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lundi 12 mai 2014

De Paraty à Rio de Janeiro

22°56.010S 43°06.375W
Clube Naval Charitas, Niterói

Le vendredi 09 mai 2014 – Petite annonce

Marina de Engenho
05H20 : C'est une furieuse envie de pisser qui m'a tiré du lit vers 04H30. Du genre impératif. Puis la Touline voyant que j'étais levé en à profité pour me réclamer quelques croquettes. A partir de là, se recoucher est devenu mission impossible pour moi. Donc, j'ai entamé mon rituel du matin... Café, clope et réflexions diverses et variées. Et notamment celle-ci en forme de question : Je pars ou je pars pas ?
Depuis ma dernière publication, la fenêtre météo que je visais s'est refermée petit à petit. De quatre jours, elle est passée à trois. Puis à deux... Ensuite, j'ai rencontré Claude, un navigateur solo comme moi, qui est bien sympathique et qui avait « besoin » de mes lumières linguistiques. Enfin, avant-hier, Luiz le gérant de la marina d'Engenho, m'a annoncé (sans que je ne lui demande rien) qu'il allait me faire le tarif des résidents au mois... Bref, j'envisageais sérieusement de reporter mon départ.

Et puis j'ai téléchargé les derniers Gribs et j'ai vu que ma fenêtre semblait même s'entrouvrir un peu plus que la veille au soir... Putain, je fais quoi ? Je commence à préparer le bateau ou bien ?

07H20 : Bon ben ça y est, La Boiteuse est prête. Y'a plus qu'à payer et à attraper la chatte.

07H50 : Zut ! Je viens de me rappeler que j'ai prêté un de mes disques durs à Bertrand (un autre français qui squatte à Paraty depuis des années) et qu'il faut que je le récupère ! J'espère qu'il ne va pas tarder parce que là...

08H10 : Ça y est, j'ai attrapé Touline. A chaque fois ça me fend le cœur que de devoir lui mentir pour arriver à l'enfermer dans la cabine avant... Un jour, je ferais ça une fois de trop et elle me quittera, c'est sûr.
Putain, qu'est-ce qu'il faut l'autre avec mon disque dur ? Si je pars trop tard, je ne vais pas pouvoir arriver à Búzios demain avant la nuit ! Grrrrr !!!

08H30 : Oh Putain ! Devinez qui s'est échappé de la cabine avant par le hublot que j'avais oublié de fermer ? Décidément, tout va mal aujourd'hui...

09H00 : Allumage du moteur. J'ai pu récupérer la chatte et mon disque dur, et j'ai réglé la facture de la marina. Elle s'est finalement élevé à 1370 $R pour douze jours, soit 115 $R par jour au lieu des 180 annoncés au départ. Obrigado Luiz ! (N'empêche, ça fait quand même 37 Euros par jour, merde !)
Je me désamarre tout seul comme un grand, aidé en ça par une absence complète de vent. En douze jours, l'aussière arrière à eu le temps de devenir poisseuse à souhait. Beurk !
Un petit coup de tut-tut pour dire au revoir et zou ! On est parti !

La possibilité d'une île ?

09H25 : Normalement en sortant de la baie d'Ilha Grande nous devrions avoir du sud-ouest entre 10 et 15 nœuds qui devrait durer jusqu'à demain matin. Puis il devrait virer sud-sud-est en fin de journée et se renforcer jusqu'à vingt nœuds à l’approche du Cabo Frio. Mais bon, logiquement je devrais l'avoir laissé dans mon sillage avant que le gros temps n'arrive. Il est prévu également de la pluie et quelques orages... Bref, ça risque de ne pas être très rigolo. Au fait, j'ai pris mon cachet pour le mal de mer ?

09H40 : Fait chier, j'ai oublié de mettre la batterie de l'appareil photo à charger. Ça va être un peu juste si vous voulez des images les enfants.

10H40 : J'arrête Mercedes. Un F4 par le travers propulse La Boiteuse à cinq nœuds. Cap au 110°, droit sur la pointe Est d'Ilha Grande. Enfin, a priori parce que pour l'instant l'île est noyée dans la brume.

11H00 : Hihihi ! Ce vent n'était qu'un Venturi créé par les montagne. Nous sommes de nouveau dans une zone de calme plat. Allez Mercedes, au boulot !

11H20 : Arrêt moteur. Cette fois-ci c'est la bonne.

12H00 : Les effets de la pleine mer commencent à se faire sentir, même si nous n'y sommes pas encore vraiment. Le vent saute sans arrêt et m'oblige à jongler entre le Grand largue et le bon plein... Ça secoue pas mal. J'ai hâte qu'on s'éloigne un peu de la côte pour qu'on puisse abattre un peu. Et Splash ! Un paquet de mer dans uns la gueule, un !

13H30 : Ben zut alors ! Juste alors que je m'apprêtais à faire route au 90°, droit sur Cabo Frio, voilà t'y pas que le vent tombe et vire au SSE. Résultat, je me retrouve à naviguer au près dans une mer formée, mais sans avoir la vitesse nécessaire pour étaler les vagues.

14H00 : Comme prévu hélas, il pleut. J'ai remis mon pantalon de ciré et ma polaire. Ce n'est pas pour rien qu'ils appellent ça um frente frio. Un front froid.

14H45 : Je n'ai pas mangé et j'ai un coup de barre. Je me fais un café avec du lait concentré sucré pour refaire le plein d'énergie.
Le vent a vraiment du mal à se stabiliser et je passe mon temps à régler mes voiles et mon régulateur pour conserver cap et vitesse. Un coup c'est trop fort, un coup ça ne l'est pas assez. Un coup c'est trop au Nord, un coup ça ne l'est pas assez... Un coup il pleut, un coup ça s('arrête avant de reprendre dix minutes plus tard... Bref, ça m'occupe.

15H30 : Ah ! On y est me semble-t-il. Le cap est parfait depuis un moment, il ne me reste plus qu'à faire en sorte de rester au dessus de 5 nœuds si je veux avoir une chance d'arriver demain avant la nuit. Mais bon, pour tout vous dire je n'y crois pas vraiment.

15H55 : Méfiance mon Gwen ! Tu as cinq pétroliers qui font le poireau pour ravitailler juste devant toi. Et j'en aperçois toute une flopée encore derrière... Je sens que la nuit va être longue !

Seuls au monde
16H40 : Touline est particulièrement affectueuse aujourd'hui. Elle ne quitte pas mon giron, ce qui est particulièrement gênant quand il s'agit d'écrire ou de lire. Et je ne vous parle pas de régler une voile ! Pendant ce temps-là, le vent est en train de tomber et on se traîne à trois nœuds et des brouettes.

17H05 : Je sais que cela ne sert à rien de le penser, et encore moins de le dire, mais Zoë me manque. Je regarde Ilha Grande s'éloigner et je pense à ce petit coin de Paradis que je voulais lui faire découvrir... Matariz. Petit coin de Paradis que j'ai, je m'en rends compte maintenant, pris bien soin d'éviter afin qu'il ne se transforme pas en Enfer de solitude.
Seigneur ! J'ai vraiment besoin de trouver une autre équipière !

Bon allez, j'ose. Alors voilà, si tu as entre 25 et 35 ans, si tu aimes l'aventure, si tu aimes les chats, si tu as de l'humour et si tu as eu la patience de lire ce blog dans son entier et que tu trouves malgré tout que je suis un type bien, alors le poste est à toi ! Oui, toi la lectrice derrière ton ordinateur, c'est à toi que je cause.
Et si en plus tu es délurée, que tu as de gros seins et que tu adores faire la cuisine, c'est parfait. Bon, cela étant, ces dernières conditions ne sont pas forfaitaires. Je me satisfais tout aussi bien des petits seins et je suis assez bon cuisinier lorsque je m'en donne la peine...

C'est-y pas malheureux d'en arriver là... Sans déconner, des fois je suis d'un pathétique que c'en est effrayant.

18H20 : Il fait bien nuit maintenant et il pleut à grosses gouttes. La Boiteuse est sur des rails, cap au 85°. Par contre, la vitesse c'est pas trop ça... On verra ce que la nuit nous apportera. Et puis, si je ne le sens pas, il reste toujours la solution de s'arrêter à Rio. (Non Gwendal ! On avait dit pas Rio !)

Le samedi 10 mai 2014 – Plan B

05H40 : Salut. La nuit a été... compliquée, et je ne suis pas fâché qu'elle finisse. On a eu des grains à répétition jusqu'à minuit environ, avec des bourrasques de vent tournant, quelque chose de pas facile à gérer de nuit. Beaucoup de pluie aussi... J'ai dormi comme j'ai pu, dans mes fringues et mon duvet trempé. J'ai eu froid. Après minuit ça a été plus calme. Enfin, si l'on veut car le vent est finalement tombé carrément. On s'est traîné à je ne sais pas combien de nœuds dans une mer formée. Bref, le soleil ne va pas tarder à se lever et c'est tant mieux.
D'après ce que j'en peux voir, je suis pratiquement à la hauteur de Rio de Janeiro. J'aperçois la silhouette des collines et les lumières des favelas. Dans dix minutes je vous dirais où j'en suis exactement et ce qu'elle sera la suite des événements.

06H15 : 45 milles en douze heures... C'est ce que je pensais, ce n'est pas fameux. Rio est à 20 milles plein Nord, et Cabo Frio est à 72 milles au 70°. Il faut ensuite rajouter 18 milles pour rejoindre Búzios. Ce qui nous fait un total de 90 milles pour arriver à destination. Alors, je fais quoi ?

06H20 : Ma décision est prise, on continue. J'ai abattu et nous voilà maintenant au grand largue. Cap au 70°, 3,5 nœuds... On devrait arriver demain matin à Búzios.

07H50 : J'ai dû tangonner le génois, mais on se traîne quand même à trois nœuds et des brindilles. Pffff... Au moins à cette vitesse, je suis sûr d'arriver de jour au mouillage. Mais demain, pas aujourd'hui comme c'était prévu au départ !
Non, ce qui m'inquiète un peu, c'est que je ne sais absolument pas où on en est de cette foutue météo. Si les vents se conforment à ce qui état prévu hier, je vais devoir passer Cabo Frio avec un méchant près et 20 nœuds de Sud-sud-est... Et 20 nœuds se transforment vite en 30 nœuds lorsqu'on s'approche un peu trop près d'une relief... C'est pour ça que je ne m'applique pas trop à faire un cap direct. Déjà que de le passer de nuit ne m'enchante qu'à moitié, je préfère me laisser le plus de marge possible !

09H00 : Vous voulez que je vous dise ? Plus j'y réfléchis et moins je le sens ce Cabo Frio. Sur le papier, je devrais le doubler vers minuit au près. C'est difficile, mais c'est faisable. Sur le papier. Et en même temps j'ai une petite voix dans la tête qui me dit : « Gwen, fait pas l'andouille. C'est pas un petit promontoire de rien du tout ce truc. Rio est là à 18 milles, et tu peux y être dans l'après-midi ».
Reste à savoir si cette petite voix émane de mon instinct ou de ma flemme.

09H10 : Allez, c'est décidé. J'enlève le tangon, j'empanne et hop, cap au 350° droit sur le Pain de sucre. Ne me demandez pas pourquoi, mais je sens qu'il faut que je le fasse.

09H45 : Il sera dit qu'après moult hésitations, plusieurs décisions contradictoires, et néanmoins argumentées, prises et réfutées dans la foulée, je me serais finalement arrêté à Rio... On dit que seuls les imbéciles ne changent pas d'avis, mais que dit-on des inconstants ?

C'est pour moi tout ça ?
10H20 : Vous me croyez si je vous dis que je commence à apercevoir les immeubles qui bordent la plage de... Comment elle s'appelle déjà ? Ah oui, Copacabana !
Oui je sais, c'est cruel.

11H10 : La ville est noyée dans la brume et les nuages mais je peux quand même voir une espèce se croix au somment d'une montagne. Je crois que c'est le Corcovado.

11H40 : Alors que je termine de manger, la ligne de traîne tressaute. Une belle thonine s'agite au bout. Elle sera suivie par deux autres du même acabit.

12H10 : Allez, on y est presque. A l'approche de la côté, le vent m'emmerde et je suis obligé de barrer pour naviguer au plus près.

Salut copain !
12H20 : Wahou... Un gros remorqueur est en train de me rattraper pas tribord arrière et me passe à quelques dizaines de mètres. Je vois distinctement le type sur la passerelle. Soudain, il disparaît de ma vue et j'entends le bruit caractéristique d'une drisse métallique. Je vois alors lentement s'élever le drapeau brésilien à l'arrière de la passerelle... J'en reste bouche bée, avec des frissons partout ! Le remorqueur est en train de me saluer à la manière ancienne, comme le faisait les bateaux du temps des Moitessier, Bardiaux, Gerbault et autres. C'est magique comme moment...
Aussitôt je me précipite vers la poupe et je retire la ficelle qui tient enroulé mon propre drapeau (il commence à partir en charpie, c'est pour ça). Les couleurs de la France flottent au cul de la Boiteuse. Le gars sors de la passerelle et agite la main. Je lève le pouce. Salut copain.

Pendant ce temps là, Touline s'en tamponne, elle boulotte sa thonine.

12H45 : Je suis en train de tirer des bords pour arriver à passer cette foutue Ilha do Paï.

13H15 : Fiou... Elle est musclée cette arrivée dis-donc ! (je peux pas écrire, j'ai la barre en main)

Rio de Janeiro droit devant !

14H10 : Ça y est ! J'ai le Pão de Açúcar sur ma droite et le fort de Santa Cruz sur ma gauche. J'entre dans la baie de Guanabara. Faut que je vous avoue un truc, l'arrivée sur Rio de Janeiro ça a de la gueule quand même...

Y'a plus qu'à contourner la pointe de Jurujuba, et on arrive au Clube naval de Charitas. J'ai décidé que c'est là que j'allais faire halte et non pas à Rio même. Trop cher, et trop mal famé d'après ce que raconte radio ponton. Si par le plus grand des hasard j'ai envie d'aller visiter la ville, et bien je prendrais le ferry et pis c'est tout.

Ça a de la gueule quand même...

16H20 : Après quelques péripéties sans intérêt je m'amarre enfin à l’emplacement qu'on m'a attribué. Le ponton est un peu tout pourri et la qualité du système électrique me semble douteuse, mais j'ai quand même du jus, un wifi poussif et La Boiteuse est à peu près en sécurité. C'est ça qui compte car la première chose que j'ai fais une fois amarré, c'est de regarder la météo pour Cabo Frio à l'heure où j'étais sensé le doubler... Et bien mes enfants, je ne regrette pas d'avoir choisi l'option Rio. Je suis mieux là où je suis qu'à me faire chahuté en mer !

Le Pain de Sucre et le Corcovado

Clube Naval Charitas

mardi 6 mai 2014

Adieu Paraty !

23°13.730S 44°41.745W
Paraty, Brésil

Mon séjour à Paraty touche à sa fin, et c'est pas dommage. Vous allez me dire que je ne suis pas objectif, que je me laisse mener par mes premières impressions catastrophiques, que je ne laisse pas sa chance au produit, patati-patata. C'est bien possible. C'est même tout à fait sûr.
Mais que voulez-vous, je suis un sensible en même temps qu'un cérébral. Quand les choses partent du mauvais pied, il en faut énormément pour rattraper le coup et arriver à me faire changer d'avis. Je suis têtu et rancunier, c'est comme ça.

Donc, depuis une semaine je scrute les prévisions météo à la recherche d'une fenêtre d'évasion. Et il y en a une qui se présente qui devrait m'emmener à Buzios en un peu moins de deux jours.
Pourquoi Buzios et pas Rio de Janeiro comme vous auriez pu légitimement vous y attendre ? Et bien... Parce que le temps passe à une vitesse folle et que mon visa expire le 16 juin, que les prix des marinas dans la baie de Guanabara sont du même tonneau qu'à Paraty, et que comme vous le savez déjà je n'aime pas les grande villes. Donc, pourquoi me forcer à m'arrêter dans un endroit dont je sais déjà qu'il va me gonfler, qu'il va me coûter la peau des fesses, et qui en plus va me faire perdre un temps précieux ? Tout ça juste pour dire que je me suis arrêter à Rio ? Hein ?
Je commence à en avoir ma claque du Brésil, alors il faut que je trace si je veux pouvoir changer d'air.

Donc, on oublie Rio, et on va se mettre au mouillage à Buzios, juste en face de la pousada de Sylvia et Francis (on s'est croisé en septembre 2012 à Jacaré).
Départ, vendredi matin. Durée approximative du trajet : Entre un jour et demi et deux jours pour faire 172 milles... Ça devrait être du tranquille Émile, avec un grand largue pour commencer et du travers pour finir. Enfin... C'est ce qui est prévu.

On se retrouve là-bas !


Ah oui, j'oubliais. Il ne faut pas vous inquiéter si depuis quelques jours vous ne me voyez plus trop sur les réseaux sociaux. Je suis quasiment privé d'internet là où je suis... C'est la misère ! Je ne suis même pas sûr que je vais pouvoir poster cet article.

mercredi 30 avril 2014

A brazilian nightmare

23°13.730S 44°41.745W
Paraty, Brésil

Vous l'avez sans doute remarqué, mais à la fin de l'article précédent, je vous disais qu'il y aurait une suite au prochain épisode... Cela laissait supposer donc, que cette nave n'était pas terminée et qu'il allait se passer encore plein de chose avant que je puisse dire : Ok, je suis arrivé. Et des choses, il s'en est passé en effet. Beaucoup.

Il était 14H30 ce samedi 26 avril et j'étais donc à la barre de La Boiteuse, lorsque juste avant d'arriver à hauteur de la Marina do Engenho j'avise un compatriote, le Quinoa. Je ralenti, j'arrête même le bateau pour que nous puissions échanger quelques mots brièvement avec le Capitaine. J'apprends qu'il est de Toulon, on est donc presque voisins.
Je lui dis que je vais me mettre à quai, mais qu'on aura très certainement l'occasion de papoter plus longuement, et je reprends ma route. Arrivé à hauteur du premier ponton, je saisi ma radio et j'appelle sur le canal 68 comme il est précisé dans le Brazil Cruising Guide.
On me répond presque immédiatement, et lorsque je demande qu'on m'aide à accoster, parce que je suis solitário. On me dit alors que la marina est pleine. Qu'il n'y a plus de place...

Là, je suis un peu sonné par ce cas de figure que n'avais absolument pas envisagé. On est presque en hiver et les grandes vacances sont terminée, je pensais réellement que La Boiteuse allait pouvoir trouver facilement une place. Bon... Je remercie quand même, et après avoir réfléchis quelques secondes je décide alors de me rendre à la marina Porto Imperial, tout au bout de la baie, où je sais trouver Izabel Pimentel. Lors de notre rencontre à Rio Grande, nous avions vaguement évoqué l'idée qu'elle pourrait glisser un mot à l'oreille de la direction pour qu'ils me fassent une ristourne...

Quelques minutes plus tard je pénètre dans le canal d'entrée et je vois alors un zodiac qui fonce sur moi. J'affiche mon plus beau sourire, et je demande « você tem uma vagua para um barco de 36 pés ? ».
Le type me dit que oui, et m'ordonne de m'amarrer à un ponton à carburant. Je m'exécute gentiment, d'autant que la manœuvre est simple et qu'il n'y a pas un pet de vent.
La Boiteuse n'est même pas encore complètement arrêtée que Touline a déjà bondit sur le ponton branlant et fonce ventre à terre en se faufilant entre les jambes du pompiste. Et que ça miaule, et que ça sautille dans tous les sens... La pauvre, après deux semaines de mouillage et trois jours et demi de mer, elle revit !

Je la laisse explorer son nouveau territoire, et je me dirige vers la administração pour enregistrer La Boiteuse. La jeune fille derrière son bureau est très mignonne mais semble surprise par ce français qui débarque en souhaitant séjourner quelques jours. Moi, je prends mon air de navigateur fatigué mais charmeur (que voulez-vous, les français ont une réputation à soutenir), et je commence à sortir les papiers pour les formalités... Je n'ai même pas fini de déballer mes affaires qu'elle me demande la taille du bateau : 36 pieds je dis. Elle sort la machine, pianote, et m'annonce comme de rien : Ça fait 576 $R la nuit (190 Euros!).
Là, j'ai faillis tomber de ma chaise. Pour de vrai.
Je n'ai pas de machine à calculer, mais je sais que ça représente presque six fois ce que je payais à Florianopolis, alors que je trouvais déjà exorbitant !
La seule chose que j'ai trouvé à répondre c'est até logo ! Et je me casse du bureau.

Cheros le paradis !
Je vais pour repartir vers mon bateau, mais presque aussitôt je fais demi-tour et je demande à la jeune fille si Izabel est dans les parages... Elle me dit que oui et me montre son bateau (J'étais passé devant sans le voir en fait). Aussitôt je me dirige vers lui, et après avoir marché avec précaution sur un cat-way dans un état déplorable je toque à la coque. Le bateau est ouvert, mais point d'Izabel. J'attends un peu (Vingt secondes), puis je me dis que toute star qu'elle est, je doute qu'elle puisse diviser le prix de ma facture par dix. Alors je décide repartir. Repartir oui, mais avant ça il faut que je remette la main sur Touline...

Et me voilà donc à essayer d'attraper cette pauvre Touline en usant de ruses de sioux sous les regards moqueur des employés de la marina Porto Imperial. Non seulement je suis en colère, mais en plus je passe pour un con...
Finalement j'arrive à plaquer la chatte au sol, je l'embarque de force, et je l'enferme dans les toilettes.

Et nous voilà repartis.

Chaussure de montagne obligatoires !
A ce moment là, il devait être dans les trois heures de l'après-midi. J'étais passablement énervé et n'avais plus qu'une idée en tête, m'accrocher à un quai et n'en plus bouger ne serait-ce que pour quelques heures. Cette fois-ci je prends la direction de la marina Farol do Paraty, qui jouxte la première que j'ai vu (celle où il n'y a plus de place). Même chose, quelques minutes après un appel radio (je deviens bon en portugais à la VHF) un zodiac se dirige vers moi. Le gars m'aborde et commence à m'expliquer que les tarifs sont de 12 $R le pied pour vingt-quatre heures (432 $R, ça fait 140 Euros) mais que je peux avoir une place sans l'électricité si je veux pour 324 $R (105 Euros !)...
Après les 190 Euros de tout à l'heure, je considère qu'il y a un net progrès même si le tarif reste indécent. Je dis donc banco et suis le type qui me dirige vers un quai où je me glisse entre deux yachts à moteur avec l'aide de pas moins de quatre marineros. Y'en a même un qui me souhaite gentiment la bienvenue, ce qui est chose plutôt rare au Brésil !

Même histoire que tout à l'heure : J'arrête le moteur et je libère la chatte qui saute sur le quai et recommence à courir partout en miaulant. Pendant qu'elle se dégourdi les pattes, je prends mes papiers et je vais vers les bureaux... Et que croyez-vous qu'il arriva ? Hein ?
La fille derrière son bureau, moins jolie mais tout aussi jeune, m'annonce en voyant la couleur de mon livret (les bateaux français ont un livret orange) que je ne peux pas rester parce que cette marina n'accepte que les bateaux battant pavillon brésilien !
Là, je commence vraiment à m’énerver. Je hausse le ton en criant au scandale. Qu'en plus d'être des voleurs c'étaient tous des snobs, etc. Le visage de la pauvrette se décomposait au fur et à mesure que le mien devenait rouge !
Bon, à un moment j'ai bien vu que j'abusais peut-être un peu. Je me suis excusé en lui disant que ce n'était pas sa faute, mais que quand même... Merde quoi !


Paraty
Bref je ressors du bureau moins de cinq minutes après y être entré et je me mets en quête de Touline pour la deuxième fois. Là, la bestiole m'a vu venir ! Quel bordel pour l'attraper ! J'ai dû grimper à un arbre pour la chopper, non sans attraper au passage quelques griffures sanglantes.

Puis rebelote, je rembarque le chat, je l'enferme, et je redémarre et je repars. J'étais comme qui dirait dans un état obsessionnel. Je voulais absolument une place et je n'arrêterais pas d'en chercher une quelque en soit le coût et le temps que ça allait me prendre... Pour ceux qui s'en souviennent, j'étais un peu comme lorsque je suis arrivé à Buenos Aires.

Je n’eus que quelques centaines de mètres à faire pour me présenter devant la marina suivante, la marina Pier 188. Là encore, palabres à la radio, hors-bord, bouée à prendre à l'arrière et amarrage au quai. Cette fois-ci dans les bureaux j'ai affaire avec un homme. Sympathique, agréable et souriant. Bref, il m'annonce que c'est 360 $R la nuit mais comme je lui dis qu'à ce prix je ne vais pouvoir rester qu'une journée ou deux, parce qu'on n'est pas des riches, nous les vrais velejador, patati-patata, il me propose alors de me faire la place à 288 $R... Je remercie parce que je suis poli, mais ça fait tout de même 92 Euros, et à ce prix là je peux m'acheter à bouffer pour deux semaines.

Marina de Engenho
Cette fois-ci, j'avais pris mes précautions et n'avais pas libéré Touline dès en arrivant. J'attendais d'être absolument sûr que j'allais rester là, ne serait-ce que pour une nuit. A peine avais-je ouvert la porte du chiotte que la bête s'enfuit à toutes pattes et je ne la revis qu'en début de soirée.

Que vous dire de la marina Pier 188 ? Elle est en travaux, ce qui fait que c'est un peu le bordel. Les sanitaires sont en piteux états avec des fils électriques dénudés qui pendent de partout... J'ai du faire gaffe en prenant ma douche (enfin!). Sinon y'a un petit café sympa où j'ai pu me connecter à internet via un hotspot de merde qui empêchent l'accès à certains sites. Ainsi, je peux aller sur mon site porno préféré, mais je ne peux pas accéder à mon compte mail, ni à Facebook. Allez comprendre... Moi, j'y ai renoncé.
Touline elle, s'est vite adapté à son nouvel environnement. D'autant qu'elle a vite compris que l'espèce de petite hirondelle que l'on voit le soir aime à nicher dans les replis des voiles... Elle m'en a ramené quatre en une nuit ! Un vrai carnage !


Le lendemain matin je décide de retourner à pied à la Marina do Engenho, celle qui m'avait dit qu'ils étaient pleins, pour voir si par hasard je n'aurais pas la possibilité de gratter une place. Demander une place par radio c'est une chose, la demander face à face en parlant directement avec le responsable en est une autre. En plus, mon regard de cocker a du mal à passer par les ondes.
Et j'ai bien fait. Après m'avoir dit que la seule place disponible était réservée, le responsable Luiz, m'en a quand même proposé une tout au bout du quai... Pour la modique somme de 180 $R (58 Euros, prix d'ami parait-il) par jour sans wifi. Deux heures plus tard j'étais amarré au quai !
Nan ! C'est hors de question que je m'approche plus près !
Bien sûr avant ça il a bien fallut récupérer Touline... Qui là encore m'a vu venir. J'ai dû la poursuivre de bateaux en bateaux pour enfin la récupérer sous un dinghy. Autant vous dire qu'en arrivant à Engenho, elle a disparue et ne l'ai revu que le lendemain matin ! Et encore, c'est parce qu'elle m'a vu avec mon épervier et qu'elle devait avoir faim...

Voilà-voilà... C'est sympa le Brésil hein ? (*) Et encore je ne vous parle pas des 80 $R que le chauffeur de taxi m'a demandé pour m'emmener à Paraty, ni même les 150 $R que m'ont coûté trois jours de bouffe... On n'est pas à ça près ! Ah oui ! J'oubliais de vous dire que toutes ces sommes sont bien évidement à payer en liquide. Tant qu'à faire son beurre sur le dos des gens autant ne pas payer d’impôts. Ça serait con...
La Boiteuse
Je ne vous parlerais pas de Paraty non-plus. J'y suis resté une heure, et ça m'a gonflé. J'ai énormément de respect pour les pavés du XVIIIème, mais pas lorsque la rue ressemble plus à une rivière à gué où l'on doit marcher en sautant d'une pierre à l'autre. Comment voulez-vous apprécier l'architecture coloniale si vous avez constamment les yeux par terre, hein ? Mes chevilles ont morflé, je ne vous raconte pas...

Donc, vous l'aurez compris, je ne vais pas m'attarder. Je compte même repartir dès demain pour Rio et mettre cette escale de merde derrière moi le plus vite possible. Et tant pis si je dois y aller au moteur !


(*) : Je ne parle bien sûr que de cette région qui se fout un peu du monde, vous l'aurez compris. Si je généralise à l'ensemble du pays c'est pas pure mauvaise foi. Et parce qu'ils m'ont gonflé.

Et en prime, voici le 39 ème bain de la Miss Touline !

lundi 28 avril 2014

De Caixa d'Aço à Paraty

23°13.730S 44°41.745W
Paraty, Brésil

Le mercredi 23 avril 2014 – Électronique et mal de mer

C'est vrai ? On y va ?
05H05 : Je suis debout depuis une demi-heure. Le café, les cafés, sont bus et j'écoute la pluie qui martèle le pont de La Boiteuse. Pfff... Il pleut depuis hier au soir et d'après les prévisions ça devrait durer jusqu'à demain soir. Fait chier !
Franchement, je ne sais pas quoi faire. Je pourrais encore surseoir et ne partir que demain si je voulais... Enfin, d'après les gribs c'est jouable. Mais les gribs à quatre jours par ici c'est un peu comme le loto.
Je vais attendre que le jour se lève pour y voir plus clair, au sens propre comme au figuré.

05H30 : Mine de rien, je commence à ranger l'intérieur de mon bateau. Le ciré trône sur la banquette comme s'il était déjà le personnage principal de cette journée.

05H40 : C'est drôle, figurez-vous que je ne sais pas encore où je vais aller. J'hésite entre m'arrêter à São Sebastião, aller visiter Paraty, aller planter ma pioche à Matariz ou carrément, pourquoi pas, tirer directement sur Rio de Janeiro. Cette dernière option est vachement tentante compte tenu de la fenêtre météo et du timing...
On verra bien. Tout va dépendre de comment se passent les premières 48 heures de nave. C'est quasiment la même route de toute façon.

06H05 : Allumage du moteur. Je crois bien que ma décision est prise !

06H35 : Miss B a réintégré sa place sur le pont et la pale du régulateur est en place. Nous sommes quasiment prêts. Touline qui sent bien que quelque chose se passe est tapie entre le guindeau et l'enrouleur.. Je vais la laisser là encore quelques minutes le temps que la batterie de d'ordi soit pleine. Parce que m'est avis qu'avec le vent et la couverture nuageuse qu'on va avoir, ce ne sont ni les panneaux solaires ni le moteur qui vont servir... Il a cessé de pleuvoir, c'est déjà ça.

07H00 : Je lève l'ancre Petit moment de cafouillage lorsque je me rends compte que l'ancre est prise dans un câble plein d’huîtres. Pas de problème, j'ai de gros bras et un bon couteau alors je gère.
Un petit tour dans le fonde de la baie pour saluer José et Graciella et hop, nous voilà partis ! Cap au 40° à 5,5 nœuds. Je garde encore le moteur pour les batteries.

Ben alors ?
07H55 : Arrêt moteur. Cap au 50°. Génois entièrement déroulé et tangonné. GV à deux ris en papillon. 3,2 nœuds... Hein ? C'est quoi cette vitesse à la con ?

08H00 : Ben merde alors ! Il est où ce foutu vent ?
Je regarde un peu mieux mes fichiers, et je m'aperçois alors que c'est normal... Les 15 à 20 nœuds annoncés sont un peu plus au large. Donc on va attendre... En se faisant ballotter par une méchante houle de travers. Burpl ! Allez Gwendal, serre les dents et prends ton cachet. Dès qu'on aura quitté l'abri de la côte, ça devrait aller mieux.

08H20 : Il fait gris mais la pluie ne menace pas. Au loin j'aperçois les grattes-ciel de Camboriú. Une frégate passe au dessus de moi... Ah ! On accélère on dirait.
Touline est un peu malade et moi je ne pète pas la forme non-plus. Je trouve qu'elle s'est empâtée la Touline... Non ? Vous ne trouvez pas ? Alors que moi je suis en train de retrouver peu à peu une ligne de jeune homme.

09H00 : Bon ben on y est. Vitesse : 6noeuds à 140° du vent apparent. Tribord amure. Une houle de deux mètres par le travers. Voilà qui est conforme à ce qui était prévu. Mais ça secoue pas mal...

09H10 : Je suis obligé de réduire le génois quasiment de ¾. Malgré ça on continue à bien avancer ! 5,5 nœuds.

Ben quoi ? T'es pas jouasse ?
13H00 : Putain j'ai les boules là... Ça va faire deux heures que j'essaye de réparer le GPS principal. La faute à cette salope de chatte à la con qui n'a rien trouvé de mieux que de jouer avec la connectique de l’antenne ! Normalement c'est un branchement que je sais faire, mais c'est un travail qui demande du doigté et de la minutie. Mais avec cette mer qui grossi de plus en plus, La Boiteuse est bringuebalée dans tous les sens et je n'arrête pas de perdre des pièces ! Grrrr !!!!!!

14H00 : PUTAIN DE DIEU ! J'y suis arrivé !

14H15 : Bon, avec tout ça j'ai oublié de faire le point à midi... Et de manger aussi. Pendant que je bossais, les lunettes sur le pif et en essayant de ne pas vomir, La Boiteuse à continué son bonhomme de chemin. C'est pas exactement le cap pour Rio, mais c'est pas grave.
La mer a bien forci avec des creux de trois mètres maintenant et un vent... Je dirais un bon F6. Vitesse entre 5,5 et 6 nœuds. Il pleuviote.

17H30 : Cette journée chaotique touche à sa fin et pour la clore en beauté nous avons la fugace visite d'une bande de dauphins. (Non, y'a pas de photo parce qu’il faisait trop sombre, et puis ils ne sont pas restés longtemps et en plus j'suis malade je vous rappelle)
La nuit va tomber et c'est maintenant que Touline sort de sa torpeur et commence à faire des conneries ! Elle a faim je crois... Et moi aussi d'ailleurs ce qui est beaucoup plus normal. C'est que je suis à jeun depuis hier au soir mine de rien.

Ça a l'air de se calmer un peu... Les vagues me semblent moins hautes. Nous, on file toujours à presque six nœuds.

Zou !

18H00 : Point du soir. Pour l’instant on fait cap au 40°, ce qui ne m'arrange pas vraiment. En plus, le vent est en train de virer sud-est... On verra comment se passe la nuit, et demain il faudra que je considère mes options. São Sebastião, Ilha Grande ou Rio ?
Le bon côté de la chose c'est que je reçois la houle un peu moins par le travers... Enjoy !

Le jeudi 24 avril 2014 - Burpl !

05H40 : J'ai relativement bien dormi, compte tenu de la fatigue de ce premier jour et du roulis violent occasionné par cette fichue houle. En plus, je n'ai pas été dérangé par d'autres bateaux. Pas un chat sur l'eau. Pas une seule lumière à l'horizon pendant toute la nuit !
Vers minuit j'ai dû un peu corriger mon cap, mais je crois qu'on n'a pas vraiment dû rester sur la route quand même... M'enfin, on verra tout à l'heure, car pour l'instant je bois mon café.

06H00 : C'est bien ce que je pensais, même si j'ai avancé à 5,5 nœuds de moyenne pendant douze heures, ce n'est absolument pas dans la bonne direction. J'ai fait route à 25°, alors qu'il aurait fallu que je fasse du 50°... Ce qui va m'obliger à faire du près dans cette mer de merde.
Bon, j'attends qu'il fasse complètement jour avant que de régler mes voiles.

06H20 : C'est fait. Le tangage à remplacé le roulis, et même si le cap s'améliore, ce n'est pas le cas de mon mal de mer...

un peu de soleil
07H55 : La couverture nuageuse s'effiloche un peu, et quelques timides rayons de soleil viennent frapper les panneaux solaires. Tant mieux, on va pouvoir engranger quelques ampères.
Sinon, on commence à descendre sous la barre des quatre nœuds, et là ça me plaît moins... J'envoie un peu de toile à l'avant.

10H25 : Je me boirais bien un maté... Mais j'en ai plus. Je pensais en acheter au Brésil mais celui qu'ils font est vraiment trop fin. On avale tout le mélange avec la pipette et c'est dégueu.

12H00 : On avance bien maintenant, sous un ciel de plus en plus bleu. Cap au 60°, droit sur Rio. Si tout va bien on y est dans deux jours...
Je suis toujours malade et ça commence à me faire chier. Il faudrait que je mange quelque chose, mais rien que le fait d'y penser... Burpl ! Allez mon Gwen, courage !

Bocadillo
12H20 : Je me suis avalé deux bocadillos, mais je ne vous promets pas qu'ils vont rester là où ils sont...

15H10 : J'ai dit qu'on y serait dans deux jours c'est ça ? Je sens qu'ils vont être longs ces deux jours... Surtout que que si je dis ça, c'est en supputant qu'on continuera à rouler à 5 nœuds de moyenne, directos sans faire de détours. Mais bon, pourquoi pas ? Comme le dit mon ami Hughes, il n'est pas interdit d'avoir de la chance !

16H55 : Il pleut des rayons de soleil... C'est beau.

Il pleut des rayons de soleil...

18H00 : Point du soir, bonsoir. Il reste 220 milles avant l'arrivée. Si on accélère pas un peu on risque de se pointer dans la baie de Guanabara en pleine nuit de samedi à dimanche... Demain logiquement devrait être une belle journée ensoleillée. J'espère que ce sera le cas... Et que mon mal de mer aura disparu !

18H55 : Alors que je m'allonge pour la nuit dans le fond du cockpit, j'aperçois les étoiles au dessus de ma tête... Cool !

Le vendredi 25 avril 2014 – Ça cogite sec !

05H40 : Deux événements « marquants » ont égayé la nuit. D'abord vers minuit le Mer-Veille a fait bip, et j'ai dû me faufiler entre deux gros pétroliers au mouillage au large de Santos. Then vers 04H30 j'ai dû démarrer Mercedes parce que La Boiteuse faisait de gros splashs avec ses fesses, ce qui veut dire en langage de boiteux qu'il n'y a plus assez de vent pour elle.
Ors donc, après deux jours de merde nous sommes au moteur dans une pétole noire (il fait encore nuit)... Les joies de la navigation !

06H15 : Bon... Dans l'ordre, voici les options qui se présentent à moi. São Sebastião est à 47 milles au nord, Ilha Grande à 120 milles au nord-est, et Rio à 170 milles plus ou moins dans la même direction. La pétole que nous subissons (oui Touline, je te mets dans le lot) était prévue semble t-il. Ce qui me laisse espérer que la reprise qui est également prévue pour la mi-journée aura bien lieu... (suis-je clair ? Faut m'excuser il est tôt !)
Donc exit l'option São Sebastião, on continue au nord-est. Reste à faire le choix entre Ilha Grande et Rivière de Janvier.
Ilha Grande à 120 milles, on y est demain dans la journée. Rio, c'est déjà plus compliqué mais disons qu'on peut y être dimanche. Alors que faire ? Franchement j'en sais rien... Il faut que je cogite encore un peu, ou plutôt que j'attende. Car tous comptes faits, c'est quand même le vent qui va décider. S'il revient.

06H30 : Il faut quand même que je vous explique pourquoi je me prends la tête comme ça. D'un côté j'aimerais bien l'arrêter de nouveau à lha Grande. Revoir Matariz, Angra et découvrir Paraty... Mais je me connais, Si je refait un tour dans ce que Bardiaux appelait naïvement la Polynésie Brésilienne, je risque d'y rester scotché pendant des semaines. Sans parler que vu les prix des marinas ce sera très certainement au mouillage...

Alors que si je vais directement à Rio, je me tanque à la Marina da Gloria ou à Charitas. 220 volts, wifi et tout le toutim, et j'ai un peu de temps pour découvrir la ville. Car il ne faut pas oublier que mon visa expire début juin... Donc filer directos sur Rio c'est jouer la carte du raisonnable.
La question c'est, est-ce que je vais avoir assez de vent favorable pour m'y emmener ?

07H15 : Tien, j'aperçois la côte à 11H00. Je pense que c'est l'île de São Sebastião. Je continue cap au 60°, et advienne que pourra.

07H30 : Alors que j'essaye de tirer le portait d'un fou un peu curieux, j'aperçois du coin de l’œil un aileron. Une bande de dauphins croise le sillage de La Boiteuse sans même une pause pour jouer avec son étrave. Ils ont rencard je suppose...

08H15 : Toujours pas de vent à l'horizon. Rien que cette grosse houle venue du sud. On dirait les plis d'un vieux couvre lit. Ou plutôt la peau plissée d'un gros animal qui respire... Un très gros animal.

09H35 : Je viens de finir « La Consolante » d'Anna Gavalda. Comme d'hab avec cet auteur j'ai eu les larmes aux yeux ! C'est mon côté girly que voulez-vous...
Grand ciel bleu au dessus de ma tête. Je peux enfin retirer la polaire et le pantalon de ciré.

Vu !
10H40 : Toujours pas de vent. Je lis, et à chaque fin de chapitre je lève les yeux pour scruter l'horizon à la recherche des ces frisottis qui annoncent le vent. Mais rien... Juste un tanker qui passe, et la côté qui se rapproche.
Je vais quand même essayer un truc...

11H25 : J'ai couper le moteur et j'ai essayé différentes configurations de voilure. Mais ça marche pas. Je vous jure que de voir ce génois qui fait flap-flap ça a de quoi vous fendre le cœur. Donc moteur, again. Heureusement que j'ai fait le plein à Florianopolis !

12H20 : Je ne suis toujours pas au mieux de ma forme, mais ça va quand même beaucoup mieux. La preuve, je viens de faire mon premier VRAI repas. Saucisse-pâtes-pain-yaourt.
Le point de midi ne dit rien de plus que vous ne savez déjà. A savoir qu'on avance. Le vent devrait se lever vers 15H00 locale. Mouais, moi j'attends de le voir pour le croire.

13H45 : Voilà un peu de vent ! J'arrête aussitôt Mercedes et déploie le génois en grand. On frôle les trois nœuds, mais je suis quand même content après ces presque dix heures de moteur. Un bon point pour la météo !

Ça cogite !
16H00 : Le vent baisse... A la louche et sans vouloir tirer des plans sur la comète, si on continue comme ça à trois et des poussière de nœuds, j'arriverais demain midi à Ilha Grande. Si je décide de continuer vers Rio, ce sera plutôt dimanche matin... Par contre, si on accélère un peu, disons à quatre nœuds, ça me fait arriver en pleine nuit dans un endroit que je ne connais pas. Et ça, je n'en ai pas vraiment envie.
Bon, ça sert à rien que je me prenne la tête. Je verrais bien demain au levé du soleil où on en est.

16H10 : En même temps, arriver demain matin ça me plairait bien... D'autant que d'après le guide que j'ai il y aurait bien une marina pas trop cher. La marina Eugenho, celle du célèbre navigateur brésilien Amyr Klink (je fais celui qui connaît mais en fait je ne sais rien de lui !).

Comme vous le voyez, c'est pas si évident comme choix... Bon, en même temps vous pouvez toucher du doigt les arcanes qui mènent à la prise de décision du marin solitaire. C'est éducatif non ? Oui, je sais. En plus du côté girly j'ai aussi un côté prof.

Cela dit, j'avoue que je ne suis pas très fan de ces longues réflexions qui sont les miennes. Le côté « je ne peux pas vraiment faire de plans, alors j'improvise et je m'adapte » du navigateur, et même si je suis pas mauvais à ce jeu-là, c'est pas trop ma tasse te thé. Je sais bien tout ce que cela peut avoir de romantique, que c'est le prix que l'on paye pour la liberté, l'aventure, tout ça. Mais moi, en fin de compte, ça m'gonfle.

17H15 : Le soleil est de plus en plus bas sur l'horizon, et sur bâbord j'aperçois l'île de São Sebastião sur toute sa longueur.Vous savez, à chaque fois je me fais avoir par les échelles. Je veux dire que la réalité est toujours plus grande que l'image que je m'en fais d'après la carte. En vrai cette île est énorme alors que sur la carte...

Euh... On passe pas dessous j'espère !

18H00 : Allez, c'est décidé ! Cap au 25°. Direction Paraty ! C'est à 72 milles, on y sera demain avant la nuit. Touline ! Demain on va à terre, t'es contente ?
(miaou!)

18H54 : Fiou... Je viens de me prendre la suée de la journée car ma dernière bouteille de gaz française est tombée en panne. J'ai donc dû vider entièrement la soute arrière pour récupérer la bouteille de treize kilos achetée lors de mon passage à Matariz il y a plus d'un an. Au dernier moment, impossible de remettre la main sur le régulateur ! Grrr !!! Mais bon, tout va bien maintenant. Je vais pouvoir manger mes nouilles chaudes.

20H05 : Alors là les amis... Je viens de vivre un moment magique. Un vrai.
J'étais couché lorsque je les ai entendu souffler. Deux dauphins jouaient dans les vagues chargée de plancton luminescent. Je suis allé à l'avant pour les regarder aller et venir devant l'étrave... Wahou. On aurait dit des torpilles lumineuses aux trajectoires tour à tour fulgurantes ou bien sinueuses comme des feux de Bengale. C'était magnifique.

Le samedi 26 avril 2014 – Paraty

05H30 : Je n'ai pas beaucoup dormi c'te nuit. D'abord parce que le spectacle lumineux des dauphins m'a tenu éveillé pendant un moment. Les deux du début sont allé chercher des potes et ils ont fait la bamboula pendant plus d'une heure et demi. A chaque fois que je me couchais pensant qu'ils étaient partis, deux minutes plus tard je les entendais de nouveau souffler et jacasser à travers la coque. Alors qu'est-ce que vous voulez, je me relevais pour les regarder ! Z'étaient tellement beaux !

Puis j'ai passé un bon moment à essayer de régler correctement mes voiles afin de faire une route pas trop dégueue. Croyez(moi quand je vous dis que lorsque vous avancez à deux nœuds avec un vent qui n'arrête pas de sauter, ça n'a rien d'évident. J'ai finalement opté pour une configuration en ciseau, avec le régulateur réglé à 180° du vent apparent. Malgré tout, j'ai quand même pas mal dérivé... Surtout que par deux fois on a rencontré une forte veine de courant. C'est très bizarre... La nuit et par pétole, alors que tout est silence, on a l'impression.d'entendre couler une rivière.

Enfin, il y a eu les bateaux. Beaucoup de bateaux, dont un paquebot illuminé comme un sapin de Noël qui faisait route vers Rio à vitesse réduite (afin d'y arriver pour le matin). J'ai mis un bon moment avant de m'endormir sachant que tout danger était écarté.
Bref, pas beaucoup de dodo vous disais-je. Et à part ça, on en est où ? Ben je ne sais pas trop... On attend 06H00 du mat et je vous dis ça, ok ?

06H00 : Bon ben évidement ce n'est pas fameux. 33 milles de parcourus en douze heures, reste 43 à faire. A la vitesse actuelle nous n'y serons pas avant la nuit, c'est certain. Il va donc falloir que l'on fasse un peu de moteur... Oui mais quand ? Là est la question. Et bien la réponse c'est maintenant, parce que j'en ai plein le cul et que je suis pressé d'arriver.

Sympa
06H20 : J'aperçois Ilha Grande et la passe ouest qui mène à Paraty. Faut dire que les montagnes sont vachement hautes, c'est pour ça que je peux les voir à cette distance. Le soleil se lève. On y est dans huit heures mas o menos.

07H30 : Je viens de rajouter 20 litres de gas-oil dans le réservoir principal. Avec ça, je suis parré jusqu'à l'arrivée et bien plus.

08H15 : Il semblerait qu'il y ait un peu de vent du nord-ouest... Je mets le moteur au point mort, et je déroule un peu le génois pour voir ce que ça donne. C'est insuffisant. Mais par contre avec les voiles plus le moteur je grimpe à six nœuds. Cool.
Je ne vous dis pas la bonne douche chaude que je vais me prendre en arrivant ! Parce que mine de rien ça fait... Houla ! Je dois sentir le fennec !

Punta Juatinga
08H30 : La punta Juatinga est à 16 milles. Puis il y aura encore 15 milles à faire dans un paysage que je sais déjà être magnifique.

08H45 : Par acquis de conscience, et puisque il y a un peu de vent, j'ai quand même regardé sur l'ordinateur la route et la distance pour aller jusqu'à Rio... 85 milles.
Mais non. J'y suis presque, et maintenant que mon esprit c'est fait à l'idée que ce soir je vais pouvoir me mater un bon film, il est hors de question de changer de plan !
Et puis j'ai dis à Touline qu'elle allait pouvoir gambader alors... Vous voulez que je passe pour quoi ?

10H45 : Je m'étais dit que laisser filer la ligne de traîne pouvait, le cas échéant, fournir mon repas du soir... Bonne pioche ! Voilà une belle thonine de presque un kilo ! Touline est subjuguée.

Le repas du soir
11H05 : Et voilà la deuxième ! C'est bon, je peux retirer la ligne on a ce qu'il nous faut.

11H20 : Punta Juatinga passée !

11H35 : Ça y est nous sommes maintenant à l'abri du vent, des vagues, de tout. Y'a pas à dire, la baie d'Ilha Grande, ça a de la gueule.

12H05 : En faisant le point de midi, je me suis rendu compte que nous venions de repasser sous les tropiques ! Yes ! Welcome home mon Gwen !

13H25 : La Boiteuse se faufile entre les îles plus ou moins désertes qui fleurissent un peu partout. Hélas, j'aperçois au loin une des deux centrales nucléaires du Brésil. Qui se trouve toutes les deux Angra d'ailleurs...
Je vois aussi beaucoup d'embarcation de tourisme, les fameuses escunas,avec leurs hordes de baigneurs en gilet de sauvetage (pour le niveau supérieur, c'est la frite).

Ilha Jesèplucouà

13H30 : Dernier changement de cap ! Je contourne une dernière île avec un charmant petit village de pécheurs, et Paraty apparaît enfin tout au fond de sa baie encaissée.

14H25 : 500 mètres... Je vous laisse, il faut que je me concentre pour l'arrivée.

La suite au prochain épisode !

On arrive !