vendredi 31 août 2012

Jouons un peu



07°02.535S 34°51.352W
Marina Jacaré, Brésil



Je suis sûr qu’à la vue de cette photo, vous êtes nombreux à vous demander : Mais qu’est-ce donc que ce machin là ? Et même que les plus gourmands d’entre vous doivent se demander si ça se mange et comment on doit le préparer !
Et bien, comme je suis d’humeur taquine, je vais vous laisser plancher là-dessus tout le weekend !
Bien évidemment, ceux qui savent sont priés de se taire, sinon le jeu n’aura plus de sens et on ne pourra plus se moquer des propositions saugrenues de ceux qui ne savent pas. Car c’est une peu la finalité du truc, mine de rien.

Sinon, toujours dans la déconne, je voulais dédicacer la photo qui suit...

A mon amie Lucifer !
 Voilà ma chère, tu n’as plus qu’à venir en profiter, ton hamac t’attend !

Et pour finir en apothéose ce guilleret billet, je vous annonce que vous allez pouvoir me retrouver en train de causer dedans l’émission Allo la Planète, sur le Mouv’ bien sûr. Lundi 03 septembre, entre 13H30 et 15H00. 


J’aurais le plaisir de papoter avec l’ami Éric Lange et je crois même qu’on devrait causer de ma transat en (presque) solitaire. A bientôt sur les ondes !

mardi 28 août 2012

Rentrée


07°02.535S 34°51.352W
Marina Jacaré, Brésil

C’est bête, mais tel que vous me voyez là, je ne sais pas trop quoi vous raconter. C’est la rentrée médiatique en France et les lecteurs qui avaient quelque peu désertés ce blog reviennent petit à petit, alors je me dis que par respect pour eux, pour vous, il faut bien que je vous donne quelques nouvelles.
Bon, vous allez me dire que rien ne m’y oblige, que je fais ce que je veux. Que si je n’ai pas envie d’écrire, je n’écris pas... Et vous aurez raison. Et en même temps... En même temps je ne peux m’empêcher de culpabiliser comme un con. J’ai encore pas mal de boulot si je veux arriver à me débarrasser de mes réflexes conditionnés d’homme occidental. Mais le veux-je vraiment et est-ce utile pour moi, là est la question.

Bon, foin d’atermoiements, passons aux dernières nouvelles. Laissez-moi deux minutes le temps de regarder les dernières photos que j’ai prises... Il y a sans doute là matière à discutailler.

Jolie maman
Vendredi dernier j’ai été invité à Ribeira, pour un churasco organisé pour les 66 ans de Joël (un type extra). Donc, dans la matinée j’ai pris la lancha de service pour qu’elle me fasse traverser le fleuve. J’adore ce moyen de transport... Tellement pratique et peu onéreux (2 R$ = 0,80 €), il permet d’effectuer en un quart d’heure le trajet qui demanderait 40 kilomètres à une voiture. Le parasol est l’accessoire indispensable, pour se protéger du soleil bien sûr, mais d’abord et surtout pour servir de pare-embruns !
La barque a contourné l’île, longé la mangrove et emprunté un autre bras du fleuve pour arriver jusqu’à la petite marina de Ribeira. En fait de marina, il s’agit plutôt d’un ponton privatif pouvant accueillir une demi-douzaine de voiliers à faible tirant d’eau. On est là chez l’habitant. La douche c’est la sienne, la pièce commune c’est son salon... Bref, les voyageurs sont plus des invités que des clients. Personnellement je goûte peu ce genre de promiscuité, mais je sais en comprendre le charme. On est à cent lieues de tout, dans ce petit village de quelques centaines d’habitants. Perdu au milieu des cocoteraies... Du coup les difficultés d’avitaillement passent au second plan, tant le cadre est reposant.

Mon portugais s'améliore !
L’après-midi passé à discuter politique avec le propriétaire des lieux fut également pour moi d’un grand intérêt. J’ai pu apprendre plein de choses sur la manière dont fonctionne le Brésil. Mais si vous me le permettez j’attendrais un peu avant de vous pondre un truc là-dessus. Tout cela demande encore à être fouillé et mis au clair par votre serviteur, tant les contrastes sont flagrants dans ce pays. Et puis il y a des trucs que je n’arrive pas encore à comprendre tout à fait...

Bref, après-midi sympa et retour en lancha à la nuit tombée, pour enquiller directement sur une soirée brochettes avec d’autres copains. Heureusement que je ne bois plus, parce que là, c’est sûr, j’aurais fini sous la table. D’ailleurs j’en connais... Mais bon, je ne citerai pas de noms !

Dimanche nous avons eu la surprise de voir débarquer une école de capoeira venue de Joao Pessoa pour une démonstration.
Franchement, je ne suis pas vraiment fan. C’est beau, d’accord, mais on s’en lasse assez vite. Mais je reconnais volontiers que là encore mon cerveau conditionné m’empêche peut-être d’apprécier les subtilités de ce « sport de combat », qui est plus à mes yeux une danse qu’un art martial... Ce sont sans doute ces quinze années de judo que j’ai dans les pattes (et dans les bras !) qui m’empêche d’apprécier... Sans doute.
Et puis il y a un côté hautement religieux dans la capoeira (en tout cas telle que je l’ai vue pratiquée ici) qui m’exaspère au plus haut point. D’après ce que j’ai compris des chants qui rythment les passes entre les « joueurs », on est carrément dans une espèce de démonstration-prière lancée à la face de Dieu pour qu’Il soit favorable aux capoeiristes. C’est déroutant en ce qui me concerne, et ça ne correspond pas vraiment à ma vision de ce qu’est un art martial. Mais bon, il n’empêche que c’est joli à voir !

Vous me reconnaissez ? Je suis un arbre à pain !
A part ça, la Boiteuse est presque prête à prendre la route. Son génois déchiré a été réparé, ainsi que le régulateur. Je n’ai plus qu’à faire quelques bricoles, et surtout attendre une fenêtre météo favorable pour reprendre la route en direction du Sud.
L’Uruguay et l’Argentine m’appellent, en même temps que le Brésil me pousse vers la sortie... Plus que 53 jours avant l’expiration de mon visa, je vais devoir faire fissa.

Bon ben finalement j’aurais réussi à vous écrire quelques lignes pour accompagner mes dernières photos. Allez, je vous laisse et à la prochaine ! 

Marina Ribeira
Très bucolique n'est-ce pas ?
Cocoteraie
Hop !
Le berimbau
Mixte
Prière et signe de croix avant la démonstration...
La leçon de morale qui va bien... (ou pas)
Une trogne
Une tronche

lundi 20 août 2012

Les oiseaux du fleuve


07°02.535S 34°51.352W
Marina Jacaré, Brésil

Je vous ai déjà parlé de ces lanchas. Oui, vous savez, ces pirogues qui servent aussi bien à traverser le fleuve en jouant les bateaux taxis, qu’à la pêche. Dès cinq heures du matin, alors que le soleil se lève à peine, on entend le bruit caractéristique de leurs moteurs deux temps, et leurs coques multicolores font partie d’une certaine image du Brésil, au même titre que la caipirinha ou la samba.

Oui mais voilà, il fut un temps où le moteur n’existait pas, et où seul le vent propulsait ces barques toutes simples. De nos jours, elles ne revêtent leurs beaux atours que pour satisfaire à quelques compétitions, ou pour enchanter les nostalgiques. Les férus d’esthétique aussi...

Car elles sont magnifiques.



Voilà donc ce que j’ai eu la surprise de découvrir un beau matin. De splendides voilures, taillées dans un tissu qui ressemble un peu à du taffetas. Fragiles. Puissantes. La bôme est plus longue que le mât, la toile est complètement surdimensionnée par rapport à la coque qu’elle est sensée propulser. La pirogue devient alors avion, fusée, oiseau. Elle vole littéralement sur l’eau, ne tenant son fragile équilibre qu’à la grâce d’un acrobate et d’une planche en bois.



Je n’aurais pas cru que ces barques, ces pirogues, toutes simples, pouvaient se transformer en oiseaux... Et pourtant, à mon sens c’est bien le cas.






mercredi 15 août 2012

Virement de bord

07°02.535S 34°51.352W
Marina Jacaré, Brésil

Lorsque j’ai posé le pied sur le ponton vert de la marina de Jacaré, je ne vous cacherais pas que la perspective d’être dégouté à jamais des voyages au long cours m’a effleuré l’esprit. Mais je savais au fond de moi qu’il ne s’agissait là que d’une réaction normale après ces longues semaines de mer, et qu’il allait me falloir laisser passer un peu de temps pour digérer tout ça, et ne plus être justement dans la « réaction ».

De fait, un peu de temps est passé, et j’ai pu reconsidérer la question. Je ne suis toujours pas un fan absolu de la haute mer, mais je sais à présent de quoi « ça » a vraiment l’air, et le cas échéant je me sais capable de recommencer. Si besoin est. Et besoin il y a.

Vous vous souvenez sans doute qu’à cause de la politique de notre ancien Président (Honni soit son nom), le français voyageur s’est vu interdire le renouvellement de son visa, et ne dispose donc plus que de trois mois pour séjourner au Brésil, un pays dont la superficie équivaut à 12,6 fois celle de la France. On murmure qu’avec la Coupe du Monde de foot et les JO de 2016, les choses vont probablement évoluer dans le bon sens, mais toujours est-il qu’actuellement le français-marin-voyageur, s’il a l’intention de profiter des 4000 km de côtes brésiliennes, a intérêt à ne pas s’arrêter trop longtemps pour respirer l’air du temps. En clair, tous les français que j’ai croisés ici se retrouvent dans la même galère : C’est marche ou crève. Sans parler de ce sentiment d’être le dindon d’une farce dont ils ne contrôlent ni les tenants ni les aboutissants.

Donc, en arrivant à Jacaré, lorsque le fonctionnaire de l’émigration m’a demandé combien de temps j’allais rester ici, et où je pensais aller ensuite, j’ai carrément annoncé mon intention de glander trois mois à la marina avant que de sortir du pays pour filer vers le Nord et les îles de Trinidad et Tobago. Entre parenthèse, et ensuite je n’y reviendrais plus, je vous signale que ledit fonctionnaire était sincèrement désolé et parfaitement conscient de la stupidité d’une telle directive. Ostraciser tout un peuple à cause des lubies migratoires d’un nain fascisant, est parfois aussi difficile à appliquer qu’à subir, et franchement ça me rassure quelque part...

Bref, telle était donc mon intention au lendemain de mon arrivée. Il ne fallait plus me parler de navigation, et puisque le Brésil ne voulait pas me donner les moyens de rester assez longtemps pour en effleurer ne serait-ce qu’une partie, j’allais vraiment en faire le minimum. A cela s’ajoute des configurations géographiques et météorologiques qui font qu’il est bien plus aisé de remonté vers le Nord, que de descendre vers le sud.

C’était sans compter sans le hasard des rencontres qui fait le sel d’une vie. Au même titre que Philippe, qui sut me faire changer d’avis quant à la Patagonie, Sylvia et Francis réussirent à me persuader que Jacaré n’était pas le Brésil et qu’il serait bien dommage que je passe à côté de ce que peut m’offrir la moitié d’un continent. L’idée c’est assez rapidement faite dans mon esprit, et en quelques heures ma décision était prise : J’allais passer au moins un an en Amérique du Sud.

Alors voilà comment les choses vont se passer. Plus ou moins. Il ne me reste que mon régulateur à faire ressouder, et je devrais être en mesure de mettre les voiles vers la fin du mois. Il me restera alors deux mois, un peu moins, pour longer toute la côte et descendre jusqu’au Rio de la Plata. Là, je serais au portes de l’Uruguay et de l’Argentine. J’y passerais l’été austral, et quand les températures commenceront à baisser sérieusement, je remonterais repasser trois mois au Brésil.

Comment les choses vont s’articuler exactement pendant tout ce laps de temps, je n’en sais rien et c’est très bien ainsi. Ce que je sais par contre, c’est que je vais finalement visiter des régions sur lesquelles j’avais fait une croix lors de mon renoncement à traverser le Détroit de Magellan. Et ça mes petits amis, ça me réjouit grandement !

Allez, pour clore cette nouvelle, je vous offre quelques photos prises hier lors d’une balade à João Pessoa.

Praça Antenor Navarro
João Pessoa est une ville religieuse, et verte.
Vue de l’Hôtel Globo

samedi 11 août 2012

Promenade

07°02.535S 34°51.352W
Marina Jacaré, Brésil

Brésil... Quand je tape ce nom, ça me fait encore tout drôle. C’est comme ci je n’arrivais toujours pas à me rendre compte de l’endroit où je me trouve et de ce que j’ai pu faire pour y arriver. Comme s’il s’agissait d’un produit de mon imagination, d’un rêve. Pourtant il suffit que je mette le nez dehors pour que le rêve prenne forme. Lorsque je m’assois dans mon cockpit le matin pour siroter mon café et que je jette un regard circulaire, tout me parle, me hurle, que je suis au Brésil. 


La matinée s’annonce radieuse après les pluies de la nuit. La marée est descendante, laissant à découvert des pans de vase où grouillent des crabes aux allures d’aliens. Touline observe avec attention ce balai étrange et guette l’occasion d’en choper un pas trop gros, à la carapace encore tendre et à la pince inoffensive pour jouer avec. Je la laisse à sa concentration et referme la barrière du ponton derrière moi. 



Un chemin de terre battue me sépare des maisons qui bordent le fleuve. Les villas de riches aux barbelés agressifs y côtoient les masures de pêcheurs. Le matin tôt c’est le va-et-vient des lanchas, ces pirogues-taxi, qui débarquent écoliers et travailleurs venus des villages de la rive d’en-face. Un cheval broute négligemment l’herbe du talus, je le flatte au passage et continue de longer la rive. Je réveille un chien qui termine sa nuit lové dans le sable d’une petite plage. Des pirogues de pêche sont amarrées, leurs filets recouverts par des branches de cocotiers. Un sentier semble s’écarter du bord du fleuve et s’enfoncer dans les terres. Je m’y engage.


Au loin un vol d’urubus attire mon regard. Je m’approche et découvre un gang au grand complet, occupé à nettoyer une décharge sauvage. Fossoyeurs, recycleurs, ces oiseaux sont aussi beaux en vol qu’ils sont moches sur terre. Ici, à la campagne, c’est le vautour qui fait office de pigeon. Un gros pigeon noir au cou horriblement dénudé.


Je poursuis mon chemin et bifurque vers le village en coupant à travers la prairie. Un couple d’ânes m’observe au passage. Plus loin, quelques vaches accompagnées de leurs veaux se reposent. Elles sont magnifiques ces vaches. Elles ont quelque chose dans le regard qui rappelle l’antique apis égyptienne.
Un jeune garçon perché sur son cheval, un bloc de mousse en guise de selle, survient pour les mener paitre. Dociles, elles se laissent conduire de l’autre côté de la voie de chemin de fer. 


Le train qui dessert les villages du fleuve passe en sifflant à tue-tête proclamant haut et fort sa priorité sur les vaches et sur les voitures. Il passe au ras des pare-chocs dans le fracas de son diesel et l’arrogance de son sifflet. 


Au-delà des rails, après la quatre-voies, c’est la grande banlieue de la ville. J’aperçois les tours qui ont poussées comme des champignons ces dernières années. Un troupeau traverse la route mené par des gardiens à pied... Le contraste est saisissant. 


Je rentre maintenant par la rue du village de Jacaré. Une rue pavée, unique, bordée par les petites maisons basses des pêcheurs. Il y a une église, une école, une épicerie quelques comptoirs où boire un verre de cachaça, mais c’est dans la rue que tout se passe. La rue c’est à la fois l’agora, le terrain de jeu des enfants, le lieu où l’on expose sa nouvelle voiture, où le soir venu on tire quelques chaises pour discuter avec son voisin. C’est à la fois le cœur et l’épine dorsale de la communauté. Et tout au bout de la rue c’est de nouveau le fleuve. Large, puissant, bercé par le rythme des marées. 


Je reprends le chemin de terre et me voilà à la petite barrière verte. Touline est là qui m’attend en jouant avec des feuilles mortes. Il est temps de rentrer, il commence à faire chaud. 

(Faites moi plaisir, cliquez sur les photos pour afficher le diaporama)