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lundi 4 juillet 2011

On est (presque) parti !

36°09.439N 05°21.338W
La Línea

Bonlundi à vous tous, équipage de la Boiteuse. Personnel embarqué par le cœur et l’esprit qui m’accompagnez depuis de si longs mois.

Cela fait quatre jours que je me tiens à l’affut, telle la vigie moyenne, scrutant longuement les fichiers météo à la recherche d’une fenêtre me permettant de me glisser entre deux perturbations. Entendons-nous bien, il ne s’agit pas de tempêtes dont nous parlons, mais de « légères » accélérations momentanées des vents entre ici et les Canaries. Pas grand-chose, quelques nœuds de vent en plus ou en moins, mais suffisants toutefois pour faire la différence entre une traversée agréable, et une autre qui le serait un peu moins.

Et depuis samedi je pense avoir trouvé ma fenêtre. Oh celle-ci n’est pas parfaite, elle est même plutôt étroite, la sortie du détroit n’est pas des plus aisée et l’arrivée sera un poil sportive. Mais dans l’ensemble elle me permettra de passer au travers les quelques accélérations assez chiantes que l’on rencontre au large de la côte marocaine, entre El Jadida et Safi.
Hier, dimanche, ma décision était prise, j’allais partir ce matin. J’ai commencé mes préparatifs, révisé le moteur, asséché les fonds, fait l’inventaire de mes vivres, préparé ma nave, revu pour la énième fois mes calculs de marée pour prévoir la meilleur sortie du détroit de Gibraltar… J’étais prêt. Il me restait cependant deux ou trois formalités à accomplir avant que de pouvoir larguer les amarres ; Faire le plein de gasoil et d’eau, compléter mon avitaillement en produits frais et en tabac, poster cet article, prendre la dernière météo, et… Attendre que ce foutu vent d’ouest qui souffle depuis la nuit de samedi veuille bien se calmer pour me laisser sortir.

L'Union Jack flotte sur l'Espagne
Oui mais voilà, Môssieur Eole ne l’entend pas de cette oreille, et lorsque je me suis levé aux aurores ce matin, ça secouait toujours pas mal. Beaucoup moins qu’hier, mais suffisamment pour me garantir au moins une journée de moteur avant que de pouvoir sortir du détroit.

J’étais là, ma moque de café dans une main et ma clope dans l’autre, et je me disais : Y va, y va pas ?
J’ai continué à me préparer comme si j’allais partir, et puis vers sept heures j’ai pris ma décision : On va attendre demain.

Ce vent d’Ouest ne me dit rien qui vaille, et franchement je n’ai pas envie de commencer cette semaine en solitaire par en chier des ronds de chapeaux. Je ne voudrais pas avoir l’air de me plaindre, mais si vous saviez comme c’est frustrant d’être prêt à faire quelque chose, et au dernier moment devoir reporter ! Mais bon, le côté positif de la chose c’est que je vais pouvoir faire tranquillement tout ce que j’ai à faire avant de partir, sans avoir à courir pour ne pas louper la marée de la mi-journée.

Alors donc, on dit demain. Et à moins que la météo ne change du tout au tout, cette fois-ci c’est la bonne.

Le fameux "goût anglais"...
Pour ce qui est de la route à suivre, voilà comment je compte m’y prendre.
Première chose, il faut partir avec les courants de marée. L’almanach que j’ai à ma disposition m’indique que si je veux avoir le courant avec moi, il faut que je parte à la Basse Mer, et que je me sois suffisamment éloigné du détroit avant la Pleine Mer, soit six heures plus tard. Heure de la Basse Mer pour mardi : 10H11 UTC.

Cela nous fait donc un départ aux alentours de midi (un peu plus ou un peu moins) en heure locale. Ensuite, je dois prendre la route de l’Ouest pour à la fois m’éloigner le plus possible du trafic de façon à ne pas avoir trop de soucis lorsque viendra la nuit, mais aussi déborder suffisamment le Cap Spartel sur la côte Nord du Maroc. Coucher du soleil : 19H42 UTC (c’est précis hein !)

Une fois à environ 25 milles à l’Ouest de Tarifa, je bifurquerais vers le sud-ouest (un bon 225°), droit vers les Canaries. Enfin, quand je dis droit, c’est relatif ; La route d’un voilier n’est jamais droite et doit tenir compte de la dérive due au vent, aux courants, etc. La seule obligation à laquelle je compte me tenir, sauf urgence, est de ne jamais m’approcher des côtes Marocaines à moins de 30 milles. Suffisamment proche pour les rallier en cas d’avarie, et suffisamment loin pour ne pas avoir à craindre les filets des pêcheurs qui fleurissent sur le plateau continental.

On s'y croirait... Sauf pour le soleil !
Temps estimé pour cette traversée : Ne comptez par sur moi pour vous balancer une info pareille, je n’en sais fichtrement rien. Allez, on va dire qu’on sera arrivé quand on y sera. Et que si dans dix jours vous n’avez pas de nouvelles vous pourrez commencer à vous faire de la bile. Et encore…

Voilà chers lecteurs, il est dix heures à l’horloge de l’église et je prends ce qui doit être logiquement mon dernier cafe con leche sur le sol européen. Le prochain ce sera en terre Africaine !
J’ai réactualisé mes données météo et elles me confirment que j’ai bien fait de reporter d’une journée mon départ de Gibraltar. Mais elles me confirment aussi que l’arrivée se fera pleine balle avec du F5 dans les fesses… Un peu comme la fameuse navigation hyper-jouissive que nous avons eue entre San José et Almerimar. Si c’est comme ça tout du long, je vais me régaler !

A bientôt !

PS: Je sais, les photos qui illustrent ce texte sont sans rapport avec le sujet… Mais au moins elles sont inédites !

lundi 27 juin 2011

Impressions de Gibraltar

36°09.439N 05°21.338W
La Línea

The Rock
Je dois l’admettre, lorsque je suis arrivé samedi matin à la Línea, j’avais le moral dans les chaussettes. Marre de chez marre. Je ressassais sans cesse la longue liste des avaries qui m’étaient tombées dessus depuis mon départ, l’argent que cela m’avait couté, le temps perdu… L’optimisme, qui jusqu’alors m’accompagnait à toutes heures du jour et de la nuit, s’était transformé en une espèce de fatalité morose pleine de ressentiments envers ma Boiteuse, de colère aussi… J’en voulais à la terre entière.

Bien sûr, la terre n’y est pour rien. Tout comme la lune, la mer ou la Boiteuse n’y sont pour rien. Le seul à blâmer, c’est moi. Moi et mon incurie à vouloir que tout fonctionne parfaitement avec des bouts de ficelles. Comme si c’était aussi simple…
Le problème avec cette vie que je me suis choisi, celle qui se tisse justement avec des bouts de ficelle, c’est qu’elle ne peut fonctionner qu’en étant résolument optimiste. Le verre à moitié plein en permanence à l’esprit, il me faut croire en l’humanité, en la chance et surtout en moi. Mais bordel, ce n’est pas facile tous les jours.

Aujourd’hui ça va mieux. J’y vois de nouveau clair et je sais plus ou moins ce que je vais devoir faire pour résoudre mes petits problèmes d’électricité. J’ai une fuite d’énergie quelque part, et nom de dieu de merde, je vais la trouver ! Pour ce faire j’ai entrepris une série de tests pour identifier cette fuite, et avec un peu de patience et de logique, ce sera bien le diable si je ne mets pas la main dessus.
Et puis c’est toujours mieux qu’une fuite d’eau, hein ?

Wellcome !
Hier, dimanche, pour m’occuper l’esprit et ne pas trop penser, je me suis accordé une petite balade à Gibraltar. Enfin, une petite balade… J’y ai passé la journée tout de même.
Je me suis promené sur les quais de la marina à la recherche d’un shiplander, dont j’avais entendu parler dans mes lectures, susceptible de me fournir les documents nautiques dont j’ai besoin pour ma traversée. Bien sûr comme nous étions dimanche, il s’agissait plus d’un repérage qu’autre chose. Après l’avoir trouvé je me suis accordé une longue pause à la terrasse d’un café dans l’Ocean Village, afin de pouvoir expédier la vidéo de ma rencontre avec les dauphins. Cela m’a pris trois heures tout de même…

J’ai profité de ce moment pour observer les passants et m’imprégner de cette atmosphère si particulière qui règne à Gibraltar.

Ici, il n’y a pas doute à avoir, nous sommes bel et bien sur un petit bout d’Angleterre. L’Union Jack flotte glorieusement aux frontons des bâtiments et la population ne parle qu’anglais. Il parait qu’ici on pratique également le Llanito, un mélange d’anglais et d’espagnol, mais je n’ai pas eu pour l’instant l’occasion de l’entendre. On peut payer en Euros, mais on vous rend la monnaie en Livres Sterlings de Gibraltar, tout en s’octroyant au passage une plus-value généreuse par rapport au taux de change officiel. Une véritable arnaque si l’on y regarde de plus près.

le paradis des alcooliques...
Un conseil, si vous venez un jour par ici, retirez du fric à un distributeur et payez directement en Livres. Ça vous évitera d’enrichir encore plus les commerçants qui se font déjà bien assez de fric en profitant du statut particulier de Gibraltar. Car il faut bien le dire Gibraltar n’est ni plus ni moins qu’un paradis fiscal. Une saloperie de « paradis » où la plupart des gens, acheteurs et vendeurs, se foutent royalement de savoir d’où vient et où va l’argent.

Dans les halls d’immeubles fleurissent les boites aux lettres d’entreprises qui n’emploient personne, se contentant d’une adresse fictive pour arnaquer à la fois les gouvernements et les citoyens de leur pays. En fait, cette frontière (à cinq cents mètres de la Boiteuse) est une frontière à porosité variable. Le péquin moyen doit montrer passeport pour y entrer, mais les résidents vont faire du bizness en Espagne sans payer un seul euro d’impôt au pays qui les accueille. A l’inverse, toute la journée un flot interminable d’acheteurs compulsifs viennent profiter des produits détaxés et repartent sous le regard bienveillant de la douane espagnole, les coffres chargés d’alcool, de matériel hifi et de cigarettes.

Yes Sir !
Ce rendent-ils seulement compte du mal qu’ils font à leurs propres concitoyens ? Bien sûr que non. Ils ne voient que leur profit immédiat, refusant de voir les implications de leur attitude… Pourtant l’état des rues et des immeubles de la Línea devrait bien leur mettre la puce à l’oreille. Mais non.

On est au-delà du simple consumérisme. Une telle attitude relève à mon sens de l’égoïsme le plus bas. L’exemple même de l’anti citoyenneté. Beurk.

Vers 13H00, j’avais envie de rentrer me coucher… Mais sous l’inspiration de l’ami Cazo avec qui j’ai discuté sur Face de Bouc, j’ai décidé de m’offrir une petite visite au sommet du Rocher pour profiter du panorama et de la gente simiesque qui hante les lieux.
Je me suis renseigné auprès des multiples petites camionnettes qui proposent l’ascension, mais le prix exorbitant de la visite me rebute. 25 £ pour une heure et demie de balade !
Tant pis, j’y vais tout seul. D’ailleurs c’est pas compliqué, il n’y a qu’à suivre les fils du téléphérique que j’aperçois là-bas et de grimper dans une des cabines. Moyennant tout de même 9 £, ou 12,60 € (Avec 1 £ = 1,12765 €, vous avez là un des exemples d’arnaque dont je vous parlais plus haut)


Trafalgar cemetery
Au passage je me suis baladé dans le petit cimetière de Trafalgar où sont enterrés quelques illustres inconnus ayant succombés à la bataille du même nom. Quoique, si l’on regarde bien les inscriptions à demi effacées gravées sur les tombes, on remarque que la plupart des résidents sont plutôt morts de maladie épidémique que du fait des franco-espagnols.
Les Anglais se sont accrochés sur ce bout de territoire espagnol comme des moules sur un rocher. L'intérêt stratégique de l’endroit justifiait-il tous ces morts ? Sans doute que oui… Toujours est-il que ça fait 300 ans qu’ils y sont et qu’ils n’ont pas l’intention de partir.

Ah au fait, j’ai appris une chose rigolote. Sur les photos de mon arrivée on voit distinctement des nuages perpétuellement accrochés au sommet… Je croyais que c’était la hauteur qui retenait ainsi les nuées, mais non ! En fait il y a plein de sources d’eau douce qui ruissellent sur la face Est du rocher et ce sont les vents dominants qui vaporisent ces eaux ruisselantes pour les transformer en nuage… Quand le vent est à l’Ouest, il n’y a pas de nuages !

Point of vue
La vue du haut du rocher est véritablement magnifique. La baie d’Algeciras s’étale à nos pieds, d’un bleu incroyable. Malheureusement un légère brume de chaleur empêche le regard de porter jusqu’aux côtes africaines qui sont pourtant là, à moins de douze milles, tout au bout des sillages que font les ferrys.

Mais la vue imprenable n’est pas la seule chose qui vaut le détour lorsqu’on monte au sommet du Rocher. Ce qui est le plus étonnant c’est la population de Magots berbères qui vivent ici. Véritable attraction pour les touristes ces singes sont familiers au possible, tout aussi cabotins que des dauphins, et prennent la pose dès que ce pointe l’objectif d’un appareil photo.

Cabot !
Bien sûr, je sais bien que ce ne sont que des estomacs sur pattes, et que leur comportement est largement dénaturé par la présence humaine, mais il n’empêche qu’on se laisse facilement attendrir… Surtout lorsqu’au détour d’un sentier vous apercevez une petite main maigrichonne dépasser de la fourrure d’une mère, et qu’à force de patience vous arrivez à contempler la toilette d’un nouveau né. Moment vrai, privilégié. Loin des habituelles facéties pavloviennes échangées contre quelque nourriture dont les guides ne se privent pas pour épater le client.

J’ai passé deux heures au sommet du Rocher de Gibraltar. Le regard porté au loin ou bien rivé à l’œilleton de mon appareil, je m’en suis mis plein les yeux.

En fin de journée, j’étais naze. Je suis rentré tranquillement à mon bord, et peu avant de diner je suis allé arpenter le ponton pour faire un peu connaissance avec mes voisins. J’ai fait la connaissance d’un équipage de deux français qui habitent sur leur Amel et travaillent en Espagne… Les relations se nouent peu à peu et avec elles, peut-être, l’ébauche d’une solution pour les problèmes électriques de la Boiteuse. On verra bien !

D’autres photos :







Dernière minute : On parlera de nouveau de la Boiteuse et de son Capitaine dans le poste à galène ce Mardi 28 Juin vers 18H00. Et la fréquence c'est toujours le Mouv bien sûr !


samedi 25 juin 2011

Le passage

36°09.439N 05°21.338W
La Línea

Départ, neuf heures et des poussières. Je m’attarde un peu pour dire au revoir à mes voisins et nouveaux amis, Don, Raymond et Guillaume. La corne de brume sonne pour saluer tout ce petit monde.
Dehors, c’est pas beau. Une brume pas trop dense, mais suffisante pour cacher le soleil rend la visibilité inférieure à 5 milles. C’est la pétole, et je continu au moteur, cap au 240°.
Je m’emmerde… Alors je pense. Et par la même occasion j’écris ce que je pense. J’essaye de me projeter jusqu’à demain même heure, mais j’ai un peu de mal… Pas de trac, pas de joie excessive… Demain c’est demain, et aujourd’hui c’est aujourd’hui.

Hier j’ai rempli mes deux bidons de 20 l de Gasoil, mais j’ai omis de faire le plein du réservoir principal. C’est une erreur. J’espère que le vent va se lever parce que je n’en n’ai (à vue de nez) que pour six heures de moteur et je me vois mal effectuer un ravitaillement en vol. Remarque, ça me permettra d’essayer la manœuvre au moins une fois avant l’océan…

La brume s’efface peu à peu, mais laisse la place à des nuages bas. Pas de chapeau ni de lunettes de soleil aujourd’hui. Tu vas voir que si ça se trouve je ne vais même pas pouvoir voir le rocher de Gibraltar ! M’enfin, d’après les « prévisions », c’est sensé se lever en fin de journée avec un bon F5. On verra bien.

10H55, le soleil perce enfin et j’aperçois mon premier et seul poisson lune de la journée. Il nage juste sous la surface, attendant sans doute que les rayons du soleil soient plus forts pour entamer sa séance de bronzage.

15H30, ça fait deux heures que je me traîne à même pas trois nœuds de moyenne… Il n’y a même pas assez de vent pour faire tourner l’éolienne ! En plus une houle du Sud-est c’est levée (Sud-est ?) et je me la prends en plein dans le travers. Sans vitesse pour compenser le roulis, la Boiteuse se dandine et les voiles battent. J’aime pas ça.

15H45, je me rends compte que le cap est en train de changer. Je jette un œil au pilote, celui-ci est éteint. Avant même d’appuyer sur le bouton de remise en marche, je sais déjà ce qui ne va pas… Je n’ai plus de jus dans les batteries.
Pendant une seconde je suis tenté de m’effondrer tellement j’en ai marre… Mais non, ce sera pour plus tard. Pour le moment il faut agir.
J’allume le moteur pour relancer la Boiteuse et je surveille du coin de l’œil l’aiguille du voltmètre… Elle est immobile. Merde, ça charge pas.
Je sens que je suis bon pour barrer jusqu’à Gibraltar moi… Je sais que je suis limite pétrole, alors j’entreprends de remplir un peu le réservoir avec mes réserves. Pour ce faire, je mets le bateau à la cape, moteur au point mort. Le bateau bouge moins et je peux ainsi transvaser une douzaine de litres sans trop en renverser sur le pont. La manip me prend cinq minutes. C’est bien.

Ça marche ! Ça marche plus...
Je soupçonne l’éolienne d’être la cause de cette décharge rapide des batteries. Peut-être qu’elle fait l’inverse de ce qu’elle est sensée faire ? Je la débranche et au passage je vois que l’aiguille du voltmètre bouge. Ça charge !
On repart. Cinq minutes plus tard, l’aiguille est de nouveau inerte. Grrr !!! Ça charge plus !

Là, franchement, je ne sais plus quoi penser. Je m’imagine déjà devoir rester à la Línea tout le weekend (car bien sûr nous sommes vendredi, comme d’hab), lorsque je décide de jeter un œil dans le moteur pour vérifier les contacteurs de l’alternateur. On ne sait jamais…
Je tripatouille prudemment les fils, de peur de me prendre une châtaigne, et voilà que mon aiguille se met à tressauter de joie ! Ça charge ! C’était donc ça…
Je remets le capot et retourne m’assoir dans le cockpit. Deux minutes plus tard je vérifie encore… Et ça charge plus ! Argh !!! Je me replonge dans le moteur et là je trifouille carrément tout les fils que je vois en appuyant bien fort. Ça charge !
Je rebranche Monsieur Pilote et l’on repart. Ouf…

Oups !
17H50, j’aperçois mon premier GROS bateau. C’est un putain de pétrolier qui sera bientôt suivi d’un autre, puis d’encore un autre. Ça commence à être fréquenté dans le coin.
Je fais un point, je suis juste à deux heures du Rocher.

18H30, je jette un œil à l’avant et tout à coup je vois apparaitre une énorme montagne qui sort peu à peu de la brume… on y est !
Le Rocher, the Rock ! Il est là ! Droit devant !

Alors que je contemple cette silhouette énorme qui se détache dans le contre jour, le comité d’accueil arrive pour me souhaiter la bienvenue. Un, puis deux. Trois, cinq, six dauphins s’approchent pas le travers et viennent se positionner à la proue. Je bondis sur mon appareil.

Le spectacle est fantastique. Une, non deux mères et leurs quatre petits il me semble… Les jeunes font des cabrioles, ils sautent en montrant leur ventre blanc alors que les deux mamans restent sagement juste devant l’étrave. Je filme aussi bien que je le peux cette première vraie rencontre. Si vous saviez comme j’en ai rêvé de ce moment ! C’est magique…

Yes !
C’est marrant, mais j’ai l’impression que les dauphins ne sont venus que pour qu’on les regarde… Je veux dire que par deux fois je suis retourné à l’arrière pour vérifier le cap, et à chaque fois que je n’étais plus à l’étrave pour les admirer et crier ma joie, ils semblaient se désintéresser du bateau. Et lorsque je reprenais ma position, penché à l’avant, ils réapparaissaient pour reprendre leurs cabrioles ! Vous croyez que les dauphins sont des cabotins ?

Pendant une demi-heure, cette joyeuse bande va caracoler devant la Boiteuse. Puis une autre troupe les rejoindra et pendant un bref moment je vois des dauphins partout autour de moi ! Des dizaines ! Je ne sais plus où regarder tellement il y en a ! Leur curiosité sans doute satisfaite, ma petite famille s’en va rejoindre les autres et ils s’éloignent. Quelle arrivée mes amis !

Vidéo en cours de fabrication. Soyez patients !

20H00, je passe le cap Europa. Pile poil comme c’était prévu. La baie d’Algeciras est pleine de GROS bateaux au mouillage et il me faut slalomer entre eux pour trouver ma route. Des cargos, des pétroliers, des gaziers… Sans parler des ferrys qui fonce à toute vitesse. Le vent promis est là mais beaucoup trop fort pour que j’en profite vraiment.

21H00, j’arrive au port de la Línea… Et je m’entends dire que je vais devoir rester toute la nuit au quai d’accueil parce que les bureaux sont fermés. Pas d’eau, pas d’électricité. Je me tâte un peu et je décide de tenter ma chance à Algeciras. Peut-être que là-bas ?

Heu... Je peux passer ?
Quatre milles en plein trafic alors que le soleil se couche. Le panorama est joli, mais c’est plutôt risqué comme promenade. J’arrive à la nuit et je poireaute pendant au moins une demi-heure en faisant des cercles dans l’avant port, m’époumonant à la radio pour contacter le marinero. Peine perdue. Las, je m’accroche alors au ponton des carburants, et après avoir vérifié qu’il n’y avait vraiment personne, je me suis couché.

Le lendemain, ce matin donc, je choppe le gardien qui m’explique qu’il m’avait vu mais que ça radio n’avait plus de batteries (lui aussi !). Grumf… Je m’enquière des formalités et j’apprends que les places ici sont rares et que la marina n’est pas équipée de chiottes ni de douches (ou alors à perpette) et que pour le wifi je pouvais toujours ma gratter. Chouette !
Je réfléchis deux secondes et je décide de retourner à la Línea, là où j’aurais dû rester si je n’étais pas aussi têtu. Une heure de nave dans une véritable marmite en ébullition. Ça souffle au moins du F6 en rafale et je vois des tourbillons d’eau salée décoller de la surface de la mer ! Mais c’est quoi cet endroit…

Y'a pire !
Je suis donc actuellement à la Línea, où je vais, je pense, revoir un peu mon programme. Avant de me lancer je veux être absolument sûr de ne plus avoir de mauvaises surprises. Je vais donc vérifier tous les contacteurs, les changer si besoin est, et revoir encore une fois mon circuit électrique au grand complet… C’est plein de bateau de voyage ici, et ce sera bien le diable si je ne trouve pas quelqu’un pour m'aider. Au pire, je sais que Raymond passera par ici dans quelques jours, il me donnera bien un coup de main ! Hein Raymond ?

Voilà, je suis désolé les amis, mais pour les Canaries il va falloir attendre encore un peu. Cela dit, il y a pire comme endroit pour faire escale non ?

D'autres photos :