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samedi 31 mai 2014

De Charitas à la Ilha de Paquetá

22°45.745S 43°06.203W
Ilha de Paquetá

Le mardi 27 Mai 2014

Non, non et non, je ne bougerais pas !
07H20 : La Boiteuse est presque prête à partir et je m'accorde une courte pause le temps de jeter quelques mots sur le papier. En fait, le départ s'est décidé assez vite... Au début, je comptais partir aujourd'hui dans la soirée pour rallier Buzios en moins de vingt-quatre heures, mais au dernier moment la fenêtre que je voulais emprunter s'est avérée trop courte. Bon, cela ne faisait que la deuxième fois que la météo me faisait faux bond depuis mon arrivée à Rio... Pas de quoi péter une durit me direz-vous. Et puis la troisième tentative est souvent la bonne pourriez-vous rajouter.

Sauf que nous en étions à discuter de tout cela avec Christophe lorsque l'idée nous est venue d'envisager de déménager nos pénates en un lieu a priori plus agréable, l’île de Paquetá. Paquetá est une île d'environ 2,5 Km de long située presque tout au fond de la baie de Guanabara. Et d'après Suzy, une dynamique brésilienne super serviable et parlant un français impeccable, le lieu serait idéal pour mouiller loin de la ville tout en en restant assez proche au cas où. Il y aurait même la possibilité de se mettre à quai et d'avoir de l'électricité et internet... Gratuitement !
Bon, personnellement je n'y crois pas trop, mais je me dis que quitte à poireauter dans le coin, autant le faire dans un endroit plus agréable et moins déprimant que ce foutu Clube Naval Charitas à la con. Et tant pis si c'est au mouillage !
Nous avons donc décidé de nous y rendre Christophe et moi, et pas plus tard qu'aujourd'hui.

L'Envol
09H10 : Ça y est, j'ai payé la marina. Putain, presque 500 Euros pour dix-sept jours, ça fait mal au cul ! En plus, au dernier moment ils n'ont pas voulu que je règle avec ma carte bancaire à cause de leur histoire de debito/credito (*) à la con !
J'ai dû hausser un peu le ton et me montrer ferme pour me faire entendre, et ils ont finalement accepté ma carte à « titre exceptionnel ». N'empêche que je ne me suis pas privé de leur dire que mon cas n'était pas exceptionnel puisque cela concernait tous les étrangers, et qu'avec des pratiques comme celle-là ils risquaient d'en voir de moins en moins... Bref, jusqu'au bout ils m'auront fait chier !
J'attends que Christophe termine de préparer l'Envol, et on y va... Il faut que je récupère la chatte aussi.

09H25 : Ouf ! J'ai réussi à chopper Touline ! Et ça n'a pas été facile. J'ai dû ressortir l'épervier et attraper une petite ablette pour réussir à l'attirer sur le bateau, pour enfin la kidnapper de la plus vile manière ! C'est que depuis ce matin elle a bien vu que je préparais La Boiteuse pour la nave, et elle se tenait à distance la bougresse. Pas folle ma bestiole.

10H10 : Alors que Christophe remonte son ancre, je décroche mes amarres et nous voilà parti ! J'arrête le moteur presque aussitôt, et nous commençons à tirer des bords de près pour nous extraire de la baie de Saõ Francisco. Le vent est capricieux, jouant avec les montagnes environnantes, et sautant allègrement entre la pétole absolue et la rafale à 15 nœuds. C'est très technique et assez amusant en fait.
 
Une sirène brésilienne ?
A un moment de calme plat, je me fais même rattraper par une nana sur un paddle-board ! On a échangé quelques mots, et j'ai même osé lui faire un peu de boniment. L'idée m'a effleuré pendant une seconde de pousser plus loin mon avantage et de la suivre mais bon... Quand on est parti, on est parti, hein ?

11H00 : Après un ultime bord de près serré juste devant le musée d'art moderne (celui qui ressemble à une soucoupe volante), nous voilà enfin dans le chenal principal. Maintenant c'est tout droit par vent de travers. La Boiteuse se fait honteusement distancer par le petit Django de Christophe. On file à 5,5 nœuds.

11H30 : C'est la pétole maintenant, et mon grand génois peine à récolter le moindre souffle d'air. Cela dit, je suis en train de rattraper l'Envol et ça me fait bien plaisir !

11H45 : C'est officiel, La Boiteuse vient de passer en tête ! Prévenez le commissaire de course, je me charge des journalistes !

Yes ! La Boiteuse passe le pont en premier !
12H05 : Et c'est bibi qui passe le premier sous le pont Presidente Costa e Silva ! Yes !
Bon, on avance à deux nœuds et des poussières, mais c'est tout à fait agréable de naviguer bord à bord avec un copain seulement poussé par le courant de la marée. On peu discuter, se conseiller... Bref, j'apprécie.

13H40 : Nous sommes vent arrière maintenant. Voile d'avant tangonnée et en ciseau s'il vous plaît ! Ça a de la gueule bordel !

14H10 : Nous passons la pointe sud de l'île. La punta de Ribeira.

14H50 : Plouf fait la pioche en tombant dans l'eau ! La Boiteuse vient de mouiller dans six mètres d'une eau couleur de café noir. Nous sommes arrivés !

Vous voulez que je vous dise ? En général je ne me fais pas assez confiance pour croire en mes intuitions, mais le fait est que je sens de bons trucs qui me viennent de cette île... Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que je vais me plaire ici.


Une heure et demi plus tard je passais prendre Christophe avec Miss B, et nous descendions à terre pour explorer notre nouvel environnement. Effectivement, il semble y avoir tout ce dont un honnête marin en escale puisse désirer : Un supermarché, un Lan-house (un cybercafé sans le café si vous préférez), des lanchonettes en veux-tu en voilà, un terminal de ferry pour se rendre à Rio... Bref, c'est tout bien comme il faut. Le seul souci est que l'île est actuellement coupée du monde en ce qui concerne le net... J'espère que ça va se réparer assez rapidement parce que sinon je sens que y'en a qui vont s'inquiéter.
L'île est fermée au voiture, et les rues en terre battue sont sillonnées par toute une flopée de vélos (la plupart électriques, triporteurs et autres rikshaws. Partout des petites maisons de vacance coquettes en diable, sans ostentation ni tape à l’œil, et pour une fois sans barbelés sur les murets. Bref, c'est mignon tout plein !

Promis, dès que j'ai rechargé la batterie de mon appareil photo je vous montre ça plus en détail ! A chao !

(*) : Au Brésil, pour tout paiement par CB les brésiliens ont le choix entre un débit immédiat ou différé à la fin du mois, debito o credito. Certaines structures comme la marina de Charitas exigent d'être payer en débit immédiat. Sauf que toutes les cartes Visa et Mastercard étrangères ne font pas cette distinction et sont automatiquement classées comme des creditos.
D'où un certain souci lorsqu'il s'agit d'effectuer un paiement parfois important. Il faut alors aller au distributeur et retirer du liquide avec les frais que cela occasionne.

PS : Désolé d'avoir tant tardé, pour donner des nouvelles (surtout après une nave si petite soit-elle), mais la liaison avec le continent vient seulement d'être remise après quatre jours de coupure.

Ça pétole, alors on papote !
La Boiteuse
Euh....
L'île de Paqueta est en vue
Reflets du soleil couchant sur ma maison


lundi 12 mai 2014

De Paraty à Rio de Janeiro

22°56.010S 43°06.375W
Clube Naval Charitas, Niterói

Le vendredi 09 mai 2014 – Petite annonce

Marina de Engenho
05H20 : C'est une furieuse envie de pisser qui m'a tiré du lit vers 04H30. Du genre impératif. Puis la Touline voyant que j'étais levé en à profité pour me réclamer quelques croquettes. A partir de là, se recoucher est devenu mission impossible pour moi. Donc, j'ai entamé mon rituel du matin... Café, clope et réflexions diverses et variées. Et notamment celle-ci en forme de question : Je pars ou je pars pas ?
Depuis ma dernière publication, la fenêtre météo que je visais s'est refermée petit à petit. De quatre jours, elle est passée à trois. Puis à deux... Ensuite, j'ai rencontré Claude, un navigateur solo comme moi, qui est bien sympathique et qui avait « besoin » de mes lumières linguistiques. Enfin, avant-hier, Luiz le gérant de la marina d'Engenho, m'a annoncé (sans que je ne lui demande rien) qu'il allait me faire le tarif des résidents au mois... Bref, j'envisageais sérieusement de reporter mon départ.

Et puis j'ai téléchargé les derniers Gribs et j'ai vu que ma fenêtre semblait même s'entrouvrir un peu plus que la veille au soir... Putain, je fais quoi ? Je commence à préparer le bateau ou bien ?

07H20 : Bon ben ça y est, La Boiteuse est prête. Y'a plus qu'à payer et à attraper la chatte.

07H50 : Zut ! Je viens de me rappeler que j'ai prêté un de mes disques durs à Bertrand (un autre français qui squatte à Paraty depuis des années) et qu'il faut que je le récupère ! J'espère qu'il ne va pas tarder parce que là...

08H10 : Ça y est, j'ai attrapé Touline. A chaque fois ça me fend le cœur que de devoir lui mentir pour arriver à l'enfermer dans la cabine avant... Un jour, je ferais ça une fois de trop et elle me quittera, c'est sûr.
Putain, qu'est-ce qu'il faut l'autre avec mon disque dur ? Si je pars trop tard, je ne vais pas pouvoir arriver à Búzios demain avant la nuit ! Grrrrr !!!

08H30 : Oh Putain ! Devinez qui s'est échappé de la cabine avant par le hublot que j'avais oublié de fermer ? Décidément, tout va mal aujourd'hui...

09H00 : Allumage du moteur. J'ai pu récupérer la chatte et mon disque dur, et j'ai réglé la facture de la marina. Elle s'est finalement élevé à 1370 $R pour douze jours, soit 115 $R par jour au lieu des 180 annoncés au départ. Obrigado Luiz ! (N'empêche, ça fait quand même 37 Euros par jour, merde !)
Je me désamarre tout seul comme un grand, aidé en ça par une absence complète de vent. En douze jours, l'aussière arrière à eu le temps de devenir poisseuse à souhait. Beurk !
Un petit coup de tut-tut pour dire au revoir et zou ! On est parti !

La possibilité d'une île ?

09H25 : Normalement en sortant de la baie d'Ilha Grande nous devrions avoir du sud-ouest entre 10 et 15 nœuds qui devrait durer jusqu'à demain matin. Puis il devrait virer sud-sud-est en fin de journée et se renforcer jusqu'à vingt nœuds à l’approche du Cabo Frio. Mais bon, logiquement je devrais l'avoir laissé dans mon sillage avant que le gros temps n'arrive. Il est prévu également de la pluie et quelques orages... Bref, ça risque de ne pas être très rigolo. Au fait, j'ai pris mon cachet pour le mal de mer ?

09H40 : Fait chier, j'ai oublié de mettre la batterie de l'appareil photo à charger. Ça va être un peu juste si vous voulez des images les enfants.

10H40 : J'arrête Mercedes. Un F4 par le travers propulse La Boiteuse à cinq nœuds. Cap au 110°, droit sur la pointe Est d'Ilha Grande. Enfin, a priori parce que pour l'instant l'île est noyée dans la brume.

11H00 : Hihihi ! Ce vent n'était qu'un Venturi créé par les montagne. Nous sommes de nouveau dans une zone de calme plat. Allez Mercedes, au boulot !

11H20 : Arrêt moteur. Cette fois-ci c'est la bonne.

12H00 : Les effets de la pleine mer commencent à se faire sentir, même si nous n'y sommes pas encore vraiment. Le vent saute sans arrêt et m'oblige à jongler entre le Grand largue et le bon plein... Ça secoue pas mal. J'ai hâte qu'on s'éloigne un peu de la côte pour qu'on puisse abattre un peu. Et Splash ! Un paquet de mer dans uns la gueule, un !

13H30 : Ben zut alors ! Juste alors que je m'apprêtais à faire route au 90°, droit sur Cabo Frio, voilà t'y pas que le vent tombe et vire au SSE. Résultat, je me retrouve à naviguer au près dans une mer formée, mais sans avoir la vitesse nécessaire pour étaler les vagues.

14H00 : Comme prévu hélas, il pleut. J'ai remis mon pantalon de ciré et ma polaire. Ce n'est pas pour rien qu'ils appellent ça um frente frio. Un front froid.

14H45 : Je n'ai pas mangé et j'ai un coup de barre. Je me fais un café avec du lait concentré sucré pour refaire le plein d'énergie.
Le vent a vraiment du mal à se stabiliser et je passe mon temps à régler mes voiles et mon régulateur pour conserver cap et vitesse. Un coup c'est trop fort, un coup ça ne l'est pas assez. Un coup c'est trop au Nord, un coup ça ne l'est pas assez... Un coup il pleut, un coup ça s('arrête avant de reprendre dix minutes plus tard... Bref, ça m'occupe.

15H30 : Ah ! On y est me semble-t-il. Le cap est parfait depuis un moment, il ne me reste plus qu'à faire en sorte de rester au dessus de 5 nœuds si je veux avoir une chance d'arriver demain avant la nuit. Mais bon, pour tout vous dire je n'y crois pas vraiment.

15H55 : Méfiance mon Gwen ! Tu as cinq pétroliers qui font le poireau pour ravitailler juste devant toi. Et j'en aperçois toute une flopée encore derrière... Je sens que la nuit va être longue !

Seuls au monde
16H40 : Touline est particulièrement affectueuse aujourd'hui. Elle ne quitte pas mon giron, ce qui est particulièrement gênant quand il s'agit d'écrire ou de lire. Et je ne vous parle pas de régler une voile ! Pendant ce temps-là, le vent est en train de tomber et on se traîne à trois nœuds et des brouettes.

17H05 : Je sais que cela ne sert à rien de le penser, et encore moins de le dire, mais Zoë me manque. Je regarde Ilha Grande s'éloigner et je pense à ce petit coin de Paradis que je voulais lui faire découvrir... Matariz. Petit coin de Paradis que j'ai, je m'en rends compte maintenant, pris bien soin d'éviter afin qu'il ne se transforme pas en Enfer de solitude.
Seigneur ! J'ai vraiment besoin de trouver une autre équipière !

Bon allez, j'ose. Alors voilà, si tu as entre 25 et 35 ans, si tu aimes l'aventure, si tu aimes les chats, si tu as de l'humour et si tu as eu la patience de lire ce blog dans son entier et que tu trouves malgré tout que je suis un type bien, alors le poste est à toi ! Oui, toi la lectrice derrière ton ordinateur, c'est à toi que je cause.
Et si en plus tu es délurée, que tu as de gros seins et que tu adores faire la cuisine, c'est parfait. Bon, cela étant, ces dernières conditions ne sont pas forfaitaires. Je me satisfais tout aussi bien des petits seins et je suis assez bon cuisinier lorsque je m'en donne la peine...

C'est-y pas malheureux d'en arriver là... Sans déconner, des fois je suis d'un pathétique que c'en est effrayant.

18H20 : Il fait bien nuit maintenant et il pleut à grosses gouttes. La Boiteuse est sur des rails, cap au 85°. Par contre, la vitesse c'est pas trop ça... On verra ce que la nuit nous apportera. Et puis, si je ne le sens pas, il reste toujours la solution de s'arrêter à Rio. (Non Gwendal ! On avait dit pas Rio !)

Le samedi 10 mai 2014 – Plan B

05H40 : Salut. La nuit a été... compliquée, et je ne suis pas fâché qu'elle finisse. On a eu des grains à répétition jusqu'à minuit environ, avec des bourrasques de vent tournant, quelque chose de pas facile à gérer de nuit. Beaucoup de pluie aussi... J'ai dormi comme j'ai pu, dans mes fringues et mon duvet trempé. J'ai eu froid. Après minuit ça a été plus calme. Enfin, si l'on veut car le vent est finalement tombé carrément. On s'est traîné à je ne sais pas combien de nœuds dans une mer formée. Bref, le soleil ne va pas tarder à se lever et c'est tant mieux.
D'après ce que j'en peux voir, je suis pratiquement à la hauteur de Rio de Janeiro. J'aperçois la silhouette des collines et les lumières des favelas. Dans dix minutes je vous dirais où j'en suis exactement et ce qu'elle sera la suite des événements.

06H15 : 45 milles en douze heures... C'est ce que je pensais, ce n'est pas fameux. Rio est à 20 milles plein Nord, et Cabo Frio est à 72 milles au 70°. Il faut ensuite rajouter 18 milles pour rejoindre Búzios. Ce qui nous fait un total de 90 milles pour arriver à destination. Alors, je fais quoi ?

06H20 : Ma décision est prise, on continue. J'ai abattu et nous voilà maintenant au grand largue. Cap au 70°, 3,5 nœuds... On devrait arriver demain matin à Búzios.

07H50 : J'ai dû tangonner le génois, mais on se traîne quand même à trois nœuds et des brindilles. Pffff... Au moins à cette vitesse, je suis sûr d'arriver de jour au mouillage. Mais demain, pas aujourd'hui comme c'était prévu au départ !
Non, ce qui m'inquiète un peu, c'est que je ne sais absolument pas où on en est de cette foutue météo. Si les vents se conforment à ce qui état prévu hier, je vais devoir passer Cabo Frio avec un méchant près et 20 nœuds de Sud-sud-est... Et 20 nœuds se transforment vite en 30 nœuds lorsqu'on s'approche un peu trop près d'une relief... C'est pour ça que je ne m'applique pas trop à faire un cap direct. Déjà que de le passer de nuit ne m'enchante qu'à moitié, je préfère me laisser le plus de marge possible !

09H00 : Vous voulez que je vous dise ? Plus j'y réfléchis et moins je le sens ce Cabo Frio. Sur le papier, je devrais le doubler vers minuit au près. C'est difficile, mais c'est faisable. Sur le papier. Et en même temps j'ai une petite voix dans la tête qui me dit : « Gwen, fait pas l'andouille. C'est pas un petit promontoire de rien du tout ce truc. Rio est là à 18 milles, et tu peux y être dans l'après-midi ».
Reste à savoir si cette petite voix émane de mon instinct ou de ma flemme.

09H10 : Allez, c'est décidé. J'enlève le tangon, j'empanne et hop, cap au 350° droit sur le Pain de sucre. Ne me demandez pas pourquoi, mais je sens qu'il faut que je le fasse.

09H45 : Il sera dit qu'après moult hésitations, plusieurs décisions contradictoires, et néanmoins argumentées, prises et réfutées dans la foulée, je me serais finalement arrêté à Rio... On dit que seuls les imbéciles ne changent pas d'avis, mais que dit-on des inconstants ?

C'est pour moi tout ça ?
10H20 : Vous me croyez si je vous dis que je commence à apercevoir les immeubles qui bordent la plage de... Comment elle s'appelle déjà ? Ah oui, Copacabana !
Oui je sais, c'est cruel.

11H10 : La ville est noyée dans la brume et les nuages mais je peux quand même voir une espèce se croix au somment d'une montagne. Je crois que c'est le Corcovado.

11H40 : Alors que je termine de manger, la ligne de traîne tressaute. Une belle thonine s'agite au bout. Elle sera suivie par deux autres du même acabit.

12H10 : Allez, on y est presque. A l'approche de la côté, le vent m'emmerde et je suis obligé de barrer pour naviguer au plus près.

Salut copain !
12H20 : Wahou... Un gros remorqueur est en train de me rattraper pas tribord arrière et me passe à quelques dizaines de mètres. Je vois distinctement le type sur la passerelle. Soudain, il disparaît de ma vue et j'entends le bruit caractéristique d'une drisse métallique. Je vois alors lentement s'élever le drapeau brésilien à l'arrière de la passerelle... J'en reste bouche bée, avec des frissons partout ! Le remorqueur est en train de me saluer à la manière ancienne, comme le faisait les bateaux du temps des Moitessier, Bardiaux, Gerbault et autres. C'est magique comme moment...
Aussitôt je me précipite vers la poupe et je retire la ficelle qui tient enroulé mon propre drapeau (il commence à partir en charpie, c'est pour ça). Les couleurs de la France flottent au cul de la Boiteuse. Le gars sors de la passerelle et agite la main. Je lève le pouce. Salut copain.

Pendant ce temps là, Touline s'en tamponne, elle boulotte sa thonine.

12H45 : Je suis en train de tirer des bords pour arriver à passer cette foutue Ilha do Paï.

13H15 : Fiou... Elle est musclée cette arrivée dis-donc ! (je peux pas écrire, j'ai la barre en main)

Rio de Janeiro droit devant !

14H10 : Ça y est ! J'ai le Pão de Açúcar sur ma droite et le fort de Santa Cruz sur ma gauche. J'entre dans la baie de Guanabara. Faut que je vous avoue un truc, l'arrivée sur Rio de Janeiro ça a de la gueule quand même...

Y'a plus qu'à contourner la pointe de Jurujuba, et on arrive au Clube naval de Charitas. J'ai décidé que c'est là que j'allais faire halte et non pas à Rio même. Trop cher, et trop mal famé d'après ce que raconte radio ponton. Si par le plus grand des hasard j'ai envie d'aller visiter la ville, et bien je prendrais le ferry et pis c'est tout.

Ça a de la gueule quand même...

16H20 : Après quelques péripéties sans intérêt je m'amarre enfin à l’emplacement qu'on m'a attribué. Le ponton est un peu tout pourri et la qualité du système électrique me semble douteuse, mais j'ai quand même du jus, un wifi poussif et La Boiteuse est à peu près en sécurité. C'est ça qui compte car la première chose que j'ai fais une fois amarré, c'est de regarder la météo pour Cabo Frio à l'heure où j'étais sensé le doubler... Et bien mes enfants, je ne regrette pas d'avoir choisi l'option Rio. Je suis mieux là où je suis qu'à me faire chahuté en mer !

Le Pain de Sucre et le Corcovado

Clube Naval Charitas

mardi 6 mai 2014

Adieu Paraty !

23°13.730S 44°41.745W
Paraty, Brésil

Mon séjour à Paraty touche à sa fin, et c'est pas dommage. Vous allez me dire que je ne suis pas objectif, que je me laisse mener par mes premières impressions catastrophiques, que je ne laisse pas sa chance au produit, patati-patata. C'est bien possible. C'est même tout à fait sûr.
Mais que voulez-vous, je suis un sensible en même temps qu'un cérébral. Quand les choses partent du mauvais pied, il en faut énormément pour rattraper le coup et arriver à me faire changer d'avis. Je suis têtu et rancunier, c'est comme ça.

Donc, depuis une semaine je scrute les prévisions météo à la recherche d'une fenêtre d'évasion. Et il y en a une qui se présente qui devrait m'emmener à Buzios en un peu moins de deux jours.
Pourquoi Buzios et pas Rio de Janeiro comme vous auriez pu légitimement vous y attendre ? Et bien... Parce que le temps passe à une vitesse folle et que mon visa expire le 16 juin, que les prix des marinas dans la baie de Guanabara sont du même tonneau qu'à Paraty, et que comme vous le savez déjà je n'aime pas les grande villes. Donc, pourquoi me forcer à m'arrêter dans un endroit dont je sais déjà qu'il va me gonfler, qu'il va me coûter la peau des fesses, et qui en plus va me faire perdre un temps précieux ? Tout ça juste pour dire que je me suis arrêter à Rio ? Hein ?
Je commence à en avoir ma claque du Brésil, alors il faut que je trace si je veux pouvoir changer d'air.

Donc, on oublie Rio, et on va se mettre au mouillage à Buzios, juste en face de la pousada de Sylvia et Francis (on s'est croisé en septembre 2012 à Jacaré).
Départ, vendredi matin. Durée approximative du trajet : Entre un jour et demi et deux jours pour faire 172 milles... Ça devrait être du tranquille Émile, avec un grand largue pour commencer et du travers pour finir. Enfin... C'est ce qui est prévu.

On se retrouve là-bas !


Ah oui, j'oubliais. Il ne faut pas vous inquiéter si depuis quelques jours vous ne me voyez plus trop sur les réseaux sociaux. Je suis quasiment privé d'internet là où je suis... C'est la misère ! Je ne suis même pas sûr que je vais pouvoir poster cet article.

vendredi 11 avril 2014

De Florianopolis à Caixa d'Aço

27°07.669S 48°31.684W
Caixa d'Aço

Jeudi 10 avril 2014

Até logo !
07H45 : Pas un pet de vent, peu ou pas de courant, les conditions sont idéales pour enfin partir du Iate Clube de Florianopolis.
Mercedes tousse un peu au démarrage, mais c'est juste pour se faire désirer. Elle ne tarde pas à ronronner comme une chatte, et je peux m'atteler sereinement à la manœuvre de départ. Carlos l'argentin et Eduardo le brésilien sont là pour me décrocher les amarres à l'avant. Une petite marche arrière et je décroche moi-même celles qui me retiennent au duc-d’Albe. Voilà, c'est fait.
Je balance une série de pouet-pouet avec la corne de brume pour dire au revoir à tout le monde, et nous voilà partis.

Euh...
08H00 : Comme si le stress du départ ne suffisait pas, il me faut enquiller avec une première mondiale : Je dois passer sous les deux ponts qui relient l'île de Santa Catarina au continent. J'ai beau savoir que le plus bas des deux fait 17 mètres et que le mât de La Boiteuse doit culminer à 11,5 mètres, je ne suis pas tranquille.
C'est assez bizarre comme expérience... Votre cerveau logique vous dit que tout va bien aller mais vos yeux et le jeu des perspectives vous disent que vous allez lamentablement percuter le tablier du pont ! Moment d'angoisse, gros nœud à l'estomac.... et ça passe ! Ouf !

Argh !!!!!!!
T'es sûr qu'il y a cinq mètres entre les deux ?
08H30 : Je hisse la GV au cas ou, même si pour l'heure elle ne me sert à rien. Je sens qu'on est parti pour huit ou neuf heures de moteur... Car en effet cette nave sera courte. Le but du jeu est de me rendre dans la baie de Porto Belo, au lieu-dit Caixa d'Aço, et d'y mouiller pour quelques jours, le temps de laisser passer le coup de vent qui s'annonce pour la fin de semaine. Et puis, mardi ou mercredi, je devrais pouvoir reprendre ma route vers le Nord.

Ouf !
09H00 : Le stress du départ retombe. Je suis rincé ! Un petit maté ne pourra que me faire du bien... Allez hop ! Je mets la bouilloire au feu.

Je serais resté 21 jours à Florianopolis... C'est trop, c'est beaucoup trop. Mon capital visa est maintenant sérieusement entamé, et c'est pour ça que je me suis décidé à partir. Sinon, je me connais, j'aurais pu glander dans cette marina pendant encore pas mal de temps. Surtout que dès la deuxième semaine je me suis vu appliquer les tarifs d'hiver (50 $R/jour), alors que la saison basse ne commençait qu'en Mai (Obrigado Felipe!). Ajouter à cela un wifi du feu de dieu et il ne m'en faut pas plus pour me retenir !
Bref, cette petite nave, outre de me faire avancer de 40 milles, a également pour but de me mettre dans des conditions moins « confortables »... Plus propices à avancer dirons-nous.

Putain, il faut que je fasse gaffe. C'est plein de barcasses de pêche, et le terrain est miné par les filets.

09H15 : Touline fait la gueule. Normal puisque je l'ai arraché à ses chasses et à ses explorations. Mais bon, je vais me rattraper car figurez-vous que je me suis offert pour mon anniversaire un épervier. Ces derniers jours je me suis entraîné, et même si le geste reste encore à améliorer, les résultats ont commencés à arriver. Poisson frais à tous les repas pour la Toul' !
(Euh... J'ai besoin de préciser que je ne parle pas de l'oiseau ?)

Rabattage du poisson
09H50 : Je regarde les barques de pêche, posées sur l'eau calme dans la lumière. A leur bord, les travailleurs de la mer remontent leurs filets sous l’œil vigilent des Frégates qui tournoient au dessus d'eux. Un geste de la main, un sourire, alors que j'évite soigneusement leurs bouées. Ils savent très bien que ce n'est pas tant par respect leur travail que je fais des tours et des détours, que par peur de me retrouver empêtré dans leurs filets. Le geste, le sourire, ne sont en fait que l'expression hypocrite d'un statu-quo... En vrai, on se considère mutuellement comme des emmerdeurs finis. Oui mais voilà, nous partageons le même terrain de jeu et il faut bien cohabiter avec ses voisins. Et si un jour notre Maîtresse commune décide de se mettre en colère nous serons bien contents de nous entraider.

Ouais c'est ça, bonjour à toi aussi.
10H05 : Merde ! J'ai faim ! Et comme un con j'ai complètement oublié de m'acheter de quoi grignoter pendant cette nave. J'ai également « oublié » de signaler mon départ à la Marinha do Brasil... J'essaye pourtant de respecter les règles, je vous jure que j'essaye... Mais parfois quand elles sont trop débiles j'ai vraiment du mal !

10H15 : On s'emmerde un peu là... J'ai fouillé les fonds et je suis tombé sur un paquet de Sablés Bretons pur beurre ! Malheureusement, ils sont périmés depuis novembre 2011... Autant vous dire qu'ils sont allé nourrir les poissons et pas le Capitaine. Ils ont de la chance les poissons.

11H05 : Ça y est, nous quittons l'abri de l’île de Santa Catarina et nous attaquons la pleine mer. Plus qu'une petite vingtaine de milles à faire.

On passe entre les deux ou bien ?
12H20 : J'ai déjeuné d'une boite de sardines à l'huile avec quelques tranches de pain de mie beurrées. Puis j'ai somnolé... Pas longtemps parce qu'en ce moment dès que je fermes les yeux j'ai l'image de Zoë qui s'imprime dans ma tête. Il faut vraiment que je rencontre quelqu'un d'autre, parce que là ça commence à devenir lourd.

13H15 : J'ai regardé mon livre de bord, pas celui-là mais celui où je note ma route et ma position, et j'ai constaté qu'il ne comportait qu'une ligne. - « 07H30 : Allumage moteur ».
C'est pas bien Monsieur le Capitaine !

13H35 : Plus que 6,5 milles... On devrait arriver sur le coup de 15H00. C'est parfait ! J'aurais même le temps d'aller faire un petit tour à terre avant que la nuit ne tombe.

Sympa le pied-à-terre !
14H40 : Je double la Punta de Porto Belo, on est presque arrivé maintenant. L'ancre est à poste et la GV abattue. Tout est prêt.
J'aperçois des baraques de malades nichées dans les arbres... Il y en a des vraiment magnifiques.

15H00 pile : Je rentre dans la petite baie de Caixa d'Aço. Maintenant il n'y a plus qu'à trouver un petit coin sympa. Le petit village de pêcheur est bien là sur tribord, et j'aperçois quelques barques de pêche accrochées à leur bouées, comme sur la photo satellite. Tout au fond, trois voiliers sont au mouillage. C'est un peu encombré, mais je devrais pouvoir planter ma pioche sans trop de risques.
Après un coup d'essai qui me verra flirter d'un peu trop près avec un voilier argentin, j'arrive enfin à trouver ma place.

Tranquille...
15H30 : Arrêt du moteur, on est arrivé ! La Boiteuse vient de planter sa pioche pour la dixième fois de sa carrière ! Et oui, j'ai tout compté sur mes doigts, ce n'est que le dixième mouillage en trois ans ! Mais vous savez combien j'adooooooore ça...

Le coin semble assez bien protégé comme le laissait supposer la carte. Touline comprend qu'on est arrêté et elle fait le tour du bateau en miaulant : « Miaou ? Comment qu'on fait pour descendre ? ». Dépitée, elle va se percher à la proue et regarde la forêt avec envie.
Le pire, ça a été quand j'ai mis, comble de l'injustice, Miss B à l'eau et que je suis parti... J'ai eu l'impression qu'elle allait me le faire payer cher !

Mais euh... ???
Un petit crochet pour saluer mes nouveaux voisins argentins et glaner quelques infos utiles, et zou je m'en vais explorer le village ! Deux petites superettes, quelques boutiques vendant du poisson frais... et rien d'autre. Le pied pour qui veut s'isoler du monde.
Sauf que j'aurais aimé trouver ne serait-ce qu'un café où pouvoir brancher mon ordinateur et me connecter à internet.... Mais non, il n'y a rien. Le seul « bar » du coin est le bar flottant qui n'ouvre que pendant les week-ends. Bon, il y a déjà un signal wifi qui émane de lui... je me dis que c'est déjà ça.

Caixa d'Aço
Alors que je reviens vers La Boiteuse après avoir acheté quelques nourritures pour le repas du soir, un poisson sabre d'une trentaine de centimètres saute carrément dans l'annexe sous les yeux éberlués de Touline qui n'en revenait pas d'une telle aubaine. Tien ma fille, tu vois que c'est pas si mal finalement le mouillage !

N'empêche, ce matin j'ai dû faire tourner le moteur pendant une heure rien que pour pouvoir écrire ce texte... et ça, ça me fait chier !

La Boiteuse au mouillage de Caixa d'Aço

Je sais ma Touline, moi aussi ça ne me plait qu'à moitié.

mercredi 19 mars 2014

De Pinheira à Florianopolis

27°96.471S 48°33.162W
Iate Clube de Santa Catarina, Florianopolis.

05H00 : Dans un demi-sommeil, j'entends comme des objets qui tombent. Des trucs rebondissent sur le plancher dans un tintamarre qui n'a rien à voir avec leur poids ou leur volume. Je me dis que je dors, que je rêve peut-être, et je cale ma tête dans les coussins. Puis j'entends roucouler... Là, le rêve s'effrite jusqu'à exploser lorsque retentit un miaulement insistant. Et merde, putain Touline tu fais chier !
Je regarde ma montre. Elle indique cinq heures et des poussières. Je râle pour la forme, parce que ça fait partie du contrat, mais en réalité je suis content. Mon réveil-matin à fourrure a rempli son office. C'est l'heure de se lever car la journée va être longue.

Café, clopes. Je sirote le tout en regardant la lune se coucher. Le soleil ne devrait pas tarder à se lever exactement de l'autre côté. Je rassemble mes pensées tout en écoutant le vent qui n'a pas cessé de souffler de toute la nuit. Je sors l'anémomètre, il indique 10 nœuds, rafales à 15. Pour tout vous dire j'aurais préféré une pétole pour ce qu'on a à faire. Car aujourd'hui je vais quitter l'enseada de Pinheira en le faisant remorquer par le Gwenalys, le dériveur de Martine et Claude. Nous allons aller jusqu'au Iate clube de Santa Catarina, à exactement 17 milles d'ici.

Martine et Claude
C'est Claude qui m'a proposé ça hier, alors que nous venions de passer, impuissants, une heure au chevet de Mercedes. L'idée ne m'avait même pas effleurée, aussi j'ai dû prendre quelques minutes pour y réfléchir... Et puis j'ai accepté parce que c'était la meilleure chose à faire. Ici, je n'aurais jamais pu être dépanné, et tôt ou tard j'aurais fini dans les parcs à huîtres... Donc autant saisir l'occasion, surtout lorsque celle-ci est proposé aussi gentiment.

06H45 : Le soleil bondit au dessus de la Ilha do Papagaio. Je me suis activé pour ranger La Boiteuse afin qu'elle soit prête à naviguer à la voile, au cas où quelque chose se passerait mal. Le vent forci : 15 nœuds, rafales à 20. Fait chier.

07H20 : Je suis prêt. Le début de la manœuvre est prévu pour dans quarante minutes. Gwenalys va passer à côté de moi et me lancer un boute. Puis commencera à me tracter doucement dans l'axe de ma chaîne afin que je puisse remonter mon ancre. Je n'ai jamais fait ça avant (j'appris plus tard que eux non plus), et j'espère ne pas faire de conneries. Je commence à être nerveux... Je vais me faire un maté, ça va me calmer. Ou pas.

07H35 : Il y a beaucoup de vent maintenant... Presque 20 nœuds établis. Ça m'ennuierait un peu qu'on annule, car maintenant que je me suis fait à l'idée, je suis prêt, archi-prêt. Mais c'est Claude le patron sur ce coup-là. Je m'en remets entièrement à son jugement et à son expérience acquise tout au long de ses dix années de voyage.

O7H55 : Appel radio du Gwenalys. C'est bon, on le fait.

Bon, on y va oui ?
08H05 : Gwenalys décroche son ancre. Je me rends à l'avant et commence à remonter quelques mètres de ma propre chaîne.
Puis, tout est allé très vite. Gwendalys est passé sur mon bâbord et m'a lancé vingt mètres de câblot que j'ai rapidement fixé à la patte d'oie que j'avais préparée. Malheureusement, à cause du vent Gwenalys est obligé d'aller assez vite pour rester manœuvrant. Trop vite pour que j'arrive à suivre au guindeau. Mon ancre racle le fond et croche au passage un de ces trucs qui pendouille et où sont les huîtres (je ne sais pas comment ça s'appelle). Mon remorqueur s'arrête alors et je dois forcer sur les bras pour remonter ce qu'il reste de chaîne. Ouf ! Ça y est, je suis décroché ! On peut y aller.

08H35 : Nous quittons l'enseada de Pinheira. Dehors il y a de la houle et du vent, et ça secoue pas mal. 3,5 nœuds de vitesse, tout baigne.

08H50 : Ah ben zut. Chuis malade !

09H45 : Nous avons contourné l'île du Perroquet et nous embouquons la passe pour rentrer dans la baie-sud.


10H30 : Nous ramons... J'avais pensé que nous avancerions à trois nœuds, mais finalement c'est plus près de 1,5... Ce qui va doubler de le temps de la balade.

10H45 : Nous croisons une vedette de ma Marinha do Brasil. Oups !

11H50 : Punta do Cedro. On a fait (en gros) le tiers du trajet. Nous sommes face au vent, à deux nœuds de vitesse. De temps en temps nous communiquons par VHF pour nous demander comment ça se passe. De mon côté je commence à fatiguer car je suis à la barre depuis plus de trois heures maintenant afin de garder La Boiteuse exactement dans le sillage de Gwenalys. A travers la brume de chaleur, j'aperçois notre destination à 10 milles d'ici. La marina se trouve presque au pied du grand pont qui relie l'île au continent.

Midi : Voilà la vedette de l'armée qui repasse dans l'autre sens. Heureusement, nous ne semblons pas les intéresser. Cela me fait penser que de débarquer comme ça dans une marina va probablement me forcer à faire mon entrée officielle dans le pays. Et une fois que ce sera fait, je n'aurais plus que trois mois pour remonter le long des presque trois mille milles qui me restent à faire pour quitter le Brésil. Ouch !

C'est long...
13H25 : Putain c'est long... Je commence à avoir sommeil.

14H05 : De temps en temps arrive un train de houle constitué de deux ou trois grosses vagues qui vient frapper la proue de La Boiteuse. Le bateau bondit alors et retombe en faisant exploser l'élément liquide en une gerbe éblouissante.

14H35 : La ville de Florianopolis s'étale devant nous à contre jour, de chaque côté du bras de mer. Elle m'a l'air énorme cette ville...

15H00 : Message radio de Martine. Plus que cinq milles à faire ! (Yeaaaaah !) Arrivée prévue entre 18H00 et 19H00 (Boooooh !!!). Nous n'avançons plus qu'à 1,5 nœuds.

Et merde...
15H15 : Par hasard, je jette un œil derrière moi et j'avise soudain un arcus de belle taille qui se dirige vers nous. J'avais déjà abordé le sujet avec Martine et Claude lors d'une soirée de papotage... Je leur avais raconté ce Pampero qu'annonce ce gros nuage en rouleau, et des effets violents de celui-ci. Je les appelle pour les prévenir. Eux qui ne connaissaient pas, vont découvrir ce que c'est.

15H30 : Ça y est c'est parti ! Le vent à viré à 180° et souffle de plus en plus fort. 18 nœuds à l'anémomètre de poche. La température a baissé de presque dix degrés. Du coup, puisque nous avons maintenant le vent dans le dos, nous allons plus vite ! 4 nœuds ! Chouette, on va arriver plus tôt !

16H10 : La Marina est en vue. Je commence à réfléchir à comment on va faire pour y rentrer... Et franchement je n'en n'ai aucune idée. Ça va être de l'improvisation totale.

Ça commence à souffler pas mal
16H30 : J'ai réussi à joindre la marina et ils envoient un canot pour nous filer un coup de main. J'suis fier de moi, je me suis débrouillé comme un chef en portugais ! Le souci c'est que le vent ne veut pas baisser... On est toujours à 20 nœuds et la mer se creuse et déferle de plus en plus.

16H45 : Un canot gonflable arrive avec un moteur de 5 CV au cul... Désolé mon pote, mais ça ne va pas le faire. Le gars comprend assez vite qu'il doit retourner au port et revenir avec un botte un peu plus costaud.

La suite ? Et bien il n'y a pas de suite... Il n'y a rien d'écrit sur mon cahier en tous cas, car j'ai été un peu trop occupé pour pouvoir écrire quelque chose. Alors comme la dernière fois vous allez avoir droit à un récit a froid.

Le type a mis un peu de temps à revenir... Et pour cause, au même moment, un voilier français, le Houba de Denise et Jean-Claude, dérapait sur son ancre et venait se fracasser sur les pontons extérieurs. Le temps que le personnel de la marina sauve le bestiau et l'amarre sur un corps mort, Gwenalys et La Boiteuse faisaient des ronds dans l'eau... Dans une mer de plus en plus impraticable.
C'est là que j'ai fais une boulette. La Boulette. Alors que nous passions le lit du vent, je me suis déconcentré une seconde et La Boiteuse s'est retrouvée au travers par rapport au vent. En clair et en image, Gwenalys est parti d'un côté, et moi de l'autre. La ligne qui nous reliait est passée sous ma coque, c'est coincée, et nous nous sommes retrouvé cul à cul dans une mer de plus en plus merdique. Gwenalys était à la peine, et moi je m'agrippais fermement à la barre pour l'empêcher de partir sur le côté. En effet, je recevais maintenant la houle par l'arrière, et le safran prenait des paquets de mer dans un sens pour lequel il n'a pas été conçu.

La cavalerie est là !
Bref, nous décidons de mouiller nos ancres respectives et de larguer la remorque afin de reprendre les opérations dans le bon sens. Manque de bol, la mienne n'accroche pas la vase du fond. Mais alors pas du tout ! Je pars à la dérive, et je vois les piles du pont derrière moi qui se rapprochent à la vitesse grand V. Là, ce n'est plus besoin d'aide dont j'ai besoin, mais carrément d'un sauvetage ! Les appels que je passe sur le canal 16 sont de plus en plus insistants. Je n'en suis pas à lancer un pan-pan-pan... mais presque (En fait, cela ne m'est même pas venu à l'esprit pour tout vous dire).
Au bout d'un temps qui m'a semblé interminable je vois alors arrivé la cavalerie. Pas moins de six personnes réparties sur deux zodiacs dont un assez puissant pour tirer la Boiteuse, ainsi qu'une moto des mers foncent sur moi et prennent les choses en main. Un employé monte à bord et m'aide à remonter mon ancre qui labourait le fond et m'annonce qu'ils vont me mettre sur une des bouées extérieures.
Merci les gars !
Un peu bourrin sur ce coup-là, j'insiste pour qu'ils me fassent rentrer dans la marina, sans me rendre compte qu'avec l'état de la mer l'opération est quasiment impossible (mais que voulez-vous, j'en ai plein le cul, je veux juste que ça s'arrête !).
Mais le type refuse catégoriquement et me dis que c'est la bouée, ou rien. Et que de toute façon la marina est pleine et qu'il n'y a pas de place.
Là, grosse déception... A 18H00, je me suis retrouvé accroché à une grosse bouée avec des amarres pour paquebots, ballotté dans tous les sens et pour parfaire le tout, un orage est arrivé. Genre, son et lumière avec des gouttes capables de remplir des verres à vodka. Du coup, je suis resté pour la nuit sur le bateau, en tête à tête avec Touline qui me faisait une de ces gueules !
Désolé ma vieille... Mais là je n'y suis pour rien.

L'eau du ciel
Le lendemain mardi 18 mars, après avoir dormi presque neuf heures d'affilé, la première chose que j'ai réalisée est que je n'avais plus un watt d'électricité. Mes deux batteries de service étaient vides de chez vides... Pourquoi. Comment ? Je ne sais pas encore. Mais peut-être cela a t-il un rapport avec le fait que mon démarreur refuse de fonctionner complètement. Mais bon, pour l'heure c'est le cadet de mes soucis. Ce que je veux c'est descendre à terre pour prendre une douche et me raser. Moi qui pensais en avoir fini avec les rames, j'allais encore devoir attendre un peu...
Ensuite, je me suis habillé un peu mieux et je me suis rendu aux bureaux de la marina. Le jeune type qui nous reçoit (Martine et Claude étaient avec moi) commence par nous souhaiter la bienvenue et m'annonce que nous disposons de deux jours de courtoisies (en langage marin, ça veut dire gratos). Ça commence bien me dis-je.
Puis il enchaîne et me dit que le prix à la journée est de 100,48 Réals (j'adore les 0,48) soit à peu près 30 Euros.
PARDON ?!?! J'ai sans doute un peu haussé la voix quand j'ai dit ça... Faut dire que le type m'a pris un peu par surprise. Et là il m'explique que nous sommes encore en période estivale, alors c'est plein pot. En avril ça sera divisé par deux. Du coup je me calme un peu. De toute façon je n'ai pas le choix non ? Ce n'est pas comme si je pouvais aller ailleurs avec un bateau sans moteur et sans électricité... Mais finalement c'est peut-être ça qui m'énerve le plus.

Le lendemain, c'est déjà mieux
Puis le gars, vachement sympa au demeurant, me rappelle de ne pas oublier de lui rapporter mes papiers d'entrée tamponnés par la Police Fédérale pour qu'il puisse en faire une copie... Là, je suis coincé. Il va falloir que je me déclare... Le compte à rebours est désormais déclenché. Tic-tac, tic-tac... Plus que 90 jours (88 maintenant).
Et donc dans la foulée l'équipage du Gwenalys et moi avons pris un taxi pour entreprendre la procédure d'immigration. Moi pour entrer au Brésil et eux pour en sortir. Ça nous aura pris la journée, car bien sûr les trois bureaux à voir se situent aux trois coins de la ville.

La Bonne nouvelle du jour, parce qu'il en faut bien une, ce fut que lorsque je repassais au bureau pour leur montrer le document de la police dûment tamponné, le jeune gars m'a annoncé que je pouvais avoir une place à quai dès le lendemain. Et qu'il se chargeait de contacter un mécanicien pour qu'il vienne ausculter La Boiteuse.

Voilà-voilà... Ceci était le récit de ce qui doit être ma navigation la plus courte (19,2 milles) mais certainement pas la plus tranquille ! Aujourd'hui tout va mieux, je suis assis dans mon bateau et je tape ces mots en écoutant Supertramp. Touline est allé à la découverte de son nouvel environnement et me fait de gros câlins... Tout à l'heure je vais aller au bar de la marina m'en jeter un, et profiter d'un super wifi pour mettre à jour ce blog. Bref, les jours se suivent mais ne se ressemblent pas, et c'est très bien comme ça.

C'est pas si compliqué pourtant !

Pêcheur dans la baie de Pinheira