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mardi 2 novembre 2010

De Cogolin à Marseille

Le 31 octobre 2010
43° 8'10.09"N 6°22'21.96"E
Le Lavandou

Bon… Franchement je vais vous dire qu’à l’heure qu’il est (17H09), et là où je suis, attablé à mon ordi, je me tâte sur le ton a employer pour vous narrer cette journée. Oui, j’en suis là. J’hésite entre utiliser un ton désinvolte pour dédramatiser un peu la situation, ou bien y aller carrément dans le catastrophisme…

Hola ! On se calme ! Il n’y a pas eut mort du Gwen, ni de la Boiteuse, si c’est ce qui vous inquiète. Non, rien de grave. Juste une journée de merde…

Le plus simple est que je commence par le début.

Je suis donc parti de Cogolin ce matin à 08H55 très exactement. Juste avant d’appareiller, l’idée de hisser la GV (Grand Voile) avant que de sortir du port me traverse l’esprit… Par prudence j’envisageais de prendre un ris, c’est-à-dire de diminuer la surface de la voile, et comme ce n’est pas une manœuvre toujours facile a exécuter, je me suis dis que prendre de l’avance serait une bonne chose… Mais hélas le vent souffle déjà pas mal et déporte le bateau à sec de toile. Toute mon attention est prise par la conduite de la barre, donc pas question de se lancer dans un pas de deux sur le pont…

Au sortir de la jetée, le golf de St-Tropez a l’air calme. Enfin, plus calme qu’hier en tous cas.
Le temps est couvert, le ciel bas et le vent souffle plein Est, en plein dans mon cap. La mer du vent (la houle) fait dans les 0,50 à 1 mètre. Ça va. Comme je n’ai pas envie de perdre mon temps à tirer des bords dans le golf, j’accélère le moteur et décide de continuer comme ça jusqu’à mon prochain changement de cap, c’est-à-dire au niveau de la cardinale Nord de Rabiou.

Au fur et à mesure que je m’extrais de la protection qu’offre le golf de ST-Trop‘, la houle augmente et le vent forcit. Il forcit, mais en plus change de direction en s’orientant à présent vers le Sud-est. Merde, la encore c’est en plein dans mon cap si je veux pouvoir contourner la presqu’île… Je continue, toujours au moteur en direction de la cardinale Est de la Moute.

Force 4 à 5 qu’ils ont dis… Mon cul oui ! A vue de pif, je dirais du F7... Et encore je suis gentil. Et puis la houle de 1 mètres, ressemble plutôt à du trois à mon avis.

Ok, moi qui pensais éviter la baston, je suis en plein dedans.

Je décide alors deux choses. La première est qu’en plus de mon gilet de sauvetage, que j’avais revêtu dès ma sortie du port, je vais aussi mettre le harnais pour pouvoir m’attacher lorsque j’irais hisser la GV. L’étrave fait des bonds impressionnants à chaque fois qu’elle franchit la crête de la houle et retombe aussi sec de toute sa hauteur. Je pioche comme on dit dans le jargon.
Ensuite, ce n’est pas un ris que je vais prendre, mais carrément les deux. Vu comme ça souffle autant réduire au maximum la voilure. Pendant un moment j’en viens à regretter d’avoir virer le foc au profit du Génois… Mais bon, les regrets ne servent à rien, surtout dans ces moments-là.
Avant que de passer à l’action je reste quelques secondes à respirer profondément… Je n’ai pas peur, j’essaye juste de me concentrer… Allez, go, c’est parti !

Je grimpe sur le roof et me rends au pied du mât. Arrivé au mât, je m’attache avec soin et j’attaque dans la foulée le hissage de la GV. J’ai un œil sur ce que je fais et l’autre sur l’avant du bateau. De temps en temps j’arrête de tripatouiller le cabestan de la drisse de GV pour me cramponner des deux mains. La houle a encore grossie et ce sont maintenant de gros paquets de mer qui s’abattent à intervalles réguliers sur le pont. Et à chaque fois j’en prends plein la gueule.

Mais ça va. Je maîtrise. J’accroche l’œillet du ris numéro deux, étarque la bosse et je change de côté pour reprendre la bosse du ris numéro un. J’essaye de faire vite car la voile, vu qu’elle est face au vent gigote et claque dans tous les sens (on dit qu’elle faseye) et fait un bruit d’enfer. Je repasse de l’autre côté pour terminer de hisser. Allez, on hisse, on hisse….
Et c’est là, alors que je regarde comment la voile monte au mât, que je m’aperçois que celle-ci est carrément déchirée en deux sur un bon mètre, au niveau du tiers supérieur…
Merde ! C’est la tuile. La putain de grosse tuile. Et moi, comme un con, je ne me suis aperçu de rien.

Sur le moment, je ne réfléchis pas, j’agis. J’affale la GV en catastrophe, la saucissonne avec ses rabans à la va comme je peux, et je réintègre le cockpit pour me mettre en sécurité.
Hum, bon ben j’suis bon pour me taper toute la route au moteur moi ! Et puis comme on est dimanche et que demain c’est le 1er novembre, et bien c’est seulement à Marseille que je pourrais voir ce que je peux faire pour cette voile… La raccommoder ? En racheter une autre ? Bon, ce n’est pas le moment de penser à ces choses…
Je fais une ligne rapide sur le livre de bord pour signaler l’incident et je vérifie la jauge de carburant. Moitié du réservoir, soit 30 litres. Ok, j’ai de quoi faire… Enfin, j’espère. Je ne connais pas encore la consommation du moteur et puis les jauges hein ? Des fois l’aiguille elle bouge plus vite une fois la moitié du réservoir passée…

Dehors, ça empire encore. Je prends un cap au 190° et règle le pilote automatique en fonction de ce nouveau cap. Malheureusement la houle en vient alors à me frapper par le travers et fait rouler le bateau comme un bouchon de champagne posé sur l’eau. A l’intérieur j’entends quelques objets valdinguer… Bon ça ne doit pas être important car j’ai déjà rangé tout ce qui était précieux ou fragile. On verra ça en arrivant.

J’entends le pilote qui peine à corriger le roulis… Toi mon bonhomme, ce n’est pas le moment de me péter dans les doigts ! Je débranche la bête et prends la barre. Ah ! Ca va mieux ! Franchement c’est bien pratique un pilote automatique mais jamais ça ne barrera comme un homme…

Et j’ai barré comme ça pendant trois heures. Au large du cap Camarat je me suis trouvé cerné par des vagues de trois mètres cinquante de hauts… A un moment, une un peu plus vicieuse que les autres c’est même mise à déferler juste au moment ou j’allais la négocier. Splash ! Le bateau c’est pratiquement couché sur l’eau !

Le temps passe et les caps s’enchaînent : Taillat, Lardier… Et chaque fois la mer grossit à leur approche et nous secoue, mon canote et moi, dans tous les sens.
Paradoxalement, au bout d’un moment que vous barrez dans ces conditions, vous ne réfléchissez plus à ce que vous faites. Votre main, votre bras, tout votre corps agit en quasi autonomie. Ce qui fait que l’esprit se trouve alors libre et commence alors à gamberger… Et ça, c’est pas bon.
Parce que le mien d’esprit il s’est soudain mis à penser à la loi de l’emmerdement maximum, dite Loi de Murphy. Tout allait bien (si on veut !), et moi je commençais à me demander si le moteur allait tenir… Si le safran allait résister… Bref, c’est à ce moment que j’ai commencé à avoir peur. Et non-pas peur de ce qui se passait, mais de ce qui pouvait se passer… Débile !

Une fois le Cap Lardier dépassé, j’ai dû m’écarter un peu de la côte pour me mettre dans l’alignement avec le Lavandou. Oh, pas beaucoup, mais suffisamment pour que le ciel bas aidant je me retrouve à ne plus distinguer la terre.
Là, j’ai encore eu une réaction bizarre, c’est à dire qu’il y avait une partie de mon cerveau qui criait : Au secoure ! Tu n’as ni loch, ni speedo, ni GPS ! T’es fou !
Et l’autre qui me disait tout bas, t’inquiète mon Gwen, t’es bon à ce jeu là… Tu verras ça se passera bien… Tu l’as vu sur la carte, maintenant le Lavandou c’est plein Est… Tu rajoutes la dérive due au vent, voilà… Au pif c’est tout bon.

Et effectivement, une heure plus tard je sortais du brouillard pour apercevoir le port du Lavandou juste en face de moi.

Du coup, cette petite réussite personnelle m’a remis un peu de baume au cœur. Mais je n’ai pas trop eu le temps de me gargariser car il était temps pour moi de préparer mon arrivée. Je passe un appel radio pour demander une place et de l’aide pour accoster, personne ne me répond. Tant pis j’y vais. La houle est moins forte à présent, mais suffisamment pour rendre l’approche délicate. Logiquement, avec une météo normale, la procédure serait d’y aller tranquille, de faire ce qu’on appelle un tour d’honneur pour repérer où et comment s’amarrer. Mais là avec ce vent qui ne faiblit pas et cette houle à la con qui me précipite sur la plage… Je n’ai pas trop le choix. C’est un trou en un.
Putain ! C’est ça le quai visiteur ! Bordel, ça va être duraille !

Et ça l’a été.

J’ai dû m’y prendre à deux fois pour aborder ce ponton qui valdinguait au grès du vent et des vagues, et sans l’aide d’un voisin je n’y serais certainement pas arrivé la deuxième… Bref, Je me suis retrouvé amarré à la mort moi le nœud, en ayant perdu à la fois un peu de peinture et beaucoup de fierté.
Désolé.
Il était 14H30.

Quelques minutes plus tard, je me suis présenté à la Capitainerie pour m’acquitter de ma nuitée (13,60 Euros, pas cher). J’ai galéré un temps pour me brancher à l’électricité du port… Car mon fil était trop court et la rallonge qu’on m’a prêtée pas adaptée. Puis je me suis fais un sandwich au pâté. Ben oui, je n’avais rien avalé depuis le matin moi !
Ensuite, et bien malgré une envie irrésistible d’aller me pieuter, j’ai quand même fait mon boulot. J’ai rangé ce qu’il y avait à ranger. J’ai replier convenablement la Grand Voile, examiné la déchirure et constaté que c‘était seulement les coutures qui avaient pété… J’ai tout mis bien comme il faut.
Puis je suis allé jeter un œil à l’intérieur pour voir les dégâts. Rien de grave heureusement. Juste quelques bouquins épars, la table carte trempée… J’ai tout rangé là encore, mis à sécher mes fringues… Et puis, je me suis assis devant mon ordi pour vous raconter cette histoire.

Alors, pardonnez-moi mais je ne vais pas faire le bilan de cette journée. Pas maintenant. Demain peut-être, quand ça ira mieux, quand je me serais reposé, les choses m’apparaitront plus clairement. Mais là… J’suis naze et un peu dégouté aussi. Tiens, en tapant ces derniers mots j’en ai les larmes qui me montent aux yeux. Alors on arrête, on mange et dodo !



Le 1er novembre 2010
 43° 8'2.90"N 5°45'22.87"E
Bandol

Je suis arrivé cet après midi dans le très joli port de Bandol, après une traversée sans commune mesure avec celle d’hier.
Même s’il a plu quasiment toute la journée (il pleut encore), j’ai eu droit à la clémence de Neptune. Peut-être a t’il jugé m’en avoir assez fait baver hier ?

En gros voilà comment les choses se sont passées.
Départ à 09H25 après avoir fait le plein de gasoil. Oui je sais, c’est un peu tard. Mais ce n’est pas ma faute si il y avait un gros bateau de plongée qui squattait le ponton à carburan… et j’ai du attendre qu’il se barre pour pouvoir rempli mon réservoir.
Sinon, échaudé par mon arrivée catastrophique de la veille, j’ai sollicité l’aide d’un des employé du port pour m’assister dans mes manœuvres, accostage au ponton gasoil et départ. Le type a été sympa et… m’a regardé faire. En effet, les conditions étaient idéales (vent dans le bon sens, pas de houle) et donc je n’ai pas vraiment eut besoin de lui, sauf peut-être pour me prodiguer un soutien moral. Et il s’en est très bien tiré je dois le dire.

Donc, tout se passe bien et me voilà cap au sud en direction des Iles du Levant, Porquerolles et Port-Cros. La mer est belle, dans le sens ou il n’y pas ou peu de vagues et que la houle est inférieur à un mètre. Le ciel est d’un gris… gris. Et en plus il pleut.
Bref que du bonheur si l’on compare à l’enfer d’hier.

J’avance bon train à six nœuds de moyenne (j’ai calculé après), et je me réjouis d’avoir augmenté un peu le nombre des tours. Que je vous explique : Je n’ai pas avec moi les caractéristiques de mon moteur. Logiquement celles-ci devraient m’attendre dans ma boite aux lettre à mon retour à Nice. Donc, je ne sais exactement ni la consomation de mon moteur, ni même à quel régime celui-ci doit tourner pour être le plus efficace. Normalement c’est 2500 tr/mn, mais avec ce vieux Mercedes je ne sais pas trop… Et donc en l’absence de ces informations, je suis obligé d’y aller à tâtons. Donc je tâtonne… Hier je sais que j’ai fais du 5 nœuds de moyenne en consommant 3,6 litres à l’heure, à 1600 tr/mn. Et aujourd’hui j’essaye de voir ce que ça donne en poussant un peu à 1800 tr/mn. Et effectivement je vais plus vite, et en plus je me suis apperçu que je consommais moins ! Cela veut donc dire que je me rapproche du point d’équilibre, nombre de tours/consomation.
Et demain j’essaierais avec 2000 tours.

Donc voilà, j’avançais bien. Dans la baie de Hyères je croise quelques voiliers qui, comme moi, avancent au moteur. Nous nous saluons de la main bien poliment comme il est de coutume. Puis, bientôt je distingue la Petite Passe par laquelle je dois me glisser avant que de poursuivre ma route vers le Cap Sicié. Je note l’heure de mon passage en ce lieu stratégique pour ma navigation et, comme hier, je me lance dans un long bord à l’estime, sans point de répère. Cap au 285°, et logiquement…

Et logiquement, une heure et demi plus tard, pile poil, je double le Cap Sicié. Yes !

Bon d’accord, je sais bien que si Pauline, ma monitrice de mon dernier stage Glénans me lis, elle va encore me dire que tout cela n’est pas très rigoureux… Ouais, mais n’empêche que ça marche ! Il suffit que je me fasse confiance… Et puis en plus c’est la Méditerranée ici. Je n’ai pas à tenir compte des courants et de la marée.

En plus, puisqu’il n’y avait pratiquement pas de houle, j’ai pu faire un peu de rase-cailloux au pied du cap… Et me remplir les yeux du spectacle mgnifique que représentait cette falaise au sommet perdu dans les nuages, tombant pratiquement à la verticale des flots… C’était véritablement splendide.

Quand je pense que quelques minutes plus tôt je me disais que pour l’instant mon voyage ne m’avait pas apporté de réel plaisir ! Et bien à la vue de ce spectacle grandiose, je me suis empressé de faire mon méaculpa !
En plus, je ne sais pas vous mais cette vision m’a donné comme un avant goût de Patagonie… Non ? Vous ne trouvez pas que ça y ressemble ?

Et le spectacle a continué jusqu’à mon arrivé à Bandol. Toute la côte à cet endroit est superbe, même sous la pluie. Pas trop mitée par les habitations, ou alors lorsque c’est fait, c’est harmonieux.
L’arrivé au port c’est faite comme une lettre à la poste. J’ai réglé ma nuitée. Demandé s’il y avait du wifi, on m’a dit oui mais c’est 4,50 Euros de l’heure. J’ai dis ok, allez vous faire voir… Et je suis rentré me mettre au chaud et au sec.

Et voilà !

Bon, demain la météo devrait s’améliorée encore un peu (avant qu’une nouvelle perturbation ne se présente…), et en plus ce sera ma dernière et plus courte étape avec seulement 23 milles à parcourir. Je vais donc pouvoir rallier Marseilles en quatre heures, ce qui fait que je pense traîner un peu à Bandol pour la matinée… C’est tellement joli ici ! Et puis il faut absolument que je me rachète une pipe. J’ai du laisser tomber la mienne ce matin en préparant mon départ, car je n’arrive pas à mettre la main dessus. Bon, elle commençait à partir en morceau alors…

Par contre je ne serais pas contre un peu de soleil pour m‘accompagner dans ce dernier tronçon… Vous avez ça en magasin ?

Ah oui, avant que j’oublie, comme ça a été calme j’ai eu le temps de vous concocter une petite vidéo. C’est cadeau.


Le 2 novembre 2010
43°14'40.87"N 5°21'48.94"E
Marseille, au port de la Pointe Rouge

Réveil aux aurores. Que dis-je, avant les aurores puisqu’il était 04H15 du mat’. A peine ai-je ouvert l’œil et constater l’indécence de l’heure, une pensée m’a traversé l’esprit. Et si tu partais maintenant ? Un petite nave de nuit pendant que la mer est calme, ça serait sympa !
Aussitôt, un dialogue s’engage entre mes deux principales personnalités.

-Heu… T’es sûr là ? T’as même pas préparé ta nave !
-Et alors ? Tu la bâche vite fait et on se casse ! 23 milles, c’est pas la mer à boire.
-Et Bandol ? Tu voulais voir Bandol non ? Et la pipe que tu voulais acheter ?
-On s’en fout ! On s’y arrêtera au retour à Bandol ! Et ta pipe tu pourras toujours l’acheter à Marseille. En plus t’imagines, arriver avant midi ça te permettra de ne pas sauter un repas pour une fois, et puis de faire une sieste aussi… De trouver du wifi tout ça… Et puis c’est toujours toi qui dit qu’il vaut toujours mieux tenir que courir, alors plus tôt t’arrive là-bas, mieux c’est.
-Mouais… J’suis pas sûr que…
-Mais si allez !
-Bon, je te propose un compromis. On ne va pas partir de nuit parce que ce n’est pas prudent. Ta gueule, j’ai pas fini.
On va juste partir au lever du soleil comme ça, s’il n’y a pas de nuages, on pourra en profiter.
-A quelle heure il se lève le soleil ?
-07H14.
-Ah… ce qui fait qu’on arrivera vers 11H00 ?
-Oui. Comme ça, on pourra tout faire comme tu as dis une fois arrivé à la Pointe Rouge. En plus, je vais pouvoir commencer à me renseigner pour changer la GV…
-Ah oui, c’est vrai qu’il y a ça à faire en arrivant. J’avais oublié…
-T’inquiète moi j’y pense… Bon, fout-moi la paix maintenant si tu veux que j’ai le temps de faire une nave aux petits oignons.
-Ok, j’te laisse tranquille…

07H45, le jour pointe à peine et voilà que la Boiteuse quitte le port de Bandol. Enfin, le Tom Kyle pour encore quelques jours.
Debout de bonne heure comme vous l’avez deviné, j’ai eu largement le temps de me préparer, et même de me boulotter deux pains aux chocolats tous frais avant de partir.
Comme prévu j’ai eu droit à un levé de soleil, timidounet quand même, qui c’est vite fait rattrapé par la grisaille. Mais bon, pendant un moment les rayons de soleil ont éclairé l’île de Bendor, et ça c’était pas mal.

Petite nave sympa, pas compliquée. Avec comme point d’orgue, visuel si je puis dire, le cap de l’Aigle près de la Ciotat, et le passage entre l’île du Friou et l’île de Calseraigne… Pour le premier, vous n’avez qu’à regarder la vidéo ci-après, et pour l’autre et ben… Vous n’aurez rien car j’ai été tellement secoué que je n’ai même pas pensé à prendre de photos !
J’explique: L’effet Venturi vous connaissez ? Non ? Et bien c’est une loi de la physique des fluides qui dit en gros que lorsqu’il y a compression il y a accélération. C’est valable pour tous les fluides, l’air comme l’eau. Par exemple, lorsque vous pincez l’extrêmité d’un tuyau d’arrosage que ce passe t’il ? Oui, ça accélère. Très bien au premier rang.


Et c’est donc ce qu’il s’est passé. Dans la rade de Marseille soufflait un bon 30 nœuds du Nord-ouest, du Mistral, qui en passant entre les deux îles s’est transformé en 50 et plus. Ajouté à cela une remontée subite des fonds entres les deux îles et vous obtenez des creux de deux mètres hyper-rapprochés. Bing ! Bang ! Boum ! Ca a tapé tant et plus, pile dans la ligne de foi (l’axe du bateau), que j’ai dû m’écarter un peu de ma route pour soulager le bateau et le bonhomme. Mais bon, en fin de compte j’ai réussi à passer le goulet et à rallier le port de la Pointe Rouge. Sous le soleil dois-je ajouter, ce qui veut dire que ça ne coûte vraiment rien de demander. Il était deux minutes avant midi.

J’ai passé un petit coup de VHF pour m’annoncer, et à l’invite de la Capitainerie je me suis posé juste à l’entrée du port, à cent mètre à peine de l’INPP, le centre où je dois passe mon stage.

C’est un peu loin de tout hélas. Genre cinq minutes de vélo pour aller aux gogues si vous voyez ce que je veux dire. Et pour changer, pas de connexion wifi. Par contre ce n’est pas cher : 25,85 Euros pour trois nuits. Ils m’ont fait 50% de remise d’après ce que j’ai compris… Ma bonne frimousse sans doute.
Et cerise sur le gâteau, alors que je revenais de mes formalités administratives, je me suis arrêté à une voilerie. La dame que j’ai rencontré, et à qui j’ai expliqué ce qu’il m’était arrivé, n’a pas trop su quoi me dire. La voile était t’elle récupérable ? Et si oui, à quel coup ? Allais-je être obligé d’en faire tailler une neuve ? C’est qu’une voile neuve c’est un truc à 1500 Euros…

Le mieux encore était de vérifier de visu, et cette dame fort compétente m’a donc accompagnée jusqu’au bateau pour voir ce qu’il en était. Ces premiers mots eurent le don de me soulager. « Mais c’est qu’elle est en bon état cette voile ! ». « Il suffit juste de refaire la couture, de reprendre la chute… Et elle pourra encore vous faire cinq ans ! ».
Euh… Oui, et c’est combien ?
« 70 Euros… Si vous voulez juste la reprendre, mais je vous conseille de lui faire carrément une deuxième jeunesse en reprennant toutes les coutures principales, de consolider les housses de lattes, la bordure aussi… La toile est saine, ça vaut le coup de la conserver. Pour 300 Euros, on peut vous faire ça. »
Ah ouais ? Banco !

Et voilà, je vais pouvoir repartir dans trois jours avec une voile totalement remise à neuve. Et pour bien moins cher que ce que je craignais. Content le Gwen !

Après le départ de la gentille dame, j’ai terminé le reste de paella d’hier au soir et je me suis écroulé sur ma couchette, où j’ai dormi pendant deux heures.
A mon réveil, je me suis apperçu que Denis, le vendeur de Cogolin, m’avait laissé un message… Il s’inquiétait de ne pas avoir de nouvelles depuis le Lavandou.
Hum ! J’imagine que Momo doit être vachement occupé.
Bon, demain il faut absolument que je trouve de quoi vous envoyer tout ça… C’est que ça va vous en faire de la lecture ! Douze pages !

Donc, demain matin avant de partir en cours je vais enlever la GV de son mât, et l’emmener jusqu’à la voilerie. Ensuite, et bien je vais jouer les bons élèves pendant la journée et en fin d’après-midi j’essaierais de me rendre dans le centre de Marseille. Le vieux port tout ça… Je n’y suis jamais allé, alors autant en profiter. Et puis peut-être arriverais-je enfin à trouver une pipe ?

dimanche 31 octobre 2010

C'est parti !

Le samedi 30 octobre 20210
43°16'2.88"N 6°35'5.44"E
Les Marines de Cogolin

Hier, j’ai fais tout comme j’avais dit que je ferais… En mieux puisqu’en plus j’ai réussi à passer chez un coiffeur pour me faire une vraie coupe de marin au long cours sur le départ. C’est-à-dire suffisamment court pour être tranquille pour les six mois à venir !

Comme prévu, la météo nous a empêchée de sortir. Du force 7 avec rafales à 8, de la pluie… Pas un temps à mettre un bateau dehors donc, d’autant plus avec deux enfants de huit et onze ans.
Pour être franc je vous dirais que, même si j’avais été seul je me serais abstenu de prendre la mer. Courageux le Gwen, mais pas téméraire.

Nous avons néanmoins passé un magnifique après-midi, avec pour le Gwen une pleine ration de câlins, version XXL, propres à le rendre le plus heureux du monde entier !

En fin de journée le temps c’est encore gâté, le vent a forcit, obligeant le bateau à tirer sur ses amarres que j’avais heureusement doublées, pour finalement se calmer vers dix heures du soir. Pendant ce temps-là, et alors que la pluie tambourinait sur le roof et que le vent faisait hurler les haubans, j’étais assis à ma table à carte et je potassais ma navigation du lendemain.

L’heure était venue pour moi de faire des choix… Des choix qui n’ont pas été simples, tant les prévisions météos étaient pessimistes.

En fait, les données du problème sont les suivantes.
Il faut impérativement que je sois à Marseille le 2 novembre au soir. Ce qui me laisse trois jours pour faire à peu-près 100 milles. Rien d’infesable loin de là, sauf que j’aurais apprécié de les faire à la cool pour une première vraie navigation…

Mais bon, Eole et son pote Neptune en ont décidé autrement et c’est donc sous la pluie avec un vent d’Est de force 4 à 5 (20 à 38 Km/h) et des creux d’un mètres que je vais effectuer ma première liaison.
Bon, je ne vais pas vous refaire ici tout le cheminement de ma réflexion, mais sachez qu’au final j’ai décidé que ma première étape m’amènerait ce soir au Lavandou. 25 milles ce n’est pas énorme, mais c’est suffisant pour une mise en jambe.
D’autant que je n’ai pas encore une idée précise des performances de la Boiteuse, alors autant prévoir large. Voilà.

Alors puisque je sais que certains d’entre vous vont se faire du souci (suivez mon regard !), on va se la jouer sécu et on va faire ça dans les règles. A partir d’aujourd’hui je pense que je n’aurais plus de connexion internet avant… au moins trois jours. Donc, lorsque j’arriverais à bon port, chaque soir, j’enverrais un SMS à Momo, et elle n’aura plus qu’à se précipiter sur les commentaires de cet article pour vous indiquer où je me trouve. Voilà, comme ça vous serez au courant.

Mais attention, on ne fait ça que pour cette première nave, hein ? Parce qu’après faudra bien me faire un peu confiance et me laisser aller où je veux comme je veux. C’est quand même le but de tout ce projet, vous vous rappelez ?

Bon allez, là il est 05h30 (GMT+1), et j’ai deux trois choses à faire pour mettre le bateau en ordre de marche. Alors je vous dis à bientôt et on se retrouve à Marseille. Ciao !

samedi 30 octobre 2010

relâche et bricolage

Le jeudi 28/10/10
Marines de Cogolin
43°16'2.88"N 6°35'5.44"E

Journée en demi-teinte que ce jeudi de mobilisation...
Le matin j’ai surtout écrit, afin que vous puissiez avoir un peu de lecture (Oui je sais, j’suis trop sympa comme type), et puis je me suis préparé pour une deuxième sortie.

Bon ok, la météo n’était pas très réjouissante, mais j’ai quand même appareillé… Quand je dis peu réjouissante, j’entends pas là qu’il n’y avait pas un pet de vent. Mais alors rien ! J’ai quand même navigué pendant quelques heures au moteur, histoire de me faire la main… Mais franchement je me suis fait chier. Parti sur les coups de onze heures, j’ai fait demi-tour vers quatre heures au niveau de la plage de Pampelonne tellement je m’emmerdais.
En plus, chose bizarre, j’ai même eu un léger mal de mer alors que la mer était exampte de houle… Allez comprendre.

Retour au ponton donc, et contrairement à hier je n’ai pas grand-chose à vous raconter sur cet épisode. Pourquoi ? Et bien tout simplement parce que tout c’est im-pé-cable-ment passé ! Et sans l’aide de personne notez-le.

Cela-dit, cette petite sortie m’a permis de finaliser une réflexion que j’avais entamée lors de mon séjour en Bretagne. A savoir que naviguer pour naviguer ce n’était pas franchement mon truc.
Je ne me souviens plus si je vous ai déjà parlé de ça ou pas… Non, je ne crois pas.
En fait, je me suis rendu compte que je n’étais pas un plaisancier… Dans le sens où prendre un bateau pour aller se balader la journée, et bien ça me gonfle.
Pour moi, un bateau c’est d’abord et avant tout un véhicule. Et un véhicule qui est fait pour aller d’un point A à un point B, et non pas d’un point A à un point A… J’suis clair ? Non pas vraiment.

Comment vous dire… Faire des ronds dans l’eau, ça m’agace. Pour moi un bateau c’est fait pour se déplacer et découvrir des endroits où je n’ai jamais mis les pieds. Pour moi un bateau c’est fait pour voyager et pas pour se promener. D’ailleurs, rien que le mot « plaisance » m’énerve. Ca fait dilettante comme mot, je trouve. Ca fait pas sérieux.
Moi ce que j’aspire à être c’est un voyageur. Un mec qui part à la découverte du monde en utilisant un bateau parce que le monde est constitué de 70% de flotte et que c’est plus pratique comme ça…

Oh, je ne dis pas que je ne ressens pas de plaisir lorsque je ne navigue pour la journée, non. Ce que je dis c’est que ce plaisir est bridé. Insatisfaisant. J’ai l’impression d’être un chien attaché à un piquet et qui fait sa petite promenade dans le périmètre que lui autorise la longueur de sa chaîne…

Il me tarde de briser cette chaîne.

Ah oui, sinon, alors que je rangeais le pont, un voisin allemand que j’avais jusque là seulement salué de la tête, est venu me voir pour discuter. Nous avons papoté de voile bien sûr, et des qualités de mon bateau… L’un dans l’autre je me suis retrouvé invité pour l’apéro, puis pour le diner. Résultat, j’ai rencontré de charmantes personnes et j’ai économisé un repas ! Que du bon donc.

Nous devons nous revoir demain pour que je récupère un programme de cartographie… Mais chut, ça reste entre nous hein ?

Je me disais aussi que depuis deux jours que je suis là, la vie de ponton c’était pas trop ça… Car comme je vous l’ai dit, les Marines de Cogolin en cette saison sont vides de chez vide, et seuls quelques vacanciers étrangers persistes encore à braver la baisse des températures.
Mais bon, même si la vie de manouche des mers va être dorénavant la mienne, avec cette solidarité propre aux marins, j’ai encore quelques relents de mysantropie qui trainent par ci par là. Donc, y aller mollo dans les relations de ponton, pour commencer en tous cas, me convient tout à fait.


Le vendredi 29 octobre 2010
Marines de Cogolin
43°16'2.88"N 6°35'5.44"E

Je ne suis pas sorti aujourd’hui. Ca a été une journée à terre
Mais que peut donc faire un marin lorsqu’il reste à terre ? Vous demandez-vous.
Et bien il se repose dans un premier temps. Il fait la grasse mat’ jusqu’à six heures du mat’ et il glande (un peu).
Et puis il va faire des courses aussi, parce qu’il lui manque toujours quelque chose. Il fait la provision de clopes pour son voyage de dans deux jours et il en profite pour retirer des sous à la banque.
Ensuite, il bricole. Il range. Parce qu’il y toujours quelque chose à bricoler ou à ranger sur un bateau. Et puis quand c’est fini il fait une sieste et il recommence à bricoler et à ranger. Et l’un dans l’autre il s’aperçois qu’il est déjà six heures et la journée est presque finie…

Plus sérieusement, j’ai surtout fait une chose qui me tenait à cœur, c’est-à-dire changer ma voile d’avant. J’ai viré le foc et y ai mis le génois à la place. Avec une surface de voile presque multipliée par deux, je gage que l’impudent qui a eut le culot de me gratter hier avec sa barcasse sur un bord de près, n’aura plus qu’à bien se tenir ! Non mais !
Et puis j’ai aussi démonté et graissé les winchs, j’ai sorti le radeau de survie qui trainait au fin-fond d’un coffre pour l’arrimé sur le pont… Bref, je me suis bien occupé.

Ziggy, mon voisin allemand est passé m’installer le logiciel de nave… Vous verriez un peu le bestiaux ! Avec ça j’ai les cartes marines du monde entier ! C’est génial !
Il ne me reste plus qu’à le coupler avec un GPS portable et me voilà avec une console de navigation aussi efficace que celle que je comptais m’acheter… Ce qui fait quand même au bas mot 1000 à 1500 euros d’économisé. Pas mal la solidarité entre marin hein ?

Bon, je vais arrêter là pour ce matin parce que j’ai pas mal de choses à faire aujourd’hui aussi. Figurez-vous que je reçois de la visite !
Yes ! Il y a l’amie Thérèse qui vient déjeuner avec toute sa petite famille !
Donc, ce matin c’est courses, rangement (encore !) et cuisine… Et puis, si le temps le permet, mais c’est pas gagné, on verra si l’on peut aller faire un petit tour..
Je dis que ce n’est pas gagné car en ce moment les côtes de Provence sont sous le coup d’un avis de grand frais avec des vents d’Est pouvant aller de force 6 à 7 avec de la pluie...
Pas franchement idéal pour une balade d‘agrément…

Par contre, cela laisse présager une météo plutôt pourrie pour demain lorsque je partirais pour Marseille… Il va falloir que je je réflechisse sérieusement à mes options et que je prenne les bonnes décisions.

Mais bon, on en reparlera demain matin.

jeudi 28 octobre 2010

Et une vidéo, une !

Et hop ! Parce que je vous aime bien et que j'ai réussi à choper une connexion, je vous poste cette petite perle.

Premières fois

Le mercredi 27/10/10
Marines de Cogolin
 43°16'2.88"N 6°35'5.44"E

Le matin, j’ai tout d’abord, et comme il était prévu, terminé de regarder dans les fonds. J’y ai trouvé tout un lot de bâches et tauds en tous genres, et puis la garde-robe du bateau, c’est-à-dire les voiles.
Des voiles, c’est bien simple j’en ai quatre. Seulement quatre devrais-je dire…
Une Grand Voile (GV) de 19,58 m² (notez que ce n’est pas 20 m²...), un génois de 38 m², un foc n°1 de 24 m² et un « blister » de 65 m².
Bon pour le blister je vous avoue ne pas trop savoir ce que c’est… J’imagine que c’est comme un spi asymétrique, mais franchement je n’en suis pas sûr. On verra bien lorsqu’il s’agira de l’envoyer.

Malgré la rosée qui persistait sur le pont, je me suis attaqué à l’extérieur… J’ai commencé par virer le taud qui couvrait la plus grande partie de la plage avant, pour la bonne raison que j’en avais marre de me prendre les pieds dans les garcettes de fixation. Déjà que la plupart du temps je ne suis pas très solide sur mes petons, il ne faudrait pas qu’en plus la partie la plus dangereuse du pont soit parsemée de chausse-trapes, hein ?
Et puis je me suis exercé à hisser la GV. Une fois, juste pour voir. Ce n’est pas très compliqué, le tout étant de faire gaffe à ce que le câble de la drisse ne fasse pas de pâté dans le cabestan et c’est cool.
Hissage ok, affalage ok, je devrais pouvoir m’en sortir.

Déjà dix heures du matin, il me faut donc aller acheter deux trois bricoles… J’enfourche mon vélo et direction le Uship local. Là, je fais l’achat d’une bouée fer à cheval, de trois feux à main, et d’un compas de relèvement, et me voilà à peut près en règle pour la navigation côtière.

Il ne me reste plus qu’à partir faire un essai en mer…

Mais avant ça, un petit sandwich pour se donner de l’énergie, et une Danette au chocolat noir pour se donner du courage. Car croyez-le ou pas, je n’en menais pas large. Pendant que je m’appliquais à passer les amarres en double, et que je me repassais mentalement la procédure d’appareillage, je sentais comme une boule à l’estomac. Et plus je me rapprochais du moment fatidique, plus la boule devenait grosse…
Car il faut que je vous dise que les manœuvres de port et moi, ça fait deux. Je n’ai jamais été un as, et je le sais. Et le fait de le savoir augmentait d’autant mon appréhension…

Mais bon, à un moment il faut savoir se jeter à l’eau. 13h30, j’allume le moteur, j’enclenche la marche avant et prends appuis sur mes pointes arrières. Tout va bien.
Je fonce à l’avant pour défaire la pendille. Ok. Bon, il n’y a plus qu’à… Les 37 pieds du Tom Kyle me paraissent soudain infiniment longs. Il va falloir que je vire sec si je ne veux pas me taper un des bateau d’en face…
Allez go… J’accélère légèrement et je largue les pointes. Je ramène la première en quatrième vitesse, la seconde suit dans la foulée, quand soudain un bruit attire mon attention vers l’avant du bateau.

Nom de dieu ! Là, à cinq mètres de mon étrave une des barges technique du port me passe devant à tout vitesse ! Oh putain… Les cons !
Ouf, ça passe… Mais moi je n’ai plus un poil de sec. Allez on continu. Je vire pour m’extraire de la place, le bateau suit impeccablement… Ca y est, je suis sorti !

Je peux recommencer à respirer.

Pendant toute la sortie du port, je n’ai de cesse de m’engueuler mentalement. Mais quel con, mais quel con ! Mais bon, je me pardonne finalement en me disant que voilà bien une connerie que je ne suis pas près de refaire…

Je passe la jetée du port et me voilà en eau libre. Enfin, pas si libre que ça car je distingue quelques casiers juste devant moi. Je laisse passer, avant de me positionner face au vent pour hisser la GV. Impeccable. Celle-ci monte au mât sans encombre.
Tout s’étant bien passé, je déploies alors le foc… Et coupe le moteur.
Et bien ça y est les enfants, on y est ! La Boiteuse, enfin le Tom Kyle, vogue de ses propres voiles. Et c’est qui qui tient la barre ? C’est Bibi !
La tension du départ a maintenant tout à fait disparue. Je me détends et branche le pilote automatique. Cap au 90 sous vent de travers tribord.

C’est le pied. Pendant toute la remontée du golf je vais m’amuser, oui m’amuser, à tester tout un tas de réglage pour optimiser l’allure. Je borde ici, je choque là… Un petit virement de bord juste pour voir ce que ça donne… Nickel. Si vous saviez toutes les fois où je me suis imaginé ces manœuvres en solo, me demandant comment je devais faire pour enchaîner les mouvements sans briser l’erre du bateau ! Et bien il semblerait que d’avoir visualiser tant de fois ces choses m’ait grandement aidé. Tout ce passe à merveille.

Au fur et à mesure que je m’extrais du golf de Saint-Tropez, le vent qui n’arrêtait pas de tourner jusqu’alors s’établi et se renforce. Un petit 15 nœuds à vue de pif.
Oui, je dis à vue de pif car je n’ai pas d’anémomètre, ni de loch d’ailleurs.
Ce qui fait que je n’ai aucune idée de ma vitesse, et ça franchement c’est rageant.
Mais bon, pas grave, on va faire ça à l’ancienne. Alors que je double la cardinale sud de la Sèche à l’huile, je fais un point avec mon compas de relèvement. Je note l’heure (15h05), et je continue au même cap pendant quarante minute avant que de refaire un autre point. Petite manip Qui Va Bien et toc ! Vitesse calculée 5,5 nœuds… C’est tout ?

J’aurais parié pour un peu plus… Mais bon, 5,5 c’est déjà pas mal…. M’est avis que si j’avais le génois à la place du foc… Mais non, ce ne serait pas raisonnable de se lancer dans un changement de voile sur enrouleur pour une première sortie. Et puis on est pas aux pièces hein ?
De toute façon il est l’heure de penser à rentrer si je veux arriver avant le coucher du soleil… J’ai pas envie mais il le faut bien… Tiens, c’est bien Saint-Raphaël qu’on voit là-bas ? Et si…
Non Gwen, sois raisonnable. Tiens t’en au programme et tout ira bien…
Avec regret je vire de bord et prend un cap au 260 pour rentrer.

Le retour se passa sans encombres. Limite je me suis fait chier… Alors pour m’occuper les mains et la tête j’ai pris la barre. D’autant que le vent ayant tourné un poil, nous nous sommes retrouvé à tenir un près serré. En plus, je sais que mon pilote est plutôt sous-dimensionné par rapport à la jauge du Konsul, aussi je préfère éviter de lui faire faire trop d’efforts. Et puis un près serré ça se barre au quart de poil, donc il vaut mieux que ce soit ma petite mimine qui fasse le boulot.

17h25, la jetée des Marines de Cogolin est en vue. Il me faut donc commencer à préparer le bateau pour son atterrissage… Là encore, la procédure est repassée dans ma tête avant que d’être mise en application.
On amène le foc, ok.
Allumage moteur, ok.
On affale la GV, ok.
Mise en place des parrebattages, ok.

Je passe l’entrée du port, tout est ok. Qu’est-ce qui manque ? Merde, les haussières !
Je m’active à les sortir du coffre et à les fixer aux taquets… Re-merde, ma barre ! Ouf, j’espère que personne ne m’a vu, mais il s’en est fallu de peu pour que je me paye un yacht…
La tension monte. Bordel à queue, que je n’aime pas les ports… Mon estomac recommence à se mettre en boule. C’est que cette fois-ci la manœuvre va être un peu plus difficile qu’au départ, car pour me remettre à ma place il faut que je le fasse en marche arrière…
J’avise le ponton P. Ok, reste calme mon Gwen… Je me positionne et entreprend de remonter le couloir… Elle où ma place déjà ? Merde, je l’ai loupée ! D’où je suis elle m’apparait minuscule…
Tout à ma déception je donne un coup de barre intempestif et la voilà qui m’échappe violemment des mains en se mettant à contre. Les voileux comprendons, cela arrive et c’est pour ça que la marche arrière est quelque chose de compliqué avec un voilier.
Sauf que cette erreur de barre m’emmène tout droit vers des étraves pointues !

Je m’emmêle un peu les pinceaux en remettant la marche avant à toute blinde… pour m’apercevoir que juste devant moi, un bateau se présente pour se mettre au même ponton que moi !
Mais c’est pas vrai ! Je les cumule ! Marche arrière toute !
C’est alors qu’un des types sur le bateau me lance « C’est un embouteillage ! ».
Je ne sais pas, mais le ton de sa remarque eut le don de me faire lâcher un peu de pression… Tout de suite nous nous organisons. Ils vont se mettre à quai, et ensuite viendront me filer un coup de main. Cool !

Du coup la manœuvre c’est passé comme à la parade. Le fait d’avoir décompressé pendant que j’attendais et de savoir que deux types étaient là pour parer au pire, j’ai fais ça comme un pro.
Bon, alors que j’arrondissais mon virage j’ai bien entendu une remarque goguenarde du genre : « C’est qu’il est concentré ! On voit bien qu’il ne veut pas le casser son nouveau bateau ! » Remarque à laquelle j’ai répondus pas un « ta gueule !», avant que d’éclater de rire. Tout allait bien et comme je vous l’ai dis je me suis posé comme une fleur sans même toucher les bords.

Donc, sur ce coup-là, merci les gars !

Une fois m’être amarré, je me suis assis sur le bord du ponton pour fumer une clope et réfléchir un peu à tout ce que je venais d’accomplir pour la première fois.
Première sortie en mer en solitaire, ça veut dire plein de premières fois en fait. Premier virement de bord… Première navigation… Premier appontage… Premier pipi par dessus la filière !
J’ai, je crois, pris la pleine mesure de ce moment. J’en ai goûté jusqu’au plus infime détail, savouré chaque minute. J’étais fier de moi. Fier comme je ne l’avais pas été depuis un temps infini… Et croyez-moi si je vous dis que ça fait du bien.

Il a fallut que je me fasse violence pour me lever et me lancer dans le rangement du bateau. Mais bon, j’ai appris à ne rien laisser trainer après une sortie en mer, et quelque soit mon état de fatigue il me faut donc me mettre à la tâche.
La nuit commençait à tomber alors que je terminais mon ouvrage.

Ensuite je me suis retiré dans mes quartiers. J’ai fais un peu de rangement et me suis préparé une bonne platrée de carbonara. C’est que les émotions, ça creuse !

Un peu de lecture avant que de me coucher, et puis alors que je reposais sur le dos à attendre que le sommeil me gagne, j’ai ressenti dans mon corp toute la fatigue de cette journée inoubliable. J’avais mal, mais de ces douleurs qui font du bien. J’étais heureux.

Premiers émois

Le mardi  26 octobre 2010
43°16'2.88"N 6°35'5.44"E
Les Marines de Cogolin

Le soleil resplendi au milieu d’un ciel bleu azur lorsque je pose le pied sur le ponton.
Il est onze heure du matin, et je viens de me taper pour la dernière fois le trajet de Nice à Cogolin.
La Boiteuse qui s’appelle encore le Tom Kyle est là, au bout du ponton, à la place P43. Lorsque j’avance vers lui, ma valise à roulette fait un bruit d’enfer en trébuchant sur chacune des lattes. L’arrivée n’est pas des plus discrète… Mais apparemment le boucan ne dérange personne pour la simple et bonne raison qu’il n’y a… personne.
La première chose que je remarque par rapport à la semaine dernière, c’est que le drapeau allemand a disparu de sa hampe. Aussitôt je note mentalement qu’il va falloir que je me procure un drapeau national… Qui sera le premier article d’une longue liste j’en ai peur.
Mais bon, l’heure n’est plus à la crainte de ne pas boucler le budget. C’est Noël aujourd’hui, et j’ouvre mon cadeau !

Car c’est un peu ce qui s’est passé pendant les deux heures qui ont suivies. J’ai tout ouvert, tout fouillé. J’étais comme un gamin… Je regardais partout où il m’était possible de regarder. Et pour tout vous dire, à chaque fois que je découvrais quelque chose auquel je ne m’attendais pas, je poussais des cris de joie !

Le plus émouvant fut de découvrir que Barbara et Joerg m’avaient laissé des petits mots… Oui, des petits mots partout ! Ça allait du rappel de la procédure de démarrage moteur, en passant par le petit mot d’encouragement ci-dessus… Des petites étiquettes, en français s’il vous plaît, pour m’indiquer où se trouvait telle ou telle chose… Un vrai jeu de piste plein d’attention qui me toucha énormément. Merci à vous Barbara et Joerg, cela m’a grandement facilité les choses, en plus du plaisir que j’en ai eu à découvrir un à un tous ces indices.

Vers 13H00, j’ai fais une pause. Après avoir remis le frigo en marche je me suis dit que ce serait bien de le remplir, et je suis donc allé faire un tour d’exploration à la recherche de commerces, en passant par la capitainerie.
Et là, j’ai pu constater que les Marines de Cogolin, passé le mois de septembre, c’est aussi désert que… C’est désert. Tristement désert. Y’a pas un chat, tout est fermé à part quelques restos hors de prix… Bref, j’ai du me taper trois heures de marches pour aller au supermarché et en revenir avec seulement de quoi tenir pendant trois jours.
Et c’est là que j’ai compris tout l’intérêt du vélo !
Car oui, parmi toutes les affaires que m’ont laissées les anciens propriétaires, il y a un vélo pliable dont je ne saisissais pas bien l’usage que je pouvais en faire. Et bien non, il est utile ce vélo !
En tous cas il le sera aujourd’hui quand j’irais acheter les quelques petites choses qui me manquent encore.

Car, comme je m’y attendais, même si j’ai pratiquement tout ce qu’il me faut, il me manque deux trois trucs rigoureusement indispensables pour effectuer ma première sortie en mer… D’un point de vue réglementaire j’entend.
Mais bon, ne faisons pas la fine bouche, tout est pratiquement paré, et le reste n’est que détails…

En fin d’après midi j’ai fais une petite sieste. Puis, après avoir un peu récupéré de ma longue marche, j’ai continué à explorer… A prendre mes marques.
Vers huit heures je me suis tapé une boite de cassoulet, et après avoir tenté vainement de télécharger un film (j’ai la connexion wifi mais celle-ci est merdique et saute tout le temps), et bien je suis allé me coucher.

Cela faisait un bout de temps que je ne m’étais pas couché aussi tôt. A un point que j’ai même crains un temps de ne pas trouver le sommeil… Un bien non. Après avoir écouté un temps les bruits du bateau, je me suis endormis comme un bébé.
Et j’ai dormi comme un gros bébé. Huit heures.

Au matin, petit café qui va bien et clope sur le pont. Le pied !

Alors, le programme de la journée est celui-ci : Hier j’ai pratiquement exploré et recensé tout l’intérieur du bateau. Cela va du nombre de petites cuillères aux modes d’emplois de la cuisinière (en allemand !) en passant par les cartes marines. Et donc aujourd’hui, je termine de fouiller dans les fonds et je m’attaque au pont supérieur. Tout ce qui est matelotage, c’est-à-dire recensement de ce qui permet au bateau d’avancer… Voiles, cordages divers, branchement du pilote automatique, essai moteur. Bref, aujourd’hui c’est technique pure.

Et puis, si je le sens (et à mon avis je vais le sentir), cet après-midi on va aller faire un petit tour dans le Golf de St-Tropez, histoire de vivre un peu notre histoire d’amour en tête à tête.

Je sens que ça va être bien…