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mercredi 25 mai 2011

De Valencia à Cartagena

37°35.786N 00°58.814W
Cartagena

Quel jour sommes-nous aujourd’hui ? Mercredi, le 25... Cela fait donc cinq jours, non quatre, que j’ai quitté Valencia et je suis arrivé hier au soir à Cartagena. Quatre jours pour faire 161 milles… Un petit train de sénateur, comme il convient à une handicapée, mais c’est pas mal quand même. Je suis plutôt content, de moi et de mon bateau.

Le samedi soir j’ai fait escale à Javéa, un petit port niché juste derrière le Cabo de San Antonio. Une falaise de je ne sais pas combien de centaines de mètres tombant à pic dans les flots. Magnifique.
D’ailleurs puisqu’on parle de « Cabos », si je me suis arrêté à Javéa c’est pour pouvoir enquiller dans la journée du lendemain toute une tripotée d’autres Cabos qui marquent la pointe orientale du Valenciana… Un cap, et a fortiori plusieurs, c’est toujours un endroit délicat à passer car on ne sait jamais ce qui peut vous attendre derrière. Un vent violent soufflant en rafales, des courants contraires… Bref, il faut s’attendre à tout, être attentif et se tenir prêt à improviser si jamais les choses venaient à dégénérer.
Cela-dit, le spectacle est assez réjouissant pour l’œil (Pour une fois aurais-je envie d’ajouter), et la navigation est facilitée par tout un tas d’amers, tous plus remarquables les uns que les autres.

Bétonnage
Bon, bien sûr les espagnols n’ont pas pu s’empêcher de pourrir les plus beaux sites, parfois de façons carrément improbables, avec des monstruosités immobilières de toutes sortes. Ça va du lotissement immonde accroché sur un bout de pente abrupte et désertique, à la concentration, façon Hong-Kong sur mer, d’affreuses tours résidentielles. Tout cela étant bien entendu vide de tous occupants comme nous en avons déjà parlé…
Moi qui jusqu’alors pensais la Côte d’Azur comme étant l’exemple type du bétonnage anarchique, je m’aperçois qu’en fait nous sommes des petits bras par rapport aux ibères. Quand on pense qu’il y a vingt ans, une ville comme Benidorm n’était qu’une simple petite bourgade… Un vrai massacre, voilà ce que je pense.

Benidorm
Le dimanche soir, escale à Villajoyosa. J’ai choisi cet endroit parce que j’aimais bien son nom, et effectivement la ville est plutôt jolie avec ses façades de toutes les couleurs… Du rose, du bleu, du vert, de l’ocre… On aurait dit une peinture d’art naïf.
Mais comme la veille, je n’ai pas pris le temps de me balader dans les rues. Après dix heures de mer, le Gwen n’aspire qu’à une chose, manger et dormir. Surtout que le lendemain il faut repartir de bonne heure… Alors le tourisme ce sera pour plus tard.

Le lundi, j’ai enfin eut des conditions de vent à peu-prêt correctes. Un doux zéph de force trois, bien régulier, qui m’a permis de tenir un bord de près en plein dans le cap qui me convenait… La Boiteuse bien calée sur son tribord, fendant les vagues à quatre nœuds de moyenne pendant près de quatre heures, et cela sans même que moi ou Monsieur Pilote n’ayons besoin de tenir la barre ! Un pur plaisir.
D’ailleurs, j’ai eu envie de vous en offrir un petit bout…


Le soir, escale à Torrevieja. Là je suis tombé sur une marina du genre guindée avec marineros en pantalons à pince et polos siglés. La capitainerie (pardon, le club !) était digne d’un hôtel cinq étoiles, avec escalier en marbres et boiseries vernies. Les pratiques portuaires étaient bien sûr à l’image du club… D’un élitisme achevé.
Élitisme
Par exemple, figurez-vous que chaque place de quai dispose de son compteur électrique personnalisé (c’est la première fois que je vois ça de ma vie), et lorsque vous vous étonnez de la chose on vous explique que c’est plus « juste » comme ça car tout le monde ne consomme pas la même quantité d’électricité… Sauf qu’au final ils vous facturent la consommation à 0,28 €/KW, alors que les grosses unités à demeure disposent elles d’un tarif dégressif…
Bref, sous couvert de rendre les choses plus équitables ils entubent bien profond le petit voilier de passage, comme les gros connards de capitalistes (d’escrocs) qu’ils sont.

Evidemment le prix est plutôt élevé pour la basse saison (26,44 €), mais le wifi est généreusement offert par la direction. Sauf qu’il ne marche pas ! J’imagine que d’ici peu ils arriveront à le faire fonctionner avec l’aide d’un opérateur privé qui se fera un plaisir de facturer chaque connexion en échange de son efficience…
Ombre
D’ailleurs je crois que je vais m’inventer une nouvelle règle : Toujours se méfier d’une marina qui peint ses pontons en vert. C’est pas normal comme couleur pour un ponton, ça laisse imaginer que ceux qui l’arpentent souhaiteraient marcher sur une belle pelouse bien taillée pour accéder à leur bateau… Alors que les vrais marins s’en foutent pas mal.

Je hais littéralement ce genre de pratiques, elles sont la honte de l’humanité et qui plus est fort éloignées de la tradition maritime d’hospitalité et d’entraide. En tous cas de l’idée que moi je me fais de cette tradition… Peut-être que je ne suis qu’un vieux dinosaure aux idées moisies et utopistes, mais je n’en démordrais pas.

C’est donc pas mécontent du tout que je suis parti de là pour rejoindre Cartagena, une petite quarantaine de milles plus à l’Est.

A l'attaque !
Alors que la Boiteuse venait de quitter Torrevieja, glissant sur une mer d’huile (putain d’anticyclone à la con !), deux oiseaux dont je n’ai pas pu identifier l’espèce, sont venus jouer avec elle. Pendant une bonne vingtaine de minutes au moins ils ont virevolté autour du bateau en s’intéressant plus particulièrement à la Grand-voile. Ils s’en approchaient, l’un à la suite de l’autre, à toute vitesse comme s’ils voulaient la percuter, puis décrochaient au dernier moment. Un petit tour histoire de se remettre dans l’axe d’approche, et rebelote !
Je ne sais pas ce qui les attirait ainsi… Un reflet dans la GV sans doute.
J’ai essayé de les chopper au passage avec l’APN, mais ils volaient si vite que j’ai eu un peu de mal.

El Capitan
Quelques heures plus tard j’ai eu la surprise de voir ce qui m’a semblé être un petit avion d’entrainement militaire, survoler à basse altitude le mât de la Boiteuse. Je ne sais pas ce qui m’a pris, mais je l’ai salué avec des grands gestes (peut-être que je m’ennuyais) et alors qu’il me dépassait par tribord, celui-ci m’a répondu ! Oui je vous jure ! Il a battu des ailes en réponse à mon salut ! C’est dingue !
Je suis tout seul sur l’eau, et un avion passe et me dit bonjour… Après l’épisode des oiseaux, voilà un de ces petits moments qui égayent mes longues heures de navigation. Je regarde autour de moi, et je m’amuse d’un rien.

Depuis Valencia et ce putain d’anticyclone, il fait chaud. Très chaud. Aussi j’ai pu enfin entreprendre de peaufiner mon bronzage qui jusqu’alors aurait pu passer pour celui d’un travailleur agricole. Les parties visibles d’un joli brun qui me rappelle le caramel au beurre salé, et les parties cachées aussi blanches que de la farine.
En trois jours je suis passé de la polaire au teeshirt, du teeshirt au débardeur, et du débardeur à rien. Et quand je dis rien, c’est rien. Enfin si, juste mon chapeau et mes chaussures.
J’ai toujours rêvé de pouvoir faire ça, je veux dire être nu sur mon bateau… C’est un peu compliqué à expliquer, mais à mon sens cela participe de la vie que j’ai envie de mener en mer. Je ne suis pourtant pas un adepte du nudisme, et cela n’a rien à voir avec de l’exhibitionnisme puisque personne ne me voit, mais j’avais envie de le faire… Alors je l’ai fait.
Bon ok, pas longtemps car j’ai très vite senti que mes blanches parties cachées commençaient à cramer, et puis je ne sais pas si vous le savez, mes lorsqu’on est nu, il faut faire un peu attention où l’on pose ses fesses… Car sous ce soleil le banc du cockpit frise les 45°C !


Vers 16H00, j’aperçois enfin les montagnes qui délimitent l’entrée du port de Cartagena. Je ne suis pas fâché d’arriver car depuis quelques heures je surveille avec appréhension la jauge de mon réservoir… Je suis short en gasoil, n’ayant pas fait le plein depuis Javéa. Mais ça c’est bien passé, l’aiguille était dans le rouge que je suis arrivé une heure plus tard, mais je ne suis pas tombé en panne. Ça m’aurait pas vraiment fait plaisir…

Los indignados
Je vais rester à Cartagena quelques jours, histoire de me reposer un peu et attendre que l’anticyclone se tasse un peu… Faire du moteur en permanence n’est pas bon, ni pour ma Boiteuse, ni pour mon porte-monnaie. Je vais en profiter pour visiter la ville. Nous ne sommes plus dans le Valenciana mais dans la communauté de Murcie (Murcia), et il me tarde de voir s’il existe une réelle différence avec les autres provinces que j’ai déjà visitées.
Alors que je faisais en toute fin d’après-midi une première et brève incursion dans la cité pour m’acheter de quoi manger, je suis tombé sur un de ces rassemblements citoyens qui fleurissent en Espagne depuis le 15 Mai… Los indignados occupent une place comme d’autres le font à Madrid et réclament la Démocratie Réelle « Ya ! », c’est-à-dire maintenant. Je pense que j’irais y faire un tour aujourd’hui ou demain pour y glaner quelques informations sur ce qu’il s’y passe exactement.

A suivre !

La Costa Blanca

samedi 21 mai 2011

Petit matin

39°25.893N 00°19.917W
Valencia

El Micalet
05H13 du matin, je me demande si j’ai le temps de vous laisser quelques mots avant de partir… Oui ? Non ? Allez, on va dire que oui, et puis comme ça cela vous fera de la lecture pour le weekend.

Donc je m’en vais enfin de Valencia. Je dis bien enfin car cette escale de quinze jours aura été en tous points désagréable. Bon, ce n’est pas tant d’avoir eu une grosse panne et d’avoir attendu tout ce temps pour réparer qui m’a été désagréable, mais je pense vous l’avoir assez suffisamment décrit, le lieu où il m’a fallut attendre. Je ne suis vraiment pas fâché de quitter Valencia, même si je regrette cependant de n’avoir pas pu visiter la ville autant que je l’aurais voulu. Trop loin, trop chiant, je suis passé à côté de pas mal de jolies choses…
Mais c’est pas grave, des jolies choses j’en rencontrerais d’autres et des plus belles je n’en doute pas.

Hier j’ai donc réglé mes factures. Celle du mécano, 170 €, et celle du port, 239 €.
La première je l’ai trouvé un peu chère pour trois heures de boulot (mais bon), et la seconde raisonnable. Surtout que, comme me l’a si gentiment rappelé el contremaestre, celui-ci ne me comptait pas le coût du remorquage…
Et oui, c’est que j’avais un peu oublié dans quelles conditions j’avais mis les pieds ici, accroché à la remorque d’un zodiac !

J’ai remercié humblement et j’ai donné mon congé.

Celle-là elle est pour Bourreau !
Ensuite j’ai passé la journée à ranger un peu le bateau, j’ai fait quelques courses pour pouvoir remplir mon estomac pendant la semaine qui vient, et puis surtout j’ai utilisé cette journée pour me mettre en condition « voyage ».
Car, il me semble vous en avoir déjà parlé, on n’appareille pas comme ça sur un claquement de doigts. Il faut préparer plein de choses, et surtout, du moins en ce qui me concerne, il faut se mettre dans l’état d’esprit qui convient. Moi par exemple j’ai besoin d’une journée pour arriver à me « conditionner », et passer du mec qui glande sur un ponton, en marin bouffeur de milles.
Je regarde mes cartes, j’analyse la météo, et puis peu à peu mon cerveau s’émule et se transforme… La curiosité de découvrir d’autres lieux et l’envie de naviguer me reviennent, et alors que je me satisfaisais de ne rien faire, j’ai soudain envie de m’activer. Il me faut au moins ce temps-là pour me projeter de nouveau dans l’avenir.

Cliquez dessus pour agrandir
Alors je vous trace rapidement le programme des prochains jours. Ce soir je devrais avoir rallié le port de Javéa. Puis demain, je rejoindrais celui de Villajoyosa. Lundi, escale à Torrevieja, et enfin mardi je devrais arriver à Cartagena.
Cartagena, où je resterais deux-trois jours pour m’imprégner de la capitale de la province de Murcia.

Bon voilà, il est six heures trente et je vais devoir m’activer. Je vous laisse.

jeudi 19 mai 2011

Vroum vroum !

39°25.893N 00°19.917W
Valencia

Tadaaaa !!!
Ce matin, alors que je me rendais chez Paco, via les chiottes, pour savoir si cette foutue pompe était arrivée, je me passais déjà en tête les mots anglais que j’allais devoir utiliser pour relancer mon vendeur. Je me disais, il va falloir que je lui demande le numéro du colis pour vérifier avec DHL tout ça… Bref, je partais dans l’idée qu’encore une fois je ferais chou blanc aujourd’hui.

Et bien non ! Homme de peu de foi que je suis ! Elle était là ma pompa !

Elle était là, posée sur un meuble, rutilante, un sourire goguenard aux lèvres.
Oui, je vous le confirme, les pompes peuvent avoir un sourire goguenard aux lèvres. Surtout quand elles sont à eau douce.

Bilal
Trop heureux de la voir arrivée, je ne l’ai plus quitté des yeux jusqu’à ce qu’un des employés de Paco, Bilal, m’accompagne une demi-heure plus tard à la Boiteuse où nous nous mettons aussitôt au travail. Oui je dis nous, car j’ai fait mon possible pour participer, tenant le manche d’une clef par ci, dévissant un écrou par là, afin de pouvoir refaire l’opération si jamais il m’arrivait d’avoir de nouveaux ennuis. J’ai été un bon élève, et j’ai appris plein de choses. Notamment que des roulements à bille en acier peuvent tout à fait se transformer en copeau de métal…

Trois heures plus tard, je mettais le contact et la vieille Mercedes après avoir toussé quelque peu s’est mise à ronronner comme une chatte. Ouf ! Vous ne pouvez imaginer le plaisir que j’ai eu à entendre de nouveau ce bruit si particulier de mon vieux diesel. C’était… Jouissif !

On change !
Donc, vous vous doutez bien que je vais faire en sorte de me casser d’ici le plus vite possible. Pour ce faire j’ai jeté un œil rapide sur la météo mais hélas celle-ci ne m’est guère favorable. Un énorme anticyclone est sur le point de s’établir sur le sud de l’Espagne et va empétoler tout ce qui navigue pendant quelques jours. Je n’ai que deux ou trois jours pour filer d’ici avant que de me retrouver coincé…

Donc, départ samedi pour une destination que je n’ai pas encore planifiée, le but du jeu étant de rallier Alicante en trois jours. Avec, je l’espère, des possibilités de mouillage entre ici et ma destination.
Je vous en dirais plus une fois que j’aurais étudié à fond la question.

Voilà-voilà ! Content le Gwen !

mardi 17 mai 2011

L’ennui

39°25.893N 00°19.917W
Valencia

Je me dis que vous devez vous demander ce qui se passe, ou du moins où j’en suis de cette escale à Valencia.
Et bien je poireaute. Je poireaute et je poireaute encore. La pompe à eau que j’ai achetée sur eBay la semaine dernière n’est toujours pas arrivée, donc je poireaute… Bon je sais, il faudrait peut-être que je m’en inquiète et bien c’est-ce que j’ai fais. Hier, j’ai contacté le vendeur pour lui demander où tout cela en était et il m’a confirmé que ma pompe était bien partie le 10 mai, et expédiée via DHL à la bonne adresse, ici à Valencia… En dehors de ça, je ne peux rien faire d’autre qu’attendre.

J’ai regardé sur Google et je sais que cette pompe à 1854 Km à parcourir. Vu le prix que j’ai payé pour la livraison (11 €), je me dis qu’elle ne va pas venir en avion… En camion, peut-être ou alors à pied ? Ce qui est tout à fait envisageable pour une pompe, vous en conviendrez.

J’en rigole, mais étant donné la configuration de la marina, son isolement, je me fais plutôt chier… En fait non, je suis en train de retrouver le rythme de vie qui était le mien avant que je ne parte, et c’est ça qui me fait chier. Internet, jeu, films… et je ne sors du bateau que lorsque c’est vraiment nécessaire. Autant dire que je végète.

Donc, vous vous doutez que j’ai plutôt hâte de foutre le camp d’ici.

Cela dit, je suis allé faire un tour dans les environs et je suis tombé sur un truc que je n’avais jamais vu… Il s’agit d’un type d’amarrage dans un bras de rivière, où les bateaux sont attachés à des tyroliennes.
Voilà où j’en suis, vous vous rendez compte ? Je m’extasie devant des petits bateaux attachés à des câbles sur une rivière polluée cernée par les échangeurs routiers… On est loin des petites criques désertes et accueillantes que je voyais dans mes rêves éveillés.

Je suis commes ces bateaux, je reste pendu à un fil et j’attends que l’on vienne bien me décrocher pour aller faire une virée. Pathétique.

Quoique. Ces rêves ils sont toujours là dans ma tête, et il ne tient qu’à moi de les ravivés. Allez ! C’est-ce que je vais faire. Je vais me secouer un peu les puces et me pencher sur mes cartes pour visualiser ce qui m’attend une fois que j’aurais quitté ce trou. Ouais, on va faire ça…

samedi 14 mai 2011

Deux visions de Valencia

39°25.893N 00°19.917W
Valencia

Aujourd’hui je vous propose deux regards sur la ville de Valencia. Deux visions radicalement différentes et pour cause elles proviennent de deux endroits différents. Enfin, pas tant que ça… Car dès que vous avez fini d’embrasser du regard la première et que vous vous retournez, vous pouvez commencer à contempler la seconde. Deux mondes qui se touchent et pourtant deux mondes qui semblent s’ignorer.

A l'abandon...
Depuis que je suis arrivé à Valencia, enfin au Real Club Nautico de Valencia, ce qui fait une énorme différence comme vous l’avez pu lire dans mon précédent article, ce qui m’a le plus impressionné dans cette ville, ce ne sont pas les processions religieuses, les ruelles de la vieille ville ou encore les courbes bizarroïdes de la cité des sciences... Non, ce qui m’impressionne le plus ce sont ces quartiers périphériques que je traverse en bus lorsque je veux me rendre en ville. Des quartiers pourris, à l’abandon, où s’entasse une population aussi hétéroclite que pauvre.

Vous allez me demandez, pourquoi est-ce que je m’attache tant à ce qui est moche et sale, alors que je me trouve dans une ville où l’histoire a laissé tant de merveilleux chef-d’œuvre architecturaux ?

Taudis...
Sans doute parce que parce que, comme souvent chez le voyageur, c’est la première approche, le premier coup d’œil qui forge l’impression générale et qu’il est difficile de s’en défaire par la suite. Ou peut-être aussi parce que ces quartiers de Natzaret et de la Punta sont pour moi une illustration parfaite de ce que le « progrès » peut faire comme dégâts à un tissu social... Le « progrès » et son cortège de cupidité et de mégalomanie immobilière.

Lorsqu’on parcoure ces quartiers, on devine ce qu’il s’y est passé depuis ces dernières décennies... D’abord était la terre fertile de la plaine de la Turia. De petites communautés d’agriculteurs s’y installent et prospèrent, alimentant la ville de leurs récoltes. Il faut imaginer cette plaine parsemée de ces petites maisons traditionnelles aux toits à deux pentes dont il reste ça et là quelques exemplaires. Puis au XIXème siècle l’habitat se regroupe autour d’une rue principale, les façades se décorent de faïences colorées. C’est l’époque de la prospérité qui s’affiche et dont il reste quelques exemples décatis.

Ancienne maison de ferme
Et puis la ville s’est agrandie… D’abord industriellement avec des entrepôts et quelques fabriques qui sont venus coloniser l’ancien territoire agricole. Puis on a voulu construire des logements peu chers pour les ouvriers de ces mêmes fabriques. Des immeubles en brique sans esthétisme ni confort.
Encore plus tard est arrivée le fric de la spéculation immobilière… On a vu grand, très grand. On a construit des routes et des ronds-points, viabilisé des parcelles. On a imaginé je ne sais quel riche avenir pour cette partie de la ville… Mais pour que cet avenir puisse voir le jour il fallait auparavant se débarrasser des vestiges du passé. Ces quartiers on donc été asphyxiés méthodiquement. Plus d’entretien de la voirie. Un réseau d’assainissement digne d’une favela brésilienne… Les habitants ont commencé à partir, et ceux qui s’entêtaient ont été expropriés.

Fin du rêve...
Et puis tout s’est écroulé. La boulimie immobilière a étouffée Valencia, stoppant net le « progrès » et ses grands projets immobiliers. Aujourd’hui, les entrepôts sont à l’abandon et les usines sont en ruine. Les belles routes ne conduisent plus nulle part, les parcelles prévues pour accueillir de somptueuses tours sont restées à l’état de terrain vague et les immeubles qui avaient commencé à pousser ressemblent maintenant à des mécanos qu’un enfant aurait abandonnés dans un coin de sa chambre. Les maisons jadis coquettes sont devenues le refuge des pauvres, des prostituées immigrées et des exclus. Et quand je dis exclus, je parle ici des gitans. Ces espagnols même pas blancs, voleurs de poules et chiffonniers.

Ces quartiers voués jadis à une mort programmée au nom du progrès survivent comme un furoncle, à deux pas de la démesurée Cité des Arts et des Sciences. Vraiment à deux pas… De l’autre côté de la route. Et que peuvent bien se dire leurs habitants lorsqu’ils regardent par leurs fenêtres ces délires architecturaux ? J’aimerais bien le savoir…

Contraste

Meeting
Autre jour autre lieux. Alors que je marche vers le centre, en passant devant les arènes je tombe sur un rassemblement politique. Un meeting du PSOE doit se tenir dans l’enceinte. Il y a beaucoup de monde… Les élections régionales et municipales ont lieux la semaine prochaine et tous les partis sont sur les dents, rivalisant de promesses électorales démagogiques. Je ne m’attarde pas car l’objectif du jour est de visiter un temple… Un temple de consommation, le Mercat Central.
Chaque ville espagnole a le sien, et celui de Valencia est de toute beauté. Un édifice en forme de croix où les vitraux laissent passer une lumière vive et colorée. Une église dédiée au commerce, le commerce des produits locaux et pittoresques, mais du commerce quand même.

Un autre genre d'église...
Comme dans les autres églises, il y a plus de touristes qui visitent ces lieux, appareil photo en bandoulière (comme moi !) que de croyants. Euh de clients ! Et ceux-ci viennent de partout. Surtout espagnols, mais également beaucoup d’étrangers attirés par le côté pittoresque de la chose. D’ailleurs c’est en parcourant les allées que j’ai entendu parler français pour la première fois depuis huit jours.

On s’extasie sur la fraicheur des aliments proposés. On photographie la tête de quelques poissons hideux. On lève les yeux pour admirer les charpentes d’acier… Une odeur particulière faite d’un mélange de tout ce qui peut se manger au monde flotte dans l’air. Tous les sens sont en éveil, charmés.

Mmmm...
Chaque corps de métier est représenté et ceux-ci ne se mélangent pas. Les bouchers avec les bouchers, les primeurs avec les primeurs et les poissonniers avec les poissonniers… Seule exception à la règle : Les tripiers. Eux on les a rangés avec les poissons. Allez comprendre…

Je m’extrais à regret du temple, non sans avoir oublié de verser mon obole avant de partir. J’ai dans mon sac deux steaks hachés… Eh oh, pas n’importe lesquels ! Des steaks hachés de mouton ! Ma viande préférée…

Pour rejoindre mon arrêt de bus il me faut marcher. Beaucoup. Je pourrais me l’éviter mais le temps est aux économies… J’explique : Le bus à Valencia est très cher, beaucoup plus cher qu’en France. 1,30 € le trajet, sans possibilité de changement. Et pour moi cela signifie que pour rentrer sans frauder cela va me couter 3,90 €. D’ailleurs maintenant que j’y pense, si l’on voulait interdire le centre-ville aux populations vivant en périphérie on ne s’y prendrait pas autrement…

Un pont et plus de rivière...
Alors je marche. Et mes pas m’amènent dans l’ancien lit de la Turia. Il me semble vous l’avoir déjà dit, mais la Turia est le fleuve qui traversait Valencia jusque dans les années 60 où il eut la malencontreuse idée de déborder un peu trop. Du coup la municipalité l’a carrément détourné et a aménagé sont lit en parcs et en jardins.
C’est agréable… J’y croise des enfants qui ont toute la place du monde pour s’ébattre, des sportifs qui font du sport, des étudiants qui étudient en puisant leurs idées dans la bouche de leur voisin (ou voisine !).

Et puis tout au bout on arrive à la Cité des Arts et des Sciences… Là, c’est tout autre chose. 

Star Trek
On est dans le délire le plus assumé ; Le palais des arts ressemble à un vaisseau spatial et le palais de la science ne ressemble à rien… Enfin si, avec un peu d’imagination on pourrait peut-être, à la rigueur, y deviner les détails de quelque échinoderme marin… M’enfin, l’art moderne et moi cela fait deux, aussi je ne prétends pas être un observateur impartial.
J’observe cependant que malgré le spectacle plaisant de quelques jolies touristes la foule nombreuse ne parvient pas à remplir tout l’espace… C’est trop grand. Oui c’est ça que je n’aime pas, tout est fait pour rendre l’humain minuscule. Même l’espace entre les constructions, comblé par d’immenses plans d’eau, fait que l’on se sent comme écrasé par le gigantisme… Qui a pu avoir cette idée saugrenue de vouloir à ce point exclure l’être humain en le ridiculisant ainsi ? C’est la question que je me posais alors que je m’asseyais enfin sur le banc de l’arrêt de bus.

Trop grand...
Et puis je me demandais de nouveau ce que pouvaient bien penser les habitants des quartiers de Natzaret et de la Punta de tout ça. Eux qui ont quand même réussit à maintenir un semblant d’humanité dans ce no man’s land où ont les a parqué, que pouvaient-ils se dire en regardant ce que le progrès avait façonné ?








 D'autres photos :

Splendeur passée

Tâche bleue


Structures

Perspectives




Or rouge
Couleurs

mercredi 11 mai 2011

Premières impressions de Valencia

39°25.893N 00°19.917W
Valencia

J’avais dans l’idée de vous pondre quelque chose de similaire à ce que je vous avais écris sur Barcelone, mais je m’aperçois que cela m’est impossible…
Cela m’est impossible car pour ressentir une ville ou un quartier il faut vivre en son cœur, et le moins que l’on puisse dire c’est que la Boiteuse et moi-même nous nous trouvons plus près du petit doigt de pied que du cœur. L’ongle du petit doigt de pied pour être tout à fait précis.

La marina du Real Club Nautico de Valencia (RCNV) est située à l’embouchure du canal de dérivation de la Turia, la rivière qui traversait autrefois la capitale du Valenciana. Entre ici et la ville proprement dite, ou trouve le port de commerce et ses immenses docks où s’empilent des containeurs venus des quatre coins du monde, une zone industrielle moribonde mitée par la spéculation immobilière et des quartiers agricoles jadis pittoresques transformés en no man’s lands par la même spéculation.

Usine
En clair le RCNV est une enclave pour nantis construite en 1903 au milieu de nulle part pour quelques privilégiés et qui un siècle plus tard se retrouve toujours au milieu de nulle part sans avoir évoluée. La seule chose qui a changée, c’est la manne financière des deux dernières coupes de l’America organisées ici. Celle-ci a permis l’établissement de nombreuses PME dédiées à l’entretien des bateaux. Aires de carénages, boutiques d’accastillage, voilerie, brokers... Imaginez un peu une aire de carénage où trente bateaux se font gratter la couenne en même temps !

Mais pour l’humain, rien. Un seul exemple, 1200 bateaux et… deux douches. Et encore le marin sale doit se les disputer avec les utilisateurs de la piscine du club.

Wahou...
Il faut trente minutes de bus pour rejoindre le premier centre commercial (un Carrefour) qui permettrait au marin de passage de se ravitailler en vivres et trois quart d’heure pour rejoindre le centre historique de Valencia. Le bus parlons-en, une seule ligne dessert la marina et il n’y a qu’un bus toutes les 90 minutes...
Du bruit en permanence à cause du port de commerce et de l’aéroport tout proche, des mouches chiantes comme la mort, une odeur d’égout... Bref, comme je vous l’ai dit, ici on trouve tout ce qu’il faut pour acheter, affréter et réparer un bateau, mais rien n’est prévu pour qu’on puisse vivre sur le port.
Un dernier exemple, j’ai compté qu’il me fallait faire 698 pas aller-retour pour aller chier… On est loin des toilettes au fond du couloir à droite.

Ligne pure
Donc, vous l’avez compris, des centaines de personnes travaillent dans cette marina, mais personne n’y vit. A part moi.
Tout au long de la semaine je croise des grouillots de base affairés à gratter des coques, monter des gréements sur des unités de plusieurs centaines de milliers d’euros, astiquer des ponts déjà rutilants... Et le weekend venu c’est alors un défilé de voitures hors de prix chargés de bonshommes déguisés en marin d’opérette, shorts et polos griffés sur le dos et docksides aux pieds.

On est dans un autre monde, et ce n’est pas le mien. Si ce n’était ma chère Boiteuse et ses petits problèmes de moteur, il y a longtemps que je me serais cassé d’ici.

Du coup, comme aller en ville tient plus de l’expédition que de la promenade, je n’ai eu pour l’instant que deux fois l’occasion (et l’envie) de le faire. La première c’était dimanche dernier, et la seconde c’était hier. Mais comme celle d’hier ce n’était que pour remplir mon frigo, je vais donc vous parler de celle de dimanche...

Dimanche, le 8 donc, je me décide à sortir de cette marina de merde et de partir à la découverte de Valencia.
Comme je venais d’arriver et que je n’avais pas encore mes marques, j’ai un peu loupé mon timing, et bien sûr j’ai raté le bus de 09H20...
Pas de souci me dis-je, en ce premier jour je peux bien me fendre d’un taxi. S’ils sont aussi peu chers qu’à Barcelone ça ne sera pas une grosse dépense. Et puis comme ça je pourrais demander quelques renseignements sur les endroits intéressants à visiter !
Qu’à cela ne tienne, je demande donc au gardien de m’appeler un taxi depuis le poste de sécurité (Ah oui, il y a un poste de sécurité bien sûr...).
Celui-ci arrive et nous voilà parti vers le centre-ville. J’entame la conversation avec le chauffeur et je lui demande de me laisser plutôt près du centre historique, parce que j’aime bien l’histoire… Ok, direction la Plaça de la Reina. Et treize euros plus tard nous y étions. Oui, ça m’a coûté autant que le temps en minute pour y aller. Comme ça vous avez un repère, et moi aussi.

C'est où que ça se passe ?
Dès en arrivant le chauffeur me précise que ce dimanche est un jour particulier puisque c’est la fête de Vierge. Diable ! La fête de la Vierge, vous m’en direz tant... Et pas n’importe laquelle, la Virgen de los desamparados patronne de la ville !

Je n’ai absolument aucune idée de ce que ça peut être comme fiesta, mais je me dis que pour prendre la température d’une ville autant commencer par la fête de ladite ville. D’ailleurs ça a l’air d’avoir déjà commencé. Je vois des caméras de télévisions, une foule compacte qui s’agglutine à l’entrée de la cathédrale... Apparemment je dois être à l’arrivée d’une espèce de parcours, et comme je suis curieux je décide de remonter le courant et d’aller voir où cela peut bien commencer. Peine perdue, impossible de passer. Les gens sont collés les uns aux autres comme des harengs dans une boite.
Comme je suis rusé comme le renard, à défaut d’être agile comme l’anguille, j’emprunte des petites ruelles parallèles pour arriver finalement à une grande place, la plaça de la Virgen, qui semble être le point de départ de... Je ne sais toujours pas de quoi.

Le maire salue ses péons
La place est pleine à craquer, des estrades sont montées et une immense tapisserie en fleur décore le fronton d’une église (l’église de la Virgen bien sûr). Et tout le monde regarde dans la même direction, la porte de l’église. Alors je fais pareil mais de là où je suis, je ne vois rien. J’arrive quand même à me rapprocher et en tendant l’oreille j’arrive à comprendre que logiquement une procession devrait sortir par la porte en trimballant une statue... de la Virgen bien sûr.
Soudain la foule applaudit, mais regarde alors dans une autre direction. Du haut d’un balcon décoré avec des morceaux de tissus rouges, une bourgeoise salut la populace. Celle-là je la reconnais, j’ai vu sa photo sur les bus, c’est Rita Barberá Nolla le maire de Valencia. Une grosse libérale du PP qui tient la ville à sa botte depuis vingt ans.

Faudra m'expliquer le chiroptère...
La foule s’agite, je vois apparaitre des étendards avec une couronne et une chauve-souris (???), suivit de prêt par des prêtres en soutanes. La rumeur enfle, des gens mieux placés que moi commencent à hurler, ils applaudissent... Et apparait alors une espèce de chose toute rabougrie, la Virgen de los desamparados que les habitants de Valencia surnomment la Geperudeta, la petite bossue. Parce qu’elle est... Bon, vous avez compris.

Aussitôt, c’est la bousculade. Des crieurs se hissent à tout de rôle sur les épaules de leurs camarades et scandent des incantations que la foule conclue d’une seule voix (j’ai rien compris), des costauds en teeshirt oranges marqués eixidors semblent vouloir protéger la statue et en même temps permettent à certains de s’en approcher pour la toucher. Car c’est ça le but du jeu ! Tout le monde veut toucher la statue ! Et plus particulièrement les enfants et les jeunes filles. 

Bousculade...
Pour ces dernières pas de problème, elles grimpent carrément sur la tête des gens et rampent. On dirait un concert de rock. Pour les enfants, les eixidors se les passent de mains en mains comme des sacs de pomme de terre... J’ai vu un bébé en larme, complètement paniqué, se balader comme ça sur dix mètres, se faire plaquer brièvement contre la Vierge et repartir dans l’autre sens.
Des gens pleurent, d’autres s’embrassent…

Je me suis dit : C’est des malades... De vrais et grands malades.

Derrière, une procession de dignitaires religieux se forme, évêque en tête. Des secouristes ferment la marche… L’hystérie est à son comble et la statue avance à grand peine. En fait, j’apprendrais plus tard en me documentant qu’il lui faut deux heures pour faire deux cents mètres.

Enfants traumatisés...
Au bout d’un moment le spectacle de cette ferveur religieuse m’a un peu gonflé… Dieu sait que la religion et moi ça fait deux (Arf !), et passé le moment de la découverte, de la surprise, je me suis vite lassé de ces dévots se piétinant les uns les autres pour un bout de rêve magique. Je suis parti clopin-clopant explorer les rues et les ruelles de la vieille ville à la recherche d’un office du tourisme ouvert pour me procurer un plan de la ville. Car, j’avais alors un vrai problème, je ne savais même pas où j’étais !

Le temps de trouver mon bonheur et de me rendre compte où je me trouvais, ma cheville qui jusque là c’était plutôt tenue tranquille, a commencé à faire des siennes. Genre, c’est quand qu’on rentre dis ?

Tout ça pour elle !
Alors je l’ai écouté… J’ai rejoins la ligne 15 qui dessert le club nautique, au passage je suis passé devant les arènes, et j’ai attendu patiemment que le bus arrive. Deux heures plus tard j’étais au bateau, crevé.

Bon, je ne sais pas si commencer l’approche d’une ville par une cérémonie religieuse était la meilleure façon de le faire… Mais toujours est-il que j’ai quand même repéré deux trois choses qui me donnent envie d’y retourner. Comme le marché couvert par exemple, ou encore la cité des sciences.

Mais ces endroits, et d’autres également, feront l’objet d’un autre article !

Ah oui, j’allais oublier. Je n’ai pas fais de film de cette fête de la vierge, mais j’ai trouvé ça sur le net. Ça date de 2009, et c’est exactement ce à quoi j’ai assisté.




Quelques photos supplémentaires.

"Je l'ai appelée Kate, comme la princesse !"
El mercado


La tapisserie...

Détail

Les arènes
Y'a du monde au balcon...
Des nonnettes !