mercredi 10 novembre 2010

Une heure de ma vie

43°14'40.87"N 5°21'48.94"E
Pointe Rouge

La mer monte… Ouais, c’est vrai ! Ce n’est pas parce que nous sommes en Méditerranée que la mer ne monte pas ! Et là elle monte.
C’est bien simple le bateau est monté d’au moins 40 à 50 cm depuis hier au soir. Du coup j’ai dû revoir un peu mon amarrage… Parce que, l’eau montant, la rigidité d’hier n’est plus celle d’aujourd’hui.
(Houla ! J’en entends déjà qui vont y aller de leurs petits commentaires grivois ! Et oui madame, la rigidité d’hier n’est plus celle d’aujourd’hui… Vous m’auriez vu quand j’avais vingt ans !)

Mais bon, ce n’est pas de ma rigidité dont je voulais vous parler aujourd’hui.
Non, je voulais vous toucher deux mots d’un épisode, d’une petite tranche de vie, qui vient à peine de se passer. Là, il y a moins d’une demi-heure.
Ouais je sais, je suis sur le coup, réactif, et tout et tout…

La baballe...
Alors que je m’apprêtais à enfourcher mon vélo tout pourri pour traverser le port et aller déposer ma crotte (ben oui !), j’avise alors la porte entrouverte d’un des containeur qui sert de local aux plongeurs. Et là, devant mes yeux émerveillés, j’entraperçois la cuvette d’une toilette.
Soucieux de m’épargner quelques efforts inopportuns en cette journée de glandouille programmée, je demande alors (gentiment hein ?) la permission de les utiliser.

Permissions m’est accordée. Mais bon, l’envie n’étant pas si pressée, j’entreprends de discuter avec le responsable d’un sujet universel, le temps qu’il fait. Et accessoirement du temps qu’il fera.
Nous devisons, et voilà qu’un quadrupède à la robe luisante d’humidité dépose à mes pieds un objet aussi sphérique que poisseux. Une baballe.

et le chien.
Et c’est là que j’ai fais une boulette, le truc bête, j’ai donné un coup de pied à la baballe.

Aussitôt le chien, car c’était un chien, se précipite. La saisie dans sa gueule et me la re-dépose à peu près au même endroit.
J’ai hésité un moment, conscient de m’embarquer dans un truc qui risquait d’avoir des implications sans fin, mais finalement j’ai décidé d’être aventureux, et j’ai redonné un coup de pied dans la baballe.




Yep ! je l'ai eu !
Un quart d’heure plus tard, le responsable était retourné se mettre au chaud, mais moi j’étais encore sur le quai à lancer la baballe… Et le chien de la ramener bien évidemment. Et pas toujours à mes pieds sachez-le. Parce que la particularité d’un quai c’est quand même de border un truc qui s’appelle de l’eau !
Par deux fois j’ai dû me mettre à plat ventre pour la pêcher cette sacrée baballe ! Et même qu’une fois j’ai dû improviser une épuisette avec un seau pour lui sauver la vie !

Bref, à un moment il m’a bien fallu mettre un terme à ce jeux tellement important pour lui, mais qui commençait à me gonfler sérieux.
J’ai réintégré le cockpit, tout en essayant d’expliquer à l’animal que les meilleurs choses avaient, hélas, une fin. Je ne pense pas qu’il bien compris le concept… puisqu’il s’est mis à me déposer la baballe directement sur le passe-pont.

Hé ! Tu la prends oui !
Et le jeu s’est alors poursuivi avec cette nouvelle variante, l’homme sur le bateau et le chien à terre.
Lorsque j’ai enfin mis un terme à cette débauche d’amusement, je me suis apperçu que près d’une heure était passée… J’ai remercié alors Monsieur le chien pour m’avoir ainsi diverti pendant ce laps de temps, et je me suis dit que je pourrais tout à fait partager ce moment avec vous.







M'en fout ! J'attendrais...
Le chien n’a pas vraiment aimé que je l’abandonne pour vous, sachez-le. Il a un temps aboyé, à l’impératif au début puis sur un ton un peu plus geignard, pour finalement se trouver une autre occupation. Mais je gage qu’à cause de moi son préjugé sur les humains, créature rabats-joies et inconstantes, n’a fait que se renforcer.

Voilà mes amis ! C’était une petite tranche de la vie du Gwen, en direct du port de la Pointe Rouge à Marseille. A vous les studios !

PS : Ah oui, pour ceux que ça intéresse, j’ai conçu un onglet (juste en dessous du préambule) qui contient un descriptif complet de la Boiteuse. C’est technique, mais pas inintéressant. Pour y accéder, vous cliquez sur « Le bateau ».
@Plus !

mardi 9 novembre 2010

Un lundi ordinaire

43°14'40.87"N 5°21'48.94"E
Pointe Rouge

Nouvelle place
Journée sans grand intérêt que ce lundi… Tranquille dirons-nous. Avec juste ce qu’il faut pour l’animer un chouya et éviter de franchir les limites de l’ennui.

Le matin j’ai fait un truc à la fois plaisant et déplaisant : Je suis allé dépenser des sous pour équiper la Boiteuse.
Déplaisant parce que je n’aime pas dépenser de l’argent. Cela n’a rien à voir avec la radinerie, mais j’ai toujours eu une vie relativement modeste, et dépenser du fric, même si je sais que c’est justifié, m’a toujours paru… Indécent.
Et plaisant, parce qu’équiper la Boiteuse, et bien ça me plaît.

Qu’est-ce que j’ai acheté ?
Oh, pas grand-chose, juste deux trois articles qui faisaient partie de la liste que vous avez pu lire dans l’article précédent… plus des trucs qui n’y figuraient pas mais qui sont néanmoins indispensables.

Nouvelles haussières
J’ai acheté des haussières. Celles que j’avais étaient un peu courtes, veilles et usées. Avec 2 X 20 m et 2 X 10 m, je peux faire mes pointes et mes gardes sans souci et parer à la plupart des configurations d’amarrage.

Ensuite j’ai acheté une recharge de gaz pour mon gilet de sauvetage automatique, et les artifices qui me manquaient, un kit Grand Large au complet. Puis un cône de navigation au moteur et une boule de mouillage.

A bah ça y-est, j’en vois déjà quelques-uns qui ouvrent de grand yeux globuleux… Qu’est-ce donc que cette histoire de cône et de boule, se demandent-ils.

Bon, allons-y pour une petite explication: Le cône et la boule sont des signaux en plastique que l’on hisse un peu en avant de la mâture pour signaler à qui pourra bien le voir deux choses.
Avec le cône on indique que le voilier marche avec son moteur, et avec la boule qu’il est au mouillage.

Alors je sais, vous allez me dire que logiquement c’est quelque chose qui se voit sans qu’on ait besoin de le signaler… Je répondrais, oui ça se voit, mais pas toujours.
De tout façon, c’est dans la réglementation maritime donc moi j’applique… Même si jamais, je dis bien jamais, je n’ai vu arborer de tels signaux dans les eaux françaises, je sais que dans d’autres pays ce n’est pas le cas. Donc, je m’équipe.

Ancienne place
Et puis en début d’après-midi j’ai été contacté par la capitainerie qui m’a demandé de déplacer mon bateau, une barge devant apponter pour vingt-quatre heures là où je squatte. J’ai obtempéré avec diligence, conscient qu’avec mon tarif préférentiel il vaut mieux que je sois coopératif.
Je me suis donc casé dans un coin du yacht-club d’à côté, pas loin des sanitaires (chouette !). Par contre, là où je suis je ne reçois plus le réseau wifi non-protégé que j’utilisais depuis mon arrivée… Et là c’est moins chouette.
Donc, même si ma nouvelle place est plus centrale, dès que la barge a fini son boulot je retourne auprès de mes containeurs, des plongeurs et des pêcheurs. Et du wifi.

Logiquement, je dis bien logiquement, la perturbation qui balaie actuellement le sud de la France, et le reste aussi d’ailleurs, devrait se dissiper d’ici la fin de la semaine. Ce qui veut dire que je vais pouvoir entamer mon retour vers la baie de Villefranche jeudi ou vendredi. Samedi au plus tard.
J’ai besoin, en gros, d’une petite semaine pour parcourir les 200 milles du trajet. Encore faut-il qu’Eole m’accorde ce répit, et là ce n’est pas gagné. M’enfin, c’est pas grave, je profiterais de la fenêtre autant qu’elle restera ouverte, et quand elle se refermera j’irais sagement me mettre à l’abris. Ce ne sont pas les ports qui manquent entre ici et Nice.

Je ne veux en aucun cas renouveler l’expérience de mon arrivée ici… J’ai eu ma dose. Ce que je veux maintenant c’est naviguer avec le vent, et prendre du plaisir. J’ai la chance de pouvoir avoir le temps d’attendre, alors j’en profite.

Nouvelle vue !
Bon, aujourd’hui je vais retourner en centre-ville jouer les touristes et essayer de trouver un GPS portable… Cela ne doit pas être bien compliqué vous dites-vous, et bien si ! Enfin, les GPS j’en trouve, mais la connecting pour le relier au PC, c’est une autre histoire. A chaque fois j’ai droit au même discours, il faut commander tout ça… Non ! Moi ce que je veux c’est du clef en main, et qui marche tout de suite !
Et puis il faut que j’achète de la bouffe aussi. Le frigo est bien vide.

Voilà chers lecteurs le récit bien ordinaire d’une journée ordinaire. Pas de nouvelles sensationnelles, pas de péripéties haletantes. Juste une journée banale sans grand intérêt. Sauf pour moi peut-être, celui de vous la raconter.

Allez ! Faut que je retrouve mon réseau afin de vous poster tout ça maintenant ! Je vais aller arpenter les quais, portable à bout de bras tel le sourcier moderne… Ah, et puis faire quelques photos aussi pour illustrer tout ça.

A plus !

dimanche 7 novembre 2010

Débriefing et philosophie

43°14'40.87"N 5°21'48.94"E
Pointe Rouge

Au petit matin...
J’ai longuement hésité avant que de décider à publier ce qui suit… Je l’ai écris, ça c’est une chose, mais cela en est une autre que de balancer sur la table sa propre incompétence.

Mais bon, j’avais dis que je le ferais, alors je le fais. Je parle de faire un petit bilan de ma mésaventure du dimanche 31, lorsque je me suis retrouvé en fâcheuse posture au large du cap Camarat.

Bon, commençons par le négatif.

Le bateau et moi n’étions absolument pas prêt, ça c’est clair.
Juste avant de partir, j’ai rajouté une bouée à fer à cheval et trois feux à main, ce qui fait que j’étais quasiment au clair avec la réglementation concernant l’armement côtier. Mais il me manquait quand même une boule de mouillage et un cône de marche au moteur pour être tout à fait en règle. Ainsi que, et là c’est beaucoup plus grave, des extincteurs en ordre de marche. Les miens sont périmés depuis avril 2009...

Pour ce qui est de la réglementation hauturière, il me manque :
-Un radeau de survie aux normes. Le mien est périmé depuis 2001...
-Trois fusées parachute, et deux fumigènes.
-Un livre des feux.

Mais la réglementation ne fait pas tout, et nombre de précautions doivent être prises même si elle ne sont pas gravées dans le marbre de la loi.

Du point de vue du matériel.

-Mon échelle de bain n’était pas à poste.
-Je n’ai pas de ligne de vie le long du passe-pont et dans le cockpit pour m’assurer convenablement.
-J’ignorais encore où se trouvaient la plupart des choses. Et même lorsque je le savais, je ne les avais pas regroupée de façon à trouver tout l’équipement sécu au même endroit.
-Je n’ai pas de voile de tempête…
-Ma barre de secours est au fond d’un coffre, inaccessible.
-Je n’ai pas de bidon étanche avec du matériel supplémentaire, vêtements secs, nourriture, eau, etc, pour compléter le radeau de sauvetage.

Dans le fond de mon seau...
Voilà, je crois que j’ai fait le tour de ce qui ne va pas et que je vais devoir remettre en ordre avant que de penser à repartir.

Ensuite au niveau personnel.

-Je ne connais pas encore mon bateau sous le bout des doigts.
-J’ai pris trop de liberté avec la météo en ne prenant en considération que les prévisions les plus optimistes. Et les plus pessimistes se sont produites.
-J’avais un horaire à respecter. Mais je reviendrais plus tard sur cet aspect des choses.
-Et plus spécifiquement par rapport à cet épisode : Je me suis planté dans ma manœuvre de prise de ris, en étarquant la bosse avant la drisse. Même si ce n’est pas cela qui a déchiré la voile, elle était d’après le voilier déjà fragilisée au niveau d’une des lattes, cela aurait très certainement conduit au même résultat.

Le côté positif maintenant :

Il n’y en a pas beaucoup j’en ai peur. La seule chose qui me vienne à l’esprit, c’est qu’en tant qu’individu j’ai plutôt bien réagit à la situation. Je n’ai pas paniqué, et j’ai su me débrouillé pour limité les dégâts. De même, j’ai plutôt été bon dans ma navigation.
Voilà, c’est tout.

Pour terminer, j’aimerais revenir sur les qualités et les défauts de mon bateau. Enfin, celles que j’ai deviné pendant ces trois jours, et compte tenu du fait que nous marchions au moteur.
Il est solide, ça je le savait. Mais de par sa forme et ses dimensions c’est un bateau exigeant. Il est plus a l’aise dans des allures de près, et va se révéler délicat à barrer par vent arrière. Et c’est quelque chose que je vais devoir prendre en compte lors de mes prochaines navigations.

Voilà, ceci étant mis sur le papier, il va me falloir agir en conséquence et remédier à tout ça. Et mon escale prolongée à Marseille va me permettre de le faire.

Au boulot !

Ma Grand-voile retrouvée
Ah oui, j’avais dit que je reviendrais sur cette histoire d’horaires à respecter…
J’ai compris une chose avec cette aventure, une chose qui déborde un peu des considérations purement marines et s’étend sur le terrain de la philosophie.

La vie du terrien se déroule à un rythme qui lui est propre. Une journée, c’est une journée, avec dedans deux demi-journées de travail (ou pas), du transport, en commun ou pas… Bref, la vie de l’homme ou de la femme moderne, intégré socialement, est basée sur une unité de mesure qui est grosso modo l’heure. Voire même la demi-heure, quand ce n’est pas la minute… Mais bon, prenons l’heure comme base de réflexion.

La vie en itinérance sur un bateau se déroule à un autre rythme que celui de la vie dite « normale ». Elle se déroule à la vitesse des anticyclones et des dépressions, à la vitesse de croisière du bateau… C’est-à-dire guère plus que quelques milles à l’heure. L’unité de mesure temporelle du manouche des mers c’est la journée.

Ca veut dire que mon temps à moi se déroule vingt-quatre fois moins vite que le votre… Ce qui veut dire qu’alors que vous regardez un film à vitesse normale, je le regarde pour ma part image par image…

D’où forcément un décalage lorsque ces vies se croisent. Parfois, rarement, les bobines des films arrivent à coïncider et deux mondes peuvent alors se croiser. Mais sinon, alors que vous vaquez à vos occupations quotidiennes, moi j’avance au ralenti.

... avec des pansements !
Prenez par exemple l’épisode de la semaine dernière. J’avais un rendez-vous à Marseille et j’ai dû m’y rendre à ma vitesse. Et cela m’a pris trois jours.
Si j’étais resté dans votre monde, cela m’aurait pris trois heures…
On est toujours dans un rapport de un à vingt-quatre.

Et c’est en voulant à tous prix faire coïncider les deux bobines que je me suis mis en danger…
Alors est-ce que cela veut dire que les deux mondes sont irrémédiablement incompatibles ? Non pas forcément. Cela induit juste que si l’on tient absolument à les faire se croiser, il faut tenir compte de ces deux vitesses et préparer le truc bien en amont…

Bon, je vais en rester là avec mes considérations philosophiques à deux balles pour aujourd'hui. Peut-être que je me plante complètement avec cette approche, et dans ce cas je compte sur vous pour me démentir. A moin que j’ai en partie raison… auquel cas la discussion est ouverte pour étayer tou ça.

Bon dimanche à tous !

vendredi 5 novembre 2010

La vie et rien d’autre

Vers la sortie
43°14'40.87"N 5°21'48.94"E
 Pointe Rouge

Quel jour sommes-nous aujourd’hui… ? Le 5, ça je sais, mais j’ai un doute pour le reste… Ah oui, aujourd’hui nous sommes vendredi. Et il doit être quelque chose comme 17h00 et des brouettes.
Comment je le sais ? Et bien tout simplement parce que le bateau bouge. Oui, en fin de journée, et en début aussi, forcément), les pêcheurs, plongeurs de tous poils rentrent se mettre au chaud, riches de leurs prises ou simplement de la journée qu’ils viennent de passer. Et comme je suis situé tout de suite à l’entrée du port, j’ai droit, le matin comme le soir au ballet incessant des petites embarcations. Des plus grosses aussi parfois, chargées jusqu’à la gueule de palanquées bien disciplinées, affairées, que sont celles des marins pompiers.
Depuis les containeurs qui sont à quelques mètres, et qui servent de local à des clubs de plongée, j’entends les moniteurs qui terminent de préparer les bouteilles pour la journée du lendemain. J’entends le bruit des compresseurs qui ronronnent. Les soupapes des bouteilles qui chuintent.
C’est la fin de la journée.

Industrialité
Pour moi aussi d’ailleurs. Une journée pas spécialement riche, ni copieuse, mais une journée honnête. Et une journée honnête, pour moi c’est une journée raisonnablement remplie. Des choses importantes ont été faites, pas beaucoup mais quelques-unes. Des décisions prises, là encore, pas beaucoup mais quelques-unes.
C’est ça une journée honnête : Une journée qui fait que celle de demain vous parait plus facile.

Ce matin je me suis occupé de moi. J’ai lavé mon corps, un teeshirt et des chaussettes. J’ai rattaché le radeau sur le pont. Oh ce n’est pas qu’il tenait mal, c’est que maintenant c’est plus joli, c’est tout. Et puis je suis allé à la capitainerie pour voir s’ils voulaient bien que je reste un peu plus longtemps. A priori ça doit être bon puisqu’ils devaient me rappeler et qu’ils ne l’ont pas fait…

Où je suis ?
Ensuite j’ai pris un bus, puis un métro, puis un deuxième métro, et je me suis retrouvé sur le vieux port.
C’est joli le vieux port de Marseille, enfin ce que j’en ai vu. J’avais mal au pied, alors je suis allé à l’essentiel.
J’ai trouvé un tabac achalandé en bouffardes et j’ai remplacé ma chère disparue. Puis j’ai mis le cap vers une librairie maritime que l’on m’avait indiqué. Chemin faisant, je me suis attardé quelques instants pour observer le spectacle des poissonniers et poissonnières qui vendaient les prises de la nuit précédentes. Je ne suis pas très calé en poissons de mer… Pas encore. Mais ils bougeaient encore, ça je l’ai bien vu.
Un instant j’ai pensé m’en acheter, mais la perspective de me les trimbaler toute la journée m’en a empêché. Le monde qui grouillait autour des étals aussi.

Au spectacle
La librairie était telle qu’on me l’avait décrite : Passionnante.
J’y ai discuté le bout de gras avec le propriétaire… Nos avons parlé de cartes, de livres, de routes, de vents… J’y ai dépensé quelques sous également. En sortant j’avais sous le bras l’incontournable Routes de grande croisière de Jimmy Cornell. Et puis deux cartes générales aussi : La côte de Fos sur Mer à l’Italie et le sud de la méditerranée englobant la Sardaigne, la Sicile et l’île de Malte…

Puis mon portable a sonné. Ma Grand voile était prête, est-ce que je pouvais venir la chercher en début d’après-midi ?

Ben oui, je pouvais… Alors je l’ai fait. Juste le temps de déposer mes achats au bateau, de manger un bout, et j’ai enfourché mon vélo pour me rendre à la voilerie.

Sanctuaire
Oh qu’elle était belle ma voile sur le parquet de l’atelier !
Et vous auriez vu ces coutures, et ces rajouts de toiles au endroits sensibles ! Avec des protections pareilles, Eole aura bien du mal à me la déchirer maintenant. Et moi je pourrais me permettre quelques conneries sans conséquences…
En plus, j’ai eu la surprise de sortir un peu moins d’argent que je ne l’avais prévu. Pour deux cents euros tout ronds, en espèces sonnantes et trébuchantes, j’ai pu ramener ma voile posée sur le cadre de mon vélo.
Elle est là, posée sur la banquette du carré dans son sac orange, et elle attendra bien demain matin pour que je la remonte.

Après, j’ai répondu au téléphone… Dominique, de l’association SPC voulait savoir où j’en étais. Vous n’avez qu’à lire mon blog lui ais-je répondu. Et puis qu’il ne faudra pas trop compter sur moi avant quelques jours… Car oui, j’avais pris ma décision. J’allais rester quelques jours à Marseille.
Tout d’abord parce que comme je vous l’ai dit dans un commentaire sur l’article précédent (mais tous ne lisent pas les commentaires), j’ai encore une journée de beau temps demain, et ensuite une grosse perturbation se présentera de l’Ouest… Alors, quitte à rester coincé au port, autant que cela soit ici, à la Pointe Rouge, là où j’ai sous la main tout ce qu’il faut pour équiper la Boiteuse.
J’ajouterais qu’avec un tarif préférentiel et le wifi gratos, la question ne se pose plus.

Ensuite, après avoir rassuré cette chère Dominique sur mon bonheur, j’ai dormi. Une heure et demi, pas plus. Une sieste pour le plaisir autant que pour reposer mon corps.

Et tout doucement, alors que sirotais mon moque de café le bateau a commencé à bouger, et les compresseurs de ronronner, et les soupapes de chuinter. C’était la fin de la journée.

Alors, peut-être ne serez vous pas d’accord avec moi, mais moi je trouve que ça a été une bonne journée…

jeudi 4 novembre 2010

Coquillages et crustacés...

43°14'40.87"N 5°21'48.94"E
 Pointe rouge

Quelques nouvelles, rapidement griffonnées sur le coin d’un clavier.
Hier, j’ai donc commencé mon stage de deux jours sur la sécurité en mer. Première journée consacrée aux généralités des dispositifs internationaux de secours en mer… Un peu fastidieux, mais pas inintéressant.
Cela est surtout fait pour que nous comprenions l’immensité du dispositif à l’échelle de la planète.

Imaginez un peu… Depuis des millénaires que l’homme navigue sur les flots, il n’a eut de cesse de perfectionner les moyens d’assurer les retour à bon port des navigateurs. Ça a commencé avec des feux de bois perchés sur des promontoires… Et nous en somme à l’ère des satellites.
En fait ce qui est colossal, c’est-ce qu’il se passe en coulisse. Ce que peut déclencher le simple fait d’appuyer sur un bouton de détresse. On n’imagine pas l’ampleur des moyens qui sont alors mobilisés, aussi bien au niveau national qu’international, civil que militaire, tout cela pour ne tendre que vers un seul et unique but : Sauver des vies humaines.
C’est proprement hallucinant.

L’après-midi, nous avons revêtu des combinaison de survie, et avons barboté pendant trois heures dans l’eau. Bon d’accord, ici à Marseille elle fait 18-19°C. Mais si vous n’avez pas une telle combinaison, à ces températures en X heures vous êtes mort.

Bref, tout cela est éminemment instructif pour moi, et je ne regrette pas d’être venu.

Sinon, du côté de ma voile, les choses s’annoncent plutôt bien puisque je l’ai déposée à la voilerie hier au soir et devrais pouvoir la récupérer vendredi en fin d’après-midi.
Pour une somme raisonnable, je vais avoir une voile « blindée ». Avec coutures renforcées aux points stratégiques et une chute (c’est le bord le plus long et qui n’est tenu ni par le mât, ni par la bôme) renforcée avec une bande de dix centimètres en tissus hyper-résistant.
Avec ça je vais pouvoir partir tranquille.

Et justement puisqu’on en parle, qu’en est-ce que je pars ?

Et bien la réponse c’est quand je veux. Na !

Car s’il est une chose que j’ai bien compris avec ce coup de vent essuyé dimanche, c’est que je ne veux plus, plus jamais, avoir de délais à respecter. Je partirais quand je serais sûr d’avoir de bonnes conditions, et j’arriverais quand j’arriverais…
Et je crois d’ailleurs que ceci vaut aussi bien pour le navigateur que pour le terrien.

Tiens, j’en ai une bonne à vous raconter. Cela pour illustrer le fait que j’en apprends (avec bonheur) tous les jours.
Hier au soir… Non, c’est avant-hier soir… Je m’y perds un peu moi avec le temps qui passe… Avant-hier donc, alors que je m’apprêtais à passer ma première nuit à Marseille, et alors que j’étais sur le point de me coucher après avoir publié mon dernier article, j’ai été interpelé par un drôle de bruit…
Cela ressemblait à un crépitement continu. Et dans mon esprit cela faisait un peu comme le bruit de l’eau coulant sur un galet.
Aussitôt, je me met à imaginer des choses. J’entrevois une fuite, avec de l’eau ruisselant le long de l’intérieur de la coque… Bref, je m’inquiète.
Et voilà donc le Gwen, à onze heures du soir en train de soulever tous les planchers du bateau ! Passant la main sur l’intérieur des fonds à la recherche de trace d’humidité, craignant à chaque instant de découvrir que sa fière esquif était en train de couler !

Peine perdue. Pas la moindre trace d’eau, où que ce soit. Sur les coups d’une heure du matin, incrédule mais toujours inquiet, j’ai laissé tomber mes recherches frénétiques, en me disant : Bon, on verra demain… Mais impossible alors de trouver le sommeil !
J’ai du mettre mes bouchons d’oreille pour m’endormir !

Le lendemain matin, ce bruit agaçant au possible était toujours là…

Je pars à mon stage, à cent mètres à peine, et pendant toute la journée je n’ai pas cessé, dès que c’était possible, de jeter un œil à mon bateau pour surveiller sa ligne de flottaison. J’avais au fond de mon estomac un nœud de la taille d’un ballon de foot !

Puis, le soir venu, j’ai hébergé pour la nuit un de mes collègue stagiaire. Et alors que nous discutions le bout de gras pendant que les pâtes cuisaient. Je lui demande comme si de rien n’était, ce que pouvait bien être ce bruit.
Tu parles, comme si de rien n’était ! Alors que je venais de passer la journée à ne penser qu’à ça !

Et vous savez ce qu’il me répond ? Oh, ça c’est rien, c’est le bruit du fond qui résonne à travers la coque. Comment ça les bruits du fond ? Ben oui, le bruit des crustacés, tout ça… C’est du biologique quoi !

Nondidiou ! Je venais de passer une nuit et une journée à me ronger les sangs pour… Des saloperies de crustacés !

Tout ça pour vous dire que j’en ai encore pas mal à apprendre. Dommage que pour cela je doive en passer par des phases d’angoisse inimaginables…

Allez, je vous laisse pour aujourd’hui. A la prochaine !