samedi 21 avril 2012

Vers le Cap Vert - Première partie

16°53.203N 24°59.470W
Mindelo, ile de São Vicente

Le mercredi 11 avril 2012

14H00, il est temps de larguer les amarres et de quitter cette charmante ile qu’est la Gomera. J’aime bien partir à l’heure pile, ça facilite la tâche ensuite lorsqu’il s’agit de faire des comptabilisations, des moyennes, etc... On est pas à cinq minutes près je vous l’accorde, mais un peu de rigueur mathématique ne nuit pas au marin vagabond.
Bref, 14H00, le port est payé, la Touline est enfermée dans sa cage, l’électricité débranchée, il n’y a plus qu’à partir. Je tourne la clef pour démarrer cette chère Mercedes et... Rien. J’entends bien le démarreur qui vrombit et s’échine à balancer la sauce, mais le moteur n’accroche pas. Petit moment de solitude. Je réfléchis et tout un tas de pensées se bousculent dans ma tête ; Peut-être que lorsque j’ai changé la vanne d’admission d’eau de refroidissement j’ai débranché quelque chose ? Non, franchement je ne vois pas... Au bout de quelques minutes à fouiller un peu partout à la recherche d’un truc qui me semblerait à moi évident (je vous laisse imaginer la gageure !), je baisse les bras et me mets à la recherche d’un mécano.

Pas de bol, comme je l’ai dit il est 14H00 (et des brouettes maintenant), et je défis quiconque de trouver quelque chose d’ouvert en Espagne à ces heures là. J’avise alors un catamaran français arrivé il y a peu mais avec qui je n’avais pas encore lié connaissance et je décide d’y aller au culot. Le skipper, un type sympa d’une soixantaine d’année m’accueille avec gentillesse, écoute mon histoire et me dit « T’as essayé de lui mettre un coup de marteau au cul à ton démarreur ? »
Devant mon incrédulité face à cette solution barbare, il se dévoue, termine vite fait son café et m’accompagne pour jeter un œil. Un coup de marteau, deux coups de marteau. « Vas-y essaye ! »... VROUM !
J’en suis resté con.

Tout ça pour dire que c’est finalement à 15H00 que je suis enfin parti. Merci à toi ô homme plein de sollicitude ! Je n’ai hélas retenu ni ton nom ni celui de ton bateau, mais je me souviendrai longtemps de ton coup de marteau !

El Teide !
16H45, le vent est bien établi au NNE, pile au vent arrière. J’ai deux ris dans la Grand Voile et le Génois déroulé au ¼. La mer est frisée et la visibilité claire. Très vite je me dégage de la côte et je peux alors apercevoir un spectacle que je n’avais jusqu’alors pas réussi à apprécier, le Teide qui surplombe de ses 3715 m l’ile de Tenerife. En fait au bout d’un moment je vais même réussir à voir en même temps, Tenerife, la Gomera et El Hierro. La moitié de l’archipel en un seul regard.

19H45, le téléphone sonne et j’ai bientôt Eric Lange au bout du fil. Enfin, l’expression « au bout du fil » n’a jamais eu aussi peu de sens que ce soir. Je suis en pleine mer, et je papote avec un animateur de radio à Paris ! Je m’installe sur les marches de la descente pour être stable et me mettre à l’abri du vent, et Touline vient se nicher sur mon épaule. Le cliché du marin solitaire félidophile dans toute sa splendeur !

20H00, le soleil se couche sur El Hierro. Je consulte mon estomac, mais celui-ci me répond qu’il n’est pas prêt à avaler quelque chose. Tant pis, on ira se coucher sans manger.
La nuit fût des plus correcte. Je veux dire par là que j’ai bien dormi. On est sur du long cours maintenant, alors plus la peine de se relever toutes les heures pour faire un point de la situation. Un coup d’œil de temps en temps, un point GPS toutes les quatre heures et basta. Le Mer-Veille et l’AIS font le boulot... La mer est vide.

Le jeudi 12 avril 2012

Barracuda suicidaire
08H00, le soleil se lève. J’ai pas mal avancé pendant la nuit et dans le bon sens, alors je suis content de moi.
Ce matin j’ai trouvé un poisson au bout de ma lige de traine. Mon premier poisson !!! Un truc du genre barracuda de 80 cm, avec une mâchoire cauchemardesque. Il a mordu pendant la nuit et s’est épuisé tout seul. Je le sors pour l’immortaliser : Son ventre est ouvert et ses entrailles pendouillent, j’imagine que ses congénères ont dû lui faire sa fête alors que lui-même se débattait pris au piège. Pour ma part je suis encore un peu « flagada du ventre » alors je ne me sens pas de me lancer dans une séance de dépiautage. Je lui choppe ce qui lui reste de mou dans le ventre pour Touline, et je le balance à l’eau. (Après enquête de votre serviteur il s’agissait bien d’un barracuda)

12H00, Je fais un point et je tente de m’alimenter. Curieusement c’est avec bon appétit que je dévore mes sandwichs à la mortadelle et une belle part de fromage de chèvre « humado » acheté à la Gomera, et une crème au chocolat pour clore le tout.
Touline elle se contentera de lécher le beurre. Elle a vomi la part de poisson de ce matin et boit énormément, ce qui confirme donc que les chats, même les chats de mers, on le mal de mer. C’est logique en même temps... Non ?

Pendant tout l’après midi, ce fut pétole. C’est éprouvant d’entendre constamment les voiles battre, la bôme claquer... Ça fait mal quelque part, dans un coin de mon cerveau, comme si je prenais ma part de la souffrance qu’endure mon matériel. Le bon côté des choses (il en faut toujours un) c’est que même si on se traine à moins de trois nœuds, le soleil brille et les batteries sont à bloc.

20H00, un point et un repas chaud. Pâtes au fromage de chèvre et le reste de mortadelle.

La nuit fut calme, un peu comme la précédente. A la différence que j’ai gardé Touline avec moi pendant la majeure partie du temps pour enfin décider de l’enfermer. Parce qu’une chatte qui joue à courir partout la nuit dans un cockpit est une chatte morte. Ou alors elle a un maitre qui ne dort pas... Et de deux maux j’ai choisi le moindre. Résultat elle s’est vengée en déchiquetant de manière systématique un rouleau de PQ que j’avais oublié de planquer. Je ne vous dis pas le bordel au matin !

Le vendredi 13 avril 2012

Rock & Roll !
08H00, le jour se lève et la mer aussi. Un bon café chaud et on attaque la journée. Tout d’abord en changeant d’amure, puis de cap. Pendant la nuit j’ai beaucoup trop fait d’ouest et pas assez de sud, il s’agit donc de rectifier le tir. Je change également ma ligne de traine avec mon super-leurre à trois millions de dollars qu’un prédateur inconnu a sectionné d’un coup de dent. Mémo pour moi-même, faire des bas de ligne en acier.

Petit tour sur le pont pour vérifier que tout va bien. J’étarque la balancine qui grinçait depuis la veille. Je vérifie le Génois ; il a l’air bien. Le nouveau lé que Paxin m’a mis est nickel. Je regarde mes ris. Je suis assez fier de l’amélioration que j’y ai apportée, deux boutes ligaturés pour en faciliter le crochetage. J’ai piqué l’idée à mon voisin Simon. Et tenez-vous bien, j’ai poussé le vice jusqu’à ce qu’ils soient de couleurs différentes, Un rouge et un vert en fonction du côté du bateau où il faut les crocheter. A ce point là, ce n’est plus de la bricole, c’est de l’art.

Un œil sur les fonds, toujours
11H00 Merde, je prends l’eau. Beaucoup d’eau. J’ai une voie d’eau ! Et en plus j’ai l’impression que la pompe manuelle du cockpit a rendu l’âme.
Une heure plus tard après avoir sorti presque 80 L de flotte, au seau et à l’éponge, je ne sais toujours pas ce qu’il se passe. J’ai fermé la vanne de l’évier au cas où, mais je doute que ça soit ça. J’ai bien une idée, mais je ne suis pas sûr... Hier j’avais déjà pas mal de flotte, et j’ai eu beaucoup de mal à la pomper avec la pompe de cockpit... Et tout à l’heure j’ai trouvé au moins trente litres d’eau de mer propre dans la partie arrière du bateau... Aurais-je niqué la pompe à trop forcer, et puisé de l’eau en même temps que vidais les fonds ? C’est possible ça ?
Tout est clair maintenant, la voie d’eau est semble t’il étalée (c’est comme ça qu’on dit). J’ai laissé le regard ouvert pour garder un œil sur la situation. On verra bien.

15H00, je viens de faire le point journalier. 104,7 milles en 24 heures. C’est pas fameux mais ça reste honnête. Surtout ça veut dire que je peux rejoindre le Cap Vert en moins de huit jours.

Après midi pétole... Limite je me fais chier.

19H25, bateau en vue par tribord avant. Le premier depuis deux jours. Un pétrolier qui remonte vers le Nord. Ni l’AIS, ni le Mer-Veille ne l’accrochent ce qui veut dire que ce con navigue sans AIS et radar éteint. J’espère qu’il y a au moins quelqu’un sur la passerelle...

Bonne nuit !
20H30, à cause de l’incident de la mi-journée j’ai plutôt zappé le repas de midi, aussi j’ai décidé de me rattraper ce soir. Deux gros bols de soupe au potiron avec des morceaux de pain pour faire trempette et une lichette de crème fraiche pour le plaisir. Ça ne valait pas celle que mon père nous faisait dans mon enfance, mais je m’en suis quand même enfilé un litre et ça m’a bien calé l’estomac.
Le soleil se couche. Je jette un dernier regard au spectacle, avant de me glisser dans mon duvet. Il fait déjà plus chaud, je n’ai même plus besoin de mon blouson...

Le samedi 14 avril 2012

La nuit fut sportive. Sitôt le soleil couché, le vent s’est renforcé pour s’établir NE, à 15-20 nœuds. Nickel. La Boiteuse a filé à bonne allure toute la nuit, faisant ainsi remonter ma moyenne qui jusqu’alors n’était pas fameuse (4,4 nœuds).
Au matin le vent est toujours là mais j’ai une petite houle croisée de merde qui me chope de temps en temps par le travers. Même si le Régulateur se comporte comme un chef, ça reste assez acrobatique lorsqu’il s’agit de se déplacer.
Je te vois...
Justement, alors que je venais de me faire une deuxième tasse de café et que j’avais réussi à la transporter avec succès à l’extérieur sans en renverser une goutte, c’est cette garce de chatte qui n’a rien trouvé de mieux que de me sauter sur le bras. Badaboum, le café brulant sur les genoux. « Putain Touline !!! ».
D’ordinaire Touline est une chatte plutôt indépendante, mais en mer elle semble retomber en enfance (elle n’a que 7 mois en même temps...). Il faut qu’à chaque seconde elle puisse avoir un œil sur moi, sinon ça va pas. Un chat a beau dormir en moyenne 16 heures par jours, le reste du temps il faut qu’il se dépense. Et pas toujours quand il le faut pour moi et la bonne marche du bateau. Imaginez que je fasse un empannage par exemple... Une écoute qui file c’est comme une invitation pour elle. Pire, une provocation !

Pour l’heure Mademoiselle est enfermée et j’écoute ma musique... Au début je n’aimais pas trop avoir les écouteurs vissés aux oreilles parce que ça m’empêchait d’entendre les bruits du bateau. Mais peu à peu je m’y fais et j’apprécie de pouvoir mettre un fond mélodieux sur la mer en mouvement. A chaque type de mer peut correspondre un style musical... Là par exemple le bon rock bien gras d’Evanescence convient parfaitement.

10H45, je suis content. La « voie d’eau » semble s’être résolue d’elle-même, et La Boiteuse avance très bien en grignotant peu à peu son retard. 5,5 nœuds de moyenne sur les dernières douze heures, c’est pas mal. Pourvu que ça dure !
Et logiquement ça devrait durer au moins quarante huit heures, en tous cas c’est ce que me disent les fichiers météo que j’ai pris avant de partir. En même temps ils datent déjà de trois jours et beaucoup de choses peuvent évoluer en trois jours. Tout ce qu’on peut dire c’est qu’un renforcement du vent était prévu pour le weekend, et qu’apparemment le voilà.

En voilà une !
Je viens de me rendre compte d’un truc. J’ai plus souvent l’habitude d’avoir les yeux braqués vers l’arrière de mon bateau que vers l’avant... Bon, il y a certainement une bonne explication à ça. La terre la plus proche est derrière, et puis j’aime regarder mon régulateur fonctionner avec ses petites ficelles qui dirigent ma barre. Je reste baba devant son efficacité... Ca me sidère qu’un type ait un jour inventé un truc aussi simple et aussi performant. Est-ce qu’au moins il a une statue à son nom le type qui a inventé ça ? (c’est qui d’abord ?) Ou un square ? Il le mériterait moi j’vous le dis.
En plus, devant il n’y a pour l’instant rien à voir... A part l’horizon qui ne change pas. Le spectacle il est derrière, avec ses grosses vagues qui se précipitent vers vous... On anticipe l’accélération que celle là (oui, la grosse qui arrive) va vous apporter, et on goutte le plaisir de voir que le régulateur vous la fait prendre pile dans l’axe... Shussssssss... Ce jour là, je suis monté à 11,5 nœuds en glissant tel l’hawaïen moyen.

En parlant de regarder en arrière, ça me fait penser que j’ai omis de vous raconter un truc.
Lorsque j’ai rallié la Gomera, en prenant en main pour la première fois mon régulateur j’ai explosé mon feu arrière avec mes fesses (Non, elles ne sont pas grosses, c’est le feu qui est mal placé), ce qui fait que j’ai navigué toute la nuit avec seulement les feux avant vert et rouge. Et bien ce feu cassé m’a permis de découvrir un spectacle qui confine à la féérie.
Je vous ai déjà parlé du plancton phosphorescent qui faisait comme des étoiles scintillantes le long de l’étrave de la Boiteuse, et bien ce n’est rien comme spectacle par rapport avec ce qui se passe dans le sillage... Imaginez comme si le bateau était comme une fusée qui laisserait derrière elle une trainée de lumière verte... Comme un halo mystérieux qui de temps à autre laisserait naitre en son sein des novas vertes, des explosions de lumière qu’on pourrait suivre sur des dizaines de mètres... Bing ! Bang ! Boum ! Un vrai feu d’artifice unicolore avec ces grosses boules qui explosent au hasard, et qui donnent envie de crier comme un gamin «  Oh la belle verte ! ».
Maintenant que mon feu et réparé, je vous avoue que je tarde souvent à allumer mes feux de navigation, juste pour contempler le spectacle... Je me tiens debout, accroché au pataras, et je me régale. Bon histoire d’apporter une caution scientifique à tout ça, les explosions c’est quand le navire percute des méduses mangeuses de plancton.

Bon, où j’en étais moi ? Ah oui, ok...

Chauffe Marcel !
12H35, pâtes au fromage (oui je sais, encore). Le vent reste fort, un bon F5 bien tassé. Une dernière retouche au régulateur et on va tenter un petit sieston.

20H00, court le sieston... Le vent est monté et la mer s’est creusée d’autant me rappelant un peu les conditions que j’ai eues au large d’Essaouira. Du F6 bon teint avec déferlantes et embruns à la clef ! Bref on a été un peu secoué pendant tout l’après midi, mais ça commence à se calmer... On file nos 6 nœuds tout de même et j’ai l’impression d’être dans le tambour d’une machine à laver. Au moment où j’écris ces mots, une putain de grosse vague surgit par le travers et couche la Boiteuse sur le flanc. Je m’accroche, j’imagine que Touline doit faire de même à l’intérieur. C’est drôle, je ne l’ai pas vue à l’extérieur de l’après midi celle là !
Bon allez, on va essayer de se préparer quelque chose à bouffer, mais c’est pas gagné. Je me laisserais bien tenter par une boite de Callo con Garbanzos... (Autrement dit des tripes avec  des pois chiches)

Plus tard. Ça y est ! Et accrochez-vous j’en ai même profité pour faire la vaisselle ! C’est pas compliqué, il suffit de se pencher avec l’ustensile à laver dans une main, la gratounette dans l’autre. Vous attendez le coup de gîte qui va bien, et hop c’est fait ! Y’a même plus besoin de rajouter du sel pour le prochain repas !
En plus l’eau est chaude je ne vous raconte pas... Enfin si, je vous raconterai ça demain matin !

A suivre.

Côte sud de la Gomera

Ça c'est un petit F2, histoire que vous fassiez une idée
Et ça c'est du F5

mercredi 11 avril 2012

¡ Vamolos !


San Sebastián de la Gomera
28°05.360N 17°06.543W

Je suis prêt (enfin, autant que l’on puisse l’être) la Boiteuse est prête... Alors il n’y a plus qu’à y aller non ?
Niveau météo ça s’annonce sportif mais sans plus. Entre 4 et 5 Beaufort du Nord-Nord-Est avec une mer peu formée (houle de 2 à 3 m) dans le sens du vent. On devrait commencer mollo, et avoir des conditions un poil plus musclée au fil des jours jusqu’à samedi avant un retour à l’accalmie.
Mon seul souci va être de serrer au plus près le vent arrière, ce qui risque d’être assez chiant compte tenue des particularités de la Boiteuse. M’enfin, j’ai également l’option de tirer des bords de grand largue pour gagner en stabilité si ce n’est en vitesse.

Allez, on se retrouve sous les tropiques mes amis !

Ah oui, n’oubliez pas ! On se retrouve ce soir en direct dans la radio le Mouv’ ! Entre 20h30 et 22h00 dans l'émission Allo La Planète, Éric Lange et moi on va papoter un peu et vous faire partager mes impressions en mer !

Éric Lange

lundi 9 avril 2012

C’est pour dans deux jours


28°05.360N 17°06.543W
San Sebastián de la Gomera

En ce Lundi qui est férié pour tous les superstitieux qui croient que des animaux avec des grandes oreilles apportent des œufs en chocolat, que les cloches en fontes sont capable de voler, ou encore qu’un type est capable de ressusciter, je voulais vous toucher deux mots sur ce qui va se passer dans les jours qui viennent.

Mon départ pour les îles du Cap Vert est prévu pour mercredi à la mi-journée. Initialement j’avais prévu de partir demain mais, weekend de Pascal oblige, si je veux pouvoir remplir mes coffres avec de la bouffe fraiche il va me falloir attendre que le supermarché ouvre.
Cap au 215 °
Donc, départ mercredi disais-je. Avec à la clef, et là accrochez-vous aux branches mes amis, un petit événement radiophonique. On va essayer, je dis bien essayer, d’établir une liaison entre la Boiteuse qui navigue et les studios de la radio le Mouv’ lors de l’émission Allo La Planète. Entre 20H30 et 22H00, heure française, je devrais être encore à portée de téléphone portable et pouvoir vous raconter ce qui se passe autour de moi. Et puis aussi vous dire au revoir avant de vous retrouver dans quelques jours.

Combien de jours ? Rhooo... Vous me faites suer avec cette question qui n’a aucun sens lorsqu’on navigue à la voile ! Bon, sachez que nous avons quelques 800 milles à parcourir, et que la Boiteuse depuis son départ se déplace entre 3,5 et 6 nœuds de moyenne en fonction de la force des vents. Vous faites le calcul, ça fait donc entre 5,5 et 9,5 jours de voyage. (Avec ça vous êtes bien avancés !)

le panneau affirme que c'est de ce puits que vient l'eau qui baptisa l'Amérique ! (et oui...)
Sinon que vous dire d’autre ? Je vais quitter la Gomera avec un sentiment mitigé. En effet, j’adore cet endroit, la marina est de qualité et l’environnement agréable. Et puis l’intérieur de l’île est magnifique comme vous l’avez vu.
Mais en même temps je vous avouerais que c’est quand même un peu cher, et que je m’y sens un peu seul... Je suis le seul Français, et malgré ma pratique correcte de l’anglais et de l’espagnol je n’ai pu me lier avec mon voisinage. Il n’y a que Touline qui s’est fait des copines ! 

C'est la star du ponton !
 Touline, puisqu’on en parle, en est également à son quatorzième bain forcé ! Je ne sais plus quoi faire avec cette chatte... Quand je ne suis pas en train de la chercher parce que Mademoiselle s’est enfermée dans un autre bateau et ne peut plus en sortir, je la sens qui vient se percher sur mon épaule trempée comme un ragondin !

Bon, je vais en finir pour aujourd’hui, non sans avoir auparavant remercier tous ceux qui m’ont souhaité mon anniversaire via les réseaux sociaux. Ça m’a fait plaisir à un point que vous n’imaginez pas !

Allez les gens, je vous glisse quelques photos supplémentaires et je vous dis à bientôt !

Position d'attaque
Grumf !
Jump !
Après le bain, vient la toilette
Sin comentario

jeudi 5 avril 2012

Balade au pays des fées


28°05.360N 17°06.543W
San Sebastián de la Gomera

10H30,  la guagua qui doit m’emmener à mon point de départ démarre de la gare routière de San Sebastián. Tout autour de moi ça parle allemand et ça sent la bière... Je me dis que peut-être j’ai mal choisi mon jour pour aller me balader. Dehors il pleut par intermittence, et le plafond des nuages est très bas. En plus je m’aperçois que je suis parti avec juste une bouteille d’eau, sans ma montre, sans mon téléphone et sans casse-croute... Bref, je me suis un peu lancé dans cette virée sur un coup de tête, et même le parcours que j’ai choisi laisse une large part à l’improvisation.
Nous ne roulions pas depuis cinq minutes que toutes mes réticences s’envolaient. Au fur et à mesure que le car prenait de l’altitude, le paysage se faisait de plus en plus beau pour finir par atteindre le grandiose. La côte sud-est de l’île est certes désertique mais tellement abrupte, tellement tourmentée que l’on ne peut que rester bouche bée à sa vue. J’attrape, derrière les vitres sales du car, quelques images à la volée. J’aperçois l’île de Tenerife dont le sommet (Teide 3715 m) reste perdu derrière les nuages. Elle est à 30 Km mais le dénivelé important la fait paraitre curieusement proche...
Peu à peu la végétation se fait plus dense, et les buissons de bruyère remplacent les aloès. Nous montons, montons, montons... Jusqu’à nous perdre dans les nuages. Le car allume ses phares. La route est trempée d’humidité et des nuées plus compactes que d’autres traversent la route comme des murs blancs amovibles.

Las Pajaritos, Parque Nacional de Garajonay, c’est là que je descends. Sitôt sur le parking, j’ouvre mon sac et j’en sors ma polaire et mon blouson. La température est descendue d’au moins 15° et le vent souffle en rafale agite les branches des hautes bruyères en fleur.
Un pépiement m’interpelle, c’est un pinson aux jolies couleurs qui me souhaite la bienvenue. Je suis juste au milieu de nulle part, à 1300 m d’altitude, perdu dans les nuages. L’ambiance est surréaliste.

Je consulte ma carte et me mets en route. Je longe un temps la route pour enfin m’enfoncer dans la forêt à la faveur d’un sentier balisé. Une forêt un peu particulière cependant car à cette altitude c’est le règne des bruyères arborescentes qui ne dépassent pas les trois ou quatre mètres. Leurs troncs sont recouverts de fins écheveaux de lichens, de mousses... Le sentier descend la montagne en serpentant entre les taillis. Tout est humide et mes pieds s’enfoncent dans un sol riche et spongieux. Je suis étonné de ne pas sentir cette odeur caractéristique des sous-bois que je connais si bien. Ca me tarabuste pendant un moment jusqu’à ce que je réalise que malgré le terrain apparemment propice, je ne vois pas un seul champignon... Ça veut donc dire que la dégradation des végétaux ne se fait que grâce aux insectes et au vers de terre... Pas étonnant que cette forêt soit si particulière, si préservée. Elle a du mérite à se renouveler dans de telles conditions. D’ailleurs c’est peut-être pour ça qu’elle est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO ? Va savoir...

Je suis aux anges. Je renoue avec mes racines professionnelles alors que mon regard se promène le long de ces troncs torturés, et un peu de nostalgie m’étreint le cœur. Pas facile d’oublier sa vie d’avant, celle du temps où c’était mon métier que de veiller sur les bois, d’en inventorier la flore et la faune... Pour l’heure je ne suis plus que spectateur et ce que je vois me laisse à la fois heureux et triste. Interrogatif aussi. Qu’elle est donc cette fleur ? C’est quoi cet arbre ? Je n’ai pas la réponse et ça me frustre, je ne peux me référer qu’à mes connaissances de bases et me dire que tel ou tel végétal ressemble à quelque chose que je connais. Je suis loin de mes forêts françaises...

Je continue à descendre et peu à peu les lauriers remplacent les bruyères arborescentes. Rien à voir avec nos lauriers ornementaux. Ici ils ont la taille et le diamètre de vrais arbres, nous sommes dans la laurisylve. Comme ce sont des arbres à feuille très coriaces, le sous-bois est parsemé de couleurs qui vont du vert tendre au rouge en passant par toutes les teintes de brun imaginables.
Je rattrape une troupe d’allemands avec leur guide. J’aurais bien profité de ses lumières, mais ne comprenant rien à la langue de Goethe je passe mon chemin.

 Plus loin, j’entends le bruit d’un ruisseau. C’est el Cedro, et ça veut donc dire que je sais encore lire une carte. Je m’accorde une pause sur petit pont de bois qui enjambe le cours d’eau. L’air s’est réchauffé légèrement et le gargouillis de l’eau est un ravissement pour les oreilles. Putain que c’est beau par ici... Dans le lit de la rivière les lauriers atteignent facilement les trente mètre. On est dans une vraie forêt au sens où mes références l’entendent. C’est magnifique et calme... Je m’attendrais presque à voir surgir un lutin au détour d’une souche. Ou une fée perchée sur une fougère.... Oui, je suis sûr qu’il y a des fées par ici.

Plus bas encore, le sentier se fait plus large et je croise quelques familles en balade. J’approche du fond de la vallée et il va me falloir remonter un peu pour ensuite redescendre encore vers la route. Au total je me serais fait presque 800 de dénivelé mine de rien. Comme je n’ai pas de montre je ne sais pas depuis combien de temps je marche, mais ma cheville commence à faire la gueule. Allez Gwendal, encore un petit effort.
A la fin d’une longue grimpette ponctuée de nombreux arrêts pour ménager mon pied (et mon souffle de fumeur), je débouche enfin sur un col et j’embrasse alors la côte nord de l’île. Le soleil est là, qui m’accueille et la vue est splendide.


Encore deux kilomètre le long d’un sentier abrupt et je rejoins enfin la route de San Sebastián. Pendant que je cheminais le long du ruban d’asphalte j’aperçois quelques arbres que je reconnais du premier coup d’œil. Enfin vous voilà ! Depuis le temps que je vous cherchais !
Eux ce sont les Pins des Canaries (Pinus Canariensis). Ces arbres je les connais bien pour les avoir étudié dans mon jeune temps. Visibles en France uniquement dans les parcs et les arboretums, cette espèce endémique de pin est caractérisée par ces longues aiguilles groupées par trois. Depuis mon arrivée aux Canaries, je désespérais d’en voir, et les voilà qui se présentent à moi pour conclure cette balade... Trop cool.

Puis je me suis trouvé un petit endroit propice et j’ai tendu le pouce. Cela faisait des années que je n’avais pas fait d’auto-stop ! Au bout de ce qui m’a semblé être une heure, une voiture s’est enfin arrêtée et m’a reconduit en ville. Il était 16H30.

Franchement, même si aujourd’hui je paye cash ma randonnée d’hier (il me faudrait des béquilles pour marcher) je ne regrette rien. Ca m’a fait un bien fou de me balader là-haut, de voir toute cette verdure... Quel contraste avec tout ce que j’ai pu voir de la nature de ces îles !
Il y a longtemps déjà on m’avait dit de ne pas rater la Gomera parce que c’était la plus belle de toutes... Et bien vous voulez que je vous dise ? C’est vrai.

La suite en image








mercredi 4 avril 2012

Une histoire de vanne

28°05.360N 17°06.543W
San Sebastián de la Gomera

Calle Real
Parmi le pas grand-chose à faire que j’ai à faire depuis que je suis arrivé à San Sebastián il en était une relativement importante : Changer la vanne qui fuit.
C’était marqué en gros et souligné dans mon livre de bord. Changer la vanne qui fuit ! 

Car même si je vous avais dit que la Boiteuse était prête il n’en restait pas moins un petit détail de rien du tout, la vanne d’admission d’eau de refroidissement du moteur avait tendance à faire un peu d’eau... Oh, pas tout le temps et pas toujours au même débit. N’empêche que la semaine dernière au lendemain de ma nuit en mer pour venir de Las Palmas, j’avais le carter du moteur qui faisait trempette ! Ce qui représente à la louche une bonne cinquantaine de litres.
Donc, partant du principe que ce genre de bêtise ne peut qu’aller en s’aggravant, j’ai décidé d’agir. A la limite, c’eut été une vanne de chiotte... J’aurais laissé pisser (je sais, elle est facile !). Mais là, si j’avais été obligé de condamner cette arrivée d’eau, cela aurait voulu dire plus de moteur... Et comme on ne badine pas avec la sécurité... Bref, cette vanne il me fallait la changer, et tant qu’à faire autant faire les choses bien. Et c’est ce que, sans mentir, je pense avoir fait.

Une goutte toutes les trois secondes... Il faut agir !
Mon souci principal était de couper l’arrivée d’eau pour pouvoir intervenir sur la tuyauterie... Normalement ce genre d’intervention se fait lorsque le bateau se trouve au sec. Ben oui, si l’on veut bidouiller correctement autant éviter que des litres d’eau de mer n’entrent en permanence dans le bateau, non ? Mais là, il n’était pas question pour moi de sortir le bateau. J’ai bien l’intention de le faire, mais ce ne sera pas avant d’être en Uruguay ou en Argentine... Mon souci secondaire était de trouver le matériel adéquat. A San Sebastián, point de boutiques dédiées mais finalement ce n’est pas plus mal. Car, je ne le dirais jamais assez, la plupart des shipchandlers vous font payer du matos soi-disant « spécial marine » alors qu’avec un peu de jugeote vous allez trouver les mêmes produits dix fois moins chers chez le quincailler du coin. (Ici on dit fereteria)

J’ai donc dès le matin plongé sous la coque, muni d’une pinoche pour obstruer l’entrée d’eau. Une pinoche est un simple morceau de bois taillé en cône que l’on enfonce dans un trou ou dans un tuyau pour l'obstruer. J’en ai tout un jeu, de différent diamètre. Surprise, l’entrée d’eau sous la coque est obstruée par une grille... Merde, l’affaire se complique.
Bon, j’ai fait fonctionner ma boite à idées et je me suis adapté. Dans une boutique de frigoriste j’ai trouvé tout ce dont j’avais besoin pour la modique somme de 17,25 €, vanne proprement dite, raccord, tuyau PVC, colle spéciale... J’ai tout emboité comme il fallait, collé mes bouts de tuyaux coupés aux bonnes dimensions. J’ai même utilisé du Sicaflex pour étanchéifier encore plus le bordel... Et quand tout fut prêt, cela ne me prit que dix secondes pour visser le tout. Rapidité, efficacité !

Tadaaaaa !!!!
Le résultat, vous l’avez sous les yeux. Elle est pas belle ma nouvelle vanne ? Et en plus, après dix-huit heures je peux vous dire que le sopalin que j’ai glissé dessous était complètement sec ! Qu’est-ce que je m’aime quand je fais du bel ouvrage comme ça !

Bon, ceci étant fait, vous allez me demander ce qui me retient encore... Rien, si ce n’est l’envie de visiter un peu cette ile de la Gomera que l’on dit si belle. Et c’est ce que je me propose de faire dès aujourd’hui. Je vous montrerai tout ça très bientôt soyez-en sûr, et en attendant je vous propose déjà la vue que je peux avoir tout à côté de là où je suis. C’est bien simple, vous passez le portail de la marina, vous faites dix mètres sur la gauche, et vous voyez ça...

Playa de San Sebastián