22°56.010S 43°06.375W
Clube Naval Charitas, Niterói
Le vendredi 09 mai 2014 – Petite
annonce
| Marina de Engenho |
05H20 : C'est une furieuse envie
de pisser qui m'a tiré du lit vers 04H30. Du genre impératif. Puis
la Touline voyant que j'étais levé en à profité pour me réclamer
quelques croquettes. A partir de là, se recoucher est devenu mission
impossible pour moi. Donc, j'ai entamé mon rituel du matin... Café,
clope et réflexions diverses et variées. Et notamment celle-ci en
forme de question : Je pars ou je pars pas ?
Depuis ma dernière publication, la
fenêtre météo que je visais s'est refermée petit à petit. De
quatre jours, elle est passée à trois. Puis à deux... Ensuite,
j'ai rencontré Claude, un navigateur solo comme moi, qui est bien
sympathique et qui avait « besoin » de mes lumières
linguistiques. Enfin, avant-hier, Luiz le gérant de la marina
d'Engenho, m'a annoncé (sans que je ne lui demande rien) qu'il
allait me faire le tarif des résidents au mois... Bref,
j'envisageais sérieusement de reporter mon départ.
Et puis j'ai téléchargé les derniers
Gribs et j'ai vu que ma fenêtre semblait même s'entrouvrir un peu
plus que la veille au soir... Putain, je fais quoi ? Je commence
à préparer le bateau ou bien ?
07H20 : Bon ben ça y est, La
Boiteuse est prête. Y'a plus qu'à payer et à attraper la chatte.
07H50 : Zut ! Je viens de me
rappeler que j'ai prêté un de mes disques durs à Bertrand (un
autre français qui squatte à Paraty depuis des années) et qu'il
faut que je le récupère ! J'espère qu'il ne va pas tarder
parce que là...
08H10 : Ça y est, j'ai attrapé
Touline. A chaque fois ça me fend le cœur que de devoir lui mentir
pour arriver à l'enfermer dans la cabine avant... Un jour, je ferais
ça une fois de trop et elle me quittera, c'est sûr.
Putain, qu'est-ce qu'il faut l'autre
avec mon disque dur ? Si je pars trop tard, je ne vais pas
pouvoir arriver à Búzios
demain avant la nuit ! Grrrrr !!!
08H30 : Oh Putain ! Devinez
qui s'est échappé de la cabine avant par le hublot que j'avais
oublié de fermer ? Décidément, tout va mal aujourd'hui...
09H00 : Allumage du moteur. J'ai
pu récupérer la chatte et mon disque dur, et j'ai réglé la
facture de la marina. Elle s'est finalement élevé à 1370 $R pour
douze jours, soit 115 $R par jour au lieu des 180 annoncés au
départ. Obrigado Luiz ! (N'empêche, ça fait quand même 37
Euros par jour, merde !)
Je me désamarre tout seul comme un
grand, aidé en ça par une absence complète de vent. En douze
jours, l'aussière arrière à eu le temps de devenir poisseuse à
souhait. Beurk !
Un petit coup de tut-tut pour dire au
revoir et zou ! On est parti !
| La possibilité d'une île ? |
09H25 : Normalement en sortant de
la baie d'Ilha Grande nous devrions avoir du sud-ouest entre 10 et 15
nœuds qui devrait durer jusqu'à demain matin. Puis il devrait virer
sud-sud-est en fin de journée et se renforcer jusqu'à vingt nœuds
à l’approche du Cabo Frio. Mais bon, logiquement je devrais
l'avoir laissé dans mon sillage avant que le gros temps n'arrive. Il
est prévu également de la pluie et quelques orages... Bref, ça
risque de ne pas être très rigolo. Au fait, j'ai pris mon cachet
pour le mal de mer ?
09H40 : Fait chier, j'ai oublié
de mettre la batterie de l'appareil photo à charger. Ça va être un
peu juste si vous voulez des images les enfants.
10H40 : J'arrête Mercedes. Un F4
par le travers propulse La Boiteuse à cinq nœuds. Cap au 110°,
droit sur la pointe Est d'Ilha Grande. Enfin, a priori parce que pour
l'instant l'île est noyée dans la brume.
11H00 : Hihihi ! Ce vent
n'était qu'un Venturi créé par les montagne. Nous sommes de
nouveau dans une zone de calme plat. Allez Mercedes, au boulot !
11H20 : Arrêt moteur. Cette
fois-ci c'est la bonne.
12H00 : Les effets de la pleine
mer commencent à se faire sentir, même si nous n'y sommes pas
encore vraiment. Le vent saute sans arrêt et m'oblige à jongler
entre le Grand largue et le bon plein... Ça secoue pas mal. J'ai
hâte qu'on s'éloigne un peu de la côte pour qu'on puisse abattre
un peu. Et Splash ! Un paquet de mer dans uns la gueule, un !
13H30 : Ben zut alors ! Juste
alors que je m'apprêtais à faire route au 90°, droit sur Cabo
Frio, voilà t'y pas que le vent tombe et vire au SSE. Résultat, je
me retrouve à naviguer au près dans une mer formée, mais sans
avoir la vitesse nécessaire pour étaler les vagues.
14H00 : Comme prévu hélas, il
pleut. J'ai remis mon pantalon de ciré et ma polaire. Ce n'est pas
pour rien qu'ils appellent ça um frente frio. Un front froid.
14H45 : Je n'ai pas mangé et j'ai
un coup de barre. Je me fais un café avec du lait concentré sucré
pour refaire le plein d'énergie.
Le vent a vraiment du mal à se
stabiliser et je passe mon temps à régler mes voiles et mon
régulateur pour conserver cap et vitesse. Un coup c'est trop fort,
un coup ça ne l'est pas assez. Un coup c'est trop au Nord, un coup
ça ne l'est pas assez... Un coup il pleut, un coup ça s('arrête
avant de reprendre dix minutes plus tard... Bref, ça m'occupe.
15H30 : Ah ! On y est me
semble-t-il. Le cap est parfait depuis un moment, il ne me reste plus
qu'à faire en sorte de rester au dessus de 5 nœuds si je veux avoir
une chance d'arriver demain avant la nuit. Mais bon, pour tout vous
dire je n'y crois pas vraiment.
15H55 : Méfiance mon Gwen !
Tu as cinq pétroliers qui font le poireau pour ravitailler juste
devant toi. Et j'en aperçois toute une flopée encore derrière...
Je sens que la nuit va être longue !
| Seuls au monde |
16H40 : Touline est
particulièrement affectueuse aujourd'hui. Elle ne quitte pas mon
giron, ce qui est particulièrement gênant quand il s'agit d'écrire
ou de lire. Et je ne vous parle pas de régler une voile !
Pendant ce temps-là, le vent est en train de tomber et on se traîne
à trois nœuds et des brouettes.
17H05 : Je sais que cela ne sert à
rien de le penser, et encore moins de le dire, mais Zoë me manque.
Je regarde Ilha Grande s'éloigner et je pense à ce petit coin de
Paradis que je voulais lui faire découvrir... Matariz. Petit coin de
Paradis que j'ai, je m'en rends compte maintenant, pris bien soin
d'éviter afin qu'il ne se transforme pas en Enfer de solitude.
Seigneur ! J'ai vraiment besoin de
trouver une autre équipière !
Bon allez, j'ose. Alors voilà, si tu
as entre 25 et 35 ans, si tu aimes l'aventure, si tu aimes les chats,
si tu as de l'humour et si tu as eu la patience de lire ce blog dans
son entier et que tu trouves malgré tout que je suis un type bien,
alors le poste est à toi ! Oui, toi la lectrice derrière ton
ordinateur, c'est à toi que je cause.
Et si en plus tu es délurée, que tu
as de gros seins et que tu adores faire la cuisine, c'est parfait.
Bon, cela étant, ces dernières conditions ne sont pas forfaitaires.
Je me satisfais tout aussi bien des petits seins et je suis assez bon
cuisinier lorsque je m'en donne la peine...
C'est-y pas malheureux d'en arriver
là... Sans déconner, des fois je suis d'un pathétique que c'en est
effrayant.
18H20 : Il fait bien nuit
maintenant et il pleut à grosses gouttes. La Boiteuse est sur des
rails, cap au 85°. Par contre, la vitesse c'est pas trop ça... On
verra ce que la nuit nous apportera. Et puis, si je ne le sens pas,
il reste toujours la solution de s'arrêter à Rio. (Non Gwendal !
On avait dit pas Rio !)
Le samedi 10 mai 2014 – Plan B
05H40 : Salut. La nuit a été...
compliquée, et je ne suis pas fâché qu'elle finisse. On a eu des grains à répétition
jusqu'à minuit environ, avec des bourrasques de vent tournant,
quelque chose de pas facile à gérer de nuit. Beaucoup de pluie
aussi... J'ai dormi comme j'ai pu, dans mes fringues et mon duvet
trempé. J'ai eu froid. Après minuit ça a été plus calme. Enfin,
si l'on veut car le vent est finalement tombé carrément. On s'est
traîné à je ne sais pas combien de nœuds dans une mer formée.
Bref, le soleil ne va pas tarder à se lever et c'est tant mieux.
D'après ce que j'en peux voir, je suis
pratiquement à la hauteur de Rio de Janeiro. J'aperçois la
silhouette des collines et les lumières des favelas. Dans dix
minutes je vous dirais où j'en suis exactement et ce qu'elle sera la
suite des événements.
06H15 : 45 milles en douze
heures... C'est ce que je pensais, ce n'est pas fameux. Rio est à 20
milles plein Nord, et Cabo Frio est à 72 milles au 70°. Il faut
ensuite rajouter 18 milles pour rejoindre Búzios.
Ce qui nous fait un total de 90 milles pour arriver à destination.
Alors, je fais quoi ?
06H20 : Ma décision est prise, on
continue. J'ai abattu et nous voilà maintenant au grand largue. Cap
au 70°, 3,5 nœuds... On devrait arriver demain matin à Búzios.
07H50 : J'ai dû tangonner le
génois, mais on se traîne quand même à trois nœuds et des
brindilles. Pffff... Au moins à cette vitesse, je suis sûr
d'arriver de jour au mouillage. Mais demain, pas aujourd'hui comme
c'était prévu au départ !
Non, ce qui m'inquiète un peu, c'est
que je ne sais absolument pas où on en est de cette foutue météo.
Si les vents se conforment à ce qui état prévu hier, je vais
devoir passer Cabo Frio avec un méchant près et 20 nœuds de
Sud-sud-est... Et 20 nœuds se transforment vite en 30 nœuds
lorsqu'on s'approche un peu trop près d'une relief... C'est pour ça
que je ne m'applique pas trop à faire un cap direct. Déjà que de
le passer de nuit ne m'enchante qu'à moitié, je préfère me
laisser le plus de marge possible !
09H00 : Vous voulez que je vous
dise ? Plus j'y réfléchis et moins je le sens ce Cabo Frio.
Sur le papier, je devrais le doubler vers minuit au près. C'est
difficile, mais c'est faisable. Sur le papier. Et en même temps j'ai
une petite voix dans la tête qui me dit : « Gwen,
fait pas l'andouille. C'est pas un petit promontoire de rien du tout
ce truc. Rio est là à 18 milles, et tu peux y être dans
l'après-midi ».
Reste à savoir si cette petite voix
émane de mon instinct ou de ma flemme.
09H10 : Allez, c'est décidé.
J'enlève le tangon, j'empanne et hop, cap au 350° droit sur le Pain
de sucre. Ne me demandez pas pourquoi, mais je sens qu'il faut que je
le fasse.
09H45 : Il sera dit qu'après
moult hésitations, plusieurs décisions contradictoires, et
néanmoins argumentées, prises et réfutées dans la foulée, je me
serais finalement arrêté à Rio... On dit que seuls les imbéciles
ne changent pas d'avis, mais que dit-on des inconstants ?
| C'est pour moi tout ça ? |
10H20 : Vous me croyez si je vous
dis que je commence à apercevoir les immeubles qui bordent la plage
de... Comment elle s'appelle déjà ? Ah oui, Copacabana !
Oui je sais, c'est cruel.
11H10 : La ville est noyée dans
la brume et les nuages mais je peux quand même voir une espèce se
croix au somment d'une montagne. Je crois que c'est le Corcovado.
11H40 : Alors que je termine de
manger, la ligne de traîne tressaute. Une belle thonine s'agite au
bout. Elle sera suivie par deux autres du même acabit.
12H10 : Allez, on y est presque. A
l'approche de la côté, le vent m'emmerde et je suis obligé de
barrer pour naviguer au plus près.
| Salut copain ! |
12H20 : Wahou... Un gros
remorqueur est en train de me rattraper pas tribord arrière et me
passe à quelques dizaines de mètres. Je vois distinctement le type
sur la passerelle. Soudain, il disparaît de ma vue et j'entends le
bruit caractéristique d'une drisse métallique. Je vois alors
lentement s'élever le drapeau brésilien à l'arrière de la
passerelle... J'en reste bouche bée, avec des frissons partout !
Le remorqueur est en train de me saluer à la manière ancienne,
comme le faisait les bateaux du temps des Moitessier, Bardiaux,
Gerbault et autres. C'est magique comme moment...
Aussitôt je me précipite vers la
poupe et je retire la ficelle qui tient enroulé mon propre drapeau
(il commence à partir en charpie, c'est pour ça). Les couleurs de
la France flottent au cul de la Boiteuse. Le gars sors de la
passerelle et agite la main. Je lève le pouce. Salut copain.
Pendant ce temps là, Touline s'en
tamponne, elle boulotte sa thonine.
12H45 : Je suis en train de tirer
des bords pour arriver à passer cette foutue Ilha do Paï.
13H15 : Fiou... Elle est musclée
cette arrivée dis-donc ! (je peux pas écrire, j'ai la barre en
main)
| Rio de Janeiro droit devant ! |
14H10 : Ça y est ! J'ai le
Pão de Açúcar sur ma droite et le fort de Santa Cruz sur ma
gauche. J'entre dans la baie de Guanabara. Faut que je vous avoue un
truc, l'arrivée sur Rio de Janeiro ça a de la gueule quand même...
Y'a plus qu'à contourner la pointe de
Jurujuba, et on arrive au Clube naval de Charitas. J'ai décidé
que c'est là que j'allais faire halte et non pas à Rio même. Trop
cher, et trop mal famé d'après ce que raconte radio ponton. Si par
le plus grand des hasard j'ai envie d'aller visiter la ville, et bien
je prendrais le ferry et pis c'est tout.
| Ça a de la gueule quand même... |
16H20 : Après quelques péripéties
sans intérêt je m'amarre enfin à l’emplacement qu'on m'a
attribué. Le ponton est un peu tout pourri et la qualité du système
électrique me semble douteuse, mais j'ai quand même du jus, un wifi
poussif et La Boiteuse est à peu près en sécurité. C'est ça qui
compte car la première chose que j'ai fais une fois amarré, c'est
de regarder la météo pour Cabo Frio à l'heure où j'étais sensé
le doubler... Et bien mes enfants, je ne regrette pas d'avoir choisi
l'option Rio. Je suis mieux là où je suis qu'à me faire chahuté
en mer !
| Le Pain de Sucre et le Corcovado |
| Clube Naval Charitas |