pouvait pas se réaliser (ou alors très difficilement) dans un laps de temps déterminé. Qu’il fallait pour cela m’investir complètement. J’ai donc très logiquement vendu tous mes biens et je me suis lancé pour de bon dans cette aventure.
Ensuite, ce projet est devenu avec le temps plutôt comme un canevas grossier... C’est ce que j’ai envie de faire, mais je sais maintenant que s’il le faut je peux m’arrêter dans un pays qui me plait, ou bien trouver quelqu’un avec qui faire la route. Faire le tour du monde n’est plus un objectif en soi, c’est devenu un mode de vie.

As-tu amené de la lecture avec toi, as tu internet dans le bateau... ? Parles-nous de ton compagnon de voyage…

Lorsque j’ai vendu ma maison, j’ai laissé tous mes biens à l’intérieur. Mes meubles, mes vêtements, ma télé, mon frigo, tout… Et mes livres bien sûr. J’avais une bibliothèque assez bien fournie (je suis un fan de science-fiction) mais je n’ai hélas pas pu emporter beaucoup de livre avec moi. Question de place. J’ai donc fait le choix d’une dizaine de livres que j’étais sûr de pouvoir relire encore et encore. Il y a Le Seigneur des Anneaux de Tolkien bien sûr… Le monde selon Garp et Hotel Newhampshire de John Irving, les Œuvres complètes d’Edgar Poe traduites par Baudelaire... Et puis quelques livres de marin : La longue route et Un vagabond des mers du sud de Moitessier, Seul à travers l’Atlantique d’Alain Gerbault et Seul autour du monde de Joshua Slocum.
Depuis mon départ, en avril 2011, j’ai eu l’occasion de croiser quelques bateaux français et j’ai pu récupérer ainsi d’autres bouquins, essentiellement des romans. Dans la communauté des bateaux-voyageurs, on a tous le même problème de place, donc nous pratiquons le troc ! Une fois qu’on a lu les livres, on fait le tour des bateaux présents et on les échange contre d’autres. J’ai pu ainsi relire La peste de Camus, que je n’avais pas lu depuis le collège !

Bien évidemment je reste connecté à internet pour tenir mon blog et garder le contact avec mes amis, mais je n’ai pas souvent l’occasion de l’avoir directement dans la Boiteuse. Et puis c’est souvent payant… D’ailleurs, j’ai remarqué que lorsque c’était le cas j’avais plutôt tendance à rester enfermé, donc je préfère encore me trouver une terrasse de café avec le wifi gratos. Je rencontre plus de gens comme ça.

Mon compagnon de voyage ? C’est une compagne en fait. Il s’agit d’une chatte de cinq mois prénommée Touline, que j’ai adopté à Agadir au Maroc. Une vraie perle cette chatte ! Elle n’a pas le mal de mer alors que moi si, et elle est d’une sociabilité hors du commun. Depuis qu’elle est avec moi, c’est mon passeport pour me faire des amis ! Lorsque nous arrivons dans un nouveau port, elle saute du bateau avant même que le moteur ne soit arrêté, et entreprend de visiter un à un tous les autres bateaux, intérieur ET extérieur ! Autant vous dire que c’est l’idéal pour faire connaissance de ses voisins et sympathiser rapidement. Sauf s’ils n’aiment pas les chats bien sûr, auquel cas ils ne méritent pas que je m’intéresse à eux non-plus !

Pendant ta navigation y a-t-il eu un moment où tu as eu peur... ? Où tu as crains de ne pas t’en sortir…

Euh… Je ne veux pas paraitre prétentieux, mais non. Pas pour l’instant en tous cas. J’ai eu des moments, je pense à mon arrivé à Essaouira par exemple ou bien au large de Saint-Tropez, ou encore lorsque j’ai dû plonger sous la coque par 1000 m de fond, ou je n’étais pas vraiment à l’aise, j’avais une grosse boule à l’estomac. Mais je ne peux pas dire que j’avais peur. Stressé oui, complètement à l’écoute de mon environnement aussi, mais je savais ce que j’avais à faire pour m’en sortir, et je le faisais. Point barre. Dans ces cas-là, il faut éviter de trop penser...
Et puis j’ai confiance en ma Boiteuse. C’est une formidable monture, exigeante mais qui pardonne également beaucoup. Elle me parle, je lui parle, tous les deux on s’entend bien.

On me dit souvent que j’ai du courage de partir comme ça seul... Je réponds alors que ce n’est pas ça le courage. Le courage c’est de faire quelque chose malgré sa peur. C’est de la dépasser. Et comme je n’ai pas peur... Je ne suis donc pas courageux !
En mer, d’après ce que j’ai vécu jusqu’à présent, on peut être amené à craindre quelque chose, auquel cas on fait en sorte que cela n’arrive pas. Et si ça arrive malgré tout, on fait face car le choix est extrêmement restreint. C’est un monde où on ne peut pas dire « Pouce, j’arrête ! ».
Dans mon cas par exemple, si je tombe à l’eau je suis mort. C’est simple. Alors plutôt que de m’inquiéter sur le comment je vais pouvoir survivre une fois dans l’eau, je fais en sorte de ne pas tomber. C’est de ne pas avoir de réponse à une question qui fait peur... Et en mer, les réponses sont très claires. Tu vis ou tu meurs... Ou au mieux tu perds tout. A partir de là, tout devient très simple à gérer.
Et le jour où j’aurais peur en mer, et bien j’arrêterais de naviguer... C’est tout. Parce qu’au final, j’ai choisi cette vie pour avoir du plaisir, pas pour avoir peur. C’est la vie « normale » qui aurait plutôt tendance à me foutre les jetons...

Comment se passent les contacts avec les populations autochtones... ? As-tu lié des liens amicaux, avec d’autres voyageurs ou des natifs... ?

 Je ne sais pas si le terme « populations autochtones » convient réellement… Je n’ai après tout connu que deux pays étrangers depuis mon départ. L’Espagne et le Maroc. En Espagne je me suis fais de nombreux amis parmi le mouvement des Indignés de Cartagena. Aux Canaries aussi… Par contre le Maroc, moins. Il faut dire aussi que j’étais pendant mon séjour dans une posture d’attente (j’étais en train de vendre ma maison) et peu enclin à aller vers les autres. Et puis je n’ai pas forcément rencontré les bonnes personnes non-plu…
Je sais une chose par contre c’est que quel que soit le pays visité, les gens apprécient que vous fassiez l’effort de parler leur langue… Ne serait-ce que quelques mots pour dire bonjour ou merci, ça suffit. C’est même d’ailleurs pour moi la moindre des politesses.

Sinon, même si la communauté internationale des bateaux-voyageurs est somme toute assez restreinte, les routes de navigations que nous empruntons le sont encore plus. Ce qui fait que dans une saison par exemple vous êtes amené à croiser souvent les mêmes personnes. Et ça c’est bien... Et puis comme on sait qu’à un moment ou à un autre il va falloir se séparer pour poursuivre sa route, les relations humaines n’en sont que plus fortes.
Ce qu’il y a de bien aussi, c’est que cette communauté fait fi des barrières sociales habituelles. Je veux dire que vous pouvez très bien un jour être amarré à côté d’un bateau deux fois plus grand que le votre et dix fois plus cher, mais vous allez tout de même discuter avec son propriétaire, voire vous en faire un ami... Quelle que soit la taille de l’embarcation ou le budget, on vit finalement les mêmes galères. Et ça, ça rapproche les gens.

Penses tu que l’expérience que tu as acquis en voyageant t’a ouvert d’autres horizons... ? Une meilleure connaissance du monde, des autres, de toi... ?

Je crois qu’il est encore trop tôt pour que je puisse répondre à ces questions. Si tant est qu’il existe une ou plusieures réponses... Je crois pourtant que ce voyage est aussi une quête quelque part et il me permet de découvrir d’autres facettes du monde et de moi-même que j’ignorais. Pour l’instant je regarde tout ça avec circonspection, en attendant de pouvoir en faire l’analyse... Et puis dans mon cas les choses sont un peu différentes car il ne s’agit pas vraiment d’un voyage, avec un début et une fin, mais d’un choix de vie.
Mais pour l’instant je peux dire que cette nouvelle vie me plait. Et pour ce qui est d’en tirer une leçon, et bien on verra dans quelques années !

Si c’était à refaire, le referais tu... ?

Sans hésiter ! Peut-être d’une façon différente, en évitant de faires certaines conneries, mais au final cela reste la meilleure décision de ma vie.

As-tu été témoin de souffrances dans les pays découverts, penses tu que la France fait partie des pays privilégiés… ?

Avant d’être blogueur voyageur, j’étais blogueur politique, ce qui fait que j’ai toujours eut à cœur de jeter un regard critique sur la société qui m’entoure. Et comme je dis souvent, ce n’est pas parce que j’ai quitté la France que j’y ai laissé derrière moi la moitié de mon cerveau... A mon sens, mon blog diffère des autres justement car j’essaye de comprendre avec mes clefs à moi, ce qu’il se passe dans le pays et comment vivent les gens.
En Espagne, j’ai assisté de l’intérieur au mouvement des Indignados. Au Maroc j’étais là pendant les élections législatives qui ont suivies la réforme de la constitution... Et à chaque fois j’ai essayé de comprendre et de décrire mon ressenti.
Alors bien sûr je me heurte parfois à certaines critiques, comme quoi le petit français que je suis n’a pas à se mêler de ce qui ne le regarde pas et de ce qu’il ne comprendra forcément jamais... C’est toujours le même vaste problème de l’universalité de certaines valeurs confronté au relativisme culturel. Mais j’ai fais le choix du parti pris, et pour l’instant je l’assume.
Par exemple, lorsqu’au Maroc j’ai été confronté à la dictature, à la corruption généralisée et au fossé indécent qui existe entre la pauvreté la plus désarmante et la richesse la plus obscène, je l’ai dis. Ce que d’aucuns qualifient de paradoxe, je n’ai pas peur de dire qu’il s’agit en fait d’injustice. Cela m’a valu quelques inimitiés, mais je considère que c’est un juste prix à payer pour la liberté d’expression.

Et oui, je considère que la France est un pays privilégié. Parce que justement son histoire a permit que s’y développe des idéaux et des valeurs auxquels je tiens et que je considère comme essentiels au bonheur collectif. Liberté, Egalité, Fraternité, Laïcité, sont pour moi des mots qui ont du sens, et j’entends bien les promouvoir autant que possible. Cela dit, lorsqu’on me rétorque que je ferais mieux de nettoyer devant ma porte plutôt que de critiquer celle du voisin, je vois rouge !
Ce que je dis c’est que la France à laquelle je crois et qui m’a donné ma culture, c’est la France telle qu’elle devrait être, pas forcément celle qu’elle est actuellement...

Mais bon, je vais arrêter sur ce sujet, parce que je pourrais disserter là-dessus pendant des heures !

Tu as du temps de libre pour des relations sentimentales sous les cocotiers... ?


Aïe, la question piège ! Non, pas piège, compliquée plutôt...
Bon, le temps libre ce n’est pas ça qui manque dans ma nouvelle vie. Et c’est d’ailleurs un de ses principaux atouts. Cela dit, si je suis un navigateur « solitaire », ce n’est pas par choix ; C’est parce que lorsque je suis parti, j’étais déjà seul. Avant, la solitude ne me pesait pas vraiment car je n’avais en fait rien de bien passionnant à partager avec une compagne. Mais maintenant j’avoue que les choses sont bien différentes et que je souffre de plus en plus de n’avoir personne à mes côtés.
Mon problème est que je suis un idéaliste aussi en matière de sentiments. Je suis un incorrigible romantique et je ne conçois l’Amour (avec un grand A) que dans la durée... Et quand je dis durée, je parle en fait d’éternité. Ce n’était déjà pas simple de trouver l’Amour dans ces conditions en temps normal, mais maintenant c’est devenu très compliqué. En effet, quelle femme accepterait de partager ma vie dans la précarité, l’insécurité et l’inconfort ? Une vie de manouche des mers ? Même si tout cela est le prix à payer pour la Liberté, je n’en n’ai pour l’instant rencontré aucune. Alors, à moins de renoncer à mon rêve, je doute de plus en plus de la rencontrer un jour... Même si je garde encore quelques espoirs.
Il va sans doute me falloir un jour ou l’autre me convertir aux relations sentimentales sans lendemain qui sont le propre des marins au long cours... Mais pour l’instant, je confesse que je n’ai pas encore pu m’y résigner.

Questions subsidiaires :

Décris-nous ton voilier ? Et pourquoi s’appelle-t-il La Boiteuse ?

Il s’agit d’un Konsul 37, un bateau allemand de 1979. De bonne facture, il est taillé pour la mer du Nord avec une jolie étrave en forme de canoë que j’aime bien. Tout est solide, bien conçu (allemand quoi !). C’est un bateau rapide du fait de ces 11 mètres de long et seulement 3 mètres de large. Un peu sportif peut-être... Il demande d’être plutôt pointu dans les réglages.
Il est parfait pour une personne seule, ou même un couple. J’ai ma cabine à l’avant et un grand carré spacieux et lumineux. Un gros moteur Mercedes bien solide et fiable...
Bref, ce n’est pas forcément le bateau « idéal » pour autant que ça puisse exister. Mais il me convient.

Son nom précédent était le Tom Kyle, et franchement cela ne me correspondait pas du tout (je ne sais même pas qui c’est Tom Kyle !). Lorsque j’ai eu à choisir un nouveau nom, je lisais à l’époque un article qui parlait de Bougainville et de son bateau La Boudeuse... et je trouvais que c’était un nom pour un bateau qui sonnait bien à l’oreille. Il était féminin tout d’abord, et pour moi c’était important. Les anglais lorsqu’ils parlent de leurs navires ne disent pas « It » mais « She », et pour moi ça a du sens car la relation entre un bateau et son Capitaine est plutôt de cet ordre là... Romantique.
Rajoutez à ça le fait que je suis handicapé et que sur terre je marche avec une canne, et forcément le nom de La Boiteuse devient une évidence !

Quelles sont tes prochaines étapes ?

Je suis actuellement à Las Palmas, sur l’ile de Gran Canaria. D’ici un mois environ je prendrais la direction du sud vers l’archipel du Cap Vert. Puis, ce sera « la transat » comme on dit, vers San Salvador de Baia au Brésil. Ensuite, Uruguay, Argentine, Chili... Jusqu’en Patagonie. Je compte traverser le détroit de Magellan aux alentours des fêtes de fin d’année, et si l’occasion m’en est donnée je ferais un petit crochet pour passer le Horn. Ce n’est pas une obligation, mais je trouve que ça aurait de la gueule de pouvoir dire que j’ai fais ça...

Ensuite ce sera la remontée des côtes chiliennes jusqu’à Valparaiso, puis la traversée vers le Marquises... Après on verra ! Un an de programme, je trouve que ce n’est déjà pas si mal !