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dimanche 1 mai 2011

De Barcelone à Tarragone

Le samedi 30 avril 2011
41°06.503N 01°15.132E
Tarragone

05H39 : La Boiteuse est presque prête à prendre la mer. Presque. Aussi je crois que je peux prendre un peu de temps pour vous raconter ma soirée d’hier.

Convivialité...
Je vous disais que sur le ponton du Port Vell de Barcelone il y avait de la vie. Des gens y habitent et forment une petite communauté qui pour l’instant n’avait fait que m’observer du coin de l’œil. Des holàs, comme ça en se croisant en allant aux chiottes, mais rien qui ne sorte de la politesse convenue. Jusqu’à ce que je rencontre Maité.

Un salut de la tête pour commencer, puis une rencontre au bar du Fastnet où elle me demande d’où je viens et où je vais… Et puis hier Maité m’a invité à boire un verre sur son bateau, le Mistral III.
Et là j’ai fais la connaissance d’une femme extraordinaire. Catalane pur jus, avec des idées et un caractère bien trempé, Maité force le respect. Elle vit seule sur son bateau et connait tout le monde. Du coup elle m’a présenté à tout le monde… Maya, ma charmante voisine qui ne m’avait pas adressé un mot depuis mon arrivé, Luiz qui vit avec son fils sur le ponton d’à côté, Juan, et John un hollandais qui vit lui aussi sur la marina.
Nous nous somme retrouvé sur le Mistral III devant un apéro et des tranches de Chorizo et nous avons parlé. Nous avons parlé de tout et de rien, de mon voyage, des voyages des autres, de la vie à Port Vell… Une discussion qui s’est poursuivit tard dans la nuit alors que j’avais mon bateau à mettre en ordre de marche. Mais bon, c’est pas grave, j’ai tellement apprécié ces moments de convivialité que j’ai accepté volontiers de devoir mettre les bouchées doubles le lendemain matin.

Moralité : J’ai déjà dis plusieurs fois que la vie pouvait être bizarre, mais elle peut être également très injuste. Pourquoi a-t-il fallut que je rencontre ces gens formidables la veille de mon départ ? Allez savoir… Moi-même, après avoir passé pas mal de temps à me creuser les méninges, j’ai renoncé désormais à me poser la question. C’est comme ça, un point c’est tout. Et il faut faire avec.
Pourtant, pendant un moment j’ai bien pensé à… Mais non. J’avais pris une décision et je devais m’y tenir. J’avais prévu de partir ce samedi de Barcelone, alors c’est-ce que j’ai fait.

Le Royal Clipper
07H50 exactement, je quitte Barcelone. Je salue au passage le plus grand voilier du monde, le Royal Clipper et ses cinq mats. Cette réplique construite sur le modèle des clippers du début du siècle dernier est une véritable splendeur (voir ICI)…

Puis à la sortie du port je me fais cueillir par une houle du Nord-est pas mal formée qui ira en s’accentuant au fur et à mesure que je m’éloigne de la côte pour éviter les cargos au mouillage. Cap au 240° et la Boiteuse se retrouve au Grand largue, avec la houle dans le cul… Je vous l’ai déjà dit, elle n’aime pas beaucoup ça et moi aussi. On se dandine comme un bouchon dans des creux qui iront jusqu’à deux mètres et ce qui devait arriver arriva : J’ai été malade.

Burpl !
Ça a été mon premier et vrai mal de mer depuis mon départ. Une horreur. L’estomac au bord des lèvres, plus de force dans tout le corps, des sueurs et des frissons partout… j’étais mal.
Avec le recul je me dis que c’est un peu normal vu que la veille au soir je m’étais couché tard et n’avais pratiquement rien avalé (et à midi également si mes souvenirs sont bons). Et comme je ne déjeune pas le matin… Bref, c’est ma faute. Mais en attendant j’étais assez mal barré. Le moindre effort physique me donnait envie de gerber. La moindre pensée d’un effort quelconque me donnait envie de gerber. J’ai bien essayé d’avaler une banane pour avoir justement quelque chose à gerber, mais elle n‘a pas voulue…

Ça va mieux...
Heureusement Eole m’a fait une fleur. Une bonne petite brise bien portante et régulière m’a permis de mettre La boiteuse comme sur des rails. Pilote branché, rien devant, je me suis allongé et j’ai fermé les yeux. Sans vraiment dormir mais en me laissant bercer (genre balançoire pour les grands tout de même !) ce fichu mal de mer a réussi à s’atténuer. Vers 10H00 j’ai pu enfin avaler ma banane, et à midi c’était pratiquement terminé. Seul un léger mal de tête ne me quittera pas de la journée, mais j’ai pu bien déjeuner et être en forme pour le reste de la journée.

Cette satanée houle venue de France (Grrr !!!) ne m’a pas lâchée jusqu’à mon arrivée, mais elle a permis à la Boiteuse d’effectuer une honnête moyenne. 55 milles en 10H40, c’est pas mal. Avec des petits surfs bien sympas sur la crête de vague, à plus de huit nœuds !
C’est bien ma fille.

Brave fille !
Bon sinon je n’ai pas grand-chose à vous raconter sur la côte. C’est moche. De Barcelone à Tarragone ce ne sont que plages de sable et bétonnage. S’il y a quelque chose de doré sur la Costa Dorada, comme elle s’appelle, ça doit surtout être le portefeuille des promoteurs immobiliers. Mais comme ils sont pratiquement tous ruinés maintenant, je me dis que c’est bien fait pour leur gueule. Z’avaient pas qu’à faire des trucs moches.
Il n’y a qu’à l’approche de Tarragone où le paysage s’améliore avec quelques beaux reliefs rocheux, des petites villes où dominent d’anciennes abbayes. Un très beau château dont j’ai complètement oublié le nom… Par deux fois j’ai croisé des flottes d’optimistes et de dériveurs barrés par des enfants qui s’amusaient comme des fous dans la houle (sont cons ces gosses !), mais ce fut presque tout.

Je suis arrivé au Port Deportivo de Tarragona à 18H20. Le gardien du port m’a attribué une place, j’ai demandé les codes pour les toilettes, les douches et le wifi, et je me suis installé. J’étais crevé. La connexion étant assez chaotique j’ai renoncé assez vite à répondre à vos commentaires, et je me suis fait quelques pâtes accompagnées d’une fricassé de tentacules de poulpes… Miam !
Et à 21H00 au pieu !

Cache-cache
Ce matin, quatre heure du mat’, je me suis réveillé en m’apercevant qu’à l’extérieur la fête battait son plein. En effet trois boites de nuit sont installées sur le port et l’insonorisation semble n’être qu’un vœu pieux chez elles !

Programme léger aujourd’hui puisque l’étape du jour devrait me mener à l’Ametlla de Mar (25 milles à peine), petit port juste avant le delta de l’Ebre. Car ce delta assez large, qui marquera également la frontière entre la Catalogne et la Valenciana, est un endroit un peu délicat à négocier avec pas mal de courants et de bancs de sables… Je préfère donc me le réserver pour lundi et le passer en une journée.

Voilà ce qu’il y avait à dire sur cette journée du 30 avril. Aujourd’hui nous sommes le 1er mai et c’est la fête des travailleurs. J’ai bien dis les travailleurs et non pas la fête du travail comme j’ai pu le lire sur mon agenda… D’ailleurs ici on dit el dia de los trabajadores. Alors bonne fête à tous les trabajadores du monde !

vendredi 29 avril 2011

On s’en va…

41°22.817N 02°11.121E
Barcelone

La Barceloneta
C’est bizarre la vie tout de même… Hier je vous annonçais que j’allais selon toute vraisemblance rester quelques jours de plus à Barcelone, et bien non.

Alors que je me rendais à la Capitainerie pour y annoncer mon désir de rester jusqu’à la fin du weekend, j’ai eu la surprise de trouver mon colis qui m’y attendait. Et après il y’en a qui vont râler sur les soi-disant dysfonctionnements des Services Publics… Mais bon, donc mon colis était là, et j’apprends dans la foulée que dès le premier mai, le port allait sensiblement augmenter ses tarifs, et que j‘allais passer de 17 € à 25 €… Oui, lui aussi. Sauf qu’ici il n’y a pas de basse, de moyenne et de haute saison, il y a l’été et l’hiver, point barre. Et l’hiver est beaucoup plus long que l’été, d’un point de vue tarifaire s’entend.

Le Fastnet et sa serveuse...
Sur le moment la nouvelle m’a un peu perturbé. C’est que mine de rien je m’étais fait à ce séjour à Barcelone, entre farniente et glandouille, balade à pied et cafe con leche en agréable compagnie… Mais bon, je ne sais pas si vous l’avez remarqué mais depuis le début de cette aventure je reçois de temps en temps de ces petits (ou grand) coups de pied au cul qui m’obligent à changer mes plans et à improviser. Et jusqu’à présent cela m’a toujours été profitable… Donc, je vais quitter Barcelone et poursuivre ma route.

J’ai consulté les augures météorologiques, réexaminé encore une fois mes carte, et j’envisage de partir demain samedi aux aurores.

Un vol de colombes...
En fait, je me suis carrément concocté un programme de navigation aux petits oignons. Programme qui est bien sûr susceptible d’être modifié au dernier moment selon les conditions météo et les aléas de la navigation, mais ça vous donne déjà une idée.
J’ai l’intention de rallier Valence (Valencia) en quatre ou cinq étapes. Arrivé là-bas je m’offre deux ou trois jours de repos, et puis je repars. Pareil, une petite semaine de nave et repos. Et ainsi de suite.
J’ai calculé (à la louche hein !) que je devrais atteindre Málaga (537 milles), aux portes de Gibraltar d’ici… Allez, on va dire quatre semaines en comptant les pauses. Peut-être un peu moins.


Ça c'est pour Tsuki !
Alors le programme de la journée sera de remettre la Boiteuse en configuration de voyage. Vérifier tout ce qu’il y a à vérifier, ranger tout ce qu’il y a à ranger, faire le plein de tout… Une journée assez chargée en perspective mais qui ne m’empêchera cependant pas de sacrifier à mes petites habitudes de connexion internet. Après, ce sera un peu plus aléatoire…

Que vous dire d’autre ? Qu’il a plu une bonne partie de la nuit et que ça s’est dégagé depuis… Qu’ici sur les radios on ne parle que du mariage princier entre Guillermo et Kate (ben oui, eux ils disent Guillermo et pas William). 2,5 milliards de spectateurs attendus… Je sais, ça fait frémir.
Que le blog de la Boiteuse fêtera demain ses un an et qu’il a reçu depuis sa naissance quelques 5850 visiteurs. Et que moi, et bien dans deux jours cela fera un mois que je suis parti de Saint Laurent du Var… Déjà un mois, oui je sais, ça fait drôle.

Merci Bourreau !
Ah oui, vous voulez peut-être savoir ce qu’il y avait dans ce fameux colis que j’attendais ? Non ? Si ? Et bien c’est un livre offert par notre ami Bourreau et qui s’intitule Splendeur et dangers de la faune marine ! Rien que ça !
Il vous indique ce qu’il faut faire lorsque vous vous faites piquer par une raie ou par un poisson-pierre par exemple. Ou encore quels sont les premiers soins à apporter lors de morsures de requin… Bref, que des trucs à vous dégoûter de plonger un jour vos gambettes dans l’eau ! Mais je reconnais bien là l’humour décalé de mon ami Bourreau. Il n’y avait que lui pour m’offrir un truc pareil !
En plus c’est vachement bien illustré…

Bon, chers lecteurs, je vais vous laisser pour aujourd’hui, car j’ai pas mal de choses à faire. Pour ne rien vous cacher et malgré ce que je vous ai dit sur les coups de pieds au cul et tout ça, j’ai un peu de peine à quitter Barcelone. C’est vraiment une ville où l’on se sent bien. Où en tous cas, moi je me sens bien.
Mais j’imagine qu’au cours de ma route j’en rencontrerais d’autres de villes où je me sentirais bien… Et j’imagine aussi que les lieux c’est un peu comme les histoires d’amour ; On se rencontre, on se plaît, on vit quelque chose de bien et on se quitte. Voilà encore un truc auquel je vais devoir m’habituer…

jeudi 28 avril 2011

J’suis con, douillet, et pathétique !

41°22.817N 02°11.121E
Barcelone

El derrotero
Figurez-vous, braves gens, que j’étais hier matin, et ce depuis plusieurs heures, à plancher sur ma prochaine navigation. Je potassais mes cartes, électroniques et papiers, et j’épluchais le tout nouveau Derrotero de las costas del mediterráneo dont je viens de faire l’acquisition, lorsque…

Pardon ? C’est quoi le Derrotero de las costas del mediterráneo ? Et bien c’est un document précieux qui décrit avec une précision professionnelle l’approche et l’organisation de tous les ports de la côte espagnole de Gibraltar au Cap Creus. Rien que ça. Oui, en français on appellerait ça un guide nautique, sauf que celui-là est espagnol, et qu’il est vachement plus technique que le français. Et moins cher aussi.

J’en étais où moi ? Ah oui, j’épluchais le Derrotero lorsque…

Oui il est en espagnol, et alors ? Ça pose un problème ? Pas à moi en tous cas (et non je ne frime pas).

El derrotero tambien
Donc… C’est bon, je peux continuer ? Donc disais-je, je planchais studieusement sur ma navigation que je prévoyais pour la journée de vendredi. Demain donc. J’avais déjà plus ou moins organisé le temps qui me restait, et je m’apprêtais à entreprendre quelques travaux en cette belle journée qui s’annonçait. Lorsque soudain je me suis rappelé que je ne pouvais pas partir vendredi !
En tous cas pas avant d’avoir reçu le colis qui vient de France et qui m’a été envoyé par notre chère Momo en fin de semaine dernière !
Donc, il n’y aura pas de départ cette semaine… Plus probablement en début de la prochaine, car fêtes de Pâques oblige, les postes Françaises et Espagnoles (on dit Correos ici) ont fait un grand pont des deux côtés de la frontière.
Résultat, j’aurais passé deux heures à potasser une navigation en fonction de conditions météos qui seront périmées lorsque je reprendrais enfin la route… J’suis con… Non mais parfois je me mettrais des baffes si je n’étais à ce point douillet.

Argh !!!!
Donc, j’ai laissé tombé ma nave et pendant que j’y étais je me suis demandé ce que j’avais bien pu oublier d’autre. Et bien en consultant mon agenda, je me suis rendu compte que le 24 avril je devais me faire piquer ! Il s’agissait de ma deuxième et dernière injection du vaccin contre l’hépatite A et B, que je me trimballe dans le frigo depuis un mois.
Bon, le toubib lorsqu’il m’a fait la première m’a bien expliqué comment il fallait que je fasse pour la seconde. Tu vas voir qu’il m’a dit, une intramusculaire c’est tout simple ! Tu pinces le muscle, tu rentres dans le lard d’un coup sec et tu appuies doucement… Mouais, c’est tout simple, mon cul ! C’est que je suis douillet moi… (Je vous l’ai dis non ?)
Ne tenant pas tant que ça à m’enfoncer cette aiguille, aussi petite soit-elle, dans mon corps d’Apollon, je me suis donc mis en quête d’une bonne âme susceptible de me piquer.

Je me suis dit que ça serait bien le diable si je n’arrivais pas à trouver dans ce monde de la plaisance où les professions libérales sont reines, un toubib, un(e) infirmie(ère), voir à la limite un vétérinaire…
Et mes pas m’ont conduit directement sur le ponton d’à côté ou j’avais repéré un bateau français fraîchement arrivé. Bonne pioche ! Il y avait deux médecins à bord !
Du coup je me suis présenté pour l’apéro avec quelques bières et mon petit vaccin. Une charmante dame m’a fait l’injection (aïe !) et nous avons papoté tous ensemble en prenant le soleil.

Configuration "à la canadienne"
Car soleil il y avait, un franc et grand soleil comme jamais encore depuis mon arrivée. Du coup les températures sont montées en flèche (35° à l’intérieur du bateau) et avec elles les premiers moustiques. Heureusement, je n’ai pas un sang très attractif pour cette engeance et je crois même pouvoir dire que je suis plus ou moins immunisé contre eux depuis que je me suis fait dévoré en Guyane il y a vingt ans. Car les moustiques européens sont des pygmées anorexiques par rapport à ceux que l’on trouve en Amazonie, croyez-moi.

Bref, comme il faisait beau j’en ai profité pour laver un peu le pont de la Boiteuse qui se trimballait une couche de sel comac depuis mon départ. J’ai également réparé un petit accroc que j’avais repéré sur la GV. Une petite déchirure de trois centimètres au niveau de la troisième latte (toujours la même) que j’ai arrêté avec un adhésif spécial. Pour bien faire il aurait fallu que je renforce le tout avec quelques points de couture, mais je ne suis pas encore un pro dans ce domaine. Donc ce sera pour plus tard.

So romantic !
En fin de journée je me suis rendu au Fastnet pour boire un jus de pêche (melocotón) et prendre les derniers messages et j’ai eu la surprise de voir la serveuse (celle qui avait un si joli sourire) traverser toute la terrasse pour venir me demander comment j’allais et me plaquer deux bises sur les joues ! Et ceci alors que nous n’avons à peine échangé deux mots depuis une semaine. Comme quoi, je ne suis peut-être pas aussi rouillé que je veux bien le croire concernant les signaux féminins… J’en suis resté tout baba et rouge comme une pivoine. Et puis un peu perplexe aussi.
Ah lala Gwen… Il suffit qu’un joli minois te fasse un sourire et voilà que tu t’emballes comme un poulain de deux ans… T’es pathétique parfois, moi j’te le dis.

Bon, aujourd’hui j’ai lancé une grande lessive. Je veux dire que j’ai mis à tremper le bordel avec plein de mousse et que d’ici la fin de matinée je vais faire semblant de frotter un peu avant que de rincer et de décorer les haubans de la Boiteuse avec mes caleçons et mes tee-shirts ! Faudra que je pense à prendre une photo.
Il faut que je fasse un ravitaillement alimentaire également, et puis je vais passer à la Capitainerie pour voir si le colis est arrivé (on ne sait jamais) et prolonger s’il y a lieu de quelques jours mon séjour à Barcelone.

Et puis en fin de journée, j’irais sans doute boire un jus de fruit au Fastnet



lundi 25 avril 2011

Impressions de Barcelone

41°22.817N 02°11.121E
Barcelone

Ma maison et sa vue...
La première chose qui m’a frappé en arrivant à Barcelone, et après une petite semaine en immersion catalane à Sant Feliu, c’est le nombre incroyable de langues que j’ai pu entendre autour de moi. J’entends de tout : De catalan bien sûr, du castillan, de l’anglais, de l’allemand, de l’italien, du français… Beaucoup de français. Trop même. C’est à croire que Barcelone est envahie par les hordes franques…
Pour preuve cette flopé de familles françaises en goguette que je croise régulièrement depuis mon arrivée. Des touristes dans le plein sens du terme, c’est-à-dire qu’il font un tour, et puis s’en vont. « Oh chéri, regarde comme c’est joli ! », dit la dame. « Tu sais, on a les mêmes à Poitiers » lui répond son époux. Et d’ajouter à l’adresse du grand benêt qui les accompagne « Tu pourrais nous attendre au moins ! ».
Urban way of life
Ou encore ces hordes agglutinées d’adolescents français qui arpentent les rues braillant comme des gorets, accompagnées par leurs professeurs blasés et résignés… Ils me font honte, aussi lorsque l’un ou l’une d’entre eux manque de me bousculer dans la cohue des ramblas, je m’exprime en espagnol pour bien marquer ma différence avec leur stupide exubérance. Ce sont les vacances de Pâques, la saison des grandes migrations scolaires… A la même période, ce sont les mêmes hordes d’adolescents ibériques qui arpentent les boulevards de Nice.
Chassé-croisé d’échange culturel où la culture n’est que l’alibi d’une exploration autrement plus intéressante de l’autre sexe. De la ville visitée ils ne retiendront rien, seul restera le souvenir d’un échange humide de salive et de caresses furtives volées dans un coin sombre.

Mon quartier !
Vous l’avez compris j’ai tendance à fuir mes compatriotes. Pourquoi, je ne sais pas. Mais c’est comme ça. Ils me gonflent. Mais j’ai beau faire, j’ai beau m’enfoncer au plus loin dans les ruelles sombres de la Ciutat Vella ou de la Barceloneta, il faut toujours que je tombe sur un ou une française… Et pourtant j’essaye de me balader tôt le matin pour éviter la foule, mais il semblerait que tous mes compatriotes aient la même idée en même temps que moi. Il faut dire aussi que tôt le matin ici, c’est neuf heures… Avant, la ville dort encore.

Si j’arrive à faire abstraction de cette pollution touristique (et c’est pas facile croyez-moi), et pour peu que j’ouvre bien les yeux et les oreilles, il m’arrive de saisir à la volée des petites scènes de la vie barcelonaise de tous les jours. Des petites pépites qui font que cette ville est vraiment particulière.

Rien ne change...
Ça peut être une odeur d’égout qui plane dans certaines parties de la vieille ville et qui me rappelle un autre grande ville sur un autre continent. Belém pour ne pas la nommer. Les sirènes des ambulances qui oscillent entre le pimpon européen et le hurlement américain. Ces immeubles qui bordent les rues étroites des vieux quartiers. Le linge aux fenêtres. Les vieux qui discutent sur le pas des portes assis sur des chaises branlantes. Les taxis bicolores, noirs et jaunes qui sillonnent la ville en tous sens. Les pharmacies qui arborent une croix de Malte rouge. Les petites mains, ces vendeurs de tickets de loterie au coin des rues. Ces livreurs, ces gardiens de parking, ces portiers… Tous ces petits métiers qui ont disparu de notre horizon français au nom de fric roi. Ici, apparemment, ils en vivent encore. Quand je pense que certains hurlent à la « modernisation » du pays…

... à part les slogans.
Moi je ne voudrais pas qu’il se modernise ce pays, je le trouve très bien comme ça. C’est bien simple il est comme la France il y a 30 ans. Attention, je ne veux pas dire que l’Espagne est un pays arriéré, non. Ce que je veux dire c’est qu’elle n’est pas encore totalement bouffée par le libéralisme. Elle est encore un peu préservée. Et c’est particulièrement patent en Catalogne. Ici on sait encore ce que c’est qu’un Service Public, avec de belles majuscules révérencieuses devant les mots. La question que l’on peut se poser c’est : Pour combien de temps encore ?
Car les loups sont aux portes de la ville, et le peuple commence à s’en rendre compte. Augmentation des taxes (pas des impôts hein ? Faut pas confondre !), réduction des dépenses publiques… Enfin, vous connaissez la chanson.

By night
C’est marrant, mais en règle générale je n’aime pas les grandes villes. Je dis bien en règle générale car Barcelone est pour l’instant la seule exception à cette règle que je connaisse. Moi ce que j’aime ce sont les petits villages, les petites villes, comme celles de mon enfance… Les grands entassements humains m’inquiètent, même si je connais et j’apprécie la sécurité que l’on y ressent à être un anonyme au milieu de la foule. Mais Barcelone est vraiment différente.

Barcelone est ce qu’on pourrait appeler une ville ouverte. Une mégalopole ouverte même, tant cette ville de plus d’un million et demi d’habitants est cosmopolite. Car, en plus des touristes, d’innombrables nationalités vivent et travaillent à Barcelone. C’est une gigantesque auberge espagnole comme dirait l’autre. Aussi, lorsque vous croisez quelqu’un, il y a une chance sur deux pour qu’il ne soit pas barcelonais…

Plaça Georges Orwell
Mais il n’empêche que barcelonaise ou pas, les femmes y sont belles… Seigneur qu’elles sont belles !
Elles sont, comment vous dire, naturelles. Oui c’est ça naturelles.
Par exemple, sur la Côte d’Azur, le prototype de la jeune fille c’est la cagole. Tout dans le paraître et rien dans la tronche, avec une mèche aplatie sur le front et vêtement aux fausses marques ostensibles. A Barcelone les jeunes filles, et les jeunes femmes, sont vêtue avec recherche mais dans un mélange de grunge-baba-écolo modernisé, si vous voyez ce que je veux dire. Saroual aux couleurs bigarrées, piercings, peu de maquillage, des bijoux ethniques, des blouses chamarrées avec des décolletés sages mais sexy... La barcelonaise fend la foule sur son vélo, sûre d’elle.
La femme plus mûre garde ce caractère naturel tout en y mêlant une touche supplémentaire de sophistication, mais à peine. Je crois qu’on peut dire qu’en règle générale les femmes de Barcelone sont cool.
En fait, et ça doit être une horreur pour tous les libéraux, cette ville est une ville de bobos !

Puisque je vous le dis !
Il y a un truc qui me fait marrer, c’est que la Boiteuse et moi on doit figurer en arrière plan de pas mal de photos de vacances. Je les vois ces touristes se photographier les uns les autres avec le port et la ville en fond, et moi qui égoutte mes pâtes ou qui étend mon linge. C’est qu’ici, sur les pontons il y a de la vie. Des gens y habitent à l’année, quittant le port au petit matin pour se rendre à leur travail en habit de ville et revenant le soir pour réintégrer ce qui doit être somme toute le logement le moins cher de la ville compte tenu du quartier. La plupart me saluent de la tête en passant devant la Boiteuse, mais aucun n’a jugé bon pour l’instant d’entamer la conversation.
A part Nico, architecte argentin, dont j’ai fait la connaissance, et qui vit depuis dix ans à Barcelone et depuis trois mois sur un Dufour.

Cafe con leche
Je commence à avoir mes petites habitudes. Le matin j’écris, puis sur les coups de neuf heures je me rends dans la vieille ville, au Venus pour consulter Internet. Je sirote mon cafe con leche en répondant à vos commentaires. Je m’y suis fait à ce truc le cafe con leche… D’ordinaire je n’aime le café que pur et fort, mais au bout de quelques-uns j’ai l’impression d’avoir les yeux qui tremblent et les mains exorbitées. Donc le cafe con leche c’est bien puisque c’est surtout du lait tiède légèrement parfumé au café.

Puis, je vais me balader. Si j’en ai besoin je fais quelques courses au mercat de la Barceloneta, mais la plupart du temps j’arpente les rues à la recherche de quelque chose d’insolite. Je regarde les gens… Parfois j’ai l’impression d’être un ethnologue. Ou bien je rentre au bateau pour bricoler ou bouquiner. Une petite sieste après déjeuner, puis j’écris de nouveau. Vers 18H00 je me rends au Fastnet, un pub juste en face de la marina. La connexion est moins bonne, mais j’aime bien le sourire de la serveuse. Hélas, très vite la foule envahi mon espace et je dois alors me réfugier sur la Boiteuse. Là, j’écris encore… Puis je dîne, je lis ou je regarde alors un film et je vais ensuite me coucher. Il est rarement plus de 22H00.
C’est un rythme différent auquel j’étais habitué… Un rythme qui me laisse énormément de temps pour penser.

Derrière les portes cochères...
Et penser c’est comme l’alcool, ça peut être bien, mais ça peut aussi être mauvais quand on en abuse. Parfois il m’arrive d’avoir des coups de blues… Des souvenirs de mon passé qui me remontent à la gueule et qui, oserais-je le dire, me font pour la première fois depuis des années me sentir seul.
Je ne m’attendais pas à ça. Je veux dire que lorsque j’imaginais ma vie future sur la Boiteuse, je ne pensais pas que gérer ma solitude allait être un problème. Après tout, cela faisait vingt ans que je vivais seul et je m’en accommodais aisément. Mais là c’est différent.
Et cette différence, je crois que c’est parce que pour la première fois depuis longtemps, j’ai quelque chose de valable dans ma foutue vie à partager avec quelqu’un. Oh bien sûr il y a vous mes lecteurs (et heureusement que vous êtes là d’ailleurs !), mais vous ne suffisez pas… Vous ne suffisez plus. Et ça, c’est vraiment quelque chose de nouveau pour moi.
Mais bon, ça reste pour l’instant supportable.

Un cul-de-sac
Il a fallut que je marche jusqu’au Port Olympico pour trouver un magasin dédié au nautisme. J’en ai repéré les horaires d’ouvertures et je m’y rendrais de nouveau dès demain pour y acheter quelques menues choses dont j’ai besoin. Il me faut des cartes par exemple, car ma mésaventure avec Maxsea à mon arrivée m’a un peu échaudé quant au tout électronique. De même j’ai besoin du plan des ports d’ici à Gibraltar…
Car cela fait cinq jours que je suis ici, et même si j’adore vraiment cette ville j’ai de nouveau des fourmis dans les jambes. Hier, j’ai commencé à réfléchir sur le programme de navigation de ces prochaines semaines, et de m’être plongé dans les cartes a eut l’effet de réveiller en moi l’envie de découvrir d’autres lieux. Oh, je n’ai pas fini de voir tout ce qu’il y a à voir à Barcelone, pour ça il faudrait sans doute des années, mais je sens qu’il est bientôt temps pour moi de bouger.
Ben oui...
Donc, je laisse passer les fêtes de Pâques, et dès mardi je commence à m’occuper de la suite du voyage…
Je viens de calculer que depuis mon départ de Saint Laurent du Var j’avais parcouru 371.25 milles nautiques… Et que pour rejoindre Faro au Portugal il allait me falloir en parcourir presque 800 autres. Et que si je continu à flâner de cette façon il me faudra deux mois pour y arriver. Et pourquoi pas d’ailleurs ? J’ai tout mon temps désormais.

Bon, nous sommes aujourd’hui le lundi de Pâques, et ici point de lapin ni de cloches. Les catalans s’offrent uniquement des roses le samedi qui précède, des roses avec des épis de blé… Ils n’ont pas cédés au marchants du temple, ceux qui inventent des traditions pour pouvoir faire leur beurre !
Sinon, pratiquement tout est fermé et j’ai dû galérer pour trouver un café-internet pour vous poster cet article. En plus le temps est à l’orage… Donc, si vous le voulez bien on va s’arrêter là pour aujourd’hui.
Mais oui, rassurez-vous, je reviendrais bien vite pour vous raconter la suite !

Adios !

Mon prochain bateau
Et 15% déjà l'année dernière...
L'appel du large

Un ponton pour balcon

vendredi 22 avril 2011

Réflexions catalanes

41°22.817N 02°11.121E
Barcelone

Si la date qui s’inscrit automatiquement au dessus de cet article ne me trompe pas (et pourquoi le ferait-elle ?), nous somme effectivement le vendredi 22 avril 2011.
Outre le fait que c’est une journée fériée et qu’en plus il pleut et qu’il fait froid, Barcelone a de la peine à se réveiller ce matin. Encore plus de peine que d’habitude devrais-je dire. Moi qui suis un lève tôt, c’est un véritable calvaire que de devoir attendre 09H00-09H30 pour pouvoir trouver un endroit où me brancher sur vous et sur le reste du monde… Je n’ai pas encore pris le pli de me laisser vivre selon le rythme espagnol, ni celui de me détacher des liens cybernétiques qui me lient à mon ancienne vie. Mais j’y travaille croyez-moi. 
Or donc nous sommes le 22 avril, et je me disais qu’il était peut-être temps de coucher sur le clavier ce qui est pour moi maintenant une évidence et pour vous sans doute aussi : Je ne traverserais pas l’Atlantique cette saison.

D’ailleurs cela était-il seulement réalisable ? En suis-je à me demander. Sans doute pas. Je suis parti trop tard et mal préparé… Et la mer dans sa grande mansuétude a eut la gentillesse de me le faire comprendre dès le début et avant que je me retrouve véritablement dans la merde. Aussi, comme je suis une personne relativement sensée, plutôt que de me morfondre sur ce qui pourrait être considéré comme un échec, je préfère encore envisager l’avenir.
C’est raté pour ce printemps ? Pas si grave, on fera ça à l’automne. J’ai donc six mois à tirer avant de me retrouver sur la ligne de départ aux Canaries ou au Cap Vert. Bien. D’ici-là, quoi faire ? Ou aller ? Combien ça va me coûter ? Et puis d’autres questions sur le long terme comme par exemple la traversée du détroit de Magellan retardée d’une année… Un an en Amérique du Sud, est-ce que je pourrais me le permettre ?

Autant de questions auxquelles je n’étais pas préparé et sur lesquelles il va pourtant falloir me pencher.

Mais cela risque de prendre un peu de temps, car franchement, là tout de suite, j’aurais envie de répondre que je n’en sais rien. J’ai bien quelques idées, mais elles sont encore trop vagues. Heureusement pour moi la place de port, ici à Barcelone, est très peu chère et je vais pouvoir prendre le temps d’envisager l’avenir sans trop de pression.

Des noms résonnent dans ma tête et me tentent. Comme les Baléares par exemple, ou encore le Maroc. Je ne sais pas encore quand, ni comment, mais j’irais très certainement vers ces endroits-là. Et puis j’aime l’Espagne, et j’ai envie aussi d’en découvrir d’autres régions maritimes. Le Portugal aussi pourquoi pas. Ce serait une occasion de faire plaisir à Dominique et également celle de passer par Madère avant que de rejoindre les Canaries. Et moi qui voulais éviter l’Afrique, je me disais qu’un petit tour au Sénégal pouvait être intéressant…
Mais bon, on verra bien. Pour l’instant j’ai envie de me laisser vivre et de clopiner tranquillement dans les rues de la vieille ville de la capitale de la Catalogne. Il y a tant à voir, à sentir, à goûter…

C’est que j’ai du temps devant moi dorénavant, et c’est un luxe que je n’avais pas jusqu’alors.

jeudi 21 avril 2011

Benvinguts a Barcelona

Le mercredi 20 avril 2011

41°22.817N 02°11.121E
Barcelone

06H50 : La Boiteuse décolle en douceur des quais de Sant Feliu de Guíxols. Le soleil se lève à peine. Un dernier regard à cette petite ville bien sympathique et nous voilà parti, cap au 235°, en direction de Barcelone.

J’attendais du Nord-est de force 1 à 2, mais pour l’heure c’est un thermique qui m’accueille à la sortie du port. Un gentil thermique terrestre bien mignon, mais tout à fait insuffisant pour faire avancer la Boiteuse à une allure honnête. Aussi, après avoir pétolé pendant une heure je décide de mettre le moteur en appui avec mes deux voiles hautes.
Tien, puisqu’on en parle, vous seriez peut-être intéressez de savoir ce qu’est un thermique ? Non ? Si ? Bon d’accord, je vous explique (de toute façon je n’ai pas grand-chose à vous raconter sur cette navigation, aussi autant en profiter pour vous instruire).

Ma route
Le thermique, comme son nom l’indique, est un vent généré par l’écart de température entre la mer et la terre. Lorsque la terre est plus chaude que l’eau, la masse d’air au dessus d’elle s’élève créant un vide qui est remplacé par l’air de la mer… on a donc un courant d’air qui va de la mer vers la terre. Et inversement lorsque la terre est plus froide que l’eau, la masse d’air au dessus de l’eau s’élève et est remplacée par de l’air venant… Venant ? De la terre, bien !
La terre se réchauffe et se refroidi toujours plus vite que l’eau. C’est ainsi. Ce qui fait que le matin tôt par exemple vous avez des thermiques qui viennent de la terre, puis au fur et à mesure que la terre se réchauffe avec le soleil, plus vite que l’eau, la situation s’inverse et le vent thermique se met à souffler dans l’autre sens. C’est bon ? Vous avez compris ? Bien…

Donc, en sortant du port j’avais un thermique terrestre qui a duré jusqu’à 13H00 le temps que la terre se réch… Oui ok, je sais que vous avez compris !

Barcelone droit devant !
Bref, moteur pendant la matinée. Alors que je fumais ma pipe debout sur l’arrière confortablement adossé au portique, j’ai soudain aperçu fugitivement quelques thons sauter hors de l’eau. Je dirais entre 50 cm et un mètre les bestioles…
13H00, je coupe enfin le moteur et je peux enfin avancer à bonne allure, Grand Largue, vitesse moyenne 5,5 nœuds. Nickel.
14H30, j’aperçois les premiers buildings de Barcelone, puis le mont Juic. Enfin la tour de l’hôtel W qui marque l’entrée du port.
16H30 j’allume le bourrin, remballe la voile d’avant, et je m’apprête à préparer mon atterrissage… J’essaye de me remémorer comment se présente l’entrée, mais je rencontre alors un problème de taille : Mon souvenir et mes yeux me disent quelque chose, et la carte sur mon ordi me dit autre chose. Bon, cela m’est déjà arrivé lors de mon approche des calanques de Cassis et c’est l’ordinateur qui avait eut raison. Je décide alors de lui faire confiance encore une fois et de ne pas me fier à mon souvenir qui peut être altéré. D’autant que devant moi une demi-douzaine de pétroliers et autres cargos sont mouillés et que je dois slalomer pour ne pas m’en prendre un…

Mais euuuuuh !
Une heure plus tard je suis complètement désorienté. Rien ne colle. Ma carte électronique me dit que l’entrée du port devrait être devant moi mais je ne vois rien, et une petite voix dans ma tête me dit que je l’ai dépassée depuis belle lurette. Je temporise, observe attentivement avec les jumelles, et c’est là qu’enfin je l’aperçois cette entrée large comme deux stades de foot ! A au moins quatre milles derrière moi ! Grrr !!!
Demi-tour, et là j’ai enfin pu enfin entrer dans Barcelone à vue. Ce qui, sur Maxsea donne le tracé que vous pouvez voir… Et oui, je traverse les murs !

La leçon que j’en tire, c’est qu’il ne faut pas se fier aveuglément à l’électronique. D’accord, c’est bien pratique et c’est plutôt fiable, mais cela ne dispense en rien de vérifier ce que dit la carte par des moyens traditionnels (relèvements, observations directes). Je ferais beaucoup plus attention dorénavant.

Dong-dong-dong-dong-dong-dong...
18H00 pétante je franchis l’entrée de Port Vell. Passage à la Capitainerie où une charmante (très charmante) jeune fille me reçoit avec un sourire magnifique et des yeux pétillants. Je suis fatigué et me mélange un peu les pinceaux avec mon espagnol. Elle rit, et se montre d’une patience d’ange à mon égard… Je plane littéralement. Elle m’indique ma place et me demande combien de temps je compte rester. J’ai envie de répondre que ça dépend d’elle, mais je n’ose pas… Je lui dis finalement que je ne sais pas encore, trois ou quatre jours, ça dépendra... Le prix ? 17 € par jour ! Marquez un mois complet ! Lui dis-je aussitôt en riant.

C’est donc sur un petit nuage que je suis allé amarrer la Boiteuse à sa place. La même que celle que nous avions au mois de juillet dernier avec le Bonne Espérance, juste au pied du Palau de Mar, en bordure du Barrio de la Barceloneta.
J’ai rangé le bateau, et je me suis enquis d’un bar où pouvoir consulter internet. Un pub irlandais à deux pas du port fera très bien l’affaire… J’ai faim et je suis fatigué. Je m’arrête dans le premier resto à tapas que je trouve, et une assiette de Pulpo a la Gallega et de poissons fris plus tard je m’en retourne me coucher. Il est dix heures du soir, je m’endors comme un bébé. Du coup je ne sais même pas si le Barça a gagné…

 Allez hop ! Une petite vidéo pour fêter mon arrivée !


vendredi 23 juillet 2010

Bilan

Bien, maintenant que je vous ai raconté cette petite virée en bateau le long des côtes Françaises et Espagnoles, il serait sans doute intéressant que j’en tire une espèce de bilan... Enfin, intéressant pour moi c’est sûr, pour vous je ne sais pas. C’est vous qui verrez.
Mais je tiens quand même à rappeler aux lecteurs que je ne suis pas parti pendant quinze jours uniquement pour me dorer la pilule. Il s’agissait d’une étape importante dans l’exécution d’un plan ambitieux...

Donc, bilantisons ensemble si vous le voulez bien.

En ce qui concerne la tenue de mon pied (ce qui était quand même le but premier de cette virée), je crois que vous serez tous d’accord avec moi, cela relève du miracle.
Enfin, miracle est peut-être un mot un peu fort mais le fait est qu’il s’est comporté de façon extrêmement satisfaisante, voire même au-delà de toutes espérances.
Au fond de moi je me doutais bien que les choses se passeraient plutôt bien, mais pas à ce point là.
Depuis que je suis rentré, certains me parlent de troubles psychosomatiques, me disent que le bonheur fait bien des choses... Franchement je ne sais pas. Et j’ai même envie de dire que je n’ai pas envie de savoir. Pour moi, seul le résultat compte, et ce résultat me dit que je suis mieux sur l’eau que sur terre. Point barre.

Cette parenthèse voilière avait également un autre objectif... Dont je n’ai pas trop parlé jusqu’ici pour des raisons que vous comprendrez je pense. Il s’agissait pour moi d’évaluer mes compétences en tant que marin. En clair, répondre à la question suivante : Gwen, es-tu suffisamment compétent pour avoir et conduire ton propre voilier ?

Là, pour être tout à fait honnête avec moi-même, et avec vous, la réponse que je me fais est moins enthousiaste que pour ma cheville...
Pour ménager ma fierté je dirais que je suis conscient qu’il me reste énormément à apprendre.
Autant je pense pouvoir affirmer sans rougir être un très bon coéquipier, un navigateur correct, et un barreur à peu près compétent. Autant j’ai conscience que je suis à l’heure actuelle incapable d’effectuer tous ces trucs tout seul. Et en même temps qui plus est !

Voilà, c’est dit. Il va donc me falloir travailler à ça avant que de vouloir prendre le large, et j’envisage donc de repartir d’ici la fin de l’été afin de me former plus avant. De même, Au lieu de partir courant octobre... Et bien on va attendre un peu le printemps suivant.

L’achat du bateau est toujours programmé pour l’automne et mon emménagement dessus aussi, mais je pense passer l’hiver à, comment dire... A le prendre en main. Voilà, on va dire ça comme ça.
Il va falloir qu’on fasse connaissance tous les deux et que j’apprenne à lui faire confiance, et inversement. Donc d’octobre à mars, dès que le temps le permet la Boiteuse et moi on ira se balader main dans la main. D’abord on va faire des petits tours avec un ou deux équipiers histoire de voir comment ça se passe. Et puis peu à peu, on fera en sorte de rester en tête à tête... On ira de plus en plus loin, de plus en plus longtemps. Et une fois que ça colle, qu’on est sûr de nos sentiments, on publie les bans et on se casse.

Bon sinon, d’un point de vue humain, cette rencontre et cette cohabitation avec sept personnes que je ne connaissais pas, m’ont très agréablement surpris car elles ont révélées une facette de ma personnalité que je croyais effacée depuis une bonne vingtaine d’année... A savoir que je suis un type plutôt sympa.
Oui, c’est ça, marrez-vous, mais je vous prie de croire que pour moi, pendant un bout de temps cela n’a pas été une évidence. Loin de là.
Cela répond donc à une petite crainte que j’avais en mon fort intérieur... A savoir que je risquais de prendre goût à la solitude comme un accroc à sa came par peur d’aller vers les autres. Et bien non, j’ai retrouvé ce côté liant qui était le mien lorsque j’avais vingt ans, et ça, je peux vous dire que ça me rassure au moins autant que l’état de ma cheville.

Que peut-on dire d’autre ? Que je me suis bien marré, ça vous l’avez compris. Que j’ai énormément progressé également. Je veux dire par là que sur cette croisière, j’ai enfin compris des choses que je m’évertuais à saisir depuis dix ans sans y arriver vraiment. Donc qu’il me soit permis ici d’en remercier Régis et son sens de la pédagogie. Merci beaucoup.

Sinon, en vrac et dans le désordre ces quinze jours auront été le cadre de :

418 milles marins parcourus soit 774, 136 Km.
9 escales.
Un seul kilo de perdu, mais une taille et demi de pantalon de perdue aussi.
957 photos, 5 vidéos.
Un petit doigt égratigné, une dent cassée avec un sandwich au pâté (oui je sais, faut le faire)
Un poulet au curry façon Gwen délicieux. (voir dernière photo)
Des crumbles à la pomme façon Charline non-moins délicieux.
Zéro coup de soleil, mais un bronzage façon Glénans (avec la trace des sangles du gilet de sauvetage dans le dos).
58 chansons chantées.
Des tapas en veux-tu en voilà.
Un moral au beau fixe et une conviction renforcée.

Et puis quand je vous disais que je m’étais bien marré, en voici la preuve !




jeudi 22 juillet 2010

De Sant Feliu à Sète

Le 12 juillet 2010
42°22'24.16"N 3° 9'43.85"E
Sant Feliu de Guixols-Llansa

Le lendemain, alors que l’Espagne se réveille avec une étoile accrochée sur le devant de son pyjama, l’équipage du Bonne Espérance reprend sa route vers le Nord-Nord-Est.

Ce fut une belle journée, à la fois riche en rebondissements, en pratiques de voile, en rigolade aussi...
Tout d’abord, Eole nous a fait la grâce d’être avec nous pour une fois. Il nous a soufflé modérément dans le dos pendant la matinée pour ensuite nous offrir un petit zeph dans le près-bon-plein, ce qui fait que nous avons pu avancer de plus de 55 milles dans la journée.

Vent modéré au portant (dans le dos), pour les voileux cela veut dire une chose : On peut sortir le spi.
Bon, je vais être franc avec vous, ce n’est pas ma voile préférée... C’est joli tout plein on est d’accord, mais casse gueule si le vent n’est pas bien établi, ou si vous avez un instant d’inattention. C’est technique comme voile. En plus, c’est un peu comme si vous rajoutiez un drap de lit à votre voilure alors que jusqu’ici vous ne naviguiez qu’avec les taies d’oreiller... Vous faites une connerie, et en un rien de temps vous allez au tas.

Et c’est ce qui nous est arrivé.

Moi, je faisais la navigation (c’est pas moi m’sieur !), c'est-à-dire que j’occupais une de mes places favorites, à savoir debout dans les escaliers de la descente, avec juste la tête qui dépasse pour pouvoir regarder où on est.
Nous avancions à bonne allure (8-8.5 nœuds avec ce camping-car flottant c’est pas mal) lorsque soudain une force irrésistible fait pencher le bateau sur tribord.
Je me retrouve alors debout, droit comme un i, les deux pieds sur la gazinière. Je m’accroche comme je peux, mon regard tombe sur le hublot au dessus de la cuisine, et je ne vois que de gros bouillonnements de flotte... Là c’est clair, on vient de faire un départ au lof.

« Aller au tas » ou « partir au lof » sont des expressions qui veulent dire la même chose. Le bateau remonte le lit du vent, et le spi sensé se trouver à l’avant du bateau se retrouve sur le côté... Résultat, vous effectuez une espèce de dérapage incontrôlé, et si vous ne réagissez pas vite, le drap de lit a vite fait de vous retourner le bateau comme une galette bretonne.

J’entends Régis qui gueule : « Choque le bras ! ». Julien réagit au quart de tour (brave petit !) et j’entends l’écoute filer à toute vitesse dans les poulies. Le bateau se redresse un peu et Régis de gueuler de nouveau : « Choque la GV ! ». Une main anonyme s’en charge (ben oui, je n’ai pas vu qui s’était, vu que j’avais maintenant un pied sur la gazinière, l’autre sur la dernière marche de l’escalier et la tête collée au plafond !) et nous retrouvons enfin une position horizontale...
Cela n’aura duré que quelques secondes, mais la violence de la séquence est telle que je la vois encore au ralenti dans ma tête...
A bord, personne n’est blessé mais on est tous un peu sous le choc. Le silence s’établit alors que les visages reprennent peu à peu des couleurs. En haut du mat le spi libéré de ses écoutes flotte comme un drapeau. Un gros drapeau de 90m²...

Quand je vous disais que c’était casse gueule un spi.

On est là, tranquille. On profite. Et Eole qui semblait nous faire une fleur se met à nous postillonner dans le trou de balle. Dans ces cas-là on reste humble, on remballe ses petites affaires et on dit merci.

Et c’est ce que nous avons fait. On a remballé le bouzin, et repris notre cap avec le Génois et le GV.

Vers 13h00 la bascule a lieu au large du Cap de Creus, on se trouve donc avec un près-bon plein sympa. Moi, je vais piquer un petit roupillon des familles et lorsque j’émerge c’est pour m’apercevoir que nous sommes sur le point de mouiller dans une petit cala bien sympathique quoique déjà occupée par une dizaine d’embarcation.
Après l’effort, le réconfort.

Petit moment choisi sans malice aucune...



Une petite heure plus tard nous levions l’ancre, direction Llansa.

Le 13 juillet 2010
43° 6'31.03"N 3° 5'38.35"E
Llansa-Gruissan

Cette fois-ci la Capitainerie nous a un peu mieux placés. C'est-à-dire que nous nous trouvons un peu plus près des commodités et du village.
La veille au soir je m’en étais fait la promesse, et c’est donc avant les poules (genre 05h15) que je grimpe sur l’espèce d’oppidum rocheux qui jouxte le port. Un panneau me précise que cet endroit est occupé depuis le néolithique. Normal, depuis le sommet la vue est imprenable et la position idéale pour balancer, le cas échéant, des cailloux sur la tête de l’imprudent envahisseur.
06h10 : Top départ ! Le soleil apparait à l’horizon de l’océan méditerranéen. Clic, clic, clic, j’enchaine les photos. C’est magnifique. Je ne regrette pas les efforts qu’il m’a fallu déployer pour grimper sur ce foutu promontoire...

Avant que de retourner au bateau je fais un détour par la ville endormie. Là encore je goutte le silence et le charme de cette petite citée. Je croise les services de voirie, quelques abuelas traitent leurs jambes lourdes en marchand dans l’eau. Un couple de chats m’observe du coin de l’œil... Quelques commerçants commencent à ouvrir leurs échoppes et me saluent avec gentillesse. Vraiment agréable comme ballade.
07h30 je mets fin à cette parenthèse solitaire et rejoins mes camarades qui commencent à se lever.

Le reste de la journée ne m’a pas particulièrement marqué, si ce n’est que nous avons eu du vent de bout en bout. Après l’incident de la veille nous ne cherchons pas à faire les malins et nous prenons ce qu’Eole nous offre.

Ah si ! Le soir, un bateau est venu s’amarré tant bien que mal juste à côté de nous... A son bord, le propriétaire qui navigue depuis un bout de temps, sa femme et un ami. En les voyant faire et en les entendant nous prendre de haut parce que nous étions un bateau-école, je me suis dit que tout élèves des Glénans que nous étions, nous avions, chacun d’entre nous, bien plus d’expérience que ce type... Et ça... ça m’a plu.

Le 14 juillet 2010
43° 6'31.03"N 3° 5'38.35"E
Gruissan-Gruissan

La météo nous annonce un coup de vent... Du 5-6 sur l’échelle Beaufort de secteur sud, avec une forte houle située dans la mer du vent. 5-6, c’est jouable pour nous. Nous partons donc en direction d’Agde.
Vers 13h00, le bruit du moteur qu’on allume me sort de mon petit roupillon journalier. Qu’est-ce qui se passe ? On fait demi-tour ? Ben pourquoi ?
En fait, la houle ayant forcie et se situant directement dans l’axe d’entrée du port d’Agde, celle-ci compromet notre entrée.
J’explique : La houle c’est une onde. Ok ? L’amplitude de cette onde (du point le plus haut au point le plus bas) était de 3 m. Sachant que la profondeur à l’entrée du port est de 2,50 m et que le tirant d’eau du bateau est de 1,90 m... Une fois sur deux, selon que l’on se trouve au sommet ou bien au creux de la houle, et bien... On touche.
Vous avez compris ? Bien.

Donc on fait demi-tour et on rentre à Gruissan. De toute façon c’est pas grave, on a un jour d’avance.
Après-midi à buller comme de vrais touristes et le soir, fête nationale oblige, nous avons eu droit à un superbe feu d’artifice. C’est qu’ils ont l’air d’avoir du pognon à dépenser à Gruissan dis-donc !

Le 15 juillet 2010
43°23'47.97"N 3°42'3.72"E
Gruissan-Sète

Bon, là on n’a pas le choix il faut rentrer. Le stage se fini demain, et il nous reste encore quelques enseignement à valider, donc on trace et on rentre directement au port d’attache : Sète.
Les 37 milles (60 Km) sont vite avalés et c’est vers 17h00 que nous arrivons à ce qui était notre point de départ quelques 12 jours plus tôt.
Aussitôt quelques-uns d’entre nous se dirigent vers la gare pour régler quelques problèmes de billets de trains. Moi-même pendant un moment je me tâte pour savoir si je vais rentrer... C’est que depuis quelques jours j’ai une furieuse envie d’enquiller sur un deuxième stage. Je suis tellement bien sûr l’eau que j’ai envie d’y rester. Mais bon, avec le recul je me dis que j’ai bien fait de rentrer car sur le moment je ne me rendais pas compte à quel point j’étais fatigué...

Le soir a lieu le traditionnel repas au resto de fin de stage. En effet, depuis que je navigue avec les Glénans, à chaque fois qu’un stage se fini nous nous retrouvons tous au restaurant et nous invitons notre moniteur. Cette fois-ci encore la tradition sera respectée.

Direction les quais, où nous dénichons une gargote du nom de « l’Amphore »... Et là mes amis... Là...
Putain, je me suis régalé. En entrée la fameuse tielle sétoise, suivie par des brochettes de gambas et coquilles Saint-Jacques et pour finir une crêpe au chocolat de la mort qui tue !
Délicieux ! Succulent ! Et en plus le patron a été vachement sympa.
Bref, une bonne soirée.

Le 16 juillet 2010
43°23'47.97"N 3°42'3.72"E
Sète

Et bien voilà... On y est. C’est le dernier jour.
Il faut bien que les choses aient une fin comme dit l’autre, puisqu’elles ont un début... Mais bon, l’heure n’est pas encore aux yeux mouillés et aux échanges d’adresses puisqu’il nous reste encore pas mal de choses à faire et pas des moindres.

C’est l’ennui avec les stages à destination. L’objectif principal étant de rallier ladite destination, du coup on a tendance à en oublier que les Glénans sont d’abord et avant tout une école. Avec des leçons, des devoirs et des interros.
Depuis le début de cette histoire je vous ai fait grâce des topos impromptus de Régis sur les manœuvres, la sécurité, etc... Les cours sur l’aérodynamique, l’hydrodynamique, la météorologie (ah non, ça on l’a zappé)...
Bref, on bronze ok, mais on est là aussi pour apprendre. Et on pourrait dire que le syncrétisme (putain, j’utilise de ces mots moi ce matin !) de cet enseignement s’exprime dans un seul et même exercice : La récupération d’un Homme à la Mer (HLM), sous voile of course.

Ce genre de truc, c’est mon cauchemar. Cela demande à posséder un sens aigu de sa propre position par rapport au vent et un objet à la dérive... Bref, en dix ans il m’est arrivé de réussir cet exercice mais j’ai l’impression que c’était à chaque fois avec le plus éhonté des bols.

Ah oui, petite parenthèse. Si vous vous demandez pourquoi sur les photos nous portons tous nos gilets de sauvetage en permanence, c’est justement à cause de l’HLM. Si vous n’êtes pas capable de récupérer un coéquipier tombé à l’eau en moins de trois minutes, sous voile et dans les règles de l’art, vous gardez vos gilets. C’est comme ça aux Glénans et il n’y a pas à discuter.

Donc nous partons vers 09h00 pour nous trouver un coin de mer où mener nos exercices... Régis balance une perche par-dessus bord et demande donc, dans un premier temps, à chacun de s’approcher de cette perche sous différentes allures. Au près, bâbord amure sous son vent. Au travers, tribord amure au vent... etc. Bref, les combinaisons s’enchainent et nous y passons tous, chacun à notre tour et ma pomme en dernier.
Tous s’en sortent plutôt bien, et particulièrement Julien qui nous fait ça « fingers in the nose » (Grrr !!!).
Arrive mon tour, et je m’en sors, comment dire, moyennement... J’ai en effet un peu de mal à maintenir ce foutu Grand-largue et je dois m’y reprendre à trois fois avant que le Régis ne valide ma prestation.
Je poussais un soupir de soulagement lorsque j’entends mon Régis qui me dit : « Bon maintenant tu vas me récupérer cette perche comme si c’était un HLM » c'est-à-dire le nez sur le machin, sous son vent et à la vitesse de zéro nœud. « Tu fais comme tu veux mais tu le fais vite. »
Gloups !

Pendant une seconde mon cerveau semble ne plus vouloir fonctionner... Puis j’envisage sérieusement de faire ce que tous voileux feraient en temps normal : A savoir rengainer la toile et y aller au moteur...
Et puis je ne sais pas ce qui m’a pris... J’ai fait ça à l’ancienne. Hop, un virement de bord. J’abats dans la foulée, je relofe. J’ordonne qu’on enroule le génois (magnez-vous bordel !). Un coup de barre par ci, un autre par là... Trois nœuds, 2, 1, 0.8, 0.6, 0.3, 0.1, zéro nœud... Et voilà la perche à un mètre du bateau, entre le vent et nous, le bateau arrêté.

La manœuvre parfaite. Oui m’sieurs-dames ! Et tout ça en deux minutes !

Je n’en revenais pas d’avoir réussi du premier coup, sans même réfléchir à ce que je faisais ! Vous n’avez pas idée combien j’étais content de moi ! Pour un peu j’aurais sauté dans tous les sens en gueulant, mais j’ai préféré m’abstenir par égard aux copains qui prenaient déjà la suite.
Je suis descendu dans le carré, et là j’ai serré les poings en murmurant entre mes dents : « Yeeees ! ».
C’était pour moi une façon merveilleuse de clore cette virée.

Une fois que tout le monde eut sacrifié à cet ultime exercice, nous sommes rentrés au port. Nous avons déjeuné brièvement avant que d’entreprendre la tâche la plus chiante de toutes. Le nettoyage en grand du bateau.

Vers 17h00 Jean et Paul nous ont quittés. Puis Juju. Xavier et Charline sont partis de leur côté... Et je suis resté seul avec Véronique car nos trains respectifs ne partaient que le lendemain.
Nous sommes retournés dîner à l’Amphore (ben oui, quand c’est bon on y retourne !). Pas de bol il n’y avait plus de crêpe au chocolat. C’est pas grave, la tarte Tatin a très bien fait l’affaire...

Le lendemain je prenais le train de 12h45 pour Nice.

A suivre : Un petit bilan des familles...