jeudi 8 août 2013

De Buenos Aires à Piriápolis

34°57.786S 55°16.183W
Piriápolis, Uruguay

Prologue

A l'Est...
Nous sommes le dimanche 04 Août 2013, il est 08H00 et j'ai un problème. Bon, déjà que j'ai dû encore courir dans tous les sens pour être prêt au départ, voilà que mon moteur refuse de démarrer. Putain de bordel de merde, pourquoi faut-il que j'oublie systématiquement de faire un essai la veille des départ, hein ?
A vu de nez j'ai l'impression que ça se passe au niveau du démarreur... Malgré toutes mes galères mécaniques, je ne suis toujours pas un expert diéséliste et je ne peux me fier qu'à mes seules impressions. Il faut que je trouve une solution tout de suite, sinon je vais rater la marée. Seulement nous sommes dimanche... et donc il m'est impossible de trouver un mécano sur le chantier. Tant pis je vais réveiller Laurent.
Lorsque je débarque chez lui je suis dans mes petits souliers car le pauvre dort encore. Mais Laurent est un type gentil comme tout et il accepte de venir me filer un coup de main. On ausculte la bête, et effectivement le souci vient bien du démarreur.

Démarreur de puta madre !
Démontage, nettoyage, essai... et remontage : Vroum ça marche. Sauf que la courroie de mon deuxième alternateur (celui qui ne marche pas, ne me demandez pas pourquoi) patine un peu. On en profite donc puisqu'on a déjà les mains pleines de cambouis pour essayer de régler ça aussi. De toute façon la marée haute est passée depuis belle lurettes, alors autant s'occuper.

Il est maintenant onze heures du matin et il faut que je trouve un arrangement avec la marina. Contre toute attente le gars au bureau me dit que je peux rester vingt-quatre heures de plus sans problème et lorsque je sors un billet pour payer ma journée il m'envoie gentiment bouler. "No, se passa nada". J'en ai les yeux qui piquent de gratitude.

Donc, départ demain lundi. Je vais devoir plancher sur un autre plan de navigation car la fenêtre ne me permettra plus de rejoindre La Paloma comme prévu.


Le lundi 05 Août 2013 – Labourage et mise en bouche

Il faut suivre les bouées vertes !
09H15 : Wahou... Je me rends compte que cela fait un bout de temps que je ne me suis pas remis en mode écriture, et franchement je ne sais pas trop comment commencer. Je vais me préparer un maté bien chaud, et on va voir si ça me remet les idées en place.

Voilà, je me sens mieux. Je suis prêt à vous raconter ce départ tant attendu et mainte fois repoussé d'Argentine.

A cause, ou plutôt grâce au raté d'hier, je n'ai pas eu trop à me démener pour préparer La Boiteuse ce matin. Tout était plus ou moins en ordre, à part peut-être la Touline que j'ai dû aller récupérer sous la capote du bateau d'à côté.
Décollage à 08H00, quarante cinq minutes après l'heure de marée haute. Je suis à la bourre. D'ailleurs, elle n'est pas si haute que ça la marée... Avec le vent d'ouest qui souffle depuis deux jours, quelque soient les chiffres qu'annoncent les éphémérides, ils sont forcément faux.
Les six premiers milles se font au moteur, les yeux rivés sur le sondeur qui baisse au fur et à mesure que j'avance vers l'embouchure du Rio Lujan. Je m'applique à suivre ma trace laissée il y a quelques mois, mais les chiffres continuent à décroître : 1,80 m, 1,70 m - Ça y est je touche - 1,60 m... Là, je laboure la vase comme un paysan sa terre ! J'ai une pensée émue pour mon antifouling tout neuf... Mais ça passe. Une heure plus tard le sondeur commence à remonter et je peux commencer à dénouer le nœud que j'ai dans l'estomac.
Je hisse ma Grand-voile toute neuve avec deux ris et le foc en grand. Cinq nœuds au grand-largue, c'est parfait. Cap au 110°.

10H00 : On avance bien ! Je suis content. Il caille pas mal car le ciel est couvert. Le sondeur affiche trois mètres de fond, je me sens plus à l'aise.
Tout à l'heure j'ai eu la surprise d'entendre Laurent m'appeler à la VHF. Il voulait savoir où j'en étais. Et j'en suis à regarder les buildings de Buenos Aires s'éloigner sans regret.

11H45 : Malgré le soleil qui apparaît de temps en temps il fait toujours froid. Le thermomètre indique 12°C, mais comme nous sommes au portant il m'est impossible de me protéger du vent. La température ressentie est donc bien plus basse... Je tente de passer le maximum de temps à l'intérieur, mas étant donné l'endroit où je me trouve ce n'est pas très prudent. Ça grouille de ferry à grande vitesse par ici.
Profondeur 4,5 m. Vitesse 5,5 Nœuds. J'ai faim.

Ça va ?
13H50 : J'enlève un ris à la GV, il n'en reste plus qu'un. Le vent est tombé et mes glorieux 5,5 Nœuds de moyenne sont en train de se casser la gueule à la vitesse grand V.
Plus un nuage dans le ciel l'atmosphère se réchauffe un peu. J'apprécie comme il se doit ses chauds rayons sur mon visage... Mmmm... Ça fait un bien fou !
Et apparemment je ne suis pas le seule à en apprécier les bienfaits. Regardez-moi un peu cette dégaine !

14H50 : Au fait, il ne me semble pas vous avoir dit où nous allions. Pour tout vous dire, cela va dépendre du chemin que nous aurons parcouru dans les prochaines vingt-quatre heures.
Au départ, hier je veux dire, je prévoyais de rallier La Paloma en deux jours et deux nuits, qui était plus ou moins le temps imparti par ma fenêtre météo. Avec ce report de vingt-quatre heures, mes options ont changées : Je peux être à Montevideo demain matin, ou tenter de rejoindre Piriápolis avant la fin de la journée de demain. Franchement, je préférerais la seconde option.
Piriápolis m'avait laissé une brève mais bonne impression lorsque nous nous y étions arrêté avec Zoë. Souvenez-vous, c'était en Février, donc en plein été, et le prix de la place, 40 $ par jour, nous avait fait fuir après une courte escale de moins de vingt-quatre heures.
M'enfin, on verrait bien comment ça se présente demain matin.

Chaud devant !
16H45 : J'en ai marre de me traîner. Allez hop ! J'envoie le spi ! On remonte à 5 nœuds. Ce n'est pas grand chose mais ça me suffit. Du coup, comme j'avance presque à la même vitesse que le vent, il fait bien plus chaud dans le cockpit. J'en profite un max, car je sais que cette nuit ce sera une autre limonade.

17H10 : It's funny. Bon, vous savez que je ne suis pas un fana de navigation. J'envisage ça plutôt comme un moyen de me transporter avec ma maison sur le dos, plutôt que comme un loisir. Cependant il ne m'est pas interdit d'apprécier ce que je fais.
Et là, en ce moment même, j'apprécie. Je suis heureux d'être où je suis, à cet instant.
Il fait bon, La Boiteuse glisse sur l'eau comme dans un rêve... Mon visage me brûle un peu et je sens mon corps emprunt d'une douce lassitude. Je suis bien.
Cette période prolongée d'inaction, dont j'avais besoin pour diverses raisons - ne serait-ce que pour encaisser ma rupture avec ma belle américaine – m'a quand même conduit à reprendre pas mal des kilos perdus auparavant. Là, je sens que mon corps apprécie d'être malmené. Il me dit que je ne vais pas tarder à redevenir aussi affûté qu'avant ! - Je plaisante bien sûr. Je suis, et je resterais sans doute, un rondouillard.

18H00 : On avance toujours aussi bien. Le soleil se couche et le froid me tombe sur le râble.

Le mardi 06 Août 2013 – Courroie et Lions de mer

Un maté pour se réchauffer
O7H25 : La nuit a été compliquée et froide. Bon, le froid je m'en doutais un peu et j'ai essayé de le supporter comme j'ai pu. Le bon côté de la chose quand vous êtes au fond de votre cockpit à trembler comme une feuille, c'est que ça vous maintient éveillé. En solo dans une zone truffée de pièges, ce n'est pas inutile.
Compliquée car il m'a fallut jongler avec les éléments. Le vent à virer du NO au SO et j'ai dû faire un empannage en début de nuit. Rien de bien compliqué dans l'absolu, sauf quand on est sous spi et que l'on n'y voit rien.
Ensuite, vers 03H30, le vent est complètement tombé et j'ai dû allumer le moteur (qui a démarré au quart de tour !).
Nous y sommes encore, au moteur, pour la plus grande joie de Touline qui déteste ça. Elle reste prostrée sur le capot de la descente, sans manger ni boire... C'est trop bruyant pour ses oreilles sensibles !

Montevideo est à 20 milles, et Piriápolis à 65. Nous y seront ce soir entre 20H00 et 21H00. Car oui, j'ai décidé que ce sera finalement Piriápolis. Cette nuit glacée est comme un aiguillon dans mon flanc, qui me fait me dire : Magne-toi de remonter vers le Nord ! On n'en peut plus de ce froid !
C'est ce que j'appelle une excellente motivation.

09H45 : J'arrête le moteur. On ne peut pas vraiment dire qu'il y a du vent, mais j'en ai marre. La journée est splendide, et je veux pouvoir en profiter un peu dans le silence. Je hisse le spi, mais cette grande voile de 65 m2 suffit à peine à me faire avancer à 1,5 Nœud. C'est pathétique ! Mais tellement reposant. On va rester un peu comme ça... Une heure ou deux. De toute façon je sais que je vais arriver de nuit à Piriápolis, alors une heure de plus ou de moins ne feront guère de différence.

10H45 : Fin de la séquence plaisir, je rallume Mercedes.

Palacio Salvo
11H30 : Montevideo se découpe en contre-jour sur bâbord. Je reconnais la silhouette caractéristique du Palacio Salvo, et aussitôt me reviennent en mémoire les bons moments que nous avons passé Zoë et moi dans cette ville...
Je me souviens qu'une fois, nous nous étions arrêté à la terrasse d'un restaurant pour déguster un chivito... Un Chivito c'est un genre de hamburger avec un vrai steak de vache à l'intérieur et plein d'autres bonnes choses. Une fois servis, j'ai attaqué le mien de bon cœur avec mon couteau et ma fourchette, m'appliquant à y découper des parts en adéquation avec la taille de ma bouche, et Zoë s'est emparée du sien en bonne étasunienne qu'elle est, c'est à dire avec les mains... S'en est suivit un dialogue savoureux sur mon côté snob qui m'obligeait à utiliser des ustensiles pour manger un sandwich. Sauf que tout autour de nous, les autres clients faisaient de même, éducation européenne oblige !
Ma Zoë s'est senti un peu seule sur ce coup-là... Et moi j'étais mort de rire à la voir essayer de faire comme tout le monde et de tenter maladroitement de découper son chivito !
Bon, outre le léger blues que provoque ce souvenir, vous raconter cette histoire m'a donné faim ! A table ! (sandwich à la mortadelle sans couteau ni fourchette !)

12H30 : J'ai cru que j'étais en train de regarder un pneu qui flottait, mais en fait il s'agissait d'un lion de mer qui se grattait la nageoire ! Hélas pour vous, le temps de réaliser mon erreur l'animal était bien trop loin pour que je puisse le photographier.

12H50 : Je viens de rajouter 30 litres de gasoil dans le réservoir principal. Avec ça, je suis tranquille jusqu'à mon arrivée.

13H20 : Un autre Lion de Mer ! Et cette fois-ci j'ai pu le mettre dans la boite ! (Par la suite, j'en verrais au total une dizaine d'autres. La plupart faisaient paresseusement la planche en prenant le soleil)
Otaria flavescens
15H05 : Je viens de finir « Des souris et des hommes » de Steinbeck. Je ne l'avais pas relu depuis le collège... J'en suis encore tout tourneboulé.
Il reste 30 milles à faire. Je devrais arriver vers 20H00.

16H00 : Alors que j'aperçois mes premiers Albatros, je décide de m'octroyer un petit goûter. Café et muffin au chocolat, rien n'est trop bon pour l'équipage !
Albatros à sourcils noirs (Thalassarche melanophris)
16H35 : Heu... Houston, on a un problème !
Alors que je jetais machinalement un œil au voltmètre, je me suis rendu compte que mes batteries ne chargeaient plus. Et en ouvrant le capot du moteur pour vérifier les branchements, je me suis aperçu que l'alternateur ne tournait plus ! Et pour cause, la courroie a disparue ! Elle a littéralement été réduite en poussière !
Ce qui m’interpelle c'est que je ne me suis rendu compte de rien... Je fouille ma mémoire. Il me semble bien avoir senti une odeur de cramé ce matin, mais tellement fugace que je n'y est pas prêté attention plus d'une seconde... Espérons que l'alternateur fonctionne encore. A priori, je devrais avoir suffisamment de jus pour arriver. Les panneaux solaires ont bien travailler toute la journée.
Hum ! Pour mémoire, cette courroie c'est celle que nous avons démontée et remontée avec Laurent la veille du départ...

J'aime pas le moteur !
16H45 : Je souries devant l'ironie de la chose. En effet, que serait mon voyage sans toutes ces conneries à répétition ? Hein ? On s’ennuierait à naviguer sur un long fleuve tranquille ! N'empêche, si je n'étais pas sensé arrivé dans quatre heures, je serais un petit peu dans la merde... Car bien sûr je n'ai pas la courroie adéquate dans mes réserves. Note pour plus tard : Acheter un jeu de courroies complet !

18H00 : Je profite des dernières lueurs du jour pour préparer La Boiteuse pour l'atterrissage. Je suis encore à 15 milles de ma destination, mais les amarres et les défenses sont déjà en place. Autant faire ça maintenant... Je pense que je vais allumer mes feux de position au dernier moment, pour donner le maximum d'énergie au pilote automatique. Piriápolis est en vue devant moi, et derrière moi j'ai droit à un beau coucher de soleil.

19H00 : Ceux qui ne naviguent pas ne savent pas combien il est compliqué d'atterrir de nuit dans une ville illuminée. C'est un vrai casse-tête que de devoir repérer parmi tous ces points lumineux, le rouge et le vert qui indiquent l'entrée du port. Heureusement, j'ai pris soin de prendre d'autres repères, et le GPS fait le boulot. Le vent s'est levé et forcit, pile dans le nez du bateau. La bascule arrive plus vite que prévu.

20H00 : Ça y est, je vois la rouge qui clignote. J'essaye de joindre les autorités par radio (procédure obligatoire en Uruguay) mais le canal 16 est hyper encombré par tous les cargos au mouillage en face de la ville.

20H30 : Je m'approche doucement du travel-lift où j'aperçois un type qui me fait des signaux lumineux avec sa lampe torche. Je ne suis pas encore arrêté que le type me propose de me mettre ailleurs. Ok... S'en suit alors une manœuvre bien flippante qui consiste à faire demi-tour dans un mouchoir de poche avec un vent de 15 nœuds, un molle de trois mètres d'un côté et le flanc d'un yacht à moteur de l'autre... Mais je m'en sors plutôt bien et quelques minutes plus tard je peux enfin arrêter mon moteur. Il est 20H50, et je suis arrivé à Piriápolis.

A peine libérée, Touline saute sur le molle et commence à explorer son nouvel environnement. C'est drôle, mais à la vitesse à laquelle est se déplace je peux voir qu'elle reconnaît l'endroit !

Le lendemain matin, alors qu'une série d'orages violents s'abat sur Piriápolis, j'ai le plaisir de faire connaissance avec notre nouveau voisin. Il est noir, pèse dans les deux cents kilos et apprécie particulièrement de ne rien faire de sa journée, sauf à se toiletter comme une débutante.
J'aime bien mon voisin. Par contre, je ne sais pas pourquoi, mais Touline semble très timide avec lui ! Elle le regarde de loin... De très loin !

La Boiteuse à bon port

Un gros bébé !

dimanche 4 août 2013

¡Vamonos!

34°26.602S 58°31.795W
Buenos Aires, Argentine

Adios Tigre !
Cette fois-ci c'est la bonne. Je parle de la fenêtre météo que j'attends depuis deux semaines et qui se présente enfin.
Je sais. Vous allez me dire que ce n'est pas trop tôt, que j'ai pris mon temps, patati patata... Nous sommes d'accord. Cela dit, et sans pour autant vouloir me justifier, par trois fois déjà les fichiers météo m'ont annoncé la même chose, et par trois fois j'ai dû renoncer pour des raisons aussi diverses que le froid, la pluie, les vents contraires ou tout simplement parce que je n'étais pas psychologiquement prêt. Bref, que des bonnes raisons à mes yeux.

Mais là, c'est la bonne. Pour preuve, je rentre à l'instant (il est 20H30) de ma tournée administrative et je suis officiellement sur le départ. Quoiqu'il arrive, demain matin je m'en vais avec la marée, c'est à dire assez tôt... Sur les coups de sept du mat'.

Je retourne donc sur mes pas. Destination : le port de La Paloma, en Uruguay. Logiquement, je devrais en avoir pour deux jours...
Allez, j'ai conscience que ce petit mot n'est pas aussi bien troussé que ce que vous avez l'habitude de lire, mais comme d'habitude je suis un peu à la bourre dans mes préparatifs :

Alors je vous dis à dans quelques jours en Uruguay !

Le spi est à poste chef ! Je le couve !

Petit bricolage sur la balancine de tangon

samedi 20 juillet 2013

Faux départ

34°26.602S 58°31.795W
Buenos Aires, Argentine

Je pense que cela n'étonnera pas grand monde si je vous dis que je ne pars pas aujourd'hui comme il était prévu. Oh je sais bien qu'il y en a qui rigole déjà derrière leur écran tellement ils étaient sûr que cela allait être le cas ! Mais que voulez-vous, depuis deux ans que je voyage et lorsqu'il s'agit de « grands » départs, je ne me souviens pas qu'il me soit arrivé de partir le jour et à l'heure dite !
Mais pour une fois, ce n'est pas ma paresse qui est responsable de ce sursis, mais la météo. En effet, la dépression que je comptais emprunter pour faire route se révèle un peu plus conséquente que prévue... Genre gros machin venu du pôle sud, avec des vents entre 30 et 40 nœuds. Le tout agrémenté d'un front froid comme rarement l’Amérique du sud n'en n'a rencontré. On attend même de la neige ici à Buenos Aires, ainsi qu'en Uruguay et peut-être aussi dans le sud du Brésil !


Donc, comme je n'ai pas particulièrement envie de me peler, ni d'en chier pour cette première navigation depuis quatre mois, j'ai décidé d'attendre une fenêtre un peu moins rustique. Je sais bien que la remontée ne sera pas une partie de plaisir, mais mon goût pour les navigations agitées est relativement limité comme vous le savez.

Je vais donc attendre que ce gros machin passe, et me glisser à sa suite comme une petite souris ! Ce qui a priori devrait se produire mardi ou mercredi prochain.
En attendant, je vais peaufiner mes préparatifs tranquillement, sans me prendre la tête... et essayer de ne pas tout faire à la dernière minute comme à l’accoutumé.

En attendant je vous remercie tous pour vos messages d'encouragement... Qui encore une fois tombe à l'eau !

La Boiteuse sur le départ

jeudi 18 juillet 2013

Adios Argentina !

34°26.602S 58°31.795W
Buenos Aires, Argentine

Dernières couleurs automnales avant longtemps
O5H15 du matin, je me suis encore levé trop tôt ce matin. La faute à une prostate de plus en plus présente et à une chatte envahissante. Griotte sur le clafoutis, l'internet est en rade depuis hier au soir, et l'électricité coupe par intermittence... Il fait nuit noire, il caille, c'est le moment idéal pour écrire quelques mots en profitant des deux heures de batterie qu'il me reste.

Mon séjour en Argentine touche à sa fin. Dans quelques jours, samedi ou dimanche, je vais reprendre ma route de navigateur solitaire vers des contrées plus chaudes. La Boiteuse est prête, autant qu'elle puisse l'être. J'ai enfin réussi à faire remplir mes deux bouteilles des gaz, et il ne me reste plus qu'à acheter quelques provisions de bouche et à faire mes formalités de sortie du territoire. Ensuite, ce sera Adios Argentina !

Ma première étape sera le port de La Paloma en Uruguay. Un port que je connais bien pour y avoir passé quelques semaines en janvier (et qui reste un de mes meilleurs souvenirs uruguayen). De là, j'attendrais la dépression qui sera à même de m'emmener le plus loin possible vers le Nord. En effet, dans ce coin-là les vents dominants sont orientés au Nord-Est presque toute l'année, et pour pouvoir remonter la côté Brésilienne il me faut donc profiter des perturbations venues du Sud. Ce qui entre parenthèse veut dire un temps de merde, avec pluie et vents froids... Mais bon, je n'ai pas le choix.

Poncif du jour : Le fric pourri tout
Mon séjour en Argentine se termine donc, et pour être tout à fait franc je pense en garder un souvenir en demi-teinte. Une espèce de sentiment mitigé fait à la fois de déception et de grand bonheur. Comment puis-je vous décrire cette impression... Bon, déjà pour commencer je devrais restreindre la portée géographique de mon jugement. Je ne connais de l'Argentine que la marina de Barlovento, San Fernando, Tigre, et je ne suis allé qu'une seule fois à Buenos Aires pour me promettre ensuite de ne plus y remettre les pieds. Je ne peux donc avoir une impression générale sur le pays tout entier. Ceci étant précisé, je n'ai globalement pas aimé cette escale. Voilà, c'est dit.
C'est trop grand, il y a trop de monde et la vie est extrêmement chère pour qui n'accepte pas, ou ne peut pas, jouer avec le marché noir des devises.
Cela dit, je me dois, à moi-même ainsi qu'à vous, de vous préciser qu'à un moment j'ai été obligé de changer mes euros au marché noir... Je n'ai pas eu le choix, puisque la marina a refusé que je les règle par carte bancaire alors qu'il était convenu dès le départ qu'il en serait ainsi. J'ai donc dû produire en peu de temps une somme rondelette en liquide... Bref, je l'ai fait et j'ai «économisé» pas mal de fric. Mais cela me reste en travers de la gorge et je n'en suis pas fier. J'en ai même plutôt honte pour tout vous dire.

Solitaire et seul de nouveau
Qui plus est, j'ai dépensé pas mal de pognon pour remettre La Boiteuse en état, des dépenses justifiées certes, mais qui avoisinent quand même les 7000 Euros. Mais malgré un coût globalement inférieur à celui que j'aurais pu rencontrer en Europe, je reste avec le sentiment de m'être fait prendre pour un con par tout le monde (le prix de la Grand-voile excepté, je tiens à le préciser).
De plus, je n'ai pas réussi à accrocher avec cette culture qui pourtant me parlait de loin. Le tango, les Mères de la Place de Mai, une vrai politique de gauche à l'échelle d'un grand pays... Tout ça m'est passé complètement à côté, masqué par l’incommensurable élitisme de mon environnement. Je ne m'y suis pas senti à ma place, et ce sentiment l'a emporté sur tout le reste. Sans parler de mon fiasco amoureux qui teinte cette période de mélancolie et de regrets...

Mais bon, je ne veux pas étaler ma rancune plus avant et devenir désagréable. Je vais donc arrêter de me plaindre. Mais toujours est-il que l'Argentine restera globalement un mauvais souvenir, et qu'il me tarde de quitter ces eaux boueuses et froides. Ce qui sera le cas à la fin de cette semaine comme je vous le disais plus haut.

Que vous dire d'autre ? Je vais tout de même regretter deux ou trois choses de ce pays. Mes amis Hughes et Caroline, Laurent avec qui j'ai eu des échanges particulièrement stimulants, la viande pas chère et de qualité.... et puis c'est tout. Pour le reste, il me tarde de tester La Boiteuse parée de ses nouveaux atours. Une quille propre et repeinte de neuf, une grand-voile semi-lattée, une nouvelle disposition des ris... Tout ça laisse présager un comportement de mon bateau bien différent, et j'ai hâte de voir ce qu'il a dans le ventre.

Une soirée de Tango...
Je reprends donc la route, pour la plus grande joie de certain de mes lecteurs j'en suis sûr. Je pars pour trois mois de navigation plus ou moins intensive et je ne m'arrêterais de nouveau qu'une fois les eaux chaudes et transparentes des Caraïbes atteintes... Ma vie commencera peut-être alors à ressembler à une croisière.

lundi 8 juillet 2013

Le paradoxe d'un voyageur

34°26.602S 58°31.795W
Buenos Aires, Argentine

Pas grand chose à vous raconter aujourd’hui. La Boiteuse flotte toujours ce qui est rassurant surtout lorsqu'on vient d'installer un nouveau sondeur et que l'on n'est pas très sûr de ce que l'on a fait. Mais apparemment j'ai fais les chose bien puisque pas une goutte d'eau ne semble franchir le passe-coque... Donc tout va bien.

La Boiteuse à sa nouvelle place. Hélas, trop loin de la rive pour que Touline puisse descendre.
La problématique de la journée va être de trouver un moyen de faire remplir mes deux petites bouteilles de gaz... Ce qui risque de ne pas être une mince affaire car le service qui se chargeait de ça à la marina vient de changer sa pratique et refuse de se déplacer pour des bouteilles inférieures à 10Kg... Mais ce n'est pas grave, je vais bien trouver un moyen. Peut-être même que la solution à mon problème viendra de mon nouveau voisin, qui n'est ni plus ni moins que l'Argentin que j'avais croisé à Agadir il y a un an et demi !

Sinon, et c'est ce qui m'amène vers vous aujourd'hui, je voulais vous signaler un article paru dans les Carnets de Grande Croisière et qui parle... de moi.
Bon, c'est assez intime et ça dévoile certaines choses sur mon passé que peu de gens connaissent, mais je pense que vous apprécierez la plume de mon ami Hughes. Et surtout sa délicatesse.
Comme il le dit si bien « Toutes les histoires de grandes croisières se ressemblent, chaque histoire de départ, au contraire, est singulière, à sa façon. ». La mienne est le résultat d'une souffrance, d'une mort et d'une renaissance. C'est une thérapie, une reconstruction, qui me mènera vers des rivages que je souhaite accueillants et salvateurs.
C'est le paradoxe d'un voyageur qui n'espère rien de moins que de cesser un jour de voyager.

Un pote un vrai, Hughes Bigo
Alors merci Hughes pour avoir su m'écouter. Cela fait un an que nous naviguons (presque) de concert, mais dans quelques jours je vais reprendre ma route vers le Nord et toi et Caroline vous allez descendre vers le Sud. Même si je ne peux vous souhaiter que le meilleur, j'ai quand même l'espoir qu'on se recroise un jour quelque part dans le Pacifique. De l'autre côté de ce gros bout de terre qui nous barre la route de l'Ouest et que l'on appelle Amérique du Sud.
Bon vent les amis !