- Ça veut dire quoi ça, 23j00h25mn ? C’est une plaque d’immatriculation ?
- Ben, ça veut dire que la Boiteuse est arrivée et qu’elle aura mis 23 Jours, Zéro heure et 25 minutes pour traverser l’Atlantique du Cap-Vert au Brésil !!!
- Ah bon ! C’est ça que ça veut dire… Ben il en aura mis du temps !
- Dis-donc, c’est pas la porte à côté non-plu ! Et puis tu sais pas, il a peut-être eu des problèmes.
- Mouais, n’empêche que maintenant il va falloir attendre qu’il nous raconte tout ça…
- Yep ! Va falloir attendre. Mais le connaissant, je suis sûr qu’il va faire aussi vite qu’il le peut !
samedi 21 juillet 2012
mercredi 27 juin 2012
On se retrouve de l’autre côté !
16°53.203N
24°59.470W
Mindelo,
ile de São Vicente
Bon
allez, il est temps. Les fonds sont sur le point de regorger de vivres pour au
moins trois semaines, avec stock de bananes, de papayes et de mangues. Les
réservoirs d’eau et de gasoil sont pleins. La coque est nettoyée, les winchs
graissés et les voiles révisées. On peut y aller, et on va y aller. Le départ
est programmé pour ce jeudi 28 juin, demain donc, aux alentours de midi.
Je
sais, je n’ai pas été trop disert ces derniers jours et vous êtes peut-être un
peu surpris de ce départ soudain. C’est exprès.
En
fait, je ne voulais pas vous infliger, ainsi qu’à moi-même, un faux départ si
par ailleurs mes projets venaient à être modifiés. De plus, je commence à me
connaitre, le fait de fanfaronner à l’avance sur mon départ n’aurait fait
qu’ajouter à ma pression.
Car
pression il y a je vous prie de le croire. J’ai beau avoir essayé de ne pas
trop y penser, mais il suffit d’énoncer à haute voix ce que je m’apprête à
accomplir pour que soudain mon souffle et mon cœur s’accélèrent. Je vais faire
la traversée de l’Atlantique en solitaire.
Dit
comme ça, j’ai conscience que ça a une certaine classe... Ça le fait, comme on
dit, et ça le fera encore plus lorsque je conjuguerai cette phrase au passé
composé. Mais j’ai conscience aussi que l’aura qui entoure cette phrase est
quand même un peut surfait. Je vais peut-être décevoir certains d’entre vous,
mais une transat, c’est quand même assez simple. Je vous parle d’une transat
classique hein ? Genre Cap Vert-Caraïbes en plein mois de janvier, avec
des alizés puissants et bien établis.
Et
bien dans ces conditions vous n’avez pas grand-chose à faire. Vous hissez vos
voiles au départ et vous n’y touchez plus, vous vous glissez sur les rails...
Et hop, quinze jours plus tard vous êtes sous les cocotiers à boire des
ti-ponchs.
En
ce qui concerne la Boiteuse, et sans vouloir en rajouter non plus, ça va être
une toute autre limonade... Car je vais avoir le fameux Pot au Noir à
traverser. C'est-à-dire une zone ou les vents sont instables,
multidirectionnels, voire même inexistants. Bref, d’un point de vue strictement
navigatoire (oui, j’invente des mots si je veux), je vais avoir à chercher le
vent et essayer de tirer le meilleur parti des qualités de ma Boiteuse.
Remarquez,
l’avantage de la chose c’est que je ne risque pas de m’emmerder. Mais en même
temps je ne vais pas aller très vite non-plus... Bref, il va me falloir allier
à la fois technique et patience.
J’ai
décidé de rallier le Brésil par la marina de Jacaré, près de la ville de
Cabedelo (Position : 07°02.71264S 34°51.3761W). Juste au nord de la grande
ville de João Pessoa. D’après mes lectures et le bouche à oreille, c’est là un
point de chute idéal, à la fois pour aborder le Brésil, mais aussi pour y
séjourner... M’enfin, on verra bien sur place, mais je ne vous cache pas que
j’ai hâte de découvrir cet endroit. Et le fait d’y retrouver mes copains
Stéphane, Séverine, Hugues, Caroline, et les deux puces Lily et Betty, n’y est
pas étranger non plus.
Voilà
chers lecteurs, je vais vous laisser pendant quelques semaines et on se
retrouve de l’autre côté ! Sérieusement, vous imaginez un peu ? Un
autre continent, un autre pays... Une autre vie peut-être ? J’ai
l’intuition que ça va être bien.
Et
puis si c’est pas bien, on ira voir ailleurs !
PS :
Ne commencez pas à me demander combien de temps cette traversée va prendre, je
vous enverrai bouler. Disons que vous pourrez commencer à vous faire du souci
si vous n’avez pas de nouvelles d’ici un mois ! Pas avant !
lundi 18 juin 2012
Une grande décision
16°53.203N
24°59.470W
Mindelo,
ile de São Vicente, Cap Vert
En
fait, je vais vous la faire simple en vous disant qu’en ce moment j’ai plutôt
la tête à l’envers. J’introspectionne comme qui dirait.
| Philippe |
J’ai
rencontré Philippe il y a deux mois à Las Palmas. Nous avions sympathisé, et ce
fut avec joie que nous nous retrouvâmes ici au Cap Vert. D’autant que nous
avions le même programme de navigation, à savoir la Patagonie. Marin
expérimenté, Philippe eut à cœur de me prévenir de ce qui m’attendait là-bas...
Et à m’inciter à y renoncer. Oh il ne l'a pas fait de façon ostentatoire non,
mais par petites touches discrètes et sensées qui peu à peu cheminèrent dans
mon esprit.
Au
début, vous me connaissez, j’ai fait un peu le fiérot. Les courants contraires,
les algues qui se prennent dans l’hélice, les vents catabatiques, le froid...
Bien sûr que j’allais pouvoir gérer tout ça les doigts dans le nez ! Et
puis les mouillages tous les soirs avec double ancrage et aussières accrochées
aux arbres, même pas peur ! J’étais d’autant plus têtu que cela fait quand
même plus de deux ans que je rêvais de ça, et je n’allais tout de même pas
lâcher le morceau aussi facilement.
Et
puis... Il a bien fallu que je me rende compte que l’entreprise déjà pas mal
compliquée au départ risquait de devenir scabreuse dès lors que je
l’appréhendais en solo.
En
fait pour que je me rende compte de ça, il m’aura fallu passer par une étape
assez déstabilisante que j’appellerais une période de « pas-envie ».
C'est-à-dire que je me suis retrouvé avec mon bateau prêt, une fenêtre météo
correcte pour le weekend dernier, et une absolue non-envie de partir. Limite
flippant comme état d’esprit je vous prie de me croire... Et il m’aura fallu
des jours et des nuits de prise de tête pour me rendre compte que si je n’avais
pas envie de quitter le Cap vert c’était parce que déjà au niveau de mon
inconscient j’avais fait une croix sur la Patagonie. Pas de Patagonie, donc pas
besoin d’aller aussi bas sur la côte du Brésil, donc pourquoi partir ? Voilà
en gros ce qui se passait dans ma tête sans pour autant arriver à l’énoncer
clairement. Oui, je l’ai déjà dit, je suis un garçon compliqué.
Donc,
maintenant que mon cerveau a accepté de changer ses plans, il s’agit maintenant
d’en tirer d’autres. Ou pas.
Ce
qui est certain c’est que contrairement à mon plan initial, je vais me diriger
vers le canal de Panama. Tant pis, je vais engraisser les grandes compagnies mais
en même temps je me dis que ça peut être intéressant d’emprunter ce passage
hautement commercial pour justement mieux le critiquer... Bref, voici donc le
programme pour l’année, ou les années, à venir :
D’ici
quelques jours départ pour le Brésil. Puis à l’automne, remontée vers les
Caraïbes sans programme bien défini. Il y aura quelques passages obligés bien
sûr, comme Cuba, la Colombie, le Venezuela, le Costa-Rica. Mais pas forcément
dans cet ordre ni même en l’espace d’une saison... Je vais y aller à mon rythme
et selon mes envies.
Je
m’étais dis il y a bien longtemps que je me réservais le droit de modifier mon « programme »
au gré de mes humeurs, et je crois toujours que c’est une bonne philosophie...
Mais je ne pensais pas que ce serait si difficile et si douloureux.
Je m’aperçois que malgré mon changement de vie, je traine toujours avec
moi le même défaut : Je suis doué d’une très forte inertie. Tel le
pétrolier de 120 mille tonneaux, il me faut déployer des efforts formidables
pour arriver à changer de cap. Bon, je me rassure en me disant que l’avantage c’est
qu’une fois lancé il est difficile de m’arrêter... Et que l’opiniâtreté c’est
pas mal comme qualité, mais tout de même... N'empêche, un peu plus de souplesse
intellectuelle et de spontanéité ne serait pas pour me déplaire !
Concernant
la Patagonie, j’aurais certainement d’autres occasions d’aller visiter ses
fameux canaux... Je reste persuadé dans un coin de ma tête qu’un jour j’irais
là-bas, mais certainement pas avec la Boiteuse et surtout pas tout seul. On
verra dans quelques années... Ou pas !
Cela
dit, voyez le bon côté des choses. Votre serviteur et son équipage félin vont
rester sous des latitudes bien chaudes à se la couler douce plutôt que d’affronter
les quarantièmes rugissants et les cinquantièmes hurlants !
Et
puis aussi, je vais continuer à porter des tongs !
lundi 11 juin 2012
Un pur moment
16°53.203N
24°59.470W
Mindelo,
ile de São Vicente, Cap Vert
Vous
savez, ou du moins vous vous doutez, que ma vie sans être réellement parfaite
n’en n’est pas moins pleine de bons
moments. D’ailleurs c’est bien pour ça que j’ai choisi cette vie parce que
sinon je ne vois pas trop ce que je ferais... Mais bon, là n’est pas le sujet.
Je
cumule les bons moments disais-je, mieux je les cultive. Je les traque, je les
débusque et j’en savoure chaque seconde comme s’ils étaient de l’ambroisie.
Cela
peut être au cours d’une bonne discussion au milieu d’un ponton ou à la
terrasse d’un café. Ce peut être en mer quand mon corps ne fait qu’un avec la
Boiteuse. Ou encore quand je prends mon café du matin saturé de lait concentré
sucré... Ou même un simple rayon de soleil sur mon visage ! Bref, je jouis
de la vie autant que je peux. C’est comme ça que j’ai choisi de vivre, et ceux
qui trouvent ça indécent, immérité ou que sais-je, n’ont qu’à aller se faire
voir.
Je
cultive le bonheur au quotidien disais-je, mais parfois il arrive que ces
moments frisent le sublime, l’apothéose orgasmique, le pied intégral. Parfois
c’est tellement fort que je sens littéralement l’endorphine m’emplir les veines
et parcourir mon corps comme une vague. Du plaisir à l’état brut. Et je ne
parle pas de cul, entendons-nous bien.
Pourquoi
je vous parle de ça ? Et bien tout simplement parce que je viens de vivre
un de ces moments pas plus tard que ce matin pendant que j’étais au
supermarché.
Ben
oui, au supermarché. Il n’y a pas d’endroits prédéterminés pour être heureux,
ça peut très bien vous arriver au supermarché... La preuve, ça m’est arrivé ce
matin.
Donc,
j’étais au supermarché et ne voilà t’y pas que le bidule de ma tong droite
cède. Vous savez, le machin qui passe entre les doigts de pieds... Le truc en
plastique ! Bref, il casse.
Pendant
quelques secondes je suis resté comme un con à regarder ma tong, comme si le
fait d’examiner ce bout de plastique maintenant parfaitement inutile, pouvait
par je ne sais qu’elle opération magique, le ressouder. J’étais là, ma canne
sur le bras, mon panier dans une main et ma tong dans l’autre, au milieu des
gens qui faisaient leurs courses... Ce fut un petit moment de solitude je dois
le reconnaitre.
Quelques
secondes passent, et je décide alors de retirer mon autre tong et de marcher
pieds nus dans le supermarché. Au début, je croyais bêtement que tout le monde
me regardait alors je me tenais bien droit et je rentrais le ventre... Mais au
bout d’un moment j’ai réalisé que c’était très agréable de sentir la fraicheur
du carrelage...
Comment
vous dire... vous avez tous marché pieds nus dans votre salon, votre salle de
bain, votre cuisine. Peut-être même vous aventurez-vous sur votre terrasse ou
votre bord de piscine... (J’ai peut-être des lecteurs pétés de thunes ?) Mais
l’avez-vous déjà fait dans un supermarché ? Franchement, c’est le pied !
Et que dire lorsque je me suis mis à arpenter le trottoir et à traverser la
rue ? C’était fantastique.
Il
faut que je vous dise qu’il y a de cela un peu plus d’un an, lorsque j’ai
commencé ma nouvelle vie et que je marchais pieds nus sur les pontons en bois
de la marina de Saint Laurent du Var, j’avais l’air d’un apprenti marcheur sur
le feu. Vous voyez le genre ? A chaque pas, c’était aïe, ouille, aïe,
ouille !
Et
puis mes pieds se sont faits à la liberté. Je me suis fait le cuir comme on dit.
Au point que maintenant il m’arrive souvent de quitter le bateau et de devoir
faire demi-tour pour aller chercher mes claquettes parce que je les ai oubliées.
Mieux, de sentir les lattes de bois sous ma plante nue s’apparente à un plaisir.
Mais
se balader les pieds nus sur un ponton n’a rien à voir avec le fait de
parcourir les rues d’une ville... Waouh... J’étais sur mon petit nuage et je
marchais tranquillement en me foutant du regard des autres. J’ai traversé la
rue et je suis entré chez le chinois le plus proche pour me racheter une paire
de tongs. 1,70 € plus tard (ben oui, c’est de la pompe économique) j’ai fourré
mes nouvelles tongs dans mon sac avec les vieilles, et j’ai continué ma route
pour rentrer au bateau... Pieds nus.
Sur
le chemin du retour alors que je passais sous un splendide flamboyant en fleur,
je sentais les gravillons sous mes pieds. Je sentais le goudron, la terre, l’herbe
du terre-plein du bord de mer... Je sentais le bonheur remonter le long de mes
jambes jusque dans mes poumons et les serrer très fort. J’étais heureux.
Voilà,
je voulais vous faire partager ce moment qui, j’en ai conscience, relève pourtant
de l’intime. Il se peut très bien que vous ne compreniez pas un traitre mot de
ce que je vous raconte, ou du moins que vous ayez vous-même d’autres sources de
bonheur... Plus orthodoxes. Mais s’il y avait une chose que j’aimerais que vous
reteniez de tout ça, c’est que le bonheur n’est pas un moment rare. Il peut vous
tomber dessus à tout moment en fait. Il faut juste apprendre à le détecter et à
profiter de lui au maximum. S’arrêter pendant un instant de penser et se dire « Tien,
en voilà un. Je le savoure pour ce qu’il est. »
Et
vous verrez qu’à la longue, un rayon de soleil sur votre visage, l’odeur de la
pluie, marcher pieds nus... Toutes ces choses a priori banales peuvent devenir
de purs moments.
jeudi 7 juin 2012
Ô mon bateau...
16°53.203N
24°59.470W
Mindelo,
ile de São Vicente, Cap Vert
Loin
de moi l’idée de vouloir jouer à celui qui a la plus grosse, ni même de vouloir
comparer ce qui est incomparable, mais lorsque je regarde ma Boiteuse la
première chose qui me vient à l’esprit c’est que de tous les bateaux, c’est le
plus beau. Je sais, cela n’a rien d’objectif. J’ai parfaitement conscience que
mon regard est comme celui d’un père sur sa progéniture, forcément faussé par
les sentiments, forcément aveugle quelque part.
Mais
que voulez-vous, c’est ainsi. A mes yeux la Boiteuse est élégante, racée. Elle
a de la gueule et de la personnalité. Même ses défauts, et il y en a, sont pour
moi des qualités, et quand je regarde mes voisins, parmi lesquels figurent tout
de même de jolies coques comme des Swan ou des Najad, ceux-ci font pâle figure
par rapport à mon obscur et rare Konsul 37.
Pourquoi
je vous parle comme ça de ma Boiteuse ? Ah oui, c’est parce que je l’ai bichonnée
et qu’elle est fin prête pour sa transat. Enfin presque... Sa coque est toute
gratouillée et tous ses petits bobos ont été réparés. Il n’y a plus qu’à
remplir les fonds avec de la bouffe pour le Capitaine (c’est moi) et son second
(c’est Touline), rajouter quelques litres de gasoil pour éviter de s’emmerder
dans le pot au Noir, et on pourra y aller.
J’avais
initialement prévu de partir aujourd’hui pour tout vous dire. Je m’étais
concocté un petit départ sans tapage médiatique ni fioritures, dans le genre
discret qui sied aux vrais aventuriers. Mais hier après avoir consulté les
prévisions météo pour la semaine à venir il m’a bien fallu me résoudre à
surseoir...
| Balaise le truc ! |
C’est
que mine de rien, j’aimerais autant passer vingt jours en mer plutôt que trente.
Donc
je sursois (j’aime bien ce verbe) jusqu’au début de la semaine prochaine en
espérant que ce monstre se dégonfle un peu et génère quelques risées
susceptibles de me faire avancer à plus de quatre nœuds. Parce que les forts en
maths auront déjà compris que 2000 milles à quatre nœuds, ça fait exactement
20,83... jours. C’est la durée que je me suis fixée dans ma tête depuis
longtemps, tout en sachant que ça peut être plus long, et très probablement
plus court... Ça va ? Vous suivez ?
Bon,
en attendant le départ vous allez être gâtés puisque vous allez pouvoir m’entendre
dedans la radio. Je passe ce soir dans l’émission Allo la Planète sur le Mouv' avec mes
copains du Valinouk, Stéphane et Séverine que j’ai rencontré ici à Mindelo...
| Stéphane et Séverine |
| Et qui c'est la plus belle ? |
| Là, je ne sais pas quoi dire ! |
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