vendredi 15 avril 2011

Breaking news

, f41°46.664N 03°02.135E
Port de Sant Feliu de Guíxols

Le coupable !
Salut les petits loups ! Bon, les choses se précisent. Cet après-midi j’ai eu la visite du patron de la Nautica, celui qui est français et qui s’appelle Damian. Nous avons pas mal causé et la première chose à faire est de vérifier pourquoi mes batteries ne se rechargent pas lorsque je suis au moteur. Donc, un mécano est venu tester l’alternateur (ou plutôt les alternateurs car j‘en ai deux), et après avoir constaté que celui qui était sensé recharger les batteries nécessaires au fonctionnement des instruments de bord ne fonctionnait pas (ça va ? Vous suivez ?), il l’a embarqué sous son bras et a promis de le réparer pour lundi.
L’avantage est que maintenant je sais exactement quoi sert à quoi ! Je veux dire que je sais quelle batterie alimente quoi. Et je peux vous dire que c’est un beau bordel… C’est fait en dépit du bon sens !

Donc, la Boiteuse et moi on va passer le weekend ici, à Sant Feliu. Au programme, découverte de la ville qui m’a l’air bien sympa et qui me rappelle Draguignan, la mer en plus. Dégustation de tapas. Mercado de domingo qui aura lieu dimanche. Et puis on va essayer de travailler mon castillano-catalan… Avec si possible un public féminin et accord.
Pour l’instant je fini de taper ces mots assis confortablement à la terrasse d’un café qui dispose ostensiblement devant ses clients une carte avec tous les tapas qu’ils proposent… Mmmm… Je crois que je vais me laisser tenter !

En revenant vers la ville j’ai eu le bonheur de croiser des habitants un peu bizarres… 

Mais qu'est-ce que...
Vu !!!















Un dortoir collectif ?














Vu toi aussi !
 Franchement, vous saviez qu'il y avait de perruches si prêt de la France vous ? On n'est qu'à 75 Km quand même... Ça donne à cette escale un avant de tropiques, vous ne trouvez pas ?

Retour à Sant Feliu

41°46.664N 03°02.135E
Port de Sant Feliu de Guíxols

Ça, c'est ce qui était prévu...
Bon, nous voilà en Espagne… Pas tout à fait à Barcelone mais presque. Mais bon, qu’est-ce que 47 malheureux milles nautiques comparés à ces quelques centaines de milles que nous avons déjà parcourus la Boiteuse et moi ? Pas grand choses finalement.

Il est six heures du matin ce vendredi et je me réveille après presque douze heures de sommeil. J’étais vanné. Mort.
Ces dernières quarante-huit heures ont été éprouvantes pour mon organisme, autant bien physiquement que psychologiquement. J’avais besoin de récupérer, et je dois bien le dire, la Boiteuse aussi.

Tu viens d'où toi ?
12H20 ce mercredi, je décolle doucement du quai des plaisanciers du port de Sète. Marc et William sont là et saluent la Boiteuse, lui souhaitant bon vent et bonne mer. Je double les ruines du vieux fort de St Louis, petit arrêt au ponton des carburants, et je m’engage alors vers la sortie du port. Le vent  a soufflé fort toute la matinée, et par précaution j’ai pris un ris dans la Grand-voile. Cap au 185°, la Boiteuse file ses 4 nœuds… C’est bien.
C’est bien pendant cinq minutes puisque nous nous retrouvons presque aussitôt dans une pétole molle… 15H10, je n’ai pas avancé d’un poil. Sète est toujours là, dans mon sillage, désespérément proche. J’allume le moteur et décide de filer vers le large à la recherche de vents un tantinet plus forts.
Ah ouais quand même...
16H30, je m’offre une petite collation. Des croquants de Provence trempés dans le café. Mmmm… Je ne sais pas qui les a apportés le weekend dernier, mais je l’en remercie parce que je me suis régalé !
Je distingue de moins en moins la côte au fur et à mesure que je m’éloigne, d’autant que le ciel reste voilé par des nuages d’altitude. Plus le soleil pâle descend vers l’horizon, plus la température baisse. Je croise quelques chalutiers qui rentrent à toute vitesse sur Sète pour y vendre le produit de leur pêche. Au loin, à travers une trouée nuageuse j’aperçois les sommets pyrénéens enneigés… Quand je pense qu’il n’y a pas si longtemps c’étaient ceux des Alpes que j’admirais, je me dis qu’on a déjà fait pas mal de chemin la Boiteuse et moi. Et ce n’est qu’un début !

Good bye Sète !
Sur ma route, il y deux caps assez redoutables, le cap Bear et le Cap Creus. Et comme à priori je devrais les passer dans la nuit, j’ai décidé de mettre de la distance entre eux et moi. 10 milles me semble un minimum. Je passerais donc largement au large.
Je m’occupe comme je peux. Depuis un moment j’essaye de formuler mes idées à haute voix et en espagnol. C’est qu’il quand même grand temps que je m’y remette, non ? Je rame un peu, mais j’ai le dico à portée de main pour combler les manques. Tien, saviez-vous que la Boiteuse en espagnole se dit la Coja ? J’aime assez.
C’est drôle, mais moi qui ai poursuivit des études de science, je m’aperçois que devenu adulte je me révèle plutôt doué pour les langues. A moins que je sois tout simplement doué pour me faire comprendre en général, ce qui peut à la rigueur revenir au même… J’ai hâte de découvrir de nouvelles langues étrangères. Oh, je ne veux pas dire que j’ambitionne de les parler toutes, mais au moins quelques mots… A commencer par la traduction de La Boiteuse dans toutes les langues possibles et imaginables !

Là ! Une risée droit devant !
19H20, j’ai fini le Corto Maltese que Bourreau m’a offert. Ca fait des heures que je n’ai croisé personne. La Boiteuse, la mer, le ciel, et moi.

20H00, c’est bon, on arrête la marche au moteur et je sors le foc. 4,6 nœuds au près bon plein, le bateau gîte un peu mais cela reste confortable.
Le soleil se couche… Je profite des derniers moments de lumière pour manger (Quatre quart et chocolat) et je me prépare pour la nave de nuit. Par-dessus ma tenue (pantalon, T-shirt, polaire, coupe vent) j’enfile mon ciré complet. Je mets mon gilet de sauvetage et j’allume les feux de route. Lampe frontale sur le front (ben oui !) nourriture, eau à portée de main. Plus un fascicule pour m’aider à identifier les lumières de la nuit. Je suis prêt.
Je m’installe confortablement, sans oublier de m’attacher et je commence à somnoler pendant que la Boiteuse file sous la lune à moitié pleine. Il fait de plus en plus froid.

C'est ma copine...
22H00, une zone de calme fait battre la bôme et claquer les voiles. Mon bateau souffre et se plein d’être balloté en tous sens par la houle sans avancer… Je rallume le moteur.
Minuit, je repasse de nouveau à la voile. Un petit vent du Sud-est force 2-3 nous pousse à 3-4 nœuds… Tranquille, idéal pour passer la nuit. La température à encore baissée et je décide d’utiliser les grands moyens. Je sors mon duvet de la soute avant, celui-là même qui me protégea si bien lorsque je dormais dans la neige du plateau d’Albion, je l’ouvre en grand et je m’en couvre. C’est tout de suite mieux… Tellement mieux que je crois que j’ai bien dormi. D’abord par tranches de 45 minutes, me réveillant pour jeter un œil sur le compas, le pilote et faire un tour d’horizon. Pas ou peu de monde sur l’eau. De temps en temps un cargo au loin, ou un paquebot, mais rien qui ne vienne entraver ma progression.
Puis entre trois et six, je ne me souviens pas m’être réveillé… Quand j’y repense, Je me dis que c’est pas bien… Heureusement qu’il n’y avait pas grand monde sur les flots. Pourtant j’ai quand même le vague souvenir, à un moment, d’avoir sorti la tête du sac et d’avoir fait mon petit tour, la tête dans le cul et les yeux embrumés.

Le soir...
Six heures, là je me réveille pour de bon, et pour cause mon pilote vient de rendre l’âme. La batterie est vide de chez vide… Je fais le point et constate que je n’ai pas beaucoup avancé pendant la nuit. Je suis à 19 milles du cap Creus, un peu en dessous du cap Cerbère. Ce qui veut dire que je viens à peine de franchir la frontière et que je me trouve dans les eaux espagnole (c’est déjà ça !).
Bon, résumons-nous : Le pilote dort à son tour, c’est donc à moi de barrer. J’allume le moteur pour recharger la batterie et avec les voiles j’arrive à une bonne moyenne de 6,5 nœuds. La houle s’est levée pile dans mon cul, ce qui fait que j’enregistre parfois des surfs à 8 nœuds ! Mais la Boiteuse elle n’aime pas qu’on la pousse au cul… Elle est chiant à barrer que c’est peu de le dire. Un poil trop à bâbord elle empanne (comme un virement de bord mais avec le vent dans le dos), un poil trop à tribord et je me retrouve travers à la houle à jouer les bouchons de liège. Le roulis fait valdinguer des tas de choses dans le carré. Dans les équipets j’entends des bruits de fracas… Bref, je ne suis pas à la fête.

... le matin !
10H00, il est temps de prendre une décision. La batterie peine à recharger et donc le pilote est toujours HS. Moi je commence à fatiguer et la Boiteuse souffre elle aussi. Si je continue à ce train-là (encore faut-il), je n’arriverais pas à Barcelone avant 22H00 (peut-être). Donc, on oublie Barcelone pour aujourd’hui car arriver de nuit et barrer tout ce temps ne me tente guère. De plus, je me dis qu’il faut vraiment que je m’occupe de cette histoire de batterie avant que de poursuivre ma route… Il faut que je puisse compter sur mon pilote un peu plus que dix-huit heures d’affilé.
Donc, on va où ? Aussitôt l’idée de retourner à Sant Feliu s’impose. Je connais le port, je sais qu’il est abrité et pas trop cher… Là-bas je serais en sécurité.

Sale gueule...
Cap au 240°, direction Sant Feliu de Guíxols. J’y suis arrivé pile à 15H00 alors que les cloches de l’église sonnaient trois coups. Je m’amarre au ponton d’accueil et me dirige vers la Capitainerie nichée dans les rochers (voir l’article de l’année dernière sur Sant Feliu et la finale de la Coupe du Monde). Coup d’œil dans le miroir avant que d’y aller : J’ai une tête à faire peur.
Je suis accueilli par une dame charmante qui parle beaucoup mieux le français que moi l’espagnol. Je m’enregistre et lui demande alors s’il y a le wifi sur le port. Si, claro ! Et en plus c’est gratuit !
C’est gratuit ok, mais il semblerait que mon ordi ait un peu de mal à se connecter. Je cherche pendant une heure et demie comment faire, mais en vain.
17H00, je n’en peux plus. Mes yeux se ferment et je ne sais même plus ce que j’essaye de faire avec ce putain de clavier. Je décide de m’allonger pour une heure ou deux avant que de chercher le moyen de vous contacter. Ben oui, je me dis que vous devez vous demander où j’en suis…

Surf à 8 nœuds !
Cinq heures plus tard on frappe à la porte. Enfin, sur la coque si vous préférez. Le gardien s’étonnant de me voir là me demandait en catalan pourquoi je n’étais pas dans l’ordinateur du port… Grrrr !!!
Los papeles son a la oficina del puerto ! Lui dis-je.
Ça a l’air de lui convenir comme réponse… Je regarde l’heure. Putain, 22H25... Trop tard pour sortir en ville à la recherche d’un cybercafé. Tant pis, on verra ça demain.
Et je retourne me mettre bien au chaud sous ma couette.

Ce matin, si l’on excepte l’interruption inopinée du gardien de nuit, on peut dire j’ai fais le tour du cadran. Waouh ! Ca ne m’était pas arrivé depuis… Je ne sais pas, depuis au moins vingt-cinq ans !

Déjà-vu
Là je termine de vous raconter cette histoire et je vais me faire un peu beau… Puis je vais aller en ville pour trouver de quoi vous envoyer tout ça. Ensuite j’ai dit au chantier du coin que je passerais les voir dans la matinée. Le patron est français ce qui va me faciliter les choses, et nous allons voir ce que nous pouvons faire pour rendre la Boiteuse un peu plus autonome en énergie…
Et puis je crois qu’il va me falloir revoir mon programme de navigation… Ce matin, il m’apparaissait presque comme une évidence que tenter de rejoindre les Canaries dans ces conditions et avant la fin du mois serait une grosse connerie. Donc je crois que… Non, il faut que ça murisse encore un poil. Mais dès que c’est prêt dans ma tête je vous le dis, promis !

Allez, sourions en ce beau matin gris et froid ! La Boiteuse est en Espagne et c’est déjà pas mal !

Le calme... Enfin !
 


mercredi 13 avril 2011

Allez, on se casse !

03H52 : J’aurais aimé dormir un peu plus. Mais bon, c’est quelque chose que j’ai encore un peu de mal à gérer depuis mon départ. Je dors quand je suis fatigué et si je le peux, et paradoxalement j’arrive à rester éveillé lorsque cela est nécessaire. Je marche à l’instinct en fait… Aussi, même si c’est plutôt bizarre à vivre, je me fais confiance sur ce coup-là. En plus, pour la première fois depuis mon départ, j’ai eu froid cette nuit.
Si je me suis réveillé si tôt ce matin, c’est que le jour est important et que j’ai pas mal de choses à faire avant que de pouvoir appareiller. Il faut que je mette le bateau en ordre de marche, que je range tout ce qui traine, plus quelques dernières courses à faire en ville… Bref, j’ai du boulot.
Hier la journée a été plus que productive. Cette fameuse solidarité de voileux dont je vous rabats les oreilles a encore une fois fonctionnée et je me suis retrouvé plus riche le soir venu que je ne l’étais au matin.

Ca a commencé avec mon voisin d’en face qui m’a aidé à trouver comment connecter mon deuxième pilote automatique (l’ancien) avec la prise du nouveau. Je viens de terminer le montage, et cela fonctionne à merveille. Ce qui fait que je me retrouve avec deux pilotes automatiques opérationnels… En cas de pépin, on ne pourra pas dire que je n’ai pas fait le maximum de ce côté-là !

Ensuite William, un voisin de ponton et jeune informaticien de 28 ans qui vit sur son Sangria de 8 m, m’a installé un nouveau logiciel sur mon ordinateur et a assuré la confection avec mon GPS… Ce qui fait que je me retrouve avec une centrale de navigation complète et opérationnelle. En clair pour les béotiens, j’ai sur mon ordi la position en temps réel de la Boiteuse, la route suivie, et la route optimale à suivre compte tenu des prévisions météo… Bref, avec MaxSea (c’est son nom) j’ai pu préparer au mieux ma traversée vers Barcelone.
Selon lui, je parle du logiciel, celle-ci devrait me prendre beaucoup moins de temps que prévu, soit entre 26 et 30 heures… Mais bon, je ne maîtrise pas encore tout à fait l’outil, et je préfère en rester sur mes précédentes prévisions. Donc on dit un jour et demi à deux jours, et si j’arrive plus tôt, et bien tant mieux.

Alors que William terminait d’installer le bouzin, Marc est venu nous rejoindre et nous sommes resté à papoter sur le pont jusqu’à tard dans la soirée. Chacun se racontant ses expériences, avec toutefois un net déficit en ce qui me concerne. Par conséquent j’écoutais plus que je ne parlais… Les esgourdes grandes ouvertes, à l’affut de la moindre information… J’engrange.

Tout à l’heure je me demandais comment je me sentais face à cette première vraie navigation au large de plus d’une journée… Et j’avoue qu’il était plus compliqué de répondre à cette question que je ne le croyais. Oui, j’ai peur bien sûr. Enfin, je m’inquiète un peu on va dire. Je ne sais pas encore comment je vais gérer ça, même si j’en ai une vague idée, et c’est cet inconnue qui me perturbe… Mais en même temps, je sais au fond de moi que je vais y arriver. D’où cette espèce de mélange incertain qui oscille entre appréhension et euphorie.

Il faut que je pense à envoyer une carte postale à mon père avant de partir… Et puis je vais descendre ce putain de vélo de dessus le pont et le mettre dans le carré. J’ai déjà viré l’annexe, comme ça la Boiteuse sera profilée comme une vraie bête de course !
La bouffe, c’est bon… Des clopes ! Oui, il ne faut pas que j’oublie d’acheter mes derniers paquets de tabac au prix fort. Les prochains seront un tiers moins chers, et ce ne sera pas dommage.

Bon, il va être huit heures. Je me changer et je vais aller à la pêche aux dernières infos météo. Et puis payer la Capitainerie aussi… Vivement que cette accalmie annoncée arrive que je m’en aille.

mardi 12 avril 2011

Tramontane, suite et fin ?

Le port de Sète
Bon, vous savez maintenant ma réticence à faire des plans trop précis compte tenu des caprices du Père Eole. Le bougre est fantasque, et moi humble marin néophyte je ne peux que m’incliner devant sa volonté.
Cela-dit, il semblerait que l’offrande alcoolisée qui éclaboussa l’étrave de la Boiteuse le weekend dernier ait apaisé le courroux du Dieu des vents. Celui-ci m’offre dans sa grande magnanimité l’opportunité de tenter la traversée vers Barcelone dès demain, avec me semble t’il une belle combinaison de vents favorables et modérés.

Donc, on va y aller. Demain, dès que les derniers soubresauts de la perturbation actuelle auront fini de faire danser les mâts du port je mettrais le cap au 186° pendant 96 milles, puis direction 245° pendant 65 autres milles. Avec tout du long un vent modéré de travers ou de grand Largue. Soit, si l’on veut se montrer optimiste (et pourquoi pas d’ailleurs ?), entre un jour et demi et deux jours de voyage.

Les chalutiers dans la ville...
Aujourd’hui je vais peaufiner ma préparation. Enfin, je veux dire que je vais continuer à remplir ce tonneau de Danaïdes que représente un bateau, tant il est vrai que l’on n’a jamais fini de se préparer. Sauf que, à un moment il faut savoir aussi partir… Bref, je vais faire mon possible et advienne que pourra.
La Boiteuse a des fourmis dans la quille, et moi j’ai hâte de quitter la France. J’ai hâte d’avoir devant les yeux des paysages nouveaux, de goûter à des mets inconnus et de rencontrer de nouvelles personnes.

En parlant de rencontre, j’ai sympathisé avec mon voisin de ponton Marc. Il est Suisse et ait chargé de convoyer le Wand Jang un Gib Sea 42 battant pavillon Luxembourgeois (ben oui, y’a la mer là-bas ! Vous ne saviez pas ?), de Cap d’Agde en Turquie. Sauf que le voilier en question est une véritable catastrophe. Tout manque à bord, et le peu dont il dispose est souvent défectueux… Bref, il est en galère. Alors on s’aide. Je lui ai filé la main pour tenter de réparer le chauffe-eau (en pure perte hélas), et en échange il m’a donné de précieux conseils sur ma manière d’aborder la côte espagnole et la descente sur les Canaries.
J’aime ce genre de rencontre… Elles sont courtes certes, mais riches.

Barque Catalane à l'entrainement
Tien, pendant que j’y pense, je vous ai mis dans la marge une chanson qui à l’unanimité des participants au baptême a été élue Hymne officielle de la Boiteuse. Je l’écoute alors que je tape ces mots, et il est vrai qu’elle me parle. Elle nous parle à nous, les grands enfants qui ont résisté vaille que vaille à ceux qui nous demandaient de grandir et d’oublier ces rêves qui habitaient nos jeunes vies.
Pour ma part je considère qu’il ne faut jamais oublier ses rêves d’enfant… Ils sont le ciment de notre imaginaire. Ils nous ont construits en tant qu’individus et une fois adultes il faudrait les enfouir au fond de nous ? Non… Ce serait injuste et cruel. Ce serait se condamner à vivre sans vivre, à garder au fond de son cœur un regret qui vous ronge.

Allez ! Je vais clore pour aujourd’hui. Demain,avant de partir je vous laisserais un dernier petit message du sol français, histoire de vous tenir au courant des derniers rebondissements ! Si rebondissements il y a, bien sûr…

lundi 11 avril 2011

Tramontane

Non, il ne s’agit pas du titre d’un antique feuilleton télé, mais bien du thème du jour. De la semaine devrais-je dire.

Lorsque je suis arrivé à Sète, je savais qu’une perturbation s’annonçait… Une balaise. Elle était originellement prévue pour ce lundi 11, mais c’est révélée plus fougueuse que les sorciers ne l’avaient lu dans leurs cartes et nous est tombée sur le poil dans la nuit de samedi à dimanche. Des vents à plus de 40 nœuds avec des rafales à 50 (du F9) soufflants de l’Ouest-nord-ouest… Impressionnant.
La Boiteuse étant en bout de quai et moins bien à l’abri que les autres, j’ai dû renforcer plusieurs fois l’amarrage, mais cela ne m’a pas empêché d’avoir le poil qui se hérisse à chaque rafale un peu forte. Bref, il y a mieux comme place.
Et dehors ? D’après ce que j’observe de la jetée, c’est l’enfer. Pas question de prendre la mer tant qu’Eole n’a pas arrêté sa crise !
A l’heure ou je tape ces mots je manque d’information précises, mais d’après radio-ponton on devrait en avoir jusqu’à mercredi ou jeudi… Avec dans la foulée une belle pétole des familles et des vents contraires pour descendre le long de la côte espagnole. Youppie…

Vous vous doutez bien que cela n’arrange pas mes affaires. A ce train là, quand je partirais de Sète, il ne me restera plus que quinze jours pour rallier les Canaries. Je n’ose encore dire que c’est compromis pour attraper les derniers alizés, mais en tous cas cela commence à y ressembler. A moins de descendre très au sud après le Cap Vert pour ensuite virer à l’Ouest… Non, en fait j’en sais rien. On verra bien.
J’ai décidé de prendre les choses comme elles viennent et je suis persuadé au fond de moi que quoi qu’il se passe j’y trouverais mon compte.

Et la première application de cette pensée magique est que je vais pouvoir avoir quelques jours supplémentaires pour bricoler la Boiteuse et la préparer au mieux. De plus, je me suis fais de nouveaux copains de ponton, qui se retrouvent coincés comme moi, et on va pouvoir s’entraider les uns les autres.

Désolé, mais je manque vraiment d’inspiration après le weekend que j’ai vécu… Et cela n’a rien à voir avec la météo. Hier nous avons baptisé la Boiteuse en présence de tous ses amis, mes amis, et j’en ai tellement pris plein le cœur et les tripes que je suis encore sous le choc de mes émotions… Donc, si vous le permettez, je vous en parlerais une autre fois.

Désolé encore pour le manque d’enthousiasme de cet article de début de semaine, mais je vous promets que je me rattraperais assez vite. Il faut juste que je digère un peu le trop plein de sentiments que j’ai dedans mon petit cœur d’artichaut