vendredi 8 avril 2011

De Marseille à Sète

Le jeudi 07 avril 2011

43°23.811N 03°42.063E
Sète

Réveil, quatre heures du matin. Bon, pour moi qui voulais partir à quatre heures, c’est râpé… Ça commence bien.
Je saute dans mon futal, m’avale en vitesse deux tasses de café, et à 04H45 je largue les amarres. Direction le ponton à carburant.
Je rajoute les 20 litres qui me manquaient pour être plein à ras-bord, et nous voilà parti… A peine arrivé dans l’avant-port, et alors que je mettais un peu de gaz, un bruit d’eau qui gicle m’incite à jeter un œil dans la trappe de visite située en arrière du moteur, au niveau de l’arbre d’hélice. Aïe ! Je coule !
Petit retour en arrière. Depuis quelques jours je savais que j’avais une fuite au niveau du presse-étoupe, c’est-à-dire à l’endroit où l’arbre de l’hélice traverse la coque pour rejoindre l’extérieur du bateau. Oh, pas grand-chose, juste quelques gouttes régulières, un peu comme une perfusion si vous comprenez l’image.
Sauf que là, j’avais l’impression d’avoir une fuite grosse comme le pouce !

Voilà le merdier...
Bon, pas de panique. Je fais demi-tour, retourne m’amarrer au ponton carburant, et me voilà à cinq heures du mat en train d’écoper les fonds de la Boiteuse. J’en retire au moins 30 litres de flotte avant de pouvoir y voir quelque chose. Je fais un essai avec l’arbre qui tourne et je constate que la fuite est toujours aussi minime… En fait, l’eau ne rentre que quand le moteur tourne, et ça c’est déjà un bon point. Ensuite, n’ayant pas écopé depuis un sacré bout de temps, l’eau en s’accumulant commençait à entrer en contact avec l’arbre et ce sont les rotations de l’arbre qui la faisait gicler à gros bouillon.
Rassuré (enfin un peu), je repars. Il est 06H30, et j’ai déjà deux heures et demie de retard sur mon programme.

Goodby Marseille !
Dehors, le ciel est en train de s’éclaircir légèrement annonçant l’arrivée du jour. Des lumières de partout, mouvantes. Il y a du monde sur le plan d’eau et je dois slalomer entre les ferrys, les pêcheurs, les pétroliers, les cargos et les paquebots. Je me dégage du trafic et je mets le cap à l’Ouest.
Les milles s’enchaînent les uns après les autres, monotones, comme cette côte de Camargue tellement plate que la navigation à vue y est une gageure. Heureusement, le GPS est là pour me facilité les choses : « Heu… logiquement, ce que je ne vois pas, là en face, ça doit être… Beauduc. Bah, si tu le dis mon bonhomme ! »

Même pas peur !
La mer est d’un vert bouteille un peu sale, chargée qu’elle est par les alluvions du Rhône. A tout hasard je mets ma ligne à l’eau, mais je pense que je vais un peu trop vite pour que celle-ci me ramène quelque chose. Je bouquine, le casque sur les oreilles en écoutant la radio. L’avantage du casque c’est qu’il atténue un peu le bruit du moteur, mais l’inconvénient c’est qu’il occulte le sens principal du marin, l’ouïe. Et ça, je vous jure que c’est angoissant quelque part… A chaque bruit un peu fort et bizarre, je retire brusquement le casque et je passe quelques secondes stressantes à tendre l’oreille pour identifier ce qui peut clocher… Pas bon pour les nerfs ça !

Midi, j’ai faim. Je me prépare un frichti à base de restes. Un fond de lentilles, trois tranches de jambon émincées, deux œufs et une poignée de fromage râpé, et voilà ! Bon ok, l’aspect est peu ragoûtant je vous l’accorde. Mais je me suis régalé !

Miam !
14H00, j’ai fais plus de la moitié du chemin et pour la première fois depuis mon départ je n’aperçois ni de bateau à l’horizon, ni la terre. C’est le vide. Le grand, l’immense vide…
16H45 alors que je croise de nouveau des chalutiers une mouette semble s’intéresser de prêt à mon leurre qui batifole dans mon sillage depuis ce matin. Je ramène la ligne, mais cette conne attaque et je manque de peu de la pêcher ! Et c’est à ce moment que je jurerais avoir aperçu au loin une troupe de dauphins… Mais bon, c’était peut-être aussi un effet de mon imagination. J’attends ce moment avec une telle impatience qu’il est tout à fait possible que je prenne mes désirs pour la réalité.

Euh... C'est pour moi ?
18H00, la brume est là… Une purée de pois comme je n’en n’ai vu qu’une fois (pas très loin d’ici d’ailleurs). Un peu inquiet, j’allume le Mer-veille et je redouble de vigilance. Bip-bip-bip ! Il y a du monde devant.
Et effectivement, peu après j’aperçois la silhouette d’une vedette qui me passe devant par bâbord. Elle passe, et change soudainement de cap pour se diriger vers moi… Elle a une drôle de silhouette qui me rappelle quelque chose… Oh, c’est la Douane !
La vedette approche et un type sur le pont me fait signe, les bras en X, de stopper. Je mets au point mort et je descends récupérer la VHF portable. Je la lui montre, et il me fait DIX avec ses deux mains ouvertes. Je passe donc sur le canal 10.

-  « La Boiteuse, la Boiteuse de DF16, DF 16… »
- « DF 16 de La Boiteuse, je vous reçois… »
- « La Boiteuse de DF16, ici la Douane Française, veuillez vous préparer à être abordé »
- « Bien reçu, comment on procède ? »
- « Maintenez cap et vitesse réduite, nous montons à bord »
- « Bien reçu… »

A l'assaut !
Ils mettent alors le zodiac à l’eau et une minute plus tard deux douaniers armés montent à bord. Le premier me demande les papiers du bateau, et le second m’ordonne de rester assis à l’extérieur (?). Sauf que les papiers sont à l’intérieur…
Bref, pendant que je répondais aux questions de l’un (provenance, destination, vous avez quelque chose à déclarer ?), l’autre se met à fouiller le carré et la cabine. Superficielle la fouille, mais il m’a quand même ouvert un paquet de tabac neuf pour voir ce qu’il y avait à l’intérieur !
Et moi pendant ce temps-là, j’avais un sourire de crétin affiché en permanence sur le visage. Pensez-donc ! C’était mon premier abordage par les autorités, j’étais content comme tout ! En plus ils m’ont laissé prendre quelques photos en souvenir !
Quinze minutes plus tard, l’affaire était entendue et ils repartaient comme ils étaient venu avant que de disparaitre rapidement dans la brume.

Vous avez quelque chose à déclarer ?
Cette brume m’accompagna jusqu’à mon arrivée à Sète. Où j’ai accosté à exactement 21H15, soit après un peu moins de quinze heures de navigation. Je jette un œil à l’arbre d’hélice, tout est ok. Juste un peu de flotte dans les fonds. Je suis content. De moi, de mon bateau et de son moteur. Cette brave Mercedes m’a amenée à bon port sans cafouiller et je vous avoue que c’était une de mes craintes… Autant je pense pouvoir me débrouiller si j’ai une avarie de gréement, autant en mécanique je suis une quiche.

Sitôt arrivé je croise un copain que j’ai plusieurs fois rencontré sur son Sangria. D’abord ici à Sète l’année dernière, puis Antibes. Lui aussi vit sur son bateau, et nos discussions m’ont fortement inspirées pour ce projet… Je ne sais pas, mais j’avais l’intuition que je le verrais ici… Et je pensais à lui pas plus tard que ce matin. C’est bizarre la vie parfois.
Ah oui, j’oubliais, aujourd’hui c’était mon anniversaire ! J’ai eu droit à un coup de fil de Thérèse le matin et un autre de Monique alors que j’approchais de Sète. Sans compter les douaniers qui m’ont, eux aussi, souhaité un bon anniversaire ! Content le Gwen !

Enfin !
Bon, ce vendredi, et ce malgré le fait que je me sois levé à trois heures du mat (Grrrr…), je vais régulariser ma situation auprès de la Capitainerie. Trouver un point Wifi pour vous envoyer tout ça, et ensuite je m’attèlerais au rangement du bateau. C’est que le premier invité pour le baptême de la Boiteuse arrive ce soir mine de rien !
Il faudrait que j’arrive à trouver un moment pour dormir aussi… Ouais, ça serait bien.






Go West !
Plus belle la vie
J'aime pas la brume...



mercredi 6 avril 2011

Sans toucher terre…

Le lundi 04 avril 2011

43°25.359N 06°45.848E
Saint Raphaël

07H00 : J’ai réussi à faire tirer ma nuit un peu plus en longueur que d’habitude. Presque neuf heures de sommeil d’affilé…
Du coup il va falloir que je me presse un peu pour préparer le départ. Tout ranger, bien sûr. Faire le plein d’eau. Au niveau carburant ça va encore… J’attends huit heures que la Capitainerie ouvre et que je puisse régler mes nuitées et prendre la météo.
Ah la météo… Ce n’est pas fameux ce qui m’attend.
Au départ je voulais rejoindre Marseille en deux jours sans escales. Enfin, sans escale dans un port je veux dire. J’avais imaginé planter la pioche ce soir au nord de l’île de Port-Cros, puis dans les calanques de Cassis et ne rejoindre la civilisation qu’à Marseille. Oui mais voilà, Eole n’est pas d’accord. Il prévoit de me souffler fort dans le nez pendant la majeur partie de mon trajet, pour laisser ensuite éclater sa colère pendant la nuit qui vient avec du force 7 venant du Nord, Nord Ouest… Ce qui veut dire que pour le mouillage c’est râpé. Encore faut-il que j’arrive à rejoindre Hyères pour m’y réfugier…

Bon, on verra bien. Ce qui est sûr c’est que je vais naviguer autant que je peux et me tenir prêt à réduire la voilure à tout moment. Le coup de vent d’hier m’a servit de leçon, et ce putain d’Eole ne m’aura pas deux fois…

18H55 : Anse de Port-Man, Port-Cros ; 43°00.715N 06°24.768E

Miracle de l'électronique !
J’ai payé le port de Saint Raphaël et suis parti. Mais avant ça je me suis renseigné sur une autre possibilité de mouillage que celui que j’avais prévu. Le Capitaine du port m’indique alors une petite anse que je n’avais retenue, l’anse de Port-Man. Il me dit qu’elle est abritée du mistral et idéale pour passer la nuit.
Ok, ça roule, je prends. Et me voilà parti.

Dehors, c’est la pétole. J’accélère le moteur et décide de faire un maximum de route dans la bonne direction avant que le vent ne se lève. Vers 11H00, il est là et bien là.
J’envoie les voiles, mais ce vent qui est encore du Sud-est ne me facilite pas la tâche puisqu’il me vient en plein dans mon cap théorique. Conséquence, je suis obligé de tirer des bords de près serré. Je vous avoue que j’étais un peu inquiet. Je savais que ce que j’étais en train de vivre n’était que le début, et que ça allait être de pire en pire…
Saurais-je anticiper à temps ? Saurais-je prendre les bonnes décisions au bon moment ?

C’est qu’on est dans le vif du sujet là…

Oups !
Et le sujet du jour c’est la Boiteuse penchée à 30°, et des pointes de 7 nœuds, au près hyper serré. Le pilote m’est inutile, alors c’est moi qui barre. Je tire de longs bords pour essayer de ne pas trop m’éloigner de mon cap, mais la situation devient de plus en plus inconfortable. Vers 14H00 on est déjà à du 6-7 Beaufort et la mer du vent déferle sur le pont. Heureusement je me suis équipé en conséquence. J’ai revêtu mon bas de ciré, je porte mon gilet de sauvetage et je me suis attaché.

Je décide alors de prendre un ris, voire deux. Pour se faire je tire un ultime bord en direction de la terre en espérant y trouver un peu moins de vent… Peine perdue, ça continu à monter et les chandeliers sont plus souvent dans l’eau qu’à l’air libre.
Bon, je n’ai que trop tardé, c’est le moment d’aller faire le singe sur le pont.
Depuis ma prise de ris ratée d’octobre dernier, j’ai bien révisé la procédure… Et en moins de trois minutes je rejoins le cockpit. Mais ça ne suffit pas… La boiteuse est encore surtoilée et j’ai de plus en plus de mal à la tenir.
J’enroule encore un peu le foc, et soudain un bruit sourd se fait entendre au niveau de la drisse de foc et je vois clairement l’enrouleur descendre d’au moins trente centimètre. Merde ! J’ai cassé quelque chose… Ni une ni deux, j’enroule toute la voile d’avant et allume le moteur. J’affale ma GV en grand et je mets le cap vers Port-Cros.

J'en ai plein le c...
Je ne sais pas ce qu’il c’est passé, mais là j’en ai marre. Depuis quelques minutes déjà, l’idée de baisser les bras me titillait le cervelet. Mais comme un con je me disais qu’il fallait que je tienne, que je n’étais qu’au début, qu’il fallait que je m’endurcisse… Mais bon, à un moment il faut savoir dire stop.
Et c’est au bout de trois heures de moteur que j’atteignais enfin l’anse de Port-Man.
Je ne sais pas exactement combien j’ai parcouru de milles aujourd’hui, puisque j’ai tiré des bords, mais j’aurais mis 09H30 pour faire 37,8 Milles. Ce qui fait une moyenne de 3,97 Nds… Pas mal, j’avais tablé sur quatre.

Après l’effort, le réconfort. L’anse est tout simplement magnifique. Quand je suis arrivé il n’y avait qu’un voilier à l’ancre, et maintenant nous sommes quatre. Une belle tour militaire semble surveiller ce havre de tranquillité, et la seule autre habitation visible est une petite maison ancienne tout au fond, presque cachée par des bambous. Des goélands argentés nagent autour des bateaux et crie comme miaulent les chats… Ils attendant de moins en moins patiemment les reliefs du repas du soir.

Joliiiii....
Putain… quand je pense à toutes ces choses qui me sont passées par la tête aujourd’hui alors que j’en chiais des ronds de chapeaux (des trucs pas très gais, croyez-moi), je me dis que la récompense est à la hauteur du sacrifice. Petite vidéo pour illustrer mon propos.

J’ai fais le tour du bateau, et à priori pas de casse. J’avais laissé le capot avant entrouvert, pensant que l’annexe allait le protéger, et bien non ! J’ai la moquette trempée ! Sinon, pour ce qui est du foc, je ne peux pas dire pour l’instant ce qui a merdé. La drisse est OK, l’enrouleur fonctionne, mais pour pouvoir y voir vraiment quelque chose il faudrait que je le déroule. Mais faire ça au mouillage ne me tente pas vraiment, donc on verra ça demain matin au moment de partir.

Déjà 20H00 passé de quelques minutes… Il faut que je mange. Et il faut que je dorme aussi… Logiquement, demain devrait être un peu moins éprouvant. Je vais me coucher en pensant à ça.

Mmmmm......


Le mardi 05 avril 2011

43°00.715N 06°24.768E
Anse de Port-Man, Port-Cros

Curiosité géologique
05H15 : L’objectif du jour ce sont les calanques de Cassis. La calanque de Sormiou pour être plus précis. Soit 46,7 milles à faire dans la journée… C’est sans doute un peu présomptueux de ma part de viser si loin, mais les possibilités de replis sont nombreuses si je n’y arrive pas.
Le but du jeu, enfin idéalement, serait de mouiller à Sormiou pour n’être qu’à quelques milles de Marseille. Et demain, mercredi donc, je n’aurais qu’à poser la Boiteuse vers midi au port de Marseille pour quelques heures, voir mon assureur, et repartir le lendemain, voire dans la foulée si la météo m’y oblige. La grosse étape de cette semaine c’est Marseille-Sète. Entre 15 et 24 heures de navigation… Donc forcément une nave de nuit. Ce qui me ferait arriver à Sète dans la journée de vendredi. De toute façon il faut que je sois à Sète au plus tard samedi midi… Je n’ai pas le choix.
Encore une de ces foutues dead-lines que je déteste tant. Je m’étais pourtant promis de ne plus m’en imposer, mais il semble que ce ne sera pas pour tout de suite… Jusqu’aux Canaries, ça va être la course. Mais bon, il ne faut pas que je m’embarque dans ce genre de considérations maintenant… A chaque jour suffit sa peine, et il faut que je me concentre sur l’étape du jour.


Celui-là il ne dormait pas
21H08 : Que vous dire de cette journée ? Qu’elle a été riche en incidents, en enseignements, en joie, en ennui aussi… Bref, une journée extrêmement bien remplie. A un point tel que j’ai bien eu l’impression de me dédoubler pour pouvoir tout gérer…

Je suis donc parti du mouillage alors que les goélands dormaient encore. J’allume mon moteur, je relève mon ancre, et je prends la direction de la sortie de l’anse. Je branche Monsieur Pilote et… celui-ci ne veut rien savoir. Tous les diodes sont allumées en même temps et restent figés. Diable, quel est donc ce malheur qui me foudroie encore, me dis-je.
Bon, je laisse Monsieur Pilote et je regarde un peu le reste de mes instruments ; La radio, muette. Le sondeur, out. Le Mer-veille, Kaputt.
Grumf.

Serait-ce possible que les batteries soient vides ? Me demande-je alors.
Tout à fait possible en effet, mais comment, ça reste un mystère.
-Dis-moi Gwen, est-ce qu’au moins tu as assez de carburant pour les recharger tes batteries ?
-Heu… Justement me répondis-je, j’ai fait le calcul hier au soir et il se pourrait, je dis bien il se pourrait, qu’on soit un peu short-pétrole…
-Short comment ?
-Minishort.
-Ah… Alors on fait quoi maintenant ?
-Heu… On va faire le plein !
-Bonne idée, mais on va où, et surtout on y va comment si on risque de tomber en panne.
-le plus proche c’est Porquerolles et on y va à la voile pardi !
-Bien, sauf que pendant qu’on navigue à la voile, les batteries ne se rechargent pas.
-Ben oui, je sais.
-Et en plus il n’y a pas de vent…

Et nous hissons donc les voiles. (Ben oui, dans cette histoire on est deux…) et nous voilà parti dans la pétole. Barre à la main, bien sûr.
Une heure et demie plus tard je me demande de nouveau:
-Dis-moi Gwen, Quand tu as fais ton calcul de consommation, tu t’es basé sur quelle capacité de réservoir ?
-40 litres, pourquoi ?
-C’est bien ce que je pensais… Crétin ! Le réservoir il fait 60 litres !
-Oups !
-Mets le moteur et fonce !
-Oui chef !

Oh ! Une sirène !
Vroum-vroum, nous voilà qui débarquons dans le port de Porquerolles. A peine accosté, un type se précipite pour nous dire qu’ils sont fermés pour travaux et qu’ils n’ont plus de gasoil… Ca continu me dis-je, résigné.
Demi-tour et direction plein Nord pour rallier le port d’Hyères.
Une heure plus tard, re-accostage au ponton-carburant. Bonjour messieurs, le plein s’il vous plait ! Et pendant que vous y êtes, cela ne vous dérange pas si je prends quelques minutes pour jeter un œil à mon système électrique, j’ai un gremlin qui fait des siennes ? Trop sympa, merci !

Je cherche ce qui peut bien clocher, je vérifie que l’alternateur fonctionne bien, que les batteries distribuent bien de l‘électricité… Mais qu’est-ce qu’il se passe bordel !
A un moment je rebranche pour la énième fois le pilote et je remarque qu’il semble reprendre vie, même si cela ressemble plus à des spasmes qu’à l’expression d’une saine vigueur.
Je discute avec le pompiste, lui racontant ce qui m’arrive, et c’est dans la conversation que la lumière se fait soudain dans ma tête de crétin.
Hier, lorsque je naviguais au moteur pour rallier Port-Man, j’ai laissé le frigo branché… Pensant que, comme c’est le cas sur tous les croiseurs sur lesquels j’ai déjà navigué, le moteur allait assurer la consommation d’énergie. Et bien non, pas sur la Boiteuse !
Le frigo, plus le guindeau en jetant l’ancre, plus les lumières pendant que je me faisais à bouffer, plus la lampe du compas que j’ai laissée allumée toute la nuit… Tout ça mis ensemble, ça m’a vidé les batteries !

On dirait des sculptures...
Rassuré, mais un peu honteux quand même, nous repartons vers l’Ouest. Toujours pas de vent, donc c’est au moteur que nous faisons la route. Pleine balle à 5 nœuds sur une mer d’huile.
Là se pose alors la question de notre destination… C’est qu’avec cette histoire, j’ai perdu une matinée moi !

-Alors, on va où ?
-Tais-toi, je réfléchis.
- …
-On peut encore essayer le rallier Sormiou…
-Tu crois ? C’est à 40 milles tout de même.
-Et alors ? Il est midi, 40 milles à 5 nœuds, ça nous fait arriver vers 20H00...
-Ça va être juste, le soleil il se couche quand ?
-A 20H00 justement…
-C’est qu’est-ce que je dis, ça va être juste… Débarquer dans un mouillage inconnu, la nuit… C’est dangereux non ?
-Un peu. Allez, on essaye ! Et si on voit qu’on pourra pas y arriver, on se repli sur le port de Cassis ! En avant toute !
-Bien chef !

Celui-là il est pour Tsuki !
Et nous avons donc navigué au moteur pendant tout le reste de la journée, et à 20H15 pétante, nous plantions la pioche dans la calanque de Sormiou. Yes !
Bon, huit heures et quelques de moteur, c’est chiant comme la mort. Alors je me suis occupé comme j’ai pu, le casque sur les oreilles en écoutant la radio et en observant le paysage, les bateaux… Bref la vie sur mer. J’ai croisé d’autres voiliers au moteur, une sirène sur une planche, un Mirage 2000 m’a survolé au ras du mât, un Dauphin de la Marine faisait du stationnaire au loin… Et à la radio j’apprenais que la France bombardait la Côte d’Ivoire. Putain de pays de merde.

Et c’est donc alors que le soleil tutoyait l’horizon que j’ai débarqué dans cette calanque… La récompense après tant d’efforts était encore une fois à la hauteur. Des falaises blanches tombant à pic, des cabanons blottis entres les cailloux… Le paradis. Demain, je fonce au vieux port de Marseille. Je refais le plein en carburant, je gonfle mes batteries aux 220 volts, et surtout… Surtout je vais prendre une douche.
Car, j’ai un peu honte à vous l’avouer je commence à baigner dans mon jus. En effet mes dernières vraies ablutions remontent à la semaine dernière ! C’était dans ma baignoire… Cela me semble si loin aujourd’hui.

Ouf ! Juste à temps !

Le mercredi 06 avril 2011

43°17.651N 05°22.176E
Vieux Port, Marseille

Au boulot !
16H47 : Réveil à la nuit, comme d’hab. Je termine d’écrire le texte de la veille, et je me dis que le procédé comique contrastait passablement avec la réalité. C’est que, mine de rien, j’ai passé une matinée super-angoissante !

Bon, aujourd’hui c’est promenade. 10,45 milles, soit un peu plus de deux heures si j’y vais au moteur. Donc, je traine un peu les pieds à me mettre en route et ce n’est qu’à 07H45 que je lève l’ancre. Au passage je salue un pêchou sur son pointu qui s’en va gagner sa retraite qu’il est sensé déjà avoir. Le soleil est levé, il fait bon sous ses rayons. Je longe les falaises de calcaire, m’émerveillant de leur verticalité, et qu’en cette heure matinale on puisse presque les longer à les toucher…

Voile en ciseau
Une heure plus tard, juste avant de déboucher dans la rade de Marseille, je tapote ma pipe sur le bastingage et qu’elle ne fut pas ma surprise de voir les cendres s’envoler dans le sens inverse de la marche !
Mais c’est qu’on aurait du vent d’Est dis-donc ! Aussitôt, j’envoie la toile et je coupe le moteur. Le bonheur. Vent en plein dans l’arrière, voile en ciseau, je fais du 5,5 nœuds. On dirait que la Boiteuse fait du patin à glace. Elle glisse sur cette mer à peine frisée comme une ballerine.
Hélas, ce pur moment n’aura qu’un temps, et en arrivant au large du château d’If, je suis obligé de remballer la garde-robe et de rallumer le diesel. 11H00, je me pose comme une fleur au ponton de la Capitainerie et je vais quémander une place. Re-hélas, ma bonne mine de cocker ne produit pas, pour une fois, l’effet escompté. Ils sont plein, il y a une régate, allez voir à La Nautique.
Je vais donc voir à la Nautique, et je tombe alors sur un club nautique hyper sélect ou la secrétaire porte du Dior (du faux, forcément) et l’agent d’accueil une cravate.
Hum… Bonjour… Et là, la mine de cocker a fonctionnée.

Le château d'If
Me voilà donc au milieu des riches, comme une espèce de furoncle au milieu des yachts d’un blanc éclatant. Une jeune fille moche en short astique les winchs, un agent d’entretien en uniforme change une drisse… Et moi je déboule en pantacourt cradingue, puant le phoque mort et une barbe d’une semaine !
Arf ! J’adore ça !
N’empêche, je me moque mais j’ai été hyper bien reçu, et pour pas trop cher je dois l’avouer. 29 € c’est raisonnable, sans compter le wifi gratos.

Sitôt posé, je fonce aux douches pour me récurer de fond en comble. Putain que c’était bon… Je crois bien que j’en prendrais une autre demain matin, rien que pour le plaisir. Je me rase, met un pantalon et une chemise propre, et je fonce alors vers les bureaux de l’Armenian Nautil Plaisance, courtier en assurance en cheville avec le site de STW pour fabriquer des formules « spéciales grands voyageurs ». Les bureaux sont à moins de cinq cents mètres du port (vous comprenez pourquoi je voulais m’arrêter au vieux port ?).
J’en ressors deux heures plus tard avec une assurance santé for all over the world, et la promesse que l’on va trouver une solution pour assurer mon bateau de 32 ans…
Donc, à partir du premier mai, je peux tomber malade ou planter la Boiteuse, je serais couvert. D’ici là…

Classe !
Venons-en maintenant à la suite du programme. Là, je crois bien que je me trouve au pied du mur… Nous sommes mercredi (je dois vérifier pour en être sûr), et il ne me reste que deux jours pour faire 72 milles. Rien de bien compliqué me direz-vous, sauf que le père Eole n’est pas vraiment d’accord avec mes projets. Je suis sûr que c’est parce qu’on n’a pas encore baptisé la Boiteuse qu’il nous fait ça !
En effet, celui-ci prévoie de souffler d’Ouest en Est pendant les deux jours qui viennent. Et moi je vais faire cap au 270° et 285° !
Euh… Pour les béotiens, ça veut dire que je vais avoir le vent dans le pif.

Alors je crois que je n’ai pas le choix… Quitte à se taper quatorze heures de moteur, autant les faire le plus tôt possible. Donc je vais partir demain aux aurores (et même avant), faire le plein de gasoil et ma taper la route… Avec un peu de bol (mais je n’y crois pas) j’aurais peut-être quelques thermiques. 72 milles que je divise par 5, ça fait 14 heures !
Donc si j’y vais au moteur et que je pars sur les coups de quatre heures du matin, je devrais arriver vers les six sept heures du soir.
Et si j'arrive à toucher un peu de vent favorable, et bien j'irais moins vite mais plus surement... Donc j'arriverais au mieux en début de soirée, et au pire dans la matinée de vendredi..
Ce qui me laissera la journée de vendredi pour me reposer, et je pourrais ainsi accueillir les premiers invités au baptême de la Boiteuse !
En plus, ça me laisse un peu de marge en cas de problèmes.

Donc voilà, on fait comme ça. Prochaine connexion : A Sète !

Pour finir en beauté...

dimanche 3 avril 2011

Premiers adieux…

Le samedi 02 avril 2011

43°25.359N 06°45.848E
Saint Raphaël

Ce samedi, je me suis levé comme à mon habitude assez tôt. Mais pas trop quand même…Tout doucement, un nouveau rythme s’impose à moi et bouleverse ma chronobiologie. Je m’adapte à ma nouvelle vie, parfois dans la douleur, mais je me découvre aussi des réserves insoupçonnées d’énergie.
Dehors Saint Raphaël se réveille sous la brume, et moi j’ai les boules.

La veille au soir j’ai contacté mon père pour que nous puissions nous voir, mais celui-ci m’a alors répondu que ça n’allait pas être possible… Trop accaparé par son travail qu’il dit… J’ai tout essayé pour lui facilité la tâche, lui proposant même de prendre le train, le car, de marcher s’il le fallait, pour que nous nous voyons avant mon départ. Mais rien n’y a fait. Il s’est perdu en explications vaseuses et futiles, à un point tel que je me demandais s’il réalisait vraiment ce que j’étais en train de faire. Comprenait-il vraiment que son fils partait seul sur les flots pour des mers inconnues ? Réalisait-il qu’il allait avoir 80 ans cette année et que c’était peut-être la dernière fois que nous aurions cette occasion ?
Je ne savais pas… J’étais choqué, triste. Déçu.

Heureusement, une bonne âme en la personne de Sainte Thérèse de Salerne m’a réconforté pendant plus d’une heure au téléphone. Mais malgré son aide, le lendemain, j’avais les boules.

Faites chauffer la poêle !
Alors que la ville émerge de sa torpeur, je pars en vadrouille à la recherche d’un signal wifi à me mettre sous la dent. Hélas, le wifi n’est offert que pendant les heures d’ouverture. Il va me falloir attendre dix heures… Pas grave, je me balade. J’avise un magasin de pêche ouvert pour ses clients matinaux et je me procure enfin ce que je cherchais depuis un bout de temps : Un kit de pêche à la traine.
Soyons franc, je n’y connais rien. Mais il parait que ces trucs font des miracles sans qu’on n’ait rien à faire. Et ça, c’est exactement qu’il me faut. Selon le professionnel de la profession, je devrais pouvoir ramener des maquereaux, des dorades, des bonites… Mouais, on verra bien… N’empêche que le premier poisson que j’attrape avec ce truc, quelque soit sa taille ou son espèce, je le bouffe !

Retour au bateau. Je m’attelais à la confection d’une petite liste de chose à faire en ce samedi devenu vide de projet, lorsque mon téléphone sonna. C’était mon père.
Il me dit qu’il a mal dormi (et moi alors ?), qu’il a réalisé (ou qu’on lui a fait réaliser) que c’était peut-être important pour moi que nous nous voyons… Qu’il peut se libérer pour le déjeuner…

Ni une ni deux, je fonce à la gare pour attraper le premier train.

Travailleur de la mer...
Alors on s’est vu. Je lui ai montré des photos de la Boiteuse. Il m’a posé quelques questions sur mon itinéraire, mes moyens de subsistance. Je me suis abstenu de le questionner sur ses hésitations à se libérer. Nous avons mangé ensemble à la cafétéria d’un supermarché, et puis nous nous sommes dit au revoir. J’ai promis d’être prudent, et lui de ne pas caner avant mon retour.
Comme d’habitude nous ne nous sommes pas vraiment parlé… Il n’y a pas eu de grandes révélations, pas d’effusion de larmes. Il est sans doute trop tard pour ça. Nous avons échangé quelques banalités, mélangées avec quelques mensonges. Nous avons joué le jeu, lui dans son rôle et moi dans le mien.
Même si ce ne fut pas tout à fait satisfaisant, j’ai fais mon devoir de fils. Je peux donc partir l’esprit tranquille. Mais affaires, publiques ou privées, sont en ordre.

Retour à Saint Raphaël, je fais quelques courses pour la sortie du lendemain, je me connecte pour lire mes messages. Le soir, après diner, la nuit tombe sur le port de Saint Raphaël et je suis sur le pont en train de fumer ma dernière clope. Pendant que je pisse par-dessus bord, une chauve-souris vient dessiner des arabesques à angles droits au dessus du gréement. C’est bien.


Le dimanche 03 avril 2011

Réveil à quatre du mat. Normal quand tu te couches à neuf heures du soir, mais bon… J’aime bien les fins de nuits. Je trouve que c’est le moment idéal pour écrire. Le moque de café à portée de main, une pipe qui fume posée dans le cendrier, et les mots arrivent en rangs serrés. Prêts à être couchés sur le clavier.

Le Capitaine et ses deux mousses
J’arrange le bateau, prépare une salade de pâte et achète du pain frais pour les sandwichs. Onze heures, Thérèse et ses enfants, Jon et Doreen, arrivent. Nous ne tardons pas à partir, et dehors le temps est splendide. Une toute petite brise du Sud nous propulse à trois nœuds et on est bien. Les enfants sont aux anges, et j’essaye tant bien que mal de leur montrer les rudiments de la navigation à la voile.
Jon est doué pour barrer et tenir un cap au près, même s’il a tendance à se déconcentrer assez vite. Doreen elle, elle a huit ans et ses bras sont encore un peu trop maigrichons pour pouvoir manier la barre… Qu’importe, la paire de jumelles est l’objet idéal pour occuper un enfant sur un bateau !

Jon
Nous déjeunons après avoir viré de bord et abattu un peu pour mettre la Boiteuse sur une allure plus confortable (moins de gîte). Les gosses font un sort à mon saucisson à peine entamé (400 g quand même !), et se régalent de ma salade de pâtes.

Vers 14H00, alors que nous longions d’assez près la côte de l’Estérel, nous voilà encalminé dans la pétole. Plus un souffle d’air ! Nous dérivons tranquillement. Mais je garde un œil sur la sonde, et à 15 m de fond, je décide d’essayer de m’éloigner un peu…
Je pousse la barre à fond et la Boiteuse pointe le nez vers le large. Un peu rassuré, je descend alors dans la carré à la recherche de je ne sais plus quoi…
Et c’est à ce moment qu’Eole nous tombe dessus à bras raccourcis, et en moins d’une minute, le vent se met à souffler, à souffler, A SOUFFLER !
Le temps que je remonte, la Boiteuse affiche déjà 7 nœuds au compteur. Bigre !
Heureusement que je venais de virer de bord quelques minutes plus tôt, sinon nous allions sur les cailloux !

Le Capitaine et son second
Instinctivement, Thérèse a saisi la barre et lutte pour redressé le bateau qui lui n’a qu’une envie, se coucher ! Je jette un œil aux enfants et je vois qu’ils s’accrochent mais que ça a l’air d’aller… Limite ils rigolent les p’tits c…. !
Thérèse se débrouille très bien, mais je décide de l’aider un peu en choquant la Grand-voile pour déventer et réduire la puissance. Pendant un moment c’est elle qui barrera la Boiteuse, à plus de six nœuds, au près et avec une gîte de presque 30° !

Quelques minutes plus tard, j’ai repris la barre, réglé les voiles et mis le cap sur Saint-Raphaël. La balade, c’est bien, mais je n’ai absolument pas l’intention de prendre des risques avec quelqu’un (et a fortiori des enfants) à mon bord. Donc on rentre. Et tant pis si les kids s’amusent de voir le bateau secoué dans tous les sens par la mer qui s’est levée. Moi, j’aime pas.

Doreen
Le vent continu de souffler à plus de vingt nœuds et le retour se fait à la vitesse grand V. Un bord de travers, un empannage, un deuxième bord de travers, j’enroule le foc et abat la GV. Moteur en marche nous entrons alors dans le port et le nœud que j’avais à l’estomac se resserre un peu plus lorsque je constate que celui-ci est agité dans tous les sens par la houle. Bordel, ça va être Rock & Roll !
Et ça l’a été. J’ai dû m’y reprendre à deux fois pour pouvoir faire accoster la Boiteuse, et encore la deuxième fois fut lamentable… No comment, c’est ma faute.

Ouf, nous y sommes !

Je cherche désespérément une cigarette pour décompresser un peu… Impossible de mettre la main sur mon paquet ! Je me rabats sur ma pipe, et enfin je peux m’assoir et respirer un peu.
C’est clair, si j’avais une note à donner sur ma prestation ce serait « peut mieux faire ». Et il est clair également que je préfère cent fois naviguer seul…
Je crois que la Boiteuse et moi, nous sommes en train de tomber amoureux l’un de l’autre. Et cette histoire d’amour qui se construit entre nous ne supportera probablement pas la participation d’un tiers.

Sportif !
Un café accompagnés de quelques biscuits plus tard, et il est déjà temps de nous quitter. Séquence émotion. Les enfants pleurent sans bruits, je ne suis pas loin de faire de même… Lorsque je regarde la voiture disparaitre au coin du quai, je me dis que décidément la vie est mal faite. Pourquoi faut-il que je rencontre des gens formidables et que je doive les quitter un an plus tard ? C’est pas juste.

Mais je crois que la vie est un peu comme une ex à moi… Elle savait offrir parfois beaucoup, mais elle savait aussi le faire payer très cher.


Demain, on repart vers l’Ouest, avec soit un mouillage aux îles du Levant, ou bien une escale au port… Lequel, et qui décidera de tout ça ? Eole bien sûr !

vendredi 1 avril 2011

Des nouvelles !

Réveil à 02h30 du mat ce mercredi 30 mars 2011… et pour une fois le chat n’y est pour rien. Je croise sur Facebook les noctambules pas encore couchés… On se passe le relais, et moi j’entame ma journée. Ma dernière journée de terrien.

Il y a un truc qui me tarabuste vraiment… Nous l’avons déjà abordé dans les commentaires, notamment avec Bourreau, mais je suis vraiment étonné de ne pas stresser plus que ça…
Normalement, enfin d’habitude je veux dire, lorsque j’ai à vivre un événement pas banal, je suis du genre à angoisser un max. A passer mon temps à vérifier, contre vérifier les choses. Je me prends la tête de peur d’oublier des trucs, et je me trimballe une boule à l’estomac grosse comme un melon…
Mais là, rien.

Limite, je m’en inquièterais…

Comme je l’ai dis, j’ai tellement intégré ce départ, que cela me semble normal. Comme il me semble normal de partir faire le tour de la planète seul sur mon bateau. C’est aussi simple et clair que ça.

En tous cas pour moi, car lorsque j’annonce mes projets à quelqu’un, j’ai généralement droit à des yeux écarquillés et à des réactions parfois déroutantes..

En fait il y a plusieurs sortes de réactions. Il y a ceux qui n’y connaissent rien et qui s’ébaubissent : « Oh putain, quelle chance tu as ! ». Il y a ceux qui n’en connaissent guère plus mais qui s’étonnent que je parte en solo : « C‘est chouette, mais tu le fais…seul ? ». Il y a ceux qui me regardent avec des yeux de merlans frits, et qui n’osent pas dire le fond de leur pensée. A savoir qu’ils ne comprennent absolument pas l’intérêt de faire ça, et à fortiori seul.
Et enfin il y a les pros qui me regardent avec une espèce d’indulgence dans les yeux, genre : « Mon pauvre garçon, tu vas en prendre plein la gueule. Mais si c’est-ce que tu veux… ».

Beaucoup me disent que je suis courageux, mais a contrario personne ne me dis que je suis fou ou inconscient. Peut-être qu’ils n’osent pas, je n’en sais rien. Mais le fait est que je n’ai pas l’impression d’être particulièrement courageux, donc peut-être suis-je inconscient… Pour vous dire la vérité, je ne sais même pas si je suis capable de faire ce tour du monde. Je n’en sais strictement rien. Mais si je n’essaye pas, je ne risque pas de la savoir, hein ?

Bon, 05H35, je vais aller prendre mon dernier bain dans une baignoire avant longtemps. Puis je vais boucler mes derniers sacs. Faire un énième tour de la maison. Couper l’eau, le gaz et l’électricité. Et je vais m’en aller, sans même jeter un regard en arrière.

Le même jour à 19H45.
La journée touche à sa fin, et je sens dans mes vieux os que je ne vais pas faire long feu ce soir. D’abord parce que j’ai bien bossé, et puis ensuite parce que je manque un peu de sommeil ces temps-ci. J’imagine, j’espère en tous cas, que mon petit corps se rappellera combien il aime à dormir sur un bateau et qu’il prendra son compte de repos.

Ce matin j’étais à l’ouverture de la boutique du graveur en centre ville. Retour chez moi dans la foulée, pour récupérer mes affaires et fermer la maison. Je me suis fendu d’un taxi pour aller au port… Oui je sais c’est dispendieux… mais franchement je ne regrette pas. Car avec une valise, fut-elle à roulette, un sac marin, un sac à dos et une mallette, mon autre sac et ma canne, j’aurais galéré comme un malade pour rejoindre le bord. Là, en quinze minutes le tour était joué.
Arrivée tranquille donc, et après un bon café je me suis attelé au rangement. Rangement, rangement et encore rangement. J’essaye de trouver une place pour chaque chose. Je change d’avis. Je recommence… Bref, je m’installe.
En début d’après midi Arnaud est venu me rejoindre. J’ai préparé une boite de paella que nous avons mangé ensemble, papoté une dernière fois, et puis nous nous sommes salué. Lui me souhaitant bon vent et bonne mer, et moi de prendre soin de lui.

Ensuite, une fois qu’il est parti, je me suis fendu d’une bonne sieste de deux heures… Mmmmmm ça fait du bien ! Et à mon réveil j’ai eu la surprise de voir débarquer Frédérique, l’équipier de Raphael mon voisin de ponton suisse, qui venait me saluer lui aussi avant mon départ. Sympa de sa part.
Re-papotage, mais beaucoup plus technique celui-ci, pendant un couple d’heure… Et pendant ce temps là, bien sûr, le travail n’avançait pas.
Pas grave, j’ai presque fini maintenant. Plus que quelques bricoles à caser, notamment mon gros ordi qui me pose problème, et demain je pense que la Boiteuse sera prête à prendre la mer.

J’imagine que demain je décollerais vers dix ou onze heure du matin… Histoire d’avoir un poil de vent pour rallier les Îles de Lérins. Franchement, ça me ferais chier de commencer ce périple par du moteur. Ouais, ça me ferais chier.


Le jeudi 31 mars 2011

Réveil à 05H20, j’ai la tête dans le cul après plus de sept heures de sommeil d’affilé… Je savais bien que j’allais dormir comme une souche !

Bon ben… C’est le grand jour les enfants… Là, franchement, je commence à m’inquiéter de ma sérénité qui, si je ne me connaissais pas, pourrait passer pour un manque d’enthousiasme. Je pars faire le tour du monde merde ! Et pour l’heure je n’ai aucun des symptômes qui précèdent chez moi l’approche des grands événements. Peut-être plus tard…

Bon, je vais terminer de préparer la Boiteuse pour la navigation. Faire la plein d’eau, la vaisselle aussi. Un petit tour à la Capitainerie pour récupérer la météo et aux sanitaires pour profiter des gogues… Ensuite je vais passer au supermarché pour faire un peu de frais, et puis on va y aller. Tranquillou.

Le 31/03/11 au matin...

Plus tard…
43° 30.900N 07°02.903E
Sainte Marguerite

On se casse...
Et bien on y est… La première journée du périple se termine. Une journée sans vent, ou presque, qui m’a vu parcourir 13,4 Milles en… 5H30 ! Lamentable… Mais bon, je suis désormais en mode « marin itinérant », et ce n’est plus moi qui commande. Le Patron, c’est Neptune ! Et Neptune il a dit qu’aujourd’hui la Boiteuse irait mollo.

J’ai largué les amarres à exactement 10H45. Un voisin qui était là m’a proposé son aide pour la manœuvre, mais j’ai décliné poliment. C’était mon affaire. D’ailleurs le moment était important mine rien… Ce n’est pas tous les jours que l’on part faire le tour du Monde, hein ? C’est d’ailleurs au moment de larguer que j’ai eu enfin une émotion particulière. Quelques battements de cœurs intempestifs, qui n’avaient rien à voir avec le stress de la manœuvre je vous prie de le croire. Alors que je remontais les quais, les bateaux de chaque côté me faisaient comme une haie d’honneur. J’ai levé les bras au ciel en serrant les poings… YES !

J'suis là où ya marqué 3,4 !
A la sortie du port un petit zèph sympa m’a accueilli… Pour très vite aller voir ailleurs si j’y étais. La journée c’est donc passée tranquillement. Une douce brise du travers, donc une allure confortable, pas de houle. Bref des conditions idéales pour commencer ce voyage. Tranquille… Limite chiante ai-je envie d’ajouter, mais ce serait mentir. Le temps passe différemment quand on est sur l’eau, et s’il y a bien deux choses qu’il va me falloir apprivoiser, ce sont la patience et l’ennui.

J’ai fais du rase-cailloux tout en longeant la côte, et vers 16H00 j’ai mouillé la pioche. Bon, j’ai dû m’y reprendre à deux fois car c’était une première ce mouillage en solo, mais au final ça a l’air de tenir. Normal me direz-vous, puisque j’ai carrément mis la totalité de la chaîne ! 30 m ! Heureusement que j’ai un guindeau électrique, parce que 30 m de chaîne mis à l’eau, c’est autant qu’il faut remonter.

Un avant goût ?

L’endroit, je le connais, il est magnifique. Mais le fait d’y être ce jour, et dans les conditions du solo… Comment vous dire. C’est différent. Je me dis que ce que je suis en train de vivre, il faut que j’en goûte tous les instants. Car des premières fois, comme leurs nom l’indique, il n’y en a qu’une à chaque fois.

Le 31/03/11 le soir...

Ce soir au menu, je vais me faire des pâtes. Des pâtes à quoi, je ne sais pas encore, mais je gage que cela sera roboratif, et somnifère. Il le faut, car j’ai faim et j’ai sommeil.
Mais avant ça, pour bien faire, il faudrait que je fasse un truc… Mais j’ai pas envie. J’avais plus ou moins prévu de mettre l’annexe à l’eau et de faire quelques ronds dans l’eau autour de la Boiteuse. C’était juste histoire de tester la manœuvre (simple cela-dit), et de faire quelques photos de ma monture au mouillage… Mais bon, comme je vous l’ai dit, j’ai pas envie. J’ai sommeil et j’ai faim.

Donc les photos de la Boiteuse à l’ancre, et bien ce sera pour la prochaine fois.

Putain, qu’est-ce que j’ai sommeil moi… Et faim aussi !

Le 1er avril 2011

43°25.359N 06°45.848E
Saint Raphaël

Alors que les pâtes cuisaient, j’ai eu droit à un coucher de soleil flamboyant de rose et d’orange. C’était superbe. Puis la nuit est arrivée, et avec elle cette espèce d’angoisse de l’inconnu et de l’impondérable…
J’ai allumé le feu de mât, comme il est écrit dans le règlement maritime… Mais celui-ci n’a pas l’air de fonctionner. En tous cas je ne le vois du pont, et ça franchement c‘est plutôt chiant… Parce que si c’est l’ampoule qui est grillée, ça veut dire qu’il va me falloir monter dans le mât. Et tout seul c’est quasiment mission impossible sans équipement adéquat. Qu’est-ce que je ne donnerais pas pour avoir des barreaux soudés tout au long de la mâture comme sur le Joshua de Moitessier !

La nuit, je fonctionne uniquement sur batterie, ce qui fait que je suis obligé de fonctionné à l’économie. Pas plus d’une ampoule allumée à la fois, et la lampe frontale vissée sur la tête. Ce n’est pas tout à fait du camping, mais presque. Un jour, pour bien faire (mais peut-on tout bien faire ?), il faudrait que je pousse mes batteries à fond pour voir ce que j’ai comme réserve. Un peu lorsque l’on pousse une voiture à la panne d’essence pour voir ce que la réserve peut donner. Mais bon, pas ce soir…

Je me suis couché à 21H30... Comme je m’en doutais j’ai eu un peu de mal à m’endormir tant je restais malgré moi attentif aux moindres bruits suspects. Une heure plus tard, une envie de pisser m’a fait me lever, et j’ai eu la surprise de constater que le vent avait complètement tourné. Imaginez un peu, vous avez la tête embrumée, et lorsque vous ouvrez la fenêtre le paysage que vous vous attendiez à voir n’est plus du tout le même ! C’est déstabilisant quelque part… Bon, finalement je me suis endormi tout de suite après mon pissou et j’ai roupillé jusqu’à quatre heures du mat.

St Honorat
Au réveil, petit moque de café et clope sont de rigueur. Dehors il fait doux… Quelques étoiles, quelques nuages. Pas de lune. La mer est plate comme la main, et je n’entends que le bruit du ressac et celui des grillons qui s’ébattent sur l’île. Je vais attendre le jour pour partir… Je ne suis pas pressé hein ?
Au fait, dans l’enregistrement d’hier je vous disais que j’avais 30 milles à faire aujourd’hui. Et bien non, j’ai préparé ma route sur la carte et en fait je n’en n’ai que quinze… (Je ne sais pas d’où m’est sortie cette idée !) Donc, la journée de ce 1er avril devrait ressemblée à celle d’hier : Tranquille !

Plus tard…

Ca-y-est, je viens de m’amarré au port de Saint Raphaël. Pas à la même place que le dernière fois, mais pas loin. Je suis ravi car ils vont pouvoir me garder pour le weekend !
En effet, j’ai préféré revenir au vieux port plutôt qu’à la marina hyper-class qui se trouve à un kilomètre. Tout simplement parce que c’est moins cher, d’une, et de deux c’est plus proche du centre, des commerces, et de la gare (Vous verrez pourquoi c’est important plus tard).

Avalon ?
J’ai quitté le mouillage de Sainte Marguerite à 07H20 exactement. Le soleil était levé depuis peu, le vent était quasiment absent, il faisait frais… Bref, la même journée qu’hier, comme je m’en doutais. Au passage de l’île de Saint Honorat, j’ai eu droit à la vision féérique du château dans la brume matinale… Magique !
J’ai navigué au Grand Largue à une moyenne fabuleuse de 2,5 nœuds, et ce pendant des heures… Jusqu’au cap du Dramont. Là, je crois que je me suis endormi… Oui ! J’ai piqué un petit roupillon des familles tout en écoutant Stéphane Bern sur Inter. Ce qui, entre parenthèse, vous démontre l’intérêt qu’a ce monsieur pour moi. Lorsque j’ai émergé, j’étais dans la baie de Saint Raphaël. J’ai dû tirer deux bords pour rejoindre le port et je suis finalement arrivé à 14H10. Soit, si je ne m’abuse 06H50 pour faire 15 milles…. Deux nœuds de moyenne ! Yes !
Cela dit, la lenteur a son charme. J’ai remarqué qu’en navigation, pourvu qu’elle soit confortable, l’ennui devient créateur d’action. J’entends par là que pour meubler ce temps qui nous est offert, on s’occupe en faisant les choses maintes fois reportées ou tout simplement oubliées… Comme par exemple se plonger dans la notice des WC chimiques et de les inaugurer avec une belle crotte !

Saint Raphaël !

Sitôt à quai, et après avoir rangé le bateau bien sûr, je me suis attelé à la finition de cet article pour pouvoir vous le poster assez rapidement. C’est que je me doute que vous devez être comme des fous à attendre derrière votre écran ! Non ? Ah bon…

Blague à part, comme il n’y a pas de wifi ici, il va falloir que j’aille au McDo. Mais avant ça, je crois bien qu’une douche serait la bienvenue… Oui, on va faire ça. Douche, Internet, et puis après j’appellerais mon père.
Car si je me suis arrêté à Saint Raphaël plutôt qu’ailleurs, c’est pour voir la Thérèse Family bien sûr, mais aussi pour, peut être, essayer de voir mon père avant de partir. Donc pour ça il va falloir que je l’appelle.

Allez, je vous laisse. Je pense que je reprendrais la plume d’ici la fin du weekend pour vous faire part du programme de la semaine à venir.


Héhé !! Même pas peur d'abord !