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lundi 7 septembre 2015

Welkom bij Suriname ! *

05°42.135N 55°04.815W
Domburg, Suriname

C'est à Jacaré au Brésil, en discutant avec mes copains-voyageurs, que l'idée de faire escale au Suriname m'est venue. Auparavant, je pensais rallier directement Trinidad à partir de Kourou sans m'arrêter dans ce pays dont je ne connaissais rien. Enfin, presque rien... Parce qu'en 1988 lorsque je traînais mes guêtres en Guyane, le Suriname était une poudrière. A l'époque j'étais jeune, et j'avoue avec un peu de honte que je ne m'intéressais pas trop de savoir le pourquoi du comment. Il y avait une guerre civile, les surinamais quittaient le pays par milliers et se réfugiaient dans des camps en Guyane Française... Bref, la frontière avec le Suriname, c'était l'endroit où il ne fallait pas être. A moins de vouloir absolument prendre le risque de se faire tirer dessus... Et c'est pour ça que je suis parti dans l'autre sens, vers le Brésil.

Mais revenons à nos moutons. Depuis 2012, deux marinas ont ouvert leurs portes au Suriname, rendant ce pays un peu plus attractif pour les bateaux de voyage (Bien plus attractif que la Guyane, croyez-moi !). La promesse d'un endroit sécurisé et l’intérêt de découvrir un pays inconnu ont fait que j'ai décidé de suivre les copains et de faire escale au Suriname.


Mais vingt-sept ans après, je ne savais toujours rien du Suriname. Rien de rien. Alors, j'ai commencé à surfer sur le net à la recherche d'informations complémentaires. Je parle d'informations que l'on ne trouve pas dans les guides touristiques bien sûr... Et la première chose qui m'a interpellé, concerne le parcours et la personnalité du président actuel du Suriname, Désiré Bouterse... 

Dési Bouterse
Comment se fait-il qu'un type, ex-putschiste, ex-dictateur, condamné par contumace en Hollande à 11 ans de prison pour trafic de drogue et suspecté d'avoir participé au meurtre de 15 opposants politiques (y compris quelques syndicalistes et intellectuels au passage), pouvait impunément se présenter aux élections présidentielles et arriver à se faire élire deux fois d'affilée ?

Et cette putain de question, j'ai largement eu le temps de la ressasser puisque moins d'une semaine après mon arrivée, ma cheville m'a gentiment rappelé que le tourisme n'était pas fait pour moi... Heureusement, la resto de la marina est plaisant, et si son wifi ne pète pas le feu il est tout de même suffisant pour investiguer. Donc, tout en m'imprégnant de l'ambiance locale, j'ai fouillé le net à la recherche d'infos, politiques, économiques, religieuses, etc pour tenter de comprendre ce pays.

Bon, je ne vais pas vous faire un topo approfondi sur le Suriname car je ne suis pas là pour ça, et vous non-plus probablement. Si vous voulez en savoir plus, vous n'avez qu'à taper Suriname sur votre moteur de recherche préféré. Vous y apprendrez entre autre que le Suriname est un pays grand comme le quart de la France et dont la population équivaut à celle de la ville de Nice (550K). Que le salaire moyen est d'environ 800 USD. Que la population est répartie comme suit : Hindoustanis : 27 % ; Créoles : 18 % ; Javanais : 15 % ; Noirs Marrons : 15 % ; Métis : 12,5% ; Amérindiens : 3,7 % ; Chinois : 1,8 %. Que tous les Surinamais croient en quelque chose et sont Hindous à 27%, Protestants à 25%, Catholiques à 23%, Musulmans à 20% ; croyances locales 5 %. (Données diplomatie.gouv.fr)

Déjà, quand on voit ces chiffres, et qu'on a deux sous de jugeote, il saute aux yeux que le vivre-ensemble ne doit pas être simple. Car même si les ethnies et les croyances semblent s'équilibrer, rien n'indique qu'elles arrivent à adhérer à des valeurs, ou à des idées politiques communes. Et c'est effectivement le cas puisqu'au Suriname les partis politiques ne représentent pas des idéologies, mais des intérêts ethniques... Le NPS pour les créoles, le VHP pour les hindoustanies, l'ABOP pour les Marrons, etc. Les ethnies minoritaires servent de variables d'ajustement, et le consensus ne s'obtient qu'à coup d'alliances aussi improbables qu'éphémères.

Ensuite, il n'est pas difficile d'imaginer que dans un contexte pluriethnique où tout le monde se regarde en chien de faïence, les plus opportunistes en profitent pour préférer l'enrichissement personnel au détriment de l’intérêt collectif... Et c'est ce qui s'est passé.

Le Suriname obtient son indépendance en 1975. Il s'en suit une émigration massive des habitants, toutes ethnies confondues car l'indépendance n'était pas forcément du goût de tout le monde. En l'espace de quelques mois, le Suriname se vide du tiers de sa population.

Dési Bouterse en 1981
Tout va à peu près bien pendant cinq ans, jusqu'à ce qu'un premier coup d'état organisé par Dési Bouterse vienne gâcher la fête. Ce coup-d'état n'a, en fait, qu'un seul et unique but, celui de contrôler, non-pas les richesses du pays (bauxite, pétrole et or), mais les filières du trafic de cocaïne qui à cette époque transitent déjà par Paramaribo. Nous sommes au début des années quatre-vingt, c'est la guerre froide et les États-Unis sont tellement préoccupés par leur anticommunisme primaire qu'ils préfèrent envahir la Grenade (Le Maître de Guerre avec Eastwood, ça vous parle ?) que de s'occuper à circonscrire un fléau bien plus grand qui débarque sur leur territoire via Miami... la cocaïne (Miami Vice, ça vous parle aussi ?). C'est l'époque où le Cartel de Medellín avec à sa tête Pablo Escobar, écoule une grande partie de sa marchandise à destination des États-Unis et de l'Europe en passant par les infrastructures portuaires et aéroportuaires du Suriname. Avec la complicité des autorités surinamaise bien sûr, car ce trafic génère des milliards de dollars de profit, et tout le monde veut en croquer... 
 
Le trafic du cartel de Medellín via le Suriname

Ronnie Brunswijk
Quelques années plus tard, c'est la « révolte des marrons » qui plongea le pays dans six années de guerre civile (1986-1992). A l'origine de cette guéguerre, non-pas un sursaut ethnique, même si au Suriname la composante ethnique entrera forcément en ligne de compte, comme il est dit dans les guides touristiques, mais une simple bisbille entre deux anciens associés en affaire, Dési Bouterse et Ronnie Brunswijk. Six ans et 427 morts plus tard, les deux ex-associés négocient un compromis et rangent les armes. Les affaires qui n'avaient cependant pas cessé durant le conflit reprennent de plus belle.


Dans les années 90 et jusqu'en 2009, c'est le cartel de Cali qui reprend le bizness de la cocaïne, et qui profite une fois encore de la filière surinamaise via le Brésil. Durant cette décennie, 60% de la cocaïne consommée en Europe a transité par le Suriname. On parle alors du Suri-cartel.

Le trafic du cartel de Cali via le Brésil et le Suriname

A ce stade je me dois de vous inciter vivement à lire ce reportage extrêmement complet et documenté publié sur le site de RFI dans la série Pour-Suites, et intitulé Suriname et Cocaïne. Lisez-le, regardez les vidéos et les interviews, et vous allez comprendre ce qu'est le Suriname en 2015.

Ça-y-est, vous avez tout lu et tout écouté ? Non, sérieux, il faut vraiment que vous le regardiez en entier. Je sais que c'est long, mais je vous jure que c'est aussi passionnant qu'un polar. Donc, si vous n'avez pas tout vu, vous y retournez et ensuite vous revenez ici pour terminer mon article. Allez oust !

C'est bon ? Ok. Bon franchement, je ne vois pas ce que je pourrais rajouter à la suite de ce reportage qui est à mon sens un exemple de journalisme. Tout est dit.

Ah si ! Je pourrais peut-être ajouter deux ou trois choses, et notamment répondre à la question que je me posais au tout début de cet article.

Paramaribo
Nous sommes en septembre 2015 et Dési Bouterse vient d'être réélu à la tête du Suriname. Son fils, Dino Bouterse, croupit dans une geôle américaine pour trafic de drogue et d'armes, mais le père ne craint quasiment plus rien puisqu'il bénéficie d'une amnistie votée en 2012 par un parlement à sa botte. Même le mandat d'arrêt international lancé contre lui par les autorités hollandaises en 1999. est pour l'heure suspendu à cause de ses fonctions présidentielles...

Alors bien sûr, il se murmure dans la rue que la plupart des voix ont été achetées... Et que c'est pour cela que l'état se trouve au bord de la faillite. Depuis le mois de juin la facture d'eau et d'électricité a été multipliée par quatre, et la population commence à gronder. Sans parler des prix du pétrole qui se cassent la gueule alors que le prix de l'essence à la pompe à augmentée de 13% depuis la semaine dernière... Bref, je ne serais pas surpris si les choses venaient à dégénérer au Suriname dans un avenir proche.

Fort Zeelandia, où a eu lieu les massacres de décembre en 1982
Donc voilà le Suriname dans lequel je me trouve. D'après les guides touristiques, le Suriname serait un petit paradis multiculturel et écologique, où les ethnies, les religions, les animaux, etc vivraient en une harmonie multicolore. Le paradis sur terre quoi... Sauf qu'au bout de quelques jours de présence dans le pays vous comprenez qu'il n'en n'est rien. Les gens ne vivent pas ensemble mais les uns à côté des autres, et chacun s'occupe de ses propres intérêts. Une vraie mosaïque communautariste à l'anglo-saxonne qui reste, à mon sens, bien loin de ce que devrait être une nation.

En guise de conclusion, je voulais vous raconter l'étonnement qui fut le mien lorsqu'il m'a fallu faire mes papiers d'entrée sur le territoire. D'ordinaire, les marins-voyageurs doivent sacrifier au rituel de la clearance, ou des formalités douanières si vous préférez. Sauf qu'au Suriname les voiliers en sont exemptés. Il n'y a donc pas de formalités à effectuer.


Cela vous étonne ? Moi pas. 

* Au fait, Welkom bij Suriname, ça veut dire Bienvenu au Suriname !

mercredi 8 avril 2015

Le Brésil est-il un pays dangereux ?

12°53.377S 38°41.045W
Itaparica, Bahia

En voilà une question qu'elle est bonne ! Bon d'accord, je reconnais que ce titre est un tantinet racoleur et je m'en excuse. Demander de façon aussi lapidaire si le Brésil est un pays dangereux, c'est implicitement sous entendre qu'il l'est. C'est un procédé qu'on s'attendrait à voir utilisé plutôt dans Valeurs Actuelles ou dans le Nouvel Observateur... Mais bon, une fois n'est pas coutume non ? Surtout que le sujet que je veux aborder aujourd'hui est quand même important, alors si un titre accrocheur peut en faciliter la diffusion ce n'est pas plus mal.

Pacification des favelas à Rio Sept 2012
Si vous posez cette question tout de go à un Brésilien, il vous répondra aussi sec  : Si! O Brasil é um país muito perigoso! Et ce, quelle que soit sa condition sociale. Il faut dire que le Brésil a comme une espèce de penchant pour la violence... Comme la plupart des pays de ce continent d'ailleurs. Cela est dû à des facteurs multiples, comme l'histoire, la géographie, mais aussi à la politique économique et sociale qui tout au long de ces trente dernières années n'a fait que creuser chaque jour un peu plus le fossé entre les riches et les pauvres. Toujours est-il que la plupart des brésiliens sont persuadés de vivre dans un pays où c'est chacun pour sa gueule et où, dès que vous possédez quelque chose, il y aura forcément quelqu'un qui viendra essayer de vous le prendre. Et à mon avis ce n'est pas près de changer... Et ce qui ne changera pas non-plus ce sont les programmes télé de milieu de journée, où pendant deux heures la ménagère est gavée de faits-divers tous plus sanglants les uns que les autres, avec « journalistes » de terrain et caméra à l'épaule.
D'où une espèce de paranoïa ambiante qui a de quoi vous déstabiliser lorsque vous débarquez pour la première fois dans ce pays. Des grilles, des barbelés, des hommes en armes, etc. Mais le pire c'est que tout le monde trouve ça normal ! C'est comme si il était inscrit bien profond dans l'inconscient collectif des brésiliens que la police est corrompue et/ou incompétente, et que donc la sécurité est avant tout une affaire privée qui relève d'une démarche personnelle. Et le corollaire de cette pensée un peu bizarre c'est que, quelque part, si vous vous faites agresser, et bien c'est un peu de votre faute parce que vous n'aurez rien fait pour vous protéger... Ouais je sais, c'est le monde à l'envers mais c'est comme ça.

Si vous voulez en croire la littérature nautique, en clair le guide Imray de Michel Balette qui sert de guide à tous les marins-voyageurs Français, le Brésil est, je cite : It would be a mistake to become obsessed... Ok, en français ça donne ça : « Ce serait une erreur de devenir obsédé par l'insécurité et les risques de violence au Brésil. (…) Au mouillage, en règle générale, vous ne devez pas laisser les petits bateau locaux s'approcher, s'amarrer, ou laisser monter à bord leurs occupants sous quelque prétexte que ce soit. (…) Mais ne jamais oublier qu'au Brésil un bateau est vu comme un signe de richesse et peut provoquer une réaction de convoitise. Un bateau étranger est le plus tentant car il est susceptible de contenir de coûteux équipement électroniques, des effets personnels, des appareils photo, etc. ». (translate by myself)
Bon, là on est dans la bien-pensance la plus totale. Vous êtes ce que vous êtes et eux sont ce qu'ils sont. Il n'y a plus de bien ni de mal, et si vous vous faites agresser c'est parce que c'est dans l'ordre des choses cosmique. Amen. Limite, et je l'ai entendu de mes yeux, c'est normal que l'on vous vole parce que vous êtes de bons et gras occidentaux et que vous provoquez ces pauvres gens en étalant vos richesses. C'est du grand n'importe quoi... He ! Réveillez-vous les gens ! La pauvreté, si elle peut être une explication, ne sera jamais une excuse !

Il n'y a pas de vert
Si vous consultez le site diplomatie.gouv.fr... Et bien franchement c'est flippant. Genre, vous qui entrez ici perdez tout espoir. Vous êtes des cibles ambulantes pour tout ce que le Brésil compte de maniaques, de pickpockets, de pirates informatique, etc. Les déplacements dans les grands centres urbains doivent se faire quasiment en voitures blindées à la nuit tombée, et je ne vous parle même pas des requins qui vous attendent à Recife. Des vrais requins, pas des banquiers.
Cela dit, je reconnais volontiers que le site du ministère des affaires étrangères est un poil alarmiste. Même si sur le font ils n'ont pas vraiment tord, si on les écoutait on resterait chez soi.

Si vous me posez cette même question à moi, le Brésil est-il un pays dangereux, j'aurais envie de vous rétorquer que je suis mal placé pour répondre... Et ensuite que ça dépend où, ça dépend aussi pour qui et par rapport à quoi.
En plus d'un an de présence sur le territoire brésilien, je n'ai (jusqu'à présent) jamais eu d'ennuis. Cependant, il convient quand même de préciser que compte tenu de mon handicap et de mon mode de vie, je suis naturellement moins susceptible de me faire agresser que d'autres. Sans avoir à me forcer, je sors rarement et jamais seul le soir, je privilégie les marinas aux mouillages sauvages, je n'affectionne pas les grands centres urbains, je fuis les lieux touristiques, je parle portugais et je suis un mec (pas maigrichon)... En clair, si vous faites ou si vous êtes tout le contraire de ça, c'est quasiment sûr que vous y aurez droit.
Ensuite, il y a des endroits au Brésil qui sont plus dangereux que d'autres, et généralement cela coïncide avec les lieux où les inégalités sont les plus criantes. Le Nordeste, les grands centres urbains ou touristiques comme Rio, São Paulo, Salvador. L’Amazonie et quasiment toutes les zones frontières sont à éviter aussi à cause des trafics divers et variés. Bref, le Brésil étant hyper grand ça vous laisse quand même pas mal d'endroits où être peinard.
Enfin, pour ce qui est de comparer l'insécurité brésilienne avec celle qui règne en France, franchement j'aurais du mal. A part dans la cours de récré en primaire, de ma vie entière je n'ai jamais eu à me soucier de ma sécurité. Je suis un pur produit de la campagne, et dans mon bled on laissait les portes et les fenêtres ouvertes. Autant dire que pour moi, faire gaffe où l'on met les pieds n'est pas inscrit dans mon comportement. C'est sans doute de la naïveté, ou de l'inconscience, mais depuis que je suis sur la route je n'ai rien changé. J'ai les mêmes fringues, les mêmes habitudes. Je suis resté le même, et ça se passe bien. Par contre, je suis assez lucide pour voir ce qui se passe autour de moi et c'est pour ça que parfois je me dis que le Brésil est un pays de sauvages.
Mais j'imagine que si vous venez d'une banlieue quelconque vous allez probablement trouver le Brésil ni plus ni moins dangereux que par chez vous.

Donc voilà : Le Brésil est-il un pays dangereux ? Indéniablement oui. La preuve avec des chiffres.

56 337 : Le nombre de personnes assassinées au Brésil en 2012, au 3e rang des pays les plus meurtriers du monde après le Honduras et le Salvador.
77% : La hausse du nombre de personnes abattues par la police en janvier 2014 à Rio (criminels, innocents ou suspects).
8 sur 10 : Les Brésiliens qui ont «très peur» d'être assassinés.
385 : Les personnes tuées l'an dernier à São Paulo après avoir résisté à une tentative de vol.
250% : La hausse de la petite criminalité dans certains quartiers de Rio depuis janvier.
118% : La hausse du nombre d'attaques d'autobus dans le but de voler les passagers à Rio en janvier 2014, comparativement à janvier 2013.
(Chiffres Juin 2014. Source LaPresse.ca)

Bon, ce n'est pas parce que ces chiffres foutent les jetons qu'il ne faut pas venir au Brésil pour autant. Comme je vous l'ai dit plus haut, si vous évitez les grands centres urbains, que vous ne sortez pas le soir, tout se passera bien !

PS : Cet article m'a été inspiré par une série d'agressions survenues ily a quelques jours ici, à Itaparica. En trois jours, trois de mes copains ce sont fait voler ou agresser par (a priori) la même bande d'abrutis. Ils sont sous les verrous aujourd'hui. Les abrutis, pas les copains.

Épilogue : Après une enquête approfondie, des recherches minutieuses et des témoignages accablants, les suspects ont été libérés sans qu'aucune charge ne pèse contre eux. Alors, la police est-elle réellement incompétente et/ou corrompue, ou bien est-ce notre statu de gringos qui rend les faits bénins ? Les deux , j'en ai peur. Vivement que je me casse de ce pays... (Voici un article sur un blog local qui relate les faits)

lundi 21 octobre 2013

Pauvre France...

34°57.786S 55°16.183W
Piriápolis, Uruguay

S'il est une question qui revient régulièrement, aussi bien de la part de mes proches que de correspondants plus ou moins anonymes, c'est bien celle-ci. Quand est-ce que tu rentres ? Ou bien, dans un registre moins définitif, la question devient : Quand est-ce que tu viens faire un tour en France pour nous voir ?
En règle générale, je botte en touche et je réponds que cela n'est pas au programme pour l'instant. Une façon pour moi d'éluder la question en même temps que la réponse. Ou du moins de biaiser, le temps de chercher mes mots.

Le Bonheur ressemble à ça...
Sachez-le, dès même avant mon départ, alors que j'en étais à préparer dans ma tête un tour du monde à la voile en solitaire, j'avais déjà l'intuition que ce voyage ne devait pas s'envisager comme une parenthèse. Il s'agissait d'un choix de vie, et non pas d'une virée en mer limitée dans le temps. Je sentais au fond de moi que terminer ce voyage aurait quelque part le parfum de l'échec. Parce que c'est vrai quoi, vous faites le tour de la planète sur un voilier et après ? Vous croyez vraiment qu'il est possible de reprendre son train-train quotidien après un voyage pareil ? Et puis le côté : Youpi, je reviens d'un tour du monde à la voile en solitaire, regardez-moi comme je suis balaise ! Faites-moi une place dans votre monde ! Je suis peut-être un rêveur, mais je ne suis pas stupide. Je sais bien que les choses ne se passent pas comme ça. Et puis, je ne suis pas vraiment homme à me glorifier d'une performance, je pense que vous commencez à le comprendre.
Il est donc clair qu'à l'époque, et sans trop savoir encore mettre des mots dessus, j'envisageais déjà qu'un retour signifierait qu'au cours de ce périple, je serais passé à côté de quelque chose. Cela aurait voulu dire que je n'aurais pas trouvé le Bonheur avec un grand B.

Deux ans et demi plus tard, et si l'on excepte un aller-retour vite fait de quatre jours pour vendre ma maison, je n'ai toujours pas remis les pieds en France. Et franchement je n'en n'ai pas envie. Pas encore. Entendons-nous bien, j'aurais les moyens de me payer un aller retour si je le voulais, ce n'est donc pas un problème d'argent. De même, je sais très bien que si je venais passer quelques jours au pays, certaines personnes seraient ravies de m’accueillir, ce n'est donc pas non plus un problème de logistique. Non, mon souci est que pour envisager de faire une pause il faudrait déjà que j'ai le sentiment d'avoir accompli quelque chose... Et ce n'est pour l'instant pas le cas.
D'accord, vous allez me dire que je suis bien trop exigeant avec moi-même, que traverser l'Atlantique en solitaire c'est déjà pas mal, qu'avoir séjourné dans tant de pays c'est déjà quelque chose... Peut-être. Mais il n'empêche que cela ne me suffit pas. Pour ne serait-ce qu'un jour envisager de revenir il me faudrait... En fait, je n'en sais rien. Je vous le dirais lorsque je l'aurais fait !

Tu t'en fous toi, tu as un passeport espagnol !
Et puis... Et puis je dois vous avouer que ce qui se passe en France en ce moment ne joue pas vraiment en faveur d'un séjour au pays, fut-il bref. Depuis deux ans et demi que je suis parti, la France, ma France a bien changée. Sans doute ne vous en rendez-vous pas compte parce que vous avez le nez dedans, mais vu de l’extérieur je peux vous dire que c'est assez impressionnant.
Le racisme et la xénophobie se déchaînent depuis des mois et personne ne moufte. France Inter, ma radio, s'est transformé en affidé des banques et des assurances, et fait la part belle à des personnages (comme Finkielkraut la semaine dernière ou Copé encore ce matin) qui tiennent des discours odieux. Des discours qui, il n'y a pas si longtemps, auraient voué leur auteurs à la vindicte populaire et médiatique. Mais non, là encore personne ne moufte. Pire, on commence à trouver ça normal.
La gauche, elle aussi dite « normale », se droitise. La droite s'extrême-droitise. L'extrême droite jubile et engrange les points. Le pays dérape et tombe sur le cul, culbute et roule en arrière. Il régresse. On porte aux nues un type qui en descend un autre dans la rue d'une balle dans le dos. Cinquante années d'avancée sociétales sont mises en coupe réglée par un gouvernement sensément de gauche... Le code du travail est démoli. Les pauvres se mettent à payer plus d'impôts alors que les entreprises du CAC 40 se gavent comme jamais. On arrête une adolescente en pleine sortie scolaire pour l'expulser... Non mais sérieusement, c'est quoi ce bordel ? Elle est où la France des lumières ? La France du respect et des droits de l'homme ? On se croirait presque revenu dans les années quarante ! Ça sent la délation et la haine de l'autre. Ça sent la peur et la colère. Non, correction. Ça ne sent pas, ça pue. Et je peux vous dire que l'odeur on la sent à des milliers de kilomètres.

Ma dernière vision de la France, le port de Sète
Jusqu'à présent je me disais que si je devais un jour me planter dans ma quête, si je devais échouer, j'aurais toujours la possibilité et le plaisir de rentrer au pays. Que celui-ci m'accueillerait comme une mère son enfant... Là, je vous avouerais que je ne suis plus sûr de rien. J'ai peur de devenir comme ces voyageurs que je croise parfois, et qui tournent autour du monde non pas parce qu'ils le veulent mais parce qu'ils n'ont pas envie de rentrer chez eux.

Alors, alors... Alors quelque part cela me motive pour poursuivre ma route à la recherche d'un endroit où je pourrais dire que c'est chez moi. Cela me motive, mais cela me désole aussi. Car il y une différence entre partir parce qu'on ne se sent PAS chez soi, et partir parce qu'on ne se sent PLUS chez soi. Une énorme différence.

vendredi 19 avril 2013

Marché noir

34°26.602S 58°31.795W
Buenos Aires, Argentine

Vous le savez, ou du moins vous devriez le savoir, je ne me considère pas comme un touriste mais plutôt comme un voyageur. Je sais, la différence est subtile et je suis sans doute le seul à la faire, mais pour moi c'est important. Et vous le savez également, je suis plus intéressé par l'aspect social et politique des pays que je visite, plutôt que par les musées, et les jolis paysages.
Aussi, ceci étant rappelé, s'il y en a parmi vous (et il y en a sûrement) qui ne supportent pas quand j'ouvre ma gueule pour autre chose que des histoires de navigations, je leur conseille de zapper cet article et d'attendre le prochain. Parce que aujourd'hui je vais vous parler de politique, de marché noir et de dictature (et voire même de religion si je suis en forme !).

En fait, tout à commencé en Uruguay... Lorsque j'ai débarqué dans ce pays, j'ai été surpris de constater que l'on pouvait retirer dans les distributeurs automatiques aussi bien des Pesos Uruguayens que des Dollars Américains. De même, lorsque j'ai voulu acheter mon nouveau PC portable à Montevideo, le vendeur m'a donné le choix entre ces deux monnaies pour régler mon achat. Et je ne vous parle pas des restaurants qui affichent le prix des plats dans ces deux monnaies, ainsi qu'en Pesos argentin... Au début, je ne comprenais pas grand chose à la situation. J'étais comme qui dirait, perplexe. Je me disais que ce devait être une coutume locale, un truc qui avait à voir avec l'histoire du pays et son possible ancrage avec la monnaie étasunienne. Ou encore, qu'étant donné la proximité avec l'Argentine, il était normal que les commerçants affichent les prix en fonction de la clientèle forcément aisée qui traversait le Rio de la Plata pour passer le week-end... Mais cela n'expliquait pas la présence de Dollar américains dans l'histoire, et il y avait aussi cette petite voix dans ma tête qui me disait qu'utiliser une monnaie autre que celle du pays dans lequel je me trouvais, ce n'était pas rendre service à ses habitants.

Et puis, toujours en Uruguay, mes voisins de pontons toutes nationalités confondues ont commencé à me parler de l'Argentine comme étant le pays où l'on pouvait faire de juteuses affaires pour peu que l'on ait du cash en Dollars américains (Comment ça ? Tu n'as pas de Dollars américains avec toi ? Mais t'es con !). Et ces sympathiques voisins d'ajouter sur le ton de la confidence: « Surtout ne va pas dans les banques pour changer tes dollars, tu y perdrais au change ! ». Lorsqu'il s'agissait d'argentins, j'avais même droit au détail des cotations entre le cours officiel du billet vert et son cours « parallèle ». Comme si l'évidence des chiffres suffisait justement à justifier l’existence dudit marché parallèle.
Moi, de mon côté, j'étais toujours perplexe, et de plus en plus intrigué par cette histoire. Aussi, n'aimant pas plus la perplexitude que les endives, j'ai décidé de faire quelques recherches sur internet et d’interroger plus avant mon entourage afin d'en avoir le cœur net. Et croyez-moi, cela n'a pas été facile, tant le problème est complexe.

la Casa Rosada, siège de la présidence Argentine
Toute cette histoire à commencée lors de la grande crise économique de 2001. Lorsque la bulle internet a explosée (splash!), l'Argentine, qui menait une politique économique ultralibérale depuis la fin de la dictature, c'est retrouvé au bord de la faillite. Bon, je vous passe les détails car même si j'ai pas mal bûché le sujet depuis un mois, je ne suis pas sûr d'avoir tout compris et je risquerais de vous embrouiller. Toujours est-il que le gouvernement de Carlos Menem qui jusqu'alors suivait aveuglément les ordres du FMI et avait la phobie de l'inflation propre aux ultralibéraux, c'est retrouvé à devoir dévaluer sa monnaie dans les grandes largeurs. Du jour au lendemain, près de 57% des argentins se sont retrouvés sous le seuil de pauvreté et le chômage a augmenté jusqu'à 23%.
Du coup, ceux qui avait encore un peu d'argent ont préféré le convertir en devise américaine et l'on planqué sous leur matelas. Bien évidemment, cet argent planqué ne pouvant plus être réintroduit dans le circuit de façon légale, les trafiquants de devises et les officines louches sont apparus.
Depuis, l'Argentine a sérieusement remonté la pente, notamment grâce à la politique de gauche initiée par Nestor Kirchner, et a pu renouer avec une croissance de 9% pendant la décennie qui a suivie. Cette politique, largement inspirée du péronisme, donc forcément nationaliste, a d'abord consisté à dire merde au FMI et à forcer les bailleurs de fonds internationaux à renégocier la dette du pays. A part quelques hedgefunds bien glauques, ceux-ci ont bien été obligé d'accepter, et l'Argentine a pu ainsi alléger sa dette de 50%.

Crisitina Fernandez de Kirchner
Manque de bol pour eux, arrive alors la crise des subprimes de 2008. L’Argentine est alors (et l'es toujours) gouvernée par Cristina Fernándezde Kirchner, la veuve de l'ancien président. Si Nestor avait pu être qualifié de dangereux gauchiste en son temps, c'était un bisounours à côté de Cristina... Pour lutter contre la crise, la cougar argentine prend les choses en main et lance un vaste plan de bataille pour relancer l'économie. Nationalisation des grandes entreprises stratégiques bradées pendant la période libérale. Nationalisation des fonds de pensions et mis en place d'un vrai système de retraite par répartition. Politique de grands travaux. Amélioration du droit du travail et augmentation des salaires. Stricte limitation des importations et soutien aux PME qui produisent du Made In Argentina. Gel des prix pour les produits alimentaires dans les supermarchés, etc. Tout le contraire d'une politique d'austérité, si vous voyez ce que je veux dire.
Mais surtout, Cristina a deux grands objectifs. Premièrement, c'est mettre au pas la grande bourgeoisie argentine, celle des grands propriétaires terriens (ceux qui inondent la planète avec leur soja OGM), et qui fait la pluie et le beau temps dans le pays depuis des siècles.
Et deuxièmement, elle veut que la monnaie de son pays retrouve sa pleine et entière indépendance par rapport au Dollar américain. Elle a donc limité drastiquement l'achat de billets verts, et c'est attelé au démantèlement du marché noir des devises, qui plombe l'économie depuis les années 2000 et permet à quelques individus de s'enrichir en blanchissant l'argent de la fraude fiscale et du travail au noir.

Donc on en est là. En Argentine il existe un marché des changes officiel, strictement encadré, et un marché dit « parallèle », ou « informel », ou « libre », où l'on peut acheter des devises à un cours supérieur de 30% en moyenne. On parle alors d'Euro Bleu, ou de Dollar Bleu.

Alors bien sûr, ce son de cloche n'est pas le seul. L'explication que j'entends le plus souvent est celle-ci : « L’Argentine est un pays avec une forte inflation à cause de la corruption et de la gauche au pouvoir, et placer son argent durement gagné dans une valeur « refuge » comme le dollar, c'est la garantie de ne pas perdre du pouvoir d'achat ». Ce discours-là on le connaît, c'est celui du réactionnaire de base, et c'est le même dans tous les pays. Il y a aussi ce français croisé ici à Buenos Aires, qui croyait dur comme fer que le marché parallèle était légal, et que c'était bien pour ça qu'il s'appelait « parallèle » (il croyait même que c'était Cristina Kirchner qui l'avait mis en place !). Mais le pire est je crois, la complaisance, voire la complicité, de certains sites et forums de voyageurs (le Routard.com par exemple) qui relayent les meilleures combines pour « faire de bonnes affaires ». J'ai même lu, et je cite : « … si tu respectes les lois au pied de la lettre en Argentine, tu es mort ! » Fin de citation. Là, on est clairement dans le There is no alternative, propre au libéral de base sans aucune éthique.

Car c'est bien de cela qu'il s'agit. A limite, que ce soit légal ou illégal, on s'en fout... Ce qui compte c'est : Est-ce moral ? Clairement non. Car lorsqu'un touriste salive à l'idée de gagner 30% sur ses Dollars ou ses Euros, sans chercher à savoir le pourquoi du comment, on n'est même plus dans le registre des petites économies sur le budget du voyage, mais bel et bien dans celui de l’appât du gain. On est dans ce que j'appelle le tourisme aveugle, le tourisme irresponsable. Sans parler que l'avidité de ces irresponsables nourrit tout un réseau de privilégiés et ne profite en aucune façon à la population argentine dans son ensemble.

Plaza de Mayo
L'Argentine est aujourd'hui un vrai champ de bataille où s'affronte les tenants d'un néolibéralisme ultra-conservateur et un réformisme progressiste mâtiné de nationalisme sur fond de règlement de compte avec les années de plomb de la dictature du Général Videla (1976-1983).
Longtemps protégés par la droite, voire amnistiés, les sbires d'un régime qui aura fait près de 30000 morts et disparus passent enfin, un à un, devant les tribunaux. Et ils écopent cher. La tension est palpable dans le pays, et l'opposition se fait de plus en plus agressive au fur et à mesure que les scandales éclatent. Car nombreux sont ceux qui ne souhaitent pas ce devoir de justice et de mémoire... Tel cet argentin que j'ai croisé l'an dernier au Maroc et qui me disait que le pays devait oublier pour « avancer ». Ou encore, plus tard au Brésil, ce type qui disait vouloir s’exiler et qui réclamait le retour des militaires, seuls aptes à lutter contre la peste rouge, que représentent les réformes entreprises par Cristina Fernández de Kirchner...

Du sang sur les mains
Même l'élection du Pape François, ex-Monseigneur Bergoglio archevêque de Buenos Aires, ex-Provincial des Jésuites argentins, et toujours soupçonné à l'instar de l'ensemble de son église d'avoir été un fervent collaborateur de la junte, fait resurgir les fantômes de la dictature. Sur la Plaza de Mayo, les Mères des disparus ne défilent plus qu'occasionnellement. Elles ont été remplacées par les vétérans de la guerre des Malouines qui ne touchent plus leur pension... Las Malouinas, voilà au moins un sujet qui met d'accord tout le monde, ou presque. La droite comme la gauche proclame encore et toujours que ces îles sont argentines, malgré la pile que la très peu regrettée Miss Tatcher leur a mis en 1982... Tout ça bien sûr, non-pas pour l'intégrité d'un territoire, mais plutôt pour les ressources pétrolières qu'il contient.

Maintenant que j'en ai presque fini avec cet article, vous devez vous demander en quoi cette histoire de marché noir peut m'affecter personnellement. Car elle m'affecte à n'en pas douter.

San Telmo, plaques en hommage aux disparus
Franchement, j'ai l'impression d'être un extraterrestre. A chaque fois que j'ai abordé le sujet, j'ai eu droit de la part de mes interlocuteurs à des regards d'incompréhension, voire même à une certaine forme d'agressivité lorsque ceux-ci me reprenaient en insistant pour que j'emploie des termes plus appropriés, comme parallèle, informel, libre ou Dollar Bleu, plutôt que de parler de marché noir. Bien sûr, le fait d'être dans un Yacht Club plutôt cossu n'y est pas étranger... Mais pour moi, leur insistance à vouloir utiliser ces éléments de langage n'est en fait qu'un déni de réalité, une façon de faire taire leur mauvaise conscience.
De même, depuis mon arrivée je côtoie pas mal de commerçants et d'entrepreneurs qui font du business autour du nautisme, et la plupart d'entre eux sollicitent de ma part un paiement en Dollar cash, moyennant bien sûr une ristourne conséquente qui peut aller jusqu'à 30%... Difficile pour la plupart de résister, j'en convient. Et je vous avoue que moi même, au début, j'ai été tenté d'utiliser mon petit pécule en euros que je cache dans mon bateau pour payer les travaux ... Mais non. Je ne l'ai pas fait et je ne le ferais pas. Et c'est un choix politique autant qu'éthique. Le genre de choix qui fait de moi plus un voyageur qu'un touriste.

Les Malouines, une épine dans le pied des argentins

mardi 13 novembre 2012

Un monde pas si rouge et surtout moins vert

23°06.852S 44°15.474W
Matariz, Ilha Grande

Oui, Ilha Grande est une île préservée. Enfin, soyons clair si Ilha Grande baigne dans son jus pour mon plus grand plaisir et celui de tous ses visiteurs, ce n’est pas par une quelconque volonté gouvernementale de protection de l’environnement ou par un désir des habitants de se protéger comme en Corse. C’est tout simplement parce que ça coutait cher et que le Brésil est tellement grand qu’il était à la fois bien plus facile et plus lucratif d’investir ailleurs…

L’île eut ses heures de gloire, de façon cyclique comme des poussées de fièvre. Il y eut en premier lieu la canne à sucre, puis la banane, le café, la pêche pour laquelle on fit venir une importante immigration japonaise… Et enfin, ces dernières années c’est développé une autre forme de production en parallèle avec l’essor économique du pays : L’élevage du touriste.

Les infrastructures étant restées, comme je l’ai dis, relativement peu développées, la mise de fond pour ce genre d’élevage est quand même assez importante, mais permet néanmoins grâce à une croissance certes en berne mais tout de même de 2,7 %, un retour sur investissement somme toute appréciable. Bien évidemment la classe moyenne étant pratiquement inexistante au Brésil, vous ne vous adressez qu’à une clientèle de nouveaux riches pétés de thunes qui ne rechignera pas lorsque vous leur présenterez la note. Et pour finir, fin du fin en matière de marketing, vous pouvez même utiliser vos manquements comme un argument de vente auprès de la clientèle citadine blasée, avide de vie au grand air et d’authenticité…

Mais bon, j’arrête là car on va encore dire que je ne suis qu’un infâme gauchiste aigri qui ne sait faire que critiquer et dénigrer les efforts d’honnêtes entrepreneurs qui osent prendre des risques, etc.
Le fait est que je me dois tout de même de casser le mirage brésilien. Aux yeux des français, ce pays « émergeant » au développement fantastique et qui en plus est gouverné avec succès par un gouvernement de gauche, voilà qui a de quoi en faire rêver plus d’un du côté de la rue de Solferino. Mais tout ça c’est de la poudre aux yeux, au mieux un malentendu. Nous sommes sur le continent américain et les modèles sociaux-économiques sont plus proches de Washington que de Paris. La gauche de Lula, et maintenant celle de Dilma, ressemble beaucoup plus aux démocrates américains qu’au Front de Gauche quoi qu‘on puisse en dire dans les salons parisiens. Autant dire qu’ici règne le néolibéralisme le plus impitoyable, avec son cortège d’inégalités et de corruption. C’est bien simple, Sarkozy était un bisounours à côté de Dilma Roussef.

Pour preuve de ma subjectivité, je vous conseille d’aller jeter un œil là-dessus ou encore ICI. Vous y verrez que les indiens Guaranis, l’ethnie indigène la plus représentée au Brésil, n’ont que faire d’un gouvernement de gauche à Brasilia. Car hélas pour eux, rien n’a changer depuis le le XVI ème siecle…

Mais bon, au départ j’étais parti pour vous raconter la balade à Angra que nous avons fait Caroline, Hughes et moi, et voilà que je digresse. Pardonnez-moi. Ce doit être le temps qui me rend comme ça, hargneux. Un énième coup de sud nous a apporté la pluie, et depuis hier tout est gris.
Tant pis, je vous raconterai ça une autre fois. Lorsque le soleil sera revenu.

lundi 4 juin 2012

Jour de vote à Mindelo

16°53.203N 24°59.470W
Mindelo, ile de São Vicente, Cap Vert

Le patio de l’Alliance Française de Mindelo est un endroit très agréable. Un bar, une serveuse ultra-mignonne carrossée comme une petite poupée créole et avec un sourire à vous faire fondre. Quelques tables et chaises disposées sous une clairevoie en palmes tressées, quelques plantes vertes, des pinsons qui viennent picorer sous les tables... Bref, un endroit idéal pour siroter un café et consulter ses mails. Mais pour l’heure, alors que j’y pénètre le décor est tout autre car le bar est fermé et la serveuse n’est pas là. Les tables ont été regroupées en larges îlots et les chaises placées le long du mur. Une urne transparente trône sur une table, quatorze piles de bulletins sur une autre, de larges panneaux numérotés tapissent les murs, un isoloir occupe un des coins... Pas de doute, je suis bien dans un bureau de vote.

C’est que ce dimanche 03 juin a lieu le premier tour des élections législatives pour les français de l’étranger et le décorum républicain s’est transporté jusque dans la petite ville de Mindelo au Cap Vert à 4000 Km de Paris. Le code pénal sert de presse-papier à la liste d’émargement, les deux assesseurs sont présents et vérifient les  identités des électeurs et la stricte observance de la procédure. Si ce n’était ce patio à ciel ouvert, les petits galets qui empêchent les bulletins de s’envoler et que nous sommes dans un bar, on se croirait bel et bien dans une salle de mairie ou dans une école bien française.
A mon entrée je croise un électeur qui vient de faire son devoir, puis je rejoins les deux consuls, le Général et l’Honoraire, qui font office d’assesseurs.

Si je suis là, en ce beau dimanche de juin, au lieu de fourbir ma Boiteuse pour sa traversée de l’Atlantique, c’est parce que cela m’intéressait de voir comment le rituel républicain s’appliquait si loin de la métropole, et en pays étranger qui plus est. J’avais fait part de mon intérêt lors d’une précédente rencontre avec le Consul et celui-ci avait gentiment accepté ma présence comme « observateur ». Donc me voilà, et j’observe avec une certaine fierté mêlée de nostalgie ce décor exotique où s’installe de façon éphémère une petite part des coutumes de mon pays.
Fierté, parce que quelque part moi ça me plait de voir comment ça marche la démocratie. Même si celle-ci est souvent tronquée, bafouée (J’ai toujours 2005 en travers de la gorge !), détournée, elle n’en reste pas moins une belle chose. Et puis je suis nostalgique parce que mon statu de marin vagabond m’a privé de mon droit de vote et que ça me fait bien chier...

L’ambiance dans le patio de l’Alliance Française est plutôt tristounette malgré le décor agréable et coloré. C’est que les assesseurs s’ennuient ferme et s’ennuieront ainsi toute la journée. Ils le savent, l’expat' n’est pas un citoyen modèle. En règle générale le taux de participation ne dépasse jamais les 50%, et encore lorsqu’il s’agit d’élections présidentielles. Parce que pour les autres on est plutôt plus proche de l’anecdotique que du plébiscite.
A la fin de la journée, seulement 14 citoyens français sur les 98 inscrits sur la liste électorale du bureau de Mindelo, se seront déplacés pour voter. Plus deux votes électroniques.
Vous allez me dire que cela fait beaucoup de temps et d’argent dépensés pour un pelé et deux tondus... Oui, sans doute. Mais je vous répondrais que la démocratie si elle a un coût, n’a par contre pas de prix.
Vous allez peut-être aussi me dire que cette histoire de législatives pour les expat's, c’est un moyen pour la précédente majorité de se « fabriquer » quelques députés de plus... Peut-être aussi, sauf que dans la 9ème circonscription qui regroupe le Maghreb et l’Afrique occidentale on a voté à 61,7% pour François Hollande. Et que cette circonscription regroupe tout de même plus de 98 000 électeurs. Il y a près d’un million et demi d’expatriés français de part le monde... Ça en fait des voix et à mon sens elles doivent pouvoir s’exprimer.
Enfin, les plus géographes d’entre vous me diront que dans un archipel les déplacements sont plus compliqués... Oui, sans doute. Mais je vous rétorquerais que l’internet n’est pas fait pour les chiens.
Mais bon, encore faut-il que ces voix aient envie de le faire. Car l’expat' peut se sentir trop loin des préoccupations nationales, déconnecté en quelque sorte. Une déconnexion qui se transformera comme par miracle en connexion dès qu’il s’agira de faire valoir ses droits...
Toujours est-il que parmi les 14 votants de ce premier tour des législatives, au moins dix d’entre eux étaient des binationaux d’origine capverdienne. Cela en dit long sur la notion de civisme n’est ce pas ?

A voté !
18H00, le vote est clos et le dépouillement peut commencer. Le Consul relit à voix haute les dispositions du code électoral relatives à cette partie du scrutin... « Vous devez ensuite regrouper les enveloppes qui contiennent les bulletins par paquets de 100... ». Tout le monde éclate de rire et le paquet de 14 enveloppes est posé bien en vue sur la table. Tout compte fait, la paperasse prendra bien plus de temps que le décompte des voix !

Résultats provisoires pour le bureau de vote de Mindelo.
14  votants, 13 suffrages exprimés plus un nul (ben oui y’en a un qui a été fichu de raturer son bulletin), deux votes électroniques non comptabilisés (ils le seront plus tard).

Laetitia Suchecki, Front de Gauche : 2 voix.
Karim Dendene, Rassemblement des Français de l’Etranger (Villepiniste) : 2 voix.
Khadija Doukali, UMP : 04 voix.
Pouria Amirshahi, PS : 05 Voix.


La semaine prochaine les français résidents sur les iles São Vicente, Santo Antão, Santa Luzia, São Nicolau, Sal et Boa Vista, devront se rendre de nouveau aux urnes pour départager les deux finalistes... Espérons que le civisme reprendra ses droits.

dimanche 1 avril 2012

Huelga General

28°05.360N 17°06.543W
San Sebastián de la Gomera

Jeudi 29 Mars 2012, Grève Générale en Espagne pour protester contre la réforme du marché du travail... A San Sebastián de la Gomera aussi le peuple était dans la rue. Enfin, quelques centaines de personnes tout au plus.

Local syndical de San Sebastián
Le défilé se termine sur la Plaça de las Americas
Une mobilisation plus syndicale que populaire...
Mais ailleurs, à Barcelone notamment, la mobilisation était toute autre....

Et la répression aussi...

jeudi 24 novembre 2011

Aux urnes marocains !


30°25.322N 09°37.025W
Agadir

M6
Le 25 novembre, demain donc, aura lieu un événement important pour le Maroc. En effet, ce vendredi les marocains sont appelés à élire leurs députés dans le cadre d’élections législatives anticipées. Vous commencez à me connaitre, je ne pouvais décemment pas passer à côté d’une occasion pareille pour donner mon avis sur la question, même si personne ne me le demande. Surtout si personne ne me le demande, d’ailleurs…
Alors, pour ceux que mes digressions politiques agacent, je peux leurs suggérer d’aller se promener, ou de lire un bouquin, au choix. Pour les autres, on y va.

Il est question d’élections législatives anticipées donc, et comme leur nom l’indique ces élections interviennent bien avant la date prévue. Petit retour en arrière pour ceux qui ne suivent pas.
Lorsque la Tunisie, puis l’Egypte et la Libye ont commencés à s’agiter dans le cadre de ce qu’il est désormais convenu d’appeler le printemps arabe, la Maroc n’a pas échappé au mouvement. Tous ceux qui jusqu’alors fermaient leur gueule de peur de se prendre des coups de bâton sont descendus dans les rues et ont réclamés leur part de liberté et de démocratie. On peut dire que le mois de février fut chaud au Maroc. M6, fut plutôt clairvoyant sur ce coup-là, et contrairement à ses petits camarades despotes qui traitèrent les premières manifestations avec mépris, il commença à flipper grave.

Bonne question
Pour éviter qu’il ne lui arrive ce qui arriva aux autres, le roi décida de lâcher du lest afin de couper l’herbe sous le pied au mouvement. Le 9 mars, dans un discours au bon peuple, il annonça la mise en place d’une commission destinée à réformer la constitution. Le but du jeu, passer d’une monarchie de droit divin à quelque chose ressemblant à une monarchie plus constitutionnelle. Malheureusement pour lui, le bon peuple prenant ce discours pour ce qu’il était, une tentative désespérée de désamorçage, continua à défiler pour maintenir la pression et demander des réformes plus en profondeur. Et notamment qu’on arrête un peu de mélanger la politique et la religion. D’autant que les membres de cette commission étaient tous des proches du pouvoir...

Là pour le coup, jugeant en avoir assez fait pour ses manants, le roi fit donner la troupe. En avril, mai et juin, toutes les tentatives de manifestation populaire furent violemment réprimées. Le 17 juin, alors qu’on en est déjà à un mort et des centaines de blessés, la commission annonce les bases de la nouvelle constitution. Désormais le premier ministre ne sera plus nommé par le roi himself, mais sera le vainqueur des élections législatives (ben oui, avant ce n’était pas le cas, tout ça pour vous dire qu’on revient de loin !). Et celui-ci aura une bonne partie des prérogatives qui jusqu’alors étaient réservées au roi seul.
Indépendance de la Justice, création d’une cours constitutionnelle, égalité civile entre l’homme et la femme, sont également proposés. La liberté de conscience initialement au programme fut supprimée de la mouture finale suite aux pressions des islamistes. Mais avant tout chose il fallait que cette nouvelle constitution soit acceptée par le peuple. Ce qui fut fait le 1er juillet par voie référendaire.
97,58 % de oui, avec un taux de participation de 75 %. Du jamais vu au Maroc de mémoire d’électeurs.

Du coup les élections législatives d’où est sensé émerger le prochain chef du gouvernement marocain, initialement programmées en septembre 2012, furent avancées à la date de demain, le 25 Novembre 2011.

On en est donc là.

Casablanca le 13 mars 2011
Au Maroc, comme ailleurs, on peut retrouver le clivage gauche-droite, mais comme jusqu’à présent les partis politiques faisaient figure de potiches vis-à-vis de l’hégémonie royale, le clivage n’avait pas vraiment lieu de s’exprimer. Si les marocains attendent un premier résultat de ces élections, c’est bien celui-ci. Enfin les idées, les programmes, vont pouvoir prendre le pas sur les coalitions de complaisance, les petits arrangements entre amis. Maintenant il va falloir se mettre à faire de la politique pour de bon.
Bon, étant donné la corruption endémique, qui touche toute la classe politique, j’imagine que ce qui émergera de ces élections ne sera guère différent de la représentation actuelle… On va être dans du néolibéralisme à la sauce nationaliste. Mais on peut dire que c’est déjà un début.

Reste à savoir si les marocains voudront bien se saisir de cette chance qui leur est offerte. Le taux de participation sera la première chose à observer dans ce scrutin. Ensuite, il faudra faire gaffe à la montée d’un parti au joli nom bien propret de Parti de la Justice et du Développement. Celui-ci se réclame d’un islamisme modéré (sic), et comme en Lybie et en Tunisie, il y a de grandes chances que celui-ci gagne du terrain…

A suivre donc.