34°26.602S 58°31.795W
Buenos
Aires, Argentine
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| Vous faites ce que vous voulez, moi je surveille les outils ! |
Nous étions le
jeudi et La Boiteuse prenait le soleil depuis quatre jours, amarrée
au quai flottant du chantier du Club de Veleros de Barlovento. Il me
faut vous dire que malgré l'ambiance un peu agitée de l'endroit,
j'appréciais vraiment de ne plus me trouver à l'ombre des grands
arbres qui bordent la partie nord de la marina... En plein été je
ne doute pas qu'il serait agréable d'être sous leur protection,
mais en cette période de l'année cela signifie presque dix degrés
de différence ! (Nous sommes dans l’hémisphère Sud, je vous
le rappelle).
Bref, de mon côté
j'avais coupé le chauffage et enlevé une couche de polaire alors
que Touline fourrait son nez partout comme à son habitude. Non pas
qu'elle ne connaissait pas cette partie de la marina, mais le fait
que sa maison ait changée de place lui offrait une nouvelle
perspective sur son environnement. Elle était partout à la fois :
S'essayant à la chasse à la tourterelle, squattant les caisses à
outils des ouvriers, et bien sûr explorant les bateaux alentours...
Mais ce jeudi, en
fin d'après midi les travaux sur les winchs du mât étaient sur le
point de se terminer et il me fallait rejoindre ma place habituelle.
Aussitôt le moteur démarré, Touline qui prenait le soleil sur la
capote du cockpit, débarque d'un bond. Je me dis que ce n'est pas
bien grave, que je viendrais la chercher plus tard... Et c'est ce que
j'ai fais. Car il faut quand même que je vous dise : Touline a
beau être assez futée en général, il lui arrive aussi d'être
particulièrement stupide. Bien sûr, il y a ces trente-trois bains
forcés qui démontre un trouble locomoteur certain (ou tout
simplement une trop grande confiance en elle), mais aussi une
certaine... (comment appeler ça ?) Une courte vue ?
Laissez-moi vous
raconter une anecdote. Lorsque nous sommes arrivés à Jacaré, je
suis resté stationné pendant deux jours sur le ponton d'accueil
avant de rejoindre ma place. Et bien une fois que cela a été fait,
j'ai retrouvé ma Touline complètement déboussolée, assise au bout
du ponton, se demandant où avait bien pu passer sa maison... Alors
que la Boiteuse était à moins de dix mètres et qu'elle venait
juste de passer devant ! Tout ça pour dire que chaque fois que
je change de place j'ai pris pour habitude d'aller la chercher pour
lui montrer où exactement ce trouve le bateau.
Et c'est donc ce
que j'ai fait ce jeudi là. J'ai chopé Touline, l'ai embarqué dans
l'annexe et je l'ai ramenée à bord.
Dix minutes plus
tard elle sautait à terre pour partir en balade, comme à son
habitude.
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| Touline en chasse |
Le lendemain,
Touline n'était pas réapparue mais je ne m'en m'inquiétais pas
plus que ça. Je suis un Papa compréhensif, et je me doutais bien
que la chatte avait encore plein de découvertes super fascinantes à
faire et qu'elle n'allait pas quitter comme ça ce territoire
nouvellement acquis.
Et puis ce n'était
pas la première fois que Touline découchait...
Le samedi matin,
toujours pas de Touline. Là, j'ai commencé à m'inquiéter pour de
bon. Vingt-quatre heures d'absence c'est assez courant, trente-six
heures c'est arrivé une fois, mais au bout de quarante je considère
que la coupe est pleine. Je suis donc parti à sa recherche, non sans
avoir auparavant posté sur ma page facebook une petite bluette pour
informer mes amis et tous les fans de Touline. Aussitôt, je reçois
un soutien ahurissant qui m'aide à calmer mon angoisse grandissante.
J'ai arpenté en
long et en large la marina, questionnant les ouvriers, les lancheros,
les propriétaires de voiliers... Et je recueille ainsi le témoignage
de deux personnes qui me disent l'avoir vu dans la journée de
vendredi. Une fois en train de faire la sieste sous la quille d'un
bateau au carénage, et une seconde fois près du ponton des
annexes... Je suis soulagé.
Le dimanche, je
repars à sa recherche. Le chantier est désert et silencieux, et
j'en profite pour gueuler son nom et tendre l'oreille à l’affût
d'un miaulement... Hélas, seul le chant des oiseaux me répond. Je
tape régulièrement dans mes mains, ce qui est habituellement notre
signal pour dire : Rapplique dare-dare ! Mais là encore
sans résultat. Seules quelques têtes se retournent au son du
claquement de mes mains, et les gens me jettent des regards en biais.
J'explore tous les
recoins du chantier, et plus particulièrement l'arrière des
ateliers où réside un gang de chats errants. Je sais que Touline
n'aime pas particulièrement ses congénères, mais on ne sait
jamais. Peut-être aura-t-elle réussi à se faire des copains
félins ? Personnellement j'en doute, mais je suis prêt à tout
envisager. Cette bande de chats, ils sont cinq ou six, sont issus de
la même famille et sont soit roux, soit noirs. A chaque fois que
j’aperçois une silhouette sombre filer entre les arbres, mon cœur
fait un bond dans ma poitrine. Suivit presque aussitôt par un
profond soupir lorsque je réalise qu'il ne s'agit pas d'elle. Je me
surprends même à les interroger à voix haute : Vous n'avez
pas vu une chatte avec un collier rouge ? Mais ces va-nu-pieds
détalent sans daigner me répondre.
Au fil du temps
qui passe j'ai continué à arpenter la marina trois à quatre fois
par jour. A chaque fois que je croisais quelqu'un, l'on
m'interrogeait du regard. Alors ? La gata ? Je répondais
que je ne l'avais toujours pas retrouvée, mais j'imagine que les
gens savaient déjà la réponse rien qu'en regardant ma tête.
J'attendais avec
espoir le lundi et la réouverture du chantier. Je me disais que
peut-être, elle avait été enfermée dans un bateau, et que lorsque
les ouvriers allaient revenir ils allaient la délivrer. Mais non,
aucun d'entre eux n'est venu m'annoncer la bonne nouvelle. J'errais
comme une âme en peine, complètement démoralisé. Le spectre de ma
dépression resurgit à un point tel que le soir, alors que j'allais
faire des courses pour remplir le frigo, j'ai même été à deux
doigts de m'acheter de quoi picoler. Mais heureusement je me suis
repris à temps, et je n'en n'ai rien fait.
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| Desaparecida |
Le mardi,
cinquième jour de sa disparition, je commençais doucement à me
faire une raison... Je me posais la question : A partir de quand
dois-je la considérer comme perdue et continuer ma route ?
C'était horrible de devoir penser comme ça... Mais j'avais déjà
reporté d'une semaine le carénage de La Boiteuse à cause de sa
disparition, et le mois de juillet approchait à grand pas. Bientôt
il allait me falloir partir, avec ou sans elle.
Mais avant de
prendre cette terrible décision, je voulais être sûr d'avoir tout
tenté. Et c'est pourquoi, le mercredi matin je suis allé faire
photocopier une vingtaine d'affiches. Je les ai disposé un peu
partout à l'intérieur de la marina, ainsi que sur la route qui y
conduit. J'en ai même mis sur la berge du fleuve, de l'autre côté
de la haie, où je savais que Touline aimait bien aller embêter les
promeneurs avec leurs chiens.
Il était presque
midi ce mercredi lorsque je revenais au bateau, en me disant que
cette fois-ci j'avais fait le maximum. J'étais en train d'amarrer
mon annexe lorsque soudain j'entends un cri bizarre. On aurait dit
une mouette. Je lève les yeux au ciel mais une partie de mon cerveau
sait déjà que ce n'est pas possible. Il n'y a pas de mouettes ici.
J'entends autre cri, plus guttural celui-là, couvert par le bruit du
moteur de la lancha qui s'approche... Et soudain qu'est-ce que je
vois ? TOULINE !!!
Elle était là,
miaulant comme une folle, coincée sous le bras du lanchero qui
pilotait sa barque d'une main. Oh putain ! Mon cœur semble
vouloir exploser dans ma poitrine et les larmes me montent aux yeux !
Elle est là !
Le lanchero la
dépose à bord, et la voilà qui arpente le pont de la Boiteuse en
tout sens sans cesser de gueuler comme un putois. Mahou ! Mahou!
Mahou !
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| Le Delirio |
Quelques secondes
plus tard, je vois arriver Daniel et Diego, les deux ouvriers qui
avaient travailler sur La Boiteuse, et ceux-ci me racontent ce qu'il
s'est passé. Quelques minutes après que j'eu coller une affiche sur
le débarcadère du chantier, le lanchero arrive pour y déposer un
socio. Ce lanchero ne travaillait pas cette semaine, et ignorait donc
que je cherchais Touline depuis des jours. Il voit l'affiche, la lit
et reprend sa tournée... Lorsqu'il entend un miaulement provenir
d'un bateau, le Delirio. Aussitôt il fait le rapprochement, et
quelques minutes plus tard la chatte surgit de sa prison flottante où
elle venait de passer cinq jours ! Il semblerait, d'après ce
que j'ai compris, que le vendredi après midi elle se soit glissée
dans le bateau alors qu'un employé le nettoyait, et qu'elle se soit
laissée enfermée à son départ. Le truc con, comme je me doutais
depuis le début.
Touline est donc
rentrée, un peu peu amaigrie (mais pas tant que ça), et
déshydratée. Mais elle va bien. Cette nuit nous avons dormis
ensemble, et ce matin elle est allé faire un tour... Pas trop loin !
Dès que j'ai tapé dans mes mains elle a bondit de la haie pour
rentrer en courant et sauter sur la passerelle. Je crois que je ne
vais plus la lâcher des yeux jusqu'à ce que nous soyons repartis !
Là, elle est
perchée sur mon épaule, comme elle le faisait quand elle était
petite.
Aujourd'hui, il va
falloir que je m'enquière auprès du propriétaire du Delirio pour
savoir si elle n'aura pas fait trop de dégâts... J'imagine que cela
ne doit pas sentir la rose à l’intérieur !
Voilà, vous savez
tout. Il ne me reste plus qu'à vous remercier toutes et tous pour
votre soutien moral pendant cette épreuve. Une des plus dure qu'il
m'est été donné de traverser depuis très longtemps. Je ne sais
pas trop ce que je serais devenu si je ne l'avais pas retrouvé... Je
sais bien que cela peut avoir un côté pathétique d'être autant
attaché à un animal, mais il faut comprendre qu'actuellement
Touline est ma seule compagnie... Enfin, je crois que vous comprenez
ce que je veux dire. Si je l'avais perdu, cela aurait fait beaucoup
en peu de temps.
Allez, je vous
laisse. Et encore merci pour tous vos messages et le réconfort
qu'ils m'ont apportés !
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| De retour sur La Boiteuse ! |
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| Le Capitaine et son équipage, au complet ! |