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vendredi 28 août 2015

De la Guyane Française au Suriname

05°42.135N 55°04.815W
Domburg, Suriname

Le Samedi 22 août 2015 – Une splendide journée

Le mouillage de Kourou
07H15 : Et bien voilà. La Boiteuse est presque en ordre de marche pour cette « petite » nave qui nous verra quitter la Guyane Française pour le Suriname. Bon d'accord... J'avais dit que je partirais la semaine dernière, je sais. Mais il va falloir vous mettre dans le crâne que La Boiteuse est un voilier, et qu'il est soumis à des forces bien supérieures à ma simple volonté. L'absence de vent en est une par exemple.

Mais bon, cette fois-ci c'est la bonne. On devrait bénéficier un vent arrière entre 10 et 15 nœuds, ce qui devrait nous emmener jusqu'à Paramaribo (Parbo pour les intimes) lundi matin... Soit 220 milles environ.

Le challenge, mon challenge, va être de ne pas me laisser distancer par les copains de La BellaFlora et leur 46 pieds. Ou du moins de ne pas trop les ralentir... Ce qui ne sera pas une mince affaire car avec l'épaisseur de bernicle que ma coque se coltine, La Boiteuse va probablement naviguer comme un fer à repasser. Heureusement, on devrait avoir un courant favorable oscillant entre un ou deux nœuds.

08H15 : Touline a bien réalisé que quelque chose se passait et est allée se réfugier dans un des équipets du cockpit. L’œil plissé et les oreilles basses, elle me fixe d'un air de dire : « J'ai bien compris se que tu fais, humain ! J'espère que cette fois tu nous emmènes dans une vraie marina ! ».

Et bien non ma pauvre chérie... Nous allons effectivement dans une marina, celle de Domburg, mais nous seront amarrés sur des corps-morts. Désolé.
 
Bon sinon à part ça, je suis prêt. Il n'y a plus qu'à attendre la marée haute pour avoir du courant favorable.

09H30 : Normalement, c'est l'heure de la marée haute. Cependant, en fonction du vent, et s'il a plu à l'intérieur des terres ou pas, le courant ne s'inverse pas immédiatement. Au pire, ça peut prendre deux heures, et au mieux... Et bien on verra !
J'ai un souci avec mon GPS principal. Il indique une série de chiffres qui n'ont rien à voir avec des coordonnées géodésiques (8970 11851,1 TD WY 91236.9 ???). C'est un message codé ou quoi ?
Bon, ce n'est pas si grave car grâce à la fameuse redondance qui est mon leitmotiv sur ce bateau, j'ai d'autres moyens d'avoir ma position : Ma souri GPS par exemple.

09H40 : Je trouve que le courant est assez faible... Et si je partais maintenant ? Allez, j'annonce à La Bella Flora que je lève l'ancre. Allumage du moteur.

09H50 : L'ancre décroche de la vase, on est parti !

* On est parti !
11H15 : Allez zou ! La dernière bouée verte du chenal est laissée sur tribord (on est en Zone A, je vous le rappelle), j'arrête Mercedes (qui fait toujours un bruit bizarre), et nous voici toutes voiles dehors à quatre nœuds et des brouettes. Droit sur les Îles du Salut.
Je jette un œil en arrière et j'aperçois la voile de La Bella Flora qui double la pointe des Roches. La mer est très belle malgré sa couleur laiteuse, et il fait un grand soleil. C'est une journée idéale pour naviguer.

La Pointe des Roches
12H00 : Je fais le point. Bon, en même temps ce n'est pas très compliqué de savoir où je suis puisque je suis en train de déborder les îles du Salut par l'ouest. Mon estomac me tiraille : J'ai faim ! Je me réchauffe les restes de mon repas d'hier : une cuisse de poulet boucané avec des pâtes. Si cette parenthèse guyanaise ne marquera probablement pas ma mémoire, le poulet boucané si ! C'est délicieux !

13H15 : C'est la deuxième fois que cela se produit, et comme la fois précédente je suis perplexe... D'habitude, lorsque Touline dort sous la capote et qu'elle veut en descendre, elle prend bien soin de sauter sur le banc opposé à celui où je suis. Ça fait partie des règles du vivre-ensemble en navigation : Ne pas emmerder le Capitaine.

J'étais donc en train de somnoler sur mon banc, quand Touline a soudain sauté à pattes jointes sur ma poitrine avant d'aller se réfugier à l'intérieur. Je bondis, relativement énervé par ce manquement flagrant à la règle, et je commence à gueuler sur la chatte, lorsque je réalise que le bateau ne va plus vraiment dans la bonne direction... Et pour cause, une des deux drosses du régulateur a sauté de son taquet coinceur !
Cela fait deux fois que la chatte me réveille alors que La Boiteuse a changé de cap inopinément... Comme je vous l'ai dit, je suis perplexe. Mais sur ce coup-là, j'ai quand même dit merci à ma coéquipière.

* T'es belle tu sais ?
14H40 : Hop, j’abats de 40° afin de commencer à longer la côte sur la sonde des 25 mètres. Grand largue, 5,5 nœuds, c'est nickel ! La Bella Flora nous a rattrapé maintenant... Pauvre Bernard et Françoise ! Ils vont devoir sacrément freiner leurs 46 pieds pour rester à ma hauteur. J'apprécie bien sûr, car l'intention est adorable. Mais tout de même, je ne peux m'empêcher d'éprouver un petit sentiment de culpabilité...

La Bella Flora
16H00 : Je vois La Bella Flora tirer des bords de grand largue pour rester à mon niveau... Piqué au vif, je décide de sortir le grand jeu et de hisser le spinnaker. A 120° du vent apparent, la Boiteuse bondit et affiche une vitesse fond de six nœuds et des poussières après la virgule. Je suis aux anges !

17H00 : Le vent a faibli, mais grâce au spi La Boiteuse fait encore ses 4,5 nœuds tranquillou. Je me demande si je vais rester comme ça pour la nuit... C'est contre toutes les règles de prudence, surtout en solo, de rester ainsi toilé. Si jamais le vent vient à forcir...

18H00 : Après avoir consulté Bernard à la radio (c'est lui qui à pris les prévisions météo ce matin), je décide de garder mon spi. Normalement, le vent devrait faiblir...

18H40 : J'ai droit à un magnifique coucher de soleil !

19H30 : A-y-est ! J'ai mangé ! Et je me propose d'aller faire dodo. La Bella Flora est à environ un mille sur tribord avant. La mer est calme et le vent toujours aussi doux. Nous faisons route au 310°.

Franchement, cela faisait longtemps que je n'avais pas eu une journée de navigation comme celle-ci. Ce fut un régal ! (Pourvu que ça dure...)

Premier soir
Le dimanche 23 Août 2015 - Pétole

06H00 : Vous ne pouvez pas imaginer comment cette nuit a été tranquille... Tran-quille ! Pas de houle, pas de pluie et juste assez de vent pour que La Boiteuse glisse sous un ciel étoilé comme dans un rêve. Alors bien sûr, le prix de cette tranquillité c'est que nous n'avons pas trop avancé. 48,2 milles en 12 heures ; ça fait quatre nœuds de moyenne. Ce n'est pas si mal tout compte fait, et personnellement je suis assez content. Mais sur La Bella Flora ils doivent avoir l'impression d'avoir sorti les rames.
Le bon côté des choses, c'est qu'à cette allure nous embouquerons le fleuve Suriname de jour. Demain matin normalement...

Hamac spécial navichatrice
07H15 : Le vent tourne au Sud-Sud-Est. Je suis obligé d'abattre de 40° et d'affaler la GV pour ne pas déventer le spi. Nous voilà plein vent arrière, à quatre nœuds.

08H00 : Après la rosée du matin, voici la suée du matin ! Le vent ayant continué à tourner, j'ai décidé de changer le spi d'amure. Hélas, la chaussette a refusé de descendre. J'ai donc dû faire ça à l'ancienne, sans oublier, bien sûr, de faire tremper la voile dans l'océan. Avec tous les coquillages qui squattent la coque de La Boiteuse, c'est miracle que le spi soit encore intact ! Mais bon, tout est rentré dans l'ordre maintenant, et je fais route au 280°.

10H00 : Ça mord ! Alors que je ramène ma prise, je vois comme une espèce de petit requin (avec une petite bouche cependant), essayer de me boulotter mon poisson ! Je remonte ce qui ressemble à un thonidé, et alors qu'il se débat dans son seau je réalise que je n'en n'ai pas réellement besoin. Ça sert à quoi de pêcher un poisson si c'est pour ne pas le manger, hein ? Sérieusement ? Donc, j'ai relâché la bête et n'ai pas remis la ligne à l'eau, au grand désespoir de Touline.

12H00 : La matinée c'est déroulée sous un ciel grisounet et le vent a baissé petit à petit. Ça pétolise doucement. A priori, on devrait arriver à Parbo vers 13H00 demain... C'est à dire à la fin de la marée montante. Pas de bol.

Wahou...
14H05 : Pfff... 2,5 nœuds de moyenne avec le spinnaker et la Grand-Voile haute à 100° du vent apparent. Sachant qu'on doit avoir entre 1 et 1,5 nœuds de courant, autant dire que c'est la misère.
Mine de rien, nous avons quand même doublé la longitude du fleuve Maroni, ce qui veut dire que nous sommes maintenant au Suriname ! Le Suriname sera le septième pays étranger dans lequel je vais séjourner depuis le début de ce périple. Bon, j'avoue ne pas savoir grand chose sur ce pays, sauf peut-être que ce n'est pas la Guyane, et ça c'est déjà pas mal. D'ailleurs qui connaît le Suriname, hein ? A part pour le riz je veux dire. Sérieux, vous saviez où c'était le Suriname vous ? Moi oui, parce que je suis hyper-balaise en géographie, mais tout de même admettez que nos connaissances sur ce pays frisent le néant.

Pfff... 2 nœuds. C'est vraiment la misère.

15H15 : C'est toujours la pétole. Il y a deux semaines, Lucien et Mireille ont mis trente heures pour faire le même trajet. Nous on va en mettre vingt-quatre de plus... Si ce n'est pas le double.

16H15 : Ah ! Le vent est en train de revenir on dirait. J'arrive à dépasser les trois nœuds ! À l'horizon, je vois au moins trois chalutiers...

18H25 : La Bella Flora m'appelle à la VHF juste au moment où je faisais le point et où le vent se mis à changer brusquement de 50°. Du coup, je me suis un peu emmêlé les pinceaux car je ne suis pas multi-tâches ! Mais tout est rentré dans l'ordre maintenant, et La Boiteuse fait route au 280°, sous spi et GV, à trois nœuds.

19H15 : Ça-y est, la nuit nous apporté un peu de zeph. Il reste 70 milles à parcourir jusqu'à l'embouchure du fleuve Suriname (oui, c'est le même nom que le pays, ils ne se sont pas foulés), puis encore 25 milles avant d'arriver à Domburg. Ces derniers milles se feront probablement contre le courant... Bref, on devrait arriver (à 4 nœuds) demain dans la soirée. C'est à dire douze heures de plus que ce que j'avais prévu ce matin. Ce sont les vicissitudes de la mer, que voulez-vous ?

20H05 : Heu... Naviguer de nuit à six nœuds avec le spi, est-ce bien raisonnable ? Non, sérieux, je me pose la question...

20H50 : Ça-y est, j'ai rattrapé et doublé La Bella Flora. J'suis trop balaise.

Le lundi 24 août 2015 – On arrive !

05H10 : J’aperçois un, deux, trois, non quatre feux tout autour de moi. L'un d'eux est certainement La Bella Flora, mais les autres sont des pêcheurs. Et bien sûr mon Mer-Veille ne sonne pas...Nous sommes à 25 milles de la bouée d'eau saine qui marque l'entrée du chenal d'accès au fleuve.

La nuit a été beaucoup moins tranquille que la précédente. J'ai d'abord profité à fond de la vitesse que m'offrait cette brise sur cet amure (tribord), et La Boiteuse a filé pleine balle (5-6 nœuds) jusqu'à minuit environ. Mais à un moment il a bien fallu que j'empanne afin de faire de la route utile, et à minuit donc j'ai dû affaler le spi, empanner de 50° et continuer ma route sous GV seule au vent arrière.
Le soir, à la nuit tombante, deux petites sternes toutes mignonnes sont venues squatter mon panneau solaire. Mais apparemment elles n'avaient pas sommeil puisqu'elles n'ont pas arrêté de causer toute la nuit ! Entre elles, pas avec moi. Et Pipipii, pipipii... Vous imaginez bien si il y en a une que ces pépiements ont passionnés, c'est Touline bien sûr. Lorsque je suis revenu dans le cockpit après avoir fait le zozo sur la plage avant pour affaler le spi, j'ai retrouvé la frapadingue de service, perchée sur le moteur de l'annexe en train de se demander comment elle allait faire pour grimper sur le panneau ! (C'est ma faute, j'avais mal fermé le capot de la descente) Bref, a cette heure les zoziaux pépient toujours et Touline m'observe à travers le plexiglas d'un œil bizarre. J'ai l'impression d'être un casque bleu.

06H00 : Quelque part le soleil se lève, mais moi je ne le vois pas because le ciel est tout gris. J'attends qu'il fasse un peu plus jour pour relancer La Boiteuse car il nous reste quand même 50 milles à faire et il ne s'agit plus de traîner si on veut arriver avant la nuit.

06H20 : Hop ! Foc tangonné, et voiles en ciseaux, on fait du 4 nœuds au 250°. Les sternes ont décollé dans un ensemble parfait, laissant Touline pantoise.

06H40 : Zut, il faut que je fasse route au 230° ! Du coup le tangon ne me sert plus à rien... Faire et défaire, c'est fou comme ça peut m'énerver !

Libre !
07H10 : Hop ! J'enroule le foc et j'envoie le spi pour gagner un nœud ! Trois manœuvres en moins d'une heure, z'avez vu ? On se croirait en régate !

08H20 : Les fonts remontent... 14 mètres. Les derniers vingt milles avant la bouée d'eau saine devront se faire dans moins de cinq mètres de flotte... Oui, je sais, c'est flippant. Un peu.

09H15 : La Bella Flora est par le travers tribord maintenant, avec un mouchoir de poche à l'avant pour rester à ma hauteur alors que La Boiteuse est obligée de déballer toute sa garde-robe. Je sais que Françoise est malade depuis hier, ce qui renforce mon sentiment de culpabilité. Sans moi, ils seraient arrivés depuis belle lurette et le calvaire de cette pauvre Françoise aurait pris fin bien plus tôt.
La prochaine nave qu'on fera ensemble, ce sera chacun pour soi.

09H45 : Le vent se renforce. En temps normal, j'aurais déjà viré le spi pour me contenter d'un petit 4,5 nœuds de vitesse, histoire d'être peinard. Mais là, je me dois de prendre quelques risques... Mais je stresse un peu, je l'avoue.

10H05 : Terre en vue !

10H10 : C'est bizarre, je me disais que finalement ces deux jours et deux nuits étaient passées vachement vite. Peut-être est-ce dû à la présence des copains dans les parages et à nos contacts radio réguliers...

10H45 : Il est temps de lofer pour se diriger vers la bouée d'entrée du chenal qui reste invisible pour l'instant. Je remballe le spi dans sa chaussette et je déploie le foc en grand. Tout de suite, je perd deux nœuds.

11H40 : Bouée d'eau saine sur tribord. Hop, c'est plein sud maintenant. On aperçoit bien la côte, et La Bella Flora est à une encablure derrière moi.

12H00 Première bouée verte du chenal. La Boiteuse a sorti le pavillon national des grands jours et arbore son petit pavillon jaune de quarantaine.

* La Boiteuse
13H20 : J'ai failli oublier de manger. Puis je me suis dit que j'allais peut-être avoir besoin de force si j'ai un problème à l'arrivé. Je me suis donc fait une saucisse fumée avec des pâtes au curry histoire d'engranger des protéines. On est toujours dans le chenal extérieur, et c'est blindé de monde. Pêcheurs, pilotes, remorqueurs...

14H30 : Ça-y est, nous entrons dans le fleuve. Il reste 13 milles pour rejoindre Paramaribo. Je crois que c'est là qu'on va faire halte en attendant la marée montante de demain matin. Ou pas.

15H00 : Le courant commence à devenir problématique. Je crois que je vais devoir demander à Mercedes de me donner un coup de main. Gentille Mercedes ! Elle démarre au quart de tour.

15H45 : Je commence à douter qu'on puisse arriver à Paramaribo avant la nuit... Le courant est de plus en plus fort. Je fais à peine de 2,5 Nœuds.

Écluse
16H15 : Il y a de très jolies maisons sur le bord du fleuve. Celui-i est endigué et je vois des écluses à intervalle régulier. C'est impressionnant ce que les hollandais ont fait comme travail. En Guyane les français ont construit un bagne et un centre de lancement spatial. Ici, les hollandais on fait des digues, des écluses et des polders. Chacun son truc.

16H30 : J'ai fini de lire « Un hiver à Madrid » de G.J Sansom. Je vous le conseille, c'est plein d'indications sur la guerre d’Espagne. (No pasaran!)

Mais ! Qu'est-ce qui lui prend à Bernard de couper le fromage comme ça ??? Bon allez, je le suis... Oh et puis non, même s'il y a apparemment moins de courant au milieu du fleuve, je préfère quand même respecter le balisage.

La Bella Flora remonte le fleuve à la voile
17H20 : Ça-y est, j'ai rattrapé La Bella Flora. J'ai compris pourquoi ils sont sortis du chenal, les bougres sont à la voile contre le courant ! Chapeau !
Paramaribo est en vue. Alors, on s'arrête ou on ne s'arrête pas ?

17H50 : Après conciliabule avec mes compagnons de route, nous décidons de continuer jusqu'à Domburg. Le fleuve est parfaitement balisé et dans une heure ce sera la marée basse. Dïe ! Encore une douzaine de milles à faire !

18H15 : Dauphins !!! Probablement des Sotalia guianensis. Ils s'en tapent de nous...

L'épave du Goslar
18H40 : Ah tien, il y a une épave de cargo au milieu du fleuve... Ben voyons ! Elle est tellement vieille qu'il y a des arbres qui poussent dessus ! (En fait, il s'agit du Goslar, un cargo allemand de 6000 tonnes qui fut sabordé par son équipage en 1940 afin de ne pas tomber au mains des alliés. Il fut échoué dans le travers du fleuve afin de perturber le trafic maritime.)

19H12 : Nous passons sous le pont Docteur Jules-Albert Wijdenbosch-Brug (Putain de nom !). Même pas la peine de baisser la tête puisqu'il fait 41 m de haut. Je n'arrive pas à distinguer la prochaine bouée verte, because il y a une raffinerie derrière ! C'est un festival de lumière !

Heureusement la carte vectorielle CM93 est extrêmement précise et je n'ai qu'à suivre le petit bateau sur l'écran de mon ordinateur.

19H30 : Bernard s'obstine à remonter le fleuve à la voile... Franchement, il m'impressionne. Et le pire c'est qu'il va aussi vite que moi avec Mercedes ! Ça-y est, je vois la prochaine bouée.

19H50 : Allez, plus que 6 milles... Soit deux heures encore.
* La Boiteuse en face de Paramaribo
20H15 : L'ancre est à poste, prête à être larguée. Au cas ou, je me dis que ça peut être utile.

21H30 : Plus qu'un mille ! La GV est affalée et les amarres sont prêtes. Ça va être ma première prise de coffre dans le noir, en solo et dans une rivière avec du courant. Alors accrochez-vous les enfants ça devient sérieux !

22H15 : Les deux voiliers qui viennent de se taper 236 milles en 60 heures, se faufilent, moteur au ralenti entre les bateaux au mouillage. Tous ne sont pas éclairés, et je suis assez tendu. Bernard et Françoise font le choix de planter la pioche, et moi je cherche une bouée de libre... Heureusement, Thetis est là. Le couple hollando-suisse saute dans son annexe et m'aide à crocher mes amarres. J'arrête le moteur : La Boiteuse est arrivée au Suriname !

Les photos dont les commentaires sont précédés d'une * sont de Bernard et/ou Françoise.


Bernard, Françoise et... Touline !
Harbor Resort Domburg
Le soir tombe sur Paramaribo


jeudi 13 août 2015

Au revoir la Guyane !

05°08.874N 52°38.822W
Kourou, Guyane Française

Me suis fait un copain
Salut les gens ! Oui, je sais... je ne suis pas très bavard ces temps-ci. Peut-être est-ce dû à la moiteur ambiante ou bien à cette parenthèse estivale, ou encore au fait que la Guyane n'est pas (pour moi en tous cas) à franchement parlé si passionnante que ça... Toujours est-il qu'après quelques flottements dans ma motivation (voir article précédent), il est de nouveau temps pour moi de passer à autre chose et de reprendre la route.

Le Bonheur tant recherché n'est toujours pas à l'ordre du jour, alors on va continuer à aller voir si par hasard il ne se trouve pas dans le pays suivant.


Le Toucan, le bateau avec des morceaux de fusée dedans
Ah si ! Il y a deux expériences que je voulais partager avec vous, mais qui je le crains, risquent de n'être profitables qu'aux errants comme moi. M'enfin, je vous les livre quand même. Vous verrez s'il y a lieu d'en tirer quelques conclusions utiles pour vous, ou pas.

Figurez-vous qu'une des bougies de préchauffage de Mercedes m'a lâchée. Bon, jusque là ce sont les aléas du voyage, vous allez me dire... Sauf que je vous rappelle que Mercedes n'est plus toute jeune, et que la Guyane est un département d'Outre Mer d'une nation sensément développée et vouée au Dieu Commerce.

A Kourou, laisse tomber ! C'est tout juste si, en voyant mon modèle de bougie on ne me disait pas que je ferais mieux de changer de moteur ! A Cayenne (à 50 Km), c'est un peu plus encourageant car on me dit qu'il est éventuellement possible de les commander en Métropole, mais que ça va prendre une quinzaine de jours...

C'est alors que j'ai une la bonne idée de les commander moi-même et de me les faire expédier à une adresse, ici à Kourou, afin de les payer moins chères et qu'elles arrivent plus vite. Alors ok, elles sont arrivées en trois jours... Mais alors bonjour la facture !!! C'est simple, sur 100 de bougies (j'en ai pris quatre), j'ai eu 150 de transport et de taxes !!!

Donc, si j'ai un conseil à donner à d'éventuels marins-voyageurs désireux de se fournir en pièces de rechange en Guyane, vous oubliez ! Je suis persuadé que j'aurais eu moins de mal à me les procurer au Brésil et certainement pour moins cher.


Mes chères bougies !
Toujours dans la rubriques des déboires financiers, il en est un autre qui va me coûter encore plus cher... Peut-être le savez vous déjà, mais depuis quelques mois j'envisage de faire une longue escale à Trinidad afin d'investir dans La Boiteuse. Nouveaux panneaux solaires, winches, frigo, cuisinière, toilette, etc... Bref, j'ai pas mal de choses à changer et/ou à installer et jusqu'à présent je fermais les yeux devant des opportunités d'achat en me disant que j'allais trouver tout ça pour bien moins cher à Trinidad... Grave erreur ! Je viens de télécharger le catalogue 2015 d'un des principaux shipchandler du coin, et quelle ne fut pas ma surprise de constater que les prix les mêmes, voir même parfois supérieurs, à ceux pratiqués en Europe !!! Quand je pense que je trouvais l'accastillage brésilien trop cher... Franchement, je suis dégoûté.

Si on ne se casse pas d'ici, je fais tout péter !
Donc voilà. L'humeur est plutôt à la grogne et au ressentiment. C'est pourquoi sans doute, j'ai autant envie de changer d'air et de voir ailleurs si j'y suis. J'ai hâte d'arriver au Suriname... Les voiliers qui m'ont précédés en disent le plus grand bien, et décrivent un pays où il fait bon vivre, où les villes et villages sont jolis, la vie trois fois moins chère qu'en Guyane, et les services dignes d'un pays moderne... Ce qui n'est franchement pas le cas en Guyane. Bref, à part le fait que le climat politique est un peu chelou (j'y reviendrais à coup sûr), je sens que je vais me sentir bien là-bas.

La Boiteuse et La Bella Flora devraient logiquement appareiller ce samedi aux aurores, pour une navigation de 235 milles qui devrait nous amener à Paramaribo en deux jours. On se retrouve donc la semaine prochaine au Suriname ! Tot ziens les Gens !*

*Oui, j'essaye dors et déjà de me mettre au néerlandais !

Coucher de soleil sur la rivière Kourou

jeudi 16 juillet 2015

Une escale guyanaise

05°08.874N 52°38.822W
Kourou, Guyane Française

Voilà maintenant un mois que je suis arrivé en Guyane. Un mois, c'est long... ou pas. Tout dépend l'échelle sur laquelle vous vous appuyez pour mesurer votre temps personnel, la façon dont vous remplissez ce temps, et surtout, je crois que c'est primordial, le temps que vous pensez qu'il vous reste... En général je veux dire. Mais bon, j'arrête avec ma philosophie à deux balles. Pour moi, ce mois est passé à la vitesse de l'éclair tant il a été rempli. Il est passé tellement vite que j'ai l'impression d'être arrivé hier !

Elle a fait Pshiiiiiiit !!!
Je ne vais pas vous relater en détail tous ces petits événements qui font le quotidien du marin-vagabond qui débarque pour une nouvelle escale. Ce serait barbant et n'intéresserait qu'une frange relativement restreinte de mon lectorat. Et puis en plus, je serait bien en peine de le faire, car je n'ai pas pris la peine de tout noter ! Bon, le fait est que lorsqu'elle est arrivée, La Boiteuse avait bien besoin qu'on s'occupe d'elle. Et donc, en bon Capitaine, c'est ce que j'ai fait. Cette dernière nave (de merde) avait, vous vous en souvenez, engendré pas mal de casse. L'ordinateur, le régulateur, l'enrouleur, l'arbre d'hélice, etc. étaient les points les plus importants à régler. Auxquels se sont ajoutés d'autres petits inconvénients, comme par exemple l'annexe qui explose littéralement sous la chaleur (Oui, elle a carrément fait Poum et Pshiiiiiiiiit ! Un truc de ouf !).

Le marché
Pour l'heure, tout est pratiquement remis en ordre. J'ai un nouvel ordinateur, le régulateur a été ressoudé et remonté, la drosse de l'enrouleur a été changée et l'annexe a été (plus ou moins) recollée. Il me reste toutefois deux points importants à régler, c'est l'arbre d'hélice qui fait du bruit. D'après des gens plus compétents que moi, il semblerait que ce soit à cause de la bague hydrolube. Moi je veux bien... D'autant que j'ai dans mes coffres une bague de rechange. Le souci c'est que ce genre de truc à remplacer demande que l'on sorte le bateau afin de pouvoir démonter tout le bordel. Et sortir un bateau en Guyane relève de l'impossible. Ou alors je peux aussi demander le concours d'un plongeur professionnel, il y en a un très bien ici qui s'appelle Stéphane, mais ça coûte un bras. Bref, je suis encore en train de me demander ce que je vais faire.

*A Kourou, c'est elle le boss
Sinon, le sujet le plus important que je voulais partager avec vous aujourd'hui concerne mes premières impressions sur la Guyane et Kourou en particulier. Bon... Kourou franchement, n'est pas trop ma tasse de thé. On dirait une grande banlieue-dortoir, où les bâtiments ont poussés au fur et à mesure des besoins du Centre Spatial Guyanais depuis les années soixante. Résultat, la ville n'est qu'un amalgame de pseudo quartiers très espacés entre eux... Sans réelle identité, Kourou n'a pas de centre. Elle n'a pas d'âme... Du coup, s'y déplacer est à la fois déroutant et fatiguant. Par exemple, le seul point wifi où je peux m'installer à loisir avec mon PC tout neuf, se trouve à l'autre bout de la ville. Cela représente 10 mn de bus (à 1,50 € l'aller), ou 20 mn à pied... Ce qui explique que je ne m'y rende qu'un jour sur deux (parfois trois) et que vous ayez dû poireauter plus de quinze jours pour lire le récit de la traversée. A Kourou, si tu n'as pas de voiture, t'es mort.

Mais tout ça n'est pas si grave au regard du plaisir que j'ai eu à retrouver quelques repères familiers. Sans déconner, je savais que de me retrouver en France allait me permettre de renouer avec quelques plaisirs que je croyais menus car essentiellement culinaires (jeu de mot !)...Ce que je ne savais pas c'est que ces retrouvailles seraient aussi fortes ! Bordel ! Retrouver après toutes ces années le simple goût des pâtes, du fromage râpé, du petit kawa sur le zinc, du pain au chocolat tout chaud... Même manger une boite de couscous Leader Price confine au délice, c'est dire ! De même, le premier jour, vendredi jour de marché, je me suis plusieurs fois retourné parce que j'entendais parler français autour de moi... Jusqu'à me rendre compte que c'était le cas de la majorité des gens !
C'est comme entendre de nouveau le deux-tons des pompiers ! Après quatre ans, je vous jure que cette sirène à quelque chose d'émouvant. Bref, tout cela m'a bouleversifié bien plus que je ne l'avais anticipé. Cela m'a tellement tourneboulé le cerveau que j'ai même commencé à envisager d'arrêter mon itinérance et de tenter ma chance en Guyane malgré la vie chère...

Le mouillage de Kourou

Oui, vous avez bien lu, pendant quelques jours j'ai sérieusement réfléchi à m'arrêter et à, accrochez-vous bien, chercher un travail ! Il faut dire que pour ce qui est de trouver un boulot, la chose semble aisée par ici du moment que vous avez quelque instruction et que vous êtes blanc. Restait une difficulté, et pas des moindres en ce qui me concerne, pouvoir mettre mon bateau à l'abri... Et c'est là que ça se complique. Le fleuve Kourou est extrêmement capricieux et le mouillage n'est pas sûr à tous points de vue. Moi qui déjà à l'origine déteste les mouillages, depuis mon arrivée je passe mon temps à me faire du souci. Dès que le vent dépasse les dix nœuds, et que l'on entre en vives-eaux pour les marées, je perds le sommeil et j'ai des cheveux blancs supplémentaires qui me viennent.
Même avec trois ancres, voilà ce qui peut arriver à Kourou
J'ai bien eu une vague possibilité d'intégrer le ponton du Centre Spatial (sur cooptation), mais après quelques jours j'ai réalisé que jamais je ne m'y serais senti chez moi. Entre les professionnels irascibles (pas tous heureusement) et la faune locale un peu trop perchée pour moi, je ne pense pas que les choses auraient marché. Le trip baba-cool-récup'-et-débrouille avec option soirée guitare/accordéon sur le ponton, dans les vapeurs d'alcool et la fumée des joints, me séduisait assez il y a trente ans... Mais j'ai pas mal changé depuis... J'ai grandi, ou je suis devenu con au choix, et à mon âge je ne trouve plus ça très rigolo. Ok, je l'admet. Peut-être n'est-ce pas seulement une question d'âge...
Donc voilà, La Boiteuse et La Bella flora ne vont plus tarder à reprendre la route. Prochaine étape, le Suriname !

*A la recherche des tortues Luth
Je vous ai dit plus haut que je n'allais pas vous relater en détail mes activités guyanaises... et je sens qu'il y en a qui ont été déçus. Si, je l'ai senti ! Aussi, je vais vous raconter deux anecdotes.
Sachez qu'un matin de très bonne heure, genre cinq heures du matin, nous sommes allé, l'équipage de La Bella Flora et moi, arpenter la plage de la Cocoteraie à Kourou, à la recherche des fameuses tortues Luth. Nous espérions surprendre un de ces fantastiques animaux remonter la plage pour aller enfouir ses œufs dans le sable... Hélas, au bout de deux heures de crapahu, point de femelle pondissante.
Par contre, alors que nous nous apprêtions à rentrer, déçus comme il se doit, nous eûmes la surprise d'observer l'autre côté du processus, à savoir l'éclosion et la course à la mer de plein de bébés tortues !!! Je sais que j'ai l'air blasé comme ça, voire cynique (si, je le sais), mais ce matin-là, alors que le soleil se levait et que les moustiques prenaient leur petit-déjeuné, mon petit cœur a fondu. Elle sont trop mignonnes !

Kroooo mignonne !

Sinon, dans un autre registre, j'ai eu le plaisir d'assister deux fois à un lancement de fusée depuis le mouillage... Bon, celui d'Ariane V qui a eu lieu hier au soir a été un gros bide puisque le ciel couvert nous a empêché de voir quelque chose. A peine un éclair fugitif dans le lointain, et le bruit a été couvert par celui d'un hélico qui passait juste au mauvais moment. Par contre, le lancement de la fusée Vega du 22 juin qui a eu lieu à 22H52, ça a été magique ! Là, je vous jure, j'étais comme un gosse !


Voilà, vous savez tout. On se retrouve dès que j'ai un truc à vous raconter. Ou pas !

NB : Les photos dont les sous-titres sont précédés d'un * ne sont pas de moi, mais de Françoise ou Bernard.

Dépêche toi, tu es la dernière !

Ouf ! J'y suis presque !
*Je me demande si je ne vais pas changer de bateau moi...

CY 592934

J'assure le préchauffage !

Bon, on y va ou quoi ?

vendredi 3 juillet 2015

De Jacaré au Brésil à Kourou en Guyane – 3/3

Lundi 15 juin 2015 – Fausse joie

Soleil levant
05H30 : Le soleil n'est pas encore levé, et c'est normal. Il se couche plus tard donc il se lève aussi plus tard. La journée commence mal puisque je me suis renversé mon café sur la main... Aïe ! Je n'ai pas été attentif cette nuit, because je dormais. Mais j'ai l'impression qu'on a avancé. Ce qui est évident par contre c'est que nous n'avons plus qu'un seul train de houle en provenance de l'Est.

06H00 : Je suis perplexe... Seulement 3,9 nœuds de moyenne sur la nuit. Il faut que je réfléchisse un peu à ce qu'il se passe, car je n'ai que trois jours pour faire les 355 milles restants. Alors il s'agirait d’accélérer un peu vous ne croyez pas ?

06H30 : Ma solution pour l'instant c'est d'avoir tangonné le foc afin de gagné en cap et en puissance. On verra bien si ça paye.
Note pour plus tard : A l'escale il va falloir que je jette un œil à la barre. Elle a du jeu.

07H20 : Si je veux arriver à temps pour la marée à l'embouchure du Maroni, il faudrait que je fasse du 4,5 nœuds de moyenne. Pour l'instant c'est pas gagné ! Mais c'est faisable, si l'on considère que les vents sont sensés accélérer à l'approche de la Guyane. Sinon, en cogitant cette nuit je me suis dit qu'à part un courant contraire, la seule chose qui pourrait ralentir La Boiteuse comme ça, ce serait quelque chose de pris dans la quille. Genre un filet... Malheureusement, c'est un peu compliqué d'aller vérifier, là maintenant tout de suite.

07H55 : Merde, merde, merde... J'ai des grains qui m'arrivent de partout. Allez, je vire le tangon.

08H40 : Voilà, c'est passé. Je vais resté comme je suis, à 130° du vent avec le foc quasiment en grand. Je n'allais pas plus vite ni ne faisait de meilleur route avec le tangon de toute façon. En tous cas, ce que j'ai dans les voiles en ce moment ce ne sont pas les alizées, ça je peux vous le garantir ! On est à 4°33' de latitude nord. J'avais plus ou moins estimé de les rencontrer vers 4°37'. Bientôt donc...

09H20 : Oh putain, ça y est le vent est là ! J'ai une banane greffée au visage !

Banane !

12H00 : Tout roule. Ce n'est pas encore la super-vitesse mais je ne doute plus d'arriver à St Laurent en temps et en heure ! Je suis même obligé de lofer pour m'adapter à ces nouvelles conditions de vent. Cap au 290°.

17H00 : Mouais... La Boiteuse laboure la mer sans se presser à quatre nœuds de moyenne. La joie de ce midi est un peu retombée, mais je ne désespère pas encore. Normalement, en se rapprochant de la Guyane on devrait rencontrer des vents de 15 nœuds . Ce qui, je pense , nous permettra de rattraper notre retard. Au pire du pire, si je vois que je ne pourrais pas atteindre St Laurent du Maroni à temps, je peux toujours décider d'aller mouiller aux îles du Salut ou à Kourou. Ce sera le plan B.

18H00 : 4 nœuds pile, sur six heures. Pffff... J'espère qu'une petite brise nocturne viendra relever tout ça !
Sinon, quoi dire ? Ça sent la fin quand même. Si tout se passe comme je veux, normalement dans trois jours à cette heure-ci, je devrais jeter l'ancre au milieu des bateaux de mes copains. Qu'est-ce que c'est que trois jours quand on vient d'en passer dix en mer, hein ?
N'empêche, on frôle la pétole là... Smiley qui fait la tronche.

Le mardi 16 juin 2015 – L'île flottante

Peton mouillé
06H00 : Pfiou... Je ne vous dis pas la nuit ! Hier, vers 19H30, un gros grain nous est tombé dessus. Sauf que ce n'était pas un grain... Pendant deux heures, le vent a soufflé fort venant du sud accompagné d'une grosse pluie. Fatigué, trempé jusqu'aux os, j'ai mis La Boiteuse à 120° du vent pour me protéger un peu, et je me suis pelotonné dans mon duvet mouillé en attendant que ça passe. Mais ça n'est pas passé. Ça dure encore.
Au final on a peu avancé, 47 milles, et surtout on n'a pas fait un super cap. 311° au lieu de 280°. Ce qui fait qu'il est largement temps de virer plein Ouest vers la Guyane.


07H50 : J'en prends plein la gueule. Au loin le tonnerre gronde . Deux choses me rassurent : On fait un cap presque correcte et j'ai de l'eau à courir devant moi. Sinon, c'est la merde totale.

09H10 : Cette nuit déjà, je ne comprenais pas pourquoi mon régulateur d'allure avait du mal, parfois, à transmettre le mouvement de la pale immergée à la barre. Là, je viens de comprendre ! C'est à cause de ces putains de sargasses qui se prennent dans la pale et bloquent le fletner ! Depuis l'équateur j'en croise pas mal, au point d'avoir renoncé à pêcher, mais là il flotte autour de moi des bancs entiers de plusieurs centaines de mètre carré. Je garde la gaffe à portée de main, et je passe mon temps à virer ces saloperies.

10H00 : Ok, c'est décidé. Je m'arrête à Kourou. Je ne sais pas combien de temps va durer cette tempête (car c'en est une), et puis l'arrivée est quand même plus simple. Avec un peu de bol, mes potes seront encore là, bloqués par le mauvais temps.

10H55 : J'ai profité d'une brève « accalmie » pour changer les drosses du régulateur. Celles que je me suis acheté à Salvador se sont usées prématurément... Qualité brésilienne de merde !
La mer est forte maintenant. On a des creux de cinq à six mètres...


12H00 : Kourou, 170 milles. Arrivée ? J'en sais rien.

12H50 : Une déferlante vient de noyer le cockpit, avec moi dedans en train d'essayer de dormir. Heureusement j'avais fermé la descente avec le plexiglas. Putain, c'est chaud !

14H30 : Il se passe un truc bizarre. Le vent qui était Nord-Est, vient de virer Sud en quelques minutes. La température a baissé d'au moins cinq degrés... J'empanne pour suivre le mouvement, mais je ne vous cache pas que je m'inquiète un peu. Un changement aussi rapide ne présage rien de bon. Mais il se passe quoi là, bordel ?

15H25 : Je ne le crois pas ! J'ai même droit à un rayon de soleil et à quelques zones bleue pâle dans le ciel ! Je ne comprend rien du tout à ce qu'il se passe... Est-ce que ça va durer ? Est-ce que je dois m'attendre à un autre chamboulement ? J'ai les nerfs à fleur de peau.

16H25 : Comme vous pouvez l'imaginer, passer aussi soudainement d'une mer avec cinq mètres de creux poussée par un vent du NE, à un système tout doux, limite pétole, venu du Sud, ça vous fabrique une mer de merde. Les vagues déferlent dans tous les sens, et La Boiteuse se fait bringuebaler à coup de grandes claques sans avoir suffisamment de vitesse pour parer les coups.
J'essaye de maintenir un cap au 270° mais ça n'est pas évident du tout. Le soleil a de nouveau disparu, et le plafond est bas. 

17H25 : Allumage du moteur. J'en ai marre d'être secoué dans tous les sens, et avec un peu de vitesse cela devrait aller mieux. En plus, j'ai besoin de recharger mon ordinateur. Des dauphins se joignent à nous, mais je n'ai vraiment pas le cœur à jouer avec eux.

17H50 : Tien, encore une bizarrerie. L'eau vient de changer subitement de... Oh Merde !

Et puis les choses se sont enchaînées à une vitesse folle. Je n'ai rien eu le temps de noter et ce n'est que le lendemain que je peux enfin mettre des mots sur ce qui restera, je crois, un des pires moments de ma courte vie de marin.

J'étais en train d'écrire que l'eau venait de changer subitement de couleur. Du bleu sombre, elle venait de prendre une teinte d'un vert laiteux. Au même moment, je m'aperçois que La Boiteuse flotte au milieu d'immenses plaques de Sargasses. Des bancs compactes, de plusieurs milliers de mètres carrés. Et encore au même moment, mes yeux tombent sur l'écran du sondeur, et je vois s'afficher 16 m, 14 m, 12 m, …
Là mon cœur s'arrête. Je reste figé quelques secondes, puis je me précipite dans le carré pour allumer le PC et vérifier où nous sommes. Je sais bien que nous sommes à quelque chose comme 100 milles de toutes côtes, et qu'à priori il n'y a pas de haut-fonds dans la région, mais j'ai besoin de le voir de mes yeux. Un fait exprès, le GPS prend tout son temps pour acquérir ses satellites... Et quand enfin il me positionne sur la carte, c'est au milieu d'une zone où on devrait avoir 2500 mètres de fond, alors que le sondeur indique maintenant 8 m ! Non, 6,5 m !!!

A l'extérieur, c'est l'enfer. Le bateau est immobile dans une mer chaotique. La vitesse est de 0,5 nœud alors que le moteur tourne ! J'accélère et monte à 1200 tours, mais on reste scotché comme une mouche dans du miel. La mer semble bouillir, et les vagues déferlent... à l'envers ! Il n'y a plus un pet de vent, et la bôme bat violemment. Je ne sais plus où aller... Le vent a disparu, les vagues partent dans tous les sens ; j'ai perdu mes repères.
Soudain j'avise à quelques dizaines de mètre le bleu des profondeurs. J'oriente le nez de La Boiteuse vers cette zone et j'accélère encore un peu, 1300 tours/minute. Doucement, mètre après mètre, le bateau avance. Il rampe presque. Au bout d'un temps interminable, j’atteins enfin ce qui me semble être l'eau libre, sauf que le sondeur indique toujours 12 m de fond et que La Boiteuse peine toujours a avancer !

Derrière moi, je peux enfin embrasser du regard ce phénomène. J'aperçois une longue traînée laiteuse recouverte de paquets denses d'algues, perpendiculaire à l'axe du bateau. Elle fait parfois jusqu'à une centaine de mètres de large mais semble n'avoir ni de début, ni de fin. Mais malgré la couleur de l'eau libre, La Boiteuse est toujours engluée. On dirait qu'une force invisible la retient. Je me dis que je dois être pris dans une veine de courant ou quelque chose comme ça, alors j'essaye de longer le bord de cette traînée végétale afin de prendre de la vitesse. J'essaye à droite, puis à gauche, mais il ne passe rien. Je suis toujours quasiment immobile, à la merci des vagues qui font rebondir le bateau comme un bouchon de liège dans une marmite géante d'eau bouillonnante. Je suis complètement paumé. Je ne comprends rien à ce qui est en train de se passer...

Et c'est là que le vent est venu à ma rescousse. Il est apparu comme Zorro, venant de l'est. Dès que je vois ma GV se gonfler, je déroule le foc et grâce à mes deux voiles et toujours le moteur, j'arrive enfin à prendre suffisamment de vitesse pour m'écarter de la zone dangereuse. Le sondeur se met en OFF, signe que nous avons maintenant plus de 100 m d'eau sous la quille, et le GPS me dit que nous faisons route au 30° à 5 nœuds au bon plein. Je commence à respirer, même si je ne suis pas encore sorti d'affaire.
Car dans ma panique et mon empressement à sortir de cette mélasse, je me suis échappé du mauvais côté ! Si je veux reprendre ma route, il va falloir que je traverse de nouveau cet enfer !
Pour l'heure, je longe la zone dangereuse en cherchant des yeux un endroit un peu plus étroit pour traverser. Le soleil est couché maintenant, et je vois de moins en moins. Là ! J'arrête le moteur, et vire, tout en remballant le foc et en choquant la Grand-Voile. Vent arrière, et en profitant d'une grosse vague je m'engage alors à pleine vitesse dans ce magma verdâtre... S'en suivent quelques secondes d'éternité où je crois que je vais m'engluer de nouveau. Le sondeur affiche 5 m... et la vitesse est de 3 nœuds... YES ! On est passé !

Les pires cinquante minutes de ma vie de marin

Il est 18H40, et je viens de vivre les pires cinquante minutes de ma vie de marin. Mais tout va bien maintenant. Les alizées qui avaient mystérieusement disparus depuis ce début d'après-midi, sont tout aussi mystérieusement réapparus. Juste à temps pour me sortir de... De quoi d'ailleurs ? Je ne sais même pas expliquer ce qui m'est arrivé. Et c'est bien ça le pire... J'ai eu la trouille parce que justement je ne comprenais pas ce qu'il m'arrivait.

Vingt-quatre heures après ces événements, je devine un peu mieux ce qu'il s'est passé, même si je n'ai aucune certitudes. A la sorti du Pot au Noir, c'est à dire à la convergence entre la ZIC et le système océanique de l’hémisphère nord, de forts courants de surface ont récolté et concentré des tonnes et des tonnes de sargasses. Celles qui, à quelques centaines de mille de là échouent en masse sur les plage de Martinique et de Guadeloupe, se sont retrouvées amalgamées entre elle sur plusieurs mètres d'épaisseur jusqu'à former... Une île flottante !
Et c'est dans ça, sur ça, que La Boiteuse s'est échouée. D'où la couleur de l'eau qui change, le sondeur qui s'affole, la quille qui s'englue dans les algues, le bateau qui n'avance plus...

Voilà mon explication issue du recul et de la réflexion. Si parmi mes lecteurs il y en a qui ont un jour rencontré un phénomène similaire, je serais curieux de recueillir leur témoignage. Position de l’île flottante : 05°17.0816N 50°02.5394W.

19H00 : Je suis vanné, physiquement et surtout nerveusement. Mais avant de me reposer, il faut que je mange... Kourou est à 149 milles.

Le mercredi 17 juin 2015 – Repos et cogitations

06H00 : je devrais être en train de faire le point, mais pour tout vous dire je m'en tamponne un peu de savoir où je suis, combien de milles j'ai fait et dans quelle direction. Je m'en bat les couilles mais à un point... Là, ce que je veux, c'est savourer mon café sans m'en renverser dessus, et fumer ma pipe en regardant le soleil se lever...

Bon, la première partie de la nuit a été Rock&Roll puisque La Boiteuse s'est fait rouler deux fois dans des déferlantes. Le bateau se couche, tout valdingue à l'intérieur comme à l'extérieur (chatte comprise), et le cockpit se rempli d'eau avec moi allongé dedans...Vous savez, il arrive un moment où vous ne pouvez pas être plus mouillé que vous ne l'êtes déjà. Passé ce stade, il ne vous reste plus qu'à vous pelotonner dans votre duvet et attendre que votre chaleur corporelle transforme ce bain froid en une douce tisane tiède... Bref, vers la fin je me suis quand même pelé grave.
Sinon, vers minuit les étoiles ont commencé à apparaître, le vent s'est calmé, et les vagues ont arrêté de se casser la gueule dans mon bateau. Depuis, on avance plein Est au vent arrière... et voilà.

Touline est restée consignée 36 heures dans le bateau et je vous prie de croire qu'elle apprécie de prendre l'air. Surtout si c'est pour trouver un gros poisson volant juste sous la barre ! Brave fille... Je trouve qu'elle a été admirable pendant cet épisode. En fait, dans le genre tu-restes-dans-ton-coin-et-tu-fais-pas-chier, elle a été parfaite.

Qu'est-ce qui va encore me tomber dessus ?
06H45 : Ça s’obscurcit à l'Est... Qu'est-ce qui va encore me tomber dessus ? Ce serait trop demander d'avoir une dernière journée tranquille, histoire d'arriver peinard ? Non ?

07H10 : On a fait cinq nœuds de moyenne cette nuit. C'est bien. Par contre au lieu de faire du 270° on a fait du 300°... Ça, c'est moins bien. A cause de la fatigue et du stress, je me suis laissé emporté un peu trop vers le Nord.
J'empanne, cap au 250° sous GV seule. L'île du Salut est pile à 100 milles. Paradoxalement, si je ne veux pas arriver de nuit, il ne faut pas que j'aille trop vite. Logiquement, on devrait arriver demain matin... J'ai également regardé l'option St Laurent du Maroni (puisqu'il fait beau et par acquis de conscience), mais franchement j'en ai plein le cul. Donc ce sera Kourou !

07H40 : L'océan a changé de couleur. Il est plus sombre, presque noir avec des reflets vert sombre. Je pense que c'est parce qu'on se rapproche des côtes. Mêmes les sargasses, moins nombreuses cependant, sont marrons au lieu d'être beiges.

08H00 : J'ai fini Walhalla de Clive Cussler. Hier je n'ai pas pu lire de toute la journée.

10H35 : Je sais bien que je ne dois pas aller trop vite, mais là je peine à faire mes 3,5 milles à l'heure, toutes voiles dehors et au travers. Je pense que, comme hier, je dois me trouver dans un courant contrariant (ou bien contraire, comme vous voulez). J'espère que ça va évoluer parce sinon on est bon pour arriver demain dans l'après-midi. Quoique... On s'en fout un peu non ? L'important, c'est d'arriver.

11H45 : Ah tien ! Je vous annonce que la deuxième jambe de mon régulateur a rendu l'âme. Cela a dû arriver cette nuit, lorsque La Boiteuse s'est fait rouler dans les vagues... Je suis surpris qu'elle ait tenu aussi longtemps. La jambe je veux dire. Sauf que cette fois-ci, c'est la patte de fixation qui a cédée. Ce sera la mission prioritaire dès mon arrivée à Kourou : Trouver quelqu'un qui travaille l'inox.

Les Urgences à la Gwen
11H50 : Zut ! Alors que je m’apprêtais à lâcher mon ris numéro un, je me suis arraché un bout du gros orteil gauche. Je me suis fait un pansement à la Gwen... Sopalin et adhésif électrique.

12H00 : Alors... Il nous reste 86 milles à faire. Ce qui, si nous conservons cette moyenne d'escargot, nous fera arriver demain vers... 14H30. Ce qui correspond pile poil aux horaires de la marée (la basse mer est à 12H15). N'empêche, si je pouvais gratter un peu de vitesse...

12H30 : Je me suis fait des pâtes au thon. On dirait que le vent se lève.

14H30 : J'ai un peu dormi, et au réveil, tout en sirotant mon café, je me posais la question du bien-fondé de ma décision de me rendre à Kourou plutôt qu'à St Laurent comme prévu initialement.
Le fait est que si j'avais choisi St Laurent au départ, c'était parce que je me disais que comme c'est à la frontière avec le Suriname j'étais plus à même d'y rencontrer des douaniers. Rapport avec mes problèmes de visa avec le Brésil.
Mes amis eux, je parle des équipages du Capsun, de la Bella Flora et du Eole, étaient (ou sont encore), tous à Kourou parce que c'est plus sympa et qu'il y a le Centre Spatial, tout ça... Lorsque je suis parti, Caroline (de Capsun) m'a dit : « On y sera quand tu arriveras ! ». Et elle parlait de St Laurent.
Et ce que j'espère moi, c'est qu'ils ne seront pas encore partis de Kourou ! Vous me suivez ?

C'est un pari que je fais là... Car si ils sont déjà tous barrés à ma rencontre à St Laurent du Maroni, je vais me retrouver tout seul comme un con à Kourou. Vous me suivez toujours ?
Voilà donc où j'en étais de mes réflexions.

14H40 : Ça y est, nous sommes sur le plateau continental. 106 mètres de fond.

Faut que ça sèche !
16H05 : De toute façon (je viens de vérifier sur l'ordinateur), je n'aurais pas pu rejoindre St Laurent en temps et en heure pour être raccord avec la marée du matin. Et la remontée du fleuve jusqu'à la ville représente une trentaine de mille !
Qu'est-ce qui m'a pris de vouloir aller là-bas ? Non, Kourou est définitivement le meilleur choix.

16H40 : N'empêche, c'est une belle journée pour naviguer. Du soleil, juste un peu de vent mais pas trop. Une petite houle d'un mètre pile au cul du bateau... Si la nuit à venir est du même acabit, je pourrais dire que je finis cette course en beauté ! Quand je pense à hier... J'en ai encore des nœuds à l'estomac.

19H15 : Fiouuuu... Je viens de passer deux heures a essayer de ce qui peut clocher avec l'enrouleur du foc. Sans avoir trouvé, d'ailleurs. Je crois que c'est la drosse qui est trop usée... Mais je n'en suis pas sûr. Là, j'ai réussi à enrouler complètement le foc et on va continuer avec la GV seule pour la nuit. J'ai les mains en sang... Encore une chose à faire lors de la prochaine escale. Je crois qu'il est temps que j'arrive, non ? Parce que la liste des choses à faire commence à être longue.

19H20 : Sinon, à part ça, il nous reste 60 milles à faire. On fait un peu moins de 4 nœuds, donc si ça se maintient on devrait arriver aux Îles du Salut demain vers midi. Après, il y aura encore dix milles à faire et on y sera !

20H00 : Dernier bol de nouilles déshydratées. Demain soir je me fais un resto !

Le jeudi 18 juin 2015 - L'arrivée

Dernier matin
05H20 : Il fait encore nuit, et je viens de terminer mon café. En fumant ma pipe je regarde vers l'avant. Un peu sur tribord, j'aperçois un halo orangé... Kourou est là, à une trentaine de milles. Je pensais être en mesure d'apercevoir le phare de l'Île Royale, mais nous n'avons pas été très vite cette nuit. J'attends qu'il y ait un peu plus de lumière pour lâcher mon dernier ris pour gagner un peu plus de vitesse.
N'empêche, j'ai du mal à réaliser que c'est pratiquement fini.

05H55 : Ça y est, j'ai la GV haute. Sauf qu'avec le jour qui est arrivé je peux voir toute une flopée de cumulus qui m'arrive dessus. Argh !
Bon, je suis à 160° du vent, donc en principe ça devrait aller. Ce que j'espère c'est ces mignons ne vont pas trop lever la mer parce que l'approche finale est plutôt scabreuse avec des haut-fonds et un chenal plutôt étroit... M'enfin, on verra bien.

06H00 : Il reste 26 milles à faire. 36, si l'on compte l'arrivée au mouillage.

06H40 : C'est bien ma veine ! La Guyane c'est tout plat. Conséquence, il va falloir que j'attende encore deux ou trois heures avant de pouvoir crier : Terre !

07H50 : Chouette ! Les nuages m'ont épargné ! (En même temps, un peu plus de vent aurait été utile)

08H00 : Il reste 18 milles. A quatre nœuds, on y est dans quatre heures et demi. Parfait !

09H00 : Rhoooo... Vous savez quoi ? J'ai hâte de pouvoir m'acheter un paquet de VRAI tabac à pipe ! Un Amsterdamer serait parfait. Et puis manger des VRAIES pâtes ! (Y'en a pas au Brésil, ils font ça avec de la semoule et c'est insipide. A moins d'acheter des pâtes d'import, genre Barilla, mais ça coûte un bras) Même si je me doute que cela ne doit pas être donné, je crois que je vais me faire un peu plaisir en arrivant.

09H10 : Terre en vue ! Je vois une île ! Non, deux ! Hiiiiiiiiiihaaaaaa !!!

Hiiiiiiiiiihaaaaaa !!!

09H50 : Ça y est ! J'aperçois également quelques collines sur le continent. Ce n'est pas aussi plat que dans mon souvenir, finalement la Guyane !

11H30 : J'ai mangé quelques pâtes au thon. J'ai préféré manger plus tôt, parce que je sais que plus tard, avec le stresse, je risque d'oublier.

12H00 : Allez, j'allume le moteur. J'en ai marre de voir cette terre qui ne se rapproche pas.

12H50 : Putain, je n'aime vraiment le bruit que fait mon arbre d'hélice... J'ai hâte qu'on arrive. Plus que deux heures.

13H53 : J'embouque le chenal en laissant la première bouée rouge sur tribord comme il se doit.

14H18 : Merde, le sondeur vient de me lâcher ! Il indiquait 3,70 m et puis... plus rien. Je pense que c'est dû à la turbidité de l'eau. On dirait de la boue liquide.

14H22 : Le sondeur remarche. Non, pardon, il vient de s’éteindre de nouveau. Ah, ben si, il marche...

14H26 : Une vedette de la douane me double à fond la caisse. Je salue innocemment de la main. C'est drôle quand même, pour mon retour en territoire français après quatre ans d'absence, et bien ce sont les douaniers qui constituent le comité d'accueil !

14H35 : J'affale la GV. Comme le chenal est assez étroit, je suis obligé de faire ça avec un vent de travers. C'est pas facile.

14H40 : J'ai un gros doute sur les horaires de marée... En plus il fait une chaleur, je ne vous raconte pas.
Il n'y a plus qu'à passer le coude de la rivière, non pardon, du fleuve, et je devrais apercevoir les pontons du CSG (Centre Spatial Guyanais). Et là, ce sera la surprise... Ils sont là ou pas là mes copains ?

14H50 : Ben... Y'a personne. Merde, je suis déçu là... Fait chier.

Bienvenu en France !
14H56 : Attend... C'est un Bavaria 46 que je vois amarré à cette grosse bouée grise ? Oui ! C'est La Bella Flora ! Bernard et Françoise sont là !

15H00 et des boulettes, je jette la pioche dans le lit du fleuve alors que Bernard et Françoise me rejoignent en annexe. Putain ça fait du bien de voir des visages amis après tous ces jours en mer !

Et voilà ! Ainsi se termine le récit de cette navigation. Au bilan, 1478,7 milles de parcourus en treize jours et sept heures. Le régulateur d'allure est cassé, la barre a du jeu, l'enrouleur de foc est HS, l'arbre d'hélice doit être réaligné... Donc, j'ai un peu de boulot devant moi. Mais je suis content d'être arrivé... Me voici dans le département de la Guyane !

Dis, c'est une île qu'on voit là-bas ?
On arrive !
La pointe de Roches et l'entrée du fleuve Kourou
Bravo Papa ! Mais, quand est-ce qu'on va à terre ?
La Boiteuse au mouillage
La Bella Flora comme comité d'accueil, génial !